Caractérisée par sa grande diversité de genres, la production musicale de Ravel respecte dans son ensemble la tradition classique et s'étale sur une période créatrice de plus de quarante années qui la rendent contemporaine de celles deFauré,Debussy,Stravinsky,Prokofiev,Bartók ouGershwin. La grande majorité de ses œuvres a intégré le répertoire de concert. Parmi celles-ci le ballet symphoniqueDaphnis et Chloé (1909-1912), leBoléro (1928), les deux concertos pour piano et orchestrepour la main gauche (1929-1930) eten sol majeur (1929-1931) et l’orchestration desTableaux d'une exposition deMoussorgski (1922) sont celles qui ont le plus contribué à sa renommée internationale. Reconnu comme un maître de l’orchestration et un artisan perfectionniste, cet homme à la personnalité complexe ne s'est jamais départi d'une sensibilité et d'une expressivité qui, selonLe Robert, lui firent évoquer dans son œuvre à la fois « les jeux les plus subtils de l’intelligence » et « les épanchements les plus secrets du cœur ».
Maurice Ravel naît le[1], dans lamaison Estebania, quai de laNivelle[N 2] àCiboure, près deSaint-Jean-de-Luz, dans lesBasses-Pyrénées. Son père, Joseph Ravel (1832–1908), d'ascendancesuisse etsavoyarde[N 3], est un ingénieur renommé qui travaille notamment à la construction de lignes de chemin de fer et dans l'industrie automobile et étend les recherches d'Étienne Lenoir sur lesmoteurs à explosion. Sa mère, née Marie Delouart (1840–1917), femme au foyer après avoir été modiste, est née à Ciboure d'une famille établie dans ce village depuis au moins leXVIIe siècle[3]. Son frère Édouard (1878–1960) est ingénieur. Maurice entretiendra toute sa vie de forts liens affectifs avec lui[4]. En, la famille Ravel se fixe définitivement à Paris[5]. La légende qui veut que l’influence de l’Espagne sur l’imaginaire musical de Maurice Ravel soit liée à ses origines basques est donc exagérée, d’autant que le musicien ne retourne pas auPays basque avant l’âge de vingt-cinq ans. En revanche, il revient par la suite régulièrement à Saint-Jean-de-Luz et ses environs pour y passer des vacances ou travailler.
En1897, Ravel entre dans la classe de contrepoint d'André Gedalge, etGabriel Fauré devient son professeur de composition ; deux maîtres dont il reçoit l'enseignement avec comme condiscipleGeorges Enesco. Fauré juge le compositeur avec bienveillance, saluant un« très bon élève, laborieux et ponctuel » et une« nature musicale très éprise de nouveauté, avec une sincérité désarmante »[14]. Les deux artistes entretiendront toute leur vie une grande estime l'un pour l'autre. Fauré introduit son élève dans le salon demadame de Saint-Marceaux[15], qui aime découvrir de jeunes talents et chez laquelle il joue régulièrement ses œuvres, dont certaines en première audition privée[N 7],[N 8],[18]. À la fin de ses études, Ravel compose une ouverture symphonique pour un projet d'opéra baptiséShéhérazade — ouverture créée en sous les sifflets du public, à ne pas confondre avec les trois poèmes deShéhérazade pour voix de femme et orchestre datés de 1903 —, et la célèbrePavane pour une infante défunte qui reste une de ses œuvres les plus jouées, même si son auteur ne l'estimait pas beaucoup[N 9].
Maurice Ravel en 1907 (clichéPierre Petit).Portrait de Maurice Ravel, 1928, eau-forte parMarcel Amiguet.
Prix de Rome : « l'affaire Ravel »
Le compositeur essuie ainsi cinq échecs auprix de Rome sur fond de querelle entre académisme et tendances avant-gardistes. Éliminé au concours d'essai en 1900, Ravel n'obtient qu'un deuxième Second Grand prix en 1901[20] (derrièreAndré Caplet etGabriel Dupont) pour sacantateMyrrha inspirée duSardanapale deLord Byron, malgré les éloges deSaint-Saëns selon qui le compositeur parait« appelé à un sérieux avenir »[21]. C'est la seule récompense obtenue par Ravel, qui échoue de nouveau en 1902 (cantateAlcyone d'aprèsLes Métamorphoses d'Ovide) et en 1903 (cantateAlyssa sur un texte de Marguerite Coiffier) avant d'être rejeté dès l'épreuve préparatoire en 1905, son âge lui interdisant toute tentative ultérieure[N 10]. Ce dernier échec pose ouvertement la question de l'impartialité du jury où siègeCharles Lenepveu, professeur des six concurrents admis en loge[N 11],[N 12],[N 13],[N 14], et suscite, par-delà le cercle de ses premiers défenseurs, un courant d'indignation en faveur de Ravel[N 15],[N 16]. La nomination de Gabriel Fauré à la direction du Conservatoire de Paris en, en remplacement deThéodore Dubois, démissionnaire[N 17], ouvre la voie à une lente réforme du prix de Rome[29]. Ce que certains périodiques appellent « l’affaire Ravel » contribue à faire connaître le nom du musicien[N 18].
Premiers chefs-d’œuvre
Ses déboires au prix de Rome n'empêchent pas Ravel d'affirmer dès 1901 sa personnalité musicale avec lesJeux d’eau pour piano, pièce d'inspirationlisztienne qui, la première, lui vaut l'étiquette de musicienimpressionniste. Très tôt et longtemps dans sa carrière, Ravel est comparé à Debussy[N 19],[N 20] avec une insistance qui veut le faire passer pour un imitateur[N 21],[N 22],[N 23], puis, rapidement, pour un rival. Si l'influence de Debussy n'est jamais démentie par Ravel, elle ne reste pas à sens unique[N 24]. Certains critiques musicaux aidant, en particulier Pierre Lalo duTemps, l'un des plus farouches adversaires de la musique de Ravel[N 25], ces trajectoires communes tournent assez vite au duel à distance[N 26] et sont mal ressenties par l'auteur deLa Mer[N 27]. Debussy et Ravel ne se fréquentent pas et leur relation, d'abord cordiale, devient très distante à partir de 1905[N 28]. Jusqu'à la fin de sa vie, Ravel ne manqua jamais de rappeler combien il estimait Debussy[41].
Évocation symphonique de la Grèce antique, le balletDaphnis et Chloé est l’œuvre la plus longue écrite par Ravel. Créée le dans des décors conçus parLéon Bakst, la postérité en a consacré deux fragments sous forme desuites.
En, Ravel se rend à Londres chezRalph Vaughan Williams à l’occasion d'une tournée de concerts à l’étranger. Il peut à cette occasion découvrir qu’il est déjà connu et apprécié outre-Manche. Il fonde en 1910, avec notammentCharles Koechlin,Gabriel Fauré etFlorent Schmitt, laSociété musicale indépendante (SMI) pour promouvoir la musique contemporaine, par opposition à laSociété nationale de musique, plus conservatrice, alors présidée parVincent d’Indy et liée à laSchola Cantorum. Dirigée à ses débuts par Gabriel Fauré, la SMI est très active jusqu'au milieu desannées 1930, donne en première audition un grand nombre des œuvres de Ravel et contribue à faire connaître la musique de la jeune école française — Aubert,Caplet,Delage,Huré,Koechlin,Schmitt, etc. — et celle de compositeurs d'avant-garde alors peu diffusés en France : Ravel y invite notamment le jeuneBéla Bartók. Vers la même époque, en 1911, Ravel participe à la création de laSociété Chopin, sur l'initiative de son ami le musicologueÉdouard Ganche.
Au début desannées 1910, deux œuvres majeures donnent à Ravel des difficultés.L'Heure espagnole, premier ouvrage lyrique du compositeur, est achevé en 1907 et créé en 1911. L'opéra est mal accueilli par le public et surtout par la critique. Ni l’humour libertin du livret deFranc-Nohain[N 30] ni les hardiesses orchestrales de Ravel[N 31] ne sont compris, et l'œuvre doit attendre lesannées 1920 pour devenir populaire. Parallèlement, pour répondre à une commande deSerge de Diaghilev dont lesBallets russes triomphent à Paris, Ravel compose à partir de 1909 leballetDaphnis et Chloé. Cettesymphoniechorégraphique, qui utilise des chœurs sans paroles, est une vision de laGrèce antique que Ravel veut proche de celle que les peintres français duXVIIIe siècle avaient donnée. L’argument de l’œuvre fut corédigé parMichel Fokine et Ravel lui-même. Il s’agit de l’œuvre la plus longue du compositeur (soixante-dix minutes environ), et celle dont la composition, longue de trois années, est la plus laborieuse. Là encore l’accueil est inégal après la création en, deux ans après le triomphe du très novateurOiseau de feu deStravinsky. Cette même année cependant triomphent les balletsMa mère l'Oye etAdélaïde ou le langage des fleurs, tous deux des orchestrations d'œuvres antérieures.
Le, Ravel est au nombre des défenseurs d'Igor Stravinsky, avec qui il avait noué une solide amitié, lors de la création tumultueuse duSacre du printemps au théâtre des Champs-Élysées[N 32]. Cette période qui précède la guerre, Ravel la décrira plus tard comme la plus heureuse de sa vie. Il habite depuis 1908 un appartement au 4,avenue Carnot, tout près de laplace de l’Étoile.
La guerre
Dessin de Ravel pour la couverture de la partition duTombeau de Couperin, 1917.
