En 1814, il est évincé par le Sénat à la suite de la prise deParis par les armées coalisées et de la première abdication de son père. En 1815, à la fin desCent-Jours, il est proclamé successeur par son père et les parlementaires, lors de la seconde abdication de ce dernier, sous le nom deNapoléonII. L'Assemblée, comme la commission censée régner en son nom, s'abstiennent cependant de proclamer officiellement comme empereur l'héritier impérial qui, âgé de 4 ans, se trouve alors enAutriche. Le« règne » deNapoléonII s'achève au bout de 16 jours lorsqueLouisXVIII, soutenu par les armées coalisées, entre dansParis.
L'ex-NapoléonII passe le reste de sa vie enAutriche : jusqu'à sa mort à l'âge de 21 ans, il est reconnu par les bonapartistes comme l'héritier du trône impérial.
Son surnom de « l'Aiglon » lui a été attribué à titre posthume, et a été popularisé par la pièce de théâtre d'Edmond RostandL'Aiglon, le rôle-titre étant créé le par la tragédienneSarah Bernhardt.
Roi de Rome, prince impérial et héritier de l'Empire français (1811-1814)
Son acte de naissance figurant dans un registre spécial indique :« Sa Majesté l'Empereur et Roi nous a déclaré que son intention était que le roi de Rome reçût les prénoms de Napoléon, François, Joseph, Charles. »
Napoléon est le prénom de son père,François celui de son grand-père maternel etCharles celui de son grand-père paternel ; quant àJoseph, il peut évoquerJoseph Bonaparte, parrain de l'enfant avec legrand-duc de Wurtzbourg[3]. Les prénoms de François, Joseph et Charles sont communs au répertoire anthroponymique des deux famillesBonaparte etHabsbourg-Lorraine.
La maison du roi de Rome a été organisée avant sa naissance. Le choix de la gouvernante se porte, le, surLouise Charlotte Le Tellier de Louvois-Courtanvaux de Montmirail, qui a épousé en 1780 le baron puis comte de Montesquiou-Fezensac. Dans le but de préparer le décret et le brevet de nomination de la comtesse de Montesquiou comme gouvernante desenfants de France, on reprend les lettres patentes du nommant Anne Julie Adélaïde de Melun, princesse de Soubise, gouvernante des enfants et petits-enfants de France. La comtesse de Montesquiou gouvernera la maison constituée de sous-gouvernantes, berceuses, nourrices, garçons et filles de garde-robes, écuyers, huissiers, maîtres d'hôtels[5]…
Le jeune prince reçoit, dès sa naissance, le titre deroi de Rome, en vertu de l'article 7 dusénatus-consulte du, dont le titre premier est intitulé« de la réunion des États de Rome à l'Empire ». Il rappelle le titre de l'héritier du défuntSaint-Empire romain germanique, mais aussi aupapePieVII queRome n'est plus que le chef-lieu de l'un des130départements français. L'article 10 dusénatus-consulte prévoit que les empereurs des Français, après avoir été couronnés à Notre-Dame de Paris, le seraient également dans Saint-Pierre de Rome,« avant la dixième année de leur règne ». Ce qui peut laisser entendre que l'Empereur prévoit peut-être pour lui-même une telle cérémonie par analogie avec le couronnement de Charlemagne en 800, cérémonie à laquelle il pourrait associer son fils[6]. L'Empereur a envisagé de faire couronner son fils roi de Rome par le pape, mais la dégradation de ses relations avec ce dernier et la chute de l'Empire français empêchent la réalisation de ce projet.
NapoléonIer décide de donner la plus grande solennité au baptême de son fils, dont le cérémonial est repris de celui ayant servi pour le baptême de Louis Joseph, premierdauphin de France deLouisXVI. Le baptême a lieu le en lacathédrale Notre-Dame de Paris[7]. L'enfant a pour marraines sa grand-mère paternelle « Madame mère », et sa tante paternelleHortense de Beauharnais, ex reine de Hollande, et pour parrains, son grand-père maternelFrançois1er, empereur d'Autriche, représenté par son frèreFerdinand1er, grand-duc deWurtzbourg, et son oncle paternelJoseph Bonaparte, roi d'Espagne[7]. Il n'est pas étonnant qu'ait pu paraître en 1811 un ouvrage intitulé :Recherches sur le couronnement des fils aînés des rois, héritiers du trône français et la prestation de fidélité du vivant de leur père[8].
