Merlin (engallois :Myrddin, encornique :Merdhyn, enbreton :Merzhin), communément appeléMerlin l'Enchanteur, est un personnage légendaire, prophètemagicien doué demétamorphose, commandant les éléments naturels et les animaux dans lalittérature médiévale. Sa légende provient à l'origine de lamythologie celtique brittonique, et s'inspire certainement d'undruide divin, mêlé à un ou plusieurs personnages historiques. Son image première est assez sombre. Les plus anciens textes concernantMyrddin Wyllt,Lailoken etSuibhne le présentent en « homme des bois » torturé et atteint defolie, mais doué d'un immense savoir, acquis au contact de la nature et par l'observation des astres. Après son introduction dans lalégende arthurienne grâce à laVie de Merlin deGeoffroy de Monmouth, et auMerlin deRobert de Boron, Merlin devient l'un des personnages les plus importants dans l'imaginaire et la littérature duMoyen Âge. Depuis cette période, son personnage est mentionné très régulièrement dans la littérature, qui a construit son image par inspiration successive entre différents auteurs.
Dans le cycle arthurien, dont il est désormais indissociable, Merlin naît d'une mère humaine et d'un père diabolique. Bâtisseur deStonehenge, il emploie ses sortilèges pour permettre la naissance duRoi Arthur et son accession au pouvoir, grâce à l'épreuve de l'épéeExcalibur et à la formation de laTable ronde. Conseiller du roi etde ses chevaliers, il prédit le cours des batailles, influe sur leur déroulement et entraîne la quête duGraal. Homme sauvage proche du monde animal, Merlin se retire régulièrement en forêt pour y rencontrer son scribe et confidentBlaise. Son histoire connaît différentes fins selon les auteurs, la plus connue étant celle où il tombe éperdument amoureux de lafée Viviane, à laquelle il enseigne ses secrets de magicien. Elle finit par l'enfermer à jamais dans une grotte ou une prison d'air, en usant de l'un de ses propres sortilèges.
De façon contemporaine, son nom est fréquemment associé à la fonction d’« enchanteur », notamment depuis que ce terme a servi de titre à la version française du dessin animé deWalt Disney en 1963,Merlin l'Enchanteur.
Il reste une source d'inspiration pour de nombreux auteurs et artistes, commeGuillaume Apollinaire (L'Enchanteur pourrissant),René Barjavel (L'Enchanteur),Stephen R. Lawhead (Cycle de Pendragon) etT. A. Barron (Merlin). Son mythe est enfin, de nos jours, le sujet de romans, de poèmes, d'opéras, de pièces de théâtre, de bandes dessinées, de films, de téléfilms, de séries télévisées et de jeux.
Il existe de nombreuses théories concernant l'origine du nom de Merlin. Il est également connu sous la forme latineMerlinus ;galloiseMyrddin,Merddin ouMyrdhin ;bretonneMarzhin « Martin »,Murlu,Merlu,Aerlin,Merlik[1] oucorniqueMarthin. D'après l’Oxford English Dictionary, le nom le plus ancien est le galloisMyrddin, via le bardeMyrddin Wyllt, l'un des personnages historiques qui auraient inspiré le Merlin légendaire.Geoffroy de Monmouth latinise ce nom enMerlinus vers 1135. Le médiévisteGaston Paris pense qu'il a choisi la formeMerlinus plutôt qu'une latinisation régulière en*Merdinus afin d'écarter toutehomophonie avec un motanglo-normand d'origine scatologique dérivé du latinmerda[2],[S 1].Henri d'Arbois de Jubainville suppose le résultat de la « tendance dud à se changer enl dans leslangues indo-européennes »[Va 1]. D'aprèsMartin Aurell, la forme latineMerlinus est uneeuphonie de la forme celtique, pour rapprocher Merlin dumerle blanc en lequel, avec ses pouvoirs chamaniques, il peut se métamorphoser[3].
L'amphithéâtre romain deMoridunum, cité à laquelle Merlin devrait son nom.
La théorie la plus répandue concernant l'origine du nom galloisMyrddin, selonClaude Sterckx, est celle reposant sur l'étymologie deCaerfyrrdin[St 1]. Elle est proposée par le celtisant Alfred Owen Hughes Jarman, d'après quiMyrddin (mərðɪn) se retrouve dans le toponymeCaerfyrddin, nom gallois de la ville désormais connue sous le nom deCarmarthen[4]. Il se décompose enCaer- « fort, forteresse, rempart, ville fortifiée » (cf. bretonkêr « village, ville ») +-fyrddin,forme mutée deMyrddin.Myrddin semble contenu dans la forme en ancien brittonique latinisé du nom de[Caer]fyrddin, à savoir :[castrum]Moridunum.Moridunum a donnéMyrddin et s'explique par lebrittoniqueMori- « mer » (> vieil irlandaismuir, galloismôr, breton et corniquemor cf. gauloismore « mer ») et-dunum « citadelle, enceinte fortifiée, mont » (cf. gauloisdunon. Vieil irlandaisdún « fort, forteresse »; vieux galloisdin « fort, forteresse, ville », galloisdinas « ville », vieux bretondin « forteresse, château, citadelle »), d'où le sens global de « fort(eresse) de la mer »[St 1],[4],[2],[5].
En 1965, Eric P. Hamp propose une étymologie assez proche,Morij:n, soit « le maritime ». Il n'existe pas de lien évident entre Merlin et la mer dans les textes à son sujet[St 1], mais cette théorie s'expliquerait par la nature du père de Merlin dans les textes gallois, Morfryn[6]. Il pourrait être un démon maritime, décrit plus tard comme leDiable ou unincube[WaD 1].
Unmerle mâle (Turdus merula), oiseau dont le nom a peut-être inspiré celui de Merlin en français.
Dans nombre de récits à son sujet, Merlin peut prendre la forme d'un oiseau, c'est le cas notamment dansLa Folie de Suibhne (Buile Shuibhne). De plus, en anglais, leFaucon émerillon (Falco columbarius) est surnommé « merlin »[WaD 2] : de nombreux écrivains de fiction n'ont pas manqué de souligner cette analogie[K 1]. Enlangue française, une association logique est de lier Merlin aumerle[WaD 2]. Ainsi, le folkloristeJean Markale considère que la forme Merlin est d'origine française, et signifie « petit merle », allusion au caractère persifleur et provocateur qu'on lui prête dans les récits du Moyen Âge[7].
Cette théorie n'est pas universellement retenue, et présente le désavantage de ne s'appliquer qu'aufrançais médiéval. Elle explique cependant l'existence de l'« esplumoir Merlin » comme une sorte de nid où Merlin se métamorphose, en abandonnant son apparence d'oiseau[8]. Dans l'imaginaire celtique, le merle est un oiseau de l'Autre Monde, en raison notamment de son chant mélodieux qui rappelle celui desbardes et transporte celui qui écoute. En ce sens, la mythologie du merle est proche du personnage de Merlin[WaD 3].
Lemerle blanc est aussi le titre d'un conte populaire français (conte-type 550) dans lequel l'oiseau est l'équivalent d'un enchanteur, capable de rajeunir autrui à volonté, objet d'une quête confiée par un roi vieillissant. Par son pouvoir sur l'écoulement du temps et sa capacité à restaurer le pouvoir de la royauté, cet oiseau magique rappelle Merlin[WaD 4]. Sa blancheur est une marque de sa nature féerique, un motif fréquent dans l'univers celtique. Les analogies entre Merlin et le merle s'apparentent davantage à un rapprochement postérieur qu'à une véritableétymologie, puisque le nom français de Merlin est plus tardif que les autres formes[WaD 5].
Le galloisMyrddin est donné pour l'équivalent du françaisMartin, anthroponyme latin. La forme bretonneMarzhin « Martin » rappelle aussi les Marses, dont le nom est venu à désigner les sorciers et charmeurs de serpents, c'est une forme bretonne dans laquelle [t] / [d] a régulièrement donné [z] cf. vieux bretonard,arth « ours » > bretonarz[9]. Ce rapprochement est en lien avecsaint Martin[10], qui dispose de pouvoirs comparables à ceux de Merlin (bien que les siens proviennent de Dieu, et non de forces panthéistes)[WaD 6]. Le personnage de Merlin l'a vraisemblablement inspiré[11].
Merlin vu parLouis John Rhead dansKing Arthur and His Knights, 1923.
Le Merlin connu actuellement à travers les contes et les dessins animés, enchanteur,prophète, homme des bois, maître des animaux et des métamorphoses,sage etmagicien proche de lanature, a connu une longue évolution. Merlin n'est pas une création des auteurs ducycle arthurien, son origine est bien plus ancienne. Il est en quelques sortes redécouvert, christianisé et réinventé par différents auteurs pour y figurer[WaD 7]. À l'origine, les textes gallois le voient comme unbarde[Va 2]. « Personnage capital du Moyen Âge »[WaD 7], Merlin devient un véritable mythe littéraire grâce à sa popularité[S 2].
Bien avant d'être un personnage littéraire, Merlin appartient à une tradition orale[S 2] brittonique du Nord :Myrddin vit enCumbria[K 2]. "Cette région fut une source de nombreuses traditions brittones" (Y. Guehennec,La tradition celtique, Fouesnant, 2024). Un débat ancien oppose les partisans d'une origine historique à ceux d'une origine mythologique[WaD 8]. Il est peu vraisemblable qu'il soit une création littéraire duMoyen Âge[WaD 9]. PourClaude Lecouteux, il provient « de la littérarisation et de la christianisation d’un individu venu d’ailleurs, d’un lointain autrefois que même les auteurs duXIIe siècle ne comprenaient sans doute plus »[12]. Par ses pouvoirs, Merlin s'apparente davantage à une créature de légende qu'à un être humain[WaD 8]. La théorie la plus probable, soutenue parPhilippe Walter (Dr h. c.) et différents universitaires, serait qu'il soit né d'une fusion entre un personnage légendaire celte et un personnage historique, un chef de clan supposé et nommé Myrddin, confondu avec l'Ambrosius dont parlesaint Gildas[13].
Devin inspiré
Les récits légendaires autour de Merlin prennent certainement leurs sources dans un fondsceltique ou pré-celtique antérieur aux influences chrétiennes[WaD 7],[WaD 10]. Quelques croyances « folkloriques", mais surtout un groupe solide de traditions poétiques et narratives ont survécu par l'oralité jusqu'auXIIe siècle, quand les clercs couchent cette matière orale à l'écrit[WaD 11]. Le Merlin primitif commet les « trois péchés du druide »[LRGu 1] et se retrouve déchu de ses anciennes fonctions, sous l'influence duchristianisme qui diabolise la « magie druidique ».Myrddin Wyllt,Lailoken etSuibhne se convertissent tous trois à la foi chrétienne à la fin de leurs récits respectifs[WaD 12].Philippe Walter voit dans la légende celtique originelle de Merlin celle d'un druide divin lié à des rituels saisonniers calendaires, d'où son image d'homme des bois, d'astrologue, dedevin et de magicien[WaD 13]. L'existence d'un mythe fondateur autour de Merlin dans lamythologie celtique est possible. Cette théorie ne peut toutefois pas être totalement écartée, les premiers auteurs des écrits mentionnant Merlin s'appuyant sur lefolklore populaire oral, mais aussi sur des traditions aristocratiques des Brittons de leur époque[WaD 14]. Lors de sa christianisation, il perd certaines de ses anciennes caractéristiques comme sa maîtrise du temps, un attribut divin[WaD 15].
Les pratiqueschamaniques montrent beaucoup de points communs avec les pouvoirs attribués à Merlin, laissant à penser qu'il trouverait son origine dans un chamanisme eurasiatique primitif : ensauvagement, prophétisme et transformation en oiseau[S 3],[Va 3]. A. Mac-Culloch trouve des analogies entre le chamanisme pratiqué dans l'Altaï et les pratiques des Celtes[14], mais le celtisantChristian-Joseph Guyonvarc'h réfute l'idée d'un « chamanisme celtique »[15]. Myrddin est bien antérieur aux "trois fonctions sociales", ce qui l’assimilerait aux dieux et entités « protéens » des Celtes et des Indo-européens, dont parleClaude Sterckx[St 2]. Philippe Jouët écrit : "Myrddin est un personnage complexe dans lequel se rencontrent au moins cinq éléments hérités de périodes différentes de la tradition narrative et mythologique indo-européenne, puis celtique : le Feu de la parole (qui est au cœur du personnage) ; l’intermédiaire entre les mondes (et astronome) ; le conseiller des rois et devin ; le héros déchu soumis à des épreuves ; l’homme sauvage inspiré" (Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques, Yoran éd,s.vv. Myrddin, Feu, Parole, Taliesin).
