Cet article concerne le contexte, les objectifs et les caractéristiques techniques de la mission Mars Science Laboratory vers Mars. Pour le déroulement de la mission du roverCuriosity sur Mars, voirExploration de Mars parCuriosity.
Le roverCuriosity est cinq fois plus lourd que ses prédécesseurs, lesMars Exploration Rovers (MER), ce qui lui permet d'emporter75kg de matériel scientifique, dont deux mini-laboratoires permettant d'analyser lescomposantsorganiques etminéraux ainsi qu'un système d'identification à distance de la composition des roches reposant sur l'action d'unlaser. Les laboratoires embarqués sont alimentés par un système sophistiqué de prélèvement et de conditionnement d'échantillons comprenant uneforeuse. Pour répondre aux besoins accrus d'énergie et s'affranchir des contraintes de l'hiver martien et des périodes nocturnes, le rover utilise ungénérateur thermoélectrique à radioisotope qui remplace lespanneaux solaires mis en œuvre par les précédentes missions. Enfin, il bénéficie delogiciels évolués pour naviguer sur le sol martien et exécuter les tâches complexes qui l'attendent. Le rover est conçu pour parcourir20km et peut gravir des pentes de 45°.
Lasonde spatiale au départ de laTerre a une masse de3,9tonnes et comprend un étage de croisière chargé d'amener la sonde jusqu'à proximité de la planète Mars, un véhicule derentrée atmosphérique qui assure la traversée de l'atmosphère martienne à grande vitesse et un étage de descente chargé de la dernière phase aboutissant à l'atterrissage. Pour parvenir à poser le rover de899kg sur le sol martien avec la précision demandée par les objectifs scientifiques, la technique d'atterrissage utilisée par ses prédécesseurs a été profondément modifiée : la phase de rentrée atmosphérique est en partie pilotée pour restreindre la zone d'atterrissage à uneellipse longue de 20 km et large de 7 km. Le rover est déposé en douceur sur le sol par un étage de descente fonctionnant à la manière d'unhélicoptère-grue, seule méthode compatible avec sa masse.
MSL constitue la mission interplanétaire de la NASA la plus ambitieuse dela décennie. La complexité de la sonde et du rover ainsi que la nécessité de mettre au point de nouvelles technologies spatiales ont entraîné des modifications importantes du concept de départ durant le développement : les dépassements de coût qui en ont résulté ont failli entraîner l'annulation de tout le projet. Le lancement prévu initialement en2009 a dû être repoussé à lafenêtre de lancement suivante,26 mois plus tard, en2011. Le coût total du projet est évalué en 2011 à 2,5 milliards dedollars.
Mars avec au centre de la photo laValles Marineris, la formation géologique la plus spectaculaire de la planète.
Depuis le début de l'exploration spatiale, la planète Mars constitue l'objectif favori des missions interplanétaires lancées dans leSystème solaire[1]. Contrairement aux autresplanètes du Système solaire, Mars a sans aucun doute connu par le passé des conditions assez proches de celles régnant surTerre. Elles ont pu, mais cela reste à confirmer, permettre l'apparition de la vie. Mars conserve encore actuellement uneatmosphère ainsi que de l'eau sous forme de glace dans les pôles[2]. Sa proximité permet d'y envoyer relativement facilement des sondes spatiales. Également, Mars constitue une destination incontournable si l'humanité doit se lancer dans un programme spatial habité ambitieux. Dans cette perspective, il est nécessaire d'effectuer des missions de reconnaissance. A ce jour (8 août 2022), soit après 10 ans sur Mars,Curiosity est toujours aussi actif que le premier jour.
Sur le plan scientifique l'exploration de Mars comporte trois objectifs :
comprendre la genèse de la planète et son évolution ;
La présence d'eau à la surface de Mars il y a plusieurs milliards d'années a pu être prouvée grâce aux données collectées par lesorbiteurs dans lesannées 2000 : ici undeltaargileux photographié parMGS.
Depuis le début de l'ère spatiale, l'exploration de Mars est confiée à desmissions robotiques Ces missions ont permis progressivement de mieux connaître cette planète sans pour autant apporter des réponses définitives aux principales interrogations scientifiques. Les engins spatiaux qui ont fait le plus progresser la connaissance sont desorbiteurs (sondes spatiales placées enorbite autour de Mars) capables, grâce à des instruments d'une sophistication croissante, de collecter des données sur la surface de l'ensemble de la planète,son atmosphère ainsi que dans une certaine mesure son sous-sol.
Mariner 4 est la première sonde interplanétaire à s'être approchée de Mars, le ; elle a alors anéanti l'image d'une planète aux caractéristiques proches de la Terre en renvoyant les premières photos d'un monde désolé criblé decratères d'impact, assez proche en apparence de laLune. Le premier orbiteur martienMariner 9 (1971) a nuancé cette vision en montrant que Mars présentait des formations géologiques variées :canyons,volcans,calottes polaires, champs de dunes. Cette première vague d'engins d'exploration, dont certainssoviétiques commeMars 3 (1972) etMars 6 (1974), s'est conclue avec les deux orbiteurs et les deux atterrisseurs duprogramme Viking (1975). Ces derniers transportaient un mini-laboratoire chimique susceptible de détecter l'existence de formes de vie. Les résultats des analyses, ambigus, ont été généralement interprétés comme une réponse négative. Les vingt années suivantes ont marqué une pause dans l'envoi de missions vers Mars, entrecoupées de trois échecsaméricains et soviétiques. Toutefois certaines découvertes ont remis en question l'idée d'une planète Mars stérile : desformes de vie ont été découvertes dans des lieux particulièrement hostiles, sur Terre, au fond desocéans ou dans desrégions désertiques. L'orbiteurMars Global Surveyor (1996) marque le retour de la NASA vers Mars. Il découvre des régions riches enhématite grise — unoxyde de fer qui se forme en présence d'eau —, détecte unchamp magnétique résiduel qui semble indiquer que par le passé Mars était protégé des rayons stérilisants venus de l'espace par une barrière magnétique, et enfin trouve plusieurs manifestations d'une atmosphère dynamique comme la présence deravines, absentes des photos prises par les missions précédentes, et qui auraient pu être formées par l'action de l'eau. Les instruments de l'orbiteureuropéenMars Express (2003) permettent de confirmer la présence de grandes quantités d'eau stockée sous forme deglace au niveau des calottes polaires, détectent la présence de traces deméthane d'apparition récente dans l'atmosphère de la planète dont l'origine pourrait être soit biologique soit volcanique, et enfin découvrent des sédiments argileux qui n'ont pu apparaître qu'en présence d'eaux de surface peuacides, donc dans un environnement propice à la vie.Mars Reconnaissance Orbiter (2006), doté de caméras particulièrement puissantes, affine toutes ces découvertes en effectuant un inventaire systématique des terrains reflétant la présence d'eau : dépôts d'argiles, decarbonates et desulfates. L'orbiteur détecte également la présence d'eau à des latitudes relativement basses confirmant que l'atmosphère martienne conserve les traces d'un changement récent d'inclinaison de l'axe de la planète[3].
Troisrovers envoyés sur Mars. Du plus petit au plus grand :Sojourner (Mars Pathfinder),Spirit/Opportunity (MER) etCuriosity (MSL).
Lesatterrisseurs (fixes) et lesrovers mobiles, capables de circuler sur le sol, ont jusqu'àCuriosity joué un rôle plus modeste dans l'exploration de Mars : ils sont essentiellement chargés de valider sur le terrain les déductions tirées des observations des orbiteurs. MSL prend la suite des deux atterrisseursViking statiques qui ont tenté d'identifier des traces du vivant (1975), de l'atterrisseurPathfinder (1996) qui pour la première fois a mis en œuvre le rover de taille modeste (10,6kg) baptiséSojourner, des roversMER (2003) de174kg qui sont les premiers à avoir effectué un véritable travail degéologue sur le terrain avec toutefois une palette d'instruments limitée par les contraintes de poids et enfin de l'atterrisseur statiquePhoenix (2008) chargé d'étudier la région du pôle Nord martien.
Poser un engin sur le sol martien est un exercice difficile, comme l'ont démontré les échecs de trois engins soviétiques et plus récemment deMars Polar Lander (1998) etBeagle 2 (2003). Mars a en effet unegravité forte si on la compare à laLune (un peu plus du tiers de celle de la Terre soit plus du double de la Lune) ; par ailleurs les sondes spatiales, pour parvenir jusqu'à la planète, doivent arriver à grande vitesse (environ 5 à 6 km/s). Un recours important au freinage à l'aide de moteurs-fusées comme cela s'est pratiqué sur la Lune (module lunaire duprogramme Apollo ou sondeLunokhod) est exclu car la masse à lancer serait hors de portée des fusées existantes et le coût serait prohibitif. Il est donc nécessaire d'exploiter les forces de freinage générées par le frottement de l'engin spatial dans l'atmosphère martienne. Mais celle-ci est ténue et de faible épaisseur : avec les techniques maîtrisées au moment de la conception du rover MSL, il n'est pratiquement pas possible d'acheminer par cette méthode un engin de plus d'une tonne sur le sol martien, c'est-à-dire le poids deCuriosity de Mars Science Laboratory[4].
L'un des objectifs majeurs desplanétologues spécialistes de Mars est de pouvoir analyser un échantillon du sol martien dans des laboratoires sur Terre. En1988, un projet de retour d'échantillon est élaboré mais son coût, évalué à l'époque à sept milliards de dollars américains[Note 3], est jugé beaucoup trop élevé par les décideurs. Au cours desannées 1990, le projet est réactivé par la NASA en partenariat avec leCNES : le scénario est élaboré en s'appuyant sur la « doctrine » des missions à bas coûts (better, faster, cheaper, en français « mieux, plus vite, moins cher ») promulguée par l'administrateur de la NASA de l'époqueDaniel Goldin. Mais l'échec des deux missions martiennes de1999,Mars Polar Lander etMars Climate Orbiter, produits de cette politique, ainsi qu'une approche plus réaliste des coûts[Note 4] mettent fin au projet de retour d'échantillon au début desannées 2000. La communauté scientifique poursuivait un autre objectif majeur, consistant à mettre en place un réseaugéophysique constitué de stations automatiques statiques, disposées à la surface de Mars et chargées de collecter des donnéesmétéorologiques,sismologiques etgéologiques. Au cours des années 1990, plusieurs projets (MarsNet,InterMarsNet[Note 5]) sont élaborés dans le cadre d'une coopération internationale pour mettre sur pied ce réseau de stations mais tous échouent pour des raisons financières[6].
