Mindanao, à l’image du reste desPhilippines est marquée par la présence de trois chaînes sédimentaires parallèles d’orientation nord-sud. À l’est, une cordillère Pacifique est constituée notamment par lesmonts Diuata. Une cordillère centrale, plus massive, constitue la ligne de partage des eaux de l’île. À l’ouest de cette cordillère s’étend le bassin hydrographique duRio Grande de Mindanao (le second plus grand bassin des Philippines). À l’ouest, la dorsale de Zamboanga est la moins vigoureuse (elle n’excède que rarement les 800 mètres d’altitude)[2].
À ces trois chaînes d’orientation nord-sud, s’ajoutent des hauts reliefs volcaniques à la répartition plus confuse. C’est à cet ensemble qu’appartient leMont Apo, point culminant du pays avec 2 954 mètres d’altitude[2].
Sur l’ensemble de l’île, les plaines côtières sont généralement étroites[2].
Latectonique de Mindanao est très complexe et marquée par des évolutions récentes. Les trois chaînes citées précédemment datent duTertiaire, elles sont essentiellement constituées deroches sédimentaires (grès, marnes, calcaires ou conglomérats). Mais dans l’intervalle entre ces chaînes, s’étendent des plaines : celle formée par le bassin de l’Agusan et le Libuganon correspond à un long fossé de subsidence datant du pliocène et duQuaternaire. La plaine correspondant au bassin duRio Grande de Mindanao date elle aussi du Quaternaire[2].
Les forêts recouvrent encore 37 % du territoire philippin.
Dans les île deBohol et de Mindanao, letarsier, petit singe de 8 à 16 cm, est malheureusement en voie de disparition. Il est la nourriture préférée de l’aigle haribon, un des plus redoutables oiseaux de proie[3].
Sanctuaire de faune et de flore sauvages : Patrimoine mondial UNESCO
De manière générale, on peut considérer que la cordillère centrale constitue la ligne de démarcation entre deux ensembles climatiques bien distincts. À l’est, le climat est marqué par un climat hyper-humide (voir le tableau climatique deTandag) alors que l’ouest connaît un climat moins humide et plus ensoleillé (voir le tableau climatique deZamboanga).
Les tableaux climatiques suivants nous permettent d’apprécier la diversité des climats de l'île. Le fort compartimentage du relief est à l’origine de ces climats variés et complexes[2].
Sur Mindanao, lestyphons sont beaucoup moins fréquents que sur le reste de l’archipel, mais ils n'en demeurent pas moins un élément marquant du climat de l’île, notamment dans les provinces du nord-est. En 2013,Bopha, un typhon d’une puissance jamais enregistré précédemment a frappé l’île. Il a succédé à un puissant typhon datant de 2011 (voirtempête Washi). La récente montée en puissance de ce phénomène est souvent imputée audérèglement climatique[5].
Les quelques connaissances que l’on possède proviennent des travaux archéologiques menés dans les cavernes deCotabato, qui ont permis de découvrir entre autres des urnes en céramique et en pierre calcaire datant duVIe siècle. De longuespirogues datant probablement duIVe siècle ont été retrouvées dans les environs deButuan, ce qui atteste que des activités hauturières dans cette région pourraient s'être développées avant les autres régions d'Asie[6],[7].
Au début duXVIe siècle, Serif Kabungsuan originaire de l'actuelleMalaisie prend le contrôle de Mindanao après avoir contracté un mariage avec la fille d'une famille influente de l’île. La prise de contrôle de Serif Kabungsuan sur Mindanao constitue un événement fondateur car il s'agit là du deuxième acte de l’expansion de l'Islam aux Philippines (après la création d'un sultanat sur l'archipel des Sulu en 1450)[8].
Il est presque certain queMagellan jeta l'ancre dans l'embouchure du fleuveAgusan en l'an 1521. Marquant ainsi le début d'une colonisation espagnole sur l'ensemble de l'archipel qui durera jusqu'en1898, date à laquelle lesÉtats-Unis prennent le contrôle de Mindanao et des Philippines en général[9].
La colonisation espagnole, bien qu'ayant duré plusieurs siècles, ne s'est jamais vraiment étendue à toute l'île. Les Espagnols ne réussirent à s'implanter durablement qu'en quelques étroits secteurs côtiers comme la province deMisamis oriental au nord ainsi que quelques autres places fortes (Zamboanga,Dapitan, la région deButuan et les bordures dugolfe de Davao)[2].
En 1903, l’administration américaine procède à un recensement. L’île ne compte alors qu’un demi-million d’habitants. Mindanao est à cette époque essentiellement peuplée de communautés montagnardes primitives, et d’une forte population musulmane à l’ouest. À ces populations originaires s’ajoutent un petit peuplement chrétien dans la province du Misamis oriental et quelques communautés japonaises, développant la culture de l’abaca pour lescordages de laflotte impériale.
