Il devient célèbre avecTopaze, pièce de théâtre créée en Allemagne en 1927 puis présentée enFrance en. Il fonde àMarseille en 1934 sa propre société de production et sesstudios de cinéma puis réalise de nombreux films avec les grands acteurs de la période parmi lesquels on noteRaimu,Fernandel etPierre Fresnay dans des films commeAngèle (1934),Regain (1937) ouLa Femme du boulanger (1938).
Marcel Pagnol écrira enincipit deLa Gloire de mon père :« Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous leGarlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers » ; il naît dans un appartement du troisième étage d'un immeuble bourgeois dont ses parents étaient locataires, au 16[3] cours Barthélemy[4].
En 1897, le jeune ménage s'établit dans le logement de fonction de l'école deSaint-Loup, à Marseille. Marcel sera baptisé catholique en avril 1898 à l'âge de trois ans en l'église Saint-Charles, à l'initiative de sa mère et sans doute en cachette de son père, farouche « hussard noir »[7],[8].
Lorsqu'elle va au marché, sa mère laisse Marcel dans la classe de son père, qui a un jour la surprise de le voir capable de lire couramment, alors qu'il n'a que trois ans (sa mère cesse alors de le laisser à l'école avant l'âge obligatoire)[9].
À la rentrée 1900, Joseph est nommé« instituteur titulaire à l'école du Chemin des Chartreux, la plus grande école communale de Marseille »[10] et la famille emménage au54,avenue des Chartreux. En 1902, les Pagnol déménagent rue du Jardin des Plantes, puisrue Terrusse, dans ce« grand rez-de-chaussée, que complétait un sous-sol, éclairé, sur le derrière, par un petit jardin »[11], où Marcel passera une grande partie de son enfance.
À partir de 1904, inquiet pour la santé d'Augustine, dont les poumons sont fragiles, Joseph décide de louer pour les vacances une« villa dans la colline, juste au bord d'un désert degarrigue qui va d'Aubagne jusqu'à Aix »[12]. La « Bastide Neuve », située à proximité du village deLa Treille, à la périphérie deMarseille[13] et les collines qui l'entourent constitueront ce paradis de l'enfance heureuse où se déroulent les plus beaux épisodes desSouvenirs d'enfance, en particulier aux côtés de son ami « Lili des Bellons » (David Magnan, 1898-1918).
Reçu deuxième à l'examen desbourses de Sixième, il entre en 1905 aulycée Thiers[14] où il fait de brillantes études, malgré une vie mouvementée de demi-pensionnaire qu'il racontera dans les deux derniers tomes de sesSouvenirs (Le Temps des secrets etLe Temps des amours). Dès lors, il commence à écrire des poèmes qui paraissent à partir de 1910 dans la revueMassilia. Il a notamment pour condisciples Codert, cancre âgé de treize ans et protecteur du petit Marcel ; Il fera fortune dans l'industrie du matériel roulant. Au lycée à la même période, il se lie d'amitié avec le futur romancierAlbert Cohen[15].
Il n'a que15 ans à la mort de sa mère, avec qui il entretenait une relation fusionnelle (« L'âge d'Augustine, c'était le mien, parce que ma mère, c'était moi, et je pensais, dans mon enfance, que nous étions nés le même jour »)[16]. À la suite d'un coup de froid, Augustine meurt« des suites d'unepneumonie aiguë » le, à l'âge de36 ans. Elle est inhumée au cimetière marseillais deSaint-Pierre, puis àLa Treille.
Classe photographiée en 1909. Au 3e rang, premier à gauche,Albert Cohen, à côté de lui, Marcel Pagnol.
Joseph s'installe alors avec ses enfants au quatrième étage du117,cours Lieutaud[17]. Le, il se remarie avec Madeleine Julien, veuve qu'il avait engagée pour s'occuper du ménage et qui n'a que huit ans de plus que Marcel. Ce dernier l'accepte mal, au point de se brouiller avec son père[18].