Laguerre surprit Ravel en pleine composition de sonTrio en la mineur qui fut finalement créé en 1915. Dès le début du conflit, le compositeur chercha à s'engager mais, déjà exempté de service militaire en 1895 en raison de sa faible constitution (1,61 m)[N 33],[47], il fut refusé pour être « trop léger de deux kilos » (ne pesant que 48 kg)[N 34],[N 35]. Dès lors, l’inaction devint une torture pour Ravel. À force de démarches pour être incorporé dans l'aviation[N 36], c'est finalement comme conducteur d'un camion militaire — que le compositeur surnommaAdélaïde — qu'il fut envoyé près deVerdun en.
Depuis le front, tandis que plusieurs musiciens de l'arrière tombaient dans les travers du nationalisme[N 37], Ravel fit la démonstration de sa probité artistique en refusant, au risque de voir sa propre musique bannie des concerts, de prendre part à laLigue nationale pour la défense de la musique française. Cette organisation, créée par Charles Tenroc autour notamment deVincent d'Indy,Camille Saint-Saëns etAlfred Cortot, entendait faire de la musique un outil de propagande nationaliste et interdire, entre autres, la diffusion en France des œuvres allemandes et austro-hongroises. Ravel leur répondit le[52] :
« [...] Je ne crois pas que “pour la sauvegarde de notre patrimoine artistique national” il faille “interdire d'exécuter publiquement en France des œuvres allemandes et autrichiennes contemporaines non tombées dans le domaine public”. [...] Il serait même dangereux pour les compositeurs français d'ignorer systématiquement les productions de leurs confrères étrangers et de former ainsi une sorte de coterie nationale : notre art musical, si riche à l'heure actuelle, ne tarderait pas à dégénérer, à s'enfermer en des formules poncives [sic]. Il m'importe peu que M.Schönberg, par exemple, soit de nationalité autrichienne. Il n'en est pas moins un musicien de haute valeur, dont les recherches pleines d'intérêt ont eu une influence heureuse sur certains compositeurs alliés, et jusque chez nous. Bien plus, je suis ravi que MM.Bartók,Kodály et leurs disciples soient hongrois et le manifestent dans leurs œuvres avec tant de saveur. En Allemagne, à part M.Richard Strauss, nous ne voyons guère que des compositeurs de second ordre dont il serait facile de trouver l'équivalent sans dépasser nos frontières. Mais il est possible que bientôt de jeunes artistes s'y révèlent, qu'il serait intéressant de connaître ici. D'autre part je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire prédominer en France, et de propager à l'étranger toute musique française, quelle qu'en soit la valeur. Vous voyez, Messieurs, que sur bien des points mon opinion est assez différente de la vôtre pour ne pas me permettre l'honneur de figurer parmi vous. »
Victime selon toute vraisemblance d'une dysenterie puis d'une péritonite, Ravel fut opéré le avant d'être envoyé en convalescence puis démobilisé en[53]. La nouvelle du décès de sa mère, survenu en, parvint au compositeur alors qu'il était encore sous les drapeaux. Elle le plongea dans un désespoir sans comparaison avec celui causé par la guerre : profondément abattu[N 38], il devait mettre plusieurs années à surmonter son chagrin[N 39].
Il acheva cette année-là six pièces pour piano regroupées sous le titreLe Tombeau de Couperin, suite en forme d'hommage aux maîtres du classicisme français qu’il dédia à des amis tombés au front. Durement touché par ces épreuves accumulées, le musicien resta insensible aux échos de l'armistice et traversa alors une période de silence et de doute que vinrent interrompre en 1919 deux commandes cruciales : l'une deDiaghilev (La Valse), l'autre deRouché (L'Enfant et les Sortilèges).
La guerre, terminée, avait bouleversé la société et remis en cause les canons esthétiques hérités de ce qu'on appellerait bientôt la « Belle Époque » : les années d'après-guerre virent ainsi tout un pan de la musique européenne, deSergueï Prokofiev (Symphonie classique) àStravinsky (Pulcinella), prendre un viragenéoclassique auquel Ravel allait contribuer à sa manière. Pour les quelque douze années d’activité qui lui restaient, la production du musicien se ralentit considérablement (une œuvre par an en moyenne, non compris les orchestrations) et son style évolua selon ses propres mots dans le sens d’un« dépouillement poussé à l'extrême » tout en s’ouvrant aux innovations rythmiques et techniques venues de l’étranger, en particulier d’Amérique du Nord.
Les années passant, et après la mort deClaude Debussy en 1918, Ravel était désormais considéré comme le plus grand compositeur français vivant[N 40]. Sa notoriété croissante, particulièrement à l'étranger, le fit beaucoup réclamer en concert et lui valut plusieurs distinctions. La façon dont s'accommoda de sa célébrité celui qui déclara désabusé, en 1928, à propos du public qui l'acclamait,« Ce n'est pas moi qu'ils veulent voir, c'est Maurice Ravel »[57], dérouta plus d'un observateur. Ce fut d'abord, en 1920, la réaction désinvolte à sa promotion au rang de chevalier de laLégion d'honneur : pour une raison qu'il ne précisa jamais, il ne prit même pas la peine de répondre à cette annonce et obtint d'être radié auJournal officiel[N 41],[N 42],[N 43].Satie, brouillé avec lui depuis 1913, s’en amusa dans une boutade célèbre :« Ravel refuse la Légion d’Honneur, mais toute sa musique l’accepte »[62].
Sa première œuvre majeure de l’après-guerre futLa Valse, poème symphonique dramatique commandé pour le ballet parSerge de Diaghilev. Ravel y défigura sciemment la valse viennoise en dépeignant un« tourbillon fantastique et fatal »[63], évocation musicale de l'anéantissement par la guerre de la civilisation européenne qu'incarnaient les valses deJohann Strauss. Refusée par les Ballets russes en 1920[N 44],La Valse connut un immense succès au concert et fut finalement adaptée pour le théâtre, en 1929, pour les ballets d'Ida Rubinstein.
En 1922, la vasteSonate pour violon et violoncelle, dédiée à la mémoire de Debussy et créée parHélène Jourdan-Morhange, matérialisait le « renoncement au charme harmonique » et la « réaction de plus en plus marquée dans le sens de la mélodie »[63] qui allaient caractériser la plupart des œuvres de Ravel au cours desannées 1920.
Montfort-l’Amaury
Le Belvédère à Montfort-l'Amaury, musée depuis 1971-1973 et inscrit auxMH depuis 2019 (inscription élargie par rapport à celle de 1994)[65]
En janvier 1921, désireux de se fixer et d'acquérir« une bicoque à trente kilomètres au moins de Paris »[66], Ravel acheta une maison àMontfort-l’Amaury enSeine-et-Oise[N 45],Le Belvédère, où il conçut la majeure partie de ses dernières œuvres. Cette époque vit la naissance des sensuellesChansons madécasses sur des poèmes d’Évariste de Parny (1923), dans lesquelles le musicien exprima sonanticolonialisme (Aoua), et de la rhapsodie virtuose pour violon et orchestreTzigane (1924) dédiée àJelly d'Arányi et secondairement réduite pour violon etluthéal. Le Belvédère s’imprégna vite de la personnalité de son occupant qui le décora lui-même et en fit, de son vivant, un véritable musée : collection de porcelaines asiatiques, jouets mécaniques, horloges. À l'extérieur, il dépensa une fortune pour créer un jardin japonais dans la pente, doté d'escaliers et de sentiers dallés[67].
Ravel sur le balcon de sa maison à Montfort-l'Amaury
Jusqu'à la fin de sa vie créatrice, Ravel mena à Montfort-l'Amaury une vie paisible entrecoupée de séjours au Pays basque et de tournées de concerts en France et à l'étranger, où il se produisait comme pianiste soliste, accompagnateur ou chef d'orchestre. Solitaire et pudique, le musicien avait cependant une riche vie sociale et sa correspondance témoigne de sa fidélité en amitié. Le Belvédère devint rapidement le point de ralliement du cénacle ravélien : parmi ses proches amis figuraient l’écrivainLéon-Paul Fargue, les compositeursMaurice Delage,Arthur Honegger,Jacques Ibert,Florent Schmitt,Germaine Tailleferre, les interprètesMarguerite Long,Robert Casadesus,Jacques Février,Madeleine Grey,Hélène Jourdan-Morhange,Vlado Perlemuter, le sculpteurLéon Leyritz, et ses deux fidèles élèves,Roland-Manuel etManuel Rosenthal. Ravel faisait de fréquents allers et retours entre Montfort-l'Amaury et Paris, dont il appréciait la vie nocturne et où il rencontrait ses amis, allait au concert ou au théâtre et fréquentait les cabarets à la mode[N 46].
Ravel ne se départit jamais d'une extrême discrétion quant à sa vie privée et véhicula au travers de ses portraits et photographies l'image d'undandy affectant un « cérémonial d'élégance fastidieuse » (André Tubeuf) qui contraste avec les témoignages de ceux qui le fréquentèrent[N 47]. Mais les apparences ne pouvaient entièrement cacher la solitude et la tristesse de cet homme, qui trouva une échappatoire dans l'orchestration desTableaux d'une exposition deModeste Moussorgski[N 48] et dans une série de tournées à l’étranger (Pays-Bas,Italie,Angleterre,Espagne). La question de la vie privée du compositeur a souvent fait l'objet de gloses, sans qu'une réponse précise lui soit apportée. Ravel ne se maria jamais et aucune relation sentimentale, féminine ou masculine, ne lui est connue[N 49],[N 50],[N 51]. Une thèse récente s'attache à démontrer que Ravel aurait transcrit en musique le prénomMisia et le nomGodebska, et caché ces transcriptions dans ses œuvres[N 52].
