Nan Madol aurait été le siège du pouvoir de la dynastie « Sau-Deleur » ("seigneur de Deleur" enpohnpeien, « Deleur » étant l'ancien nom de l'île), qui unifia la population dePohnpei (estimée à 25 000 personnes[1]). Selon les traditions orales, la dynastie des Saudeleur, arrivés sur degrands bateaux, était originaire de Katau (ou Kanamwayso), îles situées à l'ouest, et soumit la population autochtone. La légende fait débuter ladynastie par l'arrivée des deuxsorciers jumeaux, Olisihpa et Olosohpa, capables de faireléviter les blocs de pierre utilisés pour la construction de Nan Madol avec l'aide d'undragon volant, sous la protection de Nahnisohn Sahpou, dieu de l'agriculture. Après plusieurs essais infructueux, ils réussirent et commencèrent la construction par l'autel de Nahnisohn Sahpou. Quand Olisihpa mourut de vieillesse, Olosohpa devint le premier « seigneur de Deleur », épousa une autochtone et fonda ainsi le clan Dipwilap (« Grand ») qui gouverna la cité et l'île. Ces traditions se retrouvent avec de nombreuses variantes dans la plupart des îles de l'océan Pacifique, c'est le cas par exemple de la légende polynésienne d'Hawaiki[2]. Sachant que lepeuplement de l'Océanie s'est fait depuis l'ouest, d'île en île, Katau/Kanamwayso pourrait correspondre aux îles deChuuk, auxPhilippines ou même àFou-nan[3].
Les recherches archéologiques montrent que Nan Madol fut occupé dès leIer siècle-IIe siècle de notre ère.
L'analyse géochimique des blocs utilisés pour la construction de la plateforme appeléeNan Dawas a montré que la moitié d'entre eux proviennent du nord-ouest de Pohnpei, impliquant un trajet maritime de 35 km[6]. Les archéologues estiment que les blocs basaltiques ont été transportés depuis leur site d'extraction par voie de terre sur des troncs decocotiers puis par voie maritime sur des flotteurs en profitant desmarées hautes dans les canaux de lamangrove[7]. Le déplacement des dizaines de milliers de blocs utilisés dans la construction de Nan Madol implique nécessairement l'existence d'une organisation sociale particulièrement complexe[6].
La population de Nan Madol a été estimée entre 1 000 personnes et 2 000 personnes mais Nan Madol devait être une cité réservée à une élite sociale et religieuse[9]. L'absence d'eau douce et d'espaces pour produire de la nourriture implique que les besoins quotidiens ne pouvaient y être satisfaits que par des contributions imposées à une population de moindre rang installée sur la terre ferme[6]. L'isolement de Nan Madol était peut-être aussi un moyen par lequel les chefs Saudeleur tenaient à distance leurs rivaux potentiels en les obligeant à vivre sur l'île plutôt que dans la cité[9].
Il est probable que les Nahnmwarkis, qui renversèrent les « Sau-Deleur », s'installèrent momentanément à Nan Madol mais finirent par abandonner le site en raison des difficultés d'approvisionnements.
Nan Madol a inspiré de nombreusesfictions sur le thème des civilisations oubliées.
Enlittérature, les ruines de Nan Madol sont l'un des cadres utilisés dans le roman defantasyLe Gouffre de la lune d'Abraham Merritt paru en 1919. Des îles y sont appelées Nan-Tauach et des ruines Nan-Matal. Ce roman ou le site de Nan Madol lui-même ont pu inspirerH. P. Lovecraft pour la ville en ruine deR'lyeh qui apparaît dans ses nouvellesfantastiquesDagon (1919) etL'Appel de Cthulhu (1926)[10],[11]. Nan Madol et son histoire sont aussi utilisés comme base du romanLa Civilisation des abysses écrite parJames Rollins en 2001[12].
En musique,Nan Madol est le nom d'un album enregistré parEdward Vesala en 1974.Nan Ma Dol est un titre du groupeEndura(en) sur leur albumLiber Leviathan paru en 1996,Ruins of Nan Madol un titre d'Audiomachine publié en 2014.
Dans le jeu vidéoCivilization VI, Nan Madol est une cité-État décrite comme une« cité-État culturelle »[13].
↑a etbNan Madol, Madolenihmw, Pohnpei William Ayres, Département d'anthropologie de l'Université de l'Oregon, Consulté le 26 septembre 2007
↑David Hanlon :Upon a Stone Altar : a history of the Island of Pohnpei to 1890, in : Pacific Islands Monography 5, éd. : University of Hawaii Press, 1988,(ISBN0824811240), pp. 13–25, Bo et William Flood et E. Beret Strong :Micronesian Legends, Bess Press, 2002,(ISBN1573061298), pp. 145–7, 160.
↑Ross Cordy :The Lelu Stone Ruins (Kosrae, Micronesia) in :1978-81 Historical and Archaeological Research, Asian and Pacific Archaeology, ed.: Social Science Research Institute, University of Hawaii at Manoa, 1993,(ISBN0824811348), pp. 14, 254, 258.