Enhébreu, la mer Morte est appeléeYām ha-MelaḥÉcouterⓘ (ים המלח), qui signifie « mer de sel » (Genèse 14:3). LaBible utilise sept fois ce terme[10] aux côtés de deux autres : la « mer de la Arabah » (Yām ha-'Ărāvâ ים הערבה), et la « mer de l'Est » (ha-Yām ha-kadmoni הים הקדמוני). La désignation « mer Morte » n'apparaît jamais dans la Bible. Enprose, on utilise parfois le termeYām ha-Māvet (ים המוות, « mer de la Mort »), en raison de la rareté de la vie aquatique dans cette région[11].
Enarabe, la mer Morte est appelée quelquefoisbaḥrᵘ lūṭᵃ (بحر لوط, la « mer deLoth »). Un autre nom historique en arabe était la « mer de Tzoʼar », d'après la ville voisine deTsoar à l'époque biblique[12]. LesGrecs l'appelaient leLac d'Asphaltites (Attique (dialecte))ἡ Θάλαττα ἀσφαλτῖτης,hē Thálatta asphaltĩtēs, la « mer d'Asphaltite »).
Conséquence de la forte salinité sur les baigneurs. Côte de la mer Morte. Novembre 2019.
L’eau de la mer Morte est une solution desels dont la concentration diffère grandement de lasalinité normale d’unocéan. Lechlorure de magnésium et lechlorure de sodium sont les principaux composants de cette solution. Riches enminéraux, les eaux de la mer Morte sont réputées pour soigner lepsoriasis (guérissable grâce au sel et minéraux de l'eau et au soleil particulièrement chaud dans cette région[réf. nécessaire]) et lesrhumatismes.
Lamasse volumique de l’eau de la mer Morte, de1 240kg/m3[13], est telle qu’un être humain peut y flotter plus facilement qu'ailleurs.
La mer Morte est le point émergé le plus bas de la surface du globe avec unealtitude de −440 mètres[1],[14] sous leniveau de la mer en avril 2025 (−399 mètres en octobre 1976), mais d’autres endroits de lavallée du Grand Rift pourraient un jour la supplanter. Le niveau de l'eau dans la mer Morte descend de 1,45 mètre par an en moyenne[15].
Ces cinquante dernières années, elle a ainsi perdu 28 % de saprofondeur et le tiers de sasuperficie.
L'eau de la mer Morte contient 27,5 % de sels, contre 2 à 4 % pour les eaux de mers[13]. En 1944, l'océanographe françaisJules Rouch mesurait la composition de l'eau en divers points et à plusieurs époques de l'année et notait une concentration plus forte de presque tous les éléments, corrélée avec la profondeur[16].
De plus, la chimie de l'eau varie selon les apports pluviaux.
Se baigner dans la mer Morte ne présente pas de problème pour la santé grâce à la barrière protectrice offerte par lapeau mais cette eau avalée en quantité significative (équivalent d'une quasi-noyade) est hautementtoxique à cause de son taux extrêmement élevé d'électrolytes[18].
Si la peau est protectrice, il a été montré que lepsoriasis permet le passagepercutané de certains électrolytes de la mer Morte (brome,rubidium,calcium etzinc… mais pasmagnésium) dans l'organisme. À cet effet, une expérience a été menée avec des volontaires (sains et psoriasiques) ayant effectué unebalnéothérapie avec l'eau de la mer Morte ou dans des solutions simulées desels de bain[18].
Des animaux (cobayes) ont été placés dans des solutions de sel de bain simulant la mer Morte mais marqués par des quatreradionucléides marqueurs (calcium, magnésium,potassium etbromeradioactif). Après60 min de bain, ces4 marqueurs radioactifs ont été détectés (à l'état de traces) dans le sang et dans certains organes internes des cobayes. Ils s'étaient répartis dans le corps selon un schéma physiologique classique de distribution. Les solutions étaient toutes hypertoniques mais on a observé une nette pénétration de ces quatre sels dissous, tant via l'épiderme sain (humain et cobaye) que lésé (psoriasique)[19].
Durant les derniers 200 000 ans, lasalinité de cette mer a varié (atteignant parfois celle d'aujourd'hui qui a des causesanthropiques)[20]. Avec l’hyper-salinisation, la vie s'y est raréfiée mais pas éteinte. Malgré une salinité de 275 grammes par litre d'eau (contre autour de 35 grammes par litre dans l'océan mondial) quelques microbesextrêmophiles et trèshalophiles y survivent (bactéries etarchées)[20] ainsi que desmicrochampignons halophiles[21]. Depuis près d'un demi-siècle, l'écologie microbienne de la mer Morte et sabiogéochimie[22] font l'objet d'études[23]. Dans la partieanoxique dusédiment, des archéesméthanotrophes consomment leméthane du sédiment[24].
Grâce à la plateforme de forage de l'équipe internationale de chercheurs en mer Morte, et à son programme de forage profond[26], le sédiment de la mer morte commence à être mieux connu[27], et on a montré que des micro-organismes du lac vivent aussi dans toute la colonne sédimentaire[28], bien que le milieu soit hyper-salé, dense, sans lumière etanaérobie.