Le titre de roi de Rome implique en outre que l'on s'adresse à l'enfant en l'appelantSire ouVotre Majesté.
En outre, Napoléon capte ainsi l'héritage duSaint-Empire romain germanique : en effet, lesélecteurs ont la possibilité de désigner un successeur du vivant de l'empereur, et cet héritier reçoit le titre deroi des Romains.
Napoléon décide de donner àRome le statut officiel de seconde ville de l'Empire français, et elle apparaît comme telle sur la médaille desbonnes villes de l'Empire[9].
Le titre de roi de Rome permet aux artistes d'associer dans leurs œuvres le fils deNapoléonIer à la Ville éternelle et à tout ce que le nom de cette dernière a comme charge symbolique, historique et poétique. Ainsi, le peintre Innocent Louis Goubaud représente le jeune prince, couché dans son berceau, jetant un regard sur Rome ; c'est au Capitole que l'artisteJoseph Odevaere situe l'enfant ;Joseph Antoine Romagnesi réalise une sculpture deMinerve protégeant l'enfance de S.M. le roi de Rome où la déesse protectrice de Rome couvre l'enfant qui s'appuie sur la Louve de son bouclier. Une médaille gravée par Thomas Mercandetti représente l'enfant assis sur les genoux de la déesse Rome, tenant dans sa main droite la main de justice, avec à ses pieds la louve et les jumeauxRomulus et Rémus[10]. Une des réalisations les plus spectaculaires mettant en scène la naissance du roi de Rome et ayant pour référence la Ville éternelle est la commande passée en par le Sénat pour l'ameublement de la grande salle du premier étage du palais du Luxembourg : sont commandés les sièges, les couvertures à velours peint représentant des vues de la ville et huit grands panneaux de tentures ; sept des panneaux représentent les sites les plus prestigieux de la ville[11].
AuxTuileries, le roi de Rome habite au rez-de-chaussée, de la façade Est de l'aile Sud du palais, une suite d'enfilade de cinq pièces.
ÀCompiègne, il vit dans l'ancienne aile de la Reine.
À l’Élysée, il réside dans les combles de l'hôtel d'Évreux.
ÀSaint-Cloud, le roi de Rome habite au rez-de-chaussée de l'aile gauche sur jardin, entre la cour d'honneur et le vestibule du fer à cheval.
NapoléonIer souhaite bâtir pour son fils un immense palais sur la colline deChaillot : lepalais du roi de Rome, appelé à devenir le foyer d'une cité impériale administrative et militaire. C'est en queNapoléonIer décide la construction de cet édifice et de baptiserpalais du roi de Rome dès avant la naissance de son fils.
ÀRambouillet,NapoléonIer, souhaitant disposer pour son fils d'un petit palais proche de sa résidence lechâteau de Rambouillet, fait transformer l'ancien Hôtel du gouverneur de Rambouillet, construit entre 1784 et 1785 sur ordre deLouisXVI par l'architecteJacques-Jean Thévenin et le peintreHubert Robert . L'architecteAuguste Famin , grand prix de Rome, se charge des travaux. Ce petit palais, dont le roi de Rome pouvait disposer dans l'attente de la construction de l'immense et grandiose palais de la colline de Chaillot, reçoit, à la suite des préparatifs de lacampagne de Russie et des ressources de l'État diminuant, le titre depalais du roi de Rome le comme l'atteste le livre des attachements servant de contrôle aux travaux faits sous les ordres de Famin. Le projet de Chaillot n'ayant jamais vu le jour, victime des prémisses, puis de la chute de l'Empire, il est le seul édifice survivant de ce qu'est rêve de l'Empereur pour son fils glorifié[12],[13],[14].
