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| Parentèle | Huguette Domange (petite-fille) Christine Géliot (arrière-petite-fille) Martine Géliot (arrière-petite-fille) |
| Mouvements | Musique romantique, musique moderne(d) |
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Mel Bonis (ou parfoisMélanie Bonis, née Mélanie-Hélène Bonis le àParis et morte le àSarcelles) est unecompositricepost-romantiquefrançaise.
Élève notamment deCésar Franck et deCharles Koechlin, elle fait partie, à partir du début duxxe siècle, des artistes les plus avant-gardistes en France. Même si elle ne côtoie pas beaucoup de compositeurs contemporains, son style s'apparente à celui de l'un de ses maîtres,Gabriel Fauré, ainsi qu'à d'autres compositeurs comme Franck etDebussy. Elle a aussi un rôle de pédagogue, notamment auprès des enfants.
Compositrice prolifique, elle compose environ deux cents œuvres tout au long de sa vie, favorisant lepiano, mais composant aussi pour de petits ensembles instrumentaux et quelques œuvres pour orchestre. Faisant partie de la vie mondaine parisienne, elle est coutumière des salons et pioche dans les œuvres littéraires de ses proches la matière de ses mélodies.
Dans les années 1990, elle est redécouverte par les musicologues allemands Eberhard et Ingrid Mayer. Son arrière-petite-fille,Christine Géliot, tâche de faire revivre, avec l'aide de l'Ensemble Mel Bonis, l'œuvre de son aïeule.
Pierre-François Bonis, le père de Mel Bonis, est le fils de deux travailleurs : son père est tisserand tandis que sa mère est blanchisseuse[1]. Il est né à Gentilly le[1]. Il est employé comme contremaître enhorlogerie[2],[3]. Il connaît cependant une évolution professionnelle puisqu'en 1878, il est alors présenté commehorloger électricien, puisnégociant en 1883 et enfinrentier lors de son décès à Sarcelles, le[2].
Marie-Anne-Clémence Mangin, la mère de Mel Bonis, est elle aussi issue du milieu ouvrier. Pierre Mangin, son père, est une figure de laRévolution de 1848 et a été le fondateur de l'Association des ouvriers en limes[4]. Elle travaille commepassementière[2],[3],[5]. Elle s'occupe aussi du foyer situé dans un petit appartement du numéro 24 de larue Rambuteau, dans le4e arrondissement de Paris en 1857, puis au 18 de larue Montmartre à partir de 1860[2].
Mélanie Bonis a deux sœurs, Eugénie-Caroline Bonis, née le et Clémence-Louise Bonis, née le, toutes deux dans le1er arrondissement de Paris. Clémence-Louise meurt le à l'âge de deux ans, tandis qu'Eugénie-Caroline Bonis grandit et épouseGeorges Aboilard, ingénieur civil qui a fait fortune dans le domaine des télécommunications[2],[3].
Née le à Paris, Mel Bonis reçoit une éducation religieuse stricte[6]. Sa mère lit notamment à ses deux filles, Mélanie et sa sœur,L'Imitation pour les tout petits, leur inculquant dès l'enfance les principes de lareligion catholique[6]. De plus, à l'école, Mel Bonis a de la facilité et du goût pour l'étude bien qu'elle ne tienne pas en place[7]. Elle ressent, très vite, une grandepiété et une grandefoi qu'elle conserve toute sa vie[7].
Elle étudie enautodidacte et reçoit des leçons depiano et desolfège à partir de ses douze ans[8]. Jusqu'en 1876, elle travaille sa technique pianistique et déchiffre et joue sans problème. Elle possède sensibilité et finesse, et réussit même à improviser avec uneimagination débordante[9]. C'estHippolyte Maury, professeur decornet à pistons, qui l'introduit auprès deCésar Franck[10]. Ce dernier lui enseigne alors le piano en cours particulier puis l'encourage à se présenter aux examens d'entrée duConservatoire[10].


