Son premier tableau connu date de 1876. À partir de 1885, et durant une quinzaine d'années, il s'inscrit dans le mouvementnéo-impressionniste : il use de la technique dudivisionnisme (oupointillisme), développée parGeorges Seurat. Il revient par la suite à une facture plus classique, mais qui garde l'harmonie et la luminosité de sa première période.
Maximilien Luce naît dans le7e arrondissement deParis le de Charles Désiré Luce,comptable, et de Louise Joséphine, née Dunas. En 1870, il obtient soncertificat d'études. Durant laCommune, il suit les cours de dessin de l'École des arts décoratifs de Paris. En, il a13 ans quand il assiste à la répression contre les communards[2]. Il va rester marqué toute sa vie par ces événements[3]. En 1872, il entre en apprentissage dans l'atelier degravure sur bois d'Henri Théophile Hildibrand, et il suit des cours du soir dans l'école de dessin et de modelage de larue de Vaugirard. Il est admis aux cours de dessin que le peintreDiogène Maillart donne aux ouvriers desGobelins[4]. En 1876, il devient ouvrier graveur dans l'atelier d'Eugène Froment, qui produit notamment des gravures sur bois pourL'Illustration. Luce fréquente l'Académie Suisse. Il exécute son premier tableau connu,Jardin à Montrouge, ouLe Jardin au Grand Montrouge[4]. Il étudie d'après modèle deux années durant dans le célèbreatelier de Carolus-Duran.
Le, il est incorporé au48e régiment d'infanterie de ligne, àGuingamp, au titre du service militaire. Il y fait la connaissance du peintreFranck Antoine Bail, du futurprésidentAlexandre Millerand et de Frédéric Givort, un cordonnieranarchiste. En 1881, sur intervention deCarolus-Duran, Luce est mis en subsistance[5] au détachement du48e RIL, à Paris[4]. Il peut ainsi fréquenter à nouveau l'atelier de Carolus-Duran, et retourner travailler chez Eugène Froment. Par l'intermédiaire deCharles Baillet, ami d'enfance de Frédéric Givort, il intègre le groupe anarchiste du14e arrondissement. En, il est libéré de ses obligations militaires[4]. L'invention de lazincographie ayant sensiblement réduit les débouchés de la gravure sur bois, Luce devient peintre à plein temps[6],[7].
La Toilette (1887), Genève, association des Amis du Petit Palais.
Les années 1884 à 1886 marquent un tournant important dans l'histoire de la peinture. En 1884, des artistes souhaitant exposer librement et s'affranchir de l'influence de tout jury créent leSalon des indépendants[8]. L'un d'eux,Georges Seurat, s'inspirant de travaux scientifiques, renonce au mélange des couleurs sur la palette, qui fait perdre de la luminosité. Il procède par juxtaposition de points decouleurs complémentaires. Il compose ainsi une lumière que l'œil du spectateur va synthétiser[9]. Georges Seurat parle de cette division des tons comme dechromo-luminarisme ou dedivisionnisme[10] (tandis que des critiques parlent depointillisme[11]). Cette application scientifique duTraité des couleurs rompt avec la spontanéité « romantique » de l'impressionnisme[12]. Le premier grand tableau de Seurat appliquant sa théorie,Un dimanche après-midi à l'île de la Grande-Jatte, fait sensation en, à lahuitième et dernière exposition impressionniste. En septembre, le critiqueFélix Fénéon, donne au divisionnisme le nom denéo-impressionnisme[13]. De 1884 à 1886, Luce effectue plusieurs séjours àLagny-sur-Marne, en compagnie d'Émile-Gustave Cavallo-Péduzzi et deLéo Gausson, qu'il a connus à l'atelier d'Eugène Froment. Les deux peintres le tiennent informé des recherches de Seurat, ils l'initient à sa technique[3]. C'est à Lagny-sur-Marne, en 1885, que Luce commence à produire dans une facture divisionniste[14].
Maximilien Luce lors de son arrestation le pour « anarchisme ». Photographie d'Alphonse Bertillon.