ÀMeudon, Napoléon attribue à son fils le Château-Neuf, construit au début duXVIIIe siècle par leGrand Dauphin. L'empereur songe à en faire « l'école des Rois », où seraient éduqués tous les princes de sa maison destinés à régner sur l'Europe. D'importantes commandes de mobilier sont faites à cette époque. L'héritier de la couronne impériale fera ses premiers pas là où le premier fils deLouisXVI avait effectué sa dernière promenade.
Par ailleurs, on cherche à développer chez le jeune prince le goût de la lecture et on lui constitue donc une bibliothèque. Quelques mois après sa naissance, le roi de Rome est abonné à plusieurs journaux commeLe Moniteur,Le Journal de l'Empire,La Gazette de France. De nombreux ouvrages sont commandés pour lui donner une solide éducation religieuse, morale, historique et militaire. On peut citer notamment lesAnecdotes chrétiennes, lesAnecdotes militaires, lesFigures de la Bible, lesFastes de la Nation française et des puissances alliées, les vues desPorts de mer de France, leDictionnaire historique des Grands Hommes.
Rétrospectivement, on peut estimer que Napoléon et son fils vivent très peu de temps ensemble : la dernière fois qu'il le voit est le[17], et il l'embrasse — ainsi que l'impératrice — avant d'engager la campagne de France. Ce sont donc de brefs rapports entre un père accaparé par la guerre et un très jeune enfant. Au cours de ces deux années, dix mois et quatre jours (de la naissance de l'enfant jusqu'à la séparation définitive), il y a cinq moments où la vie commune est possible :
- : entre la naissance et le départ en voyage de l'Empereur et l'Impératrice à Cherbourg ;
- : entre le retour de Cherbourg et le départ en voyage de l'Empereur et l'Impératrice en Belgique et en Hollande ;
- : entre le retour de Hollande et le départ de Napoléon pour lacampagne de Russie ;
- : entre le retour de Russie et le départ de Napoléon pour lacampagne d'Allemagne ;
- : entre le retour d'Allemagne et le départ de Napoléon pour lacampagne de France.
Cumulées, ces cinq périodes représentent seulement un an, cinq mois et 22 jours, soit la moitié du laps de temps séparant les mois de et. L'enfant n'ayant commencé à parler qu'aux heures de la campagne de Russie[18], Napoléon n'a donc pu que jouer avec son fils.
Cette courte relation est relatée par des témoins ou artistes sous une forme qui tranche avec les principes en vigueur jusqu'alors : c'est généralement le portrait d'un père plutôt aimant et attentionné envers un garçonnet revêtu d'un enjeu dynastique et politique important. À la fin duXIXe et au début du XXe siècle, l'Empereur bénéficie d'un retour en grâce dans la pensée académique officielle[19] et le souvenir de cette période française du roi de Rome fait l'objet, en France, d'ouvrages historiques ou destinés aux enfants.
Prince disputé par la France et l'Autriche (1814-1815)
Après la campagne de France et la prise de Paris, Marie-Louise et son fils résident àRambouillet puis àBlois et Napoléon àFontainebleau[20].
Le, Napoléon rédige un acte d'abdication conditionnelle, réservant les droits de son fils. Le, Napoléon doit finalement renoncer à la couronne pour lui et sa descendance, le Sénat refusant de conserver le régime impérial au profit d'une restauration des Bourbons. Le jeune Napoléon ne devient donc pas empereur en, entre l'abdication conditionnelle du et l'abdication sans condition du. Napoléon fait ses adieux à ses troupes le àFontainebleau et part pour l'île d'Elbe, refusant que sa femme et son fils le rejoignent[20]. Un convoi emmenant Marie-Louise et son fils à Vienne part le.