Lyrisme etblues
Ravel avait connuColette dans les années 1900, quand ils fréquentaient le salon demadame de Saint-Marceaux[75]. C'est en 1925 qu'aboutit le projet commun des deux artistes d'une fantaisie lyrique baptiséeL'Enfant et les Sortilèges. La genèse de cette œuvre avait débuté en 1919, quandJacques Rouché alors directeur de l’Opéra de Paris, avait proposé à Colette la collaboration de Ravel pour mettre en musique un poème de sa main, intitulé au départDivertissement pour ma fille. Accaparé par d'autres projets, il n'y travailla vraiment qu'à partir de 1924 pour en tirer une œuvre dont les nombreuses scènes, de par leur brièveté et la variété de leurs genres, la rapprochent plus de lacomédie musicale et dumusic-hall que de l'opéra[N 53]. La création à Monte-Carlo en fut un succès, mais les représentations parisiennes de cette œuvre atypique donnèrent lieu à un accueil perplexe (le duo des chats notamment fit scandale). Colette a rapporté avec humour la relation purement professionnelle et distante dans laquelle Ravel la tint au cours de l’élaboration de ce projet[N 54]. À la fin des années 1920, Ravel s'apprêtait à devenir, avec Stravinsky, le compositeur en vie le plus célèbre de son époque. Il acheva en 1927 saSonate pour violon et piano (dont le second mouvement est intituléBlues) et inaugura lasalle Pleyel en dirigeantLa Valse.
1928 - 1932 : la consécration
Maurice Ravel au piano le àNew York, au cours d'une soirée organisée en l'honneur de son53e anniversaire. Derrière lui, de gauche à droite, le chef d'orchestreOskar Fried, la cantatrice canadienneÉva Gauthier, Manoah Leide-Tedesco etGeorge Gershwin.Maurice Ravel, docteurhonoris causa de l’université d’Oxford, octobre 1928.
La tournée américaine
L’année 1928 fut pour Ravel particulièrement faste. De janvier à avril, il effectua une tournée de concerts auxÉtats-Unis et auCanada[N 55],[N 56] qui lui valut, dans chaque ville visitée, un immense succès[N 57]. Il se produisit comme pianiste, notamment dans saSonatine, accompagna saSonate pour violon et certaines de ses mélodies, dirigea les orchestres, donna des interviews et prononça des discours sur la musique contemporaine[N 58]. ÀNew York, où le peintreRaymond Woog fit son portrait, il fréquenta les clubs dejazz deHarlem et se fascina pour les improvisations du jeuneGeorge Gershwin, auteur quatre ans plus tôt d'une retentissanteRhapsody in Blue et dont il appréciait particulièrement la musique[N 59]. À celui-ci lui réclamant des leçons, Ravel répondit par la négative, argumentant :« Vous perdriez la grande spontanéité de votre mélodie pour écrire du mauvais Ravel »[83],[N 60]. Dans cet esprit Ravel exhorta à plusieurs reprises les Américains à cultiver la spécificité de leur musique nationale[85] : « Vous, les Américains, prenez le jazz trop à la légère. Vous semblez y voir une musique de peu de valeur, vulgaire, éphémère. Alors qu'à mes yeux, c'est lui qui donnera naissance à la musique nationale des États-Unis ».
LeBoléro
De retour en France, Ravel s'attela à ce qui devait devenir son œuvre la plus célèbre et, malgré lui, l'instrument de sa consécration internationale. Après quelques tergiversations, le « ballet de caractère espagnol » que lui avait commandé son amieIda Rubinstein en 1927 adopta le rythme d'unboléro andalou. Composé entre juillet et, leBoléro fut créé à Paris le de la même année devant un parterre quelque peu stupéfait. Loué par la critique dès sa première[86],[87],[88],[89],[90], gravé sur disque et radiodiffusé dès 1930[91], leBoléro connut en quelques mois un succès planétaire. Cette œuvre singulière, qui tient le pari de durer plus d’un quart d’heure avec seulement deux thèmes et une ritournelle inlassablement répétés, était pourtant considérée par son auteur comme une expérience d’orchestration « dans une direction très spéciale et limitée »[N 61], et Ravel lui-même s'exaspéra du succès phénoménal de cette partition qu’il disait « vide de musique »[93]. À propos d’une dame criant :« Au fou ! » après avoir entendu l’œuvre, le compositeur affirma simplement :« Celle-là, elle a compris[94]. »
En, Ravel reçut le titre de docteur en musiquehonoris causa à l’université d'Oxford. À Ciboure, en, le quai qui l'avait vu naître fut rebaptisé de son nom en sa présence.
Derniers chefs-d’œuvre
De 1929 à 1931, Ravel conçut ses deux dernières œuvres majeures. Composés simultanément et créés à quelques jours d’intervalle en, les deux concertos pour piano et orchestre apparaissent comme la synthèse de l’art ravélien, combinant forme classique et style moderne empruntant au jazz ; mais ces deux œuvres frappent par leur contraste. AuConcerto pour la main gauche, œuvre grandiose baignée d’une sombre lumière et empreinte de fatalisme qu’il dédia au pianiste manchotPaul Wittgenstein, répondit l’éclatantConcerto en sol dont le mouvement lent constitue l’une des plus intimes méditations musicales du compositeur. Avec les trois chansons deDon Quichotte à Dulcinée, composées en 1932 sur des poèmes dePaul Morand, les concertos mirent un point final à la production musicale de Maurice Ravel.
Le temps d’une tournée triomphale en 1932 en compagnie de la pianisteMarguerite Long, qui diffusa leConcerto en sol dans toute l’Europe, Ravel prit une dernière fois la mesure de sa renommée. De retour en France, après avoir supervisé un enregistrement de ce même concerto, il n’avait plus que des projets : notamment un ballet-oratorio,Morgiane, inspiré desMille et Une Nuits, et un grand opéra,Jeanne d’Arc, d’après le roman homonyme deJoseph Delteil[N 62].
1933 - 1937 : les dernières années
À partir de l’été 1933, Ravel présenta les signes d’une maladie cérébrale qui, devenue incurable, allait le condamner au silence pour les quatre dernières années de sa vie. Troubles de l’écriture, de lamotricité et dulangage en furent les principales manifestations[N 63], tandis que son intelligence était préservée et qu’il continuait de penser sa musique, sans plus pouvoir bientôt écrire ni jouer. L’opéraJeanne d’Arc, auquel le compositeur attachait tant d’importance, ne devait jamais voir le jour[N 64]. Le public resta longtemps dans l’ignorance de la maladie du musicien ; chacune de ses rares apparitions publiques lui valait une ovation, ce qui rendit d’autant plus douloureuse son inaction[N 65].
En 1935, sur proposition d’Ida Rubinstein, Ravel entreprit un ultime voyage enEspagne et auMaroc, où il joua du piano non sans difficulté, puis se retira définitivement à Montfort-l’Amaury. Il faisait seul de longues promenades enforêt de Rambouillet, et bien que son affectivité, son jugement et son intelligence fussent toujours les mêmes, il avait de grandes difficultés à parler, s'habiller, se servir correctement des objets de la vie quotidienne. Jusqu’à sa mort, il put compter sur la fidélité et le soutien de ses amis et de sa fidèle gouvernante, Madame Révelot.
Le mal continua de progresser. Le, malgré les réticences du musicien et de nombreux neurologues[103], le docteurClovis Vincent, réputé le plus grand neurochirurgien français, décida de tenter une intervention chirurgicale sur son cerveau dans l'hypothèse d'une atteinte tumorale[N 68]. Opéré dans une cliniquerue Boileau à Paris, Ravel se réveilla un court moment après l’intervention, réclama son frère, puis sombra définitivement dans le coma[104].
Il meurt le, à l’âge de soixante-deux ans[105]. Le soir même, Manuel Rosenthal devait dirigerl'Enfant et les Sortilèges :« Cette exécution fut la plus émouvante possible, toute de recueillement et de tristesse devant un public bouleversé. Au balcon de la salle se trouvait Igor Stravinsky, dont le visage ravagé disait la tristesse de perdre son ami, son camarade de lutte[106]. » La mort de Ravel provoqua dans le monde une grande émotion, que la presse relaya dans un hommage unanime[N 69].
« Dans le langage et dans l'univers de la musique, et sans jamais briser ni dépasser cet univers, mais au contraire en usant jusqu'à l'infini et avec une généreuse, une inépuisable malice, de toutes les ressources de cet univers, Maurice Ravel s'est efforcé de montrer tout ce que sa merveilleuse intelligence était capable d'accomplir, tout ce qu'elle était capable d'exprimer. Et cela sans négliger les choses obscures, ni les choses douloureuses, ni les choses passionnées. Sans non plus tomber dans la virtuosité pour la virtuosité, la parade pour la parade. Le sortilège ravélien n'est pas une simple prestidigitation ; il n'est pas seulement éblouissant. Il n'y a nulle sécheresse en lui. Et s'il est sans grandiloquence, cela ne veut pas dire qu'il soit sans grandeur. Sa grandeur vient justement de cette vigilance perpétuelle de l'intelligence, de cette présence constante de l'esprit qui mesure, cherche, indique, décompose, connaît et au besoin sourit. »
Avec Ravel disparaissait le dernier représentant d’une lignée de musiciens qui avaient su renouveler l’écriture musicale, sans jamais renoncer aux principes hérités du classicisme. Et par là même, le dernier compositeur dont l’œuvre dans sa totalité, toujours novatrice et jamais rétrograde, soit« entièrement accessible à une oreille profane »[109].
« Je n’ai jamais éprouvé le besoin de formuler, soit pour autrui soit pour moi-même, les principes de mon esthétique. Si j’étais tenu de le faire, je demanderais la permission de reprendre à mon compte les simples déclarations que Mozart a faites à ce sujet. Il se bornait à dire que la musique peut tout entreprendre, tout oser et tout peindre, pourvu qu’elle charme et reste enfin et toujours la musique. »
— Maurice Ravel, Esquisse autobiographique, 1928[63].