C'est le que Mel Bonis entre auConservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris[5],[8], sans se présenter au jury et par décision du directeurAmbroise Thomas[11]. Elle intègre la classe d'écriture musicale, qui regroupe les cours d'harmonie, d'accompagnement aupiano, d'orgue, decontrepoint et defugue[12]. Elle suit les cours d'harmonie et d'accompagnement au piano d'Ernest Guiraud, la classe d'orgue de César Franck[8]. Elle croise aussi comme professeurNapoléon Alkan,Albert Lavignac,Antoine Marmontel mais aussiAdolphe Danhauser etJules Massenet[13]. Puis la séparation des classes d'harmonie et d'accompagnement au piano la place sous la baguette d'Auguste Bazille[8]. Elle reçoit dès 1880 un premier prix d'harmonie[8],[14]. Elle suit à nouveau les cours d'Ernest Guiraud, promu professeur des classes de contrepoint et de fugue[8]. Cependant, elle quitte cette classe en 1881, probablement sous la pression de ses parents qui refusent sa relation avec le chanteurAmédée-Louis Hettich[8].
Dans les classes de composition, Mel Bonis est d'abord soumise au règlement en vigueur depuis 1850 avant de se conformer au règlement de 1878[11]. Elle est l'une des premières femmes à entrer dans les classes de composition[15], succédant à Athalie Legrain, première femme à entrer en classe d'orgue[16]. C'est dans les années 1860 que les premières femmes entrent en classe de composition, avecCharlotte Jacques, qui entre dans la classe d'Aimé Leborne[17]. En 1878, sous le directorat d'Ambroise Thomas, s'ouvrent pour la première fois de l'histoire duConservatoire de Paris deux classes d'harmonie pour les femmes[18]. Mel Bonis est lauréate de cette classe et obtient en 1879 le Second prix, puis l'année suivante, en 1880, le Premier prix d'harmonie[19].
Mel Bonis est donc l'une des premières élèves d'Ernest Guiraud, en compagnie d'Eugène Piffaretti, Paul-Marie Jeannin etClaude Debussy[20],[21]. Mel Bonis est très appréciée, ainsi qu'en témoignent les vœux envoyés par Ernest Guiraud pour l'année 1880 :« Comme je serais embarrassé d’avoir un jour à vous gronder comme professeur si vous n’étiez pas de celles auxquelles on n’a que des éloges à faire. Ayez vos deux premiers prix aussi beaux que tout le monde y compte »[22]. Dans la classe d'accompagnement piano, les élèves sont plus nombreux et Mel Bonis n'y est plus la seule femme : l'accompagnentBlanche Sorbier,Françoise Vacher et Marie Archainbaud[23]. En démissionnant, la compositrice interrompt prématurément son cursus de composition[24]. Elle reçoit un second prix d'accompagnement dans cette classe en 1879[25].
En, son maître Auguste Bazille dit d'elle qu'elle est« la plus forte de la classe mais la peur la paralyse »[22].

Le premier morceau de Mel Bonis est une pièce pour piano intituléeImpromptu qu'elle signeMel Bonis : c'est le pseudonyme qu'elle choisit pour ne pas être reconnue comme femme en tant que « compositeur »[26]. Ensuite, elle écrit deux mélodies en collaboration avecAmédée-Louis Hettich sur deux poèmes de sa main,Villanelle etSur la plage. Hettich est journaliste àL'Art musical[22].
Au cours des années 1890, Mel Bonis retrouve Hettich et collabore à sa célèbre collectionLes airs classiques. Ils travaillent ensemble : elle compose des mélodies et des chœurs sur les textes du poète et il l'aide à faire valoir sa musique tout en lui ouvrant les portes des grands éditeurs parisiens[27].
Mel Bonis compose plus que jamais dans les années 1900. La compositrice se concentre maintenant sur la musique religieuse où elle essaie de rencontrer« l'amour divin » qui s'exprime, par exemple, dans sonCantique de Jean Racine écrit à la mémoire de son fils disparu[28].
SaSonate pour violoncelle et piano est créée lors d'un concert de laSociété des compositeurs de musique (SCM) le[29].
Mel Bonis meurt le et est enterrée à Paris, aucimetière de Montmartre (24e division)[30].
