Lamarne est uneroche sédimentaire, mélange decalcite (CaCO3) et d'argile dans des proportions à peu près équivalentes variant de 35 % à 65 % (autre notation : (50 ± 15) %). Au-delà de 65 % de calcaire, il s'agit d'uncalcaire argileux, tandis qu'en deçà de 35 % de calcaire, on parle d'argile calcaire (parfois « argile calcareuse » ou « argile calcarifère »)[1].
Sa sensibilité à l'eau favorise les instabilités de pente. Lefluage des marnes ou des formations marno-calcaires, leglissement de terrain et le ravinement sont à l'origine de catastrophes régulières.
Terminologie des roches sédimentaires du pôle calcaire au pôle argile.
Teneur en calcaire en %
100 - 95 %
95 - 65 %
65 - 35 %
35 - 5 %
5 - 0 %
Roches
Calcaire
Calcaire argileux
Marne
Argile calcaire
Argile
Les termes « calcaire marneux », « marne calcaire », « argile marneuse » et « marne argileuse », parfois utilisés, sont impropres, car ils associent un des éléments constitutifs (calcaire ou argile) avec un mélange de ces deux mêmes roches (marne).
Le motmarne est attesté pour la première fois sous cette forme en français en 1287[2], de l'ancien françaismarle. Du latinmarna, lui-même emprunté au celtemargila.
La marne et la chaux broyées étaient utilisées dès l'époque gauloise pour l'amendement des sols acides, par exemple par lesPictons duPoitou comme l'indiquePline l'Ancien auIer siècle[4]. Cet usage perdure encore aujourd'hui, quoique plus anecdotique.
AuXIXe siècle, on industrialisa la production dechaux. La marne, avec sa composition calcaire élevée et en raison de son abondance, était un ingrédient idéal pour les usages qui ne requéraient pas finalement une chaux d'un haut niveau de pureté ; l'élaboration demortier, par exemple. Leciment Portland d'aujourd'hui utilise toujours la marne comme ingrédient principal.
La marne fut extraite comme matériau de construction dès que les outils en métal furent connus.
Lesmarnières permettaient également d’extraire lacraie pour amender les terres agricoles.
À l'époque, enlever d'importantes couches de terre végétale était impossible ; on commença donc à extraire là où la marne affleurait et on poursuivit en creusant des réseaux de galeries.À notre époque, la marne est extraite dans de gigantesques carrières à ciel ouvert, généralement proches de la cimenterie où elle est transformée en ciment.
Les anciennesmarnières étaient souvent souterraines et disséminées (extraction au plus près, pour limiter le transport). Après usage elles ont été rebouchées, leurs emplacements étant seulement repérés par des arbres. Au fil du temps (et des remembrements), ces arbres généralement isolés au milieu des champs ont disparu et la mémoire du site avec eux.
Les phénomènes d'érosion et de dissolution conduisent quelquefois à des effondrements, par exemple via desfontis. Leurs conséquences sont particulièrement graves si des constructions ont été édifiées au-dessus. LaNormandie est ainsi régulièrement victime d'accidents de cette nature.
Lemarnage est une technique agricole consistant à rendre un sol plus calcaire en y ajoutant de la marne. Ceci permettait de remonter lepH des sols acides et les rendre plus propices à l'activité agricole. On a longtemps utilisé cette technique et ce, même avec des argiles non calcaires, ce qui n'avait aucune efficacité, cependant l'apport d'argile neuve permettait de compenser la déstructuration puis l'érosion des argiles en place.
La marne, en fonction de sa couleur, est appeléemarnes rouges oumarnes bleues. Les premières sont les plus fréquentes et se rencontrent dans toute l'Europe, tandis que les secondes se trouvent surtout dans le Sud-Est de la France (région desGrands Causses). Ces roches ont une couleur gris-bleue due à la présence d'un pigment argileux, l'illite, qui absorbe le rouge et renvoie le vert et le bleu. Cette roche est très friable et peut contenir des fossiles marins. Elle a été utilisée comme matériau de construction depuis l'Antiquité et jusqu'auXIXe siècle.
La marne de qualité, dure, est aussi appeléepierre de France oupierre de Maastricht. Cette pierre a été utilisée comme matériau de construction depuis l'Antiquité et jusqu'à la fin duXVIIIe siècle. Le nom vient peut-être desRomains, qui utilisaient la pierre locale pour construire leur fortification enmortier (le plus souvent à base de chaux éteinte) : lecastellum Divitia. Les carrières étaient situées sur les flancs du mont Saint-Pierre au sud du centre-ville actuel. Cette carrière fut exploitée tout au long des siècles, parfois même sous forme d’exploitation souterraine[5].
↑Jean-Baptiste Bory Saint-Vincent,Voyage souterrain, ou Description du plateau de Saint-Pierre de Maestricht, Paris, Ponthieu,, 283 p.(lire en ligne),p. 39.
↑Pierre Rossignol, Bernard Balusseau et Louis Vibrac,Le Horst : une histoire naturelle et humaine, La Crèche, Geste éditions,, 165 p.(ISBN978-2-36746-262-2).
↑Jean-Baptiste Bory Saint-Vincent,Voyage souterrain, ou Description du plateau de Saint-Pierre de Maestricht, Paris, Ponthieu,, 283 p..