María Victoria Casares Pérez (Marie Victoire en orthographe francisée) naît le àLa Corogne, enGalice, à la pointe nord-ouest de l'Espagne. Son père estSantiago Casares Quiroga, né à La Corogne en 1884 et mort à Paris en 1950, avocat de profession mais littéraire dans l'âme,président du Conseil de laSeconde République espagnole, contraint de démissionner le lorsque éclate l'insurrection militaire. Sa mère est Gloria Pérez Corrales, morte à Paris en 1946.
Casares n'est pas une enfant désirée et déclare bien plus tard avec humour :« Quand mes parents m'ont eue, ce fut par distraction ou par maladresse[1]. » Elle a une demi-sœur, Esther Casares, née d'une première union de son père. Elle étudie au collège deLa Corogne.
En 1931, la famille s'installe àMadrid. Dans sa nouvelle école, l'Instituto-Escuela[2], connue pour être l'une des plus modernes d'Europe[3], elle commence à chanter dans le théâtre[4].
Au début de laguerre civile espagnole, la famille fuit l'Espagne pourParis le, la veille de l'anniversaire de Maria. Le père de Maria est francophone. Ils vivent à l'hôtel Paris–New York (aujourd'hui disparu),rue de Vaugirard. María Casares étudie aulycée Victor-Duruy, où elle apprend le français. Elle rencontre l'acteur espagnolPierre Alcover et son épouse Colonna Romano, membre de laComédie-Française. Il aide la famille Casares et pousse Maria à faire du théâtre.
Pendant laSeconde Guerre mondiale, son père part pour l'Angleterre ; Casares et sa mère se rendent dans lesLandes avant de revenir à Paris dans un appartement au coin de l'impasse de l'Enfant-Jésus et de la rue de Vaugirard. À force de travail, elle se présente à nouveau au concours d'entrée au Conservatoire et intègre le prestigieux établissement en interprétant les rôles de Hermione et d'Eriphile, après avoir fréquenté lecours Simon, mais elle échoue aux épreuves du deuxième baccalauréat. Elle a pour professeurBéatrix Dussane et se lie avecAlice Sapritch. Elle sort de Conservatoire avec un premier accessit de tragédie et un second prix de comédie.
Maria Casarès obtient son premier rôle en 1942 et au cours des cinq décennies suivantes, jusqu'à l'année de sa mort, joue dans plus de 120 pièces, aussi bien des classiques que des œuvres contemporaines[5].André Barsacq lui fait jouerRoméo et Jeannette deJean Anouilh avec, pour la première fois,Jean Vilar authéâtre de l'Atelier en 1946. De 1952 à 1954, elle est engagée comme pensionnaire de laComédie-Française, où elle joue notamment dans des mises en scène deJulien Bertheau,Jean Meyer (créations) ou encoreJacques Copeau (reprise). Elle intègre ensuite leTNP deJean Vilar (1954-1959), et devient ainsi l'une des premières comédiennes à donner auFestival d'Avignon ses lettres de noblesse. Elle participe à certaines créations du théâtre contemporain commeLes Paravents deJean Genet, en 1966, ouQuai Ouest, deKoltès, en 1986[6].
La quasi-totalité de sa filmographie est constituée de films français. Certains vont jusqu'à la qualifier de « monstre sacré », expression habituellement réservée à des acteurs ayant une plus grande notoriété que la sienne. Plus objectivement, les cinéphiles s'accordent en général à retenir en priorité les quatre rôles marquants tenus dans les années 1940 :Les Enfants du paradis,Les Dames du bois de Boulogne,La Chartreuse de Parme etOrphée. Elle déclare pourtant préférer le théâtre au cinéma :
« Spectatrice pourtant passionnée et émerveillée devant les acteurs de cinéma qui ont su créer à travers leurs films des figures presque mythiques, peut-être parce que je porte en moi une autre forme de narcissisme, je n'ai jamais pu de l'autre côté de la caméra m'attacher à une telle quête[1]. »
Maria Casarès rencontreAlbert Camus le chezMichel Leiris. Ils nouent une relation amoureuse pendant les répétitions duMalentendu, en 1944, où elle joue Martha. L'écrivain, qui met Maria au contact de laRésistance et desexilés espagnols, est pour la comédienne « père, frère, ami, amant, et fils parfois ». La fin de la guerre, le retour d'Algérie deFrancine Faure, l'épouse de Camus depuis le, la naissance des jumeaux Catherine et Jean, les séparent : ils rompent. Elle entretient ensuite une relation avec l'acteur belgeJean Servais puis un certain Jean Bleynie, un homme issu d'une famille de viticulteurs bordelais[8]. Maria Casarès etAlbert Camus se retrouvent par hasard en 1948 et entretiennent une liaison secrète passionnée qui ne prend fin qu'avec la mort accidentelle de l'écrivain, en 1960.