Nikolaï Tolstoï etJean Markale ont suggéré qu'il était un avatar deCernunnos, divinité celte de la nature[16]. Il rappelle la tradition des divinités et créatures païennes de la nature et des forêts, comme leSylvain,Sylvanus, leFaune et l'Homme sauvage[WaD 9],[Va 4]. Cette filiation est d'autant plus probable que Merlin raconte lui-même la légende deFaunus et deDiane dans le cyclePost-Vulgate[Va 5]. Le Sylvain peut se présenter comme un vieillard et posséder la force d'un jeune homme, comme Merlin[S 3].
Le dieu celteCernunnos (ici, sur lechaudron de Gundestrup) partage avec Merlin son rapport à la forêt et aux animaux qui y vivent, particulièrement le cerf[WaD 16].
Dès 1868,Henri d'Arbois de Jubainville se pose la question de l'historicité de Merlin, et en conclut que sa légende a été fabriquée de toutes pièces pour expliquer le nom deCarmarthen (en gallois Caerfyrddin)[17]. Par la suite, certains chercheurs comme J. Douglas Bruce soutiennent que Merlin est une invention littéraire de clercs inspirés par les légendes celtiques[Z 1], ce qui est une réduction anachronique.
L'existence d'un ou de plusieurs « Merlins historiques » est toutefois défendue par de nombreuses personnes, dont la professeure émériteDrNorma Lorre Goodrich[18]. Ce Merlin historique hypothétique a pu inspirer différents auteurs depuis leVIe siècle, à travers des manuscrits disparus désormais. Deux personnages historiques gallois seraient à l'origine du Merlin littéraire : un chef de clan nomméAmbrosius Aurelianus (cité dans le sermon desaint Gildas pour ses prophéties et sa bravoure au combat) et le barde galloisMyrddin Wyllt[R 1]. Pour Philippe Walter, même si Myrddin est présenté comme un personnage historique dans certaines sources d'époque, cela ne signifie pas qu'il ait réellement existé. Les chroniqueurs médiévaux utilisent beaucoup d'éléments légendaires dans leurs écrits[WaD 14].
Norma Lorre Goodrich et l'occultiste Laurence Gardner défendent une théorie qui rejoint une certaine historicité. Pour Goodrich, « Merlin » est un titre porté originellement par l'évêque qui a couronné le roi Arthur historique[19]. Pour Gardner,Myrddin était à l'origine le titre du devin du roi (« Seer to the king »),Taliesin étant le premier d'entre eux. Certaines personnes portant ces titres auraient inspiré la légende de Merlin[20].
La naissance de Merlin n'est détaillée que par les auteurs chrétiens de lalégende arthurienne. L’Historia Brittonum mentionne simplement qu'il est un « enfant sans père »[21]. Le nom de sa mère n'est généralement pas précisé, mais elle s'appellerait Adhan selon une vieille version desProse Brut chronicles[22]. L'identité de son pèreincube est assez floue.Philippe Walter postule qu'il était peut-être à l'origine un démon maritime ou un « vieux de la mer » (d'où l'étymologie de Mori:jn, « né de la mer », pour le nom deMyrddin[WaD 1]), voire un esprit du souffle ou du vent avant de devenir un incube dans la transposition chrétienne et courtoise de la légende[S 4]. Une stance des prophéties galloises le qualifie deMyrddin ap Morfryn, soit « Merlin fils de Morfryn », sans autre indication[Go 1].
Dans sonHistoria regum Britanniae, Geoffroy de Monmouth écrit un commentaire dans lequel il suggère que Merlin est peut-être le fils d'unincube surnaturel, « de la nature des hommes et de celle des anges », qui aurait pris forme humaine pour approcher une femmevierge[23]. Sans doute inspiré par ce commentaire, le trouvère belfortainRobert de Boron fait de Merlin uncambion, né d'une mère humaine et d'un père démoniaque dont il a hérité ses pouvoirs[24].
La conception de Merlin d'après un manuscrit français attribué à Robert de Boron,XIIIe siècle.
Je voil que tu saiches et croies que je sui filz d’un ennemi qui engingna ma mere, et cele meniere d’enemi qui me conçut a non enquibedes et sont et repairent en l’air.
Sache que je [Merlin] suis le fils d'un démon qui a possédé ma mère par ruse. Les démons qui peuvent engendrer s'appellent Ekupedes et vivent dans les airs.
Sœur d'une prostituée, la mère de Merlin sait courir un grand danger et demande conseil à son confesseur Blaise, qui lui dit de ne jamais se mettre en colère et de garder unebougie allumée en permanence dans sa chambre, pour en éloigner le Diable. Mais un jour, elle se fâche contre sa sœur, se couche habillée et oublie la bougie. Le démon en profite pour concevoir Merlin qui est destiné, par sa naissance, à être unantéchrist[S 6],[Bo 1]. La mère se repent[Bo 2]. Merlin naît couvert de poils comme un animal, signe de sa filiation diabolique ou d'un rapport avec l'ours[26]. Son père maléfique lui donne la capacité de voir le passé, sa mère touchée par la grâce de Dieu celle de voir l'avenir[S 2].
Dans leLancelot-Graal, le diable se présente à une femme vierge et fort pieuse sous l'apparence d'un bel homme étranger. La naissance de Merlin est très différente dans le cyclePost-Vulgate, où unhomme sauvage viole une femme endormie dans la forêt. Les écrivains modernes, commeStephen R. Lawhead (1950-), auteur duCycle de Pendragon, laissent eux aussi courir leur imagination sur la naissance de Merlin. Ce dernier le lie à la légende de l'Atlantide.Charis, fille du roi Avallach d'Atlantide, sa mère, en serait native. Son pèreTaliesin est un Breton, fils d'Elffin, le roi de Caer Dyvi[27].Michel Rio fait de Merlin le fruit d'un viol incestueux entre son grand-père (surnommé « le Diable ») et sa mère dans sa trilogieMerlin, le faiseur de rois[28].
Dans tous les textes médiévaux, Merlin naît porteur d'une grande sagesse et montre une exceptionnelle précocité intellectuelle[29], comme en témoigne l'épisode où, enfant, il défie les mages deVortigern qui souhaitent le sacrifier[30]. Dès sa naissance, il est capable de parler et de prophétiser[Bo 3]. Les auteurs de l'époqueromantique, entre autresEdgar Quinet, ne manquent pas de souligner ce savoir exceptionnel et inné :
« L'enfant vint au monde, sans bruit, sans gémissements, obscurément, dans un coin du cloître ; mais quel ne fut pas l'étonnement de sa mère, qui n'osait pas même lui présenter le sein, lorsqu'elle entendit l'enfant lui dire d'une voix d'homme : « Mère, ne pleurez pas, je vous consolerai ! » Son étonnement redoubla lorsqu'elle le vit, échappé de ses langes, marcher à grands pas un livre à la main : « Qui t'a appris à lire, Merlin ? — Je le savais avant de naître. »
Merlin, changé en cerf au pied blanc, rencontreJules César. Manuscrit anonyme du cycleLancelot-Graal, 1286.
L'une des caractéristiques les plus évidentes chez Merlin, comme l'évoque bien son surnom d'« Enchanteur », est sa capacité à pratiquer la magie, àprophétiser, se métamorphoser et transformer l'apparence d'autrui. Il est aussi un bâtisseur fabuleux[S 2] grâce à sa connaissance des secrets des pierres, doté d'une science et d'un savoir sans limites[Z 2]. Insoumis aux lois du temps, Merlin peut se présenter alternativement comme un enfant ou un vieillard. Ses traits de personnalité rappellent autant l'enfant « par son goût du jeu, du déguisement et du canular », que le vieillard par « son détachement, sa sagesse et son expérience »[30]. Pour prédire les événements, Merlin voyage à volonté dans le passé ou le futur[WaD 15],[Note 1]. Par son talent, il est aussi un maître ou une divinité de laparole qui représente la « véritable essence de son être »[S 7],[WaD 17]. Comme dans la tradition druidique où elle est langue sacrée des dieux, magie, prophéties etpoésie découlent de ses paroles[S 8]. Bien qu'il possède d'immenses pouvoirs et sache tout du passé comme de l'avenir, Merlin est rempli de contradictions. Dans les romans français, il est trahi par ses élèves en magie,Viviane etMorgane. Dans les récits britanniques, il connaît des périodes de folie et d'immense tristesse dans la forêt[R 1].
Robert de Boron insiste sur sa position « au cœur de la lutte entre le bien et le mal », par sa naissance (il est le fils du Diable) et la rédemption de sa mère.Merlin utilise ses pouvoirs pour servir les desseins divins (aider à l'avènement d'Arthur, la création de la Table ronde et la quête duGraal, notamment par Perceval) ou des objectifs plus troubles[R 1],[Z 3]. Au service des rois, il lutte contre les envahisseurs de laBretagne mais son apparence effrayante et ses métamorphoses suscitent peur et méfiance[R 1].
Merlin peut revêtir beaucoup de formes : enfant, vieillard, bûcheron,homme sauvage, génie sylvestre[R 1]… Dans leRoman de Merlin[Note 2], il apparaît auroi Arthur sous la forme d'un enfant de quatre ans pour lui reprocher d'avoir péché en s'accouplantavec sa sœur Morgane, puis sous celle d'un vieillard où il annonce qu'un chevalier à naître (Mordred) causera la perte du royaume[32].
Merlin peut aussi se changer en animaux. Les pouvoirs duSuibhne irlandais s'apparentent à ceux d'unchaman tels que les décritMircea Eliade, par sa capacité à voler et à se métamorphoser, notamment en oiseau[WaD 5],[Note 3]. Une autre métamorphose habituelle chez Merlin est celle ducerf, notamment dans les romans en prose[S 9] :
Lors jeta son enchantement et se mua en merveillouse figure. Car il devint uns cers li plus grans et li plus merveillous que nus eüst onques veü, et il ot un des piés devant blanc et .V. branches en son chief, les greignoures c’onques fuissent veües sur cerf.
Il jeta alors son enchantement et prit un aspect merveilleux. En effet, il se transforma en un cerf, le plus grand et le plus extraordinaire qu'on ait jamais vu : l'une de ses pattes avant était blanche et il portait des bois à cinq branches, les plus imposants qu'un cerf ait jamais portés.
Sous sa forme animale, Merlin conserve ses pouvoirs et la capacité de parler[33]. Il est également capable de transformer l'apparence d'autrui,Uther Pendragon prenant l'aspect deGorlois afin de concevoir Arthur sous l'effet de son sortilège[K 3].
Merlin construisantStonehenge, d'après un manuscrit de laBritish Library contenant une version abrégée duroman de Brut.
Ses talents de bâtisseur sont réputés et grâce à sa maîtrise de lapierre, Merlin peut construire desmégalithes. L'un de ses hauts faits serait d'avoir construitStonehenge[Note 4].Gerbert de Montreuil, continuateur de Chrétien de Troyes, raconte aussi qu'il érige un pilier magique enchanté sur le Mont Douloureux, sous le règne d'Uther Pendragon. La présence de ce pilier rend fous les mauvais chevaliers[S 10]. Ce talent de bâtisseur s'associe avec sa connaissance des choses cachées, notamment dans le fameux épisode de la tour du roiVortigern / Vertigier :
« Voulez-vous savoir, dit Merlin à Vertigier, pourquoi l’ouvrage s’écroule et qui l’abat ? Je vous l’expliquerai clairement. Savez-vous ce qu’il y a sous cette terre ? Une grande nappe d’eau dormante et sous cette eau deuxdragons aveugles. L’un est roux et l’autre blanc ; ils sont sous deux rochers, ils sont énormes et connaissent chacun l’existence de l’autre. Quand ils sentent le poids de l’eau sur eux, ils se retournent avec un tel fracas de l’eau que tout ce qui est au-dessus chavire : ce sont eux qui font s’écrouler la tour. »
Merlin détient un savoir inaccessible au commun des mortels, notamment enastronomie[WaD 16]. Ses connaissances sont acquises en marge de la société, par l'observation[WaD 18],[BaA 1]. Il pratique également l'astrologie. Dans laVita Merlini, il apprend le remariage de sa femme et l'existence de son amant par les astres[WaD 18]. La discussion entre Merlin etTaliesin s'y apparente à une conférence théologique et druidique[WaD 19] entre savants : avec Maeldin, ils forment par ailleurs une triade druidique[WaD 11].Philippe Walter suppose que Merlin acquiert ses connaissances dans un observatoire en pierres, semblable à certains monuments mégalithiques comme Stonehenge[WaD 18]. Ces particularités le rapprochent nettement des druides de l'Antiquité, qui discutent de la nature du monde et des astres puis transmettent leurs observations aux jeunes, selonJules César[WaD 19].