Au printemps 1887, les œuvres des néo-impressionnistes sont réunies pour la première fois au Salon des indépendants[15]. Luce y expose sept toiles divisionnistes[16]. Il y fait la connaissance de Georges Seurat, du critique anarchiste Félix Fénéon et des peintres néo-impressionnistes et anarchistesCamille Pissarro etPaul Signac. Ce dernier lui achèteLa Toilette[17]. Les œuvres de Luce sont à cette époque de couleurs sombres, d'une« touche serrée[14] ». Ce sont bien souvent des paysages de banlieue[14].
Madame Luce au balcon (1893), localisation inconnue. Ambroisine Bouin, compagne du peintre. Ils se marient en 1940.
Luce est aussi unmilitant libertaire[18]. Le, son premier dessin politique paraît dansLa Vie moderne[17]. Le, il monte à la tribune lors d'une réunion publique du Comité révolutionnaire des Quatre Chemins. Il incite des ouvriers en grève à la violence,« seul moyen pour eux d'avoir gain de cause[17] ». Le,Émile Pouget lance l'hebdomadaire anarchisteLe Père Peinard, auquel Luce collabore régulièrement[19].
En 1893, Luce rencontre Ambroisine Bouin, une jeune fille d'Audierne qui devient sa compagne. L'année suivante, le, le couple a un fils, Frédéric[22]. Le, le président de la RépubliqueSadi Carnot est assassiné par l'anarchisteitalienCaserio. Suspecté de complicité, notamment en raison de sa collaboration auPère Peinard, Luce est arrêté le. Il est incarcéré à laprison Mazas. Mais il est trop tard pour l'inclure dans leProcès des Trente, qui a lieu du 6 au. Il est relâché le, faute d'éléments sérieux contre lui[23]. Il tire de cet épisode dixlithographies sur la vie carcérale. Elles sont réunies dans l'albumMazas, accompagnées d'un texte deJules Vallès[16].
Le petit Frédéric meurt en des suites d'une insolation[23]. Les amis tentent de soutenir les malheureux parents. Les Verhaeren invitent le couple à Bruxelles. Luce et Théo Van Rysselberghe se rendent ensemble àCharleroi. Luce visite uneaciérie. Il éprouve un choc. Le fort caractère dupays Noir et de la vallée de laSambre le laisse tout étourdi[24]. La couleur étant« à peu près absente », il ne juge pas utile de recourir ici à la division des tons, il préfère se fier à son instinct : à partir de cette année-là, il délaisse peu à peu le divisionnisme[25].
Un second fils, prénommé lui aussiFrédéric, qui sera lui aussi artiste peintre, naît le[24]. Luce retourne à Charleroi pour travailler. Il y séjourne trois mois. Il visiteCouillet,Marchiennes,Marcinelle,Châtelet[24]. Il est fasciné par les mines, lesterrils, les usines, les cheminées, leshauts fourneaux. Cet universsidérurgique marque profondément son œuvre[26], lui inspirant des visions d'enfer, de brasiers, de flamboiements dans la nuit,« d'hommes peinant dans une atmosphère étouffante[14] » :L'Aciérie (1895),Hauts Fourneaux à Charleroi (1896)[27]… Au printemps 1897, Luce expose ses premières toiles de Charleroi[24]. En fin d'année, il retourne à Couillet. Il descend dans une mine, visite une aciérie[24]. Cette fascination pour les sujets industriels est partagée par de nombreux artistes. Tout comme Luce, le peintreIgnace-François Bonhommé est épris par le sujet à partir de son voyage en Belgique quelques années auparavant. En 1838, la découverte des forges de Philippeville est déterminante dans sa carrière[28].
En 1898 et 1899, durant l'affaire Dreyfus, Luce soutientZola, puis le colonelPicquart. Il signe une pétition, il produit des dessins dreyfusards[29]. Il publie dansLe Père peinard un dessin représentant les deux éditeurs du journal de propagande antisémitePsst...!,Caran d'Ache etJean-Louis Forain en prostituées qui s'offrent à l'armée et à l' Église[30]. Il est l'un des douze illustrateurs de l’Hommage des artistes à Picquart (1899). En 1899, il effectue un dernier séjour dans la vallée de la Sambre. Du au, son exposition personnelle à la galerieDurand-Ruel connaît un grand succès public et critique[16].
