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Moïse Maïmonide

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Ne doit pas être confondu avecNahmanide, dit leRamban.

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« Maïmonide » redirige ici. Pour les autres significations, voirMaïmonide (famille) etMaimon.

Moïse Maïmonide
Unbas-relief du Moïse Maïmonide dans laChambre des représentants des États-Unis, 1950
Naissance
Décès
Sépulture
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Accord entre la Loi et la raison
Œuvres principales
Influencé par
A influencé
Père
Enfant
Parentèle
Chananel ben Shmuel(d) (co-beau-père)
Isaiah HaLevi ben Mishaʾel(d) (beau-frère)Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Moïse Maïmonide
Signature.

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Moshe ben Maïmon, plus couramment connu en français sous le nom deMoïse Maïmonide (hébreu :רבי משה בן מימוןRabbi Moshé ben Maïmon ;arabe :أبو عمران موسى بن ميمون بن عبد الله القرطبي اليهوديAbou Imran Moussa ibn Maïmoun ibn Abdallah al-Kourtoubi al-Yahoudi « Moïse fils de Maïmoun fils de Abdallah le cordouan juif » ;grec ancien :Μωυσής ΜαϊμονίδηςMoyses Maïmonides) et mentionné dans lalittérature juive sous une forme vocalisée de l'acronyme formé à partir des lettres hébraïques initiales de Rabbi Moshe Ben Maïmon (RMBM) : HaRambam (הרמב"ם , transcrit enfrançais : « Le Rambam »), né àCordoue (Espagne actuelle) le et mort àFostat (Égypte actuelle), le, est unrabbinséfarade duXIIe siècle, considéré comme unsavantreligieux et l'une des plus éminentesautorités rabbiniques du Moyen Âge.

Talmudiste, commentateur de laMishna,jurisconsulte et décisionnaire, il est l’auteur duMishné Torah, l’un des plus importants codes deloi juive.

Philosophe,métaphysicien etthéologien, il entreprend comme son contemporainAverroès une synthèse entre larévélation et lavérité scientifique, laquelle est représentée de son temps par le système d'Aristote dans la version arabe d’Al-Fârâbî.

Médecin de cour etastronome, il publie aussi des traités dans ces domaines qui accroissent son prestige parmi ses contemporains.

Dirigeant de lacommunauté juive d'Égypte, il s’emploie à juguler l’influence dukaraïsme et répond aux questions et requêtes de centres aussi éloignés que l’Irak et leYémen.

Il est cependant accueilli avec plus de circonspection voire d’hostilité enFrance et enEspagne, où ses écrits et sonrationalisme sont sujets à controverse des siècles durant. L'histoire retiendra néanmoins de lui une appréciation positive, comme en témoigne son épitaphe :

« DeMoïse à Moïse [Maïmonide], il n’y en a aucun comme Moïse. »

Il est l’une des rares autorités juives à avoir influencé lesmondes arabo-musulman etchrétien, notamment ledominicainThomas d'Aquin, qui le surnomme« l’Aigle de la Synagogue »[1].

Biographie

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Statue de Maïmonide dans l’ancienneJuderia deCordoue.

Moshe ben Maïmon naît àCordoue enEspagne actuelle en 1138, qui est alors sous la domination de la dynastieberbère d'Afrique du nord desAlmoravides[note 1]. Sa famille a pris le nom d’Ibn Abdallah, et siège autribunal rabbinique de la ville depuis sept générations[note 2]. Son père, RabbiMaïmon ben Yossef HaDayan, est une autorité respectée, consultée de part et d’autre de la communauté juive arabophone. Il assume, après la mort de son épouse, le parentage de Moïse, et lui transmet les enseignements du rabbin espagnolJoseph ibn Migash, que Maïmonide désigne dans ses écrits comme son maître, bien qu’il soit mort alors que Moïse avait trois ans. Maïmonide se considère aussi comme le disciple des maîtres de Joseph ibn Migash,Isaac Alfassi etHananel ben Houshiel, et il acquiert une connaissance solide des enseignements deSamuel ben Hofni, l’un des derniersgueonim, qui influencera sa méthode[2]. Il manifeste aussi un intérêt précoce pour lessciences et laphilosophie grecque, qu’il dit avoir lues avec le fils deJabir Ibn Aflah dans les traductions arabes[3].

La maison de la famille Maïmoun à Fès.

Alors qu’il a10 ans,Cordoue est conquise par lesAlmohades, qui entendent revenir à unislam sans compromis avec les influences extérieures. Il ne peut donc y avoir sur leurs possessions de non-musulmans. Ladhimma qui imposait à ces derniers un statut de citoyens inférieurs mais leur accordait dans le même temps une mesure de protection pour peu qu’ils s’acquittent de leurs tâches, est abolie et ils n’ont dès lors plus pour choix que la mort, laconversion à l'islam ou l’exil.

La famille Ibn Abdallah, qui comprend désormais un fils David et une fille dont nous ne connaissons pas le nom, erre dans le sud de l’Espagne pendant dix ans avant de rejoindreFès auMaroc en 1159 ou 1160[4]. Elle y demeure environ cinq ans, au cours desquels Maïmonide aurait fréquenté l’université Al Quaraouiyine[5],[6], jusqu’à ce que la ville ne devienne à son tour le théâtre de disputes et persécutions sur fond d’intolérance religieuse, et que le rabbinYehouda Hacohen Ibn Shoushan,directeur de l’académie talmudique locale, ne meure enmartyr pour avoir refusé laconversion à l’islam. La famille fait route vers laterre d’Israël dix jours plus tard, en 1165[4].
Le parcours singulier des Ibn Abdallah, qui se dirigent vers le centre du pouvoir de la dynastie almohade plutôt que de le fuir, suscite des légendes — dont l’une d’elles, inspirée de l'histoire deRabbi Shimon bar Yohaï, raconte que Maïmonide dut se cacher sept ans dans une grotte pour échapper à la vindicte — mais aussi des interrogations sur une éventuelle conversion de la famille à l’islam, fût-ce du bout des lèvres, pendant cette période[note 3].

Place de Maimonide à Cordoue

Rabbi Maïmon et sa famille sont accueillis par le rabbin Yefet ben Eliyahou[7], dirigeant de la communauté deSaint-Jean d’Acre (Akko), avec lequel il était probablement en relation épistolaire. Il les mènera cinq mois plus tard en pèlerinage sur lemont du Temple àJérusalem, ainsi que dans letombeau des Patriarches àHébron. Moïse Maïmonide se fait connaître du monde juif lorsqu’il joue un rôle instrumental dans la rescousse des Juifs deBilbéis, pris en otage lors du siège de cette ville par leroi Amaury ; accomplissant le devoir religieux de rédemption des captifs ((en)Pidyon shvuyim), Maïmonide correspond avec cinq communautés deBasse-Égypte, obtient d’eux la rançon réclamée, et fait parvenir la somme par deux juges, dépêchés enPalestine pour négocier la libération avec lesCroisés[8]. Les Ibn Abdallah reprennent une nouvelle fois la route vers l’Égypte, contraints à ce choix par la précarité des conditions de vie à Saint-Jean d’Acre, à moins que le rôle joué par Maïmonide dans la rédemption desJuifs de Bilbéis ne lui ait ouvert de nouvelles perspectives[8]. Rabbi Maïmon, son père, meurt à Fostat, et son corps est rapatrié àTibériade pour être enterré en terre d'Israël.

D’Alexandrie, Maïmonide, son frère David et sa sœur, font route versFostat, en périphérie duCaire, où il est nomméRaïs al Yahoud (« dirigeant des Juifs ») vers 1171.

