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Lamusique arabe désigne un ensemble demusiques issues dumonde arabe c'est-à-dire une zone géographique englobant leMoyen-Orient et l'Afrique du Nord. Elle constitue les branches d'une même famille musicale ayant évolué dans les foyers culturels auMoyen-Orient mais également dans des contextes différents. En dépit de leurs multiples apparences, ces musiques, qui proviennent d'unetradition orale remontant à l'ère préislamique[1],[2], présentent certaines caractéristiques communes, bien que des particularités régionales soient marquées. Les formes traditionnelles de cette musique associent généralement des interprétations vocales et instrumentales, souvent en alternance.
Les termes « musique arabe » peuvent prêter à certaines équivoques : ils sont justifiés si l’on désigne par là l’expression historique d’une civilisation dont la langue arabe et la culture islamique constituent les deux axes fondamentaux (mais ils sont impropres si l’on entend par « musique arabe » les formes d’un art inhérent aux Arabes et au monde Arabe définis ethniquement et géographiquement). Cet art couvre en fait des réalités esthétiques etethnomusicologiques variées et parfois fort éloignées, mais marquées du sceau unificateur de l’islam et de ses conquêtes à partir du monde arabe. De plus, il existe au sein même des pays arabes des musiques non arabes issues de communautés ou d'ethnies diverses (kurde,berbère…).
L'Arabie est, à l'époque préislamique[1]. Dans leHejaz[4], est un haut lieu intellectuel et artistique, notamment pour la musique arabe[2]. AuYémen, haut lieu des sciences, de la littérature et des arts arabes préislamiques[2],[5], les rois deSaba placent les musiciens sous leur mécénat et encouragent le développement de la musique, permettant à la musique yéménite d'avoir une reconnaissance à travers toute l'Arabie[5]. EnSyrie et enIrak, les cours des roisGhassanides etLakhmides présentent une vie culturelle particulièrement active, avec le mécénat des arts, notamment celui de la musique arabe[6].
Les poètes arabes de cette époque, appelés« shu’ara' al-Jahiliyah » (arabe : شعراء الجاهلية) ou« poètes Jahili », avaient l’habitude de réciter des poèmes avec des notes aiguës[2]. On croyait que lesdjinns révélaient ces poèmes et ces musiques aux poètes et aux musiciens[2].
La plus ancienne mention de la musique arabe dans les sources antiques remonte à une inscriptionassyrienne dédiée au roiAssurbanipal indiquant que des prisonniers arabes passaient leur temps à chanter et à écouter de la musique[7]. L’inscription mentionne également qu'Assurbanipal apprécia la musique de ces prisonniers et exigea en entendre plus[7],[8].
Au cours de l'âge d'or de l'Islam, plusieurs savants composent et publient des recueils encyclopédiques de poèmes et de musiques[9]. C'est le cas de :
Al-Kindi (801-873), qui est un théoricien notable de la musique arabe. Il s’est joint à plusieurs autres commeAl-Farabi pour proposer l’ajout d’une cinquième corde de fortune auoud. Il a publié plusieurs recueils sur lathéorie musicale, y compris les connotationscosmologiques de la musique et a identifié douzetons sur la gamme musicale arabe, en fonction de l’emplacement des doigts et des cordes duoud[10].
Abu al-Faraj (897-967), qui a écrit leKitab al-Aghani, un recueil encyclopédique de poèmes et de chansons qui compte plus de 20 volumes dans les éditions modernes.
Al-Farabi (872-950), qui a écrit un livre remarquable sur la musique arabe intituléKitab al-Musiqa al-Kabir. Son système de sonorité arabe pur est toujours utilisé dans la musique arabe[11].
AuXIe siècle,Al-Andalus est un grand centre de la musique arabe et un important centre de fabrication d’instruments qui s'exportent enFrance et dans toute l'Europe[9]. Lamusique arabo-andalouse développée enEspagne se propagea ainsi auMaghreb, se déclinant enchaàbi ouhawzi pour les genres dérivés enAlgérie,al-ala,tarab al-andalusi, gharnati,melhoun ou chgouri auMaroc etmalouf enTunisie et enLibye. Elle influence également les musiques d'Europe occidentale[12] :« Comme on le sait, la société arabe d'al-Andalus a fortement influencé les populations du Sud de l'Europe »[13]Selon certains chercheurs, lestroubadours ont peut-être eu des origines arabes[14]. SelonRamón Menéndez Pidal etIdries Shah, les troubadours ont été créés parGuillaume IX d’Aquitaine après son expérience avec les arts d'Al-Andalus lors de laReconquista. La tradition poétique et musicale arabe a eu une grande influence sur la « poésie d’amour courtoise » européenne[12]. PourÉvariste Lévi-Provençal et d’autres chercheurs, trois lignes d’un poème deGuillaume IX d’Aquitaine étaient rédigés sous une forme arabe, indiquant une potentielle origine arabo-andalouse de ses œuvres.
