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Montagne (Révolution française)

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Pour les articles homonymes, voirMontagne (homonymie).

Montagne
Image illustrative de l’article Montagne (Révolution française)
« Vive la Montagne ; Vive la République une et indivisible », estampe d'Étienne Béricourt, 1793.
ChambreConvention nationale
Directoire
Fondation21 septembre 1792
Membres principauxMaximilien de Robespierre
Georges Jacques Danton
Jean-Paul Marat
Louis Antoine de Saint-Just
Jacques-Nicolas Billaud-Varenne
Lazare Carnot
Paul Barras
RégimePremière République
PositionnementGauche[1]
IdéologieRépublicanisme
Jacobinisme
Libéralisme égalitaire[2]
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LaMontagne (ses membres étant appelés « lesmontagnards ») est un groupe politique de laRévolution française, à laConvention nationale, composé des révolutionnaires les plus radicaux et opposés auxgirondins.

Origines

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Pendant laRévolution française, les députés de l'Assemblée législative de1791 les plus à gauche prirent le nom de montagnards (formant le groupe de laMontagne), alors que les députés des bancs les plus modérés prenaient le nom dePlaine ou deMarais. Si l'appellation « girondins » pour qualifier le groupe des fidèles deBrissot renvoie à leur origine géographiquebordelaise, celle de « montagnards » continue de susciter des interrogations parmi les historiens. Plusieurs explications sont avancées.

L'une des plus courantes veut que ces députés siègent à gauche sur les bancs les plus élevés de cette assemblée, d’où les références à la « Montagne », et, par opposition, à la « Plaine ». Selon L. Maitrier, cette opposition correspond plus généralement à la topographie politique parisienne, puisque la gauche de l'Assemblée nationale était issue des milieuxcléricaux des quartiers de lamontagne Sainte-Geneviève, et se réunissait aucouvent des Cordeliers, tandis que la droite était issue des milieux financiers établis dans les quartiers de laplaine de la Rive droite (entre laplace Vendôme et lePalais-Royal), et se réunissait aucouvent des Feuillants[3].

Cette opposition se trouvait également déjà dans un texte classique, connu des révolutionnaires : la « Vie deSolon », issue desVies parallèles, oùPlutarque décrit en ces termes les divisions politiques àAthènes :« Les habitants de la montagne soutenaient avec force la démocratie, ceux de la plaine l’oligarchie ; les habitants de la côte formaient un troisième parti, favorable à une forme de gouvernement intermédiaire… ».

De plus, on ne peut exclure, de la part d'un courant politique imprégné de sa philosophie, un hommage auxLettres écrites de la montagne deJean-Jacques Rousseau.

Enfin, M. Belissa et Y. Bosc avancent quant à eux que les montagnards ne se nomment pas ainsi parce qu'ils se situent au sommet des bancs de l'Assemblée, mais parce que la montagne est un symbole de liberté, entendue, comme le veut la tradition desLumières depuisMontesquieu, comme obéissance à la loi qu'on s'est donnée à soi-même. Ainsi, le nom de montagne fait à la fois écho, selon ces historiens, à l'histoire biblique destables de la loi reçues parMoïse sur lemont Sinaï (ladéclaration des Droits de l'homme serait la nouvelle loi, le « Sinaï des droits de l'homme »), et à l'idée de liberté (via la métaphore de la montagne) comme l'enjeu politique le plus difficile, auquel il est néanmoins nécessaire de faire face, ce que revendiquent les montagnards[4].

Assemblée législative (1791-1792)

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AuClub des jacobins et dans la presse, s'ouvre, vers, un grand débat sur l'opportunité de déclencher une guerre contre l'Europe[5]. Aux Girondins (Brissot,Vergniaud,Guadet, etc.) partisans de la guerre à outrance, s'opposentMaximilien Robespierre,Georges Danton,Jean-Paul Marat,Nicolas Billaud-Varenne,Camille Desmoulins, etc.[6]. Contrairement aux premiers, ces derniers soutiennent que les ennemis de l'intérieur sont plus dangereux que les ennemis de l'extérieur. On peut aussi à ce titre citer le plan d'abolition totale des droits féodaux présenté parGeorges Couthon, qui prolonge le plan présenté par Robespierre le 10 février au club des jacobins, comme une alternative à l'épopée guerrière. Devenus ou redevenus députés à la Convention nationale, ils siègent alors à la Montagne. S'étaient également engagés dans ce combat anti-belliciste leurs soutiens,Jacques Hébert, Amédée Doppet, Antoine Santerre,Marc-Antoine Jullien (ou Jullien de Paris), Joseph Dusaulchoy,Sylvain Maréchal,Anaxagoras Chaumette, auxquels on peut ajouter le jeune jacobin, F. Machenaud, mort prématurément en.

Convention nationale (1793-1794)

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Danton, Marat, Robespierre.