En 1900, il établit son atelier 102,rue Boileau[31]. Au début duXXe siècle, il renonce définitivement aux points de couleur qui ont valu aux divisionnistes le surnom depointillistes[11] : satouche s'étire et s'adoucit, il en vient à une facture plus traditionnelle, mais qui garde l'harmonie et la luminosité de sa première période[14]. En 1902, meurt Eugénie Marie Bouin, la sœur d'Ambroisine. Maximilien et Ambroisine recueillent son fils, Georges. En 1905, au moment de la venue à Paris du roi d'EspagneAlphonse XIII, Luce est emprisonné quelques jours à titre préventif[32]. De 1902 à 1912, il peint les grands chantiers qui remodèlent le visage de Paris. Il consacre une dizaine de toiles à laSemaine sanglante qui a marqué son enfance :Une rue de Paris en mai 1871 (1903-1905),Le, place Pigalle (1906),Vive la Commune (vers 1910),Les Derniers Défenseurs de la Commune, le (1915),L'Exécution de Varlin (1910-1917),La République et la Mort (sans date)[33]…
À partir de 1896, il fournit des illustrations au journal anarchisteLes Temps nouveaux[34]. Il dessine aussi pourLa Bataille syndicaliste. Au début de laPremière Guerre mondiale, il colle à la ligne éditoriale de ce journal, qui défend l'Union sacrée. Il y publie des dessins bellicistes, au grand émoi de Paul Signac. Il refuse de signer la pétition de soutien au pacifisteRomain Rolland[35], considéré par beaucoup comme un traître[36]. La correspondance de Luce montre qu'il croit toujours être un antimilitariste, voyant dans l'Allemagne une incarnation du militarisme[37]. Il refuse de signer, tout en l'approuvant, leManifeste des Seize[38].
Portrait de l'artiste (vers 1925-1930), localisation inconnue : Luce par lui-même.
En 1915 et 1916, il cherche à montrer la portée sociale du conflit en peignant l'activité des gares parisiennes et l'arrière des combats. Loin de l'héroïsation de la propagande patriotique, il témoigne de« la réalité grise, pesante et dépourvue d'éclat[39] » de la guerre. En, son fils est mobilisé[38]. En 1917, grâce à son ami le peintreAlfred Veillet qui y demeure[40],[41], il découvreRolleboise, sur les bords de laSeine. Il y acquiert une maison en 1920 et se partage désormais entre ce lieu et Paris[35], où il quitte la même année la rue Boileau pour s'installer 16,rue de Seine[42].
Il épouse sa compagne Ambroisine Bouin le. Elle meurt à Rolleboise le. À la fin de l'année, Luce démissionne de la présidence des Artistes indépendants pour protester contre la politique de discrimination deVichy à l’égard des artistes juifs[44]. Il meurt à Paris le[45]. Il est inhumé au côté de son épouse, au cimetière de Rolleboise[46].
Vêtu simplement, fréquentant les restaurants populaires, fuyant les salons, Maximilien Luce est qualifié par ses amis d'homme libre, digne, ne faisant aucune concession à la mode, intransigeant avec lui-même et avec les autres. Tous évoquent un caractère entier, franc, rugueux, ne cherchant nullement à plaire, dépourvu de toute vanité, indifférent aux honneurs. Tous soulignent la bonté, le sens de l'amitié de Luce[21].
Lorsqu'il aborde lenéo-impressionnisme, il a déjà, en tant que graveur, une solide formation de dessinateur : il sait traiter le clair-obscur, il sait composer. Le divisionnisme va faire de lui un puissant coloriste qui se distingue par son originalité. CommePissarro, il manifeste une certaine indépendance vis-à-vis de la théorie. Il a un autre point commun avec Pissarro : à l'inverse de Seurat et de Signac, tous deux introduisent des personnes dans leurs paysages[49].
Luce a une prédilection pour les nocturnes, pour les atmosphères incertaines (brumes matinales, temps gris, nuées), il privilégie les dominantes bleues et violettes. Comme les autres néo-impressionnistes, il s'intéresse évidemment aux effets de l'éclairage public :Quai de l'École, Paris le soir (1889),Le Louvre et le pont du Carrousel. Effet de nuit (1890),Le Louvre et le Pont-Neuf la nuit (vers 1892). Et la série de toiles londoniennes lui permet de conjuguer les effets de l'éclairage urbain et de la brume sur le fleuve[51].