L’île n’est complètement pacifiée par les Américains qu’à partir des années 1913-1915. L’administration desÉtats-Unis procède alors à la construction de routes, et à l’assainissement de l’île. Ces importants travaux vont permettre la colonisation de l’île par les populations chrétiennes venues du reste de l’archipel. Ainsi, à la veille de laSeconde Guerre mondiale, Mindanao compte 1,8 million d’habitants, contrastant ainsi fortement avec lesous-peuplement du début duXXe siècle[2].
Le, les Japonais débarquent sur l’île. Débute ainsi une ère éprouvante pour les habitants de Mindanao. L’armée japonaise se rend coupable de nombreux forfaits sur les populations, des expériences médicales étant notamment pratiquées sur lesautochtones. Mindanao est intégrée à lasphère de coprospérité de la grande Asie orientale[10].Elle fut libérée en 1945 à l'occasion de labataille de Mindanao.
La grande partie du peuplement insulaire date de l’aprèsSeconde Guerre mondiale lorsque l’assainissement de l’île réalisé par les services de santé de l’armée américaine permet à la masse grossissante des sans-terres d’affluer vers la « terre promise » depuisLuçon surtout. En effet, le gouvernement soucieux de régler le problème agraire qui touche alors les campagnes de Luçon encourage les migrations de peuplement à destination de Mindanao. De 1948 à 1960, environ 1,2 million de colons, en grande majorité d’origine Cebuano, gagnent ainsi Mindanao.
Mais en 1972, le violent soulèvement des musulmans, rejetant le processus de colonisation dont ils sont victimes, vient mettre fin au mouvement migratoire vers les provinces centrales et occidentales marquées par l’insécurité. Depuis lors, ces provinces à fort peuplement musulman obtiennent l’autonomie interne en 1977. Le problème n’est cependant pas réglé, et la sécurité n’est pas retrouvée, car larébellion musulmane reste toujours très vigoureuse au début des années 1990[2].
Ces régions ne possèdent pas d'organes gouvernant, à l'exception du Bangsamoro. Elles sont subdivisées en 27provinces, cependant, 5 d'entre elles correspondent à des iles. Mindanao à proprement parler est donc divisée en 21 provinces.
L'ile est marquée par de nombreuses violences. En 2014, elle est d'ailleurs classée comme territoire déconseillé par les services diplomatiques français[15].
Depuis les années 1960, la minorité musulmane est en lutte contre l'armée. Elle est représentée par plusieurs mouvements dont les revendications sont différentes. D'une part, leFront Moro de libération nationale (MNLF), apparaît comme le plus modéré, il est actuellement à la table des négociations. Il milite pour un État autonome sur une partie de Mindanao et sur l’archipel de Sulu dans le sud des Philippines depuis 1969. D'autre part, leFront Moro islamique de libération, qui résulte de la scission avec le MNLF en 1984 revendique une indépendance des régions musulmanes. Il apparaît comme plus radical et peut être qualifié de mouvement islamiste. Enfin,Abou Sayyaf, également issu d'une scission avec le MNLF en 1991 est également un mouvement islamiste radical proche d'al-Qaïda[16],[17].
Quelque 25 % de la population est musulmane ; dans le sud-ouest de l'île se situe larégion autonome en Mindanao musulmane, peuplée à 82 % de musulmans.
La pauvreté massive, et les injustices économiques qui sont prégnantes sur Mindanao ont été un terreau très fertiles à un mouvement révolutionnaire armé : laNew People's Army. Cette guérilla, oscillant entre des tendances marxistes-léninistes et maoïstes, est largement présente dans les zones reculées de l'ile, là où l'armée régulière peine encore à s'imposer. Ces zones correspondent aussi aux zones de peuplement des ethnies originelles de l'ile, qui sont victimes d'un manque de reconnaissance de leurs domaines ancestraux (avec un pillage des ressources et une destruction de leurs environnement)[18].
L'île est devenue le dernier bastion de la New Peoples's Army après le raid mené par l'armée en 2014, alors que dans le reste du pays le mouvement s’essouffle grandement.
La deuxième île du pays détient un rôle majeur dans l'économie nationale. Parmi les denrées exploitées, on peut citer le caoutchouc naturel (100 % de la production nationale), l'ananas (87 % de la production nationale) et l'or (76 % des réserves nationales)[19].
En raison du caractère insulaire de Mindanao, le transport maritime revêt une place d'importance. Les principaux ports de marchandises sont, dans l'ordre d'importance, Cagayan de Oro, Davao, General Santos et Zamboanga[21].
En 2014, environ 104 000 navires ont accosté dans les ports de Mindanao. Ils y ont chargé ou déchargé environ 69,5 millions de tonnes de marchandises. Environ 1,18 million d'EVP y ont été manutentionnés[21].
Le transport maritime de voyageurs est primordial à Mindanao, comme dans l'ensemble des Philippines. En 2015, les ports de Mindanao ont accueilli 17,9 millions de voyageurs. La grande majorité de ces voyages se font à destination des autres îles de l'archipel philippin. Le port de Zamboanga est le plus grand port de voyageurs avec environ 4 millions de voyageurs par an. Il est aussi le seul port effectuant des liaisons internationales[21].