Études supérieures et débuts dans l'enseignement (1913-1922)
Le, il fonde la revue littéraireFortunio, avec quelques copains dulycée Thiers àMarseille et dekhâgne parmi lesquels les écrivainsGeorges Finaud,Jean Ballard et Yves Bourde, nommé rédacteur en chef[19]. La revue devient ultérieurementLes Cahiers du Sud, dans laquelle il publie quelques poèmes et son premier roman,Le Mariage de Peluque.
En novembre 1916, il obtient unelicence de lettres et littératures vivantes (anglais).
Nommé répétiteur d'anglais, il est successivement affecté dans les collèges deDigne (Alpes-de-Haute-Provence),Tarascon[25] (Bouches-du-Rhône),Pamiers (Ariège) etAix-en-Provence, puis promuprofesseur adjoint et nommé aulycée Saint-Charles àMarseille, où il exerce de 1920 à 1922. Durant cette dernière période, il écrit deuxpièces en vers :Catulle, puis, en collaboration avecArno-Charles Brun,Ulysse chez les Phéaciens.
Professeur à Paris et débuts en littérature (1922-1927)
En 1922, il est nommé aulycée Condorcet de Paris, commesurveillant d'externat, puis comme professeur adjoint[26],[27]. Il renonce à se présenter à l'agrégation, craignant, en cas de succès, d'être nommé dans une ville de province où il n'y aurait pas de théâtre.
Dès son arrivée à Paris, Pagnol y retrouvePaul Nivoix, ancien directeur de l'hebdomadaire marseillaisSpectator devenu rédacteur àComœdia,« seul quotidien français des Lettres et des Arts ». Grâce à lui, Pagnol entre dans le milieu des jeunes écrivains puis du théâtre moderne et« commence à douter de l'intérêt de ses tragédies grecques et romaines ». En 1924, il publie sous le pseudonyme de Castro, unvaudeville composé avec Nivoix,Tonton (ouJoseph veut rester pur), qui à son grand étonnement remporte un certain succès authéâtre des Variétés. Cela les encourage à écrire leur premièrepièce de théâtre,Les Marchands de gloire, représentée en 1925 authéâtre de la Madeleine. Cette satire du patriotisme est boudée par le public, de même qu'une seconde pièce,Jazz, donnée en 1926 authéâtre des Arts.
Marcel Pagnol a vu jouer en1926 àBruxellesLe Mariage de mademoiselle Beulemans et se voit conforter dans sa conviction intime« qu'une œuvre locale, mais profondément sincère et authentique peut parfois prendre place dans le patrimoine littéraire d'un pays et plaire dans le monde entier ».Topaze, satire de l'arrivisme à laquelle il travaille depuis 1923, est créée en Allemagne authéâtre de la Renaissance à Berlin en 1927 puis authéâtre des Variétés la saison suivante et connaît un immense succès avec notamment plus de huit cents représentations à Paris, 1500 en province et l'organisation d'une centaine de tournées mondiales.
Raimu et Pagnol en 1931, aux studios de Paramount France.
En ce qui concerneMarius, le premier volet de la trilogie marseillaise qui suitTopaze, la raison d'un Marcel Pagnol provençal en exil à Paris, nostalgique de Marseille et que son entourage aurait dissuadé d'écrire une pièce marseillaise qui est souvent avancée pour expliquer l'écriture de cette pièce est quelque peu fabulée et ce, même si Pagnol lui-même a pu à l'occasion la mettre en avant. En effet, il existe un grand nombre d'artistes provençaux très en vogue en France depuis l'après-guerre commeMayol,Tramel,Raimu et bien d'autres et qui depuis plus de 10 ans remplissent les théâtres de France. Le style a très bonne presse et le producteurOscar Dufrenne s'est fait spécialité de les produire depuis 1914 dans la quinzaine de théâtres qu'il possède dont la moitié est à Paris.