Tout en assurant la direction spirituelle de la communauté juive, Maïmonide publie unlexique de logique à l’intention des Juifs de langue arabe, et uncommentaire sur la Mishna qui affermissent sa réputation, consacrant ses journées à l’étude tandis que David assure leur subsistance par le commerce depierres précieuses.

Fostat au début duXXe siècle

Vers 1177, le jeune frère de Maïmonide, déjà marié et père d’une fille, se rend sur les instructions de son frère au port d’Aidhab, auSoudan. Peu impressionné par ce qu’il y trouve, il décide de tenter sa chance auxIndes mais l’embarcation qui l’y emmène sombre corps et biens. Après une longue période dedeuil, Maïmonide, qui ne souhaite pas monnayer ses connaissances enTorah ou enphilosophie, choisit d’exercer lamédecine qu’il avait commencé à étudier à Cordoue puis à Fès. Il devient médecin attitré duvizir Al Qadi al Fadil, secrétaire deSaladin, puis du fils dusultan et du reste de sa famille. C’est au cours de cette période de sa vie, qu’il décrit àSamuel Ibn Tibbon comme harassante, que Maïmonide rédige le meilleur de son œuvre. Après avoir perdu sa femme et sa fille dans une épidémie, il se remarie avec la fille de Mishaël Halevi qui lui donne un fils,Avraham Maïmonide, qui succédera à son père à la tête de la communauté juive d’Égypte et s’illustrera également comme médecin et penseur éminent.

Maïmonide meurt àFostat, mais aurait demandé et obtenu d’être enterré àTibériade, aux côtés de son père (d’autres traditions situent cependant sa tombe en Égypte et même à Fès).

Œuvre

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Signature de Maïmonide.

Moïse Maïmonide est l’auteur d’une abondante littérature légale, sous la forme de commentaires ou d’épîtres mais aussi d’un code accessible au tout-venant, conçu pour remédier à la dispersion millénaire des règles de la pratique juive et devenu presqu’immédiatement l’un des socles de laLoi juive. Il compose également de nombreux traités sur les sciences, fort appréciés des savants de son temps ainsi qu’une somme philosophico-théologique où il entend concilier science et foi et qui constitue, hors du monde juif, son apport le plus importantà ce jour[Quand ?]. Maïmonide y expose une doctrine assez similaire à celle d’Averroès où la recherche sans préjugés de la « vérité scientifique » n’amène pas, malgré les nombreuses différences entre Moïse et Aristote, à exclureDieu mais à mieux connaître sa perfection[9].

Œuvres précoces

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Maïmonide compose dans sa jeunesse plusieurs esquisses enhébreu rabbinique ; elles n’ont pour la plupart pas été conservées et ne sont connues que par des mentions dans quelque pièce de correspondance, comme un projet de traité sur les points difficiles duTalmud de Babylone ou par des fragments, comme uncompendium des lois duTalmud de Jérusalem, analogue à celui d’Isaac Alfassi sur le Talmud de Babylone. Deux œuvres échappent cependant au lot commun: un traité sur lecalendrier juif et l’embolisation des années sera intégré au code de Maïmonide, et d’autre part, un lexique propédeutique des termes utilisés en logique aristotélicienne qui sera traduit parMoïse ibn Tibbon en hébreu (d’aucuns contestent cependant l’attribution de ce traité à Maïmonide)[10].

Talmudiste et décisionnaire

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Nommant son grand-œuvre d'après un verset duDeutéronome, Maïmonide, se basant sur les travaux duRif, rassemble, avec une grande systématisation, toutes les décisionshalakhiques et législatives dispersées dans leTalmud, et y joint les opinions desGueonim.

Maïmonide enseignant la « mesure de l'homme ». Enluminure dans un manuscrit hébraïque de 1347.

Rédigé enhébreu, son ambition avouée est de permettre à tout Juif de connaître la conduite à tenir, quand bien même il ignorerait tout de laTorah ou duTalmud. Dans sa lettre à R' Pinhas haDayan, il se défendra de vouloir supprimer l'étude duTalmud.

Par ailleurs, dans un souci de concision, Maïmonide n'inclut ni les références, ni, seloncertains[Qui ?], toutes les opinions, n'hésitant pas à se poser en juge de ce qui est valable ou non en matière deHalakha.

Pour ces raisons, bien que leMishné Torah soit actuellement considéré comme précurseur des « Quatre Colonnes » (Arbaa Tourim) et duChoulhan Aroukh, il rencontra en son temps un succès magistral, mais aussi une résistance farouche, et les controverses entre « maïmonidiens » et « antimaïmonidiens » devaient se poursuivre des siècles durant. L'attitude maïmonidienne de« critique rationaliste » de l'exégèse traditionnelle est aussi à l'origine de ces controverses, rappelleMaurice-Ruben Hayoun, spécialiste de sa pensée[11].

Les plus grands contradicteurs de Maïmonide furent les rabbins deProvence, en particulier RavAbraham ben David de Posquières (RabaD). Cependant, il ne faut pas y voir d'attaque au sens propre. En faisant des objections aux positions de Maïmonide, RabaD ne veut ni remettre son avis en doute, ni exposer ses opinions personnelles. Il veut simplement montrer qu'il« peut exister » une opinion s'opposant à celle de Maïmonide. Sa critique se trouve en marge de pratiquement toutes les éditions duMishné Torah.

Philosophe et théologien

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Le Guide des égarés en hébreu, v. 1200-1400.

« Il n’y a aucun moyen de percevoir Dieu autrement que par ses œuvres ; ce sont elles qui indiquent son existence et ce qu’il faut croire à son égard, je veux dire ce qu’il faut affirmer ou nier de lui. Il faut donc nécessairement examiner les êtres dans leur réalité, afin que de chaque branche de science, nous puissions tirer des principes vrais et certains pour nous servir dans nos recherchesmétaphysiques. Combien de principes ne puise-t-on pas, en effet, dans la nature des nombres et dans les propriétés des figures géométriques, principes par lesquels nous sommes conduits à connaître certaines choses que nous devons écarter de laDivinité et dont la négation nous conduit à divers sujets métaphysiques ! Quant aux choses de l’astronomie et de laphysique, il n’y aura, je pense, aucun doute que ce ne soient des choses nécessaires pour comprendre la relation de l’univers au gouvernement de Dieu, telle qu’elle est en réalité et non conformément aux imaginations. »

— Moïse Maïmonide,Guide des égarés (« Guide des perplexes », pour une traduction plus fidèle).

Outre son petitlexique des termes philosophiques (Peroush Milei HaHigayon), les principales contributions de Maïmonide à laphilosophie juive, et à laphilosophie en général, furent le monumentalGuide des égarés et leTraité des Huit Chapitres, introduction philosophique auTraité des Pères.

Davantage éduqué dans la lecture des travaux des grands penseurs musulmans que dans le contact personnel avec leurs auteurs, il développa, outre une connaissance intime de la philosophie arabe, une maîtrise des doctrines d'Aristote. Toute son œuvre vise à réconcilier la philosophie aristotélicienne et la science avec les enseignements de latradition juive. En ce sens, le spécialiste de sa penséeMaurice-Ruben Hayoun écrit que« Nul n'a synthétisé avec autant de netteté les doctrines cardinales du judaïsme pour tenter de les rapprocher de l'enseignement du philosophe stagirite »[11].

Les 13 principes de la foi

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Commentaires de laMishnah enjudo-arabe par Maïmonide.

Énoncés par Maïmonide pour la première fois dans sonCommentaire sur laMishna (traitéSanhédrin 10:1), les 13 principes de la foi par Maïmonide furent soumis à des critiques ardentes, comme pratiquement tous ses écrits.

Ils furent néanmoins rapidement considérés comme fondamentaux, et ont été versifiés sous forme de l'hymneYgdal.On les connaît néanmoins sous leur forme originale,Ani Maamin... (« J'ai foi »).