Merlin est prophète grâce à son savoir, et si la plupart de ses révélations concernent des événements tragiques, il prédit aussi des règnes à venir, notamment celui d'Uther Pendragon[BaA 2]. En ce sens, il est un astrologue au service exclusif desrois de Bretagne[BaA 3]. Cet aspect est absent des romans français, qui le présentent comme un « enchanteur » sans préciser la nature de son savoir. L'astrologie étant une pratique condamnée par l'Église,Robert de Boron et ses continuateurs taisent cet aspect. Parmi les auteurs modernes, seuleMarion Zimmer Bradley, dansLes Dames du Lac, attribue à Merlin un rôle d'astrologue[BaA 4].
Les sources médiévales présentent souvent Merlin comme un « fou »[S 11]. Cette folie suit une défaite guerrière dans laVita Merlini et laVie de Saint Kentigern (Lailoken devient fou après une vision, et se cache en forêt). DansLa Folie de Suibhne, l'état est consécutif à la bataille de Magh Rath. Merlin est toujours transformé physiquement et mentalement pendant ses périodes de folie[WaD 20].Philippe Walter l'analyse comme une rage oumélancolie « canine » provoquée par un déterminisme astral, une conjonction de planètes ou l'influencelunaire[WaD 21], résultat d'une possession[S 11]. Merlin devient un sauvage, un homme-bête dont le comportement s'approche de celui des divinités sylvestres et deslycanthropes[WaD 22]. Cette folie ne se déclencherait qu'à une date précise ducalendrier celtique[WaD 21]. Dans laVita Merlini, ce serait aux trois jours desRogations de mai, pendant lalune rousse. Dans laVie de Saint Kentigern, c'est à l'arrivée de la saison claire pendant la fête deCarnaval[WaD 22]. Sa folie mélancolique s'apparente bien plus au délire scientifique et à un état second permettant de révéler des vérités qu'à une pathologie mentale[WaD 23].
Guy D'Amours voit dans la folie de Merlin une expression d'éveil spirituel, en se basant sur lapsychologie analytique deCarl Gustav Jung[34]. Dans la plupart des textes médiévaux (et certaines adaptations modernes[Note 5]), ces périodes de folie aboutissent à une conversion au christianisme, par probable analogie avec lapassion du Christ[S 12].René Barjavel traite longuement de la folie dans son romanL'Enchanteur (1984), à travers un combat dans l'esprit même de Merlin. Il en guérit en faisant corps avec la forêt, pour se fondre en elle[Ba 1]. L'association avec la forêt, lieu où Merlin vit ses périodes de folie, est elle aussi une constante dans les textes de toutes les époques[34].
Robert de Boron n'accorde pas une grande place à la folie de Merlin, mais chez lui, le rire affiche l'altérité de son esprit[35]. Merlin est fréquemment hilare, ce rire peut être l'expression de sa folie[S 11] mais serait plutôt à rapprocher de celui de l'Homme sauvage. Avec sa connaissance du temps et de l'Autre Monde, Merlin (commeDémocrite) rit de l'inconséquence des hommes avant de prophétiser des tragédies. Il a l'intuition de toutes les vérités et des événements à venir, il peut parcourir le temps à l'envers. Son rire de devin renvoie à sa très haute sagesse et sa connaissance sans limites[S 13], suivant une longue tradition d'hommes sauvages et de devins rieurs[WaD 24]. C'est « le signe d'une connaissance surnaturelle qui permet à Merlin de percevoir les choses cachées »[36], notamment les trésors souterrains[WaD 25]. Dans laVita Merlini, il rit d'un mendiant assis devant une porte parce qu'il devine qu'un trésor est enterré en dessous, puis d'un passant achetant des chaussures et de quoi réparer ses semelles alors qu'il sait que le malheureux va se noyer[BaR 1].
Merlin entretient des rapports étroits avec les forces de la nature, notamment la forêt, le pommier et ledragon. Sa sagesse provient de son contact avec la nature[BaA 5]. C'est aussi un personnage nettement marginalisé.Anne Berthelot le voit comme le reflet d'une humanité déformée, à la limite de la bestialité en raison de son rapport avec les mascarades[K 3].Stephen Thomas Knight suppose que cette marginalisation résulte de l'immensité de son savoir[K 3]. La sauvagerie de Merlin en fait « l'homme des bois le plus célèbre du Moyen Âge »[WaD 26]. L'ensemble des forces sylvestres, aussi bien la forêt elle-même que les animaux qui la peuplent, est entièrement acquis à sa cause[WaD 27]. La frontière entre Merlin et le monde sylvestre est elle-même floue[WaD 27]. Il est sensible au rythme dessaisons avec ses périodes de déclin (folie) et de renouveau[WaD 27]. Il est capable de prendre l'apparence d'animaux et se compare lui-même à certains arbres[WaD 27] : c'est le maître du temps et l'esprit du végétal[WaD 28]. Le saint chrétien ermiteAntoine le Grand est assez proche de lui : victime de possessions démoniaques, associé ausanglier, fuyant les hommes pour se rapprocher du divin[S 12].
Laforêt forme l'environnement naturel et favori de Merlin[WaD 26]. Les romans français évoquent ses disparitions de lacour d'Arthur pour s'y réfugier, en compagnie de son confidentBlaise enNorthumberland. Si la forêt de Merlin est située au Nord de laBritannia dans les plus anciens textes, elle est décrite comme étant la forêt deBrocéliande au fil du temps[K 4]. Dans les sources plus anciennes, comme laVita Merlini, son rapport avec la forêt est différent puisqu'il se réfugieen Calédonie par réaction à unemalédiction[WaD 26]. Ce lien le rapproche des divinités celtiques[WaD 26] dont la forêt est le domaine habituel[LRGu 2], et des personnages d'inspiration chamanique, comme l'esprit des forêtstoungouses[WaD 26] décrit parUno Harva, qui monte les bêtes sylvestres et se métamorphose lui-même[37]. Le mythe de l'homme sauvage compte lesfaunes romains et inclut la légende de Merlin[WaD 1]. Dans la mythologie celtique, la forêt est un passage vers l'Autre Monde, un monde habité par les forces divines[WaD 29]. Pour Merlin, elle est aussi un lieu de science où la présence de la nature préserve les forces magiques : selon laVita Merlini, c'est dans la forêt que Merlin choisit d'établir sa demeure à soixante-dix portes et soixante-dix fenêtres, où il étudie l'astronomie et l'astrologie[WaD 30].
Lepommier est l'arbre favori de Merlin[WaD 29]. Il en pousse abondamment sur l'île d'Avalon[38]. Cet arbre symbolise la connaissance, l'initiation et l'immortalité[WaD 31]. Le poème « Les pommiers de Merlin », dans leLivre noir de Carmarthen (v. 1250)[39] en montre l'importance, tout comme le début de laVita Merlini[40] où il se réfugie dans un pommier qui le rend invisible, pour échapper aux troupes ennemies de son seigneurGwenddolau[WaD 31]. Philippe Walter pense que le pommier, arbre magique auquel Merlin peut s'adresser dans ses périodes de folie, est aussi son arbre protecteur et providentiel, un dispensateur du savoir sacré lié à la divination et à la parole[WaD 32]. Les arbres sont, de manière générale, des dispensateurs de pouvoirs divinatoires et de science pour tous les druides[WaD 33],[LRGu 3]. Merlin se compare occasionnellement à un « chêne pourrissant »[Note 6], arbre des druides, dans laVita Merlini[WaD 27].
Merlin entretient un rapport privilégié avec les animaux forestiers, notamment le cerf qu'il chevauche (selonGeoffroy de Monmouth), un animal omniprésent dans les cultes celtiques et préceltiques[WaD 34]. Leloup gris (Canis lupus) l'accompagne durant l'hiver[WaD 26] (le nom de son maître, Blaise, est en rapport étroit avec celui du loup,Bleizh en vieux breton[WaD 35]), lesanglier[S 12] et/ou leporc (ses disciples sont surnommés « petits cochons » dans les poèmes gallois[41]), et enfin l'ours (il naît poilu comme un ours[WaD 18]) font également partie de ses compagnons. Il comprend les animaux et se fait comprendre d'eux[WaD 35]. Ces caractéristiques renvoient auchamanisme[WaD 26].
Son rapport avec ledragon est particulier. Au contraire deschevaliers de la Table ronde qui combattent les reptiles, Merlin n'est pas unsauroctone. Il apprivoise les dragons, prenant sur eux un ascendant de nature druidique et magique. Le roiVortigern (Vertigier selonRobert de Boron) trouve un « enfant sans père », Merlin, qui lui apprend qu'undragon rouge et un dragon blanc se battent sous les fondations de son château[Note 7]). Dans le roman de Robert de Boron, il vient en aide à la famille Pendragon, notammentUther à qui il permet de coucher avec la femme de ses rêves pour concevoir Arthur. Plus tard, Merlin interprète favorablement l'apparition d'un reptile dans le ciel pendant une bataille. Pour aider Arthur, il utilise une enseigne en forme de dragon vivant[S 14] qui « jette feu et flammes par la gueule »[S 15]. Le dragon revêt pour lui un côté protecteur et totémique[S 16], Merlin est par ailleurs représenté sous forme de dragon lui-même dans une chronique de Jean de Würburg concernantGuillaume François d'Autriche[42].
Merlin prophétisant devant le roiVortigern. Manuscrit anonyme desProphetiae Merlini de Geoffroy de Monmouth, British Library, v. 1250-1270.
Merlin est entouré d'autres personnages littéraires provenant d'un fonds mythologique celtique ou de la légende arthurienne. Les plus connus sont le scribeBlaise, qui consigne son histoire, leroi Arthur qu'il veille et protège, et lafée Viviane qu'il aime.Morgane et Viviane sont ses élèves. Malgré tout son savoir, Merlin est piégé par les ruses de ces deux femmes[R 1].
Le personnage mythique deTaliesin, dont l'histoire provient du même fonds demythologie celtique brittonique que les plus anciens textes concernant Merlin, est très proche de lui. Sa naissance est chamanique, puisque son pèreGwion Bach se change en grain deblé puis se fait avaler par la sorcièreCeridwen sous forme de poule. Neuf mois plus tard, le premier mai, elle donne naissance à Taliesin (qui peut être vu comme Gwion Bach lui-même) et l'abandonne sur un bateau[43]. Taliesin, comme Merlin, est en quelque sorte un enfant sans père[S 17]. Il est prédestiné, ses actions et les grandes dates de sa légende sont en relation étroite avec lecalendrier celtique[S 18]. LesTriades galloises citent Merlin et Taliesin côte à côte. Ils sont peut-être issus d'un même druide divin celtique[WaD 29].
Merlin dictant un poème à l’historienBlaise[44] (Enluminure d’un manuscrit français duXIIIe siècle).
Maître Blaise est, dans les romans français (depuisRobert de Boron) le scribe et confident personnel de Merlin. Confesseur de la mère de Merlin, son rôle est par la suite d'écrire tout ce que lui raconte l'enchanteur, y compris ses prédictions[WaD 35]. En cela, il répartit les rôles : Merlin est un conteur oral mais pas unécrivain, fonction entièrement dévolue à Blaise[S 19]. L'apparition de Blaise dans les récits renvoie concrètement à la création littéraire médiévale, l'écrivain n'étant le plus souvent que celui qui adapte un récit de tradition orale[S 7].
Pour Philippe Walter, Blaise est à l'origine un homme-loup (d'où le rapprochement envieux breton avecle nom de l'animal), dont la fonction est d'être ledouble de Merlin[WaD 35]. Cette association expliquerait l'apparence animale de Merlin à la naissance et le nom deLailoken, « le jumeau ». Elle ferait de Merlin et Blaise desjumeaux divins[WaD 36],[S 20].