Ainsi, le,Marius pièce en quatre actes et six tableaux, est créée authéâtre de Paris avecRaimu dans le rôle de César. Nouveau triomphe pour un Marcel Pagnol déjà consacré par le succès mondial deTopaze ; Raimu et lui se lieront à vie, d'une amitié aussi orageuse que sincère.
Séparé de Simonne Collin[22] depuis 1926, il rencontre la jeune danseuse anglaise Kitty Murphy. De leur union naît en 1930 Jacques Pagnol, qui deviendra l'assistant de Marcel après la guerre, puis caméraman pourFrance 3 Marseille.
Marcel Pagnol en 1931 période où il découvre lecinématographe.
L'année 1929 est décisive pour sa carrière : il assiste àLondres à la projection d'un des premiers films parlants,Broadway Melody et en est si bouleversé qu'il décide de se consacrer au cinéma parlant.
Pagnol fait la connaissance du directeur de la succursale française de la firmeParamount, Bob Kane, qui lui propose d'acheter les droits de sa pièceMarius cinq cent mille francs. Pagnol refuse, mais accepte de se contenter d'un simple pourcentage sur les recettes à condition que le film soit tourné avec tous les comédiens de la troupe théâtrale (Raimu bien sûr mais aussiPierre Fresnay dans le rôle deMarius,Fernand Charpin dans celui dePanisse et tous les autres) et sous sa direction. Kane, qui voulait imposer les vedettes en contrat avec sa firme, finit par accepter au début de 1931 mais exige un réalisateur américain. Ce seraAlexander Korda, hongrois émigré auxÉtats-Unis où il a conquisHollywood (il se fixera ensuite en Angleterre où, naturalisé, il fera une brillante carrière). Sorti le,Marius est l'un des premiers films à succès ducinéma parlant français. Les recettes sont colossales, y compris à l'étranger. Pressé par le public d'en écrire la suite, il livreFanny, pièce en trois actes et quatre tableaux, créée sur scène en authéâtre de Paris. Ce deuxième volet de la future œuvre ou célèbretrilogie marseillaise, dont l'action se passe dans l'ambiance légendaire duBar de la Marine, sur levieux port de Marseille.L'adaptation cinématographique, réalisée parMarc Allégret, sort le.
Le, son frèrePaul,« le dernier chevrier des collines d'Allauch »[28], à qui il rend souvent visite dans les collines où il a passé avec lui son enfance, meurt à l'âge de34 ans. Souffrant du « haut mal » (grand mal épileptique), il meurt à l'hôpital deCourtrai (Belgique) après une opération de la dernière chance effectuée par le professeur Émile Eugène Lauwers. Il est inhumé dans le caveau de lafamille Pagnol au petit cimetière deLa Treille.
Devant le succès deMarius, la Paramount a fait l'acquisition début 1932, sans son accord, des droits d'adaptation de sa pièceTopaze, confiés au réalisateurLouis Gasnier avec comme interprèteLouis Jouvet. Pagnol réussit à participer au tournage mais s'estime dépossédé de son œuvre (il tournera plus tard lui-même deux autres versions deTopaze en 1936 avecAlexandre Arnaudy et en 1950 avecFernandel). Désormais devenu très riche, il décide de devenir producteur et fonde au printemps 1932 à Paris sa propre société de production. Il installe ses studios àBoulogne-Billancourt au bord de laSeine et àMarseille en plein cœur du célèbre quartier duPrado.