Au début des années 2000, les projets martiens d'envergure ne sont plus à l'ordre du jour au sein de la NASA, comme dans le cadre d'une coopération internationale, faute d'appuis financiers. L'agence spatiale américaine développe les roversMER aux capacités limitées tandis que l'Agence spatiale européenne réalise son premier orbiteur martienMars Express[7]. Pour disposer d'une stratégie à moyen terme, la NASA demande à un groupe de travail représentant la communauté scientifique internationale, leMars Science Program Synthesis Group, de définir les orientations à donner à l'exploration martienne pour ladécennie 2010-2020. Lelivre blanc qui résulte des travaux de cette commission est produit en2003. Larecherche de l'eau qui avait servi de fil conducteur aux missions des années 1990 est remplacée par celle des composants permettant l'apparition de la vie. Quatre axes d'exploration sont identifiés avec des priorités qui pourront évoluer au fil des découvertes d'indices par les missions existantes — notammentMRO, dont le lancement est prévu en 2005 — ou futures :
S'il est prouvé que Mars a connu une période chaude et humide, analyser les couches desédiments et rechercher la présence de signes du vivant dans le passé de Mars ;
Si des indices d'activitéshydrothermales actuelles ou passées sont identifiés, explorer les sites en recherchant des signes de vie présente ou passée ;
S'il existe des indices de présence de vie sur Mars et si un soutien politique existe, lancer une mission de retour d'échantillons s'appuyant sur un rover pour la collecte du sol ;
S'il s'avère que Mars n'a pas connu de période chaude et humide, étudier l'histoire des gaz présents sur Mars, déterminer les conditions régnant initialement sur Mars et l'évolution qu'a connue la planète afin d'aboutir à une compréhension globale des évolutions de Mars, Vénus et de la Terre.
Dans cette optique, et particulièrement du point de vue de l'habitabilité de la planète,Mars Science Laboratory devra travailler selon huit axes principaux[11],[12] :
Recenser lescomposés organiques présents à la surface de Mars et établir leur distribution ainsi que leur concentration ;
Emplacement des quatre sites d'atterrissage finalistes.
Le choix du site d'atterrissage de Mars Science Laboratory est crucial pour le succès de la mission. Le site doit présenter un environnement géologique ou un ensemble d'environnements propices à la vie. Il doit permettre de réaliser la plus grande variété d'expériences afin de maximiser le nombre d'axes de recherche pouvant être explorés. Dans l'idéal, la région accessible depuis le site d'atterrissage doit présenter des spectres indiquant la présence simultanée de plusieursminérauxhydratés, par exemple desargiles avec dessulfates hydratés. L'hématite, d'autresoxydes de fer, lessulfates, lessilicates, ainsi peut-être que certainschlorures, pourraient avoir permis la fossilisation d'éventuelles formes de vie martiennes[13].
Les sites susceptibles d'avoir préservé d'éventuelles traces de vie passée présentent unetopographie marquée, offrant ainsi une grande variété d'affleurements et de roches. Les concepteurs de la missionMars Science Laboratory ont donc dû élaborer un véhicule capable d'atteindre et d'explorer de tels sites en toute sécurité[14]. Les contraintes techniques de la mission (masse de la sonde, scénario d'atterrissage) imposent de choisir un site d'atterrissage situé à moins de 45° de l'équateur de Mars et à moins de1 000m d'altitude au-dessus duniveau de référence martien[15].
Cratère comportant des structures liées à un passé lacustre.
Systèmealluvial bien préservé avec des couches sédimentaires permettant de reconstituer le passé climatique. Roches de nombreux types couvrant une vaste période de l'histoire de Mars.
Les dépôts pourraient ne pas être liés au passé lacustre. Faible variété desphyllosilicates susceptibles de préserver des organismes vivants.
Cratère d'impact comportant un monticule central haut de5km et parcouru de brèches.
Strates diversifiées sur le monticule central incluant des minéraux hydratés de typephyllosilicate etsulfate déposés à l'époque où le cratère était occupé par un lac.
Le contexte de la formation géologique reste mal maîtrisé. Les sites les plus intéressants se trouvent à l'extérieur de l'ellipse dans laquelle s'inscrit la zone d'atterrissage.
Anciennevallée fluviale avec une longue histoire hydrologique.
Accès aux roches les plus anciennes des quatre sites. Proportion particulièrement importante de roches hydratées diversifiées.
Pas de consensus sur le processus de sédimentation. Les instruments de MSL ne seront peut-être pas capables de fournir des informations permettant de retracer l'histoire géologique du site.
Le rover embarque 10 instruments scientifiques qui doivent lui permettre de détecter d'éventuelles traces d'eau, analyser précisément lesroches, d'étudier lesminéraux présents à la surface deMars, mesurer lachiralité des molécules détectées, et effectuer desphotographies à hauterésolution. Certains de ces instruments sont développés avec la participation de laboratoires étrangers. Ces équipements se rangent dans quatre catégories[29] :
deux instruments permettant de faire des analyses à distance et situés dans le mât du rover : la caméra MastCam et le système d'ablation laser etspectrométrie ChemCam qui détermine la composition des roches à l'aide d'unlaser, fournissent une première analyse chimique et géologique de l'environnement ;
deux instruments fonctionnant au contact de l'objet à analyser dont lessenseurs sont situés au bout du bras du robot : le spectromètre àrayons X APXS et la caméra microscope MAHLI fournissent la composition chimique et des images détaillées facilitant la sélection des échantillons à analyser ;
deux laboratoires d'analyse logés dans le corps du rover et alimentés en échantillon de sol ou de roche martienne par laforeuse et la mini pelleteuse situés au bout du bras du rover : CheMin qui effectue l'analyse minéralogique etSAM qui effectue l'analyse des éléments organiques et volatils ;
quatre instruments caractérisant l'environnement martien : la station météorologique REMS, le détecteur RAD qui mesure les radiations qui parviennent jusqu'au sol, le détecteur deneutrons DAN chargé d'identifier la présence d'eau dans le proche sous-sol et la caméra de l'étage de descente MARDI qui réalise avant l'atterrissage des photos de la zone environnante.
Huitfiltres avec unebande passante s'étageant entre 440 nm et 1035 nm peuvent être placés devant l'objectif. Seuls trois de ces filtres sont communs aux deux caméras. Contrairement aux modèles embarqués jusque-là sur les atterrisseurs et les rovers, une image en couleur est obtenue sans avoir à superposer 3 photos prises avec des filtres bleu-vert-rouge. L'image est enregistrée par un capteur de 1 200×1 600pixels au formatcompresséJPEG ou au format brutRAW. Les images prises sont stockées dans unemémoire flash de 8gigaoctets qui peut conserver 5 500 photos. Cette capacité de stockage est toutefois juste suffisante pour enregistrer unpanorama en utilisant l'ensemble des filtres disponibles. Lamise au point se fait de 2,1 m à l'infini : celle-ci peut être fixée par l'équipe sur Terre ou être déterminée par unautofocus. Ladurée d'exposition peut être également calculée automatiquement ou imposée par les contrôleurs au sol. Les caméras peuvent enregistrer desvidéos au format720p (1280x720 pixels) à la cadence de 10 images par seconde ou de 5 images par seconde en utilisant toute la surface du capteur[33],[34].
MARDI (MARs Descent Imager) est une caméra en couleur montée sous le châssis du rover et chargée de cartographier le site d'atterrissage durant la descente vers le sol martien. Elle couvre un champ de 70°x55°. La caméra doit prendre environ 500 photos (5 photos par seconde) à partir d'une altitude de 3,7 km (zone photographiée de 3 × 4 km) jusqu'à l'atterrissage (zone photographiée de 1 × 0,75 mètre) avec une résolution croissante de 2,5 mètres par pixel à 1,5 mm par pixel, soit sur une période de 2 minutes. La caméra comporte une mémoire de 8 gigabits qui permet théoriquement de stocker 4 000 photos en modeRAW. Les photos doivent être enregistrées dans ce mode et compressées avant leur transmission à Terre bien que la caméra puisse réaliser cette compression en temps réel. Ces photos seront utilisées par l'équipe au sol pour situer le site d'atterrissage et identifier les sites intéressants sur le plan géologique se trouvant à proximité du lieu d'atterrissage. Il est prévu que les mouvements de giration à grande vitesse angulaire qui animeront la sonde durant la descente sous parachute et les vibrations générées par les moteurs-fusées de l'étage de descente rendent un grand nombre de photos floues malgré un temps d'exposition de 1,3 milliseconde. La caméra a une résolution utile de 1600 × 1200pixels. MARDI avait été éliminée de la charge utile de MSL lors des premiers arbitrages financiers en 2007 avant d'être réintégrée par la suite[35],[36].
ChemCam (“CHEMistry CAMera”) est un instrument qui permet d'analyser à distance la nature, la composition et l’état d'altération des roches. Il utilise pour la première fois sur un engin spatial la technique d'analyse spectroscopique induite parablation laser : un laser pulsé tire sur la roche à analyser provoquant la fusion de sa couche superficielle et générant unplasma. Lalumière dedésexcitation émise dans levisible et l'ultraviolet est collectée par untélescope et envoyée à desspectromètres qui établissent la composition chimique élémentaire de la roche. Avec une portée de7 mètres, cet instrument permet d'analyser rapidement plusieurs échantillons de sol ou de roche et de déterminer s'il y a lieu de poursuivre l'analyse avec d'autres instruments. De plus son utilisation consomme relativement peu d'énergie. ChemCam est composé d'une partie optique montée au sommet du mât du rover et de trois spectromètres abrités dans le corps du rover avec la majorité de l'électronique. La partie optique comprend le laser qui envoie des impulsions venant frapper la cible sur un diamètre de0,3 à 0,6mm durant 55 nanosecondes pour effectuer des mesures par le procédé LIBS(Laser-Induced Breakdown Spectrometer). De 50 à 70 impulsions successives sont nécessaires pour obtenir une analyse spectrale correcte de la roche. L'optique de 110 mm utilisée pour viser la cible avec le laser permet de recueillir l'image renvoyée et de la transmettre parfibre optique aux spectromètres. Les spectromètres analysent la lumière sur unelongueur d'onde allant de 240 à 850 nm avec une résolution de 0,09 à 0,3 nm. La partie optique comprend également une caméra (Remote Micro-Imager ou RMI) fournissant une image du contexte de l'échantillon analysé. Commandée auCNES par laNASA, la réalisation de ChemCam est confiée auCESR/Observatoire de Toulouse. Celui-ci demande auCEA, grâce à la plateforme « laser nanoseconde pour applications industrielles » du département de physique et chimie, de réaliser les études préliminaires et la mise au point. La partie optique de l'instrument est développée par l'IRAP àToulouse sur la base d'un laser développé parThales[37], sous financement CNES, tandis que les spectromètres et l'intégration de l'instrument sont placés sous la responsabilité duLaboratoire national de Los Alamos[38].