La plupart des ouvrages qui parlent de Merlin évoquent aussiArthur et leschevaliers de la Table ronde. Ces textes datent pour la plupart duXIIIe siècle auXVe siècle. Son rôle dans lalégende arthurienne est d'aider à l'accomplissement du destin du royaume de Bretagne (ouroyaume de Logres, laLoegrie)[Note 8]. Grâce à sa sagesse, il devient l'ami et le conseiller du roiUther Pendragon. À la mort de celui-ci, il organise le défi de l'épéeExcalibur qui permet àArthur, fils illégitime d'Uther, de succéder à son père. Puis il incite Arthur à instituer laTable ronde afin que les chevaliers qui la constituent puissent se lancer dans des missions, notamment la fameuse quête duGraal. Malgré toutes ses connaissances, Merlin ne peut rien contre la destinée du royaume ni la fin tragique du roi Arthur[45].
La vie amoureuse de Merlin est généralement marquée par son attirance pour de très belles jeunes femmes[R 1]. Dans laVita Merlini, il a pour épouse Gwendoline (Guendoloena), mais nourrit une passion pour sa sœur Ganieda (Gwendydd). Il apprend l'infidélité de sa femme, enfourche un cerf, et se rend au palais en compagnie d'animaux forestiers. Celle-ci l'aperçoit depuis une fenêtre avec son amant, et éclate de rire. Merlin arrache les cornes de son cerf, et les jette à la tête de l'homme, qui périt sur le coup. D'aprèsClaude Gaignebet, cette scène provient d'un ancien ritecarnavalesque, dans lequel lecocufié est en relation avec le cerf[46].
Robert de Boron supprime de ses textes la relation incestueuse de Merlin et Ganieda pour la remplacer par lafée Viviane, tradition suivie par de nombreux continuateurs. Inspirée de Ganieda[WaD 37], Viviane a pour avatars laDame du Lac et l'enchanteresseNimue. La séduction de Merlin est toujours racontée de la même façon par les auteurs médiévaux : la jeune femme séduit le sage Merlin qui succombe à ses charmes, et lui livre ses secrets de magicien qu'elle finit par retourner contre lui pour l'emprisonner[Z 4]. Le couple est inspiré de celui deDiane etFaunus dans la mythologie romaine[S 9], d'où la crainte de Viviane de perdre savirginité, en écho à la légende de Diane. Dans leLancelot-Graal, Merlin apparaît comme un être lubrique et la sage Viviane (âgée de douze ans[47]) souhaite se protéger de ses ardeurs[S 21]. Une tradition récente duchâteau de Comper, en Bretagne, veut que pour plaire à Viviane, Merlin lui ait érigé un château visible d'elle seule au fond des eaux du lac de Comper[48].
Lafée Morgane n'a pas de relation amoureuse avec Merlin[Note 9], mais apprend elle aussi ses secrets de magicien, et les emploie pour contrarier les desseins du roi Arthur et deLancelot (dans les textes plus tardifs)[R 1].
Witches' Tree, gouache sur papier d'Edward Burne-Jones dansThe Flower Book (1905).
La fin de Merlin est évoquée de différentes façons selon les auteurs. Il ne connaît généralement pas demort véritable, mais il est « retiré du monde »[49] et repose « au cœur d'une inaccessible prison forestière, ni mort ni vivant »[50]. Dans les textes gallois, il reste pour toujours dans la forêt. Dans laVita Merlini, il passe son temps à observer les astres depuis sa demeure aux soixante-dix fenêtres, avec sa sœur[BaA 6]. Une autre version évoque une tour de cristal[49]. Il peut aussi faire retraite pour toujours avec son confesseurBlaise. Dans lePerceval en prose, Merlin se retire jusqu'à la fin du monde dans sonesplumoir[45].
La version la plus connue est toutefois celle de « l'enserrement », à partir duLancelot-Graal[45]. La fée Viviane trahit Merlin, qui lui a raconté au préalable la légende de Diane emprisonnant Faunus, montrant ainsi sa connaissance de son propre destin. Or, il ne peut s'empêcher de révéler à Viviane la manière d'emprisonner un homme à jamais, sortilège qu'elle retourne contre lui. Merlin est enfermé pour l'éternité dans son esplumoir, dans une chambre ou une prison d'air (selon la plupart des romans français), sous un rocher (selonLe Morte d'Arthur de Thomas Malory), ou encore dans une grotte. Pour Francis Dubost, cet échec de Merlin est dû à son statut d'être fantastique, et donc d'« humain incomplet », qui ne peut réellement connaître l'amour[51]. D'autres spécialistes supposent la jalousie de Viviane envers Morgane à qui Merlin enseigne aussi, ou bien le désir de la fée de protéger sa virginité[52]. Quoi qu'il en soit, la mort duroi Arthur est consécutive à l'impossibilité qu'a Merlin de veiller sur le destin du royaume[45].
vers 1250 :(cy)Livre noir de Carmarthen contenant « Les Pommiers », « Le Dialogue entre Merlin et Taliesin » et « Le Dialogue entre Merlin et sa sœur Gwendydd »
Chronologie des textes médiévaux concernant Merlin
Les références à Merlin sont rattachées à lamythologie celtique galloise et à lalittérature irlandaise autant qu'à celle de l'Angleterre et de la France du Moyen Âge, ce qui montre le peu de cloisonnement de lalittérature médiévale[WaD 7],[WaD 10]. À l'époque de la rédaction des plus anciens textes, l'Angleterre et une partie de la France sont réunies par lebaronnage anglo-normand[S 22]. Il n'existe pas de récit fondateur, le personnage de Merlin étant le résultat d'une longue évolution littéraire. Chaque auteur s'appuie plus ou moins sur ses prédécesseurs[S 23]. D'aprèsPhilippe Walter :
« L'histoire romanesque de Merlin s'est construite par étapes grâce à la fusion progressive de traditions orales d'origine galloise, parfois étrangères les unes aux autres, mais aussi grâce à l'édulcoration proprement littéraire permise par les réécritures successives de la légende. »
— Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde[S 23]
Pour autant, ces différents auteurs ne reprennent pas tous les éléments plus anciens concernant Merlin :
« Le mythe littéraire de Merlin se présente comme une sorte de grande décharge dans laquelle des débris, des morceaux de mythes sont éparpillés. Les auteurs contemporains viennent y puiser leurs idées et recyclent ces débris de mythe pour recréer un Merlin toujours nouveau, en mouvement[53] »
— Gaëlle Zussa, Merlin. Rémanences contemporaines d’un personnage littéraire médiéval dans la production culturelle francophone
Merlin est réinterprété et réinventé par confrontation avec lechristianisme[WaD 38]. Son obsession pour lesprophéties et lemessianisme témoigne de cette influence religieuse. Le Merlin littéraire mêle finalement l'origine celtique à la culture chrétienne[WaD 9]. Il suscite la méfiance de l'Église, qui cherche à marginaliser ce « prophète païen ». LeLiber exemplorum (1275) présente un démon qui affirme « connaître parfaitement Merlin »[S 24]. D'autre part, il est écrit dans leLancelot-Graal que Merlin n'a jamais été baptisé ni n'a rien fait de bon dans sa vie, sinon des œuvres démoniaques[54].
Sa popularité se développe après 1066, l'installation des barons normands en Angleterre favorisant une culture commune et de nombreux échanges entre lesîles Britanniques et l'actuel territoire français.Aliénor d'Aquitaine, férue de poésie et de roman, promeut lalégende arthurienne qui rencontre un grand succès auxXIIe siècle etXIIIe siècle[S 22]. Merlin connaît alors une nette évolution.Suibhne,Myrrdin,Lailoken et le Merlinus de laVita Merlini sont des rois divins et vaincus, exilés dans la forêt où ils se muent en devins et connaissent la folie. Ils constituent trois variations autour d'un même thème mythique[WaD 39]. Originellement savant et devin, Merlin devient le conseiller du roi Arthur et l'amant malheureux de lafée Viviane dans les récits français[WaD 39].
Les plus anciennes références possibles à Merlin figurent dansDe Excidio et Conquestu Britanniae, et sont attribuées àGildas le Sage qui mentionneAmbrosius Aurelianus, chef romain combattant avec les Bretons contre les Pictes auVIe siècle.Bède le Vénérable reprend ce récit[Z 5]. Bien que le nom de Merlin n'y apparaisse toujours pas, l'Historia Brittonum, composée jusqu'à la fin duIXe siècle, forme le premier texte qui puisse véritablement lui être lié[58]. Il introduit l'usurpateur Vurtigern et un certain Arthur aux côtés d'Ambrosius[Z 5], enfant sans père qui prédit la victoire des Bretons sur les Saxons après avoir révélé la présence d'undragon rouge et d'un dragon blanc sous la tour du château de Vurtigern[59]. Il y a probablement eu volonté de créer un seul personnage avec Ambrosius Aurelianus et un « enfant sans père » légendaire, rattaché au souvenir deDinas Emrys[Z 6], voire à un chef de clan gallois nommé Myrrdin[Z 7]. Différents auteurs attestent aussi d'une confusion entre Merlin Ambrosius et le Myrddin des légendes galloises.Giraud de Barri distingue ainsi Ambrosius, prophète de l'époque du roi Vortigern, du Merlin sauvage de la forêt calédonienne dans sonItinerarium Cambriae[60].
Première page de l'édition 1907 duLivre noir de Carmarthen par les éditions J. G. Evans, présentant l’Ymddiddan (le dialogue) entre Myrddin (Merlin) etTaliesin.
Myrddin Wyllt, tout comme Ambrosius, apparaît avant la période arthurienne. Les poèmes gallois[61] parlant de lui, plus authentiques que les sources françaises[S 23], proviennent d'un fonds légendaire oral[WaD 9]. Qu'il soit inspiré d'un personnage réel ou légendaire, Myrddin a acquis une certaine célébrité avant l'écriture de ces textes[Va 2]. Ce « Merlin primitif »[S 23] est présenté sous un jour assez sombre[WaD 7]. Myrddin est un fou vivant une existence misérable dans la forêtcalédonienne, ruminant sur sa triste existence et la sanglante bataille qui l'a précipité si bas. Il acquiert le don de prophétie[60]. Les allusions de ces poèmes parlent des événements de labataille d'Arfderydd. Pour Philippe Walter, Myrddin est un roi à l'origine, dépossédé de sa souveraineté guerrière pour être cantonné à la seule souveraineté magique[WaD 40].
LesTriades galloises citentTaliesin et Myrddin Wyllt parmi lesbardes. LeLivre rouge de Hergest contient quelques poèmes de Merlin[Z 8]. LesAnnales Cambriae mentionnent : « Année 129 (v. 573) : Labataille d'Arfderydd entre les fils d'Elifer, et Guendoleu fils de Keidau ; durant laquelle bataille Guendoleu tomba ; et Merlin (Merlinus) devint fou[Note 10] ». Elles sont souvent citées pour justifier l'existence d'un Merlin historique auVIe siècle[K 5].Rhydderch Hael, roi deStrathclyde, aurait massacré les forces de Gwenddolau, tandis que Myrddin serait devenu fou en regardant la défaite. LeLivre noir de Carmarthen compte trois poèmes autour de Merlin : « Les Pommiers », « Le Dialogue entre Merlin et Taliesin » où Merlin et Taliesin parlent de sept batailles qui rempliront sept rivières de sang, et « Le Dialogue entre Merlin et sa sœur Gwendydd ». Les deux derniers sont formés de considérations sur l'histoire passée du pays. Gwendydd surnomme son frère le Juge du Nord, le Prophète, le Loin-Renommé, le Maître du Chant, le Mélancolique, le Sage et Le Combattant d'Arfderydd[Z 9]. Dans « Les Pommiers », (Afallen), Merlin (Myrddin) s'adresse à un arbre en déplorant la mort de son seigneurGwenddolau, au service duquel il étaitbarde[K 8]. Il n'est plus au service de seigneurs, et vit à l'état sauvage[K 5].
La légende de Lailoken est préservée dans deux manuscrits écossais rédigés en latin auXIIe siècle, autour desaint Kentigern[R 3]. DansLailoken et Kentigern, Lailoken est un poète et prophète qui perd l'esprit durant labataille d'Arfderydd[62], à la suite du passage d'une troupe de démons aériens[WaD 40]. Il combat pour le RoiGwenddolau ap Ceidiaw contreRhydderch Hael, avant de s'enfuir vers l'Écosse[62]. SaintKentigern de Glasgow rencontre en un lieu désert ce fou nu et échevelé nommé Lailoken, que d'aucuns appellentMerlynum ou Merlin, et qui déclare être condamné à errer en compagnie des bêtes sauvages à cause de ses péchés. Il ajoute avoir été la cause de la mort des personnes tuées durant la bataille « en la plaine entre Liddel et Carwannok ». Après avoir raconté son histoire, le fou s'éloigne et fuit la présence du saint pour retourner à son état sauvage. Il demande finalement les dernierssacrements, prophétisant être sur le point de mourir d'une « triple mort »[Note 11]. Le saint exauce lesouhait du fou ; alors les bergers du roi Meldred le capturent, le frappent à coups de bâton, le jettent dans la rivièreTweed où son corps est percé par un pieu, sa prophétie se trouvant ainsi accomplie[R 3].