Par letraité de Fontainebleau du (article 5), le jeune Napoléon est nommé prince de Parme, étant le fils et l'héritier de la nouvelle duchesse souveraine deParme et Plaisance. Cependant, le traité du retire définitivement au fils de Marie-Louise à la fois son titre de prince et ses droits sur Parme qui ont déjà été remis en cause par l'article 99 de l'acte ducongrès de Vienne du et désormais dévolus auxBourbon-Parme, qui doivent succéder à la duchesse.
Marie-Louise finit par laisser son fils àVienne pour s'en aller régner àParme à titre viager. Certains soutiennent que son fils est unbâtard au motif que le mariage de Joséphine avecNapoléon n'a pas été reconnu nul par lepape en personne.
Sous lesCent-Jours, l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire du rend au fils deNapoléonIer restauré le titre deprince impérial. À la fin desCent-Jours, l'abdication faite aupalais de l'Élysée le indique :« ma vie politique est terminée, et je proclame mon fils, sous le titre deNapoléonII, empereur des Français »[21]. Cette proclamation est approuvée par le Parlement, Chambre des représentants et Chambre des pairs.
Unecommission de gouvernement, présidée parJoseph Fouché, se met en place pour établir — en principe — la régence du nouvel empereur, âgé de quatre ans et qui se trouve alors à Vienne, mais les actes qu'elle promulgue ne font pas référence àNapoléonII et sont rédigés« au nom du Peuple français » dès le. Fouché, censé diriger le pays au nom deNapoléonII, ne se soucie guère de cet enfant absent de France et prend des contacts avec les royalistes en vue de préparer l'avenir. L'avancée des troupes britanniques et prussiennes jusqu'à Paris, après leur victoire à Waterloo, amène la commission à se séparer le, sans avoir réussi à se mettre d'accord sur une proclamation officielle deNapoléonII.LouisXVIII rentre à Paris le lendemain pour y régner à nouveau.
FrançoisIer d'Autriche traite dans les faits celui qui a été brièvement proclamé empereur des Français sous le nom deNapoléonII comme un membre de sa famille et il le fait élever parmi les archiducs d'Autriche. Dans la mesure où il est décidé que le titre de duc de Parme doit revenir aux Bourbons à la mort de l'impératrice Marie-Louise, il faut décider du statut du fils deNapoléonIer. De fait, si ce dernier exprime dans son testament le souhait que son fils se souvienne toujours qu'il est né prince français, l'empereur d'Autriche et les membres de sa cour et de son gouvernement font tout pour éteindre cette identité.
François Ier d'Autriche souhaite donc lui conférer un titre, des armes, des revenus qui lui permettent de tenir son rang à la cour et d'exister sous un nom ne reflétant pas sa filiation. À cette fin, le, il délivre plusieurs lettres patentes. La première érige en duché le domaine de Reichstadt, la deuxième lui attribue le titre deduc de Reichstadt avec le prédicat d'altesse sérénissime, la troisième lui assure ces terres par acte de donation. Il érige la ville de Reichstadt en duché héréditaire et fixe par quatrelettres patentes impériales du le titre, les armes, le rang et les revenus de son petit-fils[23]. L'empereur François Ier d'Autriche précise également que le duc de Reichstadt doit prendre rang, tant à sa Cour que dans l'étendue de l'empire d'Autriche, immédiatement après les princes de sa famille et les archiducs d'Autriche. À la cour, il est appelé « Franz », comme son grand-père[24].
Le, l'empereur François Ier d'Autriche prend par disposition particulière dans la perspective d'un mariage du duc, la décision d'ériger en majorat ces terres en faveur d'une descendance masculine[25].
Reichstadt est alors une petite ville deBohême. Son nom allemand signifie « ville impériale », ce qui peut être compris comme « ville libre » car dépendant directement de l'empereur. Le duché de Reichstadt n'est pas un duché souverain. Son titulaire ne s'y rend jamais.