Les 13 principes portent sur[12] :

  1. L'existence de Dieu.« Je crois d'une foi entière que le Créateur,que Son Nom soit béni, est le Créateur et Maître de toutes les créatures, et que Lui seul fit, fait, fera toutes choses. »
    • Dieu peut tout, sait tout, et Il n'a pas de limite - Il est sans limites, et aucune limite ne L'entrave, ce qui explique qu'Il puisse S'occuper du monde et de chacun simultanément.
  2. L'unité de Dieu.« Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est Un et Unique ; Il est Un dans une Unité comme il n'y en a nulle autre; et Lui seul fut, est, sera notre Dieu. »
    • Dieu est Un. Il Est non pas Un et Unique, mais l'Un et l'Unique - fondement dumonothéisme, pour lequel non seulement il n'y a qu'Un Créateur du monde, mais en outre, Il ne fait qu'Un avec le Dieu providentiel garant de la morale, et dulibre arbitre de l'homme. Sil est nommé par différentsNoms, c'est que les hommes, incapables de Le comprendre, car Il lestranscende complètement, sont obligés d'exprimer Ses différents aspects dans le monde.
  3. Son caractère incorporel.« Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est incorporel; qu'Il est libre de toute représentation et propriété anthropomorphique, et qu'Il n'a aucune ressemblance. »
    • Dieu est non-physique, incorporel et éternel, c'est-à-dire intemporel - Toutes les sentencesanthropomorphistes dans laBible et lalittérature rabbinique sont des à-peu-près du langage, ou des métaphores ; il serait impossible de parler au commun de Dieu sans elles.
  4. Sa priorité ontologique. « Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est le premier et le dernier ».
    • Il est antérieur au monde, lequel n'est donc pas éternel, contrairement à ce que penseAristote.
  5. L'interdiction de l'idolâtrie. « Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, est le Seul auquel l'on peut adresser ses prières, et qu'il est inapproprié d'adresser ses prières à quiconque d'autre ».
    • Ce fut la faute des gens de la génération d'Enosh, et les sources de l'idolâtrie, selon laBible, lorsque les gens commencèrent à prier des corps célestes, comme le soleil, ou séparés, comme des anges, d'intercéder auprès de Lui en leur faveur.
  6. La vérité de la prophétie. « Je crois d'une foi entière que tous les mots desProphètes sont vérité ».
  7. L'unicité de la prophétie mosaïque. « Je crois d'une foi entière que la prophétie deMoïse notre maître, la paix soit sur lui, était vraie, et qu'il fut le père de tous les Prophètes, ceux qui l'ont précédé et ceux qui l'ont suivi ».
    • LaBible hébraïque - et beaucoup de croyances rapportées dans laMishna et leTalmud - est considérée comme fruit d'unerévélation divine, ainsi que les dits des prophètes (même si, par ailleurs, Maïmonide rationalise la prophétie, sa thèse étant que le prophète parfait ne fait qu'un avec le philosophe parfait) - L'expression de cette relation, et ce qu'on entend exactement par « divin » lorsqu'on parle d'un livre, est, a toujours été, et sera encore source de dissensions au sein desJuifs, menant à divers courants théologiques.
  8. L'origine divine de laTorah. « Je crois d'une foi entière que toute laTorah que nous possédons actuellement fut donnée àMoïse notre maître, que la paix soit sur lui ».
  9. L'authenticité de la Torah. « Je crois d'une foi entière que cette Torah ne sera pas changée, et qu'il n'y aura aucune autre Torah donnée par le Créateur, que Son Nom soit béni ».
  10. L'omniscience de Dieu. « Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, connaît tous les actes et toutes les pensées des humains, ainsi qu'il est dit (Psaumes 33:15) : " C'est Lui qui façonne les cœurs de tous, Lui qui perçoit tous leurs actes " ».
    • Allusion à la philosophie d'Aristote, qui professe que Dieu ne connaît pas le particulier, et que Ses actes intéressent la collectivité, et non l'individu. Cependant, Saprescience n'exclut en rien le fait qu'Il nous ait donné lelibre arbitre, sans quoi l'article suivant n'aurait pas de sens
  11. La récompense et la punition. « Je crois d'une foi entière que le Créateur, que Son Nom soit béni, récompense ceux qui suivent Ses commandements, et punit ceux qui les transgressent ».
    • L'âme est pure à la naissance, et les êtres humains ont unlibre arbitre, avec tant un « yetzer ha'tov » (bon penchant) qu'un « yetzer ha'ra » (mauvais penchant), qui les entraînent à faire des « bonnes » ou « mauvaises » actions. Encore tout n'est-il pasmanichéen : le yetser hara peut conduire à de bonnes actions, et inversement ;« l'enfer est pavé de bonnes intentions »etc.
    • Par ailleurs, les gens peuvent « revenir» de leurs péchés par des actes et des paroles,sans intermédiaires, par laprière (tefilla), la pénitence (teshouva), et latsedaka (aumône), si cela s'accompagne d'une sincère décision de ne plus commettre ces actes inacceptables et s'ils ont faitamende honorable envers ceux et celles qu'ils ont lésés. « Il y a toujours moyen de revenir à Dieu. »
  12. Le Messie. « Je crois d'une foi entière à la venue du Messie, et même s'il tarde, j'attendrai chaque jour sa venue ».
    • Il y aura unmashia'h (Messie), ou peut-être une ère messianique.
    • La figure du Messie eut par ailleurs une grande portée dans l'histoire des Juifs, puisqu'il fut utilisé par les polémistes chrétiens (souvent des Juifsapostats) contre les Juifs eux-mêmes, et entraîna la rédaction desIkkarim deJoseph Albo
  13. La résurrection. « Je crois d'une foi entière que larésurrection des morts se produira au moment voulu par le Créateur, que Son Nom soit béni, et que Son souvenir soit exalté pour toujours, à jamais ».

La théologie négative

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Manuscrit contenant des traductions en hébreu de divers ouvrages de Maïmonide à l'origine en arabe, 1300-1400.

Maïmonide s’appuie sur la tradition rabbinique, sur leTalmud notamment, mais aussi sur l’œuvre dePhilon d'Alexandrie, le plus célèbre représentant de l’école judéo-platonicienne d’Alexandrie auIer siècle de l’ère chrétienne, et en particulier sur lathéologie négative conçue par Philon.

Dans son ouvrageDe Somnis (Des rêves), Philon affirme que Dieu n’est pas connaissable par l’intelligence, ni saisissable par la sensibilité. Dieu reste à jamais indicible (arrêtos) et insaisissable (akatalêptos), selon lui[13]. Maïmonide reprend les mêmes bases :« L’existence [de Dieu] et l’existence de ce qui est hors de lui, ne s’appellent l’une et l’autre “existence” que parhomonymie » ; la représentation personnifiée qu'on en fait, n’est qu’une« manière de parler », unemétaphore ou uneallégorie qui« doit suffire aux enfants et au vulgaire pour établir dans leur esprit qu’il existe un être parfait, qui n’est point un corps, ni une faculté dans un corps » (Le Guide des égarés, Livre I, chap. XXXV.).