DansLe roi Meldred et Lailoken, l'homme sauvage est emprisonné trois jours pour refus de répondre aux questions du roi, et a une crise d'hilarité en voyant une feuille accrochée aux cheveux de l'épouse royale[R 3].
La Folie de Suibhne, texte irlandais anonyme et peu connu du monde francophone, raconte des faits censés se dérouler historiquement auVe siècle. Il symbolise bien le versement du fonds oral celtique vers la littérature chrétienne[WaD 10]. Suibhne est un « fou des bois » comparable àLailoken[63]. Il rappelle les anciens dieux de la forêt[64]. Il est frappé de folie après une défaite en bataille, sous l'effet d'une malédiction lancée parsaint Ronan dont il a jeté les livres à l'eau et tué l'un des clercs. Il vit dans les bois au creux d'unif[LRGu 4]. Sa femme le quitte pour rejoindre un autre roi. Dans ses moments de folie, il peut s'envoler sous la forme d'un oiseau. Dans les bois, il acquiert une connaissance parfaite des secrets de la nature. Un mari jaloux finit par l'assassiner[WaD 2]. Ce personnage, en partie à l'origine de Merlin, présente de flagrantes analogies avec le monde du chamanisme[60].
Les sources latines donnent véritablement « ses lettres de noblesse » au personnage de Merlin, et jouent un rôle décisif dans son statut de « héros breton »[S 26]. Dans la première moitié duXIIe siècle,Geoffroy de Monmouth introduit Merlin dans lalégende arthurienne en s'inspirant du fonds oral de la mythologie celtique[WaD 10]. Son récit rencontre rapidement le succès, particulièrement auPays de Galles[65]. En tant que moine, Monmouth s'est certainement inspiré de la Bible dans ses récits[Z 10]. Il est le premier à décrire Merlin comme un magicien, en même temps qu'un prophète[Z 2].
Merlin est un personnage central dans ses trois livres,Prophetiae Merlini (Prophéties de Merlin),Historia regum Britanniae (Histoire des rois de Bretagne), et laVita Merlini (Vie de Merlin). Les prophéties consistent en une longue suite de prédictions concernant le règne des Saxons et l'indépendance de la Bretagne[Z 11]. Le second conte rapporte comment Merlin créeStonehenge, ayant pour fonction d'être lasépulture d'Aurelius Ambrosius. Le troisième conte narre comment Merlin transforme l'apparence d'Uther Pendragon, lui permettant ainsi d'entrer dans le château deTintagel pour y engendrer son fils Arthur.
Vers 1135, Geoffroy de Monmouth synthétise dans sonHistoire des rois de Bretagne (Historia Regum Britanniae) des récits disparates[WaD 41]. Première attestation du nom de Merlin dans la littérature, ce texte définit les principales caractéristiques du personnage dans la légende arthurienne. Il le présente comme un orphelin de père. Les mages deVortigern souhaitent le sacrifier pour consolider la tour de son château qui ne cesse de s'effondrer, mais Merlin devine la présence des deux dragons souterrains qui perturbent les travaux[66],[R 2]. Le récit de l'Historia Brittonum est ainsi repris presque sans changement[Z 12].
L’Histoire des rois de Bretagne présente aussi des prophéties de Merlin sur l'avenir de l'île britannique, la construction deStonehenge pourAmbrosius Aurelianus à partir de pierres qu'il fait venir dumont Killaraus en Irlande, et sa ruse en faveur d'Uther Pendragon pour qu'il puisse concevoir Arthur avecYgraine, dont il est amoureux[R 2],[Z 13].Wace adapte l’Historia Regum Britanniae de Monmouth dans leroman de Brut (1155), où Merlin joue un rôle secondaire de conseiller pourUther Pendragon, afin de concevoir Arthur. Il y est très effacé, ce qui d'après P. Walter témoigne de son introduction récente dans la légende arthurienne[S 27]. Wace ajoute à son récit la construction de laTable ronde[47].
LaVie de Merlin (Vita Merlini), rédigée v. 1150[WaD 41], est le texte médiéval le plus centré sur Merlin lui-même[WaD 10] et s'ancre dans le fonds légendaire breton[47]. Synthèse des récits gallois autour deMyrddin Wyllt[WaD 41] (notamment de poèmes[K 9]), Merlin y est présenté comme un roi, devin et prophète maudit[WaD 10], mais ses aspects les plus sombres sont gommés[K 10]. Il perd une bataille avec son armée, et entre dans la forêt où il connaît une période de folie (rabies, proche d'une rage animale[WaD 40]). Il est capturé et amené à la cour où il fait différentes prédictions, dont celle de la triple mort du fils de la reine après une crise d'hilarité. De retour dans la forêt pour plusieurs années, il voit le présage d'un remariage pour sa femme, enfourche un cerf et encorne son rival, ce qui lui vaut d'être une seconde fois capturé. Après deux autres prédictions justes, il retourne en forêt pour mieux connaître les secrets du monde[WaD 42]. Une fontaine apparue au printemps le guérit de sa folie. Il rencontreTaliesin et un troisième devin, Maeldin. Ganieda, sa sœur, rejoint la triade et se met à prophétiser avec eux[WaD 20],[K 11]. La recherche spirituelle de Merlin le rapproche du christianisme, le texte se conclut sur sarédemption[S 28].
Ce texte s'appuie sur un mythe légèrement restauré plutôt que sur des sources historiques[WaD 6]. D'aprèsPhilippe Walter, l'œuvre est à lire comme unpalimpseste : elle comporte beaucoup d'éléments légendaires (la majorité purement celtiques) intégrés à un récit biographique en latin[WaD 43], dans le but probable de présenter Merlin en exemple pour lesévangélisateurs chrétiens[S 24],[WaD 19]. Geoffroy de Monmouth adapte son récit à son époque, mais semble avoir respecté ses sources[WaD 44]. Merlin est un savant et un devin, « initié et initiateur »[WaD 39].
Les sources françaises coïncident avec un rayonnement exceptionnel de la légende de Merlin[S 23]. Elles redistribuent son rôle et celui d'Arthur. Alors que Merlin était vu à l'origine comme unroi à la fois guerrier et magicien, il devient le dépositaire du seul savoir magique. Arthur représente au contraire la souveraineté guerrière[WaD 40]. Robert de Boron consacre une grande partie de son œuvre à Merlin.
Composés à la fin duXIIe siècle et au début duXIIIe siècle, lepoème deRobert de Boron et le roman qui en est issu[Note 12] constituent les sources les plus connues des médiévistes au sujet de Merlin[WaD 7]. C'est véritablement lui qui donne toute son importance au personnage dans le cycle arthurien[S 27] et qui lie les deux traditions britanniques, celle de l'enfant prophète sans père et celle de l'homme sauvage[47]. Il consacre l'essentiel de son œuvre à Merlin, non sans l'entourer d'autres personnages importants de la légende arthurienne comme Blaise, Vortigern, la famille Pendragon,Ygerne (Ygraine) et leduc de Cornouailles[Go 3]. Il s'inspire de différentes sources plus anciennes, sans pour autant réadapter directement Wace et Monmouth[67], et développe le personnage[Go 3]. Seules quelques lignes de son poème sont parvenues. La version en prose devient populaire et s'incorpore dans le Petit cycle du Graal (Joseph d'Arimathie, Merlin, Perceval) et dans leLancelot-Graal (Estoire del Saint Graal, Merlin, Lancelot, Queste del Saint Graal, Mort du roi Arthur)[68].
Si le fond de l'œuvre de Robert de Boron reste attaché à ses origines celtiques, sa christianisation sous l'influence desclercs est nettement palpable, notamment dans l'épisode de la naissance de Merlin. Robert de Boron conte dans sonMerlin en vers (v. 1190) la tentative ratée du Diable pour faire naître unantéchrist dans le sein d'une vierge, en s'inspirant de la tradition chrétienne de son époque. Cet épisode qui fait de Merlin le fils du Diable et d'une vierge rachetée par Dieu devient indissociable de la légende du personnage[47]. Il a probablement remplacé le dieu païen d'une tradition plus ancienne par le Diable chrétien[69]. Philippe Walter pense que cette version de la naissance de Merlin est une invention de Boron, inspirée par l'évangile de Nicodème et la mention d'incubes dans l'œuvre de Monmouth[S 25]. Boron explique le pouvoir de Merlin à deviner passé et futur par son ascendance à la fois diabolique et divine[Go 3]. Il le présente, durant son enfance, comme un être à la fois dérangeant et prodigieux, d'une incroyable précocité[Go 4], et ne manque pas d'évoquer les efforts de Merlin pour échapper à l'influence de son ascendance diabolique[Go 5]. Il développe beaucoup de scènes où Merlin rit (notamment lorsqu'il pratique la magie), certainement en écho à ses origines[Go 6].
Il conserve aussi le lien du personnage avec la forêt (inspiré par laVita Merlini), Merlin partant régulièrement se réfugier en Northumberland pour y rencontrerBlaise[Go 2]. Le texte de Boron introduit en effet Blaise, maître de Merlin, dépeint comme transcrivant lageste que l'enchanteur lui dicte lui-même, et expliquant comment cette geste devra être connue et préservée[55]. Merlin devient, sous sa plume, celui qui choisit les chevaliers de la Table ronde[Go 2] et le conseiller militaire d'Uther. Il garde le récit de la ruse pour concevoir Arthur, Merlin se présentant successivement comme un vieil homme pour enlever le nouveau-né, puis comme un « prudhomme » pour le remettre à Antor[Go 7]. Uther accepte tous les plans et toutes les ruses que Merlin lui propose[Go 8].
LeLancelot-Graal (ou cycle de la Vulgate, v. 1220), contrairement à l’Estoire de Merlin attribuée à Robert de Boron, le présente comme un être diabolique et repoussant[54] par opposition à Viviane[70]. Il introduit ainsi la chute de Merlin, causée par l'amour qu'il porte à laDame du Lac (présentée comme étant lafée Viviane ou encore Nimue dans des récits plus tardifs). Elle lui extorque ses secrets magiques en les retournant contre lui pour l'emprisonner à jamais. Ce thème de « l'enserrement » de Merlin devient l'un des plus populaires de sa légende[47]. Il a probablement été inventé pour faire disparaître Merlin des récits, et ainsi expliquer l'échec de labataille de Camlann où Arthur est mortellement blessé. Avec ses pouvoirs, Merlin aurait pu en inverser le cours. Son acceptation d'un destin qu'il connaît (l'enserrement) est expliquée par sa volonté de ne pas aller à l'encontre deDieu[45].
LePerceval en prose fait quant à lui de Merlin l'initiateur de la quête du Graal[47]. LeLancelot-Graal compte le récit d'une rencontre entre Merlin et l'empereurJules César. La femme de l'empereur romain est suivie d'une douzaine de demoiselles, en fait des hommes déguisés. Merlin rencontre une princesse d'Allemagne déguisée en écuyer, Grisendole. Un soir, César s'effraie après le rêve d'une truie couronnée caressée par douze louveteaux. L'empereur reste silencieux pendant tout le banquet. Merlin se transforme en cerf, court au palais et s'agenouille devant César en lui disant :« Cesse de ruminer ton rêve. Attends l'homme sauvage »[57].
L'empereur confie à Grisendole la mission de trouver cet homme sauvage. Elle rencontre le cerf qui lui dit de préparer un pâté de porc, et s'exécute, ce qui fait apparaître l'homme sauvage noir et hirsute. Il dévore le pâté et s'endort. Grisendole le ligote et le ramène à César. L'homme sauvage interprète le rêve : la truie est l'impératrice et les douze louveteaux, ses demoiselles. César les fait déshabiller er révèle qu'elles sont en fait des hommes. L'impératrice et ses douze jeunes gens sont immédiatement brûlés sur unbûcher. L'homme sauvage demande que Grisendole soit mise à nu et, face à la découverte de sa féminité, César se signe. Il demande conseil à l'homme sauvage qui lui propose de l'épouser. César voulant savoir qui est le cerf, l'homme sauvage trace des caractères hébreux qui brûlent une porte, puis s'en va. César épouse Grisendole, puis un messager finit par déchiffrer ces lettres en hébreu : le cerf et l'homme sauvage ne font qu'un[57].