Mel Bonis rencontreAmédée-Louis Hettich au Conservatoire de Paris en 1879, à l'âge de 21 ans[31]. En novembre 1881, elle envisage de se présenter au concours duprix de Rome, malgré la controverse que provoque son projet : le concours ne sera ouvert aux femmes qu'en 1903. Elle ne participe pas au concours et arrête soudainement ses études« pour des raisons familiales »[32]. Cela tient au fait que les parents de Mel Bonis ne voulaient plus la voir fréquenter Amédée-Louis Hettich. Si la compositrice en est amoureuse, sa famille ne voit pas cette relation d'un bon œil et décide donc de préparer un mariage de convenance avec un autre homme : Albert Domange[5]. Elle épouse ce dernier en 1883 à l'âge de 25 ans, alors qu'il a lui-même47 ans[33]. Elle continue cependant de croiser Amédée-Louis Hettich dans les années 1890. De fait, sa liaison avec le poète-chanteur entraîne la naissance d'une fille adultérine, le, Madeleine Quinet née Hettich[34]. Néanmoins, Mel Bonis n'abandonne pas sa fille et se fait passer pour sa marraine[5] pour la protéger et garder un lien avec elle. Elle l'introduit même dans la famille qu'elle a construite avec Albert Domange. Le fils d'Albert Domange et de Mel Bonis, Édouard, tombe par hasard amoureux de sa demi-sœur secrète au retour de laPremière Guerre mondiale[35],[22]. Ne pouvant laisser une relation incestueuse s'établir, Mel Bonis leur révèle alors leur lien de parenté : ils sont frère et sœur. Cette révélation reste cependant secrète, et personne d'autre qu'eux trois n'est alors au courant[36],[22]. Édouard épousera une autre femme, Françoise Duroyaume[37],[22].
À l'âge de25 ans, elle épouse Albert Domange qui est alors âgé de47 ans, deux fois veuf et père de cinq enfants[33]. Albert Domange est un riche entrepreneur spécialisé dans le cuir industriel, il est propriétaire de la maison Scellos, qui devient en 1883 Domange etCie. Mel Bonis et Albert Domange s'installent dans un hôtel particulier près duparc Monceau, et passent leur temps libre entre la propriété deSarcelles et une villa àÉtretat[38]. Ils ont trois enfants : Pierre, Jeanne et Édouard Domange[39]. Le mari de Mel Bonis meurt le[40].


Mel Bonis laisse une œuvre importante d'environ deux cents pièces, dont l'essentiel est composé entre 1892 et 1914[41].
Sa musique, de stylepostromantique, est bien inscrite dans son époque[41]. Elle est très variée, allant du drame à l’humour, souvent vigoureuse et sensuelle, avec des dépaysements impressionnistes ou orientalistes, toujours très bien écrite et d’une grande sensibilité[42].
Mel Bonis ne s'est pas fait connaître de son vivant par sa musique d'Église[43], qui ne représente que 10% de sa production musicale[43]. Elle reçoit cependant pour saPrière de Noël les félicitations de son professeurLouis-Albert Bourgault-Ducoudray, qui en est le dédicataire[43]. De même,Alexandre Guilmant, qui est le cofondateur de laSchola Cantorum de Paris, se montre très élogieux envers l'Ave Maria que compose la compositrice en 1904[43] :« C'est un morceau d'un sentiment exquis et d'une écriture fort intéressante ; je l'aime beaucoup et je vous adresse toutes mes sincères félicitations »[44]. De plus, sonPanis angelicus a été publié dans la revueSainte-Cécile[45]. Il faut rappeler cependant que Mel Bonis n'a été nimaître de chapelle, ni titulaire d'une tribune d'orgue prestigieuse, même si elle tient occasionnellement les orgues des paroisses d'Étretat et deSarcelles[43].
Guillaume Avocat distingue la musique religieuse de la compositrice en deux catégories : d'une part lesmotets latins destinés à laliturgie, et d'autre part les mélodies françaises destinées au concert ou à un usage domestique[43]. Cependant, les premières œuvres n'ont pas été composées dans le but d'accompagner lescérémonies religieuses, et les mélodies ne s'inscrivent pas dans la tradition ducantique spirituel[46].
