Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant lesréférences utiles à savérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références ».
Unnéologisme est unmot nouveau ou apparu récemment dans une langue (ou une expression). La création de nouveaux mots (hapax ou mots communs) est lanéologisation. Ladisciplinelexicologique qui étudie la création de ces unités émergentes est lanéologie.
À côté des néologismes traditionnels,la plus grande partie[réf. souhaitée] des néologismes est constituée de néologismesdéposés propres, appelés « marques ». C'est l'objet de l'onomastique et des articles consacrés auxmarques, aunaming et aubranding.
En littérature, on utilise souvent des néologismes pour des considérations esthétiques, dans le cadre desmythopoeïa par exemple, comme chez l'écrivain et poètefranco-belgeHenri Michaux qui invente des mots aux qualités descriptives poétiques, comme :« endosque »,« rague »,« roupète »,« pratèle ».Raymond Queneau,Boris Vian dansL'écume des jours,Alfred Jarry dans sonUbu forment de nombreux néologismes, ce qui aboutit à créer l'équivalent d'une langue parallèle.
Certains linguistes distinguent les néologismes spontanés (appelés aussi néologismes lexicographiques, ils sont formés sans motivation apparente et généralement peu diffusés au-delà de la langue dans laquelle ils ont été créés) et les néologismes terminologiques (appelés par certains terminologuesnéonymes, ils sont créés afin de combler des besoins de dénomination, généralement en recourant aux compositions savantes, et sont voués à une diffusion internationale)[2].
le néologisme de forme qui est un mot nouveau au sens où il n'existait pas, un mot forgé : par exemple, en informatique,courriel (poure-mail et pourcourrier électronique) ;
le néologisme de sens, appelé aussinéosémie, qui est l'emploi d'un mot qui existe dans le lexique d'une langue dans un sens nouveau : par exemple, quand « virus » passe d'un emploi en biologie à un emploi en informatique.
D'autres encore distinguent la formation des néologismes selon les processus lexicogénétiques qui peuvent être classés en trois grandes catégories selon que la nouveauté lexicale qu'ils engendrent concerne à la fois le signifiant et le signifié (processus de néologie morpho-sémantique), le signifié (processus de néologie sémantique), ou seulement le signifiant (processus de néologie morphologique)[4].
Les néologismes peuvent être rangés sous trois grandes catégories selonJaime Semprun. Ces catégories correspondent aux circonstances qui ont fait apparaître la nécessité d'utiliser un nouveau mot[5].
Il s'agit d'un besoin élémentaire d'inventer de nouveaux mots pour signifier de nouvelles choses. Cette nécessité serait la moins contestée, comme pour les motsscanner,chimiothérapie,console de jeux. La seule opposition que rencontrent les néologismes de cette catégorie serait au sujet des emprunts à l'anglo-américain, mais surtout pour préférer une forme française (baladeur plutôt quewalkman)[5].
Nécessité de nommer des réalités préexistantes, mais non distinguées d'un ensemble plus vaste
Cette deuxième catégorie se charge de nommer des réalités qui ne sont pas à proprement parler nouvelles, mais qui n'ont pas été distinguées ou isolées des ensembles plus vastes auxquelles elles sont confondues. Elle s'impose presque aussi facilement que la première catégorie.Biodiversité, convivialité,immunodéficience, ces concepts restaient inaperçus dans l'imprécision scientifique del'archéolangue[5].
Cette troisième catégorie concerne les noms nouveaux qu'il a fallu donner à des réalités anciennes, car la conscience a changé par évolution des mœurs, ou grâce à ou parce qu’on a acquis à leur sujet des connaissances qu'on ne possédait pas auparavant. Ces néologismes sont facilement blâmés, car souvent apparentés au « politiquement correct » (terme lui même néologisme, figure par laquelle on déguise des idées désagréables, odieuses ou tristes, sous des noms qui ne sont point les noms propres de ces idées, qui leur sert de voiles d'après legrammairien etphilosophe françaisDumarsais[5].
Le temps qu'un néologisme met pour cesser d'en être un dépend du sentiment de néologie chez les locuteurs[6], les néologismes sont plus ou moins perçus comme tels par leslocuteurs selon leur type (ainsi, les nouvelles formes seront davantage reconnues comme « néologisme » que lanéosémie par les locuteurs, et les formes irrégulières seront plus saillantes que les formes régulières)[7]). Le néologisme constitue ainsi une notion relative et opératoire, et leslexicographes tendent à indiquer la date d'apparition plutôt que la mention NEOL dans les dictionnaires[6].
Traditionnellement (par exemple, dans les années 1970 chez Pierre Gilbert ou Louis Guibert), les linguistes disent qu'un néologisme met dix ans avant de s'intégrer dans la langue. Au vingt-et-unième siècle, cela tend à être plus rapide (cinq ans). Sablayrolles et Pruvost se montrent sceptiques quant à cette quantification, qui est difficile à mesurer : ils en concluent que le sentiment de néologie est fluctuant. En revanche, un dictionnaire des néologismes publié vers 2020 (l'ouvrage datant de 2019) ne pourrait présenter de mots datant d'une décennie ou plus, qui ne seraient plus perçus comme récents[8].
Certains de ces néologismes ont été créés de toutes pièces par volonté de contrer l'utilisation de mots anglais ou étrangers, notamment dans le domaine informatique (par exemplecourriel, tapuscrit…).
Alunir, par changement du radical deatterrir sur la Lune.
Arobasque proposition pour franciserarobase en relation avecarabesque.
Baladeur, néologisme créé par une des commissions ministérielles de terminologie pour lutter contre lefranglais et remplacer le produit-marque (branduit)Walkman (1979).
