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Cet article retrace lamusique militaire enFrance.

Si les instruments de musique servaient d'abord à transmettre les ordres, c'est lacéleustique, les chefs militaires pouvaient être accompagnés de musiciens pour leur distraction et les soldats jouaient de la musique pendant les marches et au campement. Ces musiques ont aussi un rôle démonstratif pour solenniser un défilé de victoire ou l'entrée dans une ville conquise ou libérée… C’est à l’époque des guerres d’Italie, donc sousCharles VIII,Louis XII etFrançoisIer (1494 à 1559) qu’apparaissent les premiers corps de musiciens marchant en tête des troupes. Les tambours, fifres, trompettes ettimbales sonnent les signaux de manœuvre et transmettent les ordres.
Quelquespercussions,fifres et trompettes composent les embryons de musique militaire. De nombreux chants guerriers ont été créés auxXIVe,XVe et XVIe siècles puisqu’il en existe pratiquement autant qu’il y a eu de campagnes ou batailles.
Il faut attendre la réorganisation des armées parLouvois, ministre deLouis XIV, pour parler vraiment de musique militaire. Soucieux du prestige de ses armes, le roi va changer le rôle de ses musiques en en faisant un outil de divertissement et de communication. Certaines formations de la Grande Écurie jouent en plein air devant la cour et la population. Cet exemple peut être repris par d'autres chefs militaires qui se font accompagner par des musiciens pendant les campagnes. On connaît les violons du prince de Condé ausiège de Lérida ou le théâtre dumaréchal de Saxe au siècle suivant.
Les grands compositeurs,Lully,Philidor etCouperin, entre autres, écrivent les premières marches militaires. En plus des instruments traditionnels, ils disposent desflûtes,hautbois etbassons.

En1762, le maréchal de Biron, colonel des gardes françaises, obtient du roi d'y instituer un orchestre de seize musiciens financés sur le budget du ministère. Cette initiative est étendue par une ordonnance du à tous les régiments d'infanterie et confirmée par la réforme de 1788 qui accorde 8 musiciens par régiment. L'obstacle majeur rencontré par ces orchestres de plein air est technique : il n'existe pas d'instruments de musique pour l'exécution en extérieur capables de rendre les sonorités d'un orchestre à cordes. Les progrès dans la factures des fifres, des clarinettes et des trombones auXVIIIe n'apportent pas de solution satisfaisante, d'autant plus que la mode des turqueries augmente le volume sonore des percussions.
Laclarinette et lecor enrichissent l’orchestre, ainsi que lapercussion. Enfin, les musiques sont chargées de la présentation au drapeau, des parades, des convois dignitaires, défilés, entrées d’honneur ainsi que des messes militaires et parfois, elles ont pour objet de distraire les troupes et sont très appréciées des citadins (relation armée nation).

Lors de laRévolution,Lazare Carnot entreprend une réorganisation de l’armée et le capitaineBernard Sarrette fonde la musique de la Garde nationale avant d’instaurer une école gratuite de musique, destinée à former les musiciens militaires. Cette école devient Institut national en1792 puisConservatoire de musique de Paris (dirigé par un collège de professeurs).
Les formations musicales deviennent l’instrument du gouvernement, séduisent le peuple et leurs effectifs augmentent. Elles permettent aux compositeurs tels queGossec, Jadin,Méhul,Catel,Devienne etGrétry d’écrire des œuvres de circonstance, dessymphonies, deshymnes. On écrit les premierspas redoublés à 120 pas par minute.
Le règlement de 1791 conserve les musiciens militaires dont les orchestres sont complétés par des gagistes, plus ou moins nombreux, financés par la caisse des officiers. Le texte confirme l'autorité du tambour-major, qui ne sait pas forcément lire la musique, sur le chef de musique.
Letambour-major connaît une grande popularité sous leDirectoire tandis que sous le Consulat,David Buhl compose les ordonnances de trompettes et ouvre une école de trompettes à Versailles. En fait, la fanfare de la garde municipale de Paris est créée en 1802 mais aussitôt,Napoléon Bonaparte supprime toutes les musiques de cavalerie pour finalement les rétablir en 1804 (sous l’Empire). La fanfare de lagarde municipale de Paris devient fanfare à cheval de la Garde.
Les formations militaires poursuivent leur rôle purement militaire, mais également leur relation armée nation. Une bonne musique militaire peut faire aimer le soldat dans les villes de garnison et le plaisir gratuit qu’elle procure aux pacifiques bourgeois les dédommage des petites tracasseries que leur suscitent parfois l’arrivée ou le séjour des troupes. Elles entretiennent un sentiment de concordance et de fraternité.