Dans son recueilSouvenirs et Réflexions, la compositrice note que la musique doit toujours allier simplicité et expressivité, avec une concordance parfaite du fond et de la forme[47],[48]. De plus, l'idée musicale ne se suffit pas à elle-même : même brillante, elle doit avant tout être structurée[48]. L'attachement à ce principe vient notamment du fait que la compositrice a reçu une éducation stricte et très religieuse[49],[50]. Cetraditionalisme se retrouve dans sa conception de la création musicale[49]. Cependant, Mel Bonis n'admet pas pour autant l'excès de sentimentalisme[49]. Selon Guillaume Avocat,« la musique doit toucher l'âme, mais c'est un art qui nécessite de la rigueur dans la structure et de la mesure dans l'expression »[49]. Pour la compositrice, la musique est un moyen d'approcher le monde immatériel, d'effleurer le monde inatteignable de Dieu[51]. Les œuvres vocales religieuses de la compositrice ne contiennent aucune virtuosité ni aucun tour de force musical[51]. Elles sont bâties sur de petites formes et sont très contemplatives, dans l'esprit des petits motets deGabriel Fauré ou deThéodore Dubois[51].
L'œuvre vocale de la compositrice comprend un total de 44 mélodies qui s'étalent sur la quasi-totalité de sa vie[52]. La mise en musique de poèmes semble faire partie de ses premières compositions, et même si elles sont publiées après son mariage, certaines semblent dater de la période où elle était encore élève au conservatoire[52]. Elles sont, pour la plupart, écrites pour voix soliste avec accompagnement de piano, mais on peut trouver aussi des duos vocaux, des accompagnements de harpe ou d'orgue[52]. La période au cours de laquelle Mel Bonis a été la plus prolifique dans le domaine de lamélodie française correspond aux années 1880 et 1890[52].
Les thèmes abordés sont les situations amoureuses, notamment sur les poèmes de son amantAmédée-Louis Hettich, mais aussi les thématiques de Noël, des mélodies dédiées à ses enfants, des œuvres qui parfois se font plus spirituelles, surtout vers la fin de sa vie[52]. SelonMylène Dubiau, les mélodies de Mel Bonis représentent les différentes facettes de la compositrice : l'insouciante, l'amoureuse, la jeune mère, la femme spirituelle[52]. À l'inverse de ses contemporains, ses poèmes sont rarement tirés des grands recueils des poètes romantiques ou parnassiens, ou des poètes d'avant-garde[53]. Ce sont des textes d'écrivains et écrivaines qu'elle côtoie, au Conservatoire puis dans sa vie privée et dans les salons[53].
Les textes de ses mélodies entre 1884 et 1903 viennent essentiellement de trois auteurs, qui sont ses contemporains et amis : Amédée-Louis Hettich,Édouard Guinand etMadeleine Pape-Carpantier[54]. C'est notamment avec le recueil desVers à chanter, paru en 1899 auxéditions Alphonse Leduc, que la compositrice écrit près d'un quart de toute sa production mélodique[54]. C'est ensuite Édouard Guinand qui est mis en musique avec six poèmes[55]. Trois de ces mélodies pourraient être mises ensemble, sans pour autant former un cycle, mais qui évoquent l'atmosphère poétique de l'auteur :Viens,Mirage etChanson de printemps[55]. Toutes les mélodies sont tirées du recueilAu courant de la vie : stances, sonnets, poèmes, paru en 1885[56].
Mel Bonis a, comme d'autres compositrices de son époque, écrit elle-même le texte de certaines de ses mélodies[56]. Ces pièces sont plus humoristiques, et sont souvent écrites sous pseudonyme, comme celui de Léon de Poul ar Feuntoun[56]. Elle emploie aussi le pseudonyme de Léon Rimbault, abbé, qui signe le texte d'Allons prier ![56]. Enfin, le quatrième auteur de prédilection est une autrice :Madeleine Pape-Carpantier, fille deMarie Pape-Carpantier[57]. On trouve enfin un poème deLeconte de Lisle et un deVictor Hugo[57].
Enfin, un autre poète l'emmène, dans les années 1910, vers un autre style :Maurice Bouchor[57]. Ces mélodies, écrites à la veille de laGrande Guerre sont restées inédites du vivant de la compositrice[58].

Sa musique pour orgue est en grande partie composée après laPremière Guerre mondiale, bien que l'origine de cette inspiration remonte à sa rencontre en 1876 avecCésar Franck[59]. C'est en 1876 que Mel Bonis commence des cours particuliers avec le Maître, qui l'a aidée pour son admission auConservatoire[60]. Elle fréquente alors la classe d'orgue et y reçoit de précieux conseils de composition[59]. Mel Bonis a l'occasion de jouer sur les orgues de Sarcelles, d'Étretat, ou encore sur celui qu'elle fait installer dans son hôtel particulier duboulevard Berthier à Paris[59].