APXS (Alpha-Particle-X-ray-Spectrometer) est unspectromètre àrayons X qui doit mesurer l’abondance deséléments chimiques lourds dans les roches et le sol. Il combine les techniques de laspectrométrie de fluorescence X et de lasonde nucléaire PIXE. L'instrument utilise ducurium 244 comme source de rayons X. Il peut déterminer l'abondance relative des éléments allant dusodium aubrome. Le capteur est monté sur le porte-outils situé au bout du bras du rover tandis que l'électronique se trouve dans le corps central du rover. La tête de l'instrument, dont la partie active a un diamètre de1,7cm, est placée à moins de2cm de l'échantillon à analyser durant une période allant de 15 minutes à 3 heures et restitue dans ce dernier cas jusqu'à 13 spectres électromagnétiques. Il s'agit d'une version améliorée d'un instrument qui a équipé les rovers Mars Pathfinder et MER. La demi-vie du curium 244 (18,1 ans) garantit qu'il sera opérationnel même si la mission est prolongée à plusieurs reprises. Contrairement à l'instrument de MER il peut être utilisé de jour grâce à un système de refroidissement électrique. Il est de 3 à 6 fois plus sensible que l'instrument équipant les rovers MER et le spectre analysé va jusqu'à25keV au lieu de15keV. Une analyse de trois heures permet de détecter une quantité denickel de 100 parties par million et de20ppm de brome. La détection de certains éléments comme lesodium, lemagnésium, l'aluminium, le silicium, lecalcium, lefer et lesoufre peut être obtenue au bout de 10 minutes si leur abondance est supérieure à 0,5 %. Un échantillon de rochebasaltique monté sur le bras est utilisé pour calibrer périodiquement l'instrument. APXS est fourni par l'université de Guelph auCanada[39].
CheMin (Chemistry & Mineralogy) est un instrument qui effectue l'analyse minéralogique d'échantillons de roches pardiffraction X et parfluorescence des rayons X. La première technique permet d'identifier lastructure cristalline des composants de l'échantillon tandis que la deuxième méthode fournit la composition en éléments et laconcentration massique des différents éléments. Durant la phase de développement la capacité de l'instrument dans le domaine de la fluorescence des rayons X qui devait être fournie par unediode PIN a été réduite avec l'abandon de ce composant. L'objectif est de détecter la présence de minéraux formés en présence d’eau. CheMin est logé dans la partie avant du corps du rover avec des ouvertures débouchant sur le pont supérieur permettant au bras d'introduire l'échantillon à analyser qui a été préparé auparavant. L'échantillon est introduit dans une capsule d'analyse situé sur un plateau tournant comprenant 26 autres capsules utilisables. Une analyse complète dure généralement 10 heures et est effectuée de nuit pour permettre le refroidissement ducapteur CCD à−60°C[40].
Mini laboratoire SAM chargé d'analyser les échantillons recueillis par MSL.
SAM (Sample Analysis at Mars) est un mini laboratoire qui doit contribuer à déterminer l'habitabilité présente et passée de la planète. SAM est composé de trois instruments qui sont destinés à fournir la composition chimique (moléculaire, élémentaire etisotopique) de l'atmosphère et de la surface de Mars. Cette suite d'instruments est essentiellement destinée à la recherche d'indices possibles de vie passée sur Mars, ou d'une activitéprébiotique, principalement par la recherche et la caractérisation des molécules organiques qui peuvent se trouver dans le sol martien. SAM comprend les éléments suivants[41] :
unchromatographe en phase gazeuse (GC Gas Chromatograph). Celui-ci sépare les composants organiques des échantillons martiens sous forme gazeuse. Les échantillons gazeux peuvent provenir de l'atmosphère de Mars, ou du traitement thermique et chimique des échantillons solides collectés par le roverCuriosity. Les composés ainsi séparés peuvent être identifiés et envoyés vers l'instrument scientifique QMS pour obtenir une information sur la structure des molécules. La séparation est effectuée à l'aide de six colonnes chromatographiques, chaque colonne étant consacrée à une famille de composés chimiques. Le GC de SAM est développé conjointement par le Laboratoire atmosphères, milieux observations spatiales (LATMOS) et leLaboratoire inter-universitaire des systèmes atmosphériques (LISA), deux laboratoires mixtes de recherche de l'université de Paris[Laquelle ?] et du Centre national de recherche scientifique (CNRS) faisant partie de l'Institut Pierre Simon Laplace (IPSL), sous l'égide de l'agence spatiale française (CNES)[42],[43] ;
unspectromètre de masse àquadrupôle (QMS (Quadrupole Mass Spectrometer)) utilisé pour analyser les gaz de l'atmosphère ou les produits obtenus par échauffement d'un échantillon du sol martien. (développé par les centres de la NASA/GSFC) ;
un spectromètre laser réglable (TLS Tunable Laser Spectrometer) qui permet d'obtenir des ratios précis des isotopes decarbone et d'oxygène dans ledioxyde de carbone et de mesurer les traces deméthane et ses isotopes du carbone (développé par le centre de la NASA Jet Propulsion Laboratory) ;
un ensemble de pompes et un système de purge (WRP).
SAM est situé, comme CheMin, dans la partie avant du corps du rover, avec des ouvertures débouchant sur le pont supérieur pour introduire les échantillons solides, et d'autres sur l'avant du rover pour les échantillons gazeux.
RAD (Radiation Assessment Detector) caractérise l'ensemble desparticules élémentaires chargées (protons,électrons, noyaux d’hélium…) ou non (neutrons) qui atteignent le sol martien : ces particules sont émises par leSoleil ou sont d'origine plus lointaine (rayon cosmique). L'instrument doit identifier la nature des particules ainsi que mesurer leur fréquence et leur énergie. Les données recueillies doivent permettre de :
déterminer le niveau de protection nécessaire pour une éventuelle exploration humaine de Mars ;
déterminer l'impact passé et présent sur la chimie martienne ;
mesurer les effets isotopiques ;
évaluer les conditions permettant à d'éventuels organismes vivants de pouvoir survivre dans le sol martien (à quelle profondeur dans le sol). Les données collectées par l'instrument sur le rayonnement ultraviolet doivent être également utilisées dans cet objectif ;
contribuer à enrichir les modèles relatifs au transport de ces particules par l'atmosphère martienne.
Les particules étudiées par RAD sont les ions d'unemasse atomique allant jusqu'à 26, les neutrons énergétiques et lesrayons gamma ayant une énergie comprise entre10 et 100MeV par noyau. L'instrument comprend untélescope à particules chargées comportant trois détecteursplans utilisant desdiodes PIN sur supportsilicium, uncalorimètre à base deiodure de césium et unscintillateur plastique sensible aux neutrons. Un système anti-coïncidence fournit unblindage au calorimètre et au scintillateur[44],[45].
DAN (Dynamic of Albedo Neutrons) est un détecteur actif et passif de neutrons qui doit mesurer l’hydrogène présent dans la couche superficielle du sol martien (moins de1 mètre de profondeur) le long de la trajectoire suivie par le rover. Ces données doivent permettre de déduire l'abondance de l'eau sous forme libre ou dans des minéraux hydratés. Cet instrument est développé par l'Institut de recherche spatiale de l'Académie des sciences de Russie[46].
Les capteurs de la station météorologique REMS sont montés sur le mât du rover.
REMS (Rover Environmental Monitoring Station) est unestation météorologique qui mesure la pression atmosphérique, l’humidité, les radiations ultraviolettes, la vitesse du vent, la température du sol et de l’air. Les capteurs sont répartis sur plusieurs emplacements : deux grappes d'instruments sont attachés au mât de la caméra (Remote Sensing Mast RSM), à 1,5 mètre au-dessus du sol, et pointent dans deux directions écartées de 120° pour obtenir une bonne mesure de la direction et de la force des vents locaux ; sixphotodiodes sont situées sur le pont supérieur du rover et mesurent le rayonnement ultraviolet dans différentes longueurs d'onde. Enfin l'électronique de l'instrument située au sein du corps du rover est reliée à l'extérieur par un canal afin de mesurer la pression atmosphérique. L'instrument REMS est fourni par le Centro de Astrobiologia (CAB)espagnol[47].
Le véhicule de rentrée comprend un ensemble, baptisé MEDLI (MSL EDL Instrument) qui permet aux équipes au sol un suivi des paramètres atmosphériques et du comportement de la sonde MSL durant larentrée atmosphérique. Les informations recueillies doivent permettre d'améliorer la conception des futurs sondes spatiales martiennes. MEDLI comprend[48] :
7 sondes de type MISP (MEDLI Integrated Sensor Plugs) mesurent à des points stratégiques dubouclier thermique la température à différentes profondeurs du matériau ablatif.
7 sondes MEADS (Mars Entry Atmospheric Data System) mesurent la pression en 7 points du bouclier thermique grâce à des capteurs placés à l'extrémité de trous de faible diamètre forés dans celui-ci.
Schéma 1 : Vue éclatée de la sonde spatiale.1 - Étage de croisière2 - Bouclier arrière3 - Étage de descente4 - Rover5 - Bouclier thermique avant6 - Logement du parachute.
La sonde spatiale Mars Science Laboratory, comme les engins de sa catégorie qui l'ont précédée, se compose de quatre éléments principaux (cfschéma 1) :
l'étage de croisière qui assure le transit entre la Terre et Mars ;
le véhicule de rentrée qui protège la sonde durant la rentrée atmosphérique et assure une première phase de freinage ;
l'étage de descente qui accomplit la dernière phase de descente puis dépose en douceur le rover sur le sol martien ;
le roverCuriosity proprement dit chargé de mener à bien la mission sur le sol martien.