Favorables à la République, dominés parGeorges Danton,Jean-Paul Marat etMaximilien de Robespierre, les Montagnards connurent leur apogée au printemps de1793, avec 300 députés à laConvention nationale, pour la plupart élus de laSeine et des grandes villes. Hostiles à la monarchie, les Montagnards, proches de la petite bourgeoisie, firent condamner à mortLouisXVI. Ils firent, en et, rejeter toutes les manœuvres dilatoires de laGironde ou de la Plaine visant à sauver le roi, telles que l'appel au peuple et le sursis[7].

Dans la prise en compte statistique du groupe montagnard à la Convention, deux historiennes, Alison Patrick et Françoise Brunel, ajoutent deux autres scrutins de l'année 1793 : les votes contre la mise en accusation deMarat en et fin mai contre le rétablissement de laCommission des Douze. De mars à ; voire aussi les combats de l'an III par les "Derniers Montagnards". Après leur élection à la Convention en 1792 les Montagnards s’appuyèrent sur lessans-culottes et combattirent à nouveau âprement cette fois-ci sur les questions économiques, sociales et militaires lesGirondins, devenus alors les seuls représentants de la bourgeoisie aisée. Ils finirent par les évincer du pouvoir le[7]. Les Montagnards se distinguèrent par la diffusion stratégique de fausses informations pour populariser leurs idées et affaiblir les Girondins sur l'échiquier politique[8].

LeTriomphe de la Montagne, estampe révolutionnaire, 1793.

Dominant la Convention et leComité de salut public, ils imposèrent une politique deTerreur. Les montagnards se scindèrent alors en plusieurs courants distincts, ceux qui étaient partisans d'une alliance avec le peuple et de mesures sociales menées parMaximilien de Robespierre et les tenants d'une Terreur ponctuelle menée parGeorges Jacques Danton. Par ailleurs, plusieurs députés montagnards étaient proches desenragés deJacques Roux ou deshébertistes menés parJacques-René Hébert. En, ils se réconcilient au nom du genre humain, par le vote de l'abolition de l'esclavage colonial et l'introduction consécutive sur les bancs de la Montagne de trois nouveaux députés de Saint-Domingue : le BlancLouis-Pierre Dufay, le MétisJean-Baptiste Mills et le NoirJean-Baptiste Belley.

Les Enragés,qualifiés de subversifs[Par qui ?], furent mis à mort par les Montagnards et les hébertistes. Les hébertistes appelant à une nouvelle insurrection et les tentatives d'apaisement ayant échoué, le gouvernement révolutionnaire fit arrêter, dans la nuit du au (23-24ventôseanII), Hébert et les principales figures duClub des cordeliers. Tous furent condamnés à mort et exécutés dix jours plus tard, le. Par la suite, ce fut au tour desindulgents, qui menaient campagne pour renverser le gouvernement, mettre fin à la Terreur et négocier une paix rapide avec les monarchies coalisées, d'être éliminés. Arrêtés, ils sont condamnés à mort le4germinalanII () et guillotinés, dont Georges Danton et Camille Desmoulins.

Après la chute deMaximilien de Robespierre et de ses partisans le9 thermidor an II (), les Montagnards (que l'on a pris l'habitude de qualifier de montagnards de l'an III, pour les distinguer des montagnards « dantonistes », qui s'étaient alliés aux modérés duMarais), de moins en moins nombreux et réunis dans le groupe desCrêtois, tentèrent de s’opposer à laConvention thermidorienne, mais en vain. Ils furent en grande partie éliminés après les insurrections degerminal et deprairial.

Positionnement politique

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Représentation de la Montagne sous forme d'emblème.

Àgauche de laConvention nationale, la Montagne se distingue d'abord lors duprocès du roi par son opposition à l'appel au peuple, défendu par quelquesGirondins.

Dans le domaine politique, les Montagnards défendent la centralité législative comme principe de gouvernement[9], ils considèrent laConvention nationale comme l'incarnation de la souveraineté. En matière économique, les Montagnards estimaient qu'il était nécessaire d'intervenir sur l'économie en raison de la situation de guerre, ce qui crée une opposition avec lesGirondins, plus légalistes et ainsi défenseurs de la libre circulation des marchandises. À l'inverse,Robespierre fait précéder le « droit à l'existence » sur laliberté économique absolue[10]. Toutefois, les Montagnards n'étaient pas illibéraux ou « socialistes », ils défendaient la propriété privée et une conception de la liberté fondée sur les droits naturels[11] dans l'optique d'un « projet de justice distributive qui favorise l'équité plutôt que la stricte égalité »[12].

Les Montagnards ont mis en place des lois visant à répondre aux revendications sociales comme laloi du Maximum ou laloi de ventôse.

Les historiens emploient le terme de « libéralisme égalitaire » pour désigner la pensée deRobespierre et la distinguer de l'acceptation générale actuelle du libéralisme reposant essentiellement sur la propriété privée et la liberté économique[11].