En 1932, il rencontreJean Giono qu'il incite à s'intéresser au cinéma et pour lequel il va adapter quatre œuvres, telles queJofroi (d'aprèsJofroi de la Maussan),Angèle (d'aprèsUn de Baumugnes),Regain,La Femme du boulanger (d'après un passage deJean le Bleu). Il y tourne désormais lui-même ses films. Son premier film en tant queréalisateur estLe Gendre de monsieur Poirier en 1933, suivi deJofroi en 1933, d’Angèle en 1934, deMerlusse et deCigalon en 1935 deCésar en 1936, deRegain en 1937, deLa Femme du boulanger en 1938, etc. Il fait jouer les plus grands acteurs français de l'époqueRaimu,Pierre Fresnay,Fernandel, amis avec qui il joue à lapétanque entre deux scènes. En 1934, il achète, dans les collines au-dessus du village deLa Treille où, enfant, il passait ses vacances, un domaine de vingt-quatre hectares (plus tard agrandi à quarante), dans l'idée d'en faire son « Hollywood provençal ».
Il vit désormais avecOrane Demazis, qui incarnait tous les soirs le personnage deFanny dansMarius etFanny, ils ont un fils en 1933,Jean-Pierre Burgart, car Pagnol ne le reconnaît pas. Puis, en 1936, Yvonne Pouperon, sa nouvelle collaboratrice des bureaux de la rue Fortuny à Paris, met au monde une fille, Francine Pagnol. La même année, il fonde la revueLes Cahiers du film, avant de diriger sa propre maison d'édition en 1937.
En 1941, pour réaliser son « ambition de construire, sous le ciel de Provence, laCité du Cinéma », il fait, sans l'avoir vu, l'acquisition duchâteau de la Buzine avec quelques hectares de prairies au bord du canal. En visitant son domaine huit jours plus tard, il reconnaît« l'affreux château, celui de la peur de ma mère » (Le Château de ma mère) : sa mère s’était évanouie lorsque la famille traversait clandestinement la propriété pour rejoindre laBastide Neuve, un garde les avait surpris et leur avait fait faire demi-tour.
LaSeconde Guerre mondiale fait toutefois rage. Lerégime de Vichy essaie de« récupérer » Pagnol et son œuvre au service du régime, mais l'auteur et cinéaste est réticent etopposé aux nazis[29]. Il subit des tentatives de pression et des intimidations pour mettre son studio au service du régime. Son dernier film de la période,La Fille du puisatier (1940), se voit censuré par le régime, qui n'apprécie pas les thèmes de l'histoire, considérés comme pas assez alignés avec l'idéologie vichyste[30]. Les références à l'invasion de la Pologne par Adolf Hitler et les scènes critiques au sujet de laLuftwaffe sont censurées[31]. Le film finit par être interdit de projection par laKommandantur[32].
Pagnol réalise en 1941La Prière des étoiles, mais le tournage s'avère difficile, et les autorités refusent d'autoriser l'équipe à se rendre à Paris pour tourner des scènes[30]. Afin d'échapper aux pressions de Vichy, Pagnol interrompt ses tournages et vend ses studios à laGaumont[29]. Ceci lui permet de se dérober aux pressions d'Alfred Greven, président de laContinental (société de production française à capitaux allemands), qui veut lui faire réaliser du cinéma depropagande nazie. Apprenant que Continental souhaite racheter son film en cours de tournage,La Prière aux étoiles, Pagnol en détruit la pellicule[33]. La société de production de Pagnol, rachetée par Gaumont, produit une trentaine de films de propagande sous la pression des autorités[34],[35], sans que Pagnol ne soit impliqué[32]. Elle réalise notamment des commandes telles queLa Tragédie de Mers El-Kébir (1940) ouFrançais, vous avez la mémoire courte ! (1941)[36]. Du fait de l'Occupation et du verrou mis par les autorités sur ses productions, le rythme de production artistique de Pagnol se réduit. Il refuse des invitations insistantes à monter à Paris pour tourner des films pour Alfred Greven[31]. Il accepte de rejoindre leComité d'organisation de l'industrie cinématographique de Vichy dans l'espoir d'en faire« un centre de résistance à la mainmise allemande sur le cinéma national », mais y échoue et ne s'y rend plus à partir de 1942 ; il est critiqué à laLibération pour ce qui apparaît comme une compromission[32]. Pagnol ne réalise plus de film jusqu'à la fin de l'Occupation, et son premier film,Naïs, ne sort en salles qu'en 1945[30].