Ravel et son art
Les influences
Ravel reconnaissait enEmmanuel Chabrier (1841–1894) l’un de ses principaux inspirateurs[N 71].
Né à une époque particulièrement propice à l’éclosion des arts, Ravel bénéficia d’influences très diverses. Mais comme le souligneVladimir Jankélévitch dans sa biographie,« aucune influence ne peut se flatter de l’avoir conquis tout entier […]. Ravel demeure jalousement insaisissable derrière tous ces masques que lui prêtent les snobismes du siècle »[111].
Aussi la musique de Ravel apparaît-elle d’emblée, comme celle de Debussy, profondémentoriginale, voire inclassable selon l’esthétique traditionnelle. Ni absolumentmoderniste ni simplementimpressionniste (comme Debussy, Ravel refusait catégoriquement ce qualificatif qu'il estimait réservé à la peinture)[N 72], elle s’inscrit bien davantage dans la lignée duclassicisme français initié auXVIIIe siècle parCouperin etRameau et dont elle fut l’ultime prolongement. Ravel par exemple (à l’inverse de son contemporainStravinsky) ne devait jamais renoncer à lamusique tonale et n'usa qu'avec parcimonie de ladissonance, ce qui ne l’empêcha pas par ses recherches de trouver de nouvelles solutions aux problèmes posés par l’harmonie et l’orchestration, et de donner à l’écriture pianistique de nouvelles directions.
De Chabrier au jazz
DeFauré etChabrier (Sérénade grotesque,Pavane pour une infante défunte,Menuet antique) à lamusique noire américaine (L’Enfant et les sortilèges,Sonate pour violon,Concerto en sol) en passant par l’école russe (À la manière de… Borodine, orchestration desTableaux d’une exposition),Satie,Debussy (Jeux d’eau,Quatuor à cordes),Couperin etRameau (Le Tombeau de Couperin),Chopin etLiszt (Gaspard de la nuit,Concerto pour la main gauche),Schubert (Valses nobles et sentimentales),Schönberg (Trois poèmes de Mallarmé), et enfinSaint-Saëns etMozart (Concerto en sol), Ravel a su faire la synthèse de courants extrêmement variés et imposer son style dès ses premières œuvres. Ce style ne devait d’ailleurs que très peu évoluer au cours de sa carrière, sinon comme il le disait lui-même dans le sens d’un« dépouillement poussé à l’extrême » (Sonate pour violon et violoncelle,Chansons madécasses).
L’éclectique
Éclectique par excellence tout en s'inscrivant dans une esthétique indiscutablement française, Ravel sut tirer profit de son intérêt pour les musiques de toutes origines. L’influence notoire exercée sur son imaginaire musical par lePays basque (Trio en la mineur) et surtout l’Espagne (Habanera,Pavane pour une infante défunte,Rapsodie espagnole,Boléro,Don Quichotte à Dulcinée) participe beaucoup à sa popularité internationale, mais conforte aussi l’image d’un musicien toujours épris de rythme et de musiquesfolkloriques. L’Orient (Shéhérazade,Introduction et Allegro,Ma mère l’Oye), laGrèce (Daphnis et Chloé,Chansons populaires grecques) et les sonoritéstziganes (Tzigane) l’inspirèrent également.
Lamusique noire américaine, que lui fit mieux découvrirGershwin au cours de la tournée américaine de 1928, fascina Ravel. Il en introduisit de nombreuses touches dans les chefs-d’œuvre de sa dernière période créatrice (ragtime dans l'Enfant et les sortilèges,blues dans le second mouvement de laSonate pour violon,jazz dans leConcerto en sol et leConcerto pour la main gauche).
Enfin, il est nécessaire de souligner la fascination qu’exerça le monde de l’enfance sur Ravel. Que ce soit dans sa propre vie (attachement absolu, quasi infantile, à sa mère, collection de jouets mécaniques…) ou dans son œuvre (deMa mère l’Oye à l'Enfant et les sortilèges), Ravel exprima régulièrement une extrême sensibilité et un goût prononcé pour lefantastique et le domaine du rêve.
L’orfèvre du son
« Je me refuse simplement, mais absolument à confondre la conscience de l’artiste, qui est une chose, avec sa sincérité, qui en est une autre [...]. Cette conscience exige que nous développions en nous le bon ouvrier. Mon objectif est donc la perfection technique. Je puis y tendre sans cesse, puisque je suis assuré de ne jamais l’atteindre. L’important est d’en approcher toujours davantage. L’art, sans doute, a d’autres effets, mais l’artiste, à mon gré, ne doit pas avoir d’autre but »[113].
La recherche de la perfection formelle fit autant pour le succès de Maurice Ravel auprès du public que pour sa défaveur auprès de certains critiques. Tandis queStravinsky raillait sa méticulosité en le qualifiant d’« horloger suisse », certains ne virent dans sa musique que sécheresse, froideur ou artifice. Ravel, qui ne reniait rien de son amour pour les artifices et les mécanismes, mais cherchait toujours, en citantEdgar Allan Poe,« le point à égale distance de la sensibilité et de l’intelligence »[114], répliqua avec une formule lapidaire :« Mais est-ce qu’il ne vient jamais à l’esprit de ces gens-là que je peux êtreartificiel par nature[115] ? »
Composer semble n’avoir jamais été chose facile pour Ravel. Son refus de céder à cette« haïssable sincérité de l’artiste, mère de tant d'œuvres bavardes et imparfaites » lui donna le goût de la contrainte auto-imposée, et plus encore de la difficulté vaincue. C’est en partie ce qui explique la faible abondance de ses œuvres (et notamment d'œuvres « de second plan »), dans une période créatrice pourtant longue de près de quarante ans, et l'état d'inachèvement dans lequel il laissa plusieurs projets, notammentShéhérazade (opéra, 1898),La Cloche engloutie d'aprèsGerhart Hauptmann (opéra, 1906), etZazpiak Bat (concerto, 1914). Par ailleurs, Ravel ne nous a laissé presque aucune esquisse. Pleinement conscient de son caractère, le compositeur pouvait confier àManuel Rosenthal :« Oui, mon génie, c’est vrai, j’en ai. Mais qu’est-ce que c’est ? Eh bien, si tout le monde savait travailler comme je sais travailler, tout le monde ferait des œuvres aussi géniales que les miennes »[116].
Quoi qu’il en soit, de l’ouverture deL'Heure espagnole aux onomatopées deL'Enfant et les Sortilèges, de lapédaleobstinée de si bémol duGibet dansGaspard de la nuit à la rigidité rythmique duBoléro, cet entêtement dans la quête de la perfection et ce goût de la gageure sont un des traits ravéliens les plus caractéristiques.
L’orchestrateur
Ravel fut selonMarcel Marnat« le plus grand orchestrateur français » et de l’avis de nombreux mélomanes l’un des meilleursorchestrateurs de l’histoire de la musique occidentale. Son œuvre la plus célèbre, leBoléro, doit sa tenue à la seule variation destimbres et à un immensecrescendo de l’orchestre.
Passé maître dans le maniement des timbres (quoique n’étant pas lui-même adepte de nombreux instruments), sachant trouver l’équilibre harmonieux le plus subtil, Ravel sut transcender de nombreuses œuvres originales (le plus souvent écrites pour le piano) et leur donner une dimension nouvelle, que ces pages fussent de lui (Ma mère l’Oye, 1912,Valses nobles et sentimentales, 1912,Alborada del gracioso, 1918,Le Tombeau de Couperin, 1919…) ou de ses éminents confrères :Moussorgski (Khovantchina, 1913),Schumann (Carnaval, 1914),Chabrier (Menuet pompeux, 1918),Debussy (Sarabande et Danse, 1923) ou encoreChopin (Étude, Nocturne et Valse, 1923).
Mais ce fut l’orchestration des célèbresTableaux d'une exposition de Moussorgski, commande deSerge Koussevitzky achevée en 1922 àLyons-la-Forêt chez son amiRoland-Manuel, qui assit définitivement la réputation internationale de Ravel en la matière. Sa version reste la référence et éclipse celle des autres compositeurs qui s’y sont essayés, même si[réf. nécessaire] certains regrettent que ce travail ait diminué la simplicité et la naïveté de la page originale. LesTableaux orchestrés par Ravel font partie, avec leBoléro, des œuvres françaises les plus jouées à l’étranger.
Réunion d'artistes chezFlorent Schmitt, en 1910. Maurice Ravel est assis au premier rang, deuxième en partant de la gauche.
Villa Le Fresne àLyons-la-Forêt où Ravel acheva la composition duTombeau de Couperin en 1917 et l'orchestration desTableaux d'une Exposition de Moussorgski en 1922.
En tant que chef d’orchestre, Ravel créa l'ouverture deShéhérazade (1899) et il donna la première audition européenne au concert duBoléro (1930). À la baguette il n’égala jamais, même de loin, ses qualités d’orchestrateur. Le seul enregistrement[N 74] qu’il a laissé (unBoléro daté de 1930) et les témoignages de l’époque confirment que Ravel n’était pas un virtuose aupupitre. Il dirigea pourtant avec un immense succès sonConcerto en sol au cours de sa dernière tournée, en 1932.
D'un volume relativement modeste si on la compare à celle de ses principaux contemporains, l'œuvre de Ravel se caractérise d'une façon générale par sa diversité (tous les genres musicaux ayant été abordés à l'exception de la musique religieuse) et sa faible proportion de titres oubliés, la très grande majorité de ses œuvres ayant intégré le répertoire. Le catalogue complet[118] établi par Arbie Orenstein et complété par Marcel Marnat compte cent onze œuvres achevées par le compositeur entre 1887 et 1933, soit quatre-vingt-six œuvres originales et vingt-cinq œuvres orchestrées, réduites ou transcrites. Les quelque soixante œuvres principales sont sous-citées.