Pour Albert Camus, Maria Casarès sera « l’Unique » ; et il restera, par-delà la mort, le seul homme qu’elle ait véritablement aimé[9]. Elle fut peut-être le grand amour de sa vie[10],[11],[12],[13],[14].
Leur relation, marquée par l’éloignement et la clandestinité, donne lieu à une correspondance passionnée de plus de 800 lettres échangées entre 1944 et 1959. Ces lettres, conservées par Maria Casarès, ont été publiées en 2017 sous le titreCorrespondance 1944-1959, et témoignent de la profondeur et de la constance de leur lien[15].
« Mon amour chéri, La maison est chaude et solitaire, tout le monde est à la plage, et je n'ai pas envie de travailler encore. A vrai dire, je n'ai pas d'autre pensée ni désir que toi, ton rire, ton beau visage de soleil, ton corps qui plie. Alors, je viens ici, près de toi, tromper un peu ma faim. »
— Albert Camus à Maria Casarès, Correspondances (1944-1959)
Après la mort d'Albert Camus, pour tenter de la détourner de son profond chagrin, les amis proches de Maria Casarès — parmi lesquels figureAndré Schlesser — l'incitent à s'acheter une maison (elle ne possédait rien en France).
Le, Maria Casarès et André Schlesser achètent — une partie chacun — lemanoir, les dépendances et les terres de la Vergne, situés sur la commune d'Alloue en Charente[16].
Elle épouse le cet ami de longue date, André Schlesser, qui meurt àSaint-Paul-de-Vence en 1985.
Après la mort d'André Schlesser, ses enfants Anne et Gilles Schlesser lèguent à Maria Casarès la partie du domaine de La Vergne qu'elle ne possédait pas[17].
Elle succombe à uncancer le àAlloue enCharente. Elle repose à côté de son mari dans le cimetière de cette commune.
« En 1980, je jouais Junie dansBritannicus. Maria était Agrippine. Elle fut étonnante. D'un bout de la pièce à l'autre, elle était habitée, frémissante. Sa manière de dire les alexandrins tenait de l'incantation. Elle cassait les vers avec une violence contenue qui éclatait comme une coulée de lave brûlante. Elle était en larmes, les yeux étincelants, la bouche tremblante. Elle se donnait corps et âme. Quelle actrice unique[18] ! »
Pour remercier la France d'avoir été une terre d'asile, Maria Casarès, sans descendance, fait don à la commune d'Alloue du domaine et du logis de La Vergne — qui, désormais, lui appartiennent donc en entier — situés sur la rive droite de laCharente, en amont du village.
En 1999, l'association La Maison du Comédien–Maria-Casarès est créée sous l'impulsion de Lucien Simonneau, alors maire de la commune d'Alloue, pour faire du domaine un centre culturel consacré au théâtre. Jusqu'en 2017, elle est présidée par le comédienFrançois Marthouret. En 2017, l'association change de nom et devient La Maison Maria-Casarès aujourd'hui centre culturel de rencontre etMaison des Illustres[19].
Florence M.-Forsythe,Tu me vertiges. L'amour interdit de Maria Casarès et Albert Camus, Le Passeur Éditeur,, 256 p.(ISBN978-2-36890-520-3,lire en ligne)