De la même façon, expliqueHayoun, Dieu ne possède pas l'attribut de laparole, qui ne peut lui être donné que par homonymie.« La voix qui fut perçue sur le mont Sinaï était une voix créée »[14]. C’est ce qui a conduit des commentateurs modernes de Maïmonide commeLeo Strauss[15] ouShlomo Pinès[16] à supposer que Maïmonide destinait sesprofessions de foi à un public de croyants respectables, mais peu instruits. De manière générale, Maïmonide refuse de considérer Dieu comme doué d'attributs qui auraient une existence indépendante. Ce que l'on appelle « attributs », par exemple la parole, la volonté, la puissance, ne se distinguent pas de sonessence et ne font qu'un avec elle[17]. Ils ne sont qu'une autre façon de désigner Dieu, mais en aucun cas quelque chose qui s'ajouterait à son essence[18]. L'un des arguments avancés par Maïmonide est identique à celui desmutazilites : l'affirmation de la réalité des attributs, distincts de l'essence, conduit à admettre une pluralité d'êtres éternels ou compromet l'unité divine en y introduisant une multitude[18]. Il les rejoint dans son opposition à la théologieacharite musulmane, qui affirme la réalité des Attributs[19]. Cette controverse, qui a agité les théologies juive etmusulmane, s'est reproduite dans lathéologie chrétienne sous la forme de laquerelle des universaux. Si l'on applique le vocabulaire chrétien à la position de Maïmonide, on dira qu'il se range du côté desnominalistes contre lesréalistes[20]. Pour lui les attributs n'ajoutent rien à l'essence de Dieu et ne sont que des noms. Les seuls attributs affirmatifs légitimes sont ceux qui qualifient l'action de Dieu, mais non son essence (chap. LII et LIII)[21].

Cette théologie a été critiquée par le FrançaisGersonide. Elle a pour conséquence majeure que Dieu ne peut être objet de science, ce qui implique une séparation de lafoi d'avec laconnaissance[4].

L’ésotérisme occupe une place fondamentale chez Maïmonide, selon Leo Strauss[15], d’autant que Maïmonide se situait à une époque où laliberté d’expression n’était nullement acquise. Ce caractère « ésotérique » chez Maïmonide intègre pleinement latradition juive, dans la mesure même où elle postule que le texte saint réclame toujours une interprétation, pour Strauss[15]. L’ésotérisme de Maïmonide fonde une« maïeutique », un questionnement appuyé, non sur la nécessité de foi, mais sur celle de la loi et de sa rationalité, un questionnement destiné à« déterminer la vocation philosophique des hommes supérieurs que l'esprit du siècle fait tomber dans le désarroi », selon Pinès[16]. La maïeutique maïmonidienne, inscrite implicitement au cœur duGuide des égarés, ne se confond pas avec une« religion », au sens strict du terme, pour Shlomo Pinès[16]. Hayoun ajoute que leGuide des égarés se présente comme un« livre ésotérique », qui ne doit pas être mis« entre toutes les mains »[22].

Le discours de Maïmonide prend un aspect explicitement religieux pour répondre à des exigences d'ordre social, mais sans incorporer une croyance qui s’impose à soi d’elle-même. « Maïmonide parle de véracité, pas decroyance. Il dit ou, plutôt, sous-entend que la connaissance, et la connaissance seulement, de cet étant premier est le premier des commandements », en affirmant que « l’édifice des mondes repose sur un savoir premier, une pensée, un(en)da’at, jamais sur une foi initiale », selonBernard-Henri Lévy[23].

Physique et métaphysique

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Maïmonide appartient au courant des philosophes juifshellénisants. Il admireAristote, qu'il désigne comme le « prince des philosophes »[24]. Il recommande à son traducteurSamuel Ibn Tibbon la lecture d'Alexandre d'Aphrodise et d'Averroès. Il reconnaît sa dette à l'égard d'al-Farabi et d'Ibn Bajja[4]. LeGuide des égarés est une démonstration de la compatibilité des thèses des philosophes avec la véritérévélée, à condition de ne pas prendre les textesprophétiques à la lettre. Comme Averroès dans sonDiscours décisif, Maïmonie entend prouver que l'exercice de la philosophie ne met pas lareligion en danger[4].

Physique

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Selon lui, on retrouve dansLaGenèse les principes de laphysique d'Aristote, qui permet de rendre raison des phénomènes du monde sublunaire. L'essence deDieu est inconnaissable. Nous ne pouvons connaître Dieu que par l'entremise de ses actions, c'est-à-dire de l'ordre naturel. Connaître laNature, c'est donc se livrer à la seule étude de Dieu - une connaissance indirecte - qui nous soit accessible[4]. En revanche, notre connaissance du monde des sphères supérieures est limitée. En témoignent les contradictions entre la physique d'Aristote et l'astronomie dePtolémée[25]. L'univers est composé de sphères enchâssées les unes dans les autres, sans aucun vide entre elles, avec laTerre en leur centre (Guide, LXXII). Maïmonide dénombre 18sphères, en comptant les excentriques de Ptolémée (LXXII). Il reprend la théorie desquatre éléments d'Aristote pour définir lamatière dont est composé le monde sublunaire, tandis que les sphères supérieures sont constituées d'un cinquième élément plus subtil, l'éther. Comme Aristote, il assigne à chaque élément un lieu naturel qu'il tend à regagner, par un mouvement rectiligne, quand il en a été chassé, tandis que le mouvement naturel des sphères est circulaire (LXXII).

Métaphysique

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Cessphères célestes sont créées par Dieu ou, plus exactement, ellesémanent de Dieu, dont elles découlent parnécessité. Cette théorie de l'émanation, chez lesphilosophes arabes, conduit à admettre l'éternité du monde : si le monde émane de Dieu par un épanchement nécessaire, cette nécessité exclut la possibilité d'un moment où le monde n'existait pas ; l'univers a donc toujours existé, il est coéternel avec Dieu. Maïmonide s'écarte d'al-Farabi sur ce point : il considère la thèse de l'éternité de l'univers, aussi bien que celle de sacréation, comme indémontrables (LXXI)[26]. Sur un autre point, il s'écarte d'Avicenne, qui admet la survie de l'âme individuelleaprès la mort du corps[25] : selon lui, seul l'intellect en acte, qui est dépourvu d'individualité, peut êtreimmortel. Il exclut également la possibilité, admise par lesnéoplatoniciens au terme d'un perfectionnement progressif, d'une union avec Dieu[4].

Maïmonide et le kalām

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Il se montre critique à l'égard dukalam juif, fortement inspiré dukalâm musulman. Cette théologiescolastique s'appuie sur ladialectique pour défendre ledogme religieux[27]. Mais Maïmonide souligne, commeAverroès, que ses arguments ne sont pas démonstratifs, contrairement à ceux des philosophes (LXXI). Sur plusieurs points, il s'avère plus proche desmutakalliminmutazilites que desacharites. À ces derniers, il oppose sa théologie négative et le refus d'admettre des attributs distincts de l'essence divine[28], l'affirmation dulibre arbitre[28], il leur reproche enfin la négation de la nécessité du lien causal qui détruit l'idée deloi de la nature[26] et ruine la possibilité de lascience physique (LXXIII, proposition 6). De façon générale, il critique leur tendance à vouloir confirmer leurs opinions plutôt qu'à chercher lavérité (LXXI).

Maïmonide et la Cabale

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Dat Yisrael Vol 1, Seder Avodah,New-York, 1897.

Les ouvrages de Maïmonide ont joué un rôle majeur dans la transmission en Occident médiéval de laphilosophie néo-aristotélicienne élaborée dans les grandes capitales arabes, de sorte que Maïmonide passe, à juste titre, pour un philosopherationaliste, voué à concilier les impératifs de la raison et ceux de la foi. Pour autant, Maïmonide ne se réduit pas à cet aspect de son œuvre, selonLéo Strauss.

Le rationalisme issu d'Aristote ne constitue que la partexotérique de la pensée maïmondienne, mais sa partésotérique, issu de la tradition proprement juive, laisse entrevoir un tout autre aspect dans son œuvre, en préfigurant la littératurecabalistique, selon le philosopheLeo Straus. « En fait, comme il semble qu’il n’a pas existé de Cabale, au sens strict, avant l’achèvement duGuide, on pourrait même suggérer que Maïmonide fut le premier cabaliste », note-t-il[15].