Pagnoldivorce de Simonne Collin[22]. L'auteur se met en couple avec l'actriceJosette Day, rencontrée en. Leur liaison ne dure que le temps de leur refuge enzone libre, jusqu'à la fin de la guerre. Bien que très lié à Orane Demazis puis à Josette Day, Pagnol n'a été marié ni à l'une ni à l'autre et trois enfants lui sont nés hors mariage (Jacques,Jean-Pierre et Francine). Sa propre mère, Augustine, a accouché d'un premier enfant moins de quatre mois après son mariage. Cela explique sans doute que le thème de l'enfant naturel soit une constante de son œuvre[37].
Il acquiert en 1942 leDomaine de l'Étoile àLa Gaude, où il réemploie le personnel de ses studios comme ouvriershorticoles pour la culture d'œillets, afin de leur éviter leService du travail obligatoire enAllemagne. Cette reconversion spectaculaire inspire àRaimu la boutade suivante :« Si Marcel devient fleuriste, alors moi, je n'ai plus qu'à aller vendre desrascasses ! »
Il épouse en 1945 l'actriceJacqueline Bouvier, rencontrée en 1938 et qui sera jusqu'à sa mort son « brin de poésie et de tendresse ». Elle tourne dans cinq de ses films. Ensemble, ils ont deux enfants : Frédéric, en 1946 et Estelle, en 1951 (décédée d'uneencéphalite en 1954).
La brutale disparition, en, de son amiRaimu est pour lui une douloureuse épreuve :« On ne peut pas faire un discours sur la tombe d'un père, d'un frère ou d'un fils ; tu étais pour moi les trois à la fois : je ne parlerai pas sur ta tombe »[42].
En 1948, il tourne, avecTino Rossi,La Belle Meunière, « premier film français en couleur réalisé en France par des Français avec un procédé français » (le Rouxcolor, procédé utilisant l'optique au lieu de la chimie, mis au point par deux Français, les frères Roux). Le procédé est un échec retentissant; il entraîne une perte financière de cinquante millions de francs pour l'entrepreneur Pagnol. En 1950, il écrit le scénario d'une version modernisée de la nouvelle deMaupassant,Le Rosier de madame Husson, avecBourvil, acteur alors débutant, dans le rôle d’Isidore. Le film, mis en scène parJean Boyer, très mal accueilli par la critique, connaît cependant un succès commercial.
Pagnol prend sa vraie revanche deux ans plus tard, en 1951, avec la troisième version deTopaze — au générique,Fernandel (Topaze),Larquey (Tamise), sa femme Jacqueline (Ernestine Muche) — un grand succès unanimement salué par la critique :« Nous avons eu le phénomène Raimu, il existe aussi un phénomène Fernandel », écritJean-Jacques Gautier dansLe Figaro.
En 1955, à 60 ans, il préside le jury du8efestival du film de Cannes. Il fait également jouer aufestival d'Angers sa traduction d’Hamlet deWilliam Shakespeare avec Jacqueline Pagnol etSerge Reggiani. Puis, le, il fait donner authéâtre de Paris sa tragédie en cinq actesJudas. L'éclairage nouveau, voire d'avant-garde, du personnage, tant il se rapproche de l’Évangile de Judas, est mal perçu par l'ensemble des confessions. L'accueil tout aussi froid réservé àFabien, comédie en quatre actes qui sort quelques mois plus tard, inciteront Pagnol à mettre un terme à son activité d'auteur dramatique, comme il l'avait déjà fait pour sa carrière de cinéaste.