L'entrée de Merlin à Rome sous la forme d'un cerf gigantesque donne naissance à une abondante iconographie deminiatures médiévales, témoignant du succès de ce récit[33].
Merlin devient, dans le cyclePost-Vulgate (Merlin-Huth, v. 1250), celui qui avertit Arthur de ses malheurs à venir, en particulier la naissance deMordred[Note 13]. Il joue un rôle d'observateur et de commentateur, et n'est plus guère l'initiateur de la quête du Graal[K 6]. En revanche, il prédit avec justesse queGirflet sera le dernier chevalier à voir Arthur vivant[K 4]. Ce roman rend un aspect plus merveilleux au personnage et présente Viviane de manière négative[54], bien que Merlin y soit toujours le fruit de l'union d'une femme vertueuse et d'unincube[Go 9]. L'ouvrage contient une suite de prophéties confiées par Merlin à Blaise, et présente leGraal comme le point central de toutes ses prophéties[Go 10].
Merlin apparaît très tôt dans les documents écrits en Bretagne, notamment lecartulaire de Redon et un toponyme d’Augan auIXe siècle, puis deux textes prophétiques desXIIe siècle etXIIIe siècle[71]. Dans leDialog etre Arzur Roe d’an Bretounet ha Guinglaff enmoyen breton, Merlin est présenté comme un archétype d'être sauvage, sous le nom de « Guinglaff »[1].Gwenc'hlan pourrait aussi y avoir pris la place de Merlin[71].La Villemarqué publie le chantMerlin-barde, longtemps considéré comme un faux, mais qui semble bien provenir d’un cycle médiéval[72], Hervé Le Bihan répertorie sept contes et récits datés duXIXe siècle, qui sans constituer des textes en filiation directe avec la matière arthurienne médiévale, en sont des survivances[1]. L'enchanteur y possède le pouvoir de divination[71],[1].Luzel recueille une tradition selon laquelle Merlin a fini sa vie au sommet duMenez Bré[71].
Une abondante littérature prophétique est attribuée à Merlin[Z 14] et se divise en deux grands courants, les prophéties des Îles Britanniques et celles du continent européen, différentes par leur objet et leur inspiration[Z 15]. Lalittérature galloise comporte nombre d'exemples prédisant la victoire militaire des peuplesceltes deGrande-Bretagne, qui se rassembleraient pour rejeter les Anglo-Saxons — et par la suite les Normands — à la mer. Certaines de ces œuvres ont été interprétées comme des « prophéties de Myrddin ».Henri VIII utilise ce thème pour présenter son père, le roi galloisHenri VII, comme le sanglier annoncé par Merlin, qui partit de la péninsule armoricaine deBretagne et soutenu par des guerriers bretons, aurait accompli la prophétie de Merlin de la revanche desCeltes sur les Saxons[73],[Note 14]. La récupération de ces prophéties par les Anglais ne remonte qu'auXIVe siècle, l'immense majorité des textes attribués à Merlin dans les Îles Britanniques étant en faveur des peuples celtes[Z 16].
De tous temps, l'attribution de prophéties à Merlin permet de faire passer des idées politiques.Joachim de Flore écrit ainsi leVerba Merlini, hostile à l'empereurFrédéric II[Z 17]. LesProphéties de Merlin rédigées en langue française en 1276 prennent la forme de prophéties politiques intercalées entre des récits romanesques de la légende arthurienne[74], et sont attribuées à maître Richard d'Irlande bien que l'auteur original soit un vénitien[Z 18]. Présentées sous la forme d'un dialogue entre Merlin et un scribe, elles font de Merlin un prophète chrétien d'essence divine. Il y choisit délibérément d'être enfermé par Viviane[54]. La plupart de ces prophéties sont relatives à des événements politiques de l'Italie duXIIIe siècle, tandis que d'autres sont révélées par le fantôme de Merlin après sa mort.
Après une longue absence de nouvelles créations littéraires autour de Merlin en France,le Morte d'Arthur est rédigé en Angleterre vers 1485, reprenant quelques éléments des récits français[54]. L'œuvre commence par la naissance de Merlin[Go 11]. Il y interprète les rêves du roi Arthur mais la nature magique de ses pouvoirs est minimisée[K 7],Thomas Malory réduit l'aspect merveilleux du personnage dans son œuvre. Merlin y devient assez indéfinissable, empruntant à l'humain, au dieu et au démon[Go 11]. Malory conserve l'épisode de sa séduction par Viviane / Nimue[K 7],[Go 11], qui devient la principale source d'inspiration des auteurs romantiques auXIXe siècle[54].
En dehors de la France et desîles Britanniques, la légende médiévale de Merlin connaît un succès moindre. Les œuvres en langue allemande sont essentiellement des traductions tardives (la plus ancienne est leDialogus Miraculorum, en 1220).Wilhelm von Österreich (1324) dresse de Merlin un portrait d'élément de la nature plutôt négatif, et leMorlin d'Ulrich Füterer (v. 1475) en fait le grand-père d'Arthur[75].
DansMyrdhinn ou l'Enchanteur Merlin (1868),Théodore Hersart de la Villemarqué tente de synthétiser les informations connues autour de Merlin, qu'il présente à la fois comme historique et mythologique.Théophile Briant s'en inspire plus d'un siècle plus tard dans son œuvre pseudo-historique et occultisteLe Testament de Merlin (1975)[78], qui présente Merlin en architecte et poète, comme « le Druide blanc de Brocéliande »[79].
La professeure américaineNorma Lorre Goodrich défend l'idée d'un Merlin historique et redonne ses lettres de noblesse à Geoffroy de Monmouth. Le Merlin historique serait de trente ans plus âgé que le roi Arthur historique, né au Pays de Galles et mort en Écosse. Elle postule aussi que « Merlin » est un titre, celui d'unévêque nommé Dubricius, qui a couronné Arthur[19].Nikolaï Tolstoï, au contraire, pense que Monmouth a volontairement fusionné le Myrddin des poèmes gallois avec un autre personnage pour n'en faire qu'un seul, et que le Merlin originel représente « le dernier des druides »[19].Philippe Walter étudie Merlin à travers des articles et deux ouvrages, mettant en lumière la nature calendaire et chamanique du personnage primitif[60], ainsi que son aspect et son psychisme d'enfant-vieillard[S 2].
Si les écrits deJean Markale ont été beaucoup diffusés et même traduits en anglais, permettant de faire découvrir la légende arthurienne à de nombreuses personnes, ses ouvrages (dontMerlin l'Enchanteur[80] publié en 1981[81], en anglais :Merlin : Priest of Nature[82]) ne sont pas reconnus comme fiables par la communauté scientifique[83].
Les toponymes associés à Merlin se trouvent essentiellement enGrande-Bretagne (Dinas Emrys,Merlin's Cave, Carmarthen et l'île de Bardsey) et enBretagne, dans laforêt de Paimpont-Brocéliande (siège et tombeau de Merlin). Un grand nombre d'entre eux sont situés au Pays de Galles, les plus anciennes sources littéraires associent Merlin à ces lieux.Carmarthen est réputée être la ville de naissance d'une des personnes historiques qui ont inspiré le Merlin légendaire[Go 12]. Une tradition locale à l'île de Bardsey (île des Bardes) rapporte qu'il s'y est retiré dans une maison de verre[84].
Dinas Emrys (en gallois : « forteresse d'Ambrosius ») est une colline boisée située non loin deBeddgelert dans leGwynedd, au Pays de Galles. Le site est naturellement lié àMyrddin Emrys etAmbrosius Aurelianus[Z 19],[Go 13]. Les Gallois l'appellent localement Eryri. La tradition y situe la tentative de construction du château de Vortigern, et la fameuse tour qui ne cesse de s'écrouler jusqu'au moment où Merlin révèle la présence de deux dragons[85]. Ainsi,Dinas Emrys est le lieu où Merlin révèle pour la première fois l'étendue de son pouvoir[86]. Le fabuleux trésor de l'enchanteur est réputé pour y être enterré au plus profond, sous la colline. Les recherches archéologiques montrent des traces d'occupation du site depuis leVe siècle[87].
Merlin's Cave (en anglais : « grotte de Merlin ») est le surnom d'une grotte située en dessous duchâteau de Tintagel, à 5 km au sud-ouest deBoscastle, enCornouailles (Angleterre). Elle s'étend sur 100 mètres[89] en passant à traversTintagel Island, versTintagel Haven[90]. Cette grotte est devenue un site rituelnéopaganiste, réputé être « un point focal pour la révélation » et « un endroit pour se connecter avec les énergies féminines essentielles »[91], en relation avec une déesse de la Terre[92].
Au centre de laBretagne, laforêt de Paimpont est réputée être laforêt de Brocéliande. De nombreux lieux y sont associés à la légende arthurienne, mais la revendication du tombeau de Merlin ne remonte pas au-delà duXIXe siècle. Brocéliande reste une forêt légendaire sans localisation précise jusqu'au début du siècle. Le poèteAuguste Creuzé de Lesser écrit en 1811 que Merlin y serait enseveli[93]. En 1825,Blanchard de la Musse associe une allée couverte du nord de la forêt de Paimpont autombeau de Merlin.Théodore Hersart de la Villemarqué localise lui aussi le tombeau de Merlin dans ces lieux[94]. Dans leVal sans retour, près deTréhorenteuc, quelques rochers se font connaître sous le nom de « siège de Merlin » à la suite du déplacement du toponyme légendaire en 1850. La topographie actuelle de la forêt de Paimpont est définie parFélix Bellamy à la fin duXIXe siècle. La valorisation touristique de Paimpont-Brocéliande commence à la même époque, mais les habitants locaux montrent une certaine réticence[93], bien que lefolklore populaire oral associe bien Merlin à ce lieu[95].
La localisation du tombeau duXIXe siècle est revue à la suite de l'enterrement dudocteur Guérin. Dans les années 1970,Yann Brekilien s'oppose à la construction des routes d'accès et à la perte du caractère légendaire de Paimpont-Brocéliande. Il faut attendre les années 1990 pour qu'une politique de valorisation se mette en place grâce au maire dePloërmel et auCentre de l'imaginaire arthurien, permettant des visites guidées et la mise en place d'un périmètre de protection autour du tombeau de Merlin[93]. Les visiteurs y laissent de petits papiers où ils écrivent les vœux qu'ils souhaitent voir exaucés par Merlin[96].
Merlin l'Enchanteur vu parHoward Pyle, dans l'édition 1903 deThe Story of King Arthur and His Knights.
Dans ses plus anciennes expressions, selonPhilippe Walter, Merlin incarne une souveraineté magique et une royautéchamanique, assez éloignée des fonctions guerrières et sacerdotales. Son pouvoir est essentiellement spirituel[WaD 9]. De manière plus générale, il représente la connaissance et le « savoir du monde »[S 2], une quintessence de l'esprit druidique[WaD 15] qui peut prendre toutes les formes : Merlin guide, aide, sauve, prédit et juge grâce à son savoir[K 12]. L'une de ses particularités est d'échapper à toute tentative de classification rationnelle. Il ne se présente jamais comme celui que l'on attend[97]. En ce sens, il incarne l'Autre[98]. Certaines interprétations ont pu faire de lui unTrickster en raison de son côté rieur et comique, mais il n'en possède pas toutes les caractéristiques, notamment la transgression et le côté subversif. Par ses actions, Merlin participe à l'ordre du monde plutôt qu'à son désordre[S 29].
Il est lié à l'alchimie, par la similitude entre son nom et celui deMercure, la présence d'une source qui guérit de la folie (rappelant celle des alchimistes) dans laVita Merlini, ou encore le motif des deux dragons (rouge et blanc) qui se battent. Deux textes tardifs le présentent en adepte de la science hermétique[99], ce qui lui permet d'acquérir une certaine notoriété dans le monde des alchimistes[100]. La figure de Merlin resurgit dans letarot de Marseille, la lame deL'Ermite (IX) y étant peut-être liée[101]. Le psychanalysteHeinrich Zimmer, proche deCarl Gustav Jung, voit en Merlin l'incarnation du vieux sage, un être d'une sagesse si grande qu'elle en est presque inaccessible. Il a pour fonction de guider la personnalité consciente représentée par le roi Arthur et ses chevaliers[102].