La musique pour orgue comprend 27numéros d'opus, mais la plupart de ses œuvres ne sont pas publiées de son vivant[61]. Il faut attendre 1906 pour que Mel Bonis compose sa première œuvre pour orgue, lePrélude en ut mineur, qui évoque clairement laSymphonie en ré mineur de César Franck[61]. C'est à partir de cette année que commence aussi la correspondance de Mel Bonis avec l'organisteDésiré Walter, qui fait jouer la musique de la compositrice à ses élèves àVillefranche-sur-Saône[62]. C'est aussi à partir de cette période-là que Mel Bonis commence à composer des pièces plus développées et conçues spécifiquement pour le grand orgue[62]. Par l'intermédiaire de Désiré Walter, Mel Bonis entre en contact avec l'abbéJoseph Joubert, organiste de lacathédrale deLuçon[62]. En 1913, la première pièce pour orgue de Mel Bonis est publiée par l'abbéHenri Delépine[63]. Cependant, la guerre mettra un terme aux rêves de publication des pièces pour orgues de la compositrice[63].
Mel Bonis correspond aussi avec de nombreuses personnalités du monde de l'orgue, comme le concertisteJoseph Daëne, organiste de l'église Saint-Ferdinand deBordeaux, avec qui elle correspond entre 1898 et 1905[64]. Le deuxième correspondant chronologiquement est Désiré Walter, avec qui elle correspond entre 1906 et 1933[65]. Elle correspond aussi avec les abbés Delépine, d'Arras et Joubert. Les œuvres de Mel Bonis sont jouées à lacathédrale de Luçon, mais aussi àNotre-Dame-en-Saint-Melaine, àRennes, grâce àCharles-Augustin Collin[65]. À Paris, c'est dans l'église Saint-Dominique, et sous les doigts d'André Bürg que résonne la musique de Mel Bonis[65]. Elle correspond aussi avecAlbert Trotrot-Dériot,Jacques Vinour et surtoutHenri Letocart à qui elle demande une révision de ses pièces pour orgue[66].
La production musicale de Mel Bonis donne, comme celle deFrédéric Chopin etGabriel Fauré, une place centrale au piano[67].
L’œuvre pour piano de Mel Bonis est abondante, diverse par le caractère et par le niveau de difficulté. Elle se compose de nombreuses pièces et recueils pour piano seul, de plusieurs suites et morceaux à quatre mains, de deux œuvres pour deux pianos et de cinq recueils de pièces pédagogiques commel'Album pour les tout-petits[68].
L’œuvre pour piano seul comporte 67 pièces éditées, et trois inédits. Elle est composée tout au long de la vie de la compositrice et évolue avec les années, les compositions d’avant leXXe siècle étant plus empreintes deromantisme, celles d’après, plusimpressionnistes, l’ensemble étant ponctué de pièces légères. Comme le reste de l’œuvre, le corpus de piano de Mel Bonis est bien ancré dans son temps. De stylepostromantique, on y découvre ce qui définit les compositions de cette époque : le romantisme, le caractère descriptif, l'impressionnisme, le « style ancien » dans certaines danses, l'orientalisme notamment dans lesFemmes de légende, et le stylesalon pour les pièces légères – certaines pièces pouvant se situer aux confins de l’un ou de l’autre. Comme pour l’ensemble de l’œuvre, le piano de Mel Bonis se caractérise par sa richesse harmonique[68].
« Chez elle, écrit Eberhard Mayer, les gemmes impressionnistes sont insérées d’une manière souveraine, mais toujours avec une volonté créatrice conforme au modèle classique. »
A l’origine, les œuvres pour piano sont publiées chezLeduc, puis chezDemets dont le fonds sera repris parEschig, et, pour les plus tardives, chezSenart. Ce sont essentiellement des publications de pièces séparées, mais aussi des ensembles de pièces formant une collection (commeBourrée,Pavane etSarabande, comme les pièces de laSuite en forme de valses, comme les 3 puis cinq pièces de chez Leduc aux prénoms féminins qui formeront la base de ce qui sera appelé ensuite lesFemmes de légende), et enfin trois recueils -5 pièces musicales chez Durdilly, 1889,Cinq pièces chez Leduc en 1897, etCinq petites pièces pour le piano (à Madeleine Quinet) chez Senart en 1929. Après les années de purgatoire de l’œuvre de Mel Bonis, entre 1937 (mort de la compositrice) et 1997 (commencement de la redécouverte en France), au cours desquelles ces éditeurs sortirent les œuvres de Mel Bonis de leurs catalogues, leséditions Furore, à Kassel en Allemagne entreprirent de publier l’intégrale de ses œuvres pour piano (à l‘exception des pièces pédagogiques). Entreprise en 2004, terminée en 2018, cette collection,Mel Bonis, œuvre pour piano[69] comporte 11 volumes, dont 8 pour le piano solo[68].