L'étage de croisière est une structure cylindrique en aluminium de4 mètres de diamètre et de faible hauteur d'une masse de 540,3 kg qui coiffe le reste de la sonde et supporte sur la partie opposée à celle-ci l'adaptateur permettant de solidariser MSL et son lanceur. Son rôle est de prendre en charge le transit de la sonde spatiale entre l'orbite terrestre et la banlieue de Mars. À l'approche de Mars, l'étage de croisière, qui a achevé sa mission et constitue désormais une masse pénalisante, est largué avant que le véhicule de rentrée n'entame larentrée atmosphérique. La conception de l'étage de croisière est identique à celle utilisée par les sondes Mars Pathfinder et MER. Il effectue à l'aide de son système de propulsion les 5 à 6 corrections de trajectoire nécessaires pour que la sonde se présente à proximité de la planète Mars avec la vitesse et la position lui permettant d'effectuer un atterrissage de précision ; durant le transit de 8-9 mois entre la Terre et Mars il assure la surveillance et la maintenance des équipements de l'ensemble de la sonde[50],[54],[55].
L'étage de croisière sert d'interface durant le lancement entre la fusée et la sonde spatiale. À l'approche de Mars, peu avant la séparation avec l'étage de rentrée qui prend la conduite de la phase suivante, il fournit à celui-ci les dernières instructions de l'équipe au sol envoyées par les équipes du JPL et recueillies par ses deux antennes fonctionnant enbande X. Durant le transit entre la Terre et Mars il transmet à la Terre les informations sur l'état de la sonde collectées par l'ordinateur de bord du rover. À l'aide d'unviseur d'étoiles l'étage de croisière détermine en permanence sa position et son orientation en utilisant comme repère des étoiles de laVoie lactée et effectue les corrections de trajectoire préprogrammées à l'aide de son système de propulsion constitué de 8 petits moteurs-fusées consommant de l'hydrazinehypergolique stockés dans deux réservoirs entitane contenant 73,8 kg de carburant[Note 7]. Les équipements de l'étage de croisière doivent maintenir la température de l'étage de croisière mais également des autres composants de la sonde dans des limites acceptables. La chaleur produite par le générateur isotopique est transféréevia unfluide caloporteur circulant dans une tuyauterie et est utilisée pour maintenir l'électronique de bord à une température suffisante. L'excédent de chaleur est évacué par 10radiateurs situés sur la tranche du cylindre. L'étage de croisière dispose de son propre système de production d'énergie constitué par 6panneaux solaires d'une superficie de 12,8 m2 produisant entre 2 500 watts au niveau de l'orbite terrestre et 1 080 watts à proximité de Mars. Pour stabiliser l'orientation de la sonde durant le trajet Terre-Mars, le système de propulsion de l'étage de croisière maintient MSLen rotation autour de son axe à une vitesse de 2 tours par minute[54],[56].
Schéma 2 : Véhicule de rentrée de MSL.1 - Bouclier thermique avant2 - Bouclier arrière3 - Lests largués avant l'entrée atmosphérique (x2)4 - Moteurs contrôle orientation (x4)5 - Panneau d'accès (x2)6 - Évent7 - Système séparation du bouclier thermique (x9)8 - Logement du parachute9 - Joint entre les 2 boucliers10 - Lests largués avant ouverture du parachute (x6)11 - Radomes des 2 antennes à faible gain.Le bouclier thermique avant et arrière en cours d'assemblage laissent entrevoir le rover.
Le bouclier arrière, d'une masse de 576,6 kg, doit faire face à des températures moins extrêmes. Sa structure, réalisée ennid d'abeilles d'aluminium subit des contraintes thermiques fortes du fait du rôle très actif joué par lesmoteurs-fusées durant la rentrée atmosphérique et il a fallu utiliser le matériau ablatif mis en œuvre sur le bouclier thermique avant par ses prédécesseurs. Il est percé de quatre ouvertures par lesquelles débouchent les tuyères des 8 moteurs-fusées d'unepoussée de 308newtons[59] utilisés pour contrôler l'angle d'attaque et plus généralement l'orientation de l'engin : le ratioportance/traînée (lafinesse est ainsi adaptée en permanence durant larentrée atmosphérique ce qui permet de corriger les erreurs de trajectoire). Des lests entungstène, représentant une masse totale de 300 kg, sont largués avant et après la rentrée atmosphérique pour modifier lebarycentre de la sonde. Le bouclier arrière comporte deux panneaux d'accès qui permettent d'intervenir jusqu'au dernier moment avant le lancement. Le bouclier est coiffé par le compartiment duparachute qui est déployé lorsque la vitesse de la sonde tombe en dessous de Mach 2. À la base de ce compartiment se trouvent lesradômes des deux antennes à faiblegain (l'une d'elles est inclinée) : celles-ci sont utilisées pour transmettre à la Terre des informations sur le déroulement de la rentrée atmosphérique.
L'étage de descente prend en charge la dernière phase de la descente et dépose en douceur le rover sur le sol martien. Il met en œuvre une architecture complètement différente de celle retenue pour les atterrisseurs martiens qui l'ont précédé[60] :
huit petits moteurs-fusées chargés du contrôle de l'orientation (attitude) de la sonde ;
un radar doppler enbande Ka (TDS Terminal Descent Sensor) comportant 6 antennes émettant autant de faisceaux sous différents angles développé par le JPL. Dès que le bouclier thermique est largué le radar est chargé de déterminer l'altitude de la sonde et sa vitesse par rapport au sol martien ;
trois câbles reliés à un enrouleur (Bridle Umbilical Device BUD) et un cordon ombilical qui relient le rover et l'étage de descente lorsque celui-ci dépose le rover sur le sol martien.
Face avant du rover ; le bras est en position repliée.Modélisation 3D du rover.Curiosity utilise la suspensionrocker bogie des rovers MER avec des roues d'un diamètre sensiblement accru.
Le rover doit parcourir des terrains présentant des irrégularités (rochers), des pentes fortes et un sol dont la consistance, parfois sableuse, peut conduire à l'enlisement du véhicule et entraîner sa perte comme ce fut le cas pourSpirit. Toutefois plusieurs caractéristiques permettent au rover de mieux faire face à ces difficultés que ses prédécesseurs.Curiosity peut s'aventurer sur des pentes à45° sans se retourner. Il peut escalader des rochers ou franchir des trous d'une hauteur supérieure au diamètre de ses roues (50 cm). Pour y parvenir il utilise unesuspension, baptiséerocker-bogie, mise au point par la NASA pour les rovers MER : celle-ci limite l'inclinaison de la caisse du rover lorsque celui-ci franchit un obstacle qui ne soulève qu'un seul des deux côtés. Les 6 roues, qui comportent à leur surface des cannelures pour une meilleure prise dans un sol mou ou sur des rochers présentant une face abrupte, sont équipées chacune d’un moteur individuel. Chacune des 4 roues d'extrémité comporte un moteur agissant sur la direction ce qui permet au rover de pivoter sur place[62].
Le rover dispose de deux ordinateurs identiques« radiodurcis » pour résister auxrayons cosmiques. Ils utilisent tous deux unmicroprocesseurRAD750 fournissant une puissance de 400 MIPS à 200 MHz[65], successeur duRAD6000 utilisé par lesMars Exploration Rovers. Chaque ordinateur comporte 256 Ko d’EEPROM, 256 Mo demémoire DRAM et 2 Go demémoire flash. L'ordinateur de bord deCuriosity a une capacité dix fois supérieure à celle des rovers MER. Il pilote les activités du rover à la surface de Mars mais il joue également le rôle d'ordinateur de bord pour l'ensemble de la sonde durant toutes les phases allant du lancement jusqu'à l'arrivée sur le sol martien[66].
Le fonctionnement du bras porte-outils est testé en salle d'assemblage.
Comme les rovers MER, le rover MSL dispose d'un bras (Robot Arm RA) portant à son extrémité un ensemble d'outils utilisés pour analyserin situ des échantillons de sol et de roche ; le bras permet également de recueillir des échantillons qui sont analysés par les mini-laboratoires SAM et CheMin. Le bras est fixé sur la face avant du rover et, lorsqu'il est à son extension maximale, permet de positionner le porte-outils à 1,9 mètre de celle-ci. Les outils situés au bout du bras peuvent être positionnés face à la zone à analyser, sans que le rover se déplace, grâce à plusieurs articulations motorisées qui fournissent 5degrés de liberté. Le volume d'espace accessible forme un cylindre vertical de 80 cm de diamètre, 100 cm de haut positionné à 1,05 mètre de la face avant du rover et dont la base peut se situer, sur un terrain plat, à 20 cm au-dessous du niveau du sol[67].
trois instruments qui permettent de prélever et de conditionner des échantillons du sol et des roches martiennes pour analyse par l'équipement scientifique :
le système de préparation des échantillons CHIMRA (Collection and Handling for Interior Martian Rock Analysis) comprend une mini pelleteuse et un système de préparation des échantillons. La mini pelleteuse permet de recueillir des échantillons du sol jusqu'à une profondeur de 3,5 cm et peut être abaissée dans une tranchée jusqu'à 20 cm au-dessous du niveau du sol.
Schéma 5 : Le porte outils.1 - Brosse DRT2 - Foreuse PADS3 - Système de préparation des échantillons CHIMRA4 - Spectromètre à rayons X APXS5 - Caméra microscope MAHLI.
Pour s'assurer que les échantillons de sol martien analysés par SAM ou CheMin ne sont pas contaminés par des composants venus de la Terre qui auraient résisté aux procédures de stérilisation effectuées avant le départ, des vérifications peuvent être effectuées à cinq reprises au cours du séjour sur Mars : à cet effet cinq échantillons de référence ditsOrganic Check Material (OCM) ont été fixés sur le devant du rover dans des boîtiers scellés. Ces OCM contiennent du dioxyde de silicium amorphe dopés avec de petites quantités de produits organiques qui n'existent ni sur Terre nia priori sur Mars. La foreuse est utilisée pour prélever un échantillon qui est ensuite analysé par SAM pour s'assurer qu'il ne détecte pas d'autres composants d'origine terrestre[69].
Les caméras de navigation sont installées en tête de mât de part et d'autre des caméras MastCam.