Des archées du genreHalobacteria avaient déjà été repérées dans les sédiments et en 2019 — sous une épaisseur de 400 m de profondeur de sédiments marins — une équipe de l'Université de Genève a découvert des bactéries[20]. Un indice de présence de bactéries avait été la découverte dans les carottes de sédiments de cires d’esters isopréniques (molécules que les archées ne savent pas produire, mais que des bactéries peuvent synthétiser à partir de fragments d’archées selon Daniel Ariztegui). On pouvait donc supposer que des bactéries se nourrissent d'archées ou de leur cadavre, lanécrophagie étant plus probable que la prédation, car moins exigeant en matière de consommation énergétique[20]. Comme d'autres extrêmophiles, ces bactéries semblent pouvoir fortement réduire leurmétabolisme pour ne se diviser que tous les 100 000 ans environ[20]. Si la salinité continue à augmenter, au-delà d'un certain seuil l'adaptation devient a priori impossible, même en présence de carbone nutritif.« Ce seuil « d’inadaptation » est aujourd’hui inconnu »[20].
À partir de la fin desannées 1980[29], on découvre trois espèces de microchampignons filamenteux vivant dans la mer Morte, dont une espèce nouvelle d'Ascomycota (la description de champignons vivant dans un milieu aussi salé était une première mondiale).
Des spores et du mycélium d'Aspergillus versicolor et deChaetomium globosum survivent jusqu'à huit semaines à la salinité de la Mer Morte[21]. Quatre isolats trouvés en mer Morte (isolats deAspergillus versicolor,Eurotium herbariorum,Gymnascella marismortui etChaetomium globosum) ont survécu 12 semaines dans de l'eau de la mer morte et tous leurs mycéliums survivaient dans de l'eau de la mer Morte diluée à 50 % et 10 %[21]. Les souches prélevées en Mer Morte résistent mieux au sel que celles isolées dans des eaux moins salées. Les spores venant d'isolats provenant des rives émergées de la Mer Morte étaient généralement moins tolérants au sel que ceux des mêmes espèces trouvées dans la colonne d'eau. Il existe donc en Mer Morte des champignons halo-tolérants et/ou halophiles adaptés au sel[21].
Puisque desmicrobes y vivent (et unealgue après les fortes pluies), il était permis de penser que desvirus y sont présents. En, le microscope électronique a effectivement révélé dans la mer Morte« un grand nombre de particules ressemblant à des virus » (on a décompté de 0,9 jusqu'à 7,3 × 107 par millilitre d'eau de la mer Morte lors du déclin d'une prolifération d'archées halophiles). Ces particules pseudo-virales étaient beaucoup plus nombreuses que lesbactéries (en moyenne 4,4 fois plus, et parfois jusque près de 10 fois). Plusieurs formes fréquentes chez les virus ont été observées (forme de fuseau le plus souvent, devant des formes dephages polyédraux et à queue. Des particules minuscules en forme d'étoile, de la taille d'un virus ont aussi été observées, d'origine inconnue, de même que des restes d'algues. Le taux de particules de type viral varie beaucoup selon les époques, laissant penser que comme dans l'océan mondial, les virus jouent ici un rôle majeur dans le contrôle des pullulations d'algues ou de bactéries, dans un environnement où lezooplancton prédateur duphytoplancton est totalement absent[30].
La baisse de lapluviométrie, amorcée il y a 40 000 ans environ, a entraîné, en raison d’une très forteévaporation, une régression du lac et une augmentation constante de sa salinité.
Comme lamer d'Aral et lelac Tchad, la mer Morte a perdu, ces cinquante dernières années, le tiers de sa superficie. Le dessèchement est tel qu’une large bande de terre craquelée la scinde désormais en deux bassins distincts. La cause essentielle en est l’assèchement duJourdain, l'une de ses sources d’eau douce avec les bassins versants dudésert de Judée et de son vis-à-vis jordanien. Une autre cause majeure est l’évaporation de volumes importants d’eau par les usines de production de sel de la mer Morte. Elles seraient responsables de l’évaporation de 300 millions de mètres cubes d’eau par an[réf. nécessaire].
La réduction de la superficie de la mer Morte se poursuit jour après jour, et crée à terme unrisque écologique, économique et géostratégique dans la région.
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La mer Morte attire de nombreux touristes venus du monde entier afin de profiter des curiosités du lieu et des fameusesboues qui entourent la mer Morte. La concentration de sel exerce unepoussé d'Archimède du corps qui flotte inévitablement à la surface rendant ainsi la baignade attractive. Un tourisme cosmétique s'est également développé dans la région comme en peuvent témoigner les nombreux hôtels construits sur le littoral et les centres dethalasso-thérapie[34].
Une des solutions envisagées à l'assèchement de la mer Morte consisterait à construire unpipeline[35] ou creuser lecanal de la mer Morte (surnommé « Canal de la paix » ou ditRSDSC pourRed Sea–Dead Sea Canal), uncanal depuis lamer Rouge, sur une longueur de 180 kilomètres.
En 1902Theodor Herzl imagine de relier la mer morte à lamer Méditerranée, plus proche quoique séparée par un dénivelé important. Plusieurs projets ont été proposés, dont un canal souterrain[35]. Les premiers mètres furent inaugurés parMenahem Begin, mais le creusement fut suspendu puis l’idée abandonnée en 1985.
Le, un accord est signé entre la Palestine, la Jordanie et Israël pour « sauver » la mer Morte. Il s'agit de construire une canalisation depuis la mer Rouge ainsi qu'uneusine de dessalement afin de perfuser l'étendue d'eau en partie asséchée. D'un coût compris entre 250 et 400 millions de dollars, le canal pourra commencer à être creusé lorsque les pays signataires auront sollicité des donateurs et laBanque mondiale[39].
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↑Jules Rouch,Époque contemporaine, tome IV deHistoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957,p. 119.
Que vive la mer Morte, deGerman Gutierrez. Ce documentaire réalisé en 2012 relate les conflits autour de la mer Morte, qui oppose la Jordanie, Israël et la Palestine, ainsi que des intérêts économiques d'entreprises privées, et les conséquences de cette situation sur la réduction de la surface de la mer Morte.