Les œuvres témoignent d'une dégradation progressive des pouvoirs qui lui sont attribués et d'une dé-sanctification de son rôle de savant, en le laissant être abusé par Viviane ou affublé d'un chapeau pointu comique[K 12]. Il est souvent vu désormais comme le plus fameux des sorciers ou magiciens[103]. D'aprèsStephen Thomas Knight, il incarne un conflit entre connaissance et pouvoir : symbole de sagesse dans les premiers récits gallois, il devient conseiller des rois au Moyen Âge, symbole d'intelligence dans la littérature anglaise, puis instructeur et éducateur dans les productions du monde entier depuis leXIXe siècle[K 13].
Claudine Glot explique les points communs et différences entre Merlin etGandalf.
Jusqu'auXIXe siècle, Merlin est surtout conté dans les pays anglo-saxons et celtiques, mais aussi dans la poésie[104] et lalittérature allemande et française[105]. Les auteursromantiques sont les premiers à redonner ses lettres de noblesse au personnage après le Moyen Âge[58]. Depuis leXXe siècle, Merlin est un personnage important des films et programmes télévisés. Son rôle y est surtout celui d'un mentor ou d'un enseignant[K 14], fonction qu'il partage avec des personnages proches de lui, commeGandalf[106],[Note 15]. Merlin est source d'inspiration d'une longue tradition de personnages sorciers dans la culture populaire, incluant ceux deJ. R. R. Tolkien (Gandalf,Saroumane…) et de la sagaHarry Potter (Albus Dumbledore)[107],[108].
Si son image populaire est souvent devenue celle d'un vieux mentor barbu, portant un chapeau pointu et unebaguette magique, à l'inverse, les mouvementsNew Age voient en Merlin un druide qui accède à tous les mystères du monde[K 15]. Les productions artistiques francophones tendent depuis la fin duXXe siècle à éluder les aspects chrétiens du personnage au profit des aspects païens et de la « tradition sylvestre »[109]. Le mythe de Merlin est en quelque sorte « déchristianisé »[110] pour le présenter en porte-parole du retour à la nature[111].
Barbe blanche, robe bleue, chapeau pointu et baguette magique
Les œuvres de fiction littéraires sont nombreuses à faire de Merlin un personnage central. Au début duXXe siècle, son image littéraire se dégrade[115]. Dans les années 1980, en France, le rythme des publications autour de Merlin s'accélère, témoignant d'un intérêt renouvelé pour le mythe[79].
Les poètesromantiques anglais duXIXe siècle commeRobert Southey,Matthew Arnold etAlfred Tennyson accordent une large place à Merlin dans leurs textes, tout commeGoethe,Heinrich Heine, Edgar Quinet,Jean Lorrain,Walter Scott,William Wordsworth etMark Twain[116]. Son image y est souvent celle d'un vieil érudit un peu naïf, qui succombe aux charmes d'unefemme fatale[K 15]. Les versions où Merlin acquiert la plénitude du savoir grâce à Viviane sont toutefois plus nombreuses que celles où cette relation tourne en sa défaveur[117], mais l'enserrement de Merlin par Viviane le place dans l'impossibilité de sauver le royaume de Bretagne[118]. Il est davantage présenté comme vivant en symbiose avec la nature que dans les romans médiévaux[119]. Un autre thème central du Romantisme est celui de la confrontation entre Merlin et d'autres enchanteurs ou sorciers qu'il parvient à vaincre[120].
Ralph Waldo Emerson etEdwin Arlington Robinson (Merlin) font ressortir en lui « l'esprit noble dubarde »[K 15]. L'AllemandKarl Leberecht Immermann (Merlin : eine Mythe)[121] met l'accent sur la quête spirituelle que représente la conquête du Graal, tout comme Friedrich Werner von Oesteren avecMerlin, ein Epos[122].Edgar Quinet construit dans sonMerlin l'Enchanteur, en 1860, un mythe littéraire autour du personnage, inspiré de multiples traditions et d'écrits plus anciens. Il fait de Merlin un prophète, poète, enchanteur puissant mais néanmoins enseveli vivant par la femme qu'il aime[123]. Les poèmes romantiques mettent également en avant la dualité du personnage issu d'un père démoniaque, grâce à des dialogues entre Merlin et le Diable[124]. D'autres en font un personnage obsédé par la quête de la connaissance, via l'astrologie et l'alchimie[117]. En 1909, le poète françaisGuillaume Apollinaire, âgé de vingt-huit ans, écrit sa première œuvre publiée,L'Enchanteur pourrissant. Mélange de théâtre, de poème et de roman, cet ensemble très désenchanté constitue le creuset de la poésie d'Apollinaire[125].
Jean Cocteau écrit en 1937 la pièceLes Chevaliers de la Table ronde, dans laquelle il fait ressortir beaucoup d'aspects négatifs chez Merlin, un « vieil enchanteur génial et cruel […] logé comme une araignée au centre de sa toile ». Cette image est liée aux « enchantements de la drogue », l'opium que Cocteau consomme alors en abondance[79].LeCycle de Merlin deMary Stewart (1970-1979) reprend la matière médiévale. Il compte cinq tomes :La Grotte de cristal,Les Collines aux mille grottes,Le Dernier Enchantement (tous trois parus chez Calmann-Lévy en 2006) ainsi que deux romans jamais traduits en français,The Wicked Day, etThe Prince and the Pilgrim.Michel Rio a écritMerlin en 1989, roman d'une trilogie regroupée en un seul tome en 2006 sous le titre deMerlin, le faiseur de rois[Rio 2]. Le personnage y naît d'un inceste entre son grand-père et sa mère[126], il est désabusé, plus philosophe et homme d'État qu'enchanteur. Les thèmes de la mort et de la guerre sont récurrents[79].Jean Markale, auteur d'une adaptation des romans du Graal, a imaginé un épilogue original dans son romanLa Fille de Merlin. Elle rencontre le barde Taliesin à la recherche de l'épéeExcalibur, dérobée par les Saxons au roi Arthur après sa mort[127].
Graal (2003) etGraal Noir (2010) forment une série deChristian de Montella, dans laquelle Merlin est le fils du diable. Avec ses pouvoirs, il aide les chevaliers de la Table ronde à accomplir leur destin.Les mémoires de Merlin de Guy D'Amours présentent un « Merlin historique » au début du Moyen Âge, après lachute de l’Empire romain[128].
Il y a plus de mille ans vivait en Bretagne un enchanteur qui se nommait Merlin. Il était jeune et beau, il avait l’œil vif, malicieux, un sourire un peu moqueur, des mains fines, la grâce d'un danseur, la nonchalance d'un chat, la vivacité d'une hirondelle. Le temps passait sur lui sans le toucher. Il avait la jeunesse éternelle des forêts[Ba 2].
Plus connu pour ses œuvres descience-fiction,René Barjavel parle longuement de Merlin dansL'Enchanteur[129]. Ce roman dans le registre duconte est nettement optimiste, féerique et merveilleux[79]. Comme la plupart des œuvres de Barjavel, il est centré sur l'amour, célébrant tout entier l'union impossible de Merlin etViviane[129] : Merlin ne doit pas se laisser aller à aimer Viviane sous peine de perdre ses pouvoirs, qui dépendent de savirginité. L'Enchanteur se présente comme un magicien capable de se métamorphoser en cerf et en oiseau (notamment en corbeau blanc), un « maître du monde végétal »[130] et des forces du vent[Ba 3]. Entièrement vêtu de vert, les paysans le prennent pour un ancien dieu forestier[79]. Il naît « couvert de poils comme un enfantsanglier »[130], sa première apparition se fait sous l'apparence du cerf blanc[Ba 4], en écho à l'histoire de Grisandole[79]. Il aide à l'établissement de la Table ronde et lance les chevaliers sur la quête du Graal[Ba 5], le roman s'achève par l'union éternelle de Merlin et Viviane, dans une « chambre d'air » invisible, une « chambre d'amour que le temps promène »[131].
LeCycle de Pendragon, écrit parStephen Lawhead entre 1987 et 1999, présente Merlin comme étant à lui seul différents personnages cités dans les sources historiques. Il fait remonter les origines de la légende arthurienne, et donc de Merlin, à la chute de l'Atlantide. Ce cycle est parfois qualifié de semi-historique (dans la mesure où le cadre historique est davantage mis en avant que l'aspect magique), et parfois de fantasy. Merlin est le narrateur du second tome du cycle et du quatrième,Pendragon. Il aide l'avènement du roi Arthur, destiné à sauver la Bretagne sur les plans spirituels et politiques[132]. Ces romans rencontrent un grand succès dans de nombreux pays[133].Stephen Lawhead s'est appuyé sur lesMabinogion et les écrits deGeoffroy de Monmouth[134], ses textes sont également nettement influencés par la culture chrétienne[132].
Les œuvres littéraires modernes autour de Merlin appartiennent majoritairement au genrefantasy, lafantasy arthurienne étant un sous-genre à elle seule[135].
L'AméricaineAndre Norton écrit en 1975Le miroir de Merlin (Merlin's mirror), où Myrddin est engendré par des extraterrestres et s'oppose à Nimue, la Dame du Lac, pour permettre l'avènement du roi Arthur en Angleterre après la chute de l'Empire romain[136]. Dans sonroman initiatiqueLe retour de Merlin,Deepak Chopra imagine la résurrection de Merlin etMordred dans une petite ville anglaise à l'époque moderne[137].Jean-Louis Fetjaine écrit la sérieLe Pas de Merlin de 2002 à 2004, œuvre qui présente Merlin en barde duVIe siècle, assez éloigné du personnage médiéval de la légende arthurienne, sur une île de Bretagne menacée par les invasions desPictes et desGaëls[138]. D'aprèsAnne Besson, son univers est une fusion entre la légende médiévale habituelle et la fantasy définie parTolkien, puisque Merlin y est de nature merveilleuse, mi-homme et mi-elfe[135]. La suite,Brocéliande, raconte la quête des origines de Merlin enforêt de Brocéliande[139].Robert Holdstock, dansLe Codex Merlin (trois tomes :Celtika,Le Graal de Fer etLes royaumes brisés, publiés chezPocket etLe Pré aux clercs), présente Merlin comme un être immortel et éternellement jeune, en quête de savoir. Il rencontre le GrecJason dans la quête de laToison d’or[140]. Son romanLe Bois de Merlin se déroule en forêt de Brocéliande après la mort du magicien[141].
Merlin d'Ambre est le personnage central de la seconde partie de la saga desNeuf Princes d'Ambre (ou Cycle de Merlin) parRoger Zelazny. Fils deCorwin et de Dara, il est féru d'informatique et très doué dans la pratique de la magie. D'autres cycles de fantasy mentionnent Merlin sans en faire un personnage central. Ainsi, la saga deHarry Potter, écrite parJ. K. Rowling, présente Merlin comme le plus grand et célèbre sorcier de tous les temps[142].La Quête d'Ewilan, trilogie écrite parPierre Bottero, raconte que Merlin serait Alavirien, un dessinateur hors pair. Il s'appellerait en réalité Merwyn Ril'Avalon. Dans sa sagaLes Dames du lac,Marion Zimmer Bradley fait de Merlin undruide sage et mortel, évacuant de son œuvre toute référence à la magie[135].
Certaines œuvres sont dédiées au jeune public, comme l'adaptation illustrée deClaudine GlotLa Légende de Merlin[143]. Dans la sérieAzilis de Valérie Guinot (L'Épée de la liberté,La Nuit de l'enchanteur etLe Sortilège du vent), qui se déroule auVe siècle, l'héroïne homonyme devient l'élève de Myrddin[144] et tombe amoureuse de lui[145]. Dans la sérieL'Apprentie de Merlin, parFabien Clavel, l'héroïne Ana apprend aussi les secrets magiques de Merlin.Les Descendants de Merlin d'Irene Radford, paru en 2007 chez Points, a pour protagoniste Wren, la fille de Merlin et d'une grande prêtresse de Dana. La série de romansMerlin, écrite par Laurence Carrière depuis 2009, raconte l'enfance et l'adolescence du jeune Merlin en mêlant données historiques et éléments de fantasy. Elle compte six tomes :L'École des druides,L'Épée des rois,Le Monde des ombres,Les Portes de glace,L'Étrange Pays des fées etLa Colère des géants.
Certaines œuvres sont imprégnées d'humour, c'est le cas du roman deMark Twain,Un Yankee à la cour du roi Arthur (en anglais :A Connecticut Yankee in King Arthur's Court), écrit en 1889. Et deMerlin l'Ange Chanteur, troisième tome du cycleQuand les dieux buvaient deCatherine Dufour, dans lequel Merlin est un Archange griffu se nourrissant de foi et de souffrance humaine. L'oulipienJacques Roubaud a beaucoup travaillé sur la légende arthurienne, avec ses deux œuvresGraal fiction (1978)[146] etGraal théâtre (chezGallimard). Dans la première, sur un ton humoristique, il relit et réécrit certains passages de la légende arthurienne pour en expliquer les mystères[79].