Pour le piano seul, Furore a fait un classement en trois catégories. La plus représentée, lesPièces pittoresques et poétiques – 30 pièces en 3 volumes – est ainsi décrite dans la préface par Eberhard Mayer :« Ce sont de ravissants tableaux à l’ambiance romantique, impressionniste que lui inspirent les phénomènes de la nature et la poésie. On y trouve des structures d’une étonnante expressivité… »[70]. LesDanses – 17 pièces en 3 volumes – sont des pièces légères conformes au goût de l’époque et auxquelles Mel Bonis apporte un charme unique (Mazurka,habanera,Bolero etc. Au total, on compte 12 valses). LesPièces de concert, au nombre de 8, sont essentiellement romantiques, plus longues, d’un haut niveau d’exigence, souvent virtuoses comme laBarcarolle opus 71, laBallade et l'Etude en sol b. Le volume des 7 « Femmes de légende » œuvres à la fois descriptives, impressionnistes, orientalisantes et virtuoses forme un ensemble indépendant dans sa thématique avec ses portraits de femmes mythiques commeOphélie etMélisande[68].
Elle-même pianiste, Mel Bonis interprète souvent ses propres œuvres, notamment en concert[67].
On retrouve cependant dans son œuvre une grande part de citations ou de réminiscences d'autres œuvres, qu'elles soient de Mel Bonis ou d'une autre personne[71]. On retrouve cela dans plusieurs de ses œuvres commeIl pleut ou saBerceuse, qui reprennent respectivement les mélodiesIl pleut, il pleut, bergère etDodo, l'enfant do[71]. Elle fait preuve aussi de citations plus « sérieuses », comme dansla Cathédrale blessée où la compositrice cite leDies irae, mais aussi une citation duGibet deGaspard de la nuit deMaurice Ravel[72].
Selon Jardin, au sein des œuvres pour piano de Mel Bonis, legenre le plus représenté est lavalse[73]. Les valses de la compositrice sont d'une écriture qui conserve élégance et distinction tout en étant accessibles au grand public[73]. Bonis remporte même le prix de la revuePiano-Soleil en 1891 pour sa valse desGitanos[73]. Le corpus des œuvres pour piano de la compositrice comprend également tout un pan d'œuvres qui s'inscrivent dans la tradition des genres pour piano hérités des compositeurs romantiques[73]. Cela comprend l'Impromptu, laBerceuse, laBallade, la romance sans parole, laBarcarolle, etc[74]. Une troisième partie de ce corpus comprend des pastiches de musique duxviiie siècle[75]. Une quatrième et dernière partie comprend des œuvres aux exigences techniques manifestes, parmi lesquelles des pièces comme lesFemmes de légendes (Ophélie,Viviane,Phœbe,Salomé,Omphale,Mélisande etDesdemona)[76].

Selon Florence Launay,« Mel Bonis fut la plus prolifique des compositrices françaises de musique de chambre du début duXXe siècle avec une trentaine de pièces dont la composition s'étale de 1892 à 1936. Elle donne au travers de ses œuvres maintes preuves de son inspiration et de son savoir-faire. Au-delà de sa technicité indéniable, sa musique frappe surtout par une qualité de nostalgie, une sensualité, une profonde mélancolie, reflets certains de sa propre relation quasi mystique à la musique. »[77].
La musique de chambre de Mel Bonis est une part importante de l'œuvre de la compositrice, et elle se divise en deux catégories : les pièces de caractères d'une part, et d'autre part les œuvres de tradition classique[78]. Les pièces de caractères se présentent comme des œuvres individuelles ou en groupe et sont le pendant des miniatures pour piano[78]. Elles reprennent l'idée de titres suggestifs comme dans lesScènes de la forêt[78]. Les œuvres de tradition classique privilégient des conventions formelles spécifiques et certaines formations comme la sonate pour instrument soliste avec piano[78]. Ces œuvres sont écrites pendant deux périodes distinctes : de 1904 à 1907 et de 1923 à 1927[79].