I. Pavane de la Belle au bois dormant - II. Petit Poucet - III. Laideronnette, impératrice des pagodes - IV. Les entretiens de la Belle et de la Bête - V. Le jardin féerique
I. Chanson de la mariée (Xypnise pe) - II. Là-bas, vers l'église - III. Quel galant m'est comparable - IV. Chanson des cueilleuses de lentisques - V. Tout gai ! - (Grèce)
I. Prélude - II. Danse du rouet et scène - III. Pavane de la Belle au bois dormant - IV. Les entretiens de la Belle et de la Bête - V. Petit Poucet - VI. Laideronnette, impératrice des pagodes - VII. Le jardin féerique
D’après le Portail de laSociété des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique[119] (Sacem), Ravel est un des musiciens français non tombés dans le domaine public qui s’exportent le mieux depuis des décennies. LeBoléro est ainsi resté plusieurs années en tête du classement mondial des droits SACEM, suivi de près par l’orchestration desTableaux d’une exposition de Moussorgski. En 1994 et 1995, sur les dix œuvres les plus exportées à l'international, cinq étaient de Ravel : leBoléro, lesTableaux d’une exposition,Daphnis et Chloé, leConcerto en sol etMa mère l’Oye. En 2014, leBoléro et lesTableaux d'une exposition pointaient encore dans leTop 20 des droits en provenance de l'étranger[120].
L'œuvre de Ravel et les droits d'auteur
En 1937, à la mort de Maurice Ravel, son frère Édouard, son seul héritier, transforme la maison de Montfort-l'Amaury enmusée. En 1954, Édouard devient handicapé à la suite d'un accident de voiture et une infirmière, Jeanne Taverne, s'occupe de lui. Alexandre, l'époux de cette dernière, devient son chauffeur. En 1956, la femme d'Édouard Ravel meurt, et les époux Taverne s'installent chez lui àSaint-Jean-de-Luz. Édouard Ravel décide alors de céder 80 % des droits d'auteurs à la Ville de Paris pour que soit créé un« prix Nobel de la musique »[121], mais il se ravise et fait de Jeanne Taverne salégataire universelle. En 1960, Édouard Ravel meurt. Les petits-neveux de Maurice font un procès aux époux Taverne pour captation d'héritage, mais ils sont déboutés. En 1964, Jeanne Taverne disparaît et son mari Alexandre hérite de la fortune duBoléro, à savoir36 millions de francs[réf. souhaitée].
En 1969[121] entre en jeu Jean-Jacques Lemoine, directeur juridique de laSACEM qui, à l'âge de soixante ans, en démissionne pour devenir avocat. C'est l'homme qui le signait pour cet organisme l'acte despoliation des droits d'auteurs « juifs »[121]. Il connait bien Alexandre Taverne, dont il a bloqué les droits durant les neuf années qu'a duré le procès en captation[121], et devient son conseiller juridique. Ensemble, ils attaquent en justiceRené Dommange, le patron deséditions Durand, propriétaire des contrats d'édition de Ravel, pour obtenir une refonte de ces mêmes contrats très avantageux pour l'éditeur. René Dommange, âgé de plus de quatre-vingts ans, transige et finit par céder tous les droits et contrats d'édition à Jean-Jacques Lemoine. Ce dernier crée alors en 1971 dans leparadis fiscal desNouvelles-Hébrides lasociété off-shore ARIMA(Artists Rights International Management Agency) puis ouvre des bureaux àGibraltar,Panama,Amsterdam... En vertu d'unassignment of copyright (disposition en droit anglo-saxon, inexistante en droit français), Alexandre Taverne cède plus de la moitié des droits d'édition à ARIMA. D'après Évelyne Pen de Castel, fille de la deuxième épouse d'Alexandre Taverne, Georgette Taverne, ARIMA serait le cessionnaire exclusif de tous les droits sur l'œuvre de Maurice Ravel, soit un revenu annuel de deux millions d'euros depuis quarante ans[122]. À la suite de la mort de Georgette Taverne en 2012, Évelyne Pen de Castel devient la détentrice des droits d'auteur[121],[123].
En France, à la suite de la loi relative aux droits d'auteur du[124] voulue parJack Lang, alorsministre de la Culture, les droits sur l'œuvre de Maurice Ravel ont été étendus à soixante-dix ans, ce qui, pour toutes les créations postérieures au (date de fin des prorogations de guerre de laPremière Guerre mondiale), les ont fait entrer dans ledomaine public en France le, compte tenu du cumul desprorogations de guerre[125],[126]. Les créations publiées antérieurement au sont concernées par les prorogations des deux guerres mondiales : elles entrent dans le domaine public en 2022[127],[128],[129]. Pour d'autres œuvres, créées « en collaboration », cette date est encore plus tardive : ainsi de pièces lyriques telles queL'Enfant et les Sortilèges, dont l'autrice du livret,Colette, est morte en 1954, ouDon Quichotte à Dulcinée, dont les soixante-dix ans de protection courent pour la même raison à partir du décès dePaul Morand, survenu en 1976[130].
Boléro
Les héritiers d'Alexandre Benois, décorateur ayant participé au balletBoléro et décédé en 1960, ont demandé qu'Alexandre Benois soit reconnu comme coauteur duBoléro. Le, le tribunal deNanterre a débouté les héritiers de leur demande[131]. Cependant, six mois plus tard, en janvier 2025, la presse informe que les successions Benois et Ravel ont fait appel du jugement, de sorte que la bataille judiciaire autour des droits duBoléro en France n'est pas close[132],[133],[134],[135],[136],[137].
AuCanada, auJapon et dans les pays observant un délai de cinquante anspost mortem[N 75], leBoléro, comme toutes les œuvres de Ravel, est entré dans le domaine public le.
AuxÉtats-Unis, leBoléro de Ravel est protégé jusqu'en 2024[N 76] et est entré dans le domaine public le[138],[139].
Dans l'Union européenne (hors France) et dans les pays observant un délai de soixante-dix anspost mortem, leBoléro, comme toutes les œuvres de Ravel, est entré dans le domaine public le[140].
En France, il y est placé le[126], à cause desprorogations de guerre, dues à laSeconde Guerre mondiale, ce qui a allongé la durée des droits d'auteur de huit ans et cent-vingt jours (soit 3 042 jours écoulés du au).
La deuxième desQuatre caricatures pour orchestre deShirō Fukai est un hommage ironique à Ravel, représenté sous les traits du paon de sesHistoires naturelles.
Léon Leyritz a sculpté son buste en1928, dont le compositeur considérait qu'il était« son meilleur portrait[149] ».
Autres
La Revue musicale consacre deux numéros spéciaux à Maurice Ravel. Le premier publié en 1925 à l’occasion de son 50e anniversaire et le second publié en 1938 pour commémorer son premier anniversaire de décès. On retrouve dans ce numéro de plus de 300 pages de nombreux hommages et souvenirs signés par divers personnages du milieu artistique. L’association de Ravel à des valeurs de liberté et de justice, de même que la claire intention de certains auteurs de le dépeindre comme un symbole de la société française, témoignent du climat de tension politique qui secoue le milieu musical français[150].
Lettres àRoland-Manuel et à sa famille : préface et notes deJean Roy, Quimper, Calligrammes,, 168 p.
Correspondances de Maurice Ravel à son élève et ami Roland-Manuel et à la mère de celui-ci, Mme Fernand Dreyfys ; édition méritoire mais non fiable car truffée d'erreurs de transcription et éditant comme adressées à Roland-Manuel des lettres écrites en fait àMaurice Delage[156]
Ensemble le plus complet jamais réalisé des écrits publics et privés de Maurice Ravel : 2539 lettres et 148 écrits et entretiens, dont certains traduits de diverses langues étrangères ; Prix du jury duPrix des Muses 2019;Prix Sévigné 2019.
Réunion de 2919 correspondances, écrits et entretiens, dont 2001 correspondances de Maurice Ravel, 147 écrits et entretiens de Maurice Ravel, ainsi que 16 annexes
Biographie d’une formidable richesse documentaire. La vie de Ravel replacée en permanence dans le contexte de son temps. Catalogue complet des œuvres. En revanche, Marnat ne dispose pas encore de la correspondance (environ 1 500 lettres) publiées partiellement en 1989 pas Arbie Orenstein.
Marcel Marnat,Maurice Ravel : qui êtes-vous ? : l'hommage de La Revue musicale,, Lyon, éditions de la Manufacture,, 487 p.(ISBN2-7377-0052-3,BNF38293710)
Troisième édition, augmentée d’un catalogue exhaustif de l’œuvre musicale et d’un index, comporte aussi une nouvelle discographie et une bibliographie mise à jour.
Cet ouvrage présente la vie du compositeur au Pays basque, ainsi que ses liens avec sa région natale (origines maternelles, séjours, amis, langue, musique) ;150 photographies,26 planches couleur ; index.
Monographie de premier plan, GrandPrix des Muses 2005, si l'ouvrage comporte un utile index des œuvres de Ravel, il manque un index onomastique, ce qui n'enlève rien au caractère essentiel du livre très documenté et avec de nombreux exemples musicaux.
David Lamaze,Le cœur de l'horloge : une dédicace cachée dans la musique de Ravel, Saint-Brieuc, Reflets de Misia,, 272 p.(ISBN978-2-7466-0524-4,BNF42319217)
L'ouvrage présente les indices biographiques et analytiques de la transcription musicale par Ravel d'un nom et d'un prénom.
Réédition d'un ouvrage épuisé paru en 1995 aux éditions Hazan, avec le recueil des souvenirs du dernier élève de composition de Maurice Ravel de 1926 à 1937.