En 1895, Luce commence à délaisser la division des tons car il est fasciné par le pays Noir, sa tristesse, ses paysages désolés, la pluie, l'emprise de larévolution industrielle : usines, poussière des terrils, feu, vapeur, métal en fusion. L'activité y est incessante, de jour comme de nuit[25] :« Le jour, un ciel sale de suie, un sol noirâtre, dit le critiqueLouis Vauxcelles, mais, la nuit, quel éblouissement ! Les lueurs vertes du magnésium illuminant la nue, le feu de bengale de ces pyrotechnies métallurgiques, le crachement de flammes, de fumée et d'étincelles[52]… » Luce est saisi par la beauté de cet univers nouveau, par son étrangeté nocturne, par la poésie puissante qui s'en dégage. Son inspiration en est renouvelée[53].
La plupart des anarchistes néo-impressionnistes doutent de l'efficacité d'une peinture à caractère idéologique[34]. Paul Signac estime qu'ils ne peuvent contribuer à l'émancipation du peuple qu'en produisant un art en lutte« contre les conventions bourgeoises et officielles[54] ». Cet art, dit-il, doit rester« purement plastique[55] » : le sujet ne doit pas avoir plus d'importance que la couleur, le dessin ou la composition[54]. C'est donc sans misérabilisme, sans dénoncer l'injustice, sans contester l'autorité que Luce magnifie le dur labeur des hommes. Dans ses toiles consacrées au monde du travail, le drame est absent : Luce ne montre ni les terribles accidents ni les grèves ; c'est dans ses illustrations qu'il se réserve de dénoncer[56]. Félix Fénéon trouve remarquable qu'il ne cède pas au sentimentalisme, qu'il ne fasse pas une féerie du flamboiement des forges, ni un drame de l'horreur des hauts fourneaux et des terrils[57]. Louis Vauxcelles relève lui aussi que Luce ne met ni emphase ni« exagération dramatique[52] ». Il n'est guidé dans ses peintures, noteÉmile Verhaeren, que par le souci d'art[58]. Le même Verhaeren félicite Luce d'avoir traduit« le tumulte des pays de flamme et de charbon : les usines compactes, les hauts fourneaux aux briques calcinées, les cheminées géantes, les terrils géométriques. Vous montriez ainsi, non seulement votre application à revêtir de la parure des couleurs et des lignes des fragments de monde que la beauté semblait bannir de son domaine, mais vous prouviez surtout quel talent aéré, puissant, farouche était le vôtre[58]. »
Luce est issu d'un milieu modeste : son père a été, à ses débuts, ouvriercharron[59]. DèsLa Toilette, en 1887, Maximilien manifeste l'attention qu'il porte aux humbles. Et ses idées anarchistes le font s'intéresser au monde ouvrier. De même qu'il montre le courage des travailleurs des hauts fourneaux, il exalte l'effort de ceux qui construisent les grandes villes.
En 1896, sans avoir recours à la division des tons, il représente lePercement de la rue Réaumur[25]. Ce tableau annonce la série consacrée aux chantiers de Paris, à laquelle Luce travaille de 1902 à 1912. Il n'éprouve pas la nostalgie de l'ancien Paris. Il aime les lignes géométriques des tranchées, des immeubles et des échafaudages. Elles structurent la composition des tableaux, aidées en cela, avec la même rigueur, par le choix des couleurs :« le bleu et le jaune, réveillés de touches rouges ou vertes[60] ». Le peintre reproduit les gestes, les attitudes, les tenues des différentes corporations, les outils, les grues. Ici, pas de lutte des classes comme dans les dessins, mais une œuvre collective où chacun, de l'architecte au manœuvre, tient un rôle bien défini, offrant toute son énergie[60].
Les partisans de l'art moderne condamnent la peinture d'histoire, son exaltation de l'héroïsme, ses valeurs morales suspectes. Les anarchistes, de leur côté, inscrivent leurs revendications dans le présent. Leur seule référence historique est la Commune[34], une Commune dont le souvenir est escamoté par la bourgeoisie, un événement absent de la peinture bourgeoise[61]. Luce innove donc à tout point de vue en se faisant peintre d'histoire. Trente ans après les faits, il évoque la répression de laSemaine sanglante[61]. Si d'ordinaire il réserve le message politique à ses illustrations, s'il refuse de s'engager dans ses peintures consacrées au monde du travail, il prend ici parti pour les victimes. Sa dizaine de toiles consacrées à l'événement ne montre qu'exécutions et massacres[61].