LaRestauration réorganise les musiques militaires en 1827 en transférant au budget du ministère le financement des gagistes auparavant assuré par la caisse des officiers. Ce changement marque une transformation de leur rôle de distraction des officiers et de prestige de l’unité vers celui d’outil musical de communication de l’armée et à travers elle du pouvoir politique. Cette réforme entraîne la réorganisation des musiques de la marine àBrest et àToulon qui deviennent les plus anciens orchestres français, après celui de l'Opéra. C'est sur ce modèle qu'est créée la musiqueLégion étrangère en 1831. La mairie de La Villette, pas encore rattachée à Paris, organise le premier concours de musiques militaires de la région parisienne en, festivité appréciée et qui sera renouvelée pendant des années.
En 1836, le ministère créé unGymnase musical militaire placé sous la direction deFrédéric Berr[1] et destiné à la formation des bons musiciens et de chefs de musique.Carafa prend la direction du Gymnase en 1838 et va devenir un ardent opposant au projet de réforme de Sax quand celui-ci proposera ses nouveaux instruments.
Legouvernement instaure également la nomination du chef après un passage devant jury, l’édition d’un journal avec les œuvres recommandées officiellement, l’usage d’unmétronome par musique et d’undiapason fixe, l’équipement de boîtes et étuis pour ranger les instruments, et l’attribution d’un facteur spécialisé par musique pour assurer les réparations des instruments.
En 1840, à l’occasion du10e anniversaire desTrois Glorieuses,Berlioz écrit une œuvre magistrale pour orchestre d’harmonie, laSymphonie funèbre et triomphale. Un cortège s’étale de laMadeleine à laBastille pour inaugurer la Colonne de juillet tandis que 200 musiciens égrènent laMarche funèbre,1ermouvement de cette symphonie, sur tout le trajet. Berlioz écrira également un traité d’orchestration. En décembre de la même année, pour le retour des cendres de l'Empereur,Carafa,Adam etHalévy composent des marches funèbres qui sont exécutées durant la cérémonie.
Outre l’apparition du clairon, l’événement le plus important de cette période est la réforme d’Adolphe Sax. En effet, Sax invente uneclarinette basse, puis la famille dessaxophones et celle dessaxhorns, il instaure ensuite l’usage des clés et despistons. (premiersaxophone employé à l’orchestre dansLe Dernier Roi de Judas en 1844). Après un duel mémorable sur le Champ-de-Mars entre les Saxons et les Carafons (musique nouveau modèle contre musique ancien modèle), les instruments de Sax sont adoptés par la réforme des orchestres militaires de 1845. Un grand concert de musiques militaires est organisé sur l'hippodrome de l'Étoile en 1846. La réforme est annulée par laIIe République après la Révolution de 1848.

Après le test de la Musique des Guides en 1854, le système Sax est définitivement généralisé à tous les orchestres militaires en 1855. En 1854, l’armée française comprend 100 régiments d’infanterie, 54 de cavalerie, 16 d’artillerie, tous dotés de leur musique régimentaire, sans compter les unités d’Afrique. Ces orchestres donnent trois concerts par semaine dans les kiosques à musique construits par les municipalités, offrant des concerts gratuits à la population qui devait jusque-là payer pour écouter de la musique.
En 1848, Paulus édifie les bases de la musique de la Garde avec 12trompettes. L’effectif passera à 55 musiciens en 1852, date des débuts officiels de cette formation qui deviendra en 1871 : musique de la Garde républicaine.
LeGymnase musical militaire disparaît en 1856 quand des classes militaires sont créées au Conservatoire. Le premier concours pour la désignation de chefs de musique militaire est organisé par le ministère en 1855.
Les campagnes militaires (Crimée, Italie, Mexique) coûtent cher et les restrictions budgétaires amènent une diminution des effectifs des orchestres en 1860 et la suppression des musiques de cavalerie et de la musique des Guides en 1867, après le premier concours international des musiques militaires organisé à Paris en 1867. Il avait été gagné par la musique de la Garde de Paris conjointement avec la musique de Prusse et celle d'Autriche.
Pendant les campagnes duSecond Empire, les musiciens militaires deviennent systématiquement brancardiers.
Après la défaite de 1870, il est question de la suppression des orchestres militaires. Puis l’infanterie est dotée par la loi du de 144 régiments de ligne, 30 bataillons de chasseurs, 4 régiments de zouaves, 4 régiments de tirailleurs, 1 régiment de légion étrangère et 3 bataillons d’Afrique. Le règlement organise aussi les musiques avec les dispositions suivantes pour les régiments : 1 chef de musique, 1 sous-chef et 38 musiciens, sauf pour les tirailleurs : 1 chef de fanfare et 20 clairons. Les chasseurs et le bataillon d’infanterie légère d’Afrique se voient dotés d’un sergent-major chef de fanfare et d’un caporal clairon mais pas d’instrumentistes.
L'adoption de laMarseillaise comme hymne national coïncide avec le transfert àLongchamp de la revue militaire qui s'ouvre avec la remise des drapeaux en 1880. LaBelle Époque avec ses kiosques à musique utilisés par les orchestres militaires aussi bien que leurs équivalents civils, souvent dirigés et composés d'anciens militaires, organise un véritable maillage du territoire qui diffuse un répertoire musical fait d'adaptations des grands airs d'opéra, d'opérettes, du café-concert ou d'autres morceaux à la mode. Ces festivités gratuites, sans relever d'une politique musicale, opèrent un brassage des populations, entretiennent une convivialité et un lien sociétal qui ont contribué à stabiliser les institutions dans la République.
Au début duXXe siècle, les 163 régiments d’infanterie de l’armée française sont dotés chacun d’une musique composée de 38 exécutants, 1 chef et 1 sous-chef dont la hiérarchie desgrades (sous-lieutenant,lieutenant,capitaine) est établie en1902, avec dès1928 possibilité d’accéder au grade de commandant sur concours.
Entre les deux guerres, l’effectif des musiciens passe de 38 à 58, une école de sous-chef de musique ouvre ses portes àCourbevoie en 1930, la sonnerieAux morts composée parPierre Dupont[2] est jouée pour la1re fois à l’Arc de triomphe de l'Étoile le[2], la fanfare de laGarde républicaine (France) voit le jour àIssy-les-Moulineaux en 1934 et la Musique de l’Air est fondée en 1936[3].
Lors dudébarquement du 6 juin 1944, les commandos britanniques delord Lovat traversent en courant lePegasus Bridge, au son de lacornemuse deBill Millin[4].
Après laSeconde Guerre mondiale, on assiste à la naissance d’unorchestre à cordes de laGarde républicaine destiné surtout aux réceptions à l’Élysée. Et dans lesannées 1960, l’indépendance des colonies françaises voit la disparition des musiques coloniales, mais une assistance technique est instaurée.
LaMarine nationale, qui possédait déjà deux grands orchestres d'harmonie depuis 1827[5], lamusique des équipages de la flotte de Toulon et celle de Brest, dissoute en 2013[6], s'enrichit en 1952 d'unbagad celtique qui s'appellera lebagad de Lann-Bihoué, du nom de la base de l'aéronavale où il a été créé et où il est affecté.
Par ailleurs, un centre de formation et de perfectionnement dessous-officiers musiciens de l’armée de terre est installé àRueil-Malmaison en 1963 et, en 1978, il devient conservatoire militaire de musique de l’armée de terre[7]. On crée également la fanfare de cavalerie de la Garde républicaine, notamment pour les escortes présidentielles.
En 1989, une réglementation des musiques prévoit pour l’armée de terre des formations territoriales et régimentaires. Les premières sont divisés en musiques principales –troupes de marine françaises (TDM),Légion étrangère –, régionales et divisionnaires ; les secondes en musiques régimentaires, fanfares de type infanterie et fanfare de type ABC.
Quant à l’armée de l’air, elle dispose d’une musique principale à Paris et d'une régionale à Bordeaux[8].
Labrigade de sapeurs-pompiers de Paris possède aussi uneformation musicale, ainsi que lagendarmerie mobile avec laMusique de la gendarmerie mobile.
Lapolice nationale possède également depuis 1956 une Musique constituée d'un grandorchestre d'harmonie et d'unebatterie-fanfare[9]. La Musique de la police nationale, stationnée àVélizy près de Paris, appartient aux corps descompagnies républicaines de sécurité. Lapréfecture de police de Paris possède de son côté depuis 1929 sa propre musique avec une batterie-fanfare et un orchestre d'harmonie sous le nom deMusique des Gardiens de la Paix.