Les années 1950 sont des années où Pagnol se tourne à nouveau vers l'écriture, et notamment vers le théâtre[44]. En 1957, il commence la rédaction[45] de sesSouvenirs d'enfance avecLa Gloire de mon père, premier tome qui connaît un immense succès (plus de cinquante mille exemplaires vendus en un mois), dû, entre autres, à la façon dont Pagnol décrit les personnes qui lui sont chères dans le petit monde provençal qui l'entoure et à la vivacité de ses souvenirs, embellis par le temps et l'imagination. Le deuxième tome,Le Château de ma mère, en 1958, s'inscrit en tête du classement des meilleures ventes de l'année.
Pagnol est alors au premier plan de l'actualité littéraire.Grasset lui réclame sa traduction desBucoliques deVirgile commencée cinq ans plus tôt. Suivent en 1960,Le Temps des secrets (Le Temps des amours, inachevé, sera publié en 1977 après sa mort), puis en 1962,L'Eau des collines, une version romancée en deux tomes,Jean de Florette etManon des Sources, de son film de 1951. En 1965, passionné par cette énigme historique, il publie à son compteLe Masque de fer, remanié en 1973 sous le titreLe Secret du masque de fer.
En 1968, il fête les quarante ans deTopaze, son premier succès. La pièce a alors été jouée plus de cinq mille fois depuis sa création.
Pagnol a dit :« Si j'avais été peintre, je n'aurais fait que des portraits ». Peintre de la nature humaine, précurseur du portrait psychologique et de la valorisation de la culture régionale et provençale, il a légué à la postérité des portraits vivants des personnages de son enfance. Auteur comblé, il reçut tous les honneurs de son vivant : le succès, l'argent, la gloire et la reconnaissance des siens.
Durant ses dernières années, Marcel Pagnol essaye de résoudre un problème mathématique auquel se sont heurtés les mathématiciens depuis des siècles, à savoir trouver uneformule simple reliant les nombres premiers. Croyant en avoir trouvé une,« [il] a prétendu quen + (n+2) +n(n + 2) estpremier pour toutn impair[46] ». Mais cette affirmation est fausse et l'exemple qu'il donne lui-même[a] (287 pourn = 15) n'est pas un nombre premier mais unnombre composé (287 = 7 × 41).
Atteint d'uncancer[48], Marcel Pagnol meurt le, à l'âge de79 ans, dans sa maison dusquare de l'Avenue-Foch àParis. Son corps repose aucimetière marseillais de la Treille, auprès de sa mère et de sa dernière fille Estelle, non loin du caveau de lafamille Pagnol où reposent son père et sa seconde femme (Madeleine Julien), ses frères et sœur et leur famille[49]. Sur sa tombe, en guise d'épitaphe, une citation deVirgile :Fontes amicos uxorem dilexit (Il a aimé les sources, ses amis, sa femme)[50].
Sa dernière épouse, Jacqueline, meurt le à95 ans[51].
« L'accent ne constitue pas, chez Pagnol, un accessoire pittoresque, une note de couleur locale, il est consubstantiel au texte et, par là, aux personnages. Ses héros le possèdent comme d’autres ont la peau noire. L'accent est la matière même de leur langage, son réalisme. Aussi, le cinéma de Pagnol est tout le contraire de théâtral, il s'insère par l'intermédiaire du verbe dans la spécificité réaliste du cinéma. […] Pagnol n’est pas un auteur dramatique converti au cinéma, mais l'un des plus grands auteurs de films parlants. »
— André Bazin, Qu'est-ce que le cinéma ? (en 4 volumes), t. II, Le Cinéma et les Autres Arts, 1959, Éditions du Cerf
Le nom de Pagnol a été donné à l'astéroïde(10306) Pagnol, découvert en 1990.
En 2015, Pagnol était le vingt-deuxième personnage le plus célébré au fronton des 67 000 établissements scolaires français, publics ou privés : 234 écoles, collèges ou lycées ont adopté son nom, aprèssaint Joseph (880),Jules Ferry (642),Notre-Dame (546),Jacques Prévert (472),Jean Moulin (434)[54].