Dans ses peintures de laPremière Guerre mondiale, il se refuse à toute héroïsation. Il préfère montrer la portée sociale du conflit. Il peint l'arrière des combats[62], et consacre une série de tableaux aux gares parisiennes durant laguerre[38] (permissionnaires et leurs familles, blessés, secouristes[63]…) DansLa Gare de l'Est (1917), la souffrance et le désarroi de quelques soldats entassés occupent un premier plan sombre, tandis qu'en arrière-plan sur la place, en pleine lumière, indifférente, l'armée présente son visage martial et guilleret. En octobre et, Luce réunit une cinquantaine d'œuvres sous le titreLes Gares de Paris pendant la guerre. L'exposition passe presque inaperçue[64].
À partir de 1917, à Rolleboise, il a une vision du monde apaisée. Il représente, comme l'avaient fait les premiers impressionnistes, la nature, les bords de Seine, les baigneurs[65] (Rolleboise, la baignade dans le petit bras, vers 1920[66])…
Très présent dans les grands musées, Luce n'a cependant pas la notoriété que mériterait son talent. Ses quatre années de service militaire et ses relations avec le mouvement anarchiste — plus voyantes que celles de ses amis peintres — y sont pour beaucoup[67]. C'est dans ses illustrations qu'il manifeste son engagement politique. Il travaille principalement pourJean Grave etÉmile Pouget[68]. Il s'insurge contre les inégalités sociales, il prêche l'esprit de révolte, l'antimilitarisme[69]. Il ne produit pas de dessinsanticléricaux, sauf en 1909 et 1910, après l'exécution enEspagne du pédagogue libertaireFrancisco Ferrer[70].
« Comme Meunier, il aime l'ouvrier, violemment. Il le suit dans sa vie terrible et étouffée au fond de la terre ; il épouse ses colères et ses rages ; il comprend et appuie ses révoltes. Ses dessins réclament de la justice et de la pitié. Ils sont âpres et frustes […] Ce sont des cris farouches et obstinément lancés[71]. »
Avec Jean Grave (La Révolte,Les Temps nouveaux,La Voix du peuple)
En,Le Révolté, le journal anarchiste deJean Grave, devientLa Révolte[17]. Fidèle lecteur, Luce se lie d'amitié avec le journaliste[73]. Pourtant, lorsque Grave lui demande des illustrations, l'artiste se montre d'abord réticent. Il craint de donner dans le misérabilisme et le sentimentalisme[74]. En,La Révolte devientLes Temps nouveaux[75]. Luce collabore à ce journal de 1898 à 1921[76]. Le, Jean Grave lanceLa Voix du peuple, organe de laConfédération générale du travail (CGT). Luce y collabore également[77].
Il donne des dessins de couverture ou des illustrations pour des livres de Jean Grave et des livres édités par Les Temps nouveaux :
en 1897,Éducation et autorité paternelles, du journaliste anarchiste André Girard[24] ;
en 1901,Les Aventures de Nono, de Jean Grave[78] ;
en 1902, textes réunis par Jean Grave dansGuerre-Militarisme[79] ;
en 1903,La Mano-Negra etPatriotisme-Colonisation[32] ;
en 1910,La Vérité sur l'affaire Ferrer, d'Auguste Bertrand ;
en 1911,L'Enfer militaire d'André Girard ; et deux livres de Jean Grave,Une des formes nouvelles de l'esprit politicien etLa Conquête des pouvoirs publics ;
en 1912, deux livres de Paul Berthelot,L'Évangile de l'heure etLes Conditions du travail dans la société actuelle ;
en 1913,Contre la folie des armements de Jean Grave[70].
