Lemonastère Shaolin outemple Shaolin (chinois :少林寺 ; pinyin :shàolín sì) est un templebouddhiste Chan situé sur lemont Song dans la province duHenan (Chine). Fondé auVe siècle[1], le monastère est depuis longtemps célèbre pour son association avec lesarts martiaux chinois, et particulièrement avec lekung-fu Shaolin. Pour le monde occidental, il est peut-être le monastère bouddhiste le plus connu.
Le monastère est dirigé par l'abbéShi Yongxin. L'enseignement martial des moines est dirigé par l'abbéShi Yanlu. Des gens du monde entier apprennent le kung-fu au temple Shaolin. Bien que pouvant pratiquer et apprendre sur place, les étrangers ne peuvent vivre dans le temple et doivent payer pour leur formation.
Le termeShaolin est formé de少, shào, « jeune », qui se réfère àshàoshi, nom de l'une des montagnes du massif dumont Song, et de林, lín, « forêt »
Certains auteurs francophones traduisent parfoisShaolin, de manière littérale, par « jeune forêt ». On trouve aussi la traduction « petit bosquet » (small grove)[2].
L'histoire du monastère, ses implications politiques et militaires, et son rôle majeur dans l'émergence des arts martiaux actuels sont rattachés à de nombreuses légendes forgées au fil des siècles. Transmises par d'anciens manuscrits, ces légendes demeurent encore très vivaces dans la culture des pratiquants d'arts martiaux, malgré les études historiques et découvertes archéologiques contemporaines.
Le monastère Shaolin fut édifié à la fin duVe siècle, en l'honneur du moine indienBatuo qui prêchait en Chine depuis 464 lebouddhisme theravāda[2],[3] et devint le premier patriarche du monastère. Ce fut en l'an 477, selonLes Biographies des moines éminents (645) deDaoxuan, qui localise ce temple sur la face Nord du Shaoshi et attribue à l'EmpereurXiaowendi l'origine de sa construction. LeMémoire sur les monastères bouddhiques deLuoyang (547)[4]) de Yang Xuanzhi, et leMing Yotonhzhi (1461) de Li Xian confirment ces localisation et attribution. Mais c'est l'année 497 qui est retenue dans leJiaqing Chongxiu Yitongzhi (1843), ou également 496[1],[2].
Initialement, le monastère fut un important centre de traduction et plusieurs traducteurs importants y ont résidé, au nombre desquelsXuanzang[2].
D'après la légende, le moine indienBodhidharma (?-536?) arriva au monastère et développa l'enseignement du bouddhismeChan, ainsi qu'une pratique martiale par les moines (Shaolin quan) pour les aider à se défendre des animaux et brigands.
« À travers un processus prolongé et dynamique de développement et échange, le bouddhisme intégra à ses doctrines des concepts duconfucianisme et dutaoïsme, et se transforma finalement en une nouvelle orthodoxie connue comme Chan. »
Une pratique martiale ou guerrière par les moines est néanmoins attestée dès ladynastie Tang, sans que soient attestées des techniques de combat spécifiques à Shaolin[5].Les moines participèrent notamment vers 610 à une défense du monastère contre des bandits, et en 621 à laBataille de Hulao qui marqua la défaite deWang Shichong. Ces évènements sont attestés par les inscriptions d'une stèle funéraire datant de 728[5]. En récompense, l'empereur Tang fit plus tard agrandir le monastère et autorisa les moines à embrasser une carrière militaire.
Le monastère a été détruit et reconstruit à plusieurs reprises.
En 1641, les troupes de rebelles anti-Ming deLi Zicheng saccagèrent le monastère en raison du soutien des moines envers ladynastie Ming et la menace éventuelle qu'ils représentaient pour les rebelles. Ce saccage détruisit effectivement la force de combat du monastère[7].
L'histoire de destruction du monastère la plus connue, est celle d'une prétendue destruction par le gouvernement de ladynastie Qing, au motif d'activités anti-Qing. Cette prétendue destruction ou incendie aurait eu lieu, en 1647 sous l'empereurShunzhi, ou en 1674 sous l'empereurKangxi, ou bien en 1732 sous l'empereurYongzheng. Cette destruction est censée avoir contribué à la propagation des arts martiaux Shaolin à travers la Chine, par le biais des légendairescinq moines fugitifs. Certains récits prétendent qu'un monastère Shaolin du Sud aurait été détruit, à la place ou en même temps que le monastère du Henan. Ces histoires apparaissent communément dans l'histoire des arts martiaux, dans la littérature, ou au cinéma.