Lesarmes du duc de Reichstadt sont« de gueules à la fasce d'or, à deux lions passants d'or, tournés à droite, l'un en chef et l'autre en pointe ». La lettre patente détaille l'ensemble des armoiries du prince :« l'écu oval posé sur un manteau ducal et timbré d'une couronne de duc ; pour supports, deux griffons de sable, armés, becqués et couronnés d'or, tenant des bannières sur lesquelles sont répétées les armes ducales »[24].
Il est également chéri par toute sa famille Habsbourg-Lorraine, archiducs et archiduchesses d'Autriche, qui ont beaucoup de mal à comprendre l'attitude de leur sœur et tanteMarie-Louise, retenue trop souvent dans son duché de Parme en plus de ses obligations souveraines par d'autres enfants, nés de son mariage hâtif avec lecomte de Neipperg, d'où est issue la branche des princes de Montenuovo.
L'empereur François a donné l'ordre qu'il ne lui soit pas parlé de son père (appelé« le souverain usurpateur » à la cour autrichienne), mais si le sujet doit être abordé, il ne doit en aucun cas en être dit du mal, l'Empereur ettoute la famille impériale d'Autriche ayant conservé leur admiration à l'ennemi vaincu[réf. nécessaire].
Napoléon II, renommé duc de Reichstadt, obtient néanmoins l'autorisation de pouvoir consulter la grande bibliothèque impériale deVienne,si bien qu'il réapprend le français[réf. nécessaire] en lisant lesLettres deMadame de Sévigné, découvre son père en parcourant les ouvrages sur l'épopée napoléonienne et surtoutLe Mémorial de Sainte-Hélène dans lequelNapoléon Ier s'adresse à son fils, lorsqu'il aurait seize ans.
La légende du duc de Reichstadt, coupé de son père, de son pays et d'un enfant «germanisé» parMetternich est forgée par le poèteBarthélemy, mortifié de ne pas avoir été reçu à la Cour de Vienne, pour présenter l'épopée de BonaparteNapoléon en Égypte[20].
Le duc de Reichstadt est proche de sa tante par alliance, l'archiduchesse Sophie, néeSophie de Bavière et épouse de l'archiducFrançois-Charles. Sophie, qui n'a que six ans de plus que l'Aiglon, est déjà mère de l'archiducFrançois-Joseph (futur empereur d'Autriche-Hongrie).
L'archiduchesse Sophie, comme son père, le roiMaximilienIer Joseph de Bavière, qui doit son trône àNapoléonIer, est une fervente bonapartiste. Sa sœur aînée, la princesseAugusta de Bavière, a épousé, sur ordre de Napoléon, le princeEugène de Beauharnais, mariage qui se révèle des plus heureux. L'archiduchesse Sophie, ainsi que ses frères et sœurs, ont une réelle affection pour leur beau-frère. Ce lien doit certainement jouer dans les rapports affectifs de l'archiduchesse Sophie et du duc de Reichstadt[26].
Bien qu'enceinte de plusieurs mois, l'archiduchesse Sophie assiste le duc de Reichstadt dans les derniers mois de sa vie.
Le duc de Reichstadt a plusieurs professeurs chargés de son instruction : Collin pour le latin et le grec, Foresti pour les mathématiques et les éléments de stratégie, Baumgartner pour la physique, la chimie et les sciences naturelles, Pina et Foresti pour l’italien. Deux Français, Podewin et Barthélemy, lui enseignent des rudiments de français. Pour la danse, il a le maître de balletPhilippe Taglioni[27].
Durant l’été 1822, l’empereur François nomme son petit-fils caporal : l’enfant en tire une très grande fierté et, lors du repas familial qui suit, il apparaît en uniforme, prenant place tout au bout de la table, pour laisser la place aux généraux présents.
Fin 1826, il prend la décision de devenir officier, et il reçoit une formation à cet effet. Cette décision est peut-être liée au fait qu’il a eu libre accès à la bibliothèque impériale, où au sortir de l'adolescence il dévore leMémorial et autres ouvrages récemment parus au sujet de son père. Le, son grand-père le nomme capitaine dans son régiment de chasseurstyroliens. Pour le récompenser, Marie-Louise lui donne le sabre des Pyramides. À la fin du mois de, Franz prend part, régulièrement, aux manœuvres de son bataillon, àMauer. Il est nommé chef de bataillon au régiment Lamezan-Salins (no 54), au début du mois de.
