Nommé le, par le président du ConseilPaul Reynaud, commandant en chef de l'armée française en remplacement dugénéral Gamelin, il ne peut pas empêcher la défaite lors de labataille de France. Il est alors le premier à se déclarer partisan d'unarmistice (comme lors de laPremière Guerre mondiale) avec l'Allemagne alors que le président du Conseil et d'autresmembres du gouvernement sont partisans d'abandonner le territoire métropolitain et de poursuivre la lutte depuis l'Afrique du Nord avec les Britanniques.
Le, il devient ministre de la Guerre dugouvernement Pétain, prépare l'armistice, signé le, puis participe durant deux mois augouvernement de Vichy, avant d'être nommé, le, délégué général pour l'Afrique du Nord. Il réorganise l'armée d'Afrique en vue de la reprise des combats. Rappelé et relevé par Pétain de son commandement en sous la pression allemande, il est assigné à résidence dans une villa en Provence.
Arrêté par laGestapo la veille de l'invasion de la zone libre par les Allemands le, il est incarcéré en Allemagne et interné jusqu'à la fin de la guerre. Arrêté à son retour d'Allemagne, accusé de haute trahison et emprisonné par leGouvernement provisoire de la République française dirigé par le général de Gaulle, il bénéficie d'un non-lieu en 1948. Il se fait le défenseur de la mémoire du maréchalPétain et soutient les partisans de l'Algérie française pendant laguerre d'Algérie.
Maxime Weygand enfant (adulte en médaillon).Maxime Weygand enfant.
Weygand est né le à Bruxelles, de parents inconnus. C'est le médecin accoucheur, le docteurLouis Laussedat, qui, deux jours plus tard, déclara à l'état civil la naissance de l'enfant, répondant au prénom de Maxime.
Selon certaines sources et rumeurs diverses, nées après laGrande Guerre[1], il serait le fils illégitime de l'impératriceCharlotte du Mexique, fille du roi des BelgesLéopoldIer, et ducolonel (et futur général)Alfred van der Smissen (1823-1895), commandant ducorps d'armée belge qui avait accompagné les troupes françaises du maréchalBazaine lors de l'expédition au Mexique sous le Second Empire. Cette thèse est étudiée parmi d'autres parDominique Paoli[2]. Pour conforter cette hypothétique filiation, d'aucuns font remarquer la ressemblance entre Van der Smissen et Weygand adulte, comme cela apparaît lorsque l'on confronte leurs deux photographies, ainsi qu'elles furent présentées dans une émission de télévision du journaliste d'histoireAlain Decaux. C'est aussi l'opinion du journaliste spécialisé en histoireAndré Castelot à qui le roi des BelgesLéopoldIII a déclaré« Weygand est le fils de Van der Smissen »[3]. Cependant l'impératrice Charlotte n'est revenue en Belgique qu'en juillet 1867, soit bien après la déclaration de naissance de Maxime en janvier 1867[4], ce qui rend cette hypothèse d'une maternité de l'impératrice Charlotte quasi impossible.
Legénéral de Gaulle, quant à lui, ne se privait pas de relier la naissance de Weygand à l'expédition du Mexique. Ainsi, en 1964, lors d'un conseil des ministres où était préparée lavisite officielle de Charles de Gaulle au Mexique, le ministre des ArméesPierre Messmer annonça que la France allait restituer les fanions de l'armée mexicaine pris lors de l'Expédition du Mexique sousNapoléonIII, et déclara que cette guerre n'avait rien rapporté à la France. Le général l'interrompit et lui dit :« Si, cette guerre nous a rapporté Weygand ! »[5]. Ceci montre que le général de Gaulle avait entendu les rumeurs sur la naissance de Weygand, mais non que ces rumeurs étaient prouvées.
Selon une autre thèse, celle de Charles Fouvez, qui a publié en 1967Le Mystère Weygand[6], il serait le fils illégitime du roi des BelgesLéopoldII. Bien qu'aucune preuve formelle ne soit apportée, il existerait un faisceau d'indices formant, d'après cet auteur, desquasi-preuves. Dans le périodiqueHistoire pour tousno 100 d', l'auteur confirme sa conviction sur la base du courrier reçu par lui[7] après la publication de son livre. De plus, d'après Fouvez, la mère de Weygand serait la comtesse Kosakowska, épouse d'un aristocrate russe d'origine lituanienne.
SelonBernard Destremau, auteur d'une biographie de Weygand en 1989, trois hypothèses seraient principalement à retenir :
La plus probante pour l'auteur s'appuie sur la confidence, déjà faite àAndré Castelot, par le roi des BelgesLéopoldIII, suivant laquelle Maxime Weygand serait bien le fils du colonel van der Smissen et deCharlotte de Belgique,impératrice du Mexique. Cette possibilité est rendue plausible par la ressemblance entre Weygand et van der Smissen[8] et a été soutenue parDominique Paoli dans son livreMaxime ou le secret Weygand[9]. Depuis lors, Dominique Paoli a reconnu que cette thèse était erronée[10]. Pour mieux approcher le problème, il faut savoir que le colonel van der Smissen commandait le corps militaire belge au Mexique. Cette unité avait été jointe aux forces françaises envoyées par l'empereur des FrançaisNapoléon III. Celui-ci voulait profiter de l'installation d'un nouveau régime au Mexique pour y étendre l'influence française en soutenant le nouvel empereur du Mexique, l'AutrichienMaximilien. L'épouse de celui-ci étant la fille deLéopoldIer , roi des Belges, ce dernier joignit des forces belges à l'expédition française, peut-être dans le cadre d'ambitions coloniales qu'il avait déjà tenté d'orienter vers la Colombie. Après avoir exercé un commandement dans plusieurs batailles, dont lavictoire de Loma, van der Smissen devint l'aide de camp de l'impératrice Charlotte. Cette thèse ne peut cependant pas être soutenue si l'on sait que l'enfant est né à Bruxelles plus de six moisavant le retour de l'impératrice Charlotte en Belgique ;
une autre hypothèse, évoquée parDominique Paoli, maintient la paternité de van der Smissen, mais pense que la mère serait peut-être Mélanie Zichy-Metternich (1832-1919), fille duprince de Metternich[11] ;
une autre rumeur impliquerait toujours l'impératrice Charlotte, mais cette fois-ci avec un médecin mexicain d'origine indienne, ce qui pourrait être illustré par un certain type physique aux yeux légèrement bridés qui s'accentua avec l'âge chez Weygand. Mais van der Smissen présentait également cette caractéristique.
L'amiralPhilippe de Gaulle reprend l'hypothèse de son pèreCharles de Gaulle qui présume que Weygand est le fils de l'empereur du MexiqueMaximilien et d'une Mexicaine, recueilli au premier âge parLéopold II de Belgique puis confié au docteur Weygand[12]. Thèse erronée puisqu'il n'existe pas de docteur Weygand.
Enfin, la thèse de l'historien[13] Albert Duchesne[14] fort bien étayée en fait et en droit - et la moins romanesque puisqu'elle n'implique aucune ascendance royale ou princière - fait de Maxime Weygand le fils deDavid de Léon Cohen, important négociant juif résidant àMarseille, et de sa maîtresse Thérèse Denimal[15]. Le père de Maxime était déjà marié lors de la conception de Maxime et avait eu une fille de sa première épouse. Maxime n'aurait donc pas pu être reconnu ou légitimé par ses parents lors de leur mariage[16] en 1885 car la législation française de l'époque ne permettait la révélation légale d'une filiation adultérine que dans des cas extrêmement limités. La législation belge, car Maxime avait alors la nationalité belge, était encore plus stricte sur ce point. Notons aussi que la loi française du 15 décembre 1904, loi bien postérieure au mariage de ses parents, supprima le concept d'interdiction de mariage entre les personnes ayant pratiqué l'adultère. La révélation de la naissance de l'enfant adultérin qu'était Maxime, même bien après le mariage de David de Léon Cohen[17] et de Thérèse Denimal, aurait pu avoir pour effet d'invalider juridiquement leur union. Des considérations d'ordre juridique empêchaient ainsi Maxime de bénéficier d'une reconnaissance légale par ses parents biologiques. Par ailleurs, un certainantisémitisme latent à l'époque aurait pu aussi entraver la carrière du brillant jeune militaire qu'était Maxime s'il apparaissait que son père était juif. L'affaire Dreyfus illustra tristement quelques années plus tard cet état d'esprit qui pouvait avoir de lourdes conséquences pour le jeune officier. Enfin, pour ne pas gêner son avancement dans sa carrière militaire, et afin qu'il puisse prendre son avancement dans un régiment français dès sa sortie deSaumur, lanaturalisation du jeune Maxime ne suffisait pas. C'est pourquoi lorsque François Joseph Weygand, comptable, employé de la firme Cohen à Marseille, reconnut le 18 octobre 1888 Maxime pour son fils naturel, ce dernier fut alors considéré comme Français de naissance.
Maxime est confié peu après sa naissance à une nourrice,Mme Saget[18], qui l'élève jusqu'à l'âge de six ans à Marseille, 45 rue Cherchell, dans une maison qui appartient à David de Léon Cohen et qui jouxte l'immeuble où il a son domicile et ses bureaux. Maxime devient le pupille deDavid de Léon Cohen qui payera sa pension et les frais de l'école de Saint-Cyr (et non la légation belge à Paris ou le roi Léopold II par un quelconque intermédiaire). Cependant, lesMémoires de Maxime Weygand restent totalement silencieux sur ses tuteurs, alors qu'il rend longuement hommage à sa gouvernante et à l’aumônier de son lycée, qui lui ont insufflé sa foicatholique.
Une certaine Hortense Denimal, épouse deFélix Vandievoet[Note 1], est citée à plusieurs reprises dans le livre de Dominique Paoli,Maxime ou le secret Weygand (Bruxelles, 2003). Cette Hortense Denimal était la fille de Constant Joseph Denimal, qui fut durant plusieurs années jardinier et horticulteur à Bruxelles,Saint-Josse-ten-Noode et àSchaerbeek, au moins de 1816 à 1843, et de Marie Barbe Joséphine Dumont. Or Hortense Denimal avait, à un certain moment, recueilli chez elle un enfant du nom de Maxime dit de Nimal, qui n'était autre que le futur général Weygand. Elle était en effet la sœur de Thérèse Denimal, ayant vécu à Bruxelles, et née àSaint-Josse-ten-Noode en 1837, qui était la compagne puis l'épouse de David de Léon Cohen, tuteur légal de Maxime de Nimal futur général Weygand. Que le petit Maxime ait été confié quelque temps à Hortense Denimal, qui vivait plus que modestement dans des logements successifs très médiocres[19] de la région de Bruxelles, affaiblit certes l'idée d'une naissance de haute extraction de l'enfant.
Peu de temps après, le, Maxime de Nimal est reconnu comme son fils naturel par François-Joseph Weygand (1846-1915), issu d'une vieille famille alsacienne deRhinau, employé comptable chezDavid de Léon Cohen. Cet acte de reconnaissance dote le jeune homme du nom de Weygand et lui permet, selon son vœu, d'acquérir presque aussitôt la nationalité française (le décret de naturalisation intervient en effet le qui suit). Maxime n'aura cependant jamais, par la suite, de relations personnelles avec ce père purement formel.