Pour transmettre les données scientifiques recueillies, les données de navigation et les données télémétriques sur son fonctionnement ainsi que pour recevoir les instructions mises au point par l'équipe à Terre, le rover dispose de plusieursantennes. Une antenne hélice quadrifilaire fonctionnant en bandeUHF est utilisée pour les communications à courte portée avec les sondes en orbite autour de Mars. Le débit maximum est de 1,35mégabit par seconde dans le sens rover-satellite et 256 kilobits dans le sens inverse[70]. C'est ce mode de communication qui est privilégié car les satellites sont fréquemment à portée d'antenne du rover :Odyssey etMRO stockent les données et les transmettent vers la Terre lorsque les stations terrestres sont en vue. Les deux antennes enbande X sont utilisées pour les communications à longue distance directement avec la Terre. L'antenne à faible gain omnidirectionnelle n'a pas besoin d'être orientée mais son débit est limité. L'antenne à grand gain en forme d'hexagone plat permet des débits importants mais doit être orientée avec précision vers la Terre. Elle a été développée par l'Espagne (EADS CASA ESPACIO) et dispose de deux degrés de liberté ce qui permet de la tourner vers sa cible sans déplacer le rover. Ces antennes sont fixées sur l'arrière du pont supérieur du rover[71].
La NASA a estimé le volume moyen de données scientifiques qui doit être transféré vers la Terre chaque jour à 250 mégabits tandis que les données utilisées pour établir le plan de travail représentent 100 mégabits par jour. L'essentiel de ce transfert devrait être assuré par MRO[Note 12] qui collectera les données en UHF durant son survol quotidien du site d'atterrissage de MSL aux alentours de 3 heures du matin. En moyenne MRO peut collecter chaque jour 687 mégabits de données avec un plus bas de 125 mégabits. La réception par le rover des instructions de la Terre se fera au début de la journée de travail en bande X à l'aide de l'antenne grand gain tandis que le compte rendu de la journée envoyé par le rover passera par la bande UHF[72].
Le lanceur Atlas V 541 de MSL à Cap Canaveral peu avant son lancement.
Le lanceurDelta II utilisé habituellement par la NASA pour le lancement de ses sondes interplanétaires n'a pu être retenu pour MSL compte tenu de sa masse et de son diamètre. La sonde doit être lancée par une fuséeAtlas V 541 ; cette version du lanceur, de la classe de puissance de la fuséeAriane V, dispose d'une coiffe d'un diamètre de5 mètres et peut placer une sonde de4 tonnes sur une trajectoire interplanétaire[75].
La distance entre la Terre et Mars évolue constamment et cette dernière ne devient accessible que durant une période de quelques mois tous les deux ans. Par ailleurs, le lancement doit permettre à la sonde spatiale d'arriver à proximité de Mars dans des conditions très précises :
le Soleil doit être levé sur le site d'atterrissage,
les sondesOdyssey etMRO, en orbite autour de Mars, doivent pouvoir relayer les liaisons radio durant l'ensemble de la descente vers le sol martien,
la zone de l'atterrissage doit être si possible couverte par les antennes de réception sur Terre sous un angle pas trop défavorable,
la vitesse d'arrivée dans l'atmosphère martienne doit être inférieure ou égale à5,9km/s.
Le lancement se déroule en deux phases. Le deuxième étageCentaur du lanceur place la sonde MSL sur uneorbite basse terrestre de 165 km × 271 km avec uneinclinaison de 29°. Puis, après avoir accompli un nombre variable d'orbites autour de la Terre, lorsque la position de l'ensemble permet d'obtenir des conditions optimales d'arrivée sur Mars le deuxième étage Centaur est remis à feu et celui-ci injecte MSL sur une trajectoire interplanétaire vers Mars qui doit lui permettre d'atteindre Mars sur son inertie en décrivant uneorbite de Hohmann. Après l'extinction de l'étage Centaur, celui-ci met en rotation lente (2 tours par minute) la sonde pour stabiliser sa trajectoire puis la séparation de la sonde et du lanceur est déclenchée[77].
Schéma 6 : Déroulement du transit entre la Terre et Mars avec les corrections de trajectoire intermédiaires (TCM).
Schéma 7 : La sonde dans sa configuration lors du transit vers Mars.
Après sa séparation avec son lanceur, la sonde spatiale entame la phase de croisière, d'une durée d'environ sept mois, durant laquelle elle se rapproche de Mars uniquement grâce à sa vitesse acquise. Durant cette phase le rôle actif est joué par l'étage de croisière[78] :
la sonde durant ce transit est stabilisée par mise en rotation autour de son axe à la vitesse de 2 tours par minute.
l'étage de croisière maintient l'orientation de la sonde pour que ses panneaux solaires et son antenne de télécommunications soient pointés respectivement vers le Soleil et la Terre.
l'étage de croisière effectue si nécessaire des petites corrections d'attitude en utilisant sonviseur d'étoiles pour détecter les écarts. Sept corrections de trajectoire (Trajectory correction manoeuver TCM) sont programmées durant le transit Terre-Mars dont deux facultatives. Les deux premières, 15 jours et 120 jours après la date de lancement, permettent de corriger les erreurs d'injection sur la trajectoire interplanétaire et de supprimer le biais introduit volontairement pour éviter une retombée de l'étage Centaur sur Mars qui pourrait contaminer la planète. La troisième correction TCM-3 doit permettre à la sonde de se présenter exactement au point voulu pour entamer une descente optimale sur le sol martien. Enfin 4 manœuvres de correction sont prévues dans les 8 jours qui précèdent l'arrivée à j-8, J-2, J-1 et J-9 heures. Toutes ces corrections sont effectuées soit en alignant l'orientation de manière à optimiser la consommation de carburant soit en maintenant l'orientation[79].
l'étage de croisière contrôle les paramètres de la sonde et les transmet aux équipes sur Terre.
La date d'arrivée sur le sol martien, qui dépend de la date de lancement, doit avoir lieu entre le6 et le 20 août 2012. La sonde entame les préparatifs pour l'atterrissage, qui est la partie la plus délicate de la mission, 45 jours avant celui-ci. D'ultimes corrections de trajectoire sont effectuées après des mesures très précises depuis la Terre de la position et du déplacement de MSL. Les dernières instructions pour la phase de rentrée et la séquence des opérations au sol pour les premiers jours sont actualisées[80].
Pour pouvoir poser la masse du rover cinq fois supérieure à celle de ses prédécesseurs et effectuer un atterrissage de précision qui permette au roverCuriosity d'atteindre la zone d'étude choisie par les scientifiques sans avoir à faire un nombre de kilomètres supérieur à ce que lui permet son autonomie, MSL inaugure de nouvelles techniques de descente vers le sol martien :
la solution alternative mise en œuvre par lesatterrisseursViking, qui ont eu recours à des moteurs-fusées pour se poser, n'est pas non plus transposable. En effet le roverCuriosity, contrairement aux atterrisseursViking fixes, doit pouvoir se dégager de son étage porteur.
La solution retenue est un atterrissage ayant recours à des fusées fixées sur un étage de descente qui se désolidarise du rover dans les derniers mètres pour déposer celui-ci au-dessus du sol avant de s'élever à nouveau pour s'écraser à distance de sécurité.
Comparaison des performances des différents atterrisseurs martiens américains[83]
Schéma 9 : Positions respectives de la Terre et des satellites artificiels martiens dans l'hypothèse d'un atterrissage sur le site de Mawrth et tir du lanceur au début de la première fenêtre de lancement.
L'atterrissage sur Mars se décompose en cinq phases :
la phase d'approche,
la rentrée atmosphérique pilotée qui fait tomber la vitesse à Mach 2 tout en corrigeant de manière active les écarts par rapport à la trajectoire idéale,
la descente sous parachute lorsque la vitesse a chuté sous Mach 2,
la descente propulsée à partir de 1500 mètres d'altitude grâce à des moteurs chargés d'annuler la vitesse résiduelle,
la dépose par l'étage de descente fonctionnant à la manière d'un hélicoptère grue du rover sur le sol martien.
L'objectif principal de la phase d'approche est que la sonde spatiale arrive au point d'entrée dans l'atmosphère martienne et à l'heure planifiée. À cet effet une dernière correction de trajectoire (TSCM-6) est effectuée, si nécessaire, 9 heures avant la rentrée atmosphérique[84] après analyse de la position et du vecteur vitesse de la sonde. L'équipe du JPL estime que l'erreur de positionnement à l'entrée dans l'atmosphère devrait être au plus de 2 km et l'écart de la vitesse réelle par rapport à celle prévue de1,5m/s. Plusieurs manœuvres sont alors effectuées[85] :
les moteurs de contrôle d'orientation du véhicule de rentrée sont préchauffés et le circuit de régulation thermique est purgé tandis que la sonde recale son orientation en utilisant sonviseur d'étoiles.
le véhicule de rentrée qui encapsule le reste de la sonde largue l'étage de croisière 10 minutes avant le début de la rentrée atmosphérique.
la vitesse de rotation de la sonde sur son axe est annulée : désormais la sonde est stabilisée 3 axes.
puis la sonde modifie son orientation qui privilégiait les télécommunications avec la Terre et l'éclairage des panneaux solaires pour adopter la position qu'elle maintiendra durant la rentrée atmosphérique avec son bouclier thermique tourné vers l'avant.
cinq minutes avant la rentrée atmosphérique deuxlests de 75 kg sont éjectés pour déplacer lebarycentre jusque-là situé dans l'axe de la sonde : le déséquilibre généré permet par la suite de maintenir unangle d'attaque non nul générant uneportance qui prolonge la descente[Note 16] et donne le temps à la sonde de réduire suffisamment sa vitesse avant d'atteindre le sol.
Schéma 10 : Phase initiale de la descente de MSL vers le sol martien.
La rentrée atmosphérique pilotée : les moteurs-fusées logés dans le bouclier arrière sont utilisés pour modifier l'angle d'attaque et corriger les écarts par rapport à la trajectoire planifiée.