Capillotracté : terme souvent attribué à tort à l’humoriste Pierre Desproges, signifiant « tiré par les cheveux », venant du latin « capillo », cheveu et « tracto », tiré.
cédérom est un des néologismes issus desacronymes informatiques (voir plus haut) des supportsCDROM.
Consom'action, néologisme qui exprime l'idée selon laquelle on peut « agir en consommant » ou « voter avec son caddie » en choisissant de consommer de façon citoyenne et non plus seulement de manière consumériste[réf. nécessaire].
Courriel, contraction decourrier électronique comme alternative àe-mail et à ses variantes.
Dévédé est un des néologismes issus desacronymes informatiques (voir plus haut) des supportsDVD.
e-commerce, pour le commerce consacré exclusivement à Internet ; lee (provenant de l'anglaiselectronic, qui signifieélectronique, cette graphie étant déconseillée par laCommission générale de terminologie et de néologie) est ajouté àcommerce, bien qu'il pourrait y avoir d'autres néologismes utilisant d'autres racines comme « télécommerce », où la racine grecquetélé signifieloin, comme « cybercommerce », cybercafé, utilisant la racine grecquekubernân qui signifie gouverner.
Fractale : néologisme créé parBenoît Mandelbrot en1974, il désigne une courbe ou surface de forme irrégulière ou morcelée qui se crée en suivant des règles déterministes ou stochastiques impliquant une homothétie interne.
Frontage : mot créé en 2012 par l'urbaniste Nicolas Soulier et calqué sur l'anglaisfrontage (1620) pour désigner le terrain compris entre la base d'une façade et la chaussée.
Informatique : créé en 1962 par Philippe Dreyfus pour son entreprise Société d'Informatique Appliquée, calque de l'allemand Informatik (1957),mot-valise créé à partir d'information etautomatique. Il fut officiellement consacré par Charles de Gaulle qui trancha lors d’un Conseil des ministres entre « informatique » et « ordinatique ». Le mot est maintenant parfaitement lexicalisé.
Logiciel est un des néologismes créés par une des commissions ministérielles de terminologie pour lutter contre lefranglais.
Madelle, tentative faite pour « mademoiselle ».
Phablette, créé en 2010 pour désigner les smartphones de taille intermédiaire entre l'iPhone et lestablettes.
Photophoner : verbe pour décrire l'action d'envoyer par[réf. nécessaire]photophone une photo prise avec ce même photophone, néologisme crée en 2002 par le journaliste Pierre-Alain Buino pour traduire l'américaincamera-phone.
Unicifier : néologisme forgé[réf. nécessaire] à partir du terme « unicité » qui exclut toute pluralité.
VTT (Vélo tout terrain) (1983), néologisme créé par une des commissions ministérielles de terminologie pour lutter contre lefranglais[réf. nécessaire] et remplacermountainbike etMTB.
Aviation, inventé en 1863 par le journalisteGabriel de La Landelle par concaténation du radical latinavis, qui désigne un oiseau et du suffixe-tion (comme danslocomotion).
Comme la langue française en général, le vocabulaire politique évolue de façon constante et voit régulièrement apparaître des nouvelles expressions et des néologismes. Parfois créés sans but partisan, ces expressions nouvelles et néologismes politiques peuvent aussi être le fait d'une communication politique active, dans un but de publicité médiatique ou de propagande. Les idées politiques sont parfois diffusées grâce à ces expressions nouvelles et néologismes destinés à être diffusés par les médias. Cette diffusion permet une propagation de l'idéologie sous-tendue par la création du néologisme.
De fait, ces expressions nouvelles et ces néologismes sont généralement utilisés par un bord politique, et rejetés par les autres. Certains s'appliquent directement à une personne, d'autres sont créés pour soutenir une idée.
Enpsychiatrie, lenéologisme est une tendance linguistique qui consiste en l'utilisation immodérée et pathologique de mots nouveaux créés soit à partir de sons, soit par fusion de mots ou de fragments de mots usuels, et utilisé par un malade dans certains états délirants. Les néologismes renvoient au diagnostic depsychose ou d'aphasie sensorielle.[réf. nécessaire]
Le Baleinié est undictionnaire français en trois tomes qui a créé 454 néologismes pour décrire les tracas du quotidien. Selon ses auteurs, les mots ont été créés de manière arbitraire, sans utiliser de racine et avec un rapport entièrement phonologique. Le dictionnaire ne contient pas de Q.
↑a etbCollectif,Le dictionnaire de linguistique et des sciences du langage,,p. 322
↑LOMBARD Alizée, HUYGHE Richard, « Catégorisation comme néologisme et sentiment des locuteurs »,Langue française, 2020/3 (N° 207), p. 123-138. DOI : 10.3917/lf.207.0123. URL : https://www-cairn-info.ezproxy.u-paris.fr/revue-langue-francaise-2020-3-page-123.htm.
↑PRUVOST Jean, SABLAYROLLES Jean-François, « Chapitre II. Une réalité difficile à cerner », dans : Jean Pruvost éd.,Les néologismes. Paris cedex 14, Presses universitaires de France,coll. « Que sais-je ? », 2019, p. 31-39. URL : https://www-cairn-info.ezproxy.u-paris.fr/les-neologismes--9782130815914-page-31.htm
Jean Pruvost et Jean-François Sablayrolles,Les néologismes, Paris, Presses universitaires de France, 2019.
Vincent Balnat et Christophe Gérard (éds.),Néologie et noms propres, Paris, Garnier (=Cahiers de lexicologie, 113), 2018.
Vincent Balnat et Christophe Gérard (éds.),Les études de néologie au XXIe siècle :un état de la recherche européenne, Paris, Garnier (=Neologica, 15), 2021.
H. France,Dictionnaire de la langue verte : archaïsmes, néologismes, locutions étrangères, patois,.