1977 :Les Secrets de Dieu, nouvelle éditée en recueilŒuvres complètes. 12. 3-4[56] ; première édition séparée, Marseille, La Chrysalide, 1983
1984 :L'Infâme Truc et autres nouvelles, recueil d'œuvres posthumes, Julliard
1986 :Les Inédits de Marcel Pagnol, Vertiges du Nord-Carrère, 1987(ISBN2868043577 et978-2868043573) ; textes divers écrits entre 1940 et 1960, rassemblés par son fils Frédéric.
1922 :Catulle, drame en 4 actes, en vers, Marseille, Éditions de Fortunio, inédit à la scène
1922 :Ulysse chez les Phéaciens (en collaboration avecArno-Charles Brun), tragédie en vers, inédite à la scène
1923 :Tonton ouJoseph veut rester pur (en collaboration avecPaul Nivoix), vaudeville sous le pseudonyme de Castro, Marseille, théâtre des Variétés, 30 août 1923
1925 :Les Marchands de gloire en collaboration avecPaul Nivoix, comédie satirique en cinq actes, Paris, théâtre de la Madeleine, 15 avril 1925 ; Paris, La Petite Illustration, 1926
1926 :Un direct au cœur (en collaboration avecPaul Nivoix), comédie, Lille, théâtre de l'Alhambra, mars 1926
1926 :Jazz (premier titrePhaéton), comédie satirique en quatre actes, Monte Carlo, Grand Théâtre, 9 décembre 1926, Paris, théâtre des Arts, 21 décembre 1926 ; Paris, La Petite Illustration, avril 1927
1928 :Topaze, comédie satirique en quatre actes, Paris, théâtre des Variétés, 9 octobre 1928 ; Paris, Fasquelle, 1930
1929 :Trilogie marseillaise I :Marius, comédie en trois actes et six tableaux, Paris, Théâtre de Paris, 9 mars 1929 ; Paris, Fasquelle, 1931
1931 :Trilogie marseillaise II :Fanny, comédie en trois actes et quatre tableaux, Paris, Théâtre de Paris, 5 décembre 1931 ; Paris, Fasquelle, 1932
1946 :Trilogie marseillaise III :César, comédie en trois actes adaptée du film, Paris, Théâtre des Variétés ; Paris, Réalités, 1947
1955 :Judas, tragédie en cinq actes, Paris, Théâtre de Paris, 6 octobre 1955 ; Paris, Théâtre de Paris, 6 octobre 1955
1956 :Fabien, comédie en quatre actes, Paris, théâtre des Bouffes Parisiens, 28 septembre 1956 ; Paris,Paris-théâtreno 115, 1956
1944 :Le Songe d'une nuit d'été, pièce de William Shakespeare, traduit de l'anglais, 1947, au Grand Théâtre de Monaco ; Paris,Œuvres complètes, Club de l'Honnête Homme, 1971(BNF35436780)
1947 :Hamlet, pièce de William Shakespeare, traduit de l'anglais, Paris, Nagel(BNF32628944)
1942 :海猫の港 Umineko no minato (Le Port aux mouettes), deYasuki Chiba (93 minutes, 35 mm, noir et blanc). Reprise japonaise deMarius. Sur le port deKaratsu en 1897, alors que le Japon commence à développer son empire d'outre-mer, une famille tient le barLa Taverne de l'ancre. Le fils a une chance unique de s'embarquer, contre l'avis de son père, d'où le dilemme entre les intérêts de l'Empire et la famille[57].
1949 :春の戯れ Haru no tawamure (« Flirt de printemps »), deKajiro Yamamoto (109 minutes, noir et blanc), avecHideko Takamine (Fanny) etJūkichi Uno (Marius)[58]. Après風の子 Kaze no ko (L'Enfant du vent), second film de ce réalisateur sur le thème de l'appel de la mer opposé à celui de l'amour.