La descente vers Mars débute lorsque la sonde spatiale aborde les couches supérieures de l'atmosphère martienne dont l'altitude est fixée arbitrairement à 226 km au-dessus du sol. MSL entame alors une descente qui va durer environ 7 minutes. Lorsqu’elle débute sarentrée atmosphérique la vitesse de MSL est alors comprise entre5,5 et 6km/s (Mach 24). Le véhicule de rentrée constitué de deux boucliers jointifs joue deux rôles : alors que le freinage atmosphérique porte la température du bouclier avant à une température atteignant en pic1 450°C, il maintient une température normale dans le corps de la sonde. Par ailleurs, le bouclier arrière dispose de 4 petitsmoteurs-fusées émettant des jets de gaz, qui permettent à la sonde d'ajuster de manière continue sonangle d'attaque ; celui-ci, maintenu normalement à 18°, est ajusté pour compenser les écarts par rapport à la trajectoire cible engendrés par les perturbations atmosphériques et le comportement aérodynamique du véhicule de rentrée. Lorsque la vitesse de l'engin est tombée en dessous de900 mètres par seconde, l'angle d'attaque est réduit à 0 par éjection de 6 lests de 25 kg qui replace lebarycentre dans l'axe de la sonde. Il s'agit de limiter les oscillations créées par le déploiement du parachute. La sortie de celui-ci est déclenchée lorsque la vitesse est tombée en dessous de450 mètres par seconde (presque Mach 2)[86].
Le parachute d'un diamètre de 21,5 mètres est, à un facteur d'échelle près, un héritage du parachute développé pour leprogramme Viking. Durant sa descente sous parachute qui dure entre 50 et 90 secondes, la vitesse de MSL est ramenée à100m/s(360 km/h) et environ 95 % de l'énergie cinétique qui subsistait avant son ouverture est dissipée. Le bouclier thermique est éjecté dès que la vitesse tombe en dessous de Mach 0,8[Note 17] ce qui dégage l'antenne du radar Doppler de l'étage de descente qui peut fournir une première estimation de l'altitude et de la vitesse en utilisant les réflexions de ses émissions sur le sol martien. Durant cette phase, la sonde doit limiter la rotation de la capsule sous le parachute, un phénomène difficile à modéliser et dangereux qui découle des oscillations à vitesse supersonique ; les moteurs de contrôle d'orientation du bouclier arrière sont utilisés pour contrecarrer ces mouvements. La caméra MARDI commence à prendre des photos du sol martien sous le rover au rythme de 5 images par seconde dès que le bouclier thermique avant n'obstrue plus le champ de son optique jusqu'à l'atterrissage environ 2 minutes plus tard : les images seront exploitées par les scientifiques pour situer la future zone d'atterrissage et identifier les formations géologiques intéressantes à explorer situées à moins de 2 km de celui-ci ; elles permettent également de vérifier les performances de lacentrale à inertie du rover. À une altitude comprise entre 1500 et 2000 mètres le bouclier arrière et le parachute sont largués afin d'entamer la descente propulsée. Juste avant ce largage, les 8 moteurs de l'étage de descente sont mis en marche à 1 % de leur poussée nominale[87].
L'étage de descente, en vol statique, grute le rover jusqu'au sol.Le rover touche le sol, les câbles vont être cisaillés et l'étage de descente reprendra de la hauteur pour aller s'écraser plus loin.
La dernière phase de la descente met en œuvre une technique complètement nouvelle. Alors que la sonde se trouve à21 mètres au-dessus du sol avec une vitesse horizontale nulle et une vitesse verticale descendante constante limitée à 0,75 m/s, le rover est descendu au bout de trois câbles longs de 7,50 mètres tout en déployant ses roues puis est libéré dès que le système qui pilote la descente détecte que les forces de traction exercées sur les câbles se sont affaiblies, en conséquence de la dépose effective du rover. Ceci permet une prise de contact à faible vitesse du rover qui est placé au sol sur ses roues en configuration opérationnelle. Les amortisseurs du véhicule sont utilisés pour amortir le contact.
Un système pyrotechnique désolidarise le rover de l'étage de descente alors que l'altitude est de 17,6 mètres. Le rover descend suspendu au bout des 3 câbles qui exercent leur traction près dubarycentre de l'étage de descente pour éviter de perturber l'équilibre de celui-ci. En parallèle, les roues du rover sont déployées. Un cordon ombilical relie par ailleurs le rover dont l'ordinateur contrôle le déroulement de l'opération et l'étage de descente. Sept secondes après le début de cette séquence, les câbles sont complètement déroulés. Durant les 2 secondes qui suivent, le système a pour objectif d'amortir les mouvements provoqués par l'interruption du déroulement des câbles. Le système est alors prêt pour la prise du contact avec le sol. Celle-ci est détectée lorsque la traction sur les câbles diminue imposant une réduction importante de la poussée exercée par les moteurs pour maintenir une vitesse de descente constante. L'ordinateur de bord étudie sur une période d'une seconde l'évolution du comportement de l'étage de descente (valeur de la poussée des moteurs et variation de celle-ci), et en déduit que le rover est correctement posé sur le sol. Lorsque le contact avec le sol est confirmé, l'ordre de couper les suspentes au niveau du rover est donné. Puis l'étage de descente, désormais piloté par son propre processeur, entame une manœuvre qui doit l'écarter de la zone d'atterrissage : la poussée des moteurs est augmentée durant un certain laps de temps pour que l'étage de descente reprenne de l'altitude puis celui-ci modifie son orientation de 45° et ensuite augmente la poussée de ses moteurs jusqu'à 100 % et maintient ce mode de fonctionnement jusqu'à épuisement du carburant. Il est prévu que dans tous les cas de figure l'étage de descente s'écrasera à au moins 150 mètres du lieu d'atterrissage du rover[89].
Au bout d'environ une semaine,Curiosity entame sa mission opérationnelle. La durée initiale de celle-ci est d'une année martienne soit 687 jours terrestres ou 669 jours martiens (sols). Durant cette période, le rover aura une activité réduite une vingtaine de jours durant laconjonction solaire du (télécommunications interrompues car le Soleil s'interpose entre Mars et la Terre) et environ 10 jours pour permettre des mises à jour deslogiciels. Le rover devrait parcourir durant ces 22 mois terrestres de5 à 20km. Au cours de ses déplacements, il est prévu qu'il collecte et analyse environ 70 échantillons de roche et de sol martien[91],[92].
Déroulement des premiers jours de la mission sur le sol martien[93]
Atterrissage dans le cratère Gale après une descente de 7 minutes. Pour le rover, il est 15 heures (heure solaire locale)
Sol 0
Transmission d'informations sur le statut du rover. Premières photos au format vignette prises par les caméras HazCam.
Sol 1
Déploiement de l'antenne à grandgain, collecte de données scientifiques sur la météorologie (instrument REMS) et le niveau de radiation (RAD), prises de photos complémentaires. Vérification du fonctionnement des systèmes et des instruments. Contrôle comportement thermique[94],[95].
Sol 2
Déploiement du mât, panorama 360° avec la caméra NavCam, Photo de la mire de calibrage avec la caméra MastCam, deuxième tentative de liaison directe avec la Terre[96].
Sol 3
Préparation de la mise à jour du logiciel embarqué, tests de plusieurs instruments scientifiques tels que APXS, CheMin, DAN, et SAM, réalisation d'un panorama en couleurs avec la MastCam[96]
Sol 4
Préparation de la mise à jour du logiciel embarqué (suite), utilisation des instruments RAD et DAN en mode passif[96].
11 au ~
Sol 5 à ~Sol 8
Mise à jour du logiciel embarqué. La version 9 conçue pour la phase de vol est remplacée par la version 10. Celle-ci a été préchargée durant le vol mais elle doit être testée avant mise en application[96].
Sol 16
Premiers déplacements du rover (3 mètres en avant, rotation de 90° puis2 mètres en arrière)
Fin théorique de la mission nominale, au bout d'une année martienne (687 jours terrestres, 669 jours martiens). Début de la première extension de mission.
L'organisation des équipes sur Terre évolue au fur et à mesure de l'avancement de la mission. Elle reproduit ce qui avait été mis en place pour les rovers MER. Durant les 90 premiers jours, les équipes travaillent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à l'heure martienne, c'est-à-dire en avançant l'heure de 40 minutes par jour. La préparation et le suivi des opérations du jour sont effectués en 16 heures par deux équipes se relayant. Durant cette période, la majorité des techniciens et des scientifiques concernés sont rassemblés sur un seul site. Les équipes ont pour objectif de roder l'organisation, maîtriser l'utilisation du rover afin de réduire progressivement la durée des tâches de préparation des opérations du jour et de suivi à 8 heures. Cette phase doit aboutir à un mode de fonctionnement décentralisé dans lequel scientifiques et techniciens peuvent travailler depuis les locaux de leur institution (laboratoire de recherche, université, entreprise, centre de la NASA). Durant la phase suivante, d'une durée de 90 jours, les équipes travaillent 7 jours sur 7, 16 heures par jour de 6 heures à 20 heures (heure du Pacifique), donc ne sont plus calés sur l'heure martienne. Par la suite, les horaires de travail de l'équipe de suivi sont normalisés : 5 jours par semaine et 8 heures par jour[97].
Pour accomplir l'ensemble des tâches de préparation, de gestion et d'exploitation associées à la mission, plusieurs équipes sont mises en place : Conduite de mission, Planification, Conception et navigation, Opérations en temps réel, Opérations d'ingénierie (c'est-à-dire portant sur le fonctionnement du rover), Opérations scientifiques. Les opérations scientifiques et ingénierie ont deux composantes : court terme c'est-à-dire concernant le jour suivant ou quelques jours au plus) et stratégique (long terme)[97].
Le rover doit être déposé à l'intérieur ducratère Gale par 4,6° de latitude sud et 137,4° de longitude Est. Ce cratère de 154 km de diamètre comporte en son centre l'Aeolis Mons, un pic qui culmine à5 kilomètres au-dessus de son plancher[Note 19]. Les pentes de cette montagne sont suffisamment douces pour que le rover puisse l'escalader maisCuriosity ne devrait gravir que ses contreforts durant sa mission nominale dont la durée est fixée à deux ans (soit une année martienne). Plusieurs indices, fournis par les instruments des satellites en orbite autour de Mars donnent à penser que l'eau a circulé autrefois dans le cratère[98] :
la présence desulfates et d'argiles dans les parties les plus basses du pic central,
dans des zones plus élevées l'existence de terrains fracturés comblés par des eaux saturées en minéraux.
Les strates visibles sur le mont central permettent de penser que celui-ci constitue un témoin de l'histoire géologique de la planète depuis l'impact qui a créé le cratère il y a environ 3 milliards d'années. On devrait y retrouver superposés les dépôts laissés par chaque période : les couches les plus anciennes devraient se situer à la base de la montagne. Les processus ayant abouti aux différentes formations observées ne sont toutefois pas identifiés de manière certaine[98],[99].