Avec Émile Pouget (Le Père Peinard,La Sociale,La Bataille syndicaliste)
En 1889,Émile Pouget lance l'hebdomadaire anarchisteLe Père Peinard (qui va s'appelerLa Sociale de à). Luce dessine le bandeau de première page. Il est également l'auteur de la plupart des dessins qui paraissent à partir de[19]. En mars et en,La Sociale publie les croquis de Luce destinés à faire connaître les sculptures deConstantin Meunier[24]. En, Luce s'en prend dansLe Père Peinard aux dessinateurs antidreyfusardsJean-Louis Forain etCaran d'Ache[78].
En 1914, l'insistante propagande belliciste d'une France revancharde aboutit à l'Union sacrée, parvenant à convaincre nombre de libertaires que l'Allemagne est l'agresseur et qu'elle a pour cible« la tradition démocratique et révolutionnaire de la France[83] ». Un débat divise la communauté libertaire. L'antimilitariste Luce suit la ligne éditoriale deLa Bataille syndicaliste, favorable à l'Union sacrée. Sous le regard consterné dePaul Signac, il publie fin 1914, dansLa Bataille syndicaliste, des dessins anti-Allemands[84].
Luce est le plus prolifique des néo-impressionnistes. On lui doit quelque 2 000 peintures à l'huile, autant de pastels, gouaches et aquarelles, et plus d'une centaine de gravures[91].
Vue du quartier de l'observatoire, ouVue de l'observatoire, date illisible (peut-être 1882), huile sur toile, 60 × 73 cm,Paris,musée d'Orsay, dépôt au musée départemental d'Art ancien et contemporain d'Épinal[93].
La Toilette, 1887, huile sur toile, 92 × 73 cm, Genève, Association des amis du Petit Palais[93]. Gris, ocres et tonalités de terre dominent[95]. Des sept tableaux que Luce expose au Salon des indépendants de 1887, il est le plus remarqué[21]. Il est acheté par Paul Signac[17].
Le Café, 1892, huile sur toile, 81 × 65,2 cm, coll. particulière[93]. DepuisLa Toilette, les couleurs se sont allégées. Lumineux, délicat, raffiné« dans la modulation des tons », ce tableau est tout vibrant d'« harmonies de rose et de parme, de gris et de bleu[95] ».
La Construction du Sacré-Cœur, vers 1900, huile sur toile, Association des Amis du Petit Palais de Genève
Madame Bouin à sa toilette, ouLa Femme se peignant, 1901, huile sur toile, 92 × 73 cm, Mantes-la-Jolie,musée de l'Hôtel-Dieu[27].« Morceau d'une sensibilité toute frémissante[108] », un des chefs-d'œuvre de Luce. Le peintre était particulièrement attaché à ce tableau. Le modèle est Eugénie Marie Bouin, sœur de la compagne de Luce. Elle meurt quelques mois plus tard, en[109].
Le Quai de Montebello et la colline Sainte-Geneviève, 1901, huile sur toile, 66 × 80,7 cm, coll. particulière[27].
La Grande Faucheuse, vers 1915, pinceau, encre noire, gouache blanche et crayon bleu sur papier vergé blanc, 46,3 × 65,4 cm,Vevey,musée Jenisch Vevey[137]
Rolleboise, la ferme Vassard, non daté, lavis d'encre grise et fusain, Mantes-la-Jolie, musée de l'Hôtel-Dieu
Portrait présumé de Georges Seurat, non daté, crayon noir sur papier vergé crème, 9,4 × 7,6 cm, Vevey, musée Jenisch Vevey
Mantes, La Collégiale, non daté, lavis d'encre noire avec rehauts de fusain, Mantes-la-Jolie, musée de l'Hôtel-Dieu
Portrait de femme, non daté, graphite sur page de carnet quadrillée, papier vélin, 19 × 11,8 cm,Fontevraud, musée d'Art moderne[151]
Paysage avec arbres, non daté, pierre noire sur papier vélin, 13 × 17,2 cm, Fontevraud, musée d'Art moderne[152]
La Toilette à la rivière, non daté, crayon de graphite, plume et encre noire sur papier vélin ligné en bleu, 28,9 × 19,3 cm, Fontevraud, musée d'Art moderne[153]
La Toilette à la rivière, non daté, crayon de graphite, plume et encre noire sur papier vélin ligné en bleu, 29 × 19,5 cm, Fontevraud, musée d'Art moderne[154]
Usine au bord de la rivière, non daté, crayon de graphite, plume et encre brune sur papier vélin, 18,8 × 28,9 cm, Fontevraud, musée d'Art moderne[155]
La Folie de Pierrot, Paris, Georges Ondet, 1891. Affiche titrée « La Folie de Pierrot » annonçant un mimodrame d'Arthur Byl et deLouis Marsolleau, sur une musique dePaul Vidal, créé parJules Mévisto à laScala de Paris. L'affiche est ensuite éditée par l'imprimerie Bataille[158]. Il existe une déclinaison, diteÀ la Scala, dans un format plus allongé. Elle mentionne« À la Scala - Mévisto - Tous les soirs », mais ne précise pas le titre du mimodrame. Elle est reproduite en 1897 dans la revue deJules Chéret,Les Maîtres de l'affiche[159].