1967 :愛の賛歌 Ai no sanka (« Hymne à l'amour »), deYoji Yamada (94 min). Cette troisième reprise japonaise, couvrant le scénario des filmsMarius etFanny, transpose le drame dans une petite île de lamer intérieure de Seto où les amoureux sont séparés par l'émigration vers leBrésil.
vers1970 : Version discographique de la bande sonore de latrilogie, avec des commentaires de Marcel Pagnol.
1997 :L'Eau des collines, diptyque composé des adaptations deJean de Florette etManon des sources, écrites et dessinées parJacques Ferrandez, publiées aux éditionsCasterman
Depuis 2015 : collection Marcel Pagnol, dans la collectionGrand Angle des éditionsBamboo, adaptations de l'œuvre littéraire et cinématographique de Pagnol, écrites parSerge Scotto etÉric Stoffel, dessinées par des auteurs différents selon les tomes.
↑« Je crois avoir trouvé une formule qui permet de fabriquer des nombres premiers : c'est la petite équation suivante :x et x+2 sont deux impairs consécutifs, comme 5 et 7 ou 17 et 19, etc. x+(x+2)+x(x+2) = premier ; 5+7+5x7 = 47. C'est-à-dire que la somme de deux impairs consécutifs et de leur produit est un premier. Nous avons donc une formule qui nous permet de construire des nombres premiers et un moyen très simple de confirmer l'exactitude de nos calculs. 15+17+15x17 = 287 premier »[47].
« Augustine Pauline Henriette Lansot a grandi au sein d’une famille de catholiques pratiquants et rêvait de se marier à l’église. Mais Joseph, bien qu’éperdument amoureux de sa promise, était trop farouchement anticlérical et surtout profondément laïc pour y consentir. »
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↑Thierry Dehayes et Jacqueline Pagnol,Marcel Pagnol. Lieux de vie, lieux de création,Édisud,,p. 135.
↑La maison natale de Marcel Pagnol. Elle est reconstituée en 2003 au rez-de-chaussée de l'immeuble en un musée qui se visite. Aménagé sur deux espaces scénographiés (reconstitution de l’appartement de la famille Pagnol et espace exposition), il est également équipé d’une salle de projection de 20 places qui diffuse en boucle des passages des plus grandes œuvres de l’auteur.
↑Andrée Tudesque,Marcel Pagnol et la tradition bucolique, G. Reichert,,p. 85.
↑Jacques Paugam,Marcel Pagnol et le cinéma, une histoire d’amour, Canal Académie, 29 mai 2011.
↑Marcel Pagnol,Cinématurgie de Paris, Pastorelly,,p. 248.
↑Le hameau des Bellons, dont fait partie la Bastide Neuve, ne se trouve pas sur la commune de Marseille, mais sur celle d'Allauch. Cf. carte IGN « Top 25 »no 3245ET, pli D1, oucette photo).
↑Le dossier de carrière de Marcel Pagnol est conservé auxArchives nationales sous la cote F/17/23634. Son dossier administratif du rectorat de Paris est conservé sous la cote AJ/16/6106.
↑Philippe Biret,À la rencontre de Marcel Pagnol, Éditions J. Laffitte,,p. 75.
↑« Mort de l’actrice Jacqueline Pagnol »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le)/
↑Décret du 24 août 1955 portant promotion et nomination dans l'ordre national de la Légion d'honneur.
↑Arrêté du 24 septembre 1957 pourtant nomination dans la première promotion de l'ordre des Arts et des Lettres. Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses, p.1002, 9 octobre 1957
Nicolas Pagnol,Marcel Pagnol - L'album d'une vie,Éditions Flammarion, 2011(ISBN9782081258082) - Album regroupant environ 400 photos sur la vie et l’œuvre de Pagnol. Rééd. 2017.