Vue détaillée avec éléments géologiques identifiés et en pointillé orange une trajectoire possible pour le rover. Le cercle blanc est le contour de la zone d'atterrissage envisagée initialement et l'ovale en trait blanc épais, la zone d'atterrissage réduite résultant d'une optimisation de la technique d'atterrissage mise au point par la suite.
le delta alluvial situé dans la zone d'atterrissage et qui s'étend entre les parois du cratère et le nord de la zone. On devrait y trouver des matériaux en provenance des flancs du cratère transportés à l'époque par les eaux de surface.
une zone en pente, située au sud du delta alluvial, et composée de roches dures aux tonalités claires. Il pourrait s'agir de roches sédimentaires créées par l'action des eaux de surface tels que des sels déposés par un lac durant son assèchement.
les parties basses du mont central qui comportent des strates contenant des argiles, des sulfates ou un mélange des deux. Les variations observées entre les différentes strates fourniront des informations sur les changements intervenus dans l'environnement martien à cette époque humide et chaude. Les analyses effectuées par les instruments du rover doivent également contribuer à valider l'interprétation des observations effectuées par les orbiteurs sur la distribution et l'abondance des minéraux. Les sels de sulfate contiennent des traces d'eau au sein de la structure minérale et une partie de cette eau est libérée dans l'atmosphère aux heures les plus chaudes de la journée puis est absorbée durant les heures les plus froides ; les mesures que le rover effectuera, devraient fournir des informations sur lecycle de l'eau actuel de la planète.
lescanyons qui entaillent le flanc nord du mont central résultent de l'écoulement passé de l'eau de surface à travers les strates inférieures. Ces canyons constituent un environnement habitable distinct et postérieur à ceux associés à l'époque de la formation des argiles et des sulfates. L'analyse des dépôts au débouché des canyons nous renseignera sur les conditions régnant sur Mars à cette époque.
le réseau de fractures situé dans la partie supérieure des strates riches en sulfates est comblé par des matériaux minéraux résultant de l'action des eaux de surface. Il s'agit des vestiges d'un troisième environnement distinct des deux précédents. Le rover recherchera des composants organiques dans ces dépôts.
La vitesse de progression du rover dépendra des découvertes effectuées sur chaque site. Si le rover est toujours opérationnel après avoir exploré ces différentes formations, il est prévu de l'envoyer étudier les strates supérieures (situées plus haut sur le pic central) correspondant à des époques plus récentes de l'histoire de Mars[100].
Le rover ne peut consacrer que 250watts d'énergie aux équipements scientifiques. Durant l'hiver martien, lorsque la température chute, la puissance disponible est encore inférieure car il faut consacrer plus d'énergie pour maintenir les équipements sensibles à une température suffisante. Toutefois la latitude du site retenu (le cratèreGale), proche de l'équateur, permet au rover de bénéficier d'une température relativement clémente comprise entre−100 et0°C[53]. Durant une journée martienne, le temps d'activité du rover est limité à 6 heures. La quantité de données scientifiques qui peut être transmise a été limitée en moyenne à 250mégabits par jour martien pour tenir compte de la disponibilité des satellites chargés des liaisons avec la Terre[92].
Le rover n'est généralement pas capable d'enchaîner les opérations et doit recevoir des instructions des opérateurs sur Terre pour entamer une nouvelle tâche[101] :
les activités scientifiques à mener sont conditionnées par plusieurs observations préalables effectuées à l'aide de différents instruments (par exemple caméra de navigation puis caméra scientifique puis ChemCam) entre lesquelles s'intercalent une analyse par les scientifiques sur Terre pour identifier les cibles intéressantes et définir en conséquence l'étape suivante.
lorsque le rover est en route pour un autre site, il dispose de logiciels lui permettant de progresser de manière autonome en interprétant les images fournies par ses caméras de navigation. Mais sa progression doit être très prudente, car la capacité d'identifier les obstacles est limitée et en cas d'enlisement, de retournement ou de choc endommageant un des mécanismes ou des instruments, aucune réparation n'étant possible. Or, le terrain martien est irrégulier et les zones géologiques intéressantes sont souvent situées dans des lieux escarpés.
Le rover dépend donc fortement des échanges avec les équipes au sol pour mener ses activités. Or plusieurs facteurs freinent ces échanges[101] :
les communications radio mettent de 8 à 42 minutes pour arriver à leur destination en fonction de la position respective des deux planètes.
il n'est prévu que deux vacations radio par jour martien entre le rover et les contrôleurs à Terre pour plusieurs raisons : le rover dispose d'une quantité d'énergie limitée à consacrer aux télécommunications, ces échanges utilisent comme relais un des orbiteurs martiens qui doit survoler le site du rover et le réseau d'antennes de réception sur Terre a une disponibilité limitée.
les positions respectives de la Terre, de Mars et du Soleil ne sont pas toujours favorables à ces échanges.
au-delà des 180 premiers jours de la mission, la réactivité des opérateurs et des scientifiques sur Terre est limitée car les équipes ne sont plus disponibles 24h sur 24 et 7 jours sur 7 mais reviennent à des horaires normaux.
Le rover se déplace entre deux sites (vue d'artiste).
Les contraintes énumérées ci-dessus imposent un déroulement plutôt lent des activités. Les tâches à enchaîner au cours d'une journée martienne sont définies sur la base des éléments transmis par le rover la veille, ce qui aboutit à la définition de journée type vouée à un objectif principal : transit entre deux sites, reconnaissance, approche d'une cible, étudein situ, analyse d'un échantillon dans le mini-laboratoire.
Le rover utilise le laser de ChemCam pour analyser à distance la composition d'une roche (vue d'artiste).
L'activité de reconnaissance d'un site sélectionné est une journée consacrée à des tâches de préparation. L'objectif est d'obtenir des informations qui permettent à l'équipe scientifique de planifier les prochaines étapes. Le rover examine avec ChemCam des cibles désignées puis après déploiement du rover prend des images en relief avec la caméra microscope MAHLI ce qui nécessite de déployer le bras du rover et donc d'avoir pris des images la veille avec les caméras de navigation pour s'assurer qu'il n'y a aucun obstacle sur la trajectoire du bras. Puis des panoramas sont réalisés avec les caméras de navigation et les caméras MASTACM. L'instrument APXS est déployé et analyse durant toute la nuit un échantillon[92].
Durant une journée consacrée au positionnement près d'un échantillon du sol ou d'une roche, le rover se déplace de manière que son bras soit, à l'issue de la journée, en position d'appliquer un outil ou instrument scientifique sur cette cible. Celle-ci doit avoir été identifiée la veille et se trouver à moins de10 mètres du rover. Celui-ci démarre la journée en utilisant successivement ChemCam, APXS durant un laps de temps bref et MAHLI pour une image tridimensionnelle avant de se mettre en mouvement. À l'issue de son déplacement, les caméras de navigation et MastCam prennent des images qui sont transmises à Terre. L'instrument DAN effectue des mesures actives durant le déplacement et sur la position finale[92].
Le rover utilise les outils au bout de son bras pour étudier une roche (vue d'artiste).
Une journée d'analyse d'une échantillon de sol ou de roche au contact consiste à effectuer des observations avec les instruments du bras sur la cible du rover (APSX et MAHLI) qui doit être à portée depuis la veille. La roche est ensuite brossée pour être débarrassée de la couche superficielle puis des mesures sont de nouveau effectuées avec les instruments scientifiques du bras mais cette fois avec un temps de pose plus long d'APSX[92]. ChemCam et MastCam prennent des images du spectre électromagnétique pour préciser le contexte dans lequel se situe la cible tandis que les caméras de navigation documentent ces activités[92].
Une journée consacrée à l'analyse d'un échantillon du sol regroupe l'ensemble des tâches aboutissant à l'insertion de cet échantillon dans les mini laboratoires du rover CheMin et SAM. Pour éviter une contamination d'une analyse par l'analyse précédente, un premier échantillon est prélevé sur une roche proche de la cible par la foreuse et conditionné. L'échantillon qu'on souhaite effectivement analyser est ensuite à son tour prélevé, conditionné puis mis à disposition des instruments CheMin et SAM. La partie de l'échantillon qui n'est pas utilisée est déversée sur le plateau d'observation situé sur l'avant du rover et examinée par les instruments MAHLI et APXS. Cette activité se prolonge durant 3 à 5 jours pour disposer d'une quantité d'énergie suffisante pour les équipements scientifiques et compte tenu du volume de données scientifiques à transférer et du temps nécessaire aux analyses[92].
MSL du fait de sa complexité et son coût fait partie des missions phares (Flagship mission) de la NASA : c'est le plus ambitieux des projets robotiques de la NASA pour la décennie 2010 et il se compare à ce titre à la sondeCassini-Huygens. La phase de conception du projet est lancée en 2003 et s'achève en 2007.
En, soit à peine trois mois après l'atterrissage du premier rover MER, un appel à propositions est lancé par la NASA pour les instruments scientifiques embarqués à bord du rover. Huit mois plus tard huit instruments sont sélectionnés auxquels s'ajoutent les deux fournis par la Russie et l'Espagne[102].Début la phase de conception (Critical Design Review CDR) s'achève et l'évaluation effectuée fait apparaître déjà un dépassement de 75 M$ par rapport au budget total fixé à l'époque à 1,7 G$. La Direction des missions scientifiques de la NASA (Science Mission Directorate) décide de supprimer certains équipements ne jouant pas un rôle essentiel dans l'atteinte des objectifs : la caméra de l'étage de descente MARDI et la fonction zoom des caméras de mât sont abandonnées tandis que la meule située en bout de bras est remplacée par une simple brosse[103]. La phase de développement qui suit est marquée par de nombreux problèmes qui entraînent parfois des changements importants dans la conception de la sonde et du rover. L'équipe de développement renonce très tard en 2008, faute de résultats probants, au nouveau système de lubrification à sec[Note 20] desactionneurs et des moteurs électriques : ceux-ci, en supportant des températures plus froides, devaient permettre au rover d'explorer des zones plus septentrionales de Mars comme le demandaient les scientifiques. À la suite de cette modification, tous ces composants (51actionneurs et 54 moteurs électriques) sont fabriqués dans l'urgence, selon les spécifications révisées, par l'industriel qui ne parvient pas à tenir les délais. Violant toutes ses procédures, le JPL doit assembler en parallèle le modèle d'ingénierie et le modèle de vol du rover[Note 21]. La mise au point des logiciels de la sonde constitue l'autre source majeure de retards. Le calculateur embarqué du rover MSL, contrairement à celui des rovers MER, est complètement redondant ce qui se traduit par une complexité qui est encore accrue par la sophistication du véhicule. Comme, par ailleurs, le rover comprend un grand nombre decircuits logiques programmables et que l'ordinateur du rover prend en charge les phases de transit Terre-Mars et la descente sur le sol martien, le développement et la qualification des logiciels embarqués sont particulièrement complexes et le planning prévu n'est pas respecté.