C’est là un paradoxe, puisqu’enOccident les écoles maïmonidiennes se sont affrontées, parfois très durement, aux écoles cabalistiques. Néanmoins, Maïmonide a exercé une influence considérable sur de grands cabalistes commeAzriel de Gérone[29] ouAbraham Aboulafia[30]. Lesdescendants de Maïmonide eux-mêmes fonderont auCaire une école mystique proche des écoles cabalistiques occidentales. Cela corrobore la thèse de Strauss, même si elle ne fait pas l’unanimité pour autant.

Traité de logique ou les mots de la logique

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Maïmonide écrivit vers sa vingtième année un traité delogique aristotélicienne très inspiré parAl-Fârâbî. Cet ouvrage, chef-d'œuvre de concision, est un exemple de pédagogie. Le traité est rédigé enarabe. Il fut, dans les années qui suivirent la mort du maître survenue en 1204, traduit enhébreu[31]. Il expose l’essentiel de la logique aristotélicienne telle que l’enseignaient les grands penseurs persans,Avicenne et surtoutAl-Farabi, « le deuxième Maître », le premier étant évidemmentAristote.

Mais à la différence duphilosophe grec, Maïmonide s'en remet à undéterminisme astral, tout commeAverroès, chez qui s'exprime une« apologie à peine voilée du rôle des astres dans l'opération de l'entendement humain »[32]. Dans son édition duTraité,le philosopheRémi Brague souligne qu’Alfarabi est le seul philosophe qui y soit nommé. Dans les versions hébraïques, leTraité s'intituleLes Mots de la logique. Maïmonide explique à l’honnête homme le sens technique des mots utilisés par le logicien. Partant des mots, dûment inventoriés, pour aller aux choses désignées, leTraité tient du lexique mais il reste un exposé ordonné, où les chapitres se succèdent rationnellement. Un chapitre présente une grappe de notions associées. Le sens des mots y est expliqué avec concision et illustré par des exemples clairs. À la fin de chaque chapitre, Maïmonide dresse soigneusement la liste des mots étudiés. L’ouvrage est un modèle, un chef-d’œuvre de clarté et de concision.

Lettre sur l'astrologie

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Plaque apposée sur lasynagogue Moses ben-Maimon,quartier juif d'el-Muski,Le Caire, Égypte.

Maïmonide critique la pratique de l'astrologie chez les savantsjuifs de son temps dans saLettre sur l'astrologie. Par exemple,Abraham bar Hiyya etAbraham ibn Ezra soutiennent l'astrologie, d'après la notice que le philosopheRené Lévy consacre à sa traduction de laLettre[33]. En outre, Maïmonide considère l'ouvrage arabeAgriculture nabatéenne d'Ibn Wahshiyya comme« le plus important traité d'astrologie » (Guide, III, 29)[34].

Maïmonide s'oppose à l'astrologie. SaLettre est la réponse à une consultation provenant desrabbins deMontpellier[33]. Maïmonide leur reproche de confondre l'astrologie, qu'il qualifie de« sottise », avec lacosmologie. Il défend l'existence de laliberté liée à une certainecontingence du monde[35]. LaLettre fut rééditée de nombreuses fois, à partir de 1517, à l'époque de l'imprimerie auXVIe siècle, qui correspond à un regain de l'astrologie enEurope[36].

De fait, Maïmonide s'oppose audéterminisme strict impliqué selon lui par l'astrologie, explique son commentateur René Lévy[37]. Le philosophe écrit que« tous les discours des astrologues, qui prédisent ce qu'il adviendra, ou ce que le thème de nativité augure pour l'homme [...] sont de la pure sottise, nullement de la science »[38]. Il attribue l'invention de cette discipline auxChaldéens, auxÉgyptiens et auxCananéens, et affirme que lesGrecs n'ont jamais écrit un seul traité à ce sujet. Il pense aussi que lesPerses considèrent cet art comme faux[38].

Selon René Lévy, Maïmonide entend par « Grecs » essentiellement les philosophespéripatéticiens, c'est-à-dire les successeurs et disciples d'Aristote, car leplatonisme et lestoïcisme n'étaient pas opposés à l'astrologie. Mais Maïmonide va plus loin que les péripatéticiens eux-mêmes qui, s'ils critiquent l'astrologie, la restreignent au rang d'art, comme lamédecine, parce qu'elle se fonde sur l'expérience et non sur despreuves. C'est le cas notamment pour Abraham bar Hiyya,Al-Fârâbî etAverroès. Maïmonide, lui, disqualifie entièrement l'astrologie[39].

Il établit une distinction nette entre l'astronomie, dont il loue les savants grecs, perses et indiens de nous avoir apporté lascience, et l'astrologie. La première consiste à connaître« la nature des astres, de ce que sont leur nombre, leur grandeur et leur mouvement […] » tandis que la seconde consiste à scruter les étoiles pour prédire l'avenir[40]. Contre les astrologues qui nient lelibre-arbitre, Maïmonide réaffirme son existence :« Ni son thème, ni la nature ne déterminent [l'homme] dans le choix de l'une ou l'autre voie [servir Dieu ou l'impiété] »[41]. Sans le libre-arbitre en effet, les lois et les préceptes, qui interdisent ou exhortent, seraient inutiles[42].

Maïmonide distingue trois approches de la question de la liberté humaine : celle des astrologues, qui la nient parce qu'ils considèrent que tout est déterminé à l'avance par les influences astrales ; celle des philosophes, qui pensent que lesactes humains sont fortuits et arrivent parhasard ; et celle de la Loi deMoïse, qui affirme que tout arrive par lavolonté divine, c'est-à-dire selon lajustice et lasagesse deDieu. Cette troisième approche qu'adopte Maïmonide n'est pas contradictoire avec la notion dechoix selon lui. Il ajoute cependant que« nous ne sondons pas la sagesse divine, et ne saurions justifier qu'Il amène telle destinée plutôt que telle autre, carSes voies ne sont pas les nôtres, ni Ses desseins » (citation d'Isaïe, 55:8)[43].

Influence en philosophie

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Article connexe :Philosophie juive.
« Il est bien mieux et plus satisfaisant d'acquitter un millier de coupables que de mettre à mort une seule personne innocente », Maïmonide, 1260.

Le plus important critique de la philosophie maïmonidienne, et aristotélicienne en général, futHasdaï Crescas, l'auteur deOr Hashem. Sa critique entraîna de nombreux savants duXVe siècle à défendre les travaux de Maïmonide.

Maïmonide fut l'un des rares penseurs dujudaïsme médiéval dont l'influence rayonna au-delà des cercles juifs.Ses œuvres exercèrent une influence durable sur la philosophiescolastique, et ses plus grandes figures,Albert le Grand,Thomas d'Aquin[4] etDuns Scot.

Cette influence perdura jusqu'auxLumières :Spinoza[4],Moïse Mendelssohn, considéré par certains comme son successeur (pour certains, il serait même « le troisième Moïse »,cf. épitaphe). De nos jours, il est l'un desphilosophes juifs les plus respectés et ses théories reprennent force et vigueur dans lapensée juive contemporaine. Au cours des siècles suivants, l'influence de Maïmonide fut source de conflits entre maïmonidiens et antimaïmonidiens. Mais la plupart des penseurs restent partagés, reconnaissant le génie de l'homme et sa vision aristotélicienne du monde, mais rejetant les éléments qu'ils considèrent comme en désaccord avec la tradition.

Il existe ainsi deux lectures académiques de l'œuvre de Maïmonide : l'une qui la voit comme une tentative de synthèse entre la pensée juive et l'Aristotélisme, l'autre comme une philosophie qui fait de l'Aristotélisme une vérité, et du judaïsme uneallégorie[44].

Maïmonide intègre en 2021 la liste officielle des auteurs au programme du baccalauréat de philosophie de l’Éducation Nationale française[45].