Les premières pièces de caractères de Bonis ont une esthétiquefin de siècle, proche de celle des compositeurs en vogue à la fin duXIXe siècle commeCharles Gounod,Jules Massenet,Léo Delibes ouCamille Saint-Saëns[79]. Cette esthétique se déploie ensuite vers un rapprochement des compositeurs d'avant-garde commeGabriel Fauré etClaude Debussy[79]. C'est sous cette esthétique que se rangent les œuvres de tradition classique[79]. SelonFrançois de Médicis, laSuite orientale, pour piano, violon et violoncelle, est un exemple du premier style de Mel Bonis[80].
Les œuvres de tradition classique ont généralement une structure en trois ou quatre mouvements[81]. L'on y distingue deuxquatuors avec piano, lequatuor en sib et lequatuor en ré, trois sonates -pour flûte,pour violoncelle etpour violon, et uneFantaisie en septuor. Sauf pour laSonate pour violoncelle et piano qui est en trois mouvements, toutes les autres œuvres sont en quatre mouvements avec en deuxième place les traditionnelsmenuets ouscherzo. De plus, les premiers ou derniers mouvements sont souvent introduits par une introduction lente ou dans le tempo principal[81].

L'œuvre orchestrale de Mel Bonis est relativement restreinte et ces dernières existent souvent d'abord dans une autre version, pour piano ou pour musique de chambre[82]. C'est probablement parce qu'elle a été peu programmée au concert que la compositrice a choisi de proposer différents formats de ses œuvres pour pouvoir être jouée dans les salons[82]. Les œuvres orchestrales qui nous sont parvenues sont d'une esthétique post-romantique et présentent une richesse harmonique et une recherche rythmique qui évoquent tour à tour le milieu mondain ou un orientalisme idéalisé[82].
C'est à partir de 1901 qu'elle commence à travailler la matière symphonique puisque son professeur Louis-Albert Bourgault-Ducoudray la recommande notamment aux concerts symphoniques hebdomadaires qui se donnent le jeudi à l'Olympia sous la direction deM. Planel[83]. De même,Gabriel Parès, dans une lettre datant du, lui demande une œuvre pour orchestre seul ou pour orchestre avec chœur[83]. Elle écrit ainsi plusieurs œuvres orchestrales que Xavier-Romaric Saumon analyse : laSuite en forme de valse[84], laSuite orientale[85], le triptyque formé de laPavane, de laSarabande et de laBourrée[86], de laFantaisie pour piano et orchestre[87] et enfin desFemmes de légendes que sontSalomé,Ophélie etLe Songe de Cléopâtre[88]. S'ajoutent à cela trois mélodies pour voix et orchestre[89].
Pourtant, Mel Bonis n'étudiera la composition orchestrale qu'à l'âge de cinquante ans, avecCharles Koechlin[90]. Elle le rencontre probablement au sein de laSociété des compositeurs de musique[90]. La compositrice commence donc ses cours avec lui au début de l'année 1908 et ils durent jusqu'en 1909[90]. De ces cours, il reste un cahier de prise de notes qu'elle conservera en mémento[91].


La redécouverte de la compositrice a débuté avec Eberhard Mayer, à la suite de la lecture duGuide à l'usage des amateurs de quatuors pour piano, par l'historien allemandWilhelm Altmann[92],[93]. Avec sa compagne Ingrid Mayer, ils cherchent des partitions dans les grandes bibliothèques européennes à Berlin, Munich, Vienne et Londres, avant de poursuivre à laBibliothèque nationale de France en 1986[94]. C'est alors qu'ils découvrent les partitions duQuatuor avec pianono 1, de laSonate pour flûte et de laSonate pour violoncelle[94].