Le matériau sélectionné initialement pour lebouclier thermique a dû être remplacé en cours de développement par du PICA (illustré ici).
Sur le véhicule de rentrée, les ingénieurs se rendent compte, alors que le projet est déjà très avancé, que le matériau ablatif utilisé pour les sondes spatiales MER, qui a été repris pour lebouclier thermique de MSL, n'aura pas une capacité d'évacuation de la chaleur suffisante. La NASA doit le remplacer par duPICA. Mais ce matériau n'a été utilisé qu'à une moindre échelle pour la capsule de retour d'échantillon de la sondeStardust (81 cm de diamètre) et il est plus difficile à mettre en œuvre[Note 22]. Enfin la conception du système de prélèvement et de conditionnement des échantillons du sol martien situé au bout du bras télécommandé du rover a été plusieurs fois modifiée depuis 2006 et revue une dernière fois à la suite des déboires rencontrés par un système similaire mis en œuvre par la sonde martiennePhoenix en 2008. La qualification du bras du rover, déjà handicapée par le problème des actionneurs, a été particulièrement tardive et se poursuit en 2011[104].
Dépassements budgétaires et report du lancement (2009-2011)
En 2008, le dépassement budgétaire résultant des difficultés rencontrées durant la phase de développement est officialisé : annoncé à 24 % en, il atteint 30 % en octobre[105]. Le, la NASA décide officiellement de reporter le lancement prévu en 2009 à qui est la prochainefenêtre de lancement permettant l'envoi d'une sonde vers Mars. La raison invoquée est que les tests ne seront pas achevés à temps. Le budget supplémentaire rendu nécessaire à la fois par les dépassements et le rallongement de la période de développement est trouvé en repoussant d'autres projets de sondes interplanétaires en particulier de celles à destinations de Mars[106],[104].
En 2009, la NASA lance un concours auprès du public pour baptiser le rover de la mission MSL. Après avoir sélectionné neuf finalistes (Journey,Wonder,Perception,Adventure,Sunrise,Curiosity,Amelia,Poursuit etVision) sur plus de 9 000 propositions, le vote des internautes a finalement retenu le nom deCuriosity, le[107],[108],[Note 23].
Les principaux composants de la sonde MSL assemblés pour des tests.
Le rover en fin d'assemblage ().
Pont supérieur du rover photographié par la caméra située dans le mât.
En, le coût total de la mission est réévalué à 2,5 milliards dedollars US sous réserve que le lancement soit effectué en 2011. Le dépassement budgétaire atteint désormais 56 % au niveau du projet global et 86 % pour la phase de développement. La qualification de plusieurs composants importants n'est toujours pas achevée : les composants concernés sont l'avionique, le fonctionnement en mode dégradé du rover et le système de collecte d'échantillons. Les performances du système de production d'énergie suscitent également des inquiétudes. Un report supplémentaire de deux ans entraînerait un surcoût estimé à 570 M$[109].Les dernières sources de retard semblent avoir été aplanies et les composants de la sonde qui ont été transférés du JPL au centre spatial Kennedy dès sont réassemblés sur ce site et subissent une dernière batterie de tests[110]. La deuxièmefenêtre de lancement vers Mars de 2011, qui débute le et se ferme le, a été retenue. Cette période est moins favorable que la fenêtre s'ouvrant en octobre car la sonde entre dans l'atmosphère de Mars avec une vitesse majorée d'environ0,4km/s. Le la sonde et lacoiffe qui la recouvre sont hissées au sommet du lanceurAtlas V sur le pas de tir 41 de labase de lancement de Cap Canaveral[111]. Legénérateur thermoélectrique à radioisotope (RTG) est installé quelques jours plus tard[Note 24],[112],[113].
Une des premières photos prises par une des caméras HazCam (caméra utilisée pour éviter les obstacles) du rover Curiosity après son atterrissage. Elle montre l'ombre deCuriosity et à l'horizon le mont Sharp (Aeolis Mons) qui culmine à plus de 5 km d'altitude.
Les principales étapes de l'exploration de Mars parCuriosity sont :
le déploiement et la vérification des équipements après l'atterrissage () ;
le déplacement vers le site deGlenelg distant d'environ400 mètres ;
la découverte sur place puis l'étude durant 6 mois du site deYellowknife Bay dont des observations et mesures démontrent qu'il s'agit d'un ancien lac ou d'un ancien delta aux eaux non acides et non salines (lac d'eau douce) ;
le rover entame en un transit rapide vers le mont Sharp ;
fin les ingénieurs du JPL découvrent que les roues du rover ont subi des perforations non prévues sur le terrain très rocheux et décident d'adapter la route suivie par le rover en conséquence ;
↑Le 21 octobre 2013, le rover Opportunity est toujours opérationnel 3 460 jours après avoir atterri (Spirit : 2210 jours).
↑Ce coût incluait unorbiteur de typeMRO chargé de repérer les zones géologiques intéressantes, un rover chargé d'effectuer des prélèvements et un engin chargé de ramener l'échantillon de sol sur Terre.
↑Le coût du projet de retour d'échantillon estimé initialement à 650 millions de dollars est réévalué à plus de 2 milliards de dollars.
↑La dernière mouture de ce projet estNetLander lancé en2007 par leCNES et l'ESA mais abandonné en2009 pour des raisons budgétaires.
↑la précédente mission du programme Flagship étaitCassini-Huygens (1997) et la mission suivante programmée vers 2020 pourrait êtreEuropa Jupiter System Mission mais est aujourd'hui suspendue faute de budget.
↑Bien que quatre fois plus lourde que les sondes MER, l'étage de croisière MSL n'emporte qu'une fois et demi la quantité de carburant des MER car le lanceurAtlas V injecte la sonde avec une meilleure précision que laDelta II.
↑Le rendement électrique d'un GTR est très faible et près de 95 % de l'énergie est dissipée sous forme thermique (2 000 W thermiques pour 110 W électriques).
↑Odyssey, plus ancien que MRO, ne sera peut-être plus opérationnel au moment de la mission de MSL.
↑Il faut compter au moins 78 jours après le lancement de Juno pour préparer le lancement de MSL.
↑Cette aptitude n'est pas exploitée car le cratère Gale est situé à une altitude négative. Mais ce choix n'était pas fixé à la conception de la sonde.
↑Lafinesse générée (rapport portance surtraînée) est de 0,24 contre 0 pour le véhicule de rentrée des rovers MER.
↑À cette vitesse il n'y a plus de risque que le bouclier du fait de sa traînée entre en contact après son éjection avec la sonde. L'éjection est déclenchée par des ressorts.
↑7h31 en Belgique, France et Suisse, 1h31 au Québec.
↑Le rover se pose au nord du pic central dans une plaine limitée par les murs du cratère qui a été baptiséeAeolis Palus.
↑Les pièces sont développées en titane qui remplace l'acier sans étain.
↑Le modèle d'ingénierie est une copie de la sonde destinée à valider les composants assemblés tandis que le module de vol est l'exemplaire de la sonde qui doit être lancé.
↑Le bouclier n'est plus d'une pièce mais constitué d'une multitude de tuiles comme sur la navette spatiale américaine.
↑Ce nom a été proposé par une jeune fille de 12 ans, Clara Ma dont voici l’essai justifiant ce choix :
« La curiosité est une flamme éternelle qui brûle dans tous les esprits. Elle me pousse hors du lit le matin et m’interroge sur les surprises que la vie me lancera en ce jour. La curiosité est une force tellement puissante. Sans elle, nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui. Quand j’étais plus jeune, je me demandais « Pourquoi le ciel est-il bleu ? », « Pourquoi les étoiles scintillent-elles ? », « Pourquoi suis-je moi ? », et je m’interroge encore. J’ai tellement de questions, et l’Amérique est le lieu où je veux trouver mes réponses. La curiosité est la passion qui nous pousse dans notre vie de tous les jours. Ce besoin de poser des questions, de s’émerveiller, a fait de nous des explorateurs et des scientifiques. Bien sûr, il y a beaucoup de risques et de dangers, mais malgré cela, nous continuons toujours à nous interroger et à rêver, à créer et à espérer. Nous avons déjà tant découvert sur le monde, mais nous en savons en fait tellement peu. Nous ne saurons jamais tout ce qu’il y a à savoir, mais grâce à notre flamme de curiosité, nous avons tant appris »
.
↑Le générateur RTG est installé peu avant le lancement car il produit beaucoup de chaleur qui est plus difficile à évacuer lorsque la sonde est placée sous la coiffe (lorsque la sonde est en route vers Mars, cette chaleur est évacuéevia les radiateurs de l'étage de croisière). Le RTG est installé au sommet de la fusée en passant par deux ouvertures ; l'une pratiquée dans la coiffe et la seconde dans le bouclier arrière de la sonde.
↑Durant sa descente, comme elle ne peut pas pointer vers la Terre une antenne à grandgain qui permettrait de transmettre des données avec un débit élevé,.
(en) S. Mauriceet al., « The ChemCam Instrument Suite on the Mars Science Laboratory (MSL) Rover: Science Objectives and Mast Unit Description »,Space Science Reviews,(DOI10.1007/s11214-012-9910-4)
Description de la partie optique de l'instrument ChemCam.
Curiosity - Mission à haut risque. Une présentation en français (2013), vulgarisée et détaillée, par Jean-Pierre Martin (Société astronomique de France et Société astronomique de Montgeron).
La première date est celle du lancement du lancement (du premier lancement s'il y a plusieurs exemplaires). Lorsqu'elle existe la deuxième date indique la date de lancement du dernier exemplaire. Si d'autres exemplaires doivent lancés la deuxième date est remplacée par un -. Pour les engins spatiaux autres que les lanceurs les dates de fin de mission ne sont jamais fournies.