Médecine

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Pratique

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La formation médicale de Maïmonide est mal connue. Il commence à étudier la médecine après la mort de son père en 1166, suivie peu de temps après par celle de son frère au cours d'un naufrage. Il lit beaucoup, et sa formation théorique est en grande partie autodidacte. De ses écrits, on déduit une profonde connaissance des auteurs grecs (Aristote,Hippocrate,Galien…) et persans (Al Farabi,Rhazès ou arabesIbn Zhur). Il aurait suivi l'enseignement du fils d'Ibn Zhur[46].

Fleuron issu de l'ouvrageHilkhot Talmud Torah rabbi Mosheh ben Maymon (extrait lui-même duMishné Tora), 1705.

Il s'investit dans la médecine, tant et si bien qu'il figure dans la liste des médecins personnels de l'entourage deSaladin, dont celui de son filsAl-Afdhal. C'est à la demande d'Al-Afdhal que Maïmonide rédige en arabe la plupart de ses traités médicaux. Les trois ouvrages principaux, les plus connus et les plus appréciés en Occident lors duMoyen Âge tardif et de la Renaissance[47] sontLes aphorismes, leTraité des poisons, etConservation de la santé ouRégime de santé pour le sultan[48].

Selon son disciple et traducteur en hébreuSamuel ibn Tibbon, cette position, qui occupe le meilleur de son temps, lui vaut un prestige considérable. Déjà réputé comme grand théologien, des médecins arabes voyagent jusqu'au Caire pour le rencontrer, et il a pour ami et biographe l'historien musulmanIbn al Qifti. Selon celui-ci, le roiRichard Cœur de Lion lui aurait demandé, en vain, de se mettre à son service àAscalon, au cours de laTroisième Croisade[47].

La médecine n’était pas l’apanage de Maïmonide: d’autres figures du judaïsme, commeJuda Halevi avant lui, et, après lui,Nahmanide,Joseph ibn Caspi,Gersonide,Narboni ou encoreSalomon ben Adret, ont vécu de l’exercice de la médecine, considérant que seul un corps sain peut œuvrer à sanctifier le monde. Cependant, aucun n’a fait preuve de l’esprit novateur de Maïmonide en ce domaine et, partant, n’ont pas imprimé leurs marques dans l’histoire de la médecine.

Refus de la magie

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Maïmonide ne voit dans lamaladie que l'interruption d'un processus naturel, qui peut certes résulter de la volonté de Dieu laquelle est inconnaissable et ne peut se réduire à une punition, sinon, argumente-t-il, pourquoi aurait-il créé les plantes médicinales et autres moyens deguérison ? Ou encore « Si une personne est affamée et cherche de quoi se nourrir, ce qui la soulagera de sa grande souffrance, pouvons-nous dire qu'elle a perdu sa confiance en Dieu ? »[49].

Il ne croit pas davantage aumauvais œil, cette malédiction humaine affaiblissant la personne sujette de leur inimitié. Qu'importe si desSages du Talmud y croient, d'autres Sages du Talmud s'y opposent, dontRabbi Akiva, ce qui prouve que le peuple d'Israël a été affecté par les pratiques magiques des peuplades environnantes, allant jusqu'à interpréter des passages bibliques dans ce sens, alors que la Bible ne les mentionne nulle part de façon explicite.

De même, Il définit l'idolâtrie comme une grande illusion, en refusant le recours aux remèdes irrationnels ou superstitieux[49].

Médecine naturelle

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Maïmonide est partisan du « juste milieu ». La maladie est un déséquilibre momentané, qu'il faut rétablir à l'état antérieur. Les médicaments servent à soutenir la nature (le pouvoir naturel de guérison) pas à la remplacer[47], ce qui sera connu en Occident comme lanature guérisseuse ou laVis medicatrix naturae (en). Les médicaments sont semblables à desaliments, et leur choix doit être graduel, en réservant les « drogues infectes » aux cas désespérés ; ladiète doit être rigoureuse si le mal est léger.

Après avoir écouté son patient, Maïmonide propose des recommandations en commençant par des conseils diététiques, puis des conseils de « médecines douces » et si enfin tout cela ne suffit pas il associe des médecines fortes (jusqu'à la chirurgie). Pour Maïmonide, le corps est capable de se renforcer seul. Le médecin n'intervient que si le corps ne parvient pas seul à cette auto-guérison et si la vie est en jeu[50].

La guérison nécessite non seulement les ressources naturelles du corps, mais aussi les facultés de l'esprit. Considéré comme un précurseur de la médecine psychosomatique, il associe des prescriptions modérées et un soutien psychologique[51], tout en restant critique envers Galien ou d'autres autorités[52].

Un autre trait marquant de Maïmonide est sa conception expérimentale, clinique avant la lettre, de la médecine. Bien qu'instruit des théories et pratiques de ses prédécesseurs, il ne se fie pas nécessairement à leur parole, et n'hésite pas à mettre en doute des remèdes établis, ainsi que son propre jugement lorsque l'état du malade ne s'améliore pas. Il expérimente sur lui-même l'effet des drogues qu'il prescrit[47].

Une hygiène rigoureuse

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Manuscrit arabe duRégime de santé pour le sultan de Maïmonide.

Il vit dans le monde musulman où l'hygiène ritualise le quotidien et s'impose comme une prescription (5 ablutions avant de se présenter à Dieu, manger, etc.). Il conseille de ne pas trop boire au cours de repas en se limitant à un peu de vin ajouté d'eau, et d'adapter son régime alimentaire et son mode de vie à la saison[46].

En fait de médecine, Maïmonide prône avant tout une hygiène de vie. S'assurant qu'une plainte ne résulte pas d'un troublepsychosomatique, il recommande, comme s'il s'agissait d'uneprescription religieuse (et il s'agit effectivement d'une prescription religieuse), de maintenir la santé de son corps, et d'éviter toute substance pouvant y nuire (les Juifs orthodoxes modernes s'appuient sur ce précepte pour interdire lesdrogues, et certains letabac).

Il est recommandé de manger et boire sans excès des mets digestes, de quitter la table en ayant encore un peu faim, d'éviter les aliments trop fermentés (vieillis, trop longtemps conservés par le sel,moût de raisin, et tous ceux dégageant une mauvaise odeur), de réfréner le nombre de rapports sexuels (Maïmonide vit en Orient, et leharem y est monnaie courante. L'occlusion intestinale étant une cause de mort fréquente, Maïmonide recommande dedéféquer une fois par jour au moins, avec laxatifs si nécessaire. S'adressant à des personnages importants et susceptibles, il leur suggère subtilement de « modérer leur activité physique », d'avoir un cycle desommeil régulier et harmonieux, d'éviter lasiestediurne, et d'attendre quelques heures après le repas du soir avant d'aller dormir[46].

Parmi les règles d'hygiène et d'exercice physique, il recommande notamment les bains et la natation[47]. En visitant l'Andalousie aujourd'hui, on peut voir les vestiges des hammams. Véritable lieu de vie du monde arabo-berbère.

Ces principes peuvent sembler désuets de nos jours, et dictés par le bon sens, mais le « bon sens » de l'époque était celui deGalien, et recommandait des remèdes basés sur une compréhension sympathique, presque magique, de la maladie.

Traités médicaux

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SelonJean Théodoridès, Maïmonide se caractérise par un style concis et clair. Dans sonTraité des poisons, ses connaissances ne sont pas livresques, son plan est rigoureux, sans les digressions si fréquentes chez les auteurs de son époque[47].

Letraité des hémorroïdes, manuscrit hébreu duXIVe siècle.