Boris Vian, dans la pièce et l'opéraLe Chevalier de neige (respectivement en 1953 et 1957), présente Merlin comme « l'Homme Vert », incarnation du bien par opposition à laFée Morgane[BaA 8].Laurence Naismith interprète le personnage de Merlyn dans la version filmée de la comédie musicaleCamelot (basée sur l'œuvre deT. H. White)[148].Merlin ou la Terre dévastée (Merlin oder das wüste Land), pièce de théâtre allemande assez complexe jouée pour la première fois en1981, prend la forme d’un spectacle-fleuve où Merlin est à la fois scénariste et spectateur du mythe arthurien[149]. Le groupe de rock néerlandaisKayak a intitulé son huitième albumMerlin.The Myths and Legends of King Arthur and the Knights of the Round Table, album conceptuel deRick Wakeman sorti en 1975, compte une chanson consacrée à Merlin (Merlin the Magician), et constitue l'une des plus intéressantes adaptations de la légende arthurienne sur support musical[150]. En Bretagne, le harpiste celtique Rémi Chauvet a pris pour pseudonyme le nom de « Myrdhin », en référence à Merlin[151] et un groupe de rock formé en 1996 àLanderneau se nommeMerzhin. Le compositeur nantaisAlan Simon a élaboré entre 1998 et 2013 une trilogie appeléeExcalibur, comportant troisalbums-concepts et plusieurs spectacles narrés par Merlin, dont le rôle est tenu par divers artistes (Dan Ar Braz,Jean Reno, Michael Mendl)[152]. Deux romans poursuivent l'aventure.
À partir des années 1960, le cinéma succède au théâtre pour mettre en scène Merlin. L'une de ses représentations les plus connues au cinéma est celle du film d'animationMerlin l'Enchanteur en1963, inspiré du romanL'Épée dans la pierre[148]. Ce film d'animation desStudios Disney réalisé parWolfgang Reitherman montre une image puérile du personnage, dont les pouvoirs se limitent à la métamorphose[BaR 2]. Jouant sur l'humour, il est destiné à un jeune public[149]. Le filmExcalibur deJohn Boorman, réalisé en1981 avecNicol Williamson dans le rôle de Merlin[148], offre un propos bien différent. Boorman a toujours considéré Merlin comme « le personnage le plus intéressant des légendes ». Il présente l'enchanteur comme « un mythe dont la Bretagne (Britain) a besoin ». Le Merlin de Boorman réunit une combinaison d'archétypesjungiens : vieil homme sage, métamorphe etTrickster, doué de prescience, d'une affinité avec le monde animal (il parle aux chevaux) et avec le dragon, il est chargé de l'éducation d'Arthur, tout en formant un élément humoristique du film[153]. En1996 sortLes Nouvelles Aventures de Merlin l'Enchanteur (en VO :Merlin's Shop of Mystical Wonders), film d'horreur américain.
Dans le film d'animation deChris MillerShrek le troisième, sorti en2007, on rencontre un Merlin à la retraite et incapable de faire correctement de la magie. Le personnage est présent aussi dans le filmLa Dernière Légion où l'on suit la destinée d'un certain druide Ambrosinus (en réalité Merlin) qui devient tuteur du dernier empereur de Rome et de son fils Arthur[154]. DansL'Apprenti sorcier, sorti en2010, le personnage principal apprend qu'il est le dernier descendant de Merlin et qu'il doit combattre la fée Morgane.
Tout comme le cinéma, la télévision ne manque pas de consacrer régulièrement des productions au personnage de Merlin. On rencontre un Merlin retiré du monde et vivant de nos jours dans la sérieMonsieur Merlin diffusé surCBS (1981-1982). Dans le téléfilm de 1998Merlin, réalisé parSteve Barron, le protagoniste (joué par l'acteurSam Neill) combat la déesse païenne Mab[148]. Puis en2006, une suite intituléeL'Apprenti de Merlin a été tournée[BaR 3]. Le téléfilmLe Retour de Merlin, réalisé en 2000[BaR 4], reçoit un mauvais accueil critique[155].
Merlin contre les esprits d'Halloween, un téléfilm d'animation créé en 2006, est inspiré de la bande-dessinée deJoann Sfar. Toujours en France, la série humoristiqueKaamelott (2005-2009), réalisée parAlexandre Astier, voitJacques Chambon jouer un Merlin incompétent[BaR 5]. LaBBC One diffuse de 2008 à 2012 la sérieMerlin, avecColin Morgan dans le rôle du protagoniste dont la jeunesse est racontée. Le personnage apparaît aussi au centre de la sérieCamelot oùJoseph Fiennes interprète un Merlin manipulateur et torturé par son usage de la magie. Le téléfilm français en deux partiesMerlin, réalisé parStéphane Kappes avecGérard Jugnot dans le rôle de Merlin, a été diffusé à la télévision en France et en Belgique fin 2012. Il a reçu un mauvais accueil critique en raison notamment de ses effets spéciaux[156].
Merlin apparaît dans l'univers deDC Comics, dans lequel toute la mythologie autour du personnage est reprise, avec notamment lafée Morgane etNimue. De même,Thor(1962-), série deComics deMarvel, présente unsuper-vilain nommé Merlin.Philippe Le Guillou campe un Merlin contemplatif dans l'ouvrageImmortels : Merlin et Viviane, avec Paul Dauce[BaA 8].Brucero a abondamment illustré Merlin sur les textes de Catherine Quenot dansLe Livre secret de Merlin[157].
Merlin(1999-2003) est une série debande dessinée humoristique retraçant l'enfance de Merlin, dont le scénario est signéSfar. Les deux sériesMerlin (2000-2009, BDréaliste retraçant la jeunesse de Merlin) etMerlin, la quête de l'épée (2009-), scénarisées parJean-Luc Istin, appartiennent au genre fantasy et présentent un personnage d'origine païenne. Elles connaissent un grand succès[158]. Merlin apparaît également dans la sérieLe Chant d’Excalibur d'Arleston Scotch et Éric Hübsch. Réveillé en plein Moyen Âge par la destruction de son dolmen-prison, il part en quête au côté la jeune Gwyned, une descendante de Galaad, pour raviver le peuple magique. Celui-ci est en effet menacé de disparaître faute de croyants en ces temps de christianisation galopante. L’enchanteur y est dépeint comme crasseux, ivrogne et libidineux.
Dans le mangaSeven Deadly Sins, Merlin, une femme, est l'un des personnages principaux de l'œuvre. Lors de sa première apparition, elle est mage garde du corps d'Arthur Pendragon, roi de Caamelot.
L'univers des jeux fait lui aussi régulièrement appel à Merlin. Dans la série de livres-jeuxQuête du Graal (1984-1987), il est le mentor du héros, Pip. En 1998, lejeu de sociétéMerlin, destiné aux jeunes, est créé parReinhard Staupe. Il est réédité en 2003[159]. Dans lasérie de jeux vidéoPaper Mario (2000-), le personnage deMerlon est présenté comme le cousin de Merlin[160]. D'autres jeux sont inspirés de licences cinéma ou télévisées, c'est le cas deMerlin: A Servant of Two Masters surNintendo DS, sorti en2012 et inspiré parla série télévisée de la BBC[161], ainsi que pour la série de jeux vidéoKingdom Hearts, où la version Disney du personnage de Merlin apparaît dans quelques épisodes de la série (Kingdom Hearts,Kingdom Hearts 2 etKingdom Hearts: Birth by Sleep). Dans le jeuHogwarts Legacy, il existe des énigmes liées à Merlin, connues sous le nom d’Épreuves de Merlin. Ces énigmes sont dispersées dans le monde ouvert autour de Poudlard[162].
Contrairement à une croyance parfois répandue , le très puissant moteur d'avion 12 Cylindres en VéRolls Royce Merlin (qui propulsait les avions de chasse de la bataille d'Angleterre (Hurricanes et Spitfires) n'a pas été nommé Merlin en référence à l'enchanteur de la légende arthurienne, mais aunom vernaculaire anglais d'un rapace de petite taille, lefalco colombarius , communément appelé Merlin en anglais et Faucon Emerillon en français. Les constructeurs de moteurs avaient leur tradition en matière de nomination de leurs modèles:Turboméca, firme installée dans le sud de la France utilisait des toponymes de sommets et de lacs des pyrénées (Artouste,Astazou, Pimédon, Piméné...etc) ,Bristol nommait ses moteurs et réacteurs daprès l'antiquté (Olympus, Taurus,Centaurus,Orpheus...etc) etRolls Royce (tout comme la firme italienneMoto-Guzzi, aux origines aéronautiques ) utilisait des noms d'oiseaux pour ses moteurs à pistons,équipant majoritairement des avions de combat , en général des oiseaux de proie : Peregrine (Faucon Pélerin)- Kestrel (Crécerelle), Eagle (Aigle) et Merlin (Emerillon)[164]. Lors du passage à la propulsion parturboréacteur (coincidant avec la fin du conflit mondial)Rolls Royce révisa sa politique et utilsa des noms defleuves côtiers britanniques, évocateurs de puissance pacifique et fiable (Nene,Spey,Tyne, Trent...etc)[165]
↑D'aprèsPhilippe Walter, le combat entre deux dragons lors des calendes de mai est un thème celtique récurrent, notamment dansLludd a Llefelys. Il serait lié à trois jours de pénitence au mois de mai pour lutter contre les forces maléfiques. Voir N. Stalmans, « Les affrontements des calendes d'été dans les légendes celtiques », etWalter 1999,p. 22-23
↑Le Français Robert de Boron parle du royaume de Bretagne, tandis que l'Anglais Geoffroy de Monmouth évoque plutôt le royaume de Logres.
↑Version originale en latin :Bellum armterid inter filios Elifer et Guendoleu filium Keidiau ; in quo bello Guendoleu cecidit : Merlinus insanus effectus est. VoirGoodrich et Lacy 2003,p. 124
↑Le motif de la triple mort se retrouve aussi dans laVita Merlini, ce qui a permis de rapprocher Lailoken du personnage de Merlinus.
↑Il n'y a aucune certitude en ce qui concerne la paternité duMerlin en prose attribuée à Robert de Boron. Toutefois, le Merlin en vers en est bien la source.
↑Inquiété par cette prédiction, leroi Arthur fait enfermer tous les nouveau-nés sur un navire qui fait naufrage, mais Mordred est précisément le seul survivant.
↑SelonClaudine Glot, Gandalf est toutefois davantage inspiré par la culture germanique, et plus christianisé que Merlin, voir : Mafiou 44 et Amélie Tsaag Valren, Interview deClaudine Glot, 12 février 2011,Vidéo disponible sur Wikimedia Commons
↑Xavier Delamarre (préfacePierre-Yves Lambert),Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental, éditions Errance, 2003, p. 56.
↑FabiennePomel, « La naissance de Merlin chez Michel Rio ou la réécriture palimpestueuse et spéculaire »,Cahiers de recherches médiévales et humanistes,no 19,(lire en ligne, consulté le)
↑abc etdJean-Michel Picard, « Merlin, Suibhne et Lailoken. À propos d'un livre récent »,Revue belge de philologie et d'histoire,vol. 80,no 4,,p. 1495-1503
↑Claude Letellier et Denis Hüe,Le Roman de Brut, entre mythe et histoire, vol. 47 de Medievalia, Paradigme, 2003,(ISBN2868782396 et9782868782397),p. 83
↑Richard Trachsler,Clôtures du cycle arthurien: étude et textes, Volume 215 de Publications romanes et françaises, Librairie Droz, 1996,(ISBN2600001549 et9782600001540),p. 83
↑Emmanuel Philipot, « Contes bretons relatifs à la légende de Merlin » dansMélanges bretons et celtiques offerts à M. J. Loth, Annales de Bretagne, Rennes/Paris, 1927,p. 349-363
↑« Jean Markale donne aussi unMerlin l'Enchanteur. Faut-il l'évoquer ici ? Ce n'est pas sûr. […] À Jean Markale on reproche de trop vulgariser dans des domaines trop larges » dansBien dire et bien aprandre: bulletin du Centre d'études médiévales et dialectales de l'Université Lille III., Numéro 13, 1994,p. 163
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