Ravel a été toute sa vie un grand épistolier. En tête de ses correspondants viennent Ida etCipa Godebski, leurs enfants Jean et Mimi (épouse Blacque-Belair). Ravel appelle Cipa « cher vieux ». Il est reçu par eux non seulement rue d'Athènes mais aussi en séjour dans leur villa la Grangette àValvins, face à la Seine et à laforêt de Fontainebleau, où il peut travailler à l'aise[N 77]. Puis viennentRoland-Manuel et sa mère, madame Fernand Dreyfus. Comme cette dernière est sa marraine de guerre, il l'abreuve de cartes et lettres presque quotidiennes durant sa mobilisation, où il donne des nouvelles du front et exprime sa satisfaction des colis alimentaires qu'elle lui envoie de Lyons-la-Forêt[N 78]. Suiventles ApachesMichel Calvocoressi,Maurice Delage etLucien Garban, Jane et Marie Gaudin (de Saint-Jean-de-Luz),Jean Marnold,Igor Stravinsky,Manuel de Falla,Ralph Vaughan Williams[171].
Principales archives publiques
Les lettres de Ravel sont détenues principalement par :
Paul Danblon et Alain Denis,Maurice Ravel, l'homme et les sortilèges, Documentaire, RTBF, 1975.
Didier Lemaire, Noctuelles, ronde enfantine chez Ravel, Fiction (21 min), musiqueJunko Okazaki, Les Productions du Golem, 2015.
Citations
« Mozart et Ravel sont les anges de la musique. Si Mozart est déjà loin de nous et qu'il faille le lire dans le texte, comme on lit Virgile et Racine, Ravel, lui, est la lampe douce qui luit sur la médiocrité contemporaine. Son verbe gracieux est notre verbe. Qu'on le veuille ou non, depuis 1937, on attend toujours l'AUTRE, celui qui sera aussi grand que lui » (Léo Ferré,Musique byzantine,)[172] ;
« J'aime Maurice Ravel parce que Ravel est à la musique ce que la musique a d'universel. Et à mon avis, Ravel est à l'intelligence ce que l'intelligence a de parfaitement et de typiquement français » (Jacques Brel, en prélude à son émission de radioMadame la musique, 1961)[173].
Festival Ravel : institution née en 2017 de la fusion de l'Académie internationale de musique Maurice Ravel deSaint-Jean-de-Luz, aussi appelée Académie Ravel, fondée en 1967 par Pierre Larramendy, maire de Saint-Jean-de-Luz, et de l'association Musique en Côte basque, d’abord appelée La Grande Semaine de Saint-Jean-de-Luz, fondée en 1960 par Pierre Larramendy.
↑La courteEsquisse autobiographique de Maurice Ravel, dictée par le musicien à son élève et amiRoland-Manuel en, a paru pour la première fois dans laRevue musicale de. Elle est reprise intégralement dans les ouvrages d’Arbie Orenstein[8] et Vladimir Jankélévitch[9].
↑« Je me sens particulièrement proche de Mozart. Mes admirateurs me comparent à lui avec exagération. Pour moi Beethoven est un Romain classique et Mozart un Hellène classique. Je me sens plus proche de l'Hellène ouvert et solaire. » — Ravel cité dans laNeue Freie Presse, Vienne, 3 février 1932[12].
↑« Mon maître préféré ? En ai-je un ?... En tout cas, j'estime que Mozart demeure le plus parfait de tous. Sans doute est-il le père de la musique académique, mais il n'y a aucune responsabilité. Il n'était que musique ». — Ravel cité par Nino Franck dans le journalCandide,
↑« [Marguerite de Saint-Marceaux] fut la première, semble-t-il, à faire entendre à son cénacle, 100, boulevard Malesherbes, les mélodies de Ravel. »[16]
↑,« 1re audition privée et mondaine deD'Anne jouant de l'espinette, par l'auteur, salon de Marguerite de Saint-Marceaux, en présence notamment dePierre de Bréville et d'André Messager »[17]
↑« J’en perçois fort bien les défauts : l'influence deChabrier, trop flagrante, et la forme assez pauvre. L'interprétation remarquable de cette œuvre incomplète et sans audace a contribué beaucoup, je pense, à son succès »[19].
↑« Monsieur Ravel peut bien nous considérer comme des pompiers, il ne nous prendra pas impunément pour des imbéciles » — un membre de la section musicale de l’Institut apprenant la candidature de Ravel en 1905[22].
↑« Le concours solennel du prix de Rome est précédé d'une épreuve préparatoire, qui sert à éliminer les élèves dont l'instruction est insuffisante. Le jury de cette épreuve est formé de la section de musique de l'Académie des beaux-arts, à quoi l’on adjoint quelques compositeurs non académiciens. Les professeurs des concurrents ne peuvent faire partie du jury, à moins qu'ils ne soient membre de l'Institut, auquel cas ils sont jurés de droit : l'Institut décerne ainsi à ses membres un brevet d'impartialité »[23].
↑« Vers le début du mois de s'ouvrait le concours préliminaire aux épreuves du prix de Rome. Dix-neuf concurrents se présentaient : ils appartenaient aux classes de MM.Fauré,Lenepveu etWidor. [...] Résultat :seuls sont reçus six élèves de M. Lenepveu, le seul professeur qui fût en même temps membre du jury. Parmi les candidats refusés se trouvaientMlleFleury, élève de M. Widor, et M. Ravel, élève de M. G. Fauré, tous deux seconds prix de Rome à l'un des précédents concours. […] Comment se fait-il que deux seconds prix de Rome ne soient même plus jugés dignes de concourir ? Et la constitution du jury ne le rend-elle pas suspect ? Et le résultat du concours ne confirme-t-il pas ces soupçons, avec une sorte de candeur naïve et stupéfiante ? N'est-ce pas le cas, ou jamais, de réviser un jugement où se sourit à elle-même la plus béate iniquité[24] ? »
↑« Ceci ne vous semble-t-il pas suspect ? Dix-neuf candidats se présentent, sur lesquels huit ont reçu l'enseignement de M. Lenepveu ; il y a six places de logistes à obtenir : elles échoient à six élèves de M. Lenepveu. […] MM. Gabriel Fauré et Widor ne savent donc pas apprendre, eux aussi, la fugue, le contrepoint et la composition suffisamment pour permettre à des apprentis musiciens de traiter un motif de fugue ou d'écrire un chœur dans unsentiment convenable[25] ? »
↑« Entre toutes les stupéfactions que nous réservait cet examen désormais célèbre, celle-ci, à coup sûr, était la plus déconcertante puisque, dans ce jury si sévère, la majorité des suffrages appartenait aux mêmes et identiques membres de l'Institut qui, hier, avaient couronné les deux évincés d'aujourd'hui »[26].
↑« Il y a un demi-siècle, dans un concours de Rome où M. Saint-Saëns, déjà dans la plénitude de son talent, était un des concurrents, l'Institut préféra à M. Saint-Saëns on ne sait quel musicien qui vient de mourir dans l'obscurité. M. Saint-Saëns est aujourd'hui de l'Institut ; mais l'Institut n'a pas compris la leçon »[23].
↑« Je ne suis pas ami de Ravel. Je puis même dire que je n'ai pas de sympathie personnelle pour son art subtil et raffiné. Mais ce que la justice me commande de dire, c'est que Ravel n’est pas seulement un élève qui donne des promesses ; il est dès à présent un des jeunes maîtres les plus en vue de notre école, qui n’en compte pas beaucoup. [...] et je ne conçois pas que l'on s'obstine à garder une école de Rome, si c'est pour en fermer les portes aux rares artistes qui ont en eux quelque originalité, à un homme comme Ravel qui s'est désigné aux concerts de la Société nationale par des œuvres bien autrement importantes que toutes celles qu'on peut exiger à un examen. Un tel musicien faisait honneur au concours. [...] C’est le devoir de chacun de protester contre un jugement qui, même s’il est conforme à la justice littérale, blesse la justice réelle de l’art. » — Romain Rolland, lettre écrite àPaul Léon, directeur de l’Académie des Beaux-Arts,[27].
↑La raison exacte de la démission de Dubois est débattue, le compositeur ayant apparemment projeté de démissionner en, deux mois avant « l’affaire Ravel »[28].
↑« L'échec manigancé d'un jeune et audacieux compositeur au concours de Rome suscite untollé général ; les journaux quotidiens s'en emparent et multiplient les interviews ; le retoqué y récolte un renom subit, tandis que M. Lenepveu en dégringole de ses rêves directoriaux, car « l'Administration » même s'en émeut : un Gabriel Fauré nommé par un ministre, sur la proposition d'un secrétaire d'État »[30].
↑« J’ai trouvé plus debussyste que Debussy : Ravel » — Romain Rolland, 1901.
↑« Ravel est un prix de Rome d'un très grand talent. Un Debussy plus épatant. Il me certifie — toutes les fois que je le rencontre — qu'il me doit beaucoup. Moi, je veux bien. » –Erik Satie, lettre à son frère Conrad,[31].
↑À propos desMiroirs qui venaient d'être créés, le critique Pierre Lalo écrivait dansLe Temps du :« Le plus saillant de ces défauts est une étrange ressemblance avec M. Claude Debussy ; ressemblance si extrême et si frappante que souvent, en écoutant quelque morceau de M. Ravel, on croit entendre un fragment dePelléas et Mélisande »[32].
↑Pour commenterUne Barque sur l'océan et lesHistoires naturelles, Lalo rajoutait dansLe Temps du :« Dans l'un comme dans l'autre de ces ouvrages, on entend sans cesse l'écho particulier de la musique de M. Debussy. […] c'est un fait incontestable qu'une très grande part des jeunes compositeurs français font de la musique « debussyste »[33].