À partir de 1994, Eberhard Mayer intègre les deux sonates dans les programmes des concerts de l'ensemble Mel Bonis, composé à partir de 1998 de Friedwart Goebels (pianiste), Kerstin von Bargen (violoniste),Stephan Seeliger (altiste),Ruth Kronen (flûtiste) etGregor Huber (violoniste)[95]. Cette même année, ils ont redécouvert le diptyqueSoir ! Matin ![96]. À partir de la fin de l'année suivante, l'ensemble intègre autant que faire se peut leQuatuor avec pianono 1 qui, de l'avis de tous les membres, est un chef-d'œuvre de la compositrice[97].
C'est à partir de 1996 que commence ce qu'Ingrid Mayer appelle la« période correspondance », où le couple entre en contact avec des institutions diverses, afin d'en apprendre plus sur la compositrice[98]. Ils contactent notamment laBnF pour savoir s'il existait d'éventuelles archives de la compositrice, ce à quoi la réponse est négative. LaCité de la musique - Philharmonie de Paris ne leur répondra même pas, de même que laBibliothèque musicale Gustav Mahler[98].
Sur les conseils d'une collègue, Ingrid Mayer recontacte laSociété des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique en contactant le Service des Affaires sociales. C'est par leur intermédiaire qu'elle prend alors contact avec Yvette Domange, petite-fille et ayant droit des œuvres de Mel Bonis[99]. La rencontre donne ainsi lieu à un concert le, organisé par la descendante de la compositrice et l'ensemble, devant la famille et de nombreux invités[100]. Le concert fut notamment enregistré. C'est à ce moment-là que l'ensemble Mel Bonis fait la rencontre deChristine Géliot, arrière-petite-fille de Mel Bonis et ancienne enseignante de piano au conservatoire d’Asnières[5], qui leur fait rencontrer son cousin Étienne Brochot, qui héberge dans sonchâteau de Ravel des concerts du festival desConcerts de Vollore, dont le directeur artistique est le pianisteLaurent Martin[101]. C'est grâce à lui et Christine Géliot que se fait notamment le déchiffrage des œuvres de Mel Bonis, pendant qu'en même temps, Ingrid Mayer commence un catalogue[102]. Ingrid Mayer fait ainsi état d'une soixantaine d'ouvrages pour le piano, une trentaine d'œuvres pour orgue et quantité d'œuvres vocales[102]. Selon Christine Géliot, le cœur de métier de la compositrice reste la musique de chambre.
C'est à ce moment-là que l'arrière-petite-fille de Mel Bonis se penche sur la vie de la musicienne, bien qu'elle connût depuis longtemps l'existence d'un secret de famille[102]. Elle découvre alors que Mel Bonis a eu une fille cachée tout en s'occupant d'apporter des documents nouveaux au couple Mayer. L'un des premiers moments forts de la redécouverte de l'œuvre de la compositrice a été le concert organisé par le couple Mayer, pour Yvette Domange, Christine Géliot et la Société franco-allemande auchâteau de Morsbroich, àLeverkusen, le[93],[103]. C'est lors de ce concert que les différents acteurs de cette redécouverte rencontrent la musicologueFlorence Launay[104].
Dès lors, beaucoup de concerts donnés par l'ensemble Mel Bonis seront des« concerts-portrait », alternant musiques et commentaires sur sa vie et son œuvre[104]. C'est à partir de 1998 qu'Eberhard Mayer publie une première présentation de la vie de la compositrice :Mel Bonis: (Melanie Domange, geb. Bonis 1858 - 1937): eine bemerkenswerte und doch vergessene Musikerin und Komponistin aus Frankreich[105]. Dans le même temps, Christine Géliot publie une biographie romancée de son ancêtre, la première édition datant de 1998 et publiée en 2000 et la seconde parue en 2009, avant d'être traduite en allemand en 2015 et publiée auxéditions Furore[105].
La redécouverte de la compositrice passe autant par ses œuvres musicales que par ses textes, recueillis dans un petit fascicule publié en 1974 et portant le nom deSouvenirs et Réflexions
(Wikisource), qui a permis de comprendre que la rigidité de ses idées morales et sa conception de l'essence de la musique venaient avant tout de son éducation religieuse[106].

Pierre Deville, directeur du conservatoire et chef de l’orchestre symphonique de la ville, est désireux de faire connaître Mel Bonis :« C'est une compositrice de talent qui a vécu àSarcelles, c'est un pan de l'histoire de la ville et de la femme. Le fait qu'elle soit méconnue donne un intérêt à jouer ses œuvres »[93].
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