En dehors des salons qu'il partage avec d'autres peintres, àParis comme àBruxelles, Luce a des expositions personnelles. La première se tient en octobre et à la galerieDurand-Ruel, à Paris. Elle connaît un grand succès[16]. Elle est suivie d'une autre en à la galerieDruet, à Paris ; puis de trois autres en 1907, 1909 et 1912 à lagalerie Bernheim-Jeune, à Paris[163]. En 1914, la galerie Choiseul, à Paris, propose une exposition de ses œuvres relatives au travail et aux travailleurs. En 1916, à la galerie Bernheim-Jeune, il exposeLes Gares de Paris pendant la Guerre[3]. En 1921, il expose à la galerie Durand-Ruel, puis en 1929 à la galerie Georges Bernheim[163].
Frédéric Luce (1896-1974), peintre, fils de Maximilien. Il reçut très tôt les conseils paternels, ainsi que ceux d'amis de son père, commePierre Bonnard[171].
Correspondance de Fanny etFélix Fénéon avec Maximilien Luce, illustrée par Luce de portraits originaux, édition établie par Maurice Imbert,Tusson, Du Lérot, 2001.
Correspondances Charles Angrand, édition de F. Lespinasse, 1988, le volume comprend 192 lettres adressées à Maximilien Luce. La collection Doucet à l'INHA totalise, elle, 238 courriers du même au même ; 24 lettres d'Angrand adressées à Maximilien Luce sont donc inédites[172].
↑Être mis en subsistance signifie dépendre d'une autre unité que la sienne pour ce qui concerne la nourriture et la solde.« ARM. En subsistance », sur cnrtl.fr, 2012 (consulté le 15 octobre 2015).
↑Michel Laclotte, Jean-Pierre Cuzin (dir.), « Luce Maximilien, peintre français »,Dictionnaire de la peinture, Larousse, 2003,p. 477.
↑BénédicteRolland-Villemot et SophieKrebs, « Les images du travail dans la peinture en France et en Europe aux XIXe et XXe siècles »,Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques,vol. 127,no 3,,p. 49–63(lire en ligne, consulté le)
↑BertrandTillier,« Du souvenir de la commune de Paris à l'expérience de la Grande Guerre : Luce et la peinture d'histoire », dans Marina Ferretti Bocquillon,Maximilien Luce néo-impressionniste, Giverny-Milan,Musée des impressionnismes Giverny /Silvana Editoriale,, p.27-28.
↑Chloë Bringuier, Conseil departemental des Yvelines, « Maximilien Luce : la douceur des bords de Seine »,yvelines-infos.fr,(lire en ligne, consulté le).
↑Jean Bouin-Luce, Denise Bazetoux,Maximilien Luce : catalogue raisonné de l'œuvre peint, Paris, JBL, 1986. Cité parClement et Houzé 1999,p. 324.
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 8
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 30, 31
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 10, 11
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 22, 23
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 34, 35
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 24, 25
↑JulieMusée Jenisch, EmmanuelleNeukomm et Élisa deHalleux,Rien que pour vos yeux: petit traité des techniques du dessin, Scheidegger & Spiess,(ISBN978-3-85881-790-7)
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 12
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 18, 19
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 20
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 21
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 41
↑a etbMaximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 10
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 7
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 12, 13
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 28, 29
↑Maximilien Luce: en amitiés, portraits croisés [exposition,] Musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie, [13 juin-30 août 2015], Éditions Point de vues,(ISBN978-2-37195-006-1),p. 16, 17
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