XIXe siècle

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Au cours du dix-neuvième siècle, la référence aux montagnards servira aux partisans de la République pour revendiquer leur filiation avec les rédacteurs de laDéclaration des droits de l'homme et du citoyen et rassembler autour de ces principes. Ainsi n'hésite-t-on pas, dans l'ambiance révolutionnaire de 1830, à glorifier la figure du montagnard en le désignant comme :« l'opposé, l'antagoniste, l'ennemi juré dugirondin, car quiconque aime la vertu doit abhorrer le crime. Le montagnard est l'homme simple, naturel, qui cultive ses sentiments et sa raison, qui s'occupe sans cesse du bonheur d'autrui, qui fait la guerre aux oppresseurs de tout genre, qui ne transige jamais avec sa conscience, qui soulage les malheureux, qui ne reconnaît dans l'amour de la patrie que l'amour de l'humanité et qui la sert de tout son pouvoir ; enfin c'est celui qui fait aux autres tout ce qu'il voudrait qu'on lui fît. Voilà le Montagnard, le Républicain, le Démocrate »[13].

Deuxième République

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Sous laDeuxième République, les députés républicains héritiers de la révolution française par conséquent placés à gauche de l'hémicycle (Armand Barbès,Alexandre-Auguste Ledru-Rollin) reprirent le nom deMontagne pour désigner leur groupe politique, tandis que lesroyalisteslégitimistes les plus ultras, partisans de « l'appel au peuple » et convaincus que le suffrage universel aboutirait à rétablir la monarchie, adoptaient le nom de« Montagne blanche »[14].

Galerie

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Notes et références

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  1. Lors de l'élection des nouveaux députés à la législative le, elle comportait une majorité de 350 députés modérés « Constitutionnels », une aile droite constituée par plus de 250feuillants, divisés entre « fayettistes » et « lamethistes » et une aile gauche où l'on remarque 136 députés inscrits auxjacobins (même si l'état-major girondin y est peu assidu, préférant les salons), parmi lesquels plusieurs provinciaux (dont Guadet, Gensonné et Vergniaud, originaires de Gironde, expliquant la dénomination de la future Gironde), avec un petit groupe de démocrates plus avancés (Lazare Carnot, Robert Lindet, Georges Couthon). Voir Michel Vovelle,La Chute de la Royauté, 1787-1792, tome 1 de laNouvelle histoire de la France contemporaine, Paris, Le Seuil, 1999,p. 270-271, et Jean-Claude Bertaud,Camille et Lucile Desmoulins, Presses de la Renaissance, 1986,p. 157.
  2. Yannick Bosc,Robespierre libéral, Annales Historiques de la Révolution française,
  3. Louis Maitrier, "Gauche-Droite, ou la localisation urbaine et l'origine des partis politiques",revue du M.A.U.S.S. n°10 [Guerre et paix entre les sciences], Paris, La Découverte, 1997.
  4. « LA GRANDE H. "LE GRAND MÉCHANT ROBESPIERRE | MARC BELISSA, YANNICK BOSC" », surYouTube,Le Média,(consulté le)
  5. Quentin Laurent (dir. Pierre Serna),Jacques-Pierre Brissot. Genèse et stratégie d'un projet politique et diplomatique. Du début de la Législative à la déclaration de guerre d', Paris, IHRF (mémoire de master 2 en Histoire), 2011, 206 p.(cote : Z 1070)[fiche sur le site de l'IHRF].
  6. Jean-Daniel Piquet, « La déclaration constitutionnelle de paix à l'Europe, grand sujet de débat entre 1791 et 1794 » ; Monique Cubells,La Révolution française, la Guerre et la frontière, Paris, Édition CTHS, 2000.
  7. a etbMetteHarder, « « Elle n’a pas même épargné ses membres ! » Les épurations de la Convention nationale entre 1793 et 1795 »,Annales historiques de la Révolution française,no 381,‎1er septembre 2015,p. 77-105(ISSN 0003-4436,DOI 10.4000/ahrf.13615,lire en ligne, consulté le)
  8. Anne deMathan,« Le fédéralisme girondin : une fausse nouvelle à la vie dure », dansFaux bruits, rumeurs et fake news, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques,coll. « Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques »,(ISBN 978-2-7355-0928-7,lire en ligne)
  9. Françoise Brunel, « Montagne / Montagnards », dansAlbert Soboul (dir.),Dictionnaire Historique de la Révolution française, p. 760.
  10. Marc Belissa, Yannick Bosc, Rémi Dalisson, et alii,Citoyenneté, République et Démocratie en France, 1789-1899, Paris, Ellipses, 2014, p. 31-32.
  11. a etbBosc Yannick, « Robespierre libéral »,Annales historiques de la Révolution française, 2013 / 1 (n° 371), p.95-114. DOI : https://doi.org/10.4000/ahrf.12688
  12. Jean-Pierre Gross,Égalitarisme jacobin et droits de l'homme, 1793-1794. La Grande Famille et la Terreur, Paris, Arcantères,,p. 9
  13. Société des Droits de l'Homme,Petit catéchisme républicain,.
  14. Stéphane Rials,Révolution et contre-révolution auXIXe siècle, DUC/Albatros, Paris, 1987,p. 155, et R. Huard, « Montagne rouge et Montagne blanche en Languedoc-Roussillon sous la Seconde République »,Droite et gauche de 1789 à nos jours, Publications de l'université Paul-Valéry, Montpellier-III, 1975,p. 139-160.

Voir aussi

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