En 1946, il crée le personnage deLucky Luke dans une aventure appeléeArizona 1880 qui paraît en octobre 1946 dans l'édition française deSpirou[4], puis fin 1946 dans l'Almanach 1947 des éditionsDupuis. En 1947 paraît le début deLa Mine d'or de Dick Digger, sur unscénario de son frère Louis De Bevere[5]. À partir de 1949, la série sera éditée enalbums. Si Morris choisit le journalSpirou plutôt queTintin pour publier ses bandes dessinées, c'est parce qu'il trouveSpirou plus ouvert et plus fantaisiste que son concurrent très marqué par le style d'Hergé. En outre, il travaille déjà pour le studio de dessins animés des éditions Dupuis, et a dessiné quelquescartoons pour lemagazineLe Moustique, alors propriété deDupuis. Sur un conseil de sonéditeur, il part habiter chezJijé, le seul auteur belge de l'époque à faire sérieusement de la bande dessinée, selon les propos de Morris. Il y retrouveAndré Franquin, qui vient de reprendre la sérieSpirou et Fantasio, et un peu plus tardWill, qui reprendTif et Tondu. Au contact de Jijé, il apprend beaucoup de techniques de la bande dessinée, notamment le dessin d'uncroquis d'après nature, grâce à plusieurs séances par semaine surmodèle vivant[c 1].
En 1948, Morris, Franquin et la famille de Jijé décident de partir pour lesÉtats-Unis. Pour Jijé, ce départ est avant tout politique, car il craint unetroisième guerre mondiale qui transformerait l'Europe en zone occupée par l'Armée rouge ou dévastée par lesbombes atomiques[6]. Pour Morris, ce voyage est plutôt motivé par l'envie de découvrir les décors et les méthodes de travail des auteurs aux États-Unis, qu'il considère comme le pays de la bande dessinée[c 2]. En, après plusieurs mois passés auMexique, ses compagnons de voyage repartent vers l'Europe[7]. Morris reste aux États-Unis, d'où il continue d'envoyer régulièrement desplanches au journalSpirou. Il fait la connaissance deJack Davis et deHarvey Kurtzman et assiste à la naissance du magazineMad en 1952. Début 1952, il retourne temporairement en Europe à la mort de son père et réalise avec son frère LouisL'Élixir du Docteur Doxey[5]. Aux États-Unis, il fait aussi la connaissance deRené Goscinny, qui partage un studio de dessinateur avec Kurtzman etJohn Severin[3]. Ce séjour américain lui laisse cependant un goût de déception[8].
À partir de 1955, Morris, qui prend peu de plaisir au travail de scénariste et préfère se concentrer sur le dessin, confie à Goscinny les scénarios deLucky Luke. Leur premier album commun paraît dansSpirou en avecDes rails sur la prairie. Il rentre ensuite définitivement en Belgique et, après une dernière aventure réalisée avec Louis de Bevere,Alerte aux Pieds-Bleus[5], il collabore avec Goscinny jusqu'à la mort de celui-ci en 1977. Selon Morris, « travailler avec Goscinny était passionnant. [...] Nous étions parfaitement complémentaires. À la lecture d'un scénario, je voyais exactement ce qu'il voulait exprimer, et lui voyait déjà le dessin que j'allais en faire »[9].
De 1964 à 1967, Morris etPierre Vankeer réalisentLa Chronique du9e Art[10], ainsi que quelques histoires brèves publiées dansSpirou. En 1968,Lucky Luke paraît dansPilote. De à,Lucky Luke est publié dans le mensuelLucky Luke[3].
Les relations entre Morris et Goscinny se dégradent quelque peu dans les années 1970[11]. Après la mort de Goscinny en 1977, Morris choisit d'autres scénaristes, commeXavier Fauche,Bob de Groot,Jean Léturgie,Lo Hartog van Banda,Vicq,Guy Vidal, etc., en utilisant alternativement des services de chacun selon les albums[3].
En 1983, Lucky Luke arrête de fumer et troque sa cigarette contre une brindille. Le, àGenève, Morris est récompensé par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) lors de la Journée mondiale sans cigarette.
En 1987, il crée lasérie dérivéeRantanplan (le chien idiot d'un pénitencier, dont Lucky Luke se moque volontiers les quelques fois où il est amené à le retrouver), scénarisée par Xavier Fauche et Jean Léturgie, dessinée parMichel Janvier qui alternera lescrayons avecVittorio Leonardo à partir de 1993[3].
Morris est l'un des rares auteurs de bande dessinée dont toute l'œuvre tourne autour d'un seul héros. La seule histoire de Morris à ne pas se situer dans l'univers de Lucky Luke, ni même dans le décor duFar West, estDu raisiné sur les bafouilles, une courte histoire de gangsters scénarisée par René Goscinny et publiée en 1956 dansLe Hérisson : les auteurs envisagèrent de donner une suite à cette histoire en lançant une nouvelle série, mais l'idée fut vite abandonnée, Morris étant à l'époque déjà trop pris par Lucky Luke[13].
En outre, il participe aux albums collectifs :Il était une fois... Les Belges (Lombard, 1980),Rocky Luke - Banlieue West (SEDLI, 1985),Images du scoutisme -50 ans de calendrier FSC (FSC, 1991),Rire c'est rire (F.I.R., 1995),La BD du3e millénaire (Loterie romande, 1999),Boule et Bill font la fête (Dargaud, 1999) etContes de Noël du journal Spirou 1955-1969 (Dupuis, 2020).
HS01.Boule et Bill font la fête, Dargaud, Bruxelles,27 juillet 1999 Scénario : collectif - Dessin :Roba et ses amis - Couleurs : collectif dont Morris -(ISBN2-87129-250-7)
En 1993, unefresque muraleLucky Luke faisant partie duparcours BD de Bruxelles est inaugurée. Elle est située à l'angle des rues de la Buanderie et T'Kint. Elle couvre une superficie de180m2 et sa réalisation est due à l'association Art mural[32].
En 2021, le siteBD Gest' le fait entrer dans le panthéon de la BD par leHall of Fame franco-belge[33].
À l'occasion du centenaire de sa naissance, une exposition rétrospective exceptionnelle a lieu à la Galerie Huberty & Breyne à Bruxelles en 2023[34].