↑Après la création deL'Heure espagnole, Lalo réitérait dansLe Temps du :« Que pour la matière musicale qu'il emploie, pour les suites d'accord et les recherches d'harmonie qui lui sont coutumières, M. Ravel doive beaucoup à M. Debussy, c'est un fait manifeste. Mais l'âme de sa musique et de son art est absolument différente. M. Debussy est toute sensibilité ; M. Ravel tout insensibilité. Où M. Ravel a paru uniquement debussyste, c'est dans les pièces où il a fait de la musique pittoresque, parce que n'ayant pas de sensibilité personnelle, il empruntait, en même temps que les procédés techniques, la sensibilité d'autrui »[34].
↑Marcel Marnat note ainsi l'influence de Ravel sur Debussy dans lesEstampes (1903), lesÉtudes (1915), l'orchestration desImages (1905) et celle deJeux (1912)[35].
↑En, Ravel écrivit au directeur duTemps pour démentir un article de Pierre Lalo qui lui prêtait, outre l'absence de personnalité, de « singuliers propos » envers Debussy[36].
↑En 1913, Ravel et Debussy choisirent tous deux de mettre en musique trois poèmes de Mallarmé, dont deux, par pure coïncidence, étaient les mêmes (Soupir etPlacet futile). Ravel en ayant obtenu les droits le premier, Debussy crut à une manigance de son confrère (C. Debussy,Correspondance (1872 - 1918), Gallimard, Paris, 2005, lettre 1913-129, p. 1651). En réalité, Ravel intercéda pour que Debussy obtienne lui aussi les droits des poèmes, et dans une lettre à Roland-Manuel, le, il écrivit non sans malice :« Nous assisterons bientôt à un match Debussy-Ravel »[37].
↑En 1928, le musicologue et critiqueLouis Laloy écrivit :« J'ai fait tout mon possible pour prévenir entre eux un malentendu, mais trop d'étourdis touche-à-tout semblaient prendre plaisir à le rendre inévitable, sacrifiant par exemple le quatuor de Debussy à celui de Ravel, ou bien encore, soulevant entre la « Habanera » et la deuxième desEstampes, d'absurdes questions de priorité »[38].
↑Sur les plus de deux mille cinq cents lettres de Debussy rassemblées parFrançois Lesure et Denis Herlin[39], seules cinq missives très laconiques sont adressées à Ravel, toutes antérieures à 1905 ; une seule fois, en, Debussy prend ouvertement le parti de son cadet « au nom de tous les Dieux, et au [sien] » pour défendre son quatuor à cordes contre des critiques qui le pressaient de le faire jouermoins fort[40] ; par la suite, le nom de Ravel n'apparaît plus qu'une douzaine de fois, de façon évasive, dans toute sa correspondance.
↑Xavier-Cyprien (dit Cipa) et Ida Godebski, fille deFranciszek Kasparek, polonaise installée à Paris, comptèrent parmi les plus fidèles amis de Ravel et firent office pour lui de famille d'adoption. Il est vrai qu'ils habitaient rue d'Athènes, en face de son hôtel. Il leur dédia laSonatine et les deuxA la manière de. À leurs enfants Jean et Mimi, qu'il traitait comme ses filleuls, il dédia lesContes de ma mère l'Oye, qu'ils avaient été chargés de créer, mais la difficulté de l'œuvre les fit renoncer. Cipa était le fils du sculpteurCyprian Godebski et le frère deMisia Sert, la future dédicataire deLa Valse.
↑Pierre Lalo, dansLe Temps du, pointa« un vaudeville grivois, d'originalité médiocre, de style tantôt plat et tantôt prétentieux, [qui] convient fort mal à la musique »[43].
↑Camille Bellaigue livra dans laRevue des Deux Mondes, en juillet 1911, une critique particulièrement incisive :« Cette œuvre, une comédie lyrique ! En vérité, du lyrisme ou du comique, je ne sais trop ce qui fait ici le plus défaut. Mais ce qui ne s'y trouve pas, et cela, pour le coup, je le sais bien, c'est l'entrain, la verve et l'allégresse, la franchise, le naturel et la liberté (...) Un art tel que celui de M. Ravel, de qualité douteuse, est pour ainsi dire une quantité négligeable, tant il est sec, étroit, chétif, tellement la source et la veine en est avare »[44].
↑« Le soir duSacre, j’avais vu un Ravel coléreux, insolent, cramoisi, défendant l’œuvre qu’il aimait avec une indignation tonitruante » — Valentine Hugo[45].
↑Petite taille, faible poids et fragilité générale, auxquelles il faudrait ajouter une hernie, d'après les Archives de Paris, cote DR 553-1895[46].
↑« Comme vous le prévoyiez, mon aventure s'est terminée de la façon la plus ridicule : on ne veut pas de moi parce qu'il me manque deux kilos. » — Lettre de Ravel à Ida Godebska,[48].
↑« Il me manque deux kilos pour avoir le droit de me mêler à cette lutte splendide. » — Lettre de Ravel à Mme Alfredo Casella,[49].
↑« Après plus d'un an de démarches, je vais être versé dans l'aviation. J'ai passé visites et contre-visites : le cœur et les poumons sont encore bons. Espérons que le premier aura assez d'élasticité pour se placer dans le ventre au bon moment. » — Lettre de Ravel à Roland-Manuel,[50].
↑« Trente millions de boches ne peuvent pas détruire la pensée française » proclamait Debussy en signant saSonate pour violon et piano[51].
↑« Il y a si peu de temps que je lui écrivais, que je recevais ses pauvres lettres qui m'attristaient... et pourtant, c'était pour moi une si grande joie. J'étais encore heureux à ce moment, malgré cette angoisse sourde... Je ne savais pas que ça viendrait si vite. À présent, c'est cet horrible désespoir, les mêmes pensées tendues [...] » — Lettre de Ravel à Mme Fernand Dreyfus (sa marraine de guerre, et belle-mère deRoland-Manuel),[54].
↑« Je songe qu’il y aura bientôt trois ans qu’elle est partie […] J’y songe encore plus depuis que je me suis remis au travail, que je n’ai plus cette chère présence silencieuse m’enveloppant de sa tendresse infinie, ce qui était, je le vois plus que jamais, ma seule raison de vivre. » — Lettre de Ravel à Ida Godebska,[55].
↑« Autour de M. Fauré se groupent de nombreux élèves ou disciples : Maurice Ravel, qui occupe aujourd'hui à l'égard de l'étranger, en tête des musiciens français, la place prépondérante et représentative échue jadis à Debussy [...] »[56].
↑La Légion d'honneur fut proposée à Ravel parLéon Bérard, alors ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Le silence de Ravel, alors retiré àLapras enArdèche où il composaitLa Valse, fut considéré comme valant acceptation : promu le et cité auJournal officiel du[58], il refusa de s'acquitter des droits de chancellerie afin d'obtenir sa radiation, signée le par le présidentDeschanel et publiée auJournal officiel le suivant[59].
↑« Comme refus discret, c'est assez réussi. J'ai là une chargée de coupures que m'envoient depuis trois joursl'Argus et autresCourriers de la presse. Ce qu'on m'engueule ! […] Mais j'ai eu beau faire, je suis tout de même, dès maintenant, « l'éminent compositeur » — Lettre à Georgette Marnold,[60].
↑Hélène Jourdan-Morhange rapporta que« les distinctions honorifiques lui paraissaient vaines autant que les paroles creuses des discours »[61]. Ravel accepta pourtant d’être fait chevalier de l’ordre de Léopold par le roiAlbertIer, à Bruxelles en et fut décoré plusieurs fois dans d’autres pays.
↑Ravel jouaLa Valse à deux pianos avecMarcelle Meyer, en privé, devant Diaghilev, Stravinsky etPoulenc le. Diaghilev accueillit l’œuvre avec réserve, arguant« c'est un chef-d'œuvre mais ce n'est pas un ballet. C'est la peinture d’un ballet ». Stravinsky ne dit pas un mot pour défendre son ami. Ravel rompit toute relation avec Diaghilev, et se détourna de Stravinsky. Scène rapportée par F. Poulenc,Moi et mes amis, Paris, 1963[64].
↑Nino Frank :« La photographie a popularisé les lignes brisées de son visage aux cheveux argentés et aux sourcils noirs, visage qu'on dirait dessiné par un géomètre et qui est toute volonté ; dans la réalité, je ne sais quelle bonhommie affectueuse, une jeunesse inouïe, une longue flamme d'intelligence s'y épanouissent et en humanisent les traits. Sec et mince comme un Espagnol, Ravel s'exprime sans nulle pétulance, avec un mélange de pudeur et de timidité qui déconcerte... »[69]
↑« C'est semble-t-il le 4 mai 1922 que Ravel, retour d'un concert à Lyon, se rend à une invitation deSerge Koussevitzky au cours de laquelle le chef d'orchestre-mécène saura être persuasif : le compositeur fuit aussitôt le « cafard colossal » de Montfort-l'Amaury pour aller loger chez son ancienne marraine de guerre, au Chêne, àLyons-la-Forêt. C'est là que vont s'élaborer ces nouveauxTableaux, orchestrés d'après la partition publiée par Bessel en 1886, autrement dit la révision deRimski-Korsakov. »[70]
↑« Nous ne sommes pas faits pour nous marier, nous autres artistes. Nous sommes rarement normaux, et notre vie l’est encore moins. » — Lettre à H. Casella,[71].
↑Dans un entretien accordé àFrance Culture en 1985, Manuel Rosenthal rapporta toutefois que Ravel fréquentait des prostituées à l'occasion[72].