Ses ouvrages médicaux, rédigés pour la plupart à la demande d'un grand personnage, sont au nombre de dix[48], les titres en français sont les suivants[53],[54] (en gras les trois plus célèbres en Occident médiéval et à la Renaissance) :

  1. Commentaires sur les seize livres de Galien. Il s'agit d'extraits ou de résumés de l'œuvre deGalien (l'important à retenir selon Maïmonide) à l'intention des étudiants. Les manuscrits arabes complets originaux ont disparu, mais plusieurs manuscrits traduits en hébreu sont disponibles[48].
  2. Commentaires sur les aphorismes d'Hippocrate. Maïmonide s'appuie sur la traduction arabe deHunayn ibn Ishaq duIXe siècle des fameuxAphorismes d'Hippocrate. Il n'hésite pas à l'occasion de se montrer critique, ainsi Hippocrate aurait dit que le testicule droit produit les garçons et le gauche les filles, il remarque alors « un homme doit être un prophète ou un génie pour le savoir »[48].
  3. Les Aphorismes. Texte traduit de l'arabe en latin dès leXIIIe siècle, et imprimé dès 1489 (Bologne) et 1497 (Venise) ; en allemand, Leipzig et Berlin 1934 ; en hébreu, Jérusalem 1959. L'ouvrage se compose de 1 500aphorismes, tirés principalement des médecins grecs, et organisés en 25 chapitres couvrant les différents domaines de la médecine. C'est le traité médical le plus volumineux de Maïmonide. On y trouve notamment des descriptions d'apoplexie, dediabète, dephtisie, etc[48].
  4. Traité deshémorroïdes. En 7 chapitres, le texte a été publié auXXe siècle en arabe, hébreu, allemand et anglais[48]. Il distingue les formes simples (ouvertes et saignantes) des formes compliquées (fermées et obstructives, très douloureuses ou fébriles). La prévention est basée sur l'exercice physique et un régime alimentaire qui vise à obtenir des selles molles et régulières. Le traitement est principalement conservateur par dessoins topiques, la chirurgie n'est utilisée qu'en dernier recours, et elle doit l'être par un opérateur expérimenté[55].
  5. De la vie conjugale. Rédigé à la demande du sultanAl-Muzaffar Umar (en), neveu de Saladin, qui voulait augmenter ses performances sexuelles. Maïmonide décrit plusieurs tempéraments sexuels, en donnant des recettes alimentaires et médicinales,aphrodisiaques ouanaphrodisiaques. Il conseille au sultan la modération. Il existe deux versions de l'ouvrage, une version courte jugée authentique (manuscrits arabes deGrenade) et une version longue d'origine douteuse. Les deux versions ont été publiées auXXe siècle en hébreu, allemand, anglais et italien[48].
  6. Traité de l'asthme. Écrit à la demande d'un fils de Saladin ; traduit en latin en 1302 parArmengaud Blaise, version elle-même traduite en hébreu (1320) par SamuelBenveniste. Une deuxième traduction en hébreu est faite à la fin duXIVe siècle à partir du texte arabe. Au cours duXXe siècle, il est publié en allemand, en anglais et en français. L'ouvrage est considéré comme le premier traité complet majeur sur l'asthme, Maïmonide insistant sur la prévention. Le patient doit d'abord vivre dans un air pur, frais et ensoleillé, puis adopter une hygiène de vie convenable (nourriture, boisson, émotions, activité physique, sommeil et sexualité)[56].
  7. Traité des poisons. Il en existe de très nombreux manuscrits en arabe, hébreu et latin, et il est considéré comme le « manuel de toxicologie » du Moyen Âge. Des traductions modernes paraissent en allemand, français et anglais à partir duXIXe siècle[48]. L'ouvrage se présente en deux parties, la première est consacrée aux morsures et piqures animales, la seconde aux poisons alimentaires et minéraux. Il propose différents traitements, par exemple l'utilisation de tourniquet (garrot) contre les morsures de serpents ou d'émétiques contre les poisons ingérés. Il liste des antidotes à base de plantes, et insiste toujours sur la prévention (comme ne pas consommer d'aliments de couleur, d'odeur, et de goût inhabituels). Sa distinction des poisons « froids » et « chauds » pourrait recouper la distinctionhémolysine etneurotoxine[57].
  8. Conservation de la santé ouRégime de santé pour le sultan. En latin, Florence 1484, Augsbourg 1518 ; en anglais, Philadelphie 1964. Le sultan est le fils aîné de Saladin. Amateur de femmes, de vin, et d'exploits guerriers, le sultan se plaint de troubles digestifs et d'accès mélancoliques. Maïmonide développe à cette occasion sa conception d'« un esprit sain dans un corps sain ». Il indique que le bien-être corporel dépend du bien-être spirituel etvice versa. Le texte se termine par des recommandations concernant le climat, le domicile, l'activité, le bain, le sexe, le vin, l'alimentation et la respiration. L'ouvrage court et précis est resté longtemps populaire et traduit en nombreuses langues[48].
  9. Sur l'explication des accidents (maladies survenant par crises ou accès). Ce texte est parfois considéré comme un chapitre supplémentaire, rédigé dans un second temps, à l'ouvrage précédent. Il comporte des commentaires et des listes de remèdes[48].
  10. Glossaire de matière médicale. Ce manuscrit arabe a été découvert parMax Meyerhof (de)(1874-1945) dans la bibliothèqueSainte Sophie d'Istanbul. L'original arabe et une traduction française sont publiés en 1940, suivis par des éditions en hébreu et en anglais. Il s'agit d'une pharmacopée en 405 paragraphes indiquant des noms de médicaments, avec leurs équivalents en arabe, grec, syriaque, perse, berbère et espagnol[48].

La prière médicale ou Serment de Maïmonide

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La paternité de cette prière, qui orne le cabinet de bien des médecins et chirurgiens-dentistes juifs, n'est pas unanimement attribuée au « sage de Fostat », encore qu'elle soit rédigée dans son style. Fred Rosner (inla Médecine tirée du Mishneh Torah), par exemple, estime qu'elle ne peut être antérieure à1783.

Son auteur probable seraitMarcus Herz (1747-1803) qui l'aurait écrite dans les années 1790[44].

« Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'Art et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon cœur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.

Fais que je ne voie que l'homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu'il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu'il ait présent tout ce que l'expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.

Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu'ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Éloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout: car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l'Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l'amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l'âge de mes ennemis. Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.

Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Éloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l'Art est grand mais l'esprit de l'homme pénètre toujours plus avant. »

Textes traduits en français

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Tombe de Maïmonide àTibériade,Israël.

« Et si les habitants sont mauvais et fautent au point de ne le laisser vivre en paix que s’il se joint à eux et qu’il adopte leur mauvaise conduite, il doit se réfugier dans les grottes, les buissons et les déserts plutôt que de suivre la voie des fauteurs, comme il est écrit : "Qui m’offrira l’hospitalité dans le désert ?" »[58].[pertinence contestée]