Au cours des siècles, des pratiques musicales locales distinctes se développent, en se forgeant une identité culturelle particulière à chaque société. Il existe ainsi, dans des villes du Maghreb telles queFès,Tétouan,Tlemcen etTunis, des versions distinctes denûbas, qui font partie intégrante de la culture musicale locale. Des modes mélodiques légèrement différents portent le même nom enSyrie, enÉgypte, enIrak et dans les pays d'Afrique du Nord. Les modes rythmiques de ces musiques peuvent être articulés différemment, et leurs interprétations varient. La poésie populaire chantée change aussi en fonction du dialecte local.
Lemaqâm irakien n'est pas simplement un mode mélodique mais une suite de pièces dans un mode particulier. Ce terme y a une signification plus proche de celle dewaslah ou denawbah (nouba) que de celle du maqâm dans d'autres régions arabes.
Du fait de l'absence departitions de musique écrites jusqu'auXXe siècle, il est impossible de dater les mélodies avec exactitude. Certains genres mélodiques, en particulier ceux duMouachah andalou ou syrien. Ce type de poème en langue arabe est distinct de laqasida (arabe :قصيدة,persan :قصیده) à une seule rime et autorisant une plus grande subtilité et possibilités de création et de composition musicale. Le poème est composé en larges versets monorythmiques. SelonGarcía Gómez, à la fin duIXe siècle, un poète arabe anonyme emprunta certaines de ces chansons à un poème arabe intitulé « moajaxa », qui lui donne une structure strophique particulière.
Portrait de Mohammed Abdel Wahab peint par Essam Azouz (2018).
Avec la montée de l'Empire Ottoman et laconquête duSultanat Mamelouk, la musique ottomane, déjà influencée par les musiques byzantine, arménienne et persane, s'enrichit d'une influence arabe[15]. À la fin de l'Empire ottoman, la « musique arabe » proprement dite, connait une renaissance auXXe siècle, sous les effets conjugués de la politique (nationalisme), de certaines techniques musicales et l'introduction d'instruments occidentaux, et de la volonté grandissante de sauvegarder le patrimoine musical arabe.
L’Égypte notamment vit l'éclosion d'immenses talents, compositeurs ou chanteurs, commeMohammed Abdel Wahab, la chanteuseAsmahan ou encoreOum Kalthoum, qui emprunte d'ailleurs son nom à lapoésie arabe préislamique et dont la carrière avait commencé dès 1932. À la fin desannées 1960, elle élabore un nouveau style qui trouve aussi ses aficionados. De nombreuses femmes marquent en effet la musique arabe tout au long duXXe siècle, notamment depuis Le Caire, foyer duféminisme dans la région.Mounira El-Mahdeya est la première musulmane à monter sur scène, d'abord déguisée en homme, enregistrant de la musique dès 1906. Dans l'entre-deux-guerres, la productriceBadia Masabni ouvre des cabarets et perfectionne la danse orientale telle qu'elle existe encore de nos jours. Dans la seconde partie du siècle, l'AlgérienneWarda al-Jazairia et la LibanaiseFaïrouz sont des personnalités majeures de la musique arabe. En 2021, l'Institut du monde arabe à Paris consacre une exposition à toutes ces femmes[16].
À la différence de lamusique occidentale dans laquelle se sont développés l'art de lapolyphonie et de l'harmonie, la musique arabe est ancrée sur la monodie où lamélodie est monophonique (une seule note jouée à la fois) et construite sur un système extrêmement riche de modes mélodiques, appelésmaqâms. Elle requiert aussi une pédale de basse ou unbourdon, afin d'asseoir sa tonalité. Toutefois, on appelle une musique savante par ses concepts mathématiques comme lamusique indienne, développée pendant la période védique, cette base peut varier, et la musique arabe est par conséquent, extrêmement modulante. Les ouvrages arabes anciens sur la musique ont recensé jusqu'à 400 maqamat, dont trente au moins demeurent pratiqués.
Lesmodes, en musique arabe, reposent sur des intervalles de tierces (tricordes), quartes (tétracordes) et quintes (pentacordes).
La musique arabe n'utilise pas, comme la musique occidentale, lagamme tempérée, mais lagamme naturelle, qui permet une interprétation toute différente de l'échelle des sons à l'intérieur d'une octave, et de leurs rapports (les intervalles). En conséquence, certains intervalles dans ces modes sont inférieurs au demi-ton occidental : le plus courant d'entre eux représente trois quarts de ton, mais l'on rencontre des intervalles d'un neuvième, de quatre neuvièmes et de cinq neuvièmes de ton. Si, dans la musique moderne, le monde arabe a souvent adopté le mode de notation occidental, le terme « gamme » est inapproprié, puisqu'il couvre théoriquement uneoctave, et que la musique arabe est construite sur des modes inférieurs à l'octave.
Les intervalles inférieurs audemi-ton sont nomméslimma (1/3 de ton) etcomma (1/9 de ton). Mais le plus utilisé est le1/4 de ton. Les altérations utilisées pour indiquer les 1/4 de ton sont le « demi-bémol » et le « demi-dièse ». Pour noter ces intervalles inconnus dans la musique occidentale, on utilisait autrefois lebémol inversé (comme un d). Aujourd'hui[Quand ?], on[Qui ?] utilise le bémol barré :.
Une autre particularité de cette musique, apportée par un art vocal très sophistiqué (résultant du système modal et de ces micro-intervalles), réside dans l'ornementation des lignes mélodiques homophoniques (les instruments sont alors utilisés à l'unisson ou à l'octave). Trille, glissando et autres variations rythmiques et mélodiques constituent une ornementation continue et souvent complexe.
Enfin, il faut signaler l'extrême richesse de la rythmique, avec des divisions très complexes du temps. Des cycles à 32 mesures ne sont pas rares. Là aussi, il y a une très grande volatilité de la structure rythmique, qui peut changer d'un instant à l'autre passant du ternaire au binaire, puis à des syncopes ou des rythmes « boiteux ».
Grâce à latradition orale, l’élève apprend directement la technique et le répertoire traditionnel d'un maître (ustad oumâalem). Après une certaine maîtrise de ces éléments, le musicien se met au jeu de l'improvisation et à l'art de la création musicale. Comme créateur il puise dans la tradition des éléments qui lui ont été transmis pour ensuite les assembler selon ses aspirations, ou à partir desquels il invente des variations qui viendront enrichir un répertoire commun de compositions.
Cette tradition orale reste l'un des éléments majeurs dans l'interprétation comme dans la transmission pédagogique de la musique. Une bonne maîtrise des systèmes mélodiques et rythmiques est donc indispensable pour la composition et l'interprétation de la musique arabe. Les élèves étudient des morceaux vocaux et instrumentaux, mais ils les interprètent rarement exactement tels qu'ils furent initialement composés.
Dans la tradition arabe, les bons musiciens apportent des variations et improvisations musicales sur les morceaux ou modèles connus, comme les musiciens classiques de l’Inde ou les musiciens dejazz. Les improvisations peuvent être relativement longues, transformant des compositions d'une dizaine de minutes en interprétations d'une heure et n'ayant parfois que peu de points communs avec le modèle d'origine.
Des centaines de traditions musicales locales et folkloriques coexistent dans le monde arabe, qui portent souvent les traces des pratiques musicales de peuples avec lesquels les populations arabes se sont trouvées en contact. Ainsi, la pratique du tambour dans les États du Golfe persique pourrait s'expliquer par les relations avec les commerçants africains[réf. nécessaire]. La traditiongnawa tire son origine de la musique des esclaves de l'Afrique noire amenés auMaroc. La musique nubienne, enÉgypte, fait appel à un système mélodique particulier utilisant une gamme pentatonique (à cinq notes) et intégrant des rythmes distincts.
Lamusique populaire arabe contemporaine emprunte à la fois au style traditionnel et au style classique arabes. Les claviers électroniques accordés pour les maqamat et les tambours accompagnent généralement les chanteurs de poésies et de chansons populaires. Dans certains cas, les chanteurs adaptent leur style vocal ou leur langage au public non arabophone, tout en s'efforçant de préserver en partie la tradition musicale arabe. Leraï, venu des faubourgs d’Oran en Algérie, a su associer lerock, le funk et lereggae à lamusique arabo-andalouse traditionnelle.
La tradition de la musique arabe côtoie d'autrestraditions musicales en Turquie, en Iran et en Asie centrale. Des points communs existent parmi les systèmes à prédominance mélodique dudastgâh persan, dumugham azéri, dumaqâm turc, dumaqôm ouzbèke et ouïghoure. Les traditions de récitation coranique et de chants religieux originaires des régions arabes sont partagées par l'ensemble des communautés musulmanes, par exemple en Indonésie et au Pakistan. De même, les traditions de musique religieuse des Églises chrétiennes du Proche-Orient, en particulier celles de l’Église maronite en Syrie ou au Liban et de l’Église copte égyptienne, peuvent être rattachées à la tradition musicale arabe.
Cette diversité n’a pas épargné la musique savante de l’Islam elle-même dans la mesure où le substrat ethnique, si présent dans les musiques populaires, marqua de son empreinte l’évolution du langage musical dans les trois grandes aires ethnolinguistiques de l’Islam traditionnel, surtout au niveau des formes et de la pratique : ce qui justifie qu’aujourd’hui[Quand ?] on[Qui ?] distingue et analyse séparément les musiques dites arabe, turque et persane[17].
Lapop arabe est principalement produite et originaire duCaire, enÉgypte ; avecBeyrouth, auLiban comme centre secondaire. C'est une excroissance de l'industrie cinématographique arabe (principalement des films égyptiens), également située principalement au Caire. Le style principal est un genre qui combine synthétiquement desmélodies pop avec des éléments de différents styles régionaux arabes, appelés ughniyah (arabe :أغنية) ou en français « chanson arabe ». Il utilise des instruments à cordes, y compris la guitare, ainsi que des instruments traditionnels du Moyen-Orient.
Un autre aspect de la pop arabe est le ton général et l'humeur des chansons. La majorité des chansons sont dans une clé mineure, et les thèmes ont tendance à se concentrer sur la nostalgie, lamélancolie, les conflits et les questions d'amour en général.
Ensemble jouant de différents instruments tels que le daf, le nay ou du kamangi.
Les instruments les plus usités dans la musique arabe sont l'oud (عود), ancêtre du luth européen employé parfois comme basse mélodique ou rythmique dans les ensembles instrumentaux, et lenay, une flûte de roseau. Les instruments à percussion les plus courants sont des tambours en forme de vase (comme ladarbouka) et des tambourins avec ou sans sonnailles (daf,riqq outar). Les noms et les formes des instruments varient en fonction de leur région d'origine.
Lerabâb arabe, vièle jouée verticalement, côtoie leviolon, notamment dans les orchestres arabo-andalous. Parmi les autres instruments classiques figure leqanûn (قانون) - adopté dans l’Europe médiévale sous le nom depsaltérion, cithare à soixante-douze cordes métalliques.
Oum Kalthoum (1898-1975) a popularisé cette musique à travers le monde entier ;
Mohammed Assaf (né en 1989) est un chanteur palestinien de pop arabe (gagnant en2013 pour l'émissionArab Idol) ;
Julia Boutros (née en 1968) est libanaise de confession chrétienne ;
Sabah Fakhri (1933-2021), chanteur ténor syrien, considéré comme le maître des mouchahats, qoudouds alépins et de la chanson arabe classique en général ;
Sayed Darwich est considéré comme un précurseur du renouveau de la musique arabe malgré sa mort prématurée en 1923, tout comme les compositeurs Riyad el Sounbati ou Bayram Tounsi. Voici les maîtres dutarab :
Tamer Hosny (née en 1977), chanteur égyptien de pop ;
Ragheb Alama (née en 1962), chanteur libanais de pop ;
Fawzy Al Aiedy (né en 1950), chanteur, compositeur et joueur de oud d'origine irakienne, précurseur de l'oriental jazz, installé en France depuis 1971 ;
Amr Diab (né en 1961) Il est l'un des chanteurs de Pop égyptienne les plus populaires en Égypte et dans le Monde arabe ;
OUM (née en 1978), est une chanteuse marocaine considérée comme ambassadrice de la culture marocaine ;
Anas Ghrab,Commentaire anonyme duKitāb al-adwār : édition critique, traduction et présentation des lectures arabes de l’œuvre deṢafī al-Dīn al-Urmawī (Thèse de doctorat en musicologie), Paris, Université Paris-Sorbonne,, vii+413(lire en ligne).