Diagramme contrainte-déformation d'un matériauductile. Aux faibles déformations, la pente E de la partie linéaire est lemodule de Young. Re est la limite dʼélasticité, Re0,2 la limite conventionnelle dʼélasticité pour une déformation résiduelle de 0,2 %, et Rm la résistance mécanique, ou contrainte ultime en traction.Unmodule d'élasticité peut être déterminé à partir de la géométrie, de la raideur et de l'angle de phase de l'échantillon.
Le physicien britanniqueThomas Young (1773-1829) avait remarqué que le rapport entre la contrainte de traction appliquée à un matériau et ladéformation qui en résulte (un allongement relatif) est constant, tant que cette déformation reste petite et que lalimite d'élasticité du matériau n'est pas atteinte. Cetteloi d'élasticité est laloi de Hooke :
Le module d'Young est la contrainte mécanique qui engendrerait un allongement de 100 % de la longueur initiale d'un matériau (il doublerait donc de longueur), si l'on pouvait l'appliquer réellement : la plupart des matériaux sedéforment de façon permanente, ou serompent, bien avant que cette valeur ne soit atteinte. Le module d'Young est lapente initiale de la courbe de déformation-contrainte.
Un matériau dont le module d'Young est très élevé est ditrigide. L'acier, l'iridium et lediamant, sont des matériaux très rigides, dont les coefficients d'Young valent plusieurs centaines degigapascals (GPa), l'aluminium et leplomb le sont moins. Lesmatières plastiques etorganiques, lesmousses sont au contrairesouples, élastiques ou flexibles (pour un effort de flexion), comme le sont lesgels dont le module d'Young peut descendre dans la gamme deskilopascals (kPa).
laraideur : la raideur d'une poutre (par exemple) dépend de son module d'Young (de sa rigidité) mais aussi du rapport de sa section à sa longueur[1]. La rigidité caractérise les matériaux, la raideur concerne les structures et les composants : une pièce mécaniquemassive en matière plastique peut être beaucoup plus raide qu'un ressort en acier ;
ladureté : la dureté d'un matériau définit la résistance relative qu'oppose sa surface à la pénétration d'un corps plus dur.
D'après l'analyse dimensionnelle, le module d'Young est homogène à unepression, ou plus précisément unecontrainte. L'unité internationale correspondante est donc lepascal (Pa). En raison des valeurs élevées que prend ce module, il est en général exprimé engigapascals (GPa) oumégapascals (MPa).
Dans le cas d'un matériaucristallin et de certains matériaux amorphes, le module d'Young exprime la « force de rappel » électrostatique qui tend à maintenir les atomes à distance constante. Il peut s'exprimer en fonction de ladérivée seconde dupotentiel interatomique.
Dans lesystème d'unités « naturelles » atomique, le module d'Young, pour un matériau isotrope, est homogène à[2]
Dans le cas despolymères, l'énergie thermique « tortille » la chaîne carbonée qui tend à maintenir la longueur de la chaîne constante. Le module d'Young peut alors s'exprimer en fonction de l'entropie.
Cette différence de comportement est flagrante lorsque l'on considère l'influence de la température ; si l'on soumet une éprouvette à une charge constante (essai defluage) :
lorsque l'on augmente la température, une éprouvette de métal s'allonge (dilatation), donc son module d'Young diminue, tandis que l'éprouvette en polymère se raccourcit (les chaînes s'agitent, s'entortillent) doncson module d'Young augmente[réf. nécessaire] ;
lorsque l'on diminue la température, on observe le phénomène inverse : l'éprouvette de métal se raccourcit (contraction) donc son module d'Young augmente, tandis que l'éprouvette de polymère s'allonge (les chaînes sont moins agitées et se laissent étirer) doncson module d'Young diminue[réf. nécessaire].
Le plus simple reste bien sûr de réaliser unessai de traction. Et, connaissant les dimensions de l'éprouvette, d'en déduire le module d'Young. Cependant, il est difficile de réaliser cette mesure avec une bonne précision.
C'est pourquoi on préfère, lorsque cela est possible, déduire le module d'Young de lafréquence propre de vibration d'une tige de matériau maintenue à ses extrémités et chargée en son milieu.
Les caractéristiques mécaniques des matériaux sont variables d'un échantillon à l'autre.D'un point de vue global, selon M. Ashby, on trouve des matériaux dont la valeur est comprise entre10kPa (mousses) et1 000GPa (céramiques techniques).
N.B. Ces valeurs sont celles du module d'élasticité dans le sens parallèle au fil (matériau anisotrope). Dans une mêmeessence, celui-ci varie en fonction de l'humidité, de ladensité (qui n'est pas constante) et d'autres caractéristiques (longueur desfibres…).
Le module d'Young est bien évidemment extrêmement utilisé en mécanique des structures ou en résistance des matériaux. Ces deux domaines apparaissent dans la conception d'édifices architecturaux ou même dans le dimensionnement des ailes d'un avion pour prendre cet exemple. À l'heure actuelle, l'accent est porté sur la recherche de nouveaux matériaux possédant un module d'Young élevé tout en restant léger, les références aéronautiques étant l'aluminium, le titane, et plus récemment les polymères tels que les fibres de carbone.
La mesure du module d'Young permet également de quantifier l'avancement de l'état de dégradation de matériaux comme lebéton à la suite de différentespathologies comme celle de laréaction alcali-granulat et des réactions sulfatiques internes ou externes se caractérisant par un gonflement interne du béton. La mesure peut se faire par essais destructifs (essais de compression, de fendage ou de flexion) ou par examens non destructifs (examensacoustiques ou parultrasons). En effet, la vitesse de propagation des ondes sonores ou ultra-sonores dans unmilieu continu dépend de l'élasticité de ce milieu, fonction elle-même de son module d'Young.
En médecine également, la mesure des variations du module d'Young dans un organe est une possibilité de l'imagerie médicale (essentiellement paréchographie) qui permet de représenter l'élasticité des tissus même profonds, par exemple pour donner l'étendue de lafibrose d'unfoie ou détecter dans unsein uncarcinome petit ou profond, peu décelable à la palpation (élastographie de2e génération).
Les propriétés élastiques des matériaux homogènes, isotropes et linéaires sont déterminées de manière unique par deux modules quelconques parmi ceux-ci. Ainsi, on peut calculer chacun à partir de deux d'entre eux en utilisant ces formules.