  • LeGuide des égarés (1190), trad. de l’arabe parSalomon Munk, Lagrasse,Verdier, 2012,(ISBN 2864325616) (éd. revue, complétée et mise à jour), ou éd. A. Franck, Paris, 1856, disponible sur Archive:vol.1,vol.2 etvol.3.
  • Les Huit Chapitres de Maïmonide ou Introduction à la Mishna d’Aboth. Maximes des Pères (de la Synagogue). Traduits de l’arabe par Jules Wolff. Rabbin de la Communauté israélite de Chaux-de-Fonds. Lausanne-Paris, 1912 (lire en ligne).
  • Michné Torah (vers 1187), trad. de l’hébreu par Binyamin Appelbaum, Paris, Éditions du Beth Loubavitch (traduction en cours, plusieurs volumes déjà parus).
  • Le Livre de la connaissance (premier des quatorze livres duMishné Torah), trad. de Valentin Nikiprowetsky et André Zaoui, Paris, PUF, « Quadrige », 1996.
  • Traité d’éthique (« Huit chapitres »), trad. de Rémi Brague, Paris, Desclée De Brouwer, 2001.
  • Traité de logique, trad. deRémi Brague, Paris, Desclée De Brouwer, 1996.
  • Épîtres (sur la persécution, au Yémen [1172], sur la résurrection [1191], trad. de Jean de Hulster, Paris, Gallimard, « Tel », 1993.
  • Maïmonide (trad. de l'hébreu parRené Lévy),Lettre sur l'astrologie, Paris, Allia,, 48 p.(ISBN 2-84485-037-5,lire en ligne[PDF]).
  • Commentaires du « Traité des pères », par Maïmonide,Rachi,Rabbénou Yona, leMaharal de Prague etR. Hayim de Volozyne, trad. de l’hébreu par Éric Smilévitch, Lagrasse,Verdier/poche, 1990.
  • "Traité des Huit Chapitres", traduit de l'arabe et édité par Ariel Toledano, Paris, Éditions In Press, 17 mars 2021, 142 pages(ISBN 978-2848356754).
  • Traité des poisons et des antidotes contre les drogues mortelles ou Epître à Al-Fadil, édité par Frank Svensen, préface d'Ariel Toledano, postface de Maurice-Ruben Hayoun, Paris, Les Indes savantes, septembre 2022.

Notes et références

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Notes

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  1. La date de 1135, avancée notamment parBaker et McCullough 2009,p. 711-712, est basée sur une épître attribuée àDavid Maïmonide, qui aurait donné comme date de naissance le 14nissan 4895 AM (1135 selon lecalendrier julien). Cependant, les manuscrits du Commentaire sur la Mishna — dont on ne possède toutefois pas d’exemplaire autographe — comportent en conclusion une note où l’auteur indique l’avoir entamé à l’âge de23 ans et l’avoir achevé sept ans plus tard en Égypte, en l’an 1479 de l’ère séleucide, correspondant à l’an 1168 du calendrier julien. Il est par conséquent admis actuellement que 1135 résulte d’une erreur de copiste et qu’il ne faut pas lire ד'תתצ"ה (4895 AM) mais ד'תתצ"ח (4898 AM) -(he) YossefQafih,Le Guide des Égarés de notre maître Moshe ben Maïmon : Traduit en hébreu, expliqué et préparé d’après des manuscrits et des versions imprimées, Jérusalem, Mossad Harav Kook,(lire en ligne), « Préface du Rav Kappa'h » &Hayoun 1994,p. 21.
  2. Une tradition communément interprétée comme établissant l’ascendance de cette famille àJuda Hanassi, le codificateur de laMishna, pourrait simplement indiquer qu’il y eut entre l’ancêtre de Maïmonide, Ovadia, et son père, Rabbi Maïmon, sept générations, de même qu'il y en eut sept entre Juda Hanassi et son ancêtreHillel l’Ancien.
  3. L’hypothèse de la conversion des Ibn Abdallah et par conséquent de Moïse Maïmonide, repose sur trois déclarations :
    • Abd al-Latif, un contemporain de Maïmonide le présente comme un homme rusé, visant à détruire les bases du judaïsme des masses tout en prétendant l’affermir. La question de la conversion n’est certes pas abordée mais au vu des talents de dissimulation du maître, elle n’en paraît que plus plausible.
    • Ibn al Qifti, historien des sciences arabes, affirme que Maïmonide, ne pouvant se résoudre à perdre ses biens, aurait pris le turban tout en menant une vie decrypto-juif et serait revenu au judaïsme àFostat. Accusé d’apostasie par un certain Abul Arab ben Moischa,jurisconsulte musulman originaire comme Maïmonide d’Andalus, il aurait été acquitté de cette accusation par al-Kadi al-Fadil, lequel aurait fait valoir l’invalidité d’uneconversion obtenue sous la contrainte.
    • Ibn Abi Usaybi'a, historien de la médecine, rapporte qu’« on dit que Moussa ben Maïmoun s’était converti à l’islam du temps où il résidait au Maghreb, qu’il avait appris leCoran par cœur et étudié lefiqh mais qu’une fois parvenu en Égypte, il abjura l’islam. »
    Maïmonide lui-même excuse dans sonÉpître de la Conversion ceux des Juifs qui se sont convertis pour autant qu’ils demeurent fidèles aujudaïsme en secret, et ajoute dans sonÉpître aux Juifs du Yémen qu’il n’y a ni honte ni disgrâce à se convertir sous la contrainte, et qu’un Juif continuant àpratiquer clandestinement en attendant de pouvoir le faire ouvertement, vaut mieux qu’un Juif mort. Toutefois, il encourage les Juifs confrontés à ce dilemme, à prendre la route de l’exil, ajoutant avoir été sauvé de la conversion parce qu’il avait fait ce choix pour lui-même. Il statue de surcroît dans sonMishné Torah (Sefer Hamada, Hilkhot Yessodei HaTorah 5:4), qu’en cas de persécution généralisée,il est préférable de mourir que de transgresser.
    AuXIXe siècle,Eliakim Carmoly émet, sans preuve semble-t-il, l’hypothèse d’une conversion de Maïmonide. Il est suivi parIsaac Marcus Jost qui semble s’être rétracté par la suite puis parSalomon Munk qui « excuse » Maïmonide en arguant de son jeune âge. Sa thèse est démontée par Fürchtegott Lebrecht, mais relancée parAbraham Geiger, et lorsqueHeinrich Graetz rédige sonHistoire des Juifs, l’affaire est pour lui entendue et seuls des esprits crédules ou bornés pourraient douter que les Ibn Abdallah fussentmusulmans, au moins en apparence, lors de leur séjour àFès.Ismar Elbogen dénonce cependant cette opinion, estimant comme Lebrecht qu’elle ne repose que sur une lecture faussée desEpîtres de Maïmonide et sur des témoignages tardifs de médecins musulmans dont la« probité historique n’est pas assez grande pour permettre d’articuler une si grave accusation ». Le témoignage d’Ibn al Qifti pourrait même reposer sur celui deJoseph ben Juda de Ceuta, destinataire duGuide des Égarés qui aurait, selon plusieurs sources, pris le parcours qu’il imputerait à son maître.
    Maurice Ruben-Hayoun souscrit à l’avis d’Elbogen. Convenant que Rabbi Maïmon (et, partant, ses fils) a dû « se montrer plutôt discret sur sa véritable religion », il argüe que Maïmonide n’aurait jamais pu jouir d’une si grande estime auprès de ses contemporains et disciples s’il avait pris le turban, et que sonÉpître aux Juifs du Yémen comporte une réfutation de l’Ifham al-Yahoud, diatribe antijuive appelant à leur conversion —Hayoun 1994,p. 62-87.
    À l’inverse, Sarah Stroumsa juge la conversion de Maïmonide plausible au vu des nombreuses convergences entre l’œuvre de Maïmonide d’une part et les méthodologie et théologie
    almohades d’autre part : leMishné Torah énonce en loi des sentences laconiques sans s’embarrasser du processus qui y a mené, comme le code d’Ibn Toumart, et Maïmonide rejette comme lui toute tentative d’antropomorphiser le divin, concevant ce rejet catégorique comme l’une des fondations imprescriptibles de laTorah. Ces points avaient déjà été soulevés par Joseph Heinemann qui note aussi les ressemblances entre la vision maïmonidienne destemps messianiques et lejihad ; Maïmonide prescrit même aux Juifs de contraindre lesidolâtres entre l’adoption des septlois noahides ou la mort, proscrivant ensuite le séjour, fût-il temporaire, d’idolâtres dans les terres sous contrôle juif —Stroumsa 2009 &Pessin 2016.

Références

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Annexes

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Bibliographie

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Articles connexes

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