Bien que ces supposées destructions soient communes chez les pratiquants d'arts martiaux, et servent souvent de récits sur l'origine de différents styles martiaux, leur exactitude est douteuse. Ces évènements sont souvent connus par le biais d'histoires contradictoires desociétés secrètes duXIXe siècle, ou par la littérature populaire, et semble également reposer à la fois sur le folklore duFujian (province du sud-est de la Chine) et sur des récits populaires tel queAu bord de l'eau. Pour les chercheurs contemporains, l'intérêt de ces histoires porte principalement sur leur rôle dans lefolklore, les indices sur l'histoire des sociétés secrètes, ou l'existence d'un temple Shaolin du Sud[7].
En1928, le généralShi Yousan brûle le monastère pendant 40 jours, ce qui détruit 90 % des constructions et les manuscrits de la bibliothèque.
En1966, lesgardes rouges de larévolution culturelle attaquent le monastère et emprisonnent les moines après les avoir humiliés en public. Le gouvernement laisse les lieux à l'abandon pendant des années.
De1972 à1980, des groupes d'arts martiaux du monde entier font des dons pour restaurer le monastère ; des sculptures à l'entrée y sont dédiées. En 1976, le filmLe Temple de Shaolin s'inspire de l'attaque des Mandchous.
Le monastère en 2006
En1981, le monastère rouvre officiellement. Une démonstration deKung-fu Shaolin y a lieu. En quelques années, le styleShaolin Quan est reconstitué. À partir de cette date, le monastère gagne une popularité planétaire grâce aux démonstrations d'une grande perfection technique. Pour éviter que l'art Shaolin soit mal copié, le monastère enseigne dans les écoles environnantes.
Des démonstrations martiales sont organisées par les moines à travers le monde ; la première tournée a lieu auxÉtats-Unis en1996 .Tous les deux ans, un « festival Shaolin » rassemblant des démonstrations martiales, des danses, des concerts, etc. est organisé en Chine par le gouvernement, afin de promouvoir la culture chinoise et d'encourager les investissements économiques en Chine[8].
En2004, le monastère accueille deux millions de visiteurs.
En mars2006, le président russeVladimir Poutine est le premier dirigeant étranger à visiter le monastère depuis sa réouverture.
Il aurait aussi existé un légendaire Monastère Shaolin du Sud (南少林寺), situé dans le Sud de la Chine et détruit sous ladynastie Qing. L'historicité de son existence, son affiliation prétendue avec Shaolin, et sa localisation exacte sont sujets de controverses[9].
« Sans doute, le temple des monts Shaoshi ne fut-il pas le seul dans ce cas, des dizaines de monastères arguèrent du droit d'asile pour accueillir des loyalistesMing qui avaient leur sympathie. Ils ne furent pas aussi actifs que le Shaolin, mais le fait de trouver mention d'une demi-douzaine de Shaolin à des endroits très différents du pays ne nous incite-t-il pas à supposer qu'en raison des circonstances d'autres monastères suivirent soudain la même vocation guerrière que leur modèle du Henan ? »
À ce monastère (ou ces monastères) sont associées l'évolution et la pratique d'un style martial, lenanshaolin quan, qui serait à l'origine de nombreux arts martiaux du Sud de la Chine (nanquanchinois :南拳 ; pinyin :nánquán).
Depuis les années 1990, les découvertes de ruines d'anciens temples bouddhistes détruits ont suggéré plusieurs localisations possibles de ce temple, des baignoires retrouvées dans le Fujian ressemblent à des descriptions d'écrits anciens, de baignoires que l'on remplissait de mélanges médicinaux pour soigner les moines ont été retrouvées dans le Fujian, laissant penser que le monastère s'y trouvait[11]. Les autorités locales et nationales ont alors désigné ces lieux comme des monastères Shaolin du Sud, et comme dans l'ensemble de la Chine, ont œuvré avec les pratiquants bouddhistes à leur restauration ou à la construction de répliques, ainsi qu'à un renouveau des pratiques du bouddhisme et dukung-fu Shaolin dans cette région. Cela a permis en même temps de développer l'économie touristique religieuse ou séculaire de la région[12]. On peut énumérer :
↑La venue de Batuo attestée par lesRegistres du comté deDengfeng.
↑Jean-Marie Loumé, « Introduction » in Yang Xuanzhi,Mémoire sur les monastères bouddhiques du Luoyang, Paris, Les Belles Lettres, 2014,(ISBN978-2-251-10016-6) p. ix.
↑Traduction libre. « Through a prolonged and dynamic process of development and exchange, Buddhism absorbed Confucian and Daoist ideas into its doctrines, and finally transformed to a new orthodoxy known as Chan. », dansJournal of Chinese Martial Studies.
Meir Shahar,The Shaolin Monastery: History, Religion, and the Chinese Martial Arts, University of Hawai'i Press, 2008(ISBN978-0-824-83110-3).[lire en ligne (page consultée le 1 février 2024)]
« Ming-Period Evidence of Shaolin Martial Practice », Meir Shahar, dansHarvard Journal of Asiatic Studies, 2001.