Électoralement, il est éluconseiller régional d'Île-de-France en 1986 et intègre l'exécutif francilien en tant que Premier vice-président lorsque la gauche menée parJean-Paul Huchon remporte la région en 1998. Après une tentative de s’implanter dans leVal d'Oise lors desélections législatives de 1997, il devient l'un des barons socialistes de l'Essonne, devenant lemaire d’Évry de 2001 à 2012, puisdéputé du département de 2002 à 2018.
Il annonce en 2018 son retrait de la vie politique française pour être candidat auxélections municipales de 2019 à Barcelone, sa ville natale : sa liste arrive en quatrième position et il est élu conseiller municipal. Hostile aux indépendantistes catalans, il vote en faveur deAda Colau pour la fonction de maire. Il démissionne finalement de son mandat municipal en 2021.
Son grand-père paternel Magí Valls fonde la « banque Pons i Valls »[10]. Collaborateur du journal catalan conservateur et catholiqueEl Matí (1929-1936), il cache des prêtres persécutés par des anarchistes durant laguerre civile[11]. Un cousin de son père,Manuel Valls i Gorina, a composé l’hymne duFC Barcelone, dont Manuel Valls est un fervent supporter[12],[13],[14]. Une sœur cadette, Giovanna Valls a publié en 2015 une autobiographie intituléeAccrochée à la vie. Journal d’une renaissance (auxéditions Jean-Claude Lattès)[15].
Son arrière-grand-père paternel, Josep Maria Valls Vicens, aussi banquier, est conseiller municipal de Barcelone et membre de la chambre de commerce[16],[17].
Il naît àBarcelone car ses parents, déjà installés en France, ont souhaité que leur fils naisse enEspagne[1]. Manuel estbaptisé le par le père Ventura dans l’église paroissialecatholique deHorta, son quartier natal à Barcelone[19]. Il grandit avec sa sœur Giovanna dans la maison-atelier familiale du Marais[20]. Sonparrain est l'écrivain italienCarlo Coccioli (1920-2003) et samarraine est Maria Buina[3].
Il affirme que la première manifestation à laquelle il a participé fut celle du à Barcelone, après la mort deFrancisco Franco et avant l'adoption de la Constitution démocratique. Les manifestants réclamaient la liberté des prisonniers politiques du franquisme et une autonomie régionale[24].
Fin 1980, il rencontre à l’université deux autres rocardiens :Alain Bauer, qui devient plus tard le parrain du deuxième de ses fils, etStéphane Fouks[29],[30],[31]. En 1985, le trio est parmi les premiers membres des « clubs forums » chargés d’accompagner le projet présidentiel de Rocard. Valls souhaite déjà changer le nom mais aussi l'orientation du parti socialiste pour en faire une« maison des progressistes »[20]. Cette même année, il quitte laLDH pour protester contre son opposition à l’extradition vers l’Espagne des membres de l’ETA[32]. De 1983 (il n’est alors pas encore licencié d’histoire) à 1986, il est attaché parlementaire deRobert Chapuis, député de l’Ardèche. En 1988, il succède à Henri Kaminska à la tête du PS d’Argenteuil-Bezons après avoir été élu à 24 ans auconseil régional d’Île-de-France dont il deviendra premier vice-président en 1998. Toujours en 1988, il intègre le cabinet du premier ministreMichel Rocard par l’entremise deJean-Paul Huchon qui en est le directeur. Adjoint deGuy Carcassonne, il est chargé des relations avec l’Assemblée nationale puis de la jeunesse et de la vie étudiante[33]. Il est par ailleurs administrateur de laMutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) en qualité de représentant du collège étudiant pendant plusieurs années, au moins jusqu’en 1992[d].
Par ailleurs, en 1988, Manuel Valls est initié à lafranc-maçonnerie par Jean-Pierre Antebi, membre du Conseil de l’Ordre duGrand Orient de France, cofondateur en 1986 de la loge maçonnique appeléeNi maîtres ni dieux et trésorier de laLICRA. Il devient membre du GODF le et participe dès lors régulièrement aux ateliers de la loge. En 1995, il rejoint la logeL’Infini maçonnique fondée par son amiAlain Bauer et où siège déjà son autre amiStéphane Fouks. En 2005, très occupé par ses fonctions de député-maire, il démissionne du Grand Orient[34].