↑« Quelle place, dans ces conditions, Ravel a-t-il faite à l'amour ? Il semble bien qu'elle ait été nulle. Je lui dis un jour : « Maurice, vous devriez vous marier ; personne n'aime et ne comprend les enfants comme vous ; abandonnez donc votre solitude et fondez un foyer ». Ravel me répondit : « L'amour ne s'élève jamais au-delà du licencieux ! ». Ce « licencieux » il l'accordait avec modération à quelque Vénus de carrefour ; le reste, qui eût bouleversé sa vie, il n'y a pas été peut-être bien encouragé »[73].
↑Les arguments biographiques et musicologiques de cette thèse, développée par David Lamaze, professeur d'écriture musicale au Conservatoire de Rennes, sont exposés dans l'édition d'un mémoire de master II[74].Misia Godebska fut l'épouse en premières noces deThadée Natanson, puis d'Alfred Edwards et enfin deJosep Maria Sert. Elle fut l'égérie de nombreux artistes
↑« Mais certainement, unragtime ! Mais bien sûr, des nègres enwedgwood ! Qu'une terrifiante rafale de music-hall évente la poussière de l'opéra ! Allez-y ! » — Lettre de Colette à Ravel,.
↑« [Il] ne me traita pas en personne privilégiée, ne consentit pour moi à aucun commentaire, aucune audition prématurée. Il parut seulement se soucier du « duo miaulé » entre les deux chats et me demanda gravement si je ne voyais pas d'inconvénient à ce qu'il remplaçât « mouao » par « mouain », ou bien l'inverse. » — Colette,Journal à rebours, 1941[76].
↑Véritable périple, la tournée conduisit Ravel dans quelque25 villes à travers tout le continent. Outre New York, où il fit plusieurs étapes, il fut invité à Albany, Boston, Philadelphie, Chicago, Cleveland, San Francisco, Los Angeles, Seattle, Vancouver, Portland, Denver, Omaha, Minneapolis, Kansas City, Toronto, Detroit, la Nouvelle Orléans, St-Louis, Houston, Milwaukee, St-Paul, Phoenix, Buffalo et Montréal[77].
↑« Il se laissa fasciner par le dynamisme de la vie américaine, ses immenses villes, ses gratte-ciel et sa technologie de pointe, et fut impressionné par le jazz, lesnegro spirituals et l’excellence des orchestres américains. Il n'en allait pas de même de la cuisine américaine »[78].
↑Lors d’un programme qui lui était entièrement consacré auCarnegie Hall àNew York, sous la direction deSerge Koussevitzky, il reçut une ovation de dix minutes lorsqu’il entra prendre sa place. Ému aux larmes, il confia àAlexandre Tansman :« Vous savez, jamais une chose pareille ne pourrait arriver à Paris »[79].
↑Un grand discours de Ravel sur la musique contemporaine, prononcé à Houston le, a été reproduit d’après sténographie directe dans les ouvrages de Marcel Marnat[80] et Arbie Ornstein[81].
↑« Ce fut une soirée mémorable [le dîner du]. George se surpassa ce soir-là, accomplissant des prodiges étonnants de complexité rythmique, au point que Ravel lui-même était confondu. » — « Reminiscences of Maurice Ravel »,New York Times,[82].
↑Dans une lettre de recommandation adressée àNadia Boulanger le 8 mars 1928, Ravel confirma :« Voici un musicien doué des qualités les plus brillantes, les plus séduisantes, les plus profondes peut-être : George Gershwin. Son succès universel ne lui suffit plus, il vise plus haut. Il sait que pour cela les moyens lui manquent. Mais en lui apprenant, on peut l'écraser. Aurez-vous le courage, que je n'ose pas avoir, de prendre cette terrible responsabilité ? »[84].
↑Entretien accordé par Maurice Ravel auLondon’s Daily Telegraph, 1931[92].
↑« Je ne ferai jamais maJeanne d’Arc, cet opéra est là, dans ma tête, je l’entends, mais je ne l’écrirai plus jamais, c’est fini, je ne peux plus écrire ma musique »[95].
↑« Nous n'avons pas pu ignorer que Ravel se vit dépouiller du don de mémoire, perdit la parole, le geste d'écrire, mourut jugulé et conscient alors qu'en lui se débattaient encore tant d'harmonies, tant d'oiseaux, de guitares, de danses et de nuits mélodieuses. » — Colette[96].
↑Ravel se rendait alors en taxi à une répétition deDon Quichotte à Dulcinée. Il écrivit à Alfred Perrin en :« Il a suffi de ce stupide accident pour m’anéantir pendant trois mois. Ce n’est que depuis quelques jours que j’ai pu me remettre au travail, et assez difficilement »[97].
↑Ravel eut trois côtes enfoncées, trois dents cassées et plusieurs blessures au visage ; soigné dans une pharmacie il passe quelques heures à l'hôpital Beaujon. Un médecin diagnostique le un traumatisme thoracique et un hémothorax. Ravel est traité par acupuncture et hypnose[98]. Son acupuncteur était un ami de longue date, le sinologueGeorge Soulié de Morant
↑Le compte rendu opératoire retrouvé en 1988 fait état d'une atrophie de l'hémisphère gauche du cerveau tandis que l'hypothèse de l'hydrocéphalie suspectée par son chirurgien ne fut pas vérifiée.
↑Pour le premier anniversaire de la mort du compositeur, laRevue musicale publia un numéro spécial dans lequel près d'une centaine d'articles, signés de la main de compositeurs, de critiques musicaux et d'artistes du monde entier, rendaient hommage à la mémoire de Ravel.
↑Le registre des condoléances a été vandalisé après la mort d'Édouard Ravel et certaines pages arrachées sont maintenant aux États-Unis, mais il a été reconstitué par Manuel Cornejo à partir des comptes rendus de la presse[107]
↑« Personnellement, j'ai une grande dette envers ce compositeur. Je lui dois plus qu'à un autre d'avoir pris conscience de ma vocation. ». Cité par Knudåge Riisager,Chez Maurice Ravel. Une visite chez le célèbre compositeur français, 4 mai 1924.[110]
↑« Si vous me demandez si nous avons une école impressionniste en musique, je dois dire que je n'ai jamais associé ce terme à la musique. La peinture, ah, ça, c'est autre chose ! Monet et son école étaient impressionnistes. Mais dans l'art sœur, il n'y a pas d'équivalent à cela. » — Extrait d'un entretien accordé auMusical Digest,[112].
↑« À maintes reprises, il s’épuisa à essayer d’accéder au niveau de virtuosité indispensable. Les longues heures passées à briser ses doigts sur lesÉtudes de Chopin et de Liszt le fatiguèrent beaucoup et privèrent le génial compositeur d’autant de moments d’inspiration fructueuse »[117].
↑UnConcerto en sol daté de 1932, publié sous son nom était en fait dirigé parPedro de Freitas Branco.
↑Quelquefois seul, quelquefois avec les enfants et leur miss. Dans ce cas, il invente des jeux pour eux ou leur raconte des histoires[170]. La maison est voisine de celle des Mallarmé où résident les enfants du poète avec lesquels il sympathise
↑Après la guerre, sa maison sera aussi un refuge pour lui
Références
↑Mairie de Ciboure, « Acte de naissance acte n° 21 du 8/03/1875 photo 32 », surAD Pyrénées-Atlantiques(consulté le) :« Joseph Maurice Ravel né hier, à 10 h du soir, fils de Marie Debuart 28 a, demeurant actuellement à Ciboure et de Pierre Joseph Ravel absent. »
↑« La musique »,Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques : hebdomadaire d'information, de critique et de bibliographie,(lire en ligne).
↑B. Lechevalier, F. Viader, « Une maladie singulière : la maladie de Maurice Ravel »,Bull. Acad. Natle Méd., 2017, 201, nos 7-8-9, 1293-1304, séance du 12 décembre 2017 (lire en ligne).
↑Thierry Hillériteau et Léna Lutaud, « « Boléro » Le mystérieux ballet des héritiers. Succession Ravel. Le Boléro millions »,Le Figaro,,p. 23-25(ISSN0182-5852,lire en ligne)
↑Juliette De Banes Gardonne, « Procès Ravel : la saga judiciaire n'est pas terminée »,Le Temps,(ISSN1423-3967,lire en ligne, consulté le)
↑Léna Lutaud, « ProcèsBoléro de Ravel : les ayants droit contestent en appel l’entrée de l’œuvre dans le domaine public »,Le Figaro,(lire en ligne, consulté le)
↑Duchesneau, Michel, « 1938. Un numéro de La Revue musicale en hommage à Maurice Ravel »,Nouvelle Histoire de la musique en France (1870-1950), Sous la direction de l’équipe « Musique en France aux XXe et XXIe siècles : discours et idéologies »,(lire en ligne)
↑Philippe Venturini, « Plus de deux mille sept cents lettres dont deux mille de Ravel. Celui qui confessait « une certaine indolence épistolaire » laisse une abondante correspondance où l’essentiel côtoie le superflu. Indispensable pour comprendre le mystère Ravel »,Classica,no 269,,p. 59(ISSN1966-7892)
↑Aude Giger, « Musique. Portrait intime : Une somme publiée grâce au travail du musicologue Manuel Cornejo permet d'éclairer et de cerner au plus près la personnalité du tendre et facétieux Maurice Ravel »,Lire,no 539,,p. 29(ISSN0338-5019)
↑Emmanuel Savoye, « L'épistoléro de Ravel : Le coffret "Correspondance, écrits et entretiens I, II" dévoile toute la finesse d'esprit du discret compositeur du "Boléro". Une Ravélation ! »,Le Canard enchaîné,,p. 6(ISSN0008-5405,lire en ligne, consulté le)
La version du 25 juillet 2006 de cet article a été reconnue comme « article de qualité », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.