En, on crie « ViveNapoléonII » dans les rues de Paris.
Auroyaume uni des Pays-Bas, les Belges, début, érigent leur pays en royaume souverain. On évoque la candidature du duc de Reichstadt. Mais l’idée va à l’encontre de la recommandation que Napoléon lui a faite, de ne jamais oublier qu’il est né prince français.
Fin, le même vent de contestation atteint la Pologne. Un ancien de la Grande Armée, le généralChlopicki de Necznia, prit le pouvoir, et on cria « Vive Napoléon, roi de Pologne » à Varsovie. L’idée d’aller se mettre au service de ce peuple qui a fait preuve d’attachement à son père put plaire au fils. Cette idée ne fait malgré tout pas son chemin, malgré une campagne menée jusque dans le salon de Metternich.
Une remarque deFriedrich von Gentz révèle l’état d’esprit qui régne à cette époque au sujet du duc de Reichstadt :« Le petit Napoléon est un objet de désordre et de peur pour la plupart des cabinets européens. Il faut avoir entendu les conversations des dernières années, pour savoir jusqu’à quel point le nom de cet enfant énervait et effrayait même les ministres les plus habiles et être au courant de tout ce qu’ils inventaient et proposaient pour au moins faire oublier son existence. »
Franz Xaver Stöber d'aprèsJohann Ender,Le Duc de Reichstadt (1832), gravure. Il est représenté sur son lit de mort dans lepalais impérial de Schönbrunn dans la même chambre qu'avait occupée son père triomphant après Wagram et Austerlitz.
Dès le début de l'année 1832, alors qu'il reprend son service militaire, son état se dégrade (nombreusescongestions pulmonaires, pneumonie le clouant au lit), les médecins — son médecin personnel le docteur Malfatti, les docteurs Raiman et Vichrer, Vivenot et Turcken appelés pour le suppléer lorsque l'affection s'aggrave — le soignent à tort pour son foie[28] alors qu'il est atteint de latuberculose.
Le, les médecins le considèrent comme perdu, ce qui vaut àNapoléonII de constater amèrement :« Ma naissance et ma mort, voilà toute mon histoire. Entre mon berceau et ma tombe, il y a un grand zéro ». Sa mère, prévenue, ne le rejoint à Vienne que le dimanche. Il meurt le de la tuberculose, à l'âge de 21 ans.
NapoléonII meurt sans alliance ni postérité. Après l’autopsie, le cœur est placé dans un vase canope entouré d’un ruban tricolore bleu-blanc-rouge, pour être gardé dans lacrypte des Augustins (les cœurs de tous les Habsbourg y sont rangés depuis 1864[29]), les viscères étant enfermés dans une urne en argent, scellée dans une boîte métallique, destinée à la crypte de la cathédrale Saint-Étienne. Puis le duc de Reichstadt, revêtu de son uniforme blanc de colonel du régiment d’infanterie Nassau, est présenté au public, dans un cercueil habillé de velours rouge, sur une table recouverte d’un drap noir, dans le salon des Laques.
Le corps est plus tard transporté de nuit, sur une civière tirée par deux barbeaux, et entourée d’officiers à cheval du régiment de Wasa, à la chapelle de laHofburg, où il est veillé. Devant le catafalque sont présentées ses armes, ainsi que l’urne contenant son cœur et celle contenant ses entrailles. Des officiers de la Garde formaient le piquet d’honneur. Une foule nombreuse, malgré l’heure tardive, vient défiler devant la dépouille.
Le, selon le cérémonial ancestral prévu pour un archiduc,NapoléonII, après avoir été transporté de la Hofburg, sur le catafalque rouge et or des archiducs, par la Michaelerplatz et l’Augustinerstrasse, jusqu’au Neuermarkt, est descendu dans lacrypte des Capucins, laKapuzinergruft.
Sur le cercueil, une plaque de cuivre ornée d'une croix tréflée porte une inscription en latin, datée du :
AETERNAE. MEMORIAE IOS. CAR. FRANCISCI. DUCIS. REICHSTADIENSIS NAPOLEONIS. GALL. IMPERATORIS ET MAR. LVDUVICAE. ARCH. AVSTR. FILII NATI. PARISIIS. XX. MART. MDCCCXI. IN. CVNABVLIS REGIS ROMAE. NOMINE. SALVTATI AETATE. OMNIBVS. INGENII. COPORISQVE DOTIBVS FLORENTEM PROCERA. STATVRA. VVLTV. IVVNILITER. DECORSO SINGVLARI. SERMONIS. COMITATE MILITARIBVS. STVDIIS. ET. LABORIBVS MIRE. INTENTVM PHTISIS. TENTATVIT TRISTISSIMA. MORS. RAPVIT. SVBVRBANO. AVGVSTORVM. AD. PVLCHRVM FONTEM PROPE. VINDOBONAM XXII. IVLII. MDCCCXXXII. (« À L'ÉTERNELLE MÉMOIRE DE JOSEPH CHARLES FRANÇOIS, DUC DE REICHSTADT, FILS DE L'EMPEREUR FRANÇAIS NAPOLÉON ET DE L'ARCHIDUCHESSE MARIE-LOUISE D'AUTRICHE, NÉ À PARIS LE 20 MARS 1811, TITRÉ À LA NAISSANCE SOUS LE NOM DE ROI DE ROME POUR TOUS LES MÉRITES DE SON INTELLIGENCE ET DE SON CORPS. DÈS SON PLUS JEUNE ÂGE, D'UNE GRANDE TAILLE, D'UN VISAGE UNIQUE ET BEAU COMME CELUI D'UN JEUNE HOMME, D'UNE BONTÉ DANS SES CONVERSATIONS. PENDANT SON ÉTUDE DE L'ART MILITAIRE ET SES SERVICES, LA TUBERCULOSE L'ATTAQUA EXTRAORDINAIREMENT ET LA MORT, TRÈS CRUELLE, L'EMPORTA AUX PORTES DE LA BELLE FONTAINE DES AUGUSTE, PRÈS DE VIENNE, LE 22 JUILLET 1832. »)[30].
C'est le seul document à mentionner, en Autriche, que le corps enfermé dans ce cercueil est le fils de Napoléon, empereur des Français et, par sa naissance, roi de Rome.
Soucieux d'améliorer son image aux yeux des Français,Hitler décide en 1940 sur le conseil d'Otto Abetz du rapatriement de la dépouille de l'Aiglon en France. Une cérémonie funèbre et nocturne a lieu auxInvalides, dans la nuit du 14 au, devant une assistance triée sur le volet.
Cette cérémonie franco-allemande, conçue pour coïncider avec le100e anniversaire duretour des cendres de l'Empereur en France, a lieu dans une atmosphère glaciale, dans tous les sens du terme, en raison de la crise qui a éclaté entre le Reich et Vichy, après le renvoi dePierre Laval. La cérémonie manque toutefois son effet de promotion de lacollaboration, puisque la manœuvre d'Hitler consistant à attirerPétain àParis pour installer un nouveau gouvernement collaborationniste àVersailles échoue. Goguenards, les Parisiens murmurent :« Ils nous prennent le charbon et ils nous rendent les cendres ![31] ».
La tombe deNapoléonII aux Invalides est située près de celle de son père, dans lacella, une partie close dans la galerie qui entoure letombeau de Napoléon et porte l'inscription « NapoléonII - Roi de Rome »[32]. Auparavant, cettecella accueillait les objets personnels de l'Empereur[33].
NapoléonII a porté différentes armoiries correspondant aux statuts qui furent successivement les siens.
Lesarmes duroi de Rome sont identiques à celles de l'empereur des Français. Les armoiries sont en revanche plus simples en ce que n'y apparaissent ni le sceptre, ni la main de justice, ni le heaume.
Proclaméempereur des Français par les chambres,NapoléonII peut porter les grandes armoiries de l'empire.
Par letraité de Fontainebleau de 1814, il est nommé prince deParme, étant le fils et l'héritier de la nouvelle duchesse souveraine de Parme, Plaisance et Guastalla. Cependant, le traité du retire définitivement son titre de prince et ses droits sur Parme.
Lesarmes duduc de Reichstadt sont proches des armes de lamaison d'Autriche qui sont de gueules à la face d'argent[36]. De plus, les griffons de sable qui en sont les supports sont des supports en usage de la Maison d'Autriche (ils furent ainsi utilisés dans les grandes armoiries de l'Autriche-Hongrie pendant laPremière Guerre mondiale).
Le souvenir du fils de Napoléon se perpétue au travers d'œuvres et d'hommages posthumes.
Le surnom de« l'Aiglon » lui vient de poèmes deVictor Hugo écrits en 1852, par analogie à son pèreNapoléonIer surnommél'Aigle[37]. Parler duFils de l'homme marque un degré supplémentaire dans la mystique napoléonienne.
Deux voies aménagées sous leSecond Empire àParis sont dédiées au souvenir du fils deNapoléon Ier : l’avenue du Roi-de-Rome qui devient l’avenueKléber en 1879, et laplace du Roi-de-Rome devenue laplace du Trocadéro en 1877. Cette avenue et ce site sont alors proches de l'emplacement où aurait dû s'élever lepalais du roi de Rome.
Jadis, deux bateaux effectuant la liaison « île d'Aix -Fouras » de la Régie Départementale des Passages d’Eaux portent le nom deL'Aiglon en 1948 etLe Roi de Rome en 1956.
Edmond Rostand écrit en 1900 la pièce de théâtrel'Aiglon, présentée pour la première fois le authéâtre Sarah-Bernhard à Paris.
↑Roger Wahl,Un projet deNapoléonIer : le palais du roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955,p. 41.
↑Le « palais du roi de Rome » de Rambouillet est en fait un grand hôtel particulier datant du règne deLouisXVI, réaménagé sur ordre de Napoléon pour son fils sous le Premier Empire. Le projet de Chaillot correspond davantage à un palais que celui de Rambouillet ; son lien avec le roi de Rome est aussi plus fort car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire.
↑La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004,p. 82.
↑La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004,p. 83.
↑La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004,p. 114.
↑a etbLa Pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004,p. 115.
↑La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004,p. 116.
↑Robert, « Le roi de Rome », surHistoire du Consulat et du Premier empire,(consulté le)
↑Marie Taglioni,Souvenirs. Le manuscrit inédit de la grande danseuse romantique, Roma/Saint-Denis-sur-Sarthon, Gremese,, 191 p.(ISBN978-2-36677-116-9),p. 102-103
↑Une rumeur veut que Metternich commanditât un empoisonnement à l'arsenic contreNapoléonII et son grand-père l'empereurFrançoisIer d'Autriche ne dit-il pas de lui après sa mort :« Il a bien fait de mourir. Sa position en Europe était bien trop difficile » (source : Jean de Marceley,Le Meurtre de Schoenbrunn : l'empoisonnement du duc de Reichstadt, éd. Corrêa, 1953).
↑Ugo Sacerdote,L'Aiglon ? Un faux historique !, la Pensée universelle,,p. 338.
↑Georges Poisson,Le retour des cendres de l'aiglon, éd. Nouveau Monde Éditions, 2006
↑Cette inscription est contestable en ce qu'elle associe le nom deNapoléonII au titre de roi de Rome alors que c'est parce qu'il a été légalement empereur des Français et non roi de Rome qu'il est possible de l'appelerNapoléonII.
Les membres de la famille impériale ayant régné sur la France sont soulignés Les membres de la famille impériale l'ayant intégrée par mariage sont en italiques « Les surnoms sont entre guillemets »