De 1991 à 1993, il est délégué interministériel adjoint auxJeux olympiques d’hiver de 1992 d’Albertville. Il devient ensuite secrétaire national du PS à la communication et premier secrétaire de la fédération duVal-d’Oise, puis chargé de la communication et de la presse au cabinet deLionel Jospin, premier ministre de 1997 à 2002 ; à ce titre il gère la communication de Lionel Jospin lors du. Il est adjoint au maire d’Argenteuil de 1989 à 1998 puis conseiller municipal jusqu’en 2001. Auxlégislatives de 1997 dans la circonscription d’Argenteuil (cinquième circonscription du Val-d’Oise), il cible le communisteRobert Hue plus que le député de droite sortant[35]. Valls est devancé par les candidats PCF, RPR et FN et se classe seulement quatrième du premier tour[36].
Manuel Valls est élu maire d’Évry dans l'Essonne en, puis député de la1re circonscription de l’Essonne le[37]. Il est réélu auxélections législatives de 2007 avec 60,1 % des voix, puis en2012, toujours au second tour, avec 65,6 % des voix[38],[39]. Refusant de rejoindre leNouveau Parti socialiste, il donne« des réponses différentes et un positionnement autoritariste déjà assumé, il marque cependant une même volonté de réinitialiser le logiciel programmatique socialiste, mais aussi un certain pragmatisme, voire une souplesse idéologique certaine »[40]. Il soutient alors lePremier secrétaireFrançois Hollande, en particulier à l'occasion ducongrès de Dijon de 2003 à la suite duquel il devient secrétaire national du PS, chargé de la coordination et de l’organisation[40],[41].
Fin 2004, lors du référendum interne du PS sur laconstitution européenne, il se prononce pour le non, mais le oui prôné par François Hollande l’emporte avec 59 % de voix. Pendant lacampagne référendaire de 2005, Manuel Valls est un des rares nonistes à se prononcer finalement pour le oui, à quelques semaines du vote, avant que le non ne l’emporte par 54,7 % des suffrages[40]. Il soutient de nouveau François Hollande lors ducongrès du Mans de 2005 avant de rallierSégolène Royal lors de laprimaire présidentielle de 2006[40].
En 2008, il est réélu maire d’Évry après que sa liste a remporté 70,28 % des suffrages exprimés (mais avec moins d’un tiers des inscrits en raison d’une forte abstention)[42]. Le, Martine Aubry lui adressera une lettre en forme d'ultimatum avant une exclusion du parti socialiste après qu'il s'est fait surprendre par un micro le 7 juin tenant ces propos « Mets-moi quelques White, quelques Blancos » sur une braderie à Evry alors qu'il était filmé par Elise Baudouin de la chaîneDirect 8 pour un reportage consacré à ses ambitions. Manuel Valls ne sera finalement pas exclu[43].
Il renoncera à son mandat de maire en 2012 à la suite de sa nomination au gouvernement Hollande.
Son action à la tête de la ville d'Évry est marquée par le triplement des effectifs et l’armement de lapolice municipale, la généralisation descaméras de surveillance (pour un budget de 3,6 à 5 millions d’euros selon les sources), l’expulsion de Roms, l’interdiction d’un supermarchéFranprixhalal dans le quartier des Pyramides, la rénovation dudit quartier des Pyramides et du quartier de Bois-Sauvage, une amélioration de l’entretien desHLM, l’embellissement de la voirie ou encore le combat contre l’implantation d’unmagasin d’usine dans le but de sauver les 2 500 emplois du centre commercial local.
Dans l’ensemble, les élus locaux jugent favorablement son bilan. Danièle Valéro, adjointe aux affaires scolaires sous l’étiquetteEurope Écologie Les Verts, voit en lui un maire qui« a du punch, du temps, de l’envie pour sa ville. Il est très investi sur le terrain, se souvient des gens, connaît toutes les écoles ». Pour Jacques Picard,conseiller régional EELV d’Île-de-France, il est un« homme à poigne, qui a créé autour de lui un fort système de pouvoir, mais a su travailler en intelligence avec ses équipes ». De son côté, Christian Pigaglio, conseiller municipalPCF, commente :« Il faut bien reconnaître qu’il a changé la réputation d’Évry. Aujourd’hui, c’est une ville où il fait bon vivre »[44]. Joseph Nouvellon, élu UMP d’Évry, est plus critique :« Il nous avait promis un plan de développement stratégique avec des moyens pour « booster » la ville, mais on l’attend toujours »[45].
Manuel Valls laisse Évry dans une situation financière difficile, malgré une nette augmentation (+ 45,7 %) de la pression fiscale sur les ménages de la commune entre 2001 et 2012 : la facture moyenne des foyers imposables qui frôle les 2 100 euros annuels en 2013 est devenue l’une des plus élