Amené au pouvoir par une conspiration de palais le, il succède à son oncleMoustafaIer à l'âge de 11 ans. Étant âgé de11 ans, il est encore trop jeune pour régner. En tant que mère du nouveau sultan, Kösem revient alors à nouveau sur le devant de l'arène politique. Elle entre dans lepalais de Topkapı lors d'une procession cérémonielle grandiose, durant laquelle un millier dederviches défilent tout en récitant des prières pour célébrer sa venue[3]. Mourad est longtemps sous le contrôle de ses proches, et durant les premières années de son règne,Kösem (Keucème), en tant que sultane-mère (Validé Sultane), assure la régence jusqu'à ce que Mourad décide en 1632 de prendre en main le gouvernement[4].
En tant que sultane validé, Kösem détient désormais l'autorité suprême sur leharem du sultan. Elle prend rapidement en charge la gestion de cette institution complexe, de la vie sociale à la planification des fêtes et cérémonies en passant par la gestion des importantes sommes d'argent qui y entrent[5].
En tant que régente, Kösem dirige en pratique l'empire à travers son fils, en organisant les séances dudivan (conseil du sultan) et en l'assistant durant ces réunions, cachée derrière un rideau. Elle s'occupe également de nommer des personnalités politiques et de superviser l'administration de l'État, ce qui lui permet d'établir des liens avec des hommes d'État, des juges et d'autres personnalités du monde juridique[6]. Elle rencontre également des ambassadeurs étrangers afin de discuter des traités internationaux[7].
L’Empire sombre dans l'anomie : lesSéfévides attaquent l'Empire à plusieurs reprises et envahissent l'Irak, des insurrections éclatent dans le nord de l'Anatolie.
Affirmation de son pouvoir et début de règne personnel
En 1628, Mourad IV fait dissoudre le mariage entre l'amiralHassan Pacha(tr) et l'une de ses sœurs en raison du soutien de Kösem à ce dernier, qu'il juge excessif. La décision de Mourad contre l'amiral peut également s'expliquer par son désir d'affirmer son autorité auprès des officiers les plus influents et de se libérer de l'influence de sa mère. Selon certaines sources, Kösem aurait essayé d'apaiser son fils en lui offrant des chevaux richement équipés et en organisant un banquet de dix mille aspres, mais sans succès. Elle se heurte au refus de Mourad, passablement irrité par l'influence grandissante de sa mère et essayant de l'éloigner de la politique[8].
En février 1632, une révolte desjanissaires éclate : Mourad doit d'abord céder à leur revendication et exécuter le grand vizirHafiz Ahmed Pacha, mais il reprend le contrôle du gouvernement en mai et fait étrangler le probable instigateur de la révolte,Topal Recep Pacha (devenu grand vizir entretemps) et commence à régner seul[1]. La régence de Kösem prend fin à la suite de la décision de son fils Mourad de l'exclure définitivement de la vie politique[8],[9]. Bien décidé à ne permettre à personne de s'immiscer dans l'administration de son empire, Mourad ordonne à sa mère de couper les liens qu'elle entretenait avec certains hommes d'État, et menace même de l'exiler si elle n'obéit pas[10],[11].
Il est possible également que Mourad ait pris peur à la suite du soulèvement demai 1632 à Constantinople durant lequel les janissaires avaient pris d'assaut le palais et tué le grand vizirAhmed Pacha. Craignant de subir le même sort que son demi-frère aîné, Osman II, le sultan décide d'affirmer son pouvoir et remplace les hommes que sa mère avait placés aux postes clés par d'autres hommes qui lui sont proches[10],[11].
Bien qu'écartée du siège du pouvoir, Kösem est autorisée à gérer ponctuellement certaines affaires gouvernementales au nom du sultan, notamment lorsque celui-ci s'absente de la capitale. Le sultan continue en parallèle à la consulter, afin de profiter de ses conseils lors des moments difficiles[9]. Durant la guerre contre les Safavides, Kösem entretient ainsi une correspondance étroite avec son fils qui« lui faisait confiance pour s'occuper de ses intérêts pendant son absence de la capitale. Cependant Mourad restait vigilant et s'assurait que l'autorité de sa mère ne dépasse pas certaines limites[12]. ».
En 1635, la région d'Anatolie est dévastée par une série de soulèvements connue sous le nom derévolte d'Abaza. La répression qui s'ensuit entraîne un afflux massif de réfugiés. Mourad répond en ordonnant aux réfugiés de retourner dans leurs maisons détruites sous peine d'être exécutés, avant de changer d'avis après l'intervention de sa mère[13].
Il essaie d’étouffer la corruption qui a grandi sous les sultans précédents.Il y parvient par de nombreux moyens, notamment en limitant les dépenses inutiles.
Il interdit également l’alcool, lecafé et letabac. Il ordonne l'exécution des personnes enfreignant cette interdiction. Il aurait patrouillé de nuit dans les rues et tavernes de Constantinople, habillé en civil et surveillant l'application de ses ordres. Il tuait les soldats qu'il surprenait en train de consommer de l'alcool et du tabac.
Renouant avec la tradition ottomane defratricide (relancée par son frèreOsman II avant lui),MouradIV fait exécuter ses frères Bayezid et Soliman en 1635, puis Kasim en 1638[1]. Le sultan Mourad grandit en recevant une bonne formation de la part des enseignants de l’époque. C’est un bon poète et il écrit ses poèmes en utilisant le surnom de « Muradi ». Il a également appris la calligraphie, dont il est maître, il rédige lui-même desfirmans. Il montait très bien à cheval, de plus il pouvait sauter d’un cheval à l’autre. Il maniait très bien l’épée et l’arc.
Par ailleurs, il est réputé pour son caractère impulsif et sa cruauté[14].
Au point de vue militaire, le règne deMouradIV est marqué par laguerre polono-turque de 1633-1634 mais surtout par latroisième guerre turco–séfévide (1623-1639). À partir de 1635, il prend lui-même le commandement de l'armée qu'il laissait jusque-là à ses généraux. Sa marche de Constantinople vers la frontière perse est ponctuée par l'exécution de nombreux sujets accusés de rébellion, corruption, négligence, ou d'avoir fumé du tabac. Il ordonne aussi l'exécution de l'émir libanaisFakhreddineII, prisonnier à Constantinople et dont le petit-fils venait de se révolter contre les Ottomans. Il prendErevan après un court siège (-) et, alors qu'il célèbre avec son armée la prise de la ville, il fait envoyer l'ordre à Constantinople d'exécuter ses frères Bayezid et Süleyman, rivaux potentiels ()[1]. Il reprend sa marche et entre dansTabriz, non défendue (). Il fait saccager les palais et jardins royaux par ses soldats. Il veut faire raser lamosquée Uzun Hasan mais s'en abstient quand lemufti fait valoir qu'elle a été construite par un souverainsunnite. Sur le terrain, le sultan Mourad vit comme un simple soldat, n'ayant comme coussin que sa selle et comme couverture la housse de son cheval[15].
Il accomplit également le dernier grand exploit militaire de l'Empire ottoman, lareprise de Bagdad en 1638(en), après un siège qui se termine par le massacre de la garnison et des citoyens.MouradIV commande lui-même l’invasion de laMésopotamie et s’avère un remarquable commandant sur le terrain. Il est un des derniers souverains ottomans (avec son neveuMehmedIV) à commander une armée sur le champ de bataille.
Avant sa mort, il conclut une paix avec la Perse en 1639, letraité de Qasr-i-Chirin, qui définit encore aujourd'hui le tracé de la frontière turco-iranienne.
Il meurt à l'âge de 27 ans à la suite d'unecirrhose. Sur son lit de mort, 15 jours avant son trépas, il ordonne l’exécution de son frère Ibrahim mais l’ordre n'est pas suivi d’effet à la suite du refus de sa mère Kösem[16]. Son but était de faire disparaître sa lignée pour entrer dans l'histoire comme le plus grand sultan ottoman de l'histoire et éviter de transmettre le trône à un monarque faible[17].
Il est connu par la société turque comme le sultan le plus tyrannique de l'histoire. Cependant son gouvernement permit de restaurer temporairement le prestige et la puissance de l'Empire ottoman[18].
Il reste peu d'informations à propos des concubines deMouradIV, principalement parce qu'il n'a eu aucun fils lui ayant survécu pour lui succéder ; les registres indiquent la présence d'une seule favorite (haseki), Aïcha, jusqu'à la fin de son règne où une seconde apparait. Il est possible que Mourad ait eu plusieurs autres concubines[19].
Racine, dans sa tragédieBajazet (1672), s'est inspiré de l'histoire deMouradIV et de l'exécution de son frère Bayezid, qu'il situe à l'époque du siège de Babylone (Bagdad). Mourad est nomméAmurat et Bayezid, nomméBajazet, devient le personnage central de l'intrigue. Racine, qui utilise les souvenirs d'un ambassadeur français, évoque les intrigues dusérail et les troubles suscités par lesjanissaires.