Lieutenant en 1891, il est nommécapitaine en. Il choisit à cette époque de ne pas préparer l’École de guerre, en invoquant sa volonté de rester au contact de ses hommes.
Au moment de l’affaire Dreyfus, il se signale comme antidreyfusard en participant, en 1898, à la souscription nationale ouverte par le journalantisémite,La Libre Parole, d'Édouard Drumont, au profit de la veuve de l'auteur du faux document, lecolonel Henry[21], qui s'était suicidé lorsque fut révélée sa falsification du bordereau accusantDreyfus. Cette entreprise vaut d'ailleurs à Weygand l'unique sanction qu'il ait jamais subie : quatre jours d'arrêt simple, infligés sur l'ordre du ministre de la Guerre,Charles de Freycinet,« pour avoir pris part à une souscription pouvant prendre un caractère politique ».
Deux années plus tard, le, alors qu'il est capitaine au9e régiment de dragons àVitry-le-François, il épouse àNoyon, dans l'Oise, Marie-Renée-Joséphine de Forsanz (1876-1961), qui n'est autre que la fille du colonel commandant ce régiment, Raoul de Forsanz (1845-1914). Le couple aura deux fils :Édouard Weygand (1901-1987), qui deviendra plus tard industriel, père de six enfants, puis Jacques (1905-1970), qui, suivant l'exemple de son père, se destinera tout d'abord à la carrière des armes[Note 4].
Au début de laPremière Guerre mondiale, Weygand estlieutenant-colonel et commandant en second du5e régiment de hussards, àNancy, avec lequel il participe à ladéfaite de Morhange. Cependant, à la suite de la rapide réorganisation du commandement français voulue par le généralJoffre pour éviter une probable débâcle, il est promucolonel le et nommé aussitôt chef d'état-major à laIXe armée. Promugénéral de brigade le, il remplit les mêmes fonctions au groupe des armées du Nord puis au groupement du généralFoch et est enfin adjoint aumajor général de l'armée. Weygand doit malgré tout se résoudre à suivre Foch dans sa disgrâce provisoire pendant lespremiers mois de 1917 : il l'accompagne notamment lors d'une mission confidentielle àBerne traitant de l'éventualité d'une violation du territoire helvétique par l'armée allemande.
Durant la guerre, il a l'occasion de se rendre en Belgique comme membre d'une délégation militaire française pour y rencontrer le roi des BelgesAlbertIer et sa famille, àLa Panne où siège l'état-major belge durant toute la guerre.À cette occasion, on cite une phrase du roi Albert apprenant qu'il allait rencontrer Weygand dans un repas organisé par la reine :« Ah, alors nous serons en famille ». Mais, quant à l'origine de Weygand, rien n'a résulté de cette rencontre ni d'autres entrevues avec la famille royale belge. Du moins, Weygand n'a pas retiré d'information de ces rencontres qui furent, semble-t-il, exclusivement militaires si l'on s'en remet à ses mémoires.
En, après l'échec du général Nivelle,Pétain, nouveau commandant en chef, rappelle Foch en tant que chef d'État-Major général. Weygand devient l'un des sous-chefs d'État-Major et est promugénéral de division (à titre temporaire). Avec Foch, il prend part à laconférence de Rapallo(it), les 6 et, tenue pour soutenir le front italien après ladéfaite de Caporetto, au cours de laquelle les Alliés décident de créer un Conseil supérieur de guerre interallié. À la suite de laréunion tenue à Doullens le, lorsque le commandement en chef des armées alliées, avec le titre degénéralissime, est confié à Foch, son collaborateur direct est nommé au poste essentiel demajor général des armées alliées. Les 8, 9 et, Weygand seconde Foch aux négociations d'armistice et donne lecture aux Allemands des conditions de celui-ci, dans laclairière de Rethondes, dans ce qui deviendra lewagon de l'Armistice.
Weygand est ainsi un rare exemple dans l'histoire de l'armée française de l'ascension aux plus hauts degrés de la hiérarchie d'un officier n'ayant pas commandé de troupes, ce qui sera souligné par le généralde Gaulle dans sesMémoires de guerre («Weygand était (…) par nature un brillant second. (…). Il n’avait exercé au cours de sa carrière aucun commandement. »)[22],[23].
En1920, le général Weygand est nommé« conseiller technique de la mission franco-anglaise » suivant les termes dumaréchal Piłsudski, le chef d'État polonais, une mission envoyée enPologne par les Alliés lorsque Varsovie se trouva menacée en à la suite de la contre-offensive des Soviétiques. Selon Foch, Weygand« devint bientôt le représentant militaire » de cette mission auprès du Haut-Commandement polonais pour venir en aide aux Polonais en déroute. En effet, ceux-ci, engagés depuis1919 dans uneguerre contre la Russie bolchevique, étaient sur le point d’être battus par les forces soviétiques deToukhatchevski. Lors d'une conférence le en présence d'Ignacy Daszyński, vice-président du Conseil polonais et représentant de Piłsudski, du princeEustachy Sapieha, ministre des Affaires étrangères, et des membres de la Commission interalliée, les Britanniques proposent même que Weygand prenne la tête de l'armée polonaise, mais les Polonais refusent[24], rappelant que le gouvernement polonais n'a pas accepté la posture de Weygand, qui a pris fait et cause en faveur de l'Allemagnelors des insurrections en Silésie de « mineurs polonais trop agités »[25].
Il ne faut pas confondre la mission interalliée, qui n'a été présente en Pologne que quelques semaines en juillet-, dont faisait partie le général Weygand ainsi que le diplomate françaisJusserand, le diplomate britanniqueLord D'Abernon et le général anglaisRadcliffe, avec lamission militaire française. Celle-ci, présente depuis et jusqu'en 1932, était commandée alors par le généralPaul Henrys, sous les ordres de qui se trouvaient, parmi les quelque 500 personnes que compte la mission, le capitaineCharles de Gaulle et son adjoint, le capitaineJean Touzet du Vigier.
Le général Weygand de retour de Pologne, 1920.
Le rôle du général Weygand et de la mission interalliée est discuté. Certains officiers polonais affirmèrent que labataille de Varsovie, également connue sous le nom de « Miracle de la Vistule », avait été remportée par eux seuls, avant que la mission française n'ait pu rédiger et envoyer son rapport, point de vue partagé par exemple par l'historien britanniqueNorman Davies[26]. Néanmoins,les historiens français[Lesquels ?] lui coattribuent, avec le généralTadeusz Rozwadowski et, dans une moindre mesure, Piłsudski, la paternité du plan de bataille.En particulier, l'axe de la contre-offensive, du sud vers le nord, exploitant la décision deBoudienny de bifurquer vers le sud, allégeant ainsi la pression sur Varsovie, serait de son fait.[réf. nécessaire] Weygand a ainsi pu imposer ses vues ou, tout du moins, Piłsudski les a-t-il pour partie intégrées dans son plan, rejetant toutefois l'idée d'une attaque dans le secteur deSiedlce. Le plan final serait donc de la main de Piłsudski, approuvé par Rozwadowski et Weygand. Dès lors, Weygand est chargé de la conception de la défense de Varsovie, domaine dans lequel il excelle ; afin de mettre en œuvre ses vues et d'aider les Polonais, il exige du général Henrys d'une part l'envoi des conseillers français non seulement au niveau divisionnaire, mais de le pousser au niveau régimentaire, et d'autre part des appuis spécifiques pour l'établissement de fortifications et l'amélioration des positions d'artillerie. Il suggère également de placer le nord du front sous le commandement du généralJózef Haller, alors en disgrâce, et de confier le commandement du sud du front àWładysław Sikorski ; Piłsudski retient ces suggestions[24]. Le rôle de Weygand est néanmoins considéré minime (au mieux) par les historiens modernes[27],[28].
« C’est que Weygand est quelqu’un. Mais, mal foutu. C’est un homme qui a dû recevoir des coups de pied au derrière quand il était encore dans les limbes. Mais il est intelligent. Il a je ne sais quoi, une sorte de feu sombre. Je me suis fâché parce qu’au conseil des Alliés il venait il parlait. J’ai dit au général Foch :« Vous n’avez pas le droit d’y venir vous-même. Vous n’êtes là que pour répondre quand on vous consulte. Au moins faites-le taire. »Weygand est un homme… comment vous dire ça ? Dangereux, capable, dans un moment de crise, d’aller très loin, de se jeter là-dedans, — et intelligemment, beaucoup plus intelligemment que ne l’eût fait Mangin, qui aurait donné du nez n’importe où. Dangereux, mais précieux. Et ayant une énorme qualité : sachant faire son travail sans en parler, sans qu’on en parle. Il est allé en Pologne. Je ne sais pas ce qu’il a fabriqué là-bas, — mais ce qu’il fallait faire, il l’a fait. Il a remis tout ça en place ; la question a été réglée. Il est revenu, n’a pas triomphé, n’a rien dit ; on ne sait pas ce qu’il a fait, où il est. C’est assez fort. Ce n’est pas que Foch soit sot ; mais il a un génie bon enfant et simpliste. L’autre y ajoute quelque chose de tendu et de profond. Enfoncé naturellement dans les curés, jusqu’au cou. »
Il est promu chef d'État-Major général de l'armée en1930 parAndré Tardieu[30]. Il est vice-président duConseil supérieur de la guerre, dénonce le danger hitlérien et condamne le désarmement, mais s'oppose à lathéorie du colonel de Gaulle partisan desblindés groupés endivisions cuirassées pour laguerre de mouvement (que les Allemands - lisant les livres de de Gaulle - emploieront avec succès en 1940). En1932, legouvernement Herriot mène une politique de désarmement qui provoque l’indignation de Weygand qui dans ses rapports secrets écrit que« l’armée française est descendue au plus bas niveau que permette la sécurité de la France[31] ». Il doit se retirer du Conseil supérieur de la guerre le, atteint par la limite d'âge — il vient d'avoir 68 ans — laissant sa place au généralGamelin, mais est maintenu en activité sans limite d'âge. En1938, il exprime un optimisme de façade sur la capacité de l'armée française à vaincre en cas de conflit[réf. nécessaire].
Réception du général Weygand à l'Académie française.Maxime Weygand en tant que membre de l'Académie française en 1932.
Maxime Weygand en couverture du magazineTIME, en date du 30 octobre 1933.
Dans les années 1930, Maxime Weygand, qui votera pourCharles Maurras à l’Académie française, est un proche de l’Action française mais son légalisme l’empêche de manifester publiquement son accord avec Maurras[32].
Il précise sa pensée devantPertinax le :« Je suis pour la force militaire, les alliances et la religion contre la franc-maçonnerie ». Il aurait envisagé de créer une ligueanti-maçonnique selon un témoignage ultérieur de Pertinax[33].
Il entre au comité directeur du « Rassemblement national pour la reconstruction de la France » après la victoire duFront populaire en 1936, aux côtés deBernard Faÿ, le médecin-généralJules Emily ou l'AcadémicienAbel Bonnard. Ce cercle de pensée a été fondé en parRené Gillouin,Gaston Le Provost de Launay etLucien Souchon, son secrétaire général. Il publie des documents contre leFront populaire et le communisme, et tient quelques rares conférences auxquelles Weygand assiste en 1937-1938. Interrogeant Weygand pour la commission d’instruction de laHaute Cour de justice en1946, un commissaire de la police judiciaire résumera ainsi son témoignage :« En résumé, cinq ou six intellectuels se réunissaient mensuellement pour étudier diverses questions d’ordre national. Le résultat de leurs études était livré à la méditation de quelques personnes fournissant à l’association les moyens matériels de subsister. Est-ce bien ainsi qu’il faut résumer votre audition ? ».
« Oui, à cela près que je n’étais pas un intellectuel » corrigea Weygand. Selon le général, les travaux de l’association« portaient sur des questions éducatives et sociales », en premier lieu, et sur des questions sociales et économiques[34]. Parmi les patrons ayant financé ce groupement, on trouveGeorges Brabant, l'industriel vosgien du textileGeorges Laederich, qui distribue un temps les Cahiers du Rassemblement à une partie de son personnel, le Marseillais Bernard du Perron de Revel, des raffineries de sucre Saint-Louis, et Marcel Doligez, patron d'une entreprise du textile deTarare dans le Rhône, les Ets Champier. Ils ont rencontré Weygand à son domicile en et de cette réunion est sortie l'idée de financer l'association[35]. Elle aurait été mise en sommeil en 1938 à la suite d'une rupture entre Weygand et Bonnard[36].
En1937, en pleineguerre d'Espagne, il est l'un des signataires duManifeste aux intellectuels espagnols, un manifeste d'adhésion d'intellectuels français àFranco[37]. Il préside plusieurs dîners « nationaux » : ceux duComité Dupleix-Bonvalot ou des « Affinités françaises »[38]. En, à un de ces dîners, Weygand prend la parole pour« montrer qu’aux dangers certains que l’hitlérisme nous fait courir, il convient d’opposer trois forces, force matérielle, force morale et force politique ». Ses conférences, ses livres de 1937,Comment éduquer nos fils ? etLa France est-elle défendue ?, ses articles donnés à laRevue des deux Mondes et àLa Revue hebdomadaire, tiennent compte de ce qui se passe de l’autre côté du Rhin pour s’en inquiéter, prêchent la nécessité d’une« ardente foi patriotique » et de l’union.
Il affirme par exemple :« Le danger le plus immédiat et le plus considérable résulte du développement sans précédent que nos voisins de l’Est donnent à leurs forces militaires, et du fait que la France est toujours considérée comme l’ennemi à abattre avant de satisfaire d’autres visées ». Il souligne par ailleurs que des« crédits considérables » ont été« votés par les partis jusque-là les plus réfractaires aux dépenses militaires », ce qui reconnaît l’effort de guerre du gouvernement duFront populaire, contrairement à ce qui sera affirmé auprocès de Riom d'.
« le rapide relèvement de nos ennemis d’hier et du déclin indéniable de nos propres forces » à« l’oubli dans lequel nous avons trop vite laissé tomber la leçon des morts ». Mais« il n’est pas trop tard pour que les Français l’entendent ». À une réunion consacrée à l’empire colonial et aux prétentions allemandes, il déclare :« Il ne faut donc pas se laisser prendre aux dires de M. Hitler, prétendant que la conquête coloniale est la dernière, comme il l’a déjà annoncé à différentes reprises dans les occasions que l’on sait. (…) Pour faire face aux exigences du Troisième Reich, il importe à la France de se montrer forte, unie et ferme. Écarter tout marchandage. Faire corps avec le gouvernement »[39],[40].
D'autres déclarations annoncent des thèmes de la « révolution nationale » du régime de Vichy : il déclare ainsi en 1937 à un dîner du comité Dupleix-Bonvalot :« Le génie français a besoin de sécurité et chaque jour accroît l'instabilité matérielle et morale. Tout n'est plus qu'apparence : les conditions de travail, le pain quotidien, la propriété sont le jouet d'agitations aveugles. La race s'épuise et s'abâtardit. Les campagnes se vident. Le peuple généreux et idéaliste se laisse conduire par des conceptions politiques et sociales d'un matérialisme primaire (…). Pour rendre aux meilleurs l'influence légitime dans les affaires du pays, il faut rompre avec les erreurs de principe et de fait qui nous ont conduits où nous sommes[41] ».
Le général se passionne dans les années 1930 pour les questions d'éducation. Membre actif duCercle Fustel de Coulanges, il signe des articles dans ses cahiers et il fait publier en 1937 un livre intituléComment élever nos fils ?. Il s'en prend notamment aux instituteurs qui« (s'élèvent) contre l'ordre social existant et se [montrent] rebelles à l'idée de patrie »[42].
Il soutient le Centre d’action et de propagande nationale à l’école, dirigé par le général René Madelin, directeur de la revue mensuelleLa Belle France, qui accueille alors des articles de Weygand, Bonnard, Faÿ (Weygand fait partie de son comité de patronage avec le maréchal Pétain, les généraux Gamelin et Brécard, des Académiciens), et qui publie aussi un périodique,L’Instituteur national[43]. Weygand a discuté d'éducation avec Georges Laederich, qui lui demande conseil en 1938 alors que le général a rompu avec le Centre de Madelin et que Laederich, abonné de ce Centre, cherche un autre groupement plus actif pour les instituteurs vosgiens de droite[44]. Weygand figure ensuite en 1938 au comité directeur de l’Association des Amis de l’école française, liée au journalL’École française et au Rassemblement national, et financée par Georges Brabant. Il y siège aux côtés notamment deGillouin. L'association est rebaptisée en 1939 Les Amis de l’Éducation française[43],[44].
Après son retrait du Conseil supérieur de la guerre en, il devient en membre du conseil d'administration de laCompagnie universelle du canal maritime de Suez, privilège jamais accordé jusque là à un militaire et fonction très bien rémunérée. Il y remplaceLouis Barthou[45]. Il y rejoint l'ancien président de la RépubliqueGaston Doumergue[46]. Son entrée au conseil d'administration suscite interrogations et suspicions. Sa connaissance du Proche-Orient et de la diplomatie aurait intéressé les autres membres du conseil[47]. Son entrée est dénoncée par des journaux de gauche[48] et parRoger Mennevée, s'interrogeant sur l'incapacité financière pour Weygand de posséder les cent actions de la firme requises pour être administrateur[49]. Elle est aussi mal perçue par d'autres anciens officiers[50]. Ces cent actions requises lui ont été prêtées. Il les rend lorsqu'il démissionne en. Il était alors depuis vice-président de la Compagnie de Suez. Il n'a pas touché de dividendes de ces actions mais a bénéficié destantièmes et d'un luxueux appartement avenue de Friedland appartenant à la Compagnie[51],[47].
Le général Maxime Weygand inspecte la ligne Maginot, vers 1940.
Sur sa demande, Weygand est rappelé au service actif par le présidentÉdouard Daladier en pour diriger les forces françaises auMoyen-Orient. Il est nommé chef du Théâtre d'opérations de la Méditerranée orientale et doit, depuis son quartier général situé àBeyrouth, coordonner la présence militaire française auLevant et dans les Balkans. Enoctobre 1939, il se rend enTurquie afin de signer le traité d'assistance mutuelle liant ce pays à la France et au Royaume-Uni. Dans les mois qui suivent, il tente de mettre en place plusieurs plans d'action militaire visant à la constitution d'un front d'Orient qui pourrait prendre à revers l'Allemagne et ses alliés. Il prépare notamment des projets de débarquement français àThessalonique et enRoumanie, ainsi qu'une offensive contre l'URSS, alors liée à l'Allemagne par lePacte germano-soviétique, dirigées principalement contre leschamps de pétrole de Bakou[52]. Les effectifs limités dont il disposait (troisdivisions à peine) ont fait que ces plans ambitieux, jugés chimériques par certains historiens, sont restés à l'état de projet.
Maxime Weygand sort de l’Élysée où il vient d'être nommé généralissime parAlbert Lebrun (en mai 1940).
Enmai 1940, la situation militaire en France est si compromise que le commandant suprême, le généralMaurice Gamelin, jugé trop passif, est écarté.
Portrait du généralMaxime Weygand, tiré du magazineL'illustration n° 5067 du 13 avril 1940.
Plusieurs remplaçants sont envisagés mais sans faire l'affaire selon Villelume[53]
Weygand, alors en Syrie, est appelé le par le chef du gouvernementPaul Reynaud[54] pour le remplacer. À cette date, le maréchalPétain entre auGouvernement, en tant quevice-président du Conseil, refusant le ministère de la Guerre. Les divisions blindées allemandes, ayantpercé depuis le front à Sedan dès le, poursuivent leur course à l'ouest et ont coupé l'armée française en deux, enfermant une partie de celle-ci en Belgique avec les armées belge et britannique.
Weygand arrive en France le et déclare ce même jour au gouvernement « Je connais le secret de Foch ! ». La passation de commandement avec le général Gamelin, à Vincennes, dure quelques heures[54], au cours desquelles celui-ci lui rend compte de l'ampleur de la percée allemande à Sedan et lui fait part de l'absence de réserves. Gamelin rapporte que Weygand lui aurait confié sa détestation du personnel politique[55] : il faut « changer tout ce trafic de la politique » et en finir avec les politiciens, « l'un pire que l'autre ».
Le plan pour couper les arrières des panzers allemands
Le, après que son avion a été attaqué et dérouté à l'aéroport deNorrent-Fontes, il assiste à laconférence d'Ypres, où il rencontre le roi des BelgesLéopoldIII et le chef des armées françaises en Belgique, legénéral Billotte. Weygand se décide alors à reprendre l'idée d'une contre-offensive pour couper les colonnes blindées allemandes les plus avancées et souvent privées de soutien par l'infanterie qui ne parvient pas toujours à les suivre. Toutefois, Weygand décide de partir sans avoir rencontréLord Gort, commandant lecorps expéditionnaire britannique en Belgique. Ce dernier, qui a été prévenu tardivement de l’heure et du lieu de la conférence, arrive moins d'une heure après le départ du généralissime. Ce départ précipité sera reproché à Weygand après la guerre par l'historienAlistair Horne. Cette absence de rencontre entre Weygand et Gort est d'autant plus préjudiciable à la cause alliée que le général Billotte, chargé de la mise en œuvre de cette contre-offensive se tue dans un accident de voiture le soir même de la conférence[56]. Le généralBlanchard, qui lui succède, n'a pas assisté à la conférence. À ce stade, lecabinet de guerre de Churchill avait déjà donné l’ordre à Gort, le au soir, de foncer au sud pour couper les lignes allemandes mais celui-ci était réticent[56],[57].
Weygand revient à Paris à bord du torpilleur laFlore puis en train. Le aufort de Vincennes, il expose son plan de campagne aux gouvernements français et britannique pour enfermer les Allemands entre Amiens et Saint-Quentin. Churchill acquiesce à ce plan tout en précisant que le corps expéditionnaire britannique devra sauvegarder son accès à la côte[56].
Mais durant ces trois jours de tergiversations, les Allemands ont pris la direction des opérations. Il se crée ainsi un vide dans le front allié. La4e division cuirassée dugénéral de brigade de Gaulle attaque vers Abbeville le au soir avec quelques succès[58]. À Rethel, la division du généralde Lattre de Tassigny établit un solide glacis défensif qui résiste du au[59],[60]. Une petite bataille désespérée fut livrée autour d’Arras par une partie du corps britannique avec 76 chars, face àRommel[56],[61] entre le 21 et le 23.
Selon l’historienOlivier Wieviorka[62],[63], la défaite éclair ne provient pas d’une insuffisance de moyens ou de combativité desAlliés mais, d’une part, d’une grande méconnaissance des possibilités combinées offertes par l’aviation et les chars pour mener uneguerre de mouvement moderne malgré les exemples de laguerre civile espagnole en 1936 et de lacampagne de Pologne en 1939[64] ; et d’autre part, d’une conduite désastreuse des opérations par l’état-major appliquant un corpus stratégique et tactique rigide datant de laPremière Guerre mondiale (1914-1918) non remis à jour et basé sur des hypothèses non vérifiées[65] doublé d'une réticence profonde à adopter les nouvelles technologies comme le téléphone et la radio et leurs applications pratiques. Ces différentes causes ont été identifiées par l'historien et résistantMarc Bloch dès 1940 dans son ouvrage l'Étrange Défaite[66],[67],[68].
À partir du, les Belges vontse battre sur la Lys, enrayant l'avance allemande pendant quatre jours, le roi ayant renoncé à une ultime retraite sur l'Yser, comme en 1914, car l'armée belge avait perdu une bonne partie de ses moyens de transport et, de plus, les munitions et le carburant commençaient à lui manquer. Le roi des Belges, jugeant ses forces trop isolées, finit par décider, contre l'avis de son gouvernement, de capituler le 28. Weygand condamna la décision du roi, bien que n'ayant pas le moyen d'aider l'armée belge, comme il le reconnut dans ses mémoires[70].
Achevant la campagne de France et de Belgique, labataille de Dunkerque permit le rembarquement du maximum de soldats britanniques. 215 587 Britanniques sont évacués du au, ainsi que 123 095 Français, les Français devenant même majoritaires dans les effectifs rembarqués à partir du[71].
À partir du5 juin 1940, les Britanniques refusent désormais d'engager le gros de laRoyal Air Force en France, afin de préserver leur aviation en vue de la futurebataille d'Angleterre. Weygand n'a de cesse, dès lors, de condamner le trop faible engagement britannique en France et son ressentiment réveille dans ses propos uneanglophobie déjà sensible pendant la Grande Guerre[72].
Le, un conseil de guerre se déroule à l’Élysée, réunissant le président de la RépubliqueAlbert Lebrun, le président du ConseilPaul Reynaud, le vice-président du Conseil,Philippe Pétain, le ministre de la MarineCésar Campinchi et Weygand. C'est à cette réunion que l'hypothèse d'un armistice est évoquée pour la première fois, par le président Lebrun.Paul Reynaud rejette cette idée et se montre partisan d'une poursuite de la guerre aux côtés des Britanniques. À cette réunion, Weygand ne se pose pas encore ouvertement en partisan de l'armistice, bien qu'il le juge inéluctable : comme le maréchal Pétain, il estime qu'il faut attendre l'issue de la future bataille de la Somme et de l'Aisne pour demander l'armistice, et ne l'exiger qu'une fois l'honneur de l'armée sauf[73].
Selon le portrait brossé par l'historienJean-Louis Crémieux-Brilhac, s'appuyant sur les propos de Weygand au ministrePaul Baudouin, qui lui sert d'intermédiaire avec Pétain et qui est comme eux partisan de l'arrêt des combats :
« Cehobereau militaire à l'ancienne,nationaliste sans complaisance pour l'Allemagne,catholique fervent etréactionnaire au sens littéral du terme, veut tirer la France de la guerre pour refaire une nation croyante, forte et saine, débarrassée des germes dedécadence et de corruption démocratique. La renaissance de la France ne peut se faire, d'après lui, qu'à partir de l'armée, seul corps qui ait échappé à la dégradation générale — l'armée, non pas émanation de la nation, mais entité autonome, gardienne, pour le compte de la nation, de ses valeurs et de ses vertus (…) L'honneur de l'armée interdit, aux yeux de Weygand, la capitulation militaire qu'envisage Reynaud, il implique le maintien d'une souveraineté nationale et il devrait permettre de sauver assez de restes de l'armée pour maintenir l'ordre, préoccupation majeure de ce vieil homme qui se souvient de laCommune et qu'obsède la crainte de troubles suscités ou exploités par lescommunistes :« Ah, si j'étais sûr que les Allemands me laisseront les forces nécessaires pour maintenir l'ordre », dit-il le 8 juin au général de Gaulle[74]. »
Le, les Allemands attaquent sur la Somme et l'Aisne. Latactique dite du « hérisson », adoptée par Weygand, renonce à une défense linéaire et lui substitue une défense en profondeur fondée sur des points d’appuis espacés croisant leurs feux[71]. Cette tactique est efficace : les pertes allemandes augmentent nettement entre le 5 et le, et de brefs coups d'arrêt locaux sont même donnés çà et là à l'avancée de laWehrmacht[75]. Mais Weygand ne dispose plus que de 64 divisions françaises et 2 britanniques à opposer aux 104 divisions allemandes[71]. Dès le, le front est enfoncé partout, et legouvernement quitte Paris le lendemain matin pour Tours (du 10 au), puis Bordeaux à partir du 14.
Dans la première décade de juin, Paul Reynaud envisage la création d'unréduit breton, option jugée irréaliste par Weygand. Avec le général de Gaulle,nommé sous-secrétaire d'État à la Guerre le[76], Reynaud envisage aussi de transporter les troupes enAfrique du Nord pour continuer la guerre aux côtés des Britanniques avec l'aide matérielle des Américains : Weygand ne croit pas davantage ce repli possible, et juge qu'il est beaucoup trop tard pour l'organiser.De Gaulle demande à Weygand de poursuivre la lutte dans l’Empire le, selon sesMémoires de guerre[77], mais le généralissime éclate de rire. Il est, de toute façon, partisan depuis la fin du mois de mai d'un retrait de la guerre grâce à un armistice signé par le Gouvernement. Cela dispenserait l'armée d'avoir à capituler, mais empêcherait toute poursuite de la lutte par le gouvernement depuis les colonies.
Reynaud et de Gaulle envisagent alors le remplacement de Weygand, partisan de l'armistice et jugédéfaitiste, et ils pensent notamment au généralHuntziger comme successeur possible[78]. DansL'Étrange Défaite,Marc Bloch dresse effectivement un portrait défaitiste de Weygand. Il suggère que la défaite française a finalement été pour Weygand et pour Pétain l'occasion de prendre le pouvoir et d'appliquer leur doctrine d'extrême-droite. Au reste, entre les deux, c'est Pétain qui a été mis en avant car Weygand était trop marqué à droite[79].
La conférence de Briare : le divorce accentué avec les Britanniques ()
Le, se déroule àBreteau, dans lechâteau du Muguet, non loin de Briare dans le Loiret, unconseil suprême interallié auquel participentChurchill etEden. Au cours de ce conseil apparaissent des tensions entre Français et Britanniques, mais également des fractures entre les militaires et les dirigeants politiques français. Weygand demande l’intervention de toute laRAF, seule susceptible selon lui de changer le cours de la bataille[80]. Devant le refus de Churchill, qui a besoin de ses vingt-cinq escadrilles de chasse pour la défense ultérieure duRoyaume-Uni, l’alliance franco-britannique se brise. Churchill obtient néanmoins dePaul Reynaud l'assurance qu'aucune décision définitive du Gouvernement français ne sera prise sans en référer aux Britanniques, et lui promet que le Royaume-Uni vainqueur restaurera la France« dans sa dignité et sa grandeur ». Il note dans ses mémoires que Pétain et Weygand auraient dû avoir honte de réclamer des escadrilles supplémentaires de la RAF alors que le premier a déjà rédigé une note suggérant de demander un armistice (sans l’avoir encore donnée à Reynaud)[80].
Paul Reynaud est partisan de la poursuite de la guerre. L'idée duréduit breton étant abandonnée, il envisage la poursuite du combat dans l'Empire colonial, alors que le maréchal Pétain et le général Weygand sont partisans d’un armistice rapide pour éviter l’anéantissement et l'occupation totale du pays. Paul Reynaud rappelle à Weygand que la décision d'un armistice est d'ordre politique et ne relève pas du généralissime. Reynaud propose à Weygand de capituler, ce qui est acte militaire, ce que ce dernier refuse car cela aurait pour effet d'exempter le politique de ses responsabilités et au nom de l'honneur de l'Armée[81],[82], mais permettrait au gouvernement et aux Français voulant se battre de continuer la lutte, situation déjà existante à cette date pour les Pays-Bas ou la Belgique, lesgouvernements de ces deux pays s'étant exilés en Angleterre à la suite de la capitulation de leurs forces rejoints par ceux de la Hollande, de la Pologne et de la Norvège. De ce fait, la France sera le seul pays d'Europe à accepter volontairement les conditions de l'Allemagne nazie[83].
Aussi bienWinston Churchill que le général de Gaulle décriront dans leurs mémoires un Weygand défaitiste[22],[84],[85],anglophobe et antirépublicain. Churchill remarque que le seul membre du Gouvernement français à ne pas sombrer dans le pessimisme total estCharles de Gaulle, dont Weygand a signé fin mai la promotion au grade de général (à titre temporaire). Comme Churchill, de Gaulle raisonne en termes planétaires et ne limite pas ce conflit, qu'il conçoit mondial, à un simple enjeu franco-allemand. Weygand croit, au contraire, n'assister qu'à un nouvel épisode d'un cycle historique commencé en 1870, et, comme le maréchal Pétain, il s'en tient à une vision purement hexagonale, étrangère par ailleurs à la nature dunazisme et audanger de voir laFrance asservie durablement dans le cadre d'une Europe hitlérienne[73].
En 2009, l'historienÉric Roussel estime à ce sujet que Pétain et Weygand (âgés respectivement de 84 et 73 ans) sont, en mai-, « sclérosés intellectuellement[86]. »
Partisan pionnier de l'armistice et ministre du gouvernement Pétain
Lors des conseils des ministres qui se déroulent du 12 au, Weygand est le premier à exiger un armistice avec l'Allemagne (alors qu'il n'est quegénéralissime et que cette décision appartient au seul gouvernement). Il s'acharne avec virulence sur cette nécessité, pour des raisons militaires mais également selon lui civiles. Avec la déroute des armées françaises, accompagnée de l'exode des populations belge et française, Weygand craint que le désordre ne se répande dans la totalité du pays. Pour lui, la classe politique est responsable d'une défaite[74], ne tenant pas compte des hautes responsabilités militaires qu'il a eues depuis la fin de la Grande Guerre et de l'État Major français dont les conceptions stratégiques et tactiques n'ont pas évolué depuis laPremière Guerre mondiale 1914-1918 tout en intégrant difficilement et de manière limitée les évolutions technologiques type char, aviation et radio notamment[68].Crémieux-Brilhac précise qu'« un armistice est un acte politique qui n'engage que les politiques, il implique le maintien d'une souveraineté nationale et il devrait permettre de sauver assez de restes de l'armée pour maintenir l'ordre ». En souhaitant un armistice, Weygand veut que les politiques prennent leurs responsabilités et que la France continue d'exister légalement. Une fois l'armistice signé, Weygand se battra toujours pour rester dans le cadre de celui-ci et c'est ce qui lui permettra de mettre sur pied l'armée d'Afrique qui assurera la présence de la France aux côtés desAlliés à partir de 1942.
Le au soir, auchâteau de Cangé près de Tours, où la présidence de la République s'est réfugiée, il défend l'idée d'armistice, se prévalant de l'accord de tous lesgénéraux d'armée. Il se montre« impétueux, incisif, insultant même à l'égard d'hommes politiques qu'il déteste »[87] et les hommes politiques le lui rendent bien.
Désormais en conflit ouvert avec Weygand, Reynaud lui objecte que« nous n'avons pas affaire àGuillaumeIer, vieux gentilhomme, qui vous prenait l'Alsace-Lorraine et tout était dit, mais àGengis Khan. Il ne nous est pas possible de solliciter un armistice qui serait déshonorant et entièrement inutile[87]. » Pour Reynaud la capitulation militaire est moins déshonorante ; Weygand s'oppose à cette option car contraire à l'honneur militaire et passible de la cour martiale.
Au Conseil des ministres qui se tient au même endroit le lendemain soir, Weygand revient à la charge et« se fait agressif (…) Sa fureur d'en finir, son âpreté lui valent des rappels à l'ordre[88]. » S'appuyant sur une fausse information qu'il n'a pas vérifiée, il invoque ce soir-là l'installation à l'Élysée du chef communisteMaurice Thorez, qui serait revenu d'URSS dans les fourgons de la Wehrmacht. C'est ce qu'indiqueCrémieux-Brilhac dans letomeIDes Français de l'An 40.
En fait, selon Destremau, Weygand reçoit, lors du conseil des ministres, l'information qu'un coup d'État communiste a lieu à Paris. Pendant la pause du conseil, il téléphone au généralDentz, gouverneur militaire de Paris, qui dément ; de son côté le ministre de l'IntérieurMandel téléphone au préfet de Paris qui lui dit que la situation est calme. Lorsque le Conseil des ministres reprend, Weygand fait part au président Lebrun et aux autres ministres que la situation est calme dans la capitale, ce qui est confirmé par Mandel. Plusieurs ministres ont confirmé la manière dont cet événement s'était déroulé lors de laCommission d'enquête parlementaire en 1947. Leprésident du ConseilPaul Reynaud, qui préfère uncessez-le-feu ou unecapitulation, lui oppose des arguments politiques :
le danger du nazisme,
les accords qu'il a conclus en personne le avec le Royaume-Uni sans en aviser le Conseil, qui interdisent toute paix séparée,
ou encore l'espoir que lesÉtats-Unis répondent positivement aux demandes répétées de soutien militaire.
Pour la première fois, le maréchal Pétain soutient ouvertement Weygand, invoquant l'ignorance des civils quant aux questions d'ordre militaire, et annonçant que« le renouveau français, il faut l'attendre en restant sur place plutôt que d'une reconquête de notre territoire par les canons alliés à une date impossible à prévoir[89]. » Le Gouvernement se divise mais s'accorde sur une motion modérée deCamille Chautemps.
Le, àBordeaux, où se trouve désormais le gouvernement,Paul Reynaud, appuyé parGeorges Mandel évoque une possibilité de poursuivre la lutte au côté duRoyaume-Uni : l'armée capitulerait en métropole pendant que Gouvernement etParlement gagneraient l'Afrique du Nord. Weygand refuse violemment cette solution qu'il juge contraire à l'honneur militaire.
Il fait observer aussi qu'une capitulation entraînerait l'occupation de tout le territoire, la reddition de toutes les troupes et la saisie de toutes les armes, y compris de la flotte. Comme Pétain, il juge inconcevable que le Gouvernement quitte la métropole. Il déclare à Reynaud que« le Gouvernement a pris la responsabilité de la guerre, à lui de prendre la responsabilité de l'armistice. » Selon l'analyse de l'historienJean-Pierre Azéma, il s'agit là d'une prise de position politique sans précédent depuis leXIXe siècle de la part d'un chef militaire :« par la bouche de Weygand, c'était la « grande muette » qui faisait irruption et rompait le pacte politique tacitement conclu — depuis l'affaire Dreyfus — entre l'armée et la nation[90]. » Après-guerre le président Lebrun dira de lui :
« Ah ! Quel malheur quand, dans l'extrême péril, ce sont les généraux qui se refusent à combattre[91] ! ».
Le, à un collaborateur du députéLouis Marin qui évoque une possible résistance depuis les colonies françaises, Weygand répond crûment :« c'est un ramassis de nègres sur lesquels vous n'aurez plus de pouvoir dès que vous serez battu[92] ».
Au dernier Conseil des ministres dugouvernement Reynaud, Weygand contribue à faire échouer le projet d'union franco-britannique proposé depuis Londres parWinston Churchill etJean Monnet, et fait pression pour qu'une décision soit prise rapidement au sujet de l'armistice[93]. De plus en plus isolé, Paul Reynaud démissionne auprès du président Lebrun au soir de ce et lui recommande Philippe Pétain pour former lenouveau gouvernement. Pétain annonce le que la France s'informe par l'intermédiaire de l'Espagne des conditions d'armistice émises par l'Allemagne et déclare à la radio qu'« il faut cesser le combat » (alors que des troupes démoralisées se battent toujours). Le même jour, Weygand est nommé ministre de la Défense nationale. Charles de Gaulle, sous-secrétaire d'État sous Reynaud, perd son portefeuille ; il accompagne le généralEdward Spears en Angleterre alors que celui-ci cherche à recruter des hommes politiques français de premier plan pour continuer la lutte auprès de l'Angleterre.
Legénéral Noguès adresse un télégramme à Weygand avant la signature de l'armistice au sujet de l'état d'esprit régnant en Afrique du Nord : "L'Afrique du Nord tout entière est consternée. Les troupes de terre, air, mer, demandent à continuer la lutte pour sauver l'honneur et conserver l'Afrique du Nord à la France. En admettant même qu'elle nous soit laissée, nous perdrions la confiance des indigènes à jamais si nous ne faisions pas un geste de ce genre". Le députéPierre Dhers, au moment de lacommission parlementaire sur les événements survenus entre 1933 et 1945, a résumé la position de Weygand - et celle deReynaud - à l'égard d'une poursuite des combats depuis l'Afrique du Nord : "Le tout était de le vouloir, ce qui ne fut pas le cas du général Weygand, et de le vouloir en temps utile, ce qui ne fut pas le cas de M. Paul Reynaud[94]".
Avant d'engager des négociations d'armistice, Weygand prend deux décisions : il ordonne le transfert au profit duRoyaume-Uni de tous les contrats d'armement passés par la France auprès des industries d'armement américaines, ainsi que la livraison dans les ports britanniques de tous les armements en cours d'acheminement, alors que les ports français étaient sous contrôle allemand[95][réf. non conforme],puis le transfert en Afrique du Nord de tous les avions en état de vol, soit 600 appareils, pour une éventuelle reprise des combats[96][réf. non conforme] ; en effet il ne cessera de répéter tout au long de la guerre que l'armistice est« un arrêt momentané des combats ».
En tant que nouveau ministre de la Défense[97], Weygand donne à la délégation française dirigée par le généralHuntziger, avant son départ pourRethondes[98], des instructions concernant la Flotte et son maintien sous contrôle français[98]. Ayant pris connaissance desconditions d'armistice édictées par les Allemands, Huntziger en rend compte à Weygand, le à20 h, au cours d'un long entretien téléphonique où il dicte le texte intégral de la convention, aussitôt transmise au Conseil des ministres réuni àBordeaux[98]. Lors des pourparlers qui se déroulent toute la journée du 22, entrecoupés de nouvelles communications téléphoniques entre Huntziger et Weygand, la délégation française ne peut obtenir que deux modifications : l'article 5 sur la livraison des avions militaires et l'article 17 sur les transferts de valeurs et de stocks, sont amendés[98]. Les Allemands refusent toute autre concession, en dépit des protestations françaises, en particulier sur l'article 19 concernant le droit d'asile et sur l'Italie (la France n'ayant pas été vaincuedans les Alpes)[98]. À la suite de l'ultimatum reçu à18 h 34 du chef de la délégation allemande, le généralKeitel, Weygand transmet à Huntziger, à18 h 39, l'ordre de signer l'armistice[99].
Le, Weygand ordonne au généralde Gaulle de revenir de Londres, ignorant délibérément l'invitation à poursuivre le combat que ce dernier lui adresse[100],[101],[102].
Après la réponse de de Gaulle (« Il n'y a pas actuellement d'armistice possible dans l'honneur »[103]), Weygand rétrograde de Gaulle du rang de généralà titre temporaire à celui decolonel, puis convoque un tribunal militaire qui le condamne à quatre ans de prison. Sur appel a minima[104] du ministre, le tribunal militaire de la 13e région siégeant à Clermont-Ferrand le 2août 1940 condamne de Gaulle à lapeine de mort, à ladégradation militaire, et à laconfiscation de ses biens[105],[106].
Bien qu'il soit légaliste[107], les positionsantiparlementaires etantidémocratiques du général Weygand, clairement exprimées dans sa note du 28juin 1940 (lue et approuvée par Pétain)[108],[107], ont exacerbé les rumeurs d'un possible coup d'État militaire et poussé les parlementaires vers le vote des pleins pouvoirs à Pétain et la fin de la IIIe République. Selon le témoignage du questeur Barthe : « J'ai l'intime conviction que plusieurs centaines de parlementaires, dont je suis, d'abord hésitants, furent entraînés à accorder la confiance au "loyal Pétain" par peur du réactionnaire Weygand ». Les paroles que prononce Laval lui-même le 8 juillet devant les députés confirment cette thèse. Laval déclare en effet : « Vous redoutez ladictature ? Rassurez- vous. Je suis ici devant vous pour défendre le pouvoir civil »[109].
Le, il rédige un programme approuvé par Pétain, à consonance fortementcorporatiste,cléricale etxénophobe. Il explique la nécessité de libérer la France« d'un régime decompromissions maçonniques, capitalistes et internationales qui nous a conduits où nous en sommes », blâme« lalutte des classes qui a divisé le pays, empêché tout travail profitable, permis toutes les surenchères de la démagogie ». Il prône« un nouveau régime social, fondé sur la confiance et la collaboration entre ouvriers et patrons. » Il déplore qu'en raison de la baisse de la natalité, la défense nationale ait été assumée par« une proportion inadmissible de contingents nord-africains, coloniaux et étrangers », et dénonce« desnaturalisations massives et regrettables [qui ont] livré une partie de notre sol et de nos richesses à des exploitants étrangers ».
Il affirme enfin qu'il faut réformer l'éducation de la jeunesse, mettre fin à« la vague de matérialisme qui a submergé la France »,« revenir au culte et à la pratique d'un idéal résumé en ces quelques mots : Dieu, Patrie, Famille, Travail. » Il conclut en demandant uneépuration de l'administration et du personnel dirigeant :« À un programme nouveau, des hommes nouveaux[110]. ». Henri Amouroux, dansPour en finir avec Vichy[111], souligne, contrairement à un biographe de Weygand, Bernard Destremau, l’allusion antisémite contenue dans les mots « capitalistes et internationales » ; il rappelle également que Weygand avait participé à une souscription en 1898 en faveur du commandantHubert Henry,officierfrançais auteur deforgerie defaux documents (faux Henry[112]) accusant le capitaineAlfred Dreyfus.
À la suite de labataille de Mers el-Kébir (3 au 6juillet 1940) où une partie de la flotte française est détruite par les Britanniques, il s'oppose à ceux qui souhaitent venger cette agression par un renversement d'alliance en faveur de l'Allemagne. Le16 juillet, il s'oppose également aux Allemands qui exigent des bases aériennesau Maroc, l'utilisation des ports d'Afrique du Nord avec l'usage de la voie ferrée deRabat àTunis ainsi que l'emploi de navires de commerce français.
Débutjuillet 1940, par échange de notes avec l'ambassadeur du Royaume-Uni, il demande àJean Monnet de résilier les achats d'armements contractés par la France auprès des États-Unis, et de transférer aux Britanniques les armes déjà fabriquées et payées[113].
Le, il est nommé Délégué général en Afrique française. Dans le strict respect des conventions de l'armistice, il doit s'opposer à toute intrusion, qu'elle soit amie ou ennemie, qu'elle vienne des Britanniques ou des Allemands. Le même jour, alors qu'il doit effectuer une visite d'inspection de la base aérienne, il sort légèrement blessé lors de l'accident de son avion (Amiot 143) à l'atterrissage, près de l'aérodrome de Limoges-Feytiat, àPanazol[114]. Immobilisé un mois, il ne rejoint l'Afrique que le, après labataille de Dakar[115]. Il s'emploie dès lors à enrayer l'extension de la dissidence deDe Gaulle, auquel se sont déjà ralliés leCameroun, leTchad, leCongo ou l'Oubangui Chari (Afrique française libre).
Appui à la révolution nationale antisémite et xénophobe
En particulier, il fait appliquer la politiqueantisémite des Allemands et du gouvernement de Vichy[116] et leslois raciales décidées par le gouvernement de Vichy[117], notamment celles qui excluent les Juifs de la fonction publique, de presque toutes les activités privées et de l'université, et qui placent leurs biens sous séquestre[118].
Mais il va plus loin que lerégime de Vichy, en excluant,sans aucune loi, les enfants juifs des écoles et lycées, avec l'appui du recteurGeorges Hardy[119]. Il instaure en effet, par une simple note de serviceno 343QJ du unnumerus clausus scolaire excluant la quasi-totalité des enfants juifs des établissements publics d'enseignement, y compris des écoles primaires,« par analogie avec la législation de l’Enseignement supérieur », alors que des mesures semblables n'avaient pas été prises en métropole.
Il interdit lafranc-maçonnerie, et enferme, avec l'appui de l’amiralAbrial, dans des camps de prisonniers duSud de l'Algérie et duMaroc, les volontaires étrangers de laLégion étrangère, les opposants au régime, réels ou présumés, et des réfugiés étrangers sans contrat de travail (bien que régulièrement entrés en France).
LeRoyaume-Uni ayant résisté victorieusement, contrairement à ses prévisions initiales, il persiste à penser, avec le maréchal Pétain, que, même si le Royaume-Uni n'allait pas être battu, il était incapable de gagner la guerre. Weygand partage le point de vue de Pétain qui avait prédit au diplomate américainRobert Murphy qu'il n'y avait« pas d'autre issue possible » au conflit qu'une paix« sans vainqueur ni vaincu ». Au cours de l'été 1941, Weygand s'adresse au même diplomate américain pour presser les États-Unis d'user de leur influence au niveau mondial pour permettre une sortie pacifique de cette impasse[120].
Au sein du gouvernement de Vichy, Weygand reste hostile aux Allemands, et conçoit larévolution nationale comme un moyen pour la France de se redresser moralement et matériellement et de prendre un jour sa revanche contre l'Allemagne. Cette vision n'est cependant ni celle deDarlan, ni deLaval, ni de Pétain lui-même, qui ne jouent jamais que la carte allemande, et qui savent que le régime de Vichy ne peut exister que dans le cadre d'une France défaite et d'une Europe dominée par le Reich[121].
Weygand, par ses protestations auprès dugouvernement de Vichy, s'oppose auxprotocoles de Paris du signés par Darlan, et notamment la clause qui attribue aux Allemands les bases deBizerte et deDakar. Il s'oppose à l'engagement d'une collaboration militaire éventuelle avec l'Axe. Le gouvernement d'Hitler cherche à détacher la France de Vichy de sa passivité vis-à-vis de l'Angleterre en engageant Pétain à allier ce qui reste des forces françaises avec les armées allemandes et italiennes pour une guerre commune contre toute attaque alliée sur un territoire français, que ce soit en métropole ou ailleurs dans l'Empire. Cette opposition de Weygand à une politique de collaboration active pousse les Allemands à réclamer son limogeage, et même à envisager son élimination physique[122].
En Afrique du Nord, armée française maintenue dans l'inaction
Simultanément, Weygand soutientRobert Murphy, envoyé spécial du président Roosevelt en Afrique du Nord, permettant l'implantation de douze vice-consuls qui seront les agents efficaces du débarquement[127]. Il négocie avec les Américains des conditions de ravitaillement, conduisant à un accord signé avec Murphy le. Le, le président Roosevelt écrivait au général Weygand une lettre lui disant toute sa confiance et sa reconnaissance. Elle a été reproduite par Georges Hirtz[128].
Cependant, Weygand montre une soumission complète au maréchal. Lorsqu'il apprend, à la suite d'une dénonciation, que quelques officiers de son entourage (lecommandant Faye, le commandant Dartois et lecapitaine Beaufre, duréseau Alliance) préparent à son intention un plan de rentrée en guerre avec une aide militaire américaine, il les fait arrêter et livrer à Vichy, en disant :« Ce n'est pas à mon âge qu'on devient un rebelle. » (Le commandant Faye sera exécuté le 30 janvier 1945 aucamp de concentration deSonnenburg à l'âge de 45 ans).
Les pressions de Hitler sur le gouvernement de Vichy afin d'obtenir le renvoi de Weygand aboutissent finalement à son rappel en métropole ennovembre 1941.
Enmai 1945, lesprisonniers sont libérés par les Américains et Weygand est reçu avec tous les honneurs dus à son rang au QG de laVIIe armée américaine à Augsbourg où il est l'hôte du généralPatch. Ayant reçu un télégramme de Paris lui enjoignant de s'assurer de la personne de Weygand et de le garder sous surveillance américaine jusqu'à nouvel ordre, Patch, indigné, fait conduire avec égard le général au QG de laIre armée française àLindau. À leur arrivée, le généralde Lattre reçoit l'ordre de de Gaulle d'arrêter les personnalités ayant eu des fonctions au sein des gouvernements du régime de Vichy, ordre qui concerne Weygand etJean Borotra. De Lattre exécute avec répugnance cet ordre et arrête son« vieux chef », non sans lui avoir fait rendre les honneurs militaires et mis sa voiture personnelle à disposition[127].
Renvoyé en France, Weygand est d’abord interné comme prévenu de collaboration auVal-de-Grâce, puis finalement libéré en, dégagé de toute responsabilité et relevé de l'indignité nationale, en bénéficiant en d'unnon-lieu sur tous les chefs d'accusation décidé par la commission d'instruction de laHaute Cour de Justice[129].
En1951, il refuse d'être inscrit dans la proposition de loi concernant la promotion de généraux aumaréchalat, son nom ayant été proposé par le députéGuy Jarrosson, auteur du projet de loi, aux côtés des générauxJean de Lattre de Tassigny etAlphonse Juin. À ce sujet, il déclara :
« Une tradition s'est établie en France : seuls les chefs militaires qui ont conduit leurs troupes à la victoire reçoivent le bâton de maréchal. C'est le cas des généraux Juin et de Lattre de Tassigny. [...] Mon cas est bien différent. Si j'ai rendu des services jadis, le dernier conflit n'a été pour moi qu'une série d'épreuves, plus cruelles les unes que les autres. Je me suis efforcé, en Afrique, de préparer la revanche de l'armistice de 1940, mais ce n'est pas l'acte de commandement devant l'ennemi que récompense le bâton de maréchal. Même si cet honneur m'était offert, ma conscience me commanderait de l'écarter[130]. »
En1955, à la suite de la publication par le général de Gaulle du premier tome de sesMémoires de guerre, Weygand répond point par point dans un ouvrage concis, maintenant son hostilité envers le général de Gaulle,En lisant les Mémoires de guerre du général de Gaulle que Flammarion tire à 35 000 exemplaires[131].
Engagement politique dans la mouvance « nationale »
Le général Weygand s'est opposé au projet deCommunauté européenne de défense dès 1952 :« Nous pensons que la création de l'armée européenne telle qu'elle est conçue démembre l'armée française et conduit la France à des abandons d'une exceptionnelle gravité »[132]. En 1954, à la demande deMichel Debré, il cosigne une déclaration de 14 personnalités contre la CED[133]. Cette même année, il cosigne un appel international demandant un renforcement de l'OTAN et une communauté atlantique plus resserrée[134] et adhère au comité français du Mouvement pour l'Union atlantique, présidé parFirmin Roz puis par le généralPierre Billotte. Il cosigne en 1962 un nouvel appel international à une union atlantique[135]. Lors d'une réunion parisienne du Mouvement pour une union atlantique en 1956, il conteste les conclusions deRaymond Aron qui affirme qu'il« faudrait reconnaître tôt ou tard (…) qu'il y aura un État algérien et que dans un délai à fixer il sera indépendant » et écrit auMonde pour s'indigner d'un compte-rendu qui ne signalait pas assez les contestations apportées aux conclusions d'Aron[136]. Il est en effet alors convaincu que c'est en Afrique du Nord que se« joue aujourd'hui le destin de la France »[137].
Il prend position pour l'Algérie française[138]. Il s'en prend implicitement au général de Gaulle en dans une déclaration à la presse :« Ni la Constitution de la République française, ni les principes d'indivisibilité et de souveraineté sur lesquels elle repose, n'autorisent qui que ce soit à porter atteinte à l'intégrité du territoire national »[139]. Ce militaire légaliste s'oppose à laSemaine des barricades de :« ce fut une folle aventure, d'où ne pouvait sortir que du mal », déclare-t-il lors d'une conférence donnée à l'Institut catholique sur l'armée[140]. En, il sort du silence auquel il s'était astreint pour prendre position en faveur desHarkis :« Si nous abandonnons sans dire mot à leur sort affreux les musulmans d'Algérie qui ont fait foi à la parole donnée au nom de la France, l'honneur de notre pays sera perdu »[141]. Il figure ensuite au comité de patronage de l'Union française pour l'amnistie[142]. Et à celui du pèlerinage de Chartres initié par lecolonel Rémy en 1963, bien qu'il ait failli refuser d'y figurer car il ne voulait pas s'associer à un événement qui aurait pu être favorable au général de Gaulle :
« S'il s'agit de réconciliation avec l'homme le plus trompeur et le plus malfaisant qui ait gouverné la France, je n'en suis pas. J'ai le sentiment d'avoir pardonné chrétiennement les injures et le mal faits à ma personne. Mais je lui pardonne nullement ses mensonges, son escroquerie historique, et tout le mal et tout l'immense dommage fait à la France dans les domaines des politiques intérieure et extérieure[143]. »
Ses prises de position sont publiées aussi bien dans la vénérableRevue des deux Mondes, fief de la droite académique à laquelle il appartient, que dansLe Monde, par exemple en 1956 sur le refus« d'éliminer l'emploi de l'énergie nucléaire à des fins militaires » car il s'agit d'« une question de vie ou de mort »[144], la revueFédération[145] ou l'hebdomadaire néo-royalisteLa Nation française[146].
Il préside durant quelques années, à partir de 1950, leCentre des hautes études américaines d'Achille Dauphin-Meunier ; il lance dans son bulletin un appel à« la réconciliation des Français »[147]. Il est ensuite président émérite. Ce Centre célèbre ses anniversaires : en 1956, alors qu'il est présidé parPierre-Étienne Flandin, il organise un déjeuner pour les89 ans du général Weygand. Parmi les présents : lemaréchal Juin, que Weygand a parrainé pour son entrée à l'Académie française, d'autres académiciens et membres de l’Institut, l'ambassadeur des États-UnisDouglas Dillon et de« nombreuses personnalités des milieux politiques et économiques ». Weygand demande au gouvernement de faire preuve de fermeté dans ses négociations avec le Maroc et la Tunisie ; il souhaite seulement l'autonomie interne pour le Maroc[148]. Ce Centre célèbre aussi son95e anniversaire, en : l'ancien ministreGeorges Bonnet, son président, ainsi qu'Alphonse Juin etHenri Massis louent ses hauts faits et le présentent comme un« grand serviteur de l'État » et un« défenseur de l'Occident chrétien »[149],[150].
Jusqu'à son décès, Weygand milite pour la réhabilitation du maréchal Pétain et de sa mémoire, comme président d'honneur de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), de sa fondation à son décès en 1965[151]. Il est notamment actif à l'occasion du centenaire de la naissance du maréchal en 1956 : il préside son comité et participe aux cérémonies organisées par l'ADMP. Ces cérémonies, selon Weygand, célèbrent l’action de Pétain à Verdun mais aussi durant l’Occupation — celle d’un homme à qui la France a donné un pouvoir« légitime s’il en fut », qui a mené la« tâche gigantesque » qui lui a été confiée, jusqu’au« martyre ». Avec aussi des préoccupations plus actuelles puisque Weygand appelle à se tourner« vers l’Afrique du Nord où tant de nos soldats et de nos Chefs mènent (…) une lutte ingrate et sans merci de la part de nos adversaires »[152].
Il patronne l’une des manifestations de la très anticommuniste Union pour la défense des peuples opprimés (UDPO) de François de Romainville en 1953, et collabore à son périodique,Exil et liberté dans les années 1950[153]. Il renoue aussi avec leCercle Fustel de Coulanges reconstitué ; il préside son premier banquet de l'après-guerre en 1954[154].
Il est également président d'honneur d'autres associations :
Il cosigne en 1956 un manifeste invitant tous les Français à se grouper« en face du déferlement mondial de la vague matérialiste et marxiste » pour combattre jusqu'au bout« pour leur foi et leur foyer », aux côtés de personnalités de la droite catholique commeGustave Thibon,Léon Bérard ouHenry Bordeaux[164]. Il préside en mai de la même année des « journées d'études civiques » consacrées à Jeanne d'Arc à l'occasion des cérémonies en l'honneur de la sainte, célèbre l'alliance traditionnelle entre catholicisme et patriotisme, dans le contexte de« l'abaissement de la France » et du« glissement de l'État » :« Restons fidèles à Dieu, au patriotisme dont elle nous a légué la leçon, simple, humain, sain, dégagé de toutes subtiles discussions, inconditionnel. (…) Affirmons notre foi dans la vocation chrétienne et civilisatrice de la France »[165]. Il fonde en 1957 et préside une éphémère Alliance Jeanne d'Arc, plus politique, avec Gustave Thibon,André Frossard, Léon Bérard, Marc Rivière, Jean de Bronac : elle entend faire de Jeanne d'Arc« la championne de l'Algérie française », selon les mots deMichel Winock, elle veut se consacrer« à la défense de l'honneur français, qui est exactement fonction de la fidélité à Dieu des hommes et des institutions »[166]. Dans ses réunions, Weygand fustige« ceux qui appellent colonialisme ce qui n'est que la civilisation ». Selon lui, le« meneur de jeu » en Algérie est communiste :« On assiste à une vaste manœuvre de Moscou, dont le but est de tourner la défense occidentale par le Sud ». Il appelle à« sanctionner les défaitistes et les traîtres » et trouve légitime que l'armée française pourchasse les « rebelles » dans leurs repaires, fussent-ils à l'étranger (allusion à la Tunisie et au Maroc)[167]. Il adresse un message aux chrétiens d'Algérie dans lequel il dénonce« un effort persévérant, qui trouve des complices en France, et même parmi les chrétiens, (et qui) tâche de séparer l'Algérie de la patrie ». Il note aussi :« S'il a été commis des excès, la conscience ne saurait les approuver, mais elle ne peut pas ignorer le climat de terreur et de provocation suscité par les ennemis de la France ». Des mots qui tranchent avec les déclarations de l'épiscopat français, ce que Weygand assume[168].
Il soutient en 1959 l'action deGeorges Sauge, qui a fondé avecJean Damblans le Centre d’études supérieures de psychologie sociale (CESPS), une officine anticommuniste de la mouvance« nationale-catholique »[169]. Il appuie ensuite la « Cité catholique » du militant catholique contre-révolutionnaireJean Ousset : il préside son congrès de 1960[170] et, avec lecolonel Rémy,Henri Massis,Gustave Thibon,Michel de Saint-Pierre,Gilbert Tournier, le maréchalAlphonse Juin et le députéÉdouard Frédéric-Dupont, co-signe une déclaration collective en faveur de la Cité catholique en 1962[171]. Weygand est« attaché à la tradition, (et) il s’effrayait des conséquences d’une évolution trop rapide de la liturgie ou des environnements du dogme ; il déplorait l’indépendance du jeune clergé »[162]. Il aurait d’ailleurs déclaré à l’amiralGabriel Auphan, après avoir lu une nouvelle attaque contre la religion catholique traditionnelle :« Si j’étais en âge de me refaire une carte de visite, je mettrais simplement : « Weygand, intégriste »[172] ».
Il meurt le27 janvier1965 à 98 ans des suites d'une fracture du fémur[173]. À sa mort, il est le doyen d'âge et d'élection de l'Académie française. Désavouant son ministre des ArméesPierre Messmer, le général de Gaulle, qui avait été condamné à mort sur appel de Weygand en juin 1940, refuse qu'une cérémonie solennelle[101] setienne aux Invalides.
Dans un billet duMonde,Hubert Beuve-Méry résuma le sentiment d'une partie de l'opinion :« On peut n'avoir en rien partagé les idées du disparu… il n'en reste pas moins auréolé de la gloire des vainqueurs de 14-18. Chicaner à ce compagnon de Foch, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire, une simple messe deRequiem dans cette même église (Les Invalides) où tant de lieutenants font bénir leurs jeunes amours apparaît comme un geste sans grandeur, une injustice, une faute et l'on craint que des rancunes personnelles n'y aient plus de part que la raison d'État ». Ont protesté dans la presse contre le « refus des Invalides »Gilbert Cesbron (Le Figaro du) ou le généralPaul Vanuxem —« l'injure est faite à la nation, l'injure est faite à l'armée » (dansAux Écoutes du) tandis que d'autres ont brossé un portrait flatteur de Weygand dans LaFrance catholique (Jean Guitton,Jean de Fabrègues, le maréchal Juin, Henri Massis, legénéral Chambe),Aspects de la France (Xavier Vallat etGustave Thibon),Les Nouvelles littéraires (le duc de Lévis-Mirepoix),La Revue des deux Mondes (Claude-Joseph Gignoux), etc.[177].
Maxime Weygand est inhumé au cimetière Saint-Charles deMorlaix, où il possédait un manoir[Note 8], le. Deux mille personnes assistèrent à ses obsèques, dont les autorités locales (le préfet du Finistère, le sous-préfet de Morlaix, lepréfet maritime, le maire de Morlaix,Jean Le Duc, etc.), l'évêque du diocèseAndré Fauvel, des généraux (Lenormand, vice-président de la Saint-Cyrienne,Touzet du Vigier, qui prononce une allocution au nom de la Saint-Cyrienne et de l'Union nationale de la cavalerie, Declerck), les présidents de l'UNC du Finistère et des Côtes-du-Nord,Jean Lemaire, avocat de Pétain, Pierre Henry, secrétaire général de l'ADMP, etc.[178].
L’année suivante, cependant, ce refus des Invalides fut réparé. Le ministre des Armées,Pierre Messmer, autorisa l’accès à l’église Saint-Louis des Invalides pour unemesse de requiem, célébrée le, et présidée par Pierre Brot, évêque auxiliaire de Paris. 23 associations d’anciens combattants ou groupements que Weygand protégeait, encourageait ou présidait l’organisèrent, insistant« sur le recueillement qui doit imprégner » la cérémonie et priant les assistants« de se refuser à toute initiative qui serait de nature » à la troubler. Une carte strictement personnelle d’invitation fut exigée à l’entrée. Y assistèrent le président duCEPEC et des personnalités commeWladimir d’Ormesson,Pierre Lyautey ouJean Borotra[179].
(Nota : la médaille militaire se porte avant la LH pour les officiers généraux ayant commandé au front, attention selon la Grande Chancellerie aucun texte officiel n'existe et il s'agit d'une simple habitude)
Weygand au Liban (1924). France Syrie et Liban 1918-1946, de Nadine Méouchy, chapitre 3 Le Mandat à l’épreuve des passions françaises: l'affaire Sarrail (1925) Presses de l’Ifpo, Institut français d'études arabes de Damas, année 2002, 436 pages. EAN(Édition imprimée) 9782901315773
Edgar Vincent d'Abernon,La dix-huitième bataille décisive du monde : Varsovie, 1920, Pression de Hyperion, 1977(ISBN0883554291).
Piotr Wandycz,Le Général Weygand et la bataille de Varsovie, Journal d'Affaires de l'Europe centrale, 1960.
Norman Davies,White Eagle, Red Star: The Polish-Soviet War, 1919-20 (Aigle Blanc, Étoile Rouge : la guerre polono-soviétique, 1919-20), Pimlico, 2003(ISBN0712606947).
↑Hortense Joséphine Denimal, blanchisseuse de linge, née àCambrai le, fille de Constant Joseph Denimal, jardinier et de Marie Barbe Joséphine Dumont domiciliée à Courbevoie avait épousé à Bruxelles en premières noces le et alors qu'il était déjà gravement malade,EmmanuelFélix Vandievoet (son prénom usuel étaitFélix), carrossier, né à Bruxelles le 1er mars 1823, fils de Joseph Van Dievoet, carrossier, et de Marie Thérèse Joseph Schalier, et issu d'une modeste famille ouvrière bruxelloise qui de charrons étaient devenus carrossiers rue de Schaerbeek, décédé à Bruxelles le à25 ans et enterré dans le caveau de cette famille de carrossiers à Bruxelles. Lors de leur mariage, ils reconnurent Henriette Louise Constance Van Dievoet, née à Paris le. Hortense Denimal, devenue veuve quelques jours après son mariage, et alors blanchisseuse de linge, se remariera, près de dix ans plus tard, àSaint-Josse-ten-Noode le, à Jean Joseph Leroy ou Le Roy, employé, sabotier en 1884, domicilié à Saint-Josse-ten-Noode, né à Bruxelles le, fils de Jean Joseph Leroy, sellier, et de Jeanne Catherine Heynen, blanchisseuse de linge.
↑de Nimal, pseudonyme qui n'est autre qu'une légère modification de Denimal, nom de jeune fille de sa tutrice, l'épouse de M. Cohen.
↑Alain Pierre Touzet du Vigier est le père deJean Touzet du Vigier (1888-1980) qui était sous les ordres du capitaine de Gaulle en Pologne en 1920 au sein de lamission militaire française, et futur général lors de la Seconde Guerre mondiale. Il s'avère qu'en 1920, Weygand, alors général, était également en Pologne, mais dans le cadre de lamission diplomatique interalliée (présente quant à elle sur une très courte durée).
↑Saint-Cyrien, Jacques Weygand atteindra le grade dechef d'escadron mais quittera l'armée après la Libération.
↑Parmi la quarantaine de généraux présents à ses obsèques, on peut citer les générauxBeaufre, Béthouart, Boyer de la Tour, Carpentier, Demetz,Ely,Kœnig, Lorillot, Guillaume de Montsabert, Noiret, Vanuxem. Le général Dodelier,gouverneur militaire de Paris, et le général de Menditte, inspecteur de la cavalerie, étaient présents à titre personnel, et du fait de leurs fonctions, avec l'accord du ministre et de leurs supérieurs, mais sans les représenter.
↑Quelques jours plus tard, lors d'un rassemblement politique de Tixier-Vignancour à la Mutualité pour protester contre l'attitude du Gouvernement lors des obsèques de Weygand, des jeunes gens manifestent aux cris de « de Gaulle assassin » et « Tixier au pouvoir » :Feuille d'avis de Neuchâtel,.
↑Maxime Weygand avait acheté àMorlaix en 1920, le manoir de Coat Amour, sur les conseils de Foch qui possédait également un manoir non loin. La propriété resta dans la famille Weygand jusqu'en 1987.
↑Albert Duchesne, « De qui le général Weygand était-il le fils ? (note critique) »,Revue belge de Philologie et d'Histoire,nos 48-2,, p.420(lire en ligne).
↑Albert Duchesne, historien, fut conservateur aumusée royal de l'Armée et d'Histoire militaire de Bruxelles de 1945 à 1977 et écrivit plusieurs études en relation avec l'histoire militaire du royaume de Belgique.
↑Gilbert Bloch, Jacques Denimal,Les curieux débuts (1885 - 1888) de la carrière du futur général Weygand, dansRevue belge d'histoire militaire, XXXI - 1/2, mars - juin 1995, pages 1 à 42.
↑Albert Duchesne,Le mystère Weygand enfin résolu, dansHistorama, octobre 1984, pages 33 à 39, ainsi queDuchesne 1970,p. 416-455.
↑Le divorce était interdit en France jusqu'à laloi Naquet de 1884 et David de Léon Cohen n'aurait pas pu divorcer de sa première épouse avant cette loi et épouser plus rapidement sa seconde épouse.
↑Mentionnons aussi queDavid de Léon Cohen, notable israélite, membre du consistoire de Marseille, ne désirait peut-être pas non plus, pour des raisons de convenance religieuse, afficher un mariage exogame. Ainsi, comme l’écrit Lucienne Germain, en 1990, dans« Le couple interdit »[2],il faut rappeler brièvement la position religieuse traditionnelle sur la question. Dénoncé dès l’Antiquité comme le symbole des « abominations de Canaan », le mariage exogame est sévèrement condamné par les textes canoniques juifs. Les règles matrimoniales codifiées par le Deutéronome excluent toute possibilité d’union exogamique pour les membres de la maison d’Israël : « Ne t’allie avec aucun d’eux : ta fille, ne la donne pas à son fils et sa fille n’en fait pas l’épouse du tien. Car elle détacherait ton fils de Moi et ils adoreraient des divinités étrangères ».
↑Gilbert Bloch, Jacques Denimal,Les curieux débuts... : Virginie Saget, de 1868 à 1873, est logée à Marseille.
↑Charles Fouvez, dans son livreLe mystère Weygand, Paris, La Table Ronde, 1967, écrit :C'est aussi dans ce faubourg d'Etterbeek que la sœur aînée de Thérèse-Joséphine Denimal a été domiciliée le 9 août 1877 après bien des vicissitudes. En effet, Hortense Joséphine Denimal, après avoir suivi ses parents à Paris en 1844, s'y est mariée avec un sieur Vandievoet, de nationalité belge. Une fille Henriette, est née de cette union le 11 janvier 1846. On retrouve Hortense, devenue veuve, à Bruxelles, 23 rue de la Pépinière, à une date non déterminée, puis àSaint-Josse-ten-Noode, 18 rue Charles-VI, le 7 juin 1855. Elle s'y remarie le 2 avril 1857 avec Leroy Jules, qualifié d'employé. Les habitats successifs d'Hortense-Joséphine Denimal, exerçant la profession de blanchisseuse, sont de pauvres logis dans des quartiers déshérités : maisons branlantes, voire sordides, façades sinistres, murs lépreux, qui subsistent encore de nos jours dans le même état de décrépitude.
↑a etbCélineGervais,La Guerre polono-soviétique, 1919-1920, Lausanne,L'Âge d'Homme,, 145 p.(ISBN2-7204-0104-8). Actes du colloque de l'Institut d'études slaves de Paris du. Discussion après l'intervention portant sur « le rôle du général Weygand pendant la bataille de Varsovie » menée par le colonel Pierre Le Goyet ; échange avec le général polonaisJózef Jaklicz(pl),p. 38-40.
↑P. Mazas,La politique française dans la question de la Haute Silésie, Paris 7, Mémoire Université de Paris 7,
↑Pertinax,Les fossoyeurs T II, New York, Editions de la maison française,, 316 pages, pages 26-27
↑Le Temps, 30-5-1936 ;Le Journal des débats, 19-2-1937,Gérard Chauvy,Le drame de l’armée française, Pygmalion,. (il cite le témoignage de Weygand du), Jacques Nobécourt,Le Colonel de La Rocque, Fayard, 1996
↑Jean-François Colas, « Georges Laederich (1898-1969) : le combat d'un industriel vosgien contre le Front populaire et le communisme, 1934-1939 »,Annales de la Société d'émulation du département des Vosges,, p.58-59.
↑Philippe Dagen et Philippe Dagen, « Pourquoi donc honorer à Paris un peintre franquiste sans envergure ? »,Le Monde,(lire en ligne).
↑Cf. la page consacrée au fondateur des dîners parisiens des « Affinités françaises », qui rassemblent les « nationaux » :Louis de Fraguier. Ceux du comité Dupleix-Bonvalot ont été fondés par l'explorateurGabriel Bonvalot.
↑Le Temps,,La Revue des deux Mondes, Weygand, « L’armée d’aujourd’hui », ;Le Journal des débats, 22-10-1938, 20-11-1938
↑Villelume,Journal d'une défaite (23 août 1939 - 16 juin 1940), Fayard, 1976, p. 343. : "legénéral Georges s'était, de l'avis de tous, montré depuis le 10 mai très déprimé. Legénéral Billotte, dont il voulait faire son successeur s'il accédait lui-même au poste suprême, ne m'avait jamais paru être un homme de premier plan. Comme je disais il y a quelques semaines que legénéral Huntziger passait pour être le plus apte à commander le front nord-est, le général Georges m'avait répondu qu'il vivait depuis trop longtemps à l'écart des questions stratégiques. Il restait Weygand... quoi qu'on en ait dit ou pensé, il a pour lui sa légende. Et c'est un élément fort important à l'heure où le moral des troupes semble être tout ce qu'on peut espérer sauver de notre capital militaire".
↑a etbSchiavon 2018, chapitre 9, « Un généralissime dans la tourmente ».
↑Thibault Tellier,Paul Reynaud, Fayard, 2005, p. 585
↑abc etdWinston Churchill,Mémoire de guerre, tome I, Taillandier,,p. 282
↑Dans son ouvrage l'Etrange défaite paru en 1944, l'historien Marc Bloch cite une déclaration du Maréchal Foch faite au journaliste Robert de Beauplan à la suite d'un meeting aérien sur le plateau de Malzéville lors du Circuit de l'Est :"Tout ça, voyez vous, c'et du sport, mais pour l'armée, l'avion, c'est zéro"
↑L'historien Marc Bloch dans son ouvrage l'Etrange défaite paru en 1944 donne un exemple avec les enseignements au sein de l'école de guerre française concernant les chars avant la guerre.Pour les théoriciens français, ces engins malgré les exemples de la guerre d'Espagne en 1936 et de la Campagne de Pologne en Septembre 1939 , ne devaient se mouvoir que de nuit et à vitesse réduite.La Campagne de France eut lieu comme le souligne Marc BLOC, uniquement que de jour à des vitesses de plusieurs dizaines de kilomètres par jour parcouru par les troupes blindées allemandes. Il souligne ici la déconnexion entre la doctrine militaire enseignée basée sur les enseignements de 1914-1918 la réalité du terrain vécue par les troupes françaises de 1939.
↑Max Schiavon, « Les relations entre hauts commandements français et britannique en 1939-1940 »,Revue historique des armées, numéro 264,,p. 59-74, Paragraphe 37(lire en ligne)
↑ab etcJean-Luc Leleu, Françoise Passera et Jean Quellien,La France pendant la Seconde Guerre mondiale. Atlas historique, Fayard-ministère de la Défense, 2010,p. 41 sq.
↑abcd ete(de + fr)Eberhard Jäckel,Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction :La France dans l'Europe de Hitler (préface deAlfred Grosser, traduction de Denise Meunier), éd. Fayard, coll.« Les grandes études contemporaines », 1968,554 p.,p. 63-65.
↑ab etcThibault Decomble,Le général Maxime Weygand face à la guerre (mai 1940-septembre 1940) (mémoire de master 2 d’histoire contemporaine),(lire en ligne),p. 198, 199, 200, 263
↑a etb« 28 juin 1940 : Le manifeste Weygand : une anticipation de la Révolution nationale ? »,Publications du Centre international d'études et de recherche de Vichy sur l'histoire de la France de 1939 à 1945, CIERV,(lire en ligne[PDF])
↑Le Monde,,,,Paris-presse, L'Intransigeant,,Centenaire du maréchal Pétain, 1856-1956, brochure de l’ADMP, 1956,L’Est républicain, 27-4-1956 : cérémonies de Verdun (en ligne sur le site consacré au général Héring). Sur l’ADMP et ses prises de position, cf. Henry Rousso, « À contre-courant, l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain », dans Alfred Wahl (dir.),Mémoire de la Seconde Guerre mondiale, Metz, centre de recherche histoire et civilisation de l’Université de Metz, 1984,p. 111-123.
↑« La fête nationale de Jeanne d'Arc à Paris »,Le Monde,(lire en ligne), Association universelle des Amis de Jeanne d'Arc,Patrie française et principes chrétiens, NEL, 1956 : contient son discours prononcé aux Arènes de Lutèce le, et ceux deLéon Bérard,Marcel Clément,Raoul Follereau, Georges Hardy,André Frossard, Xavier de Bourbon, etc. Cf. le site de cette association : amis-jeanne-darc.org.
↑« M. Henri Massis et le général Weygand président le congrès de "la Cité catholique" »,Le Monde,(lire en ligne). Cf. Raphaëlle de Neuville,Jean Ousset et la Cité catholique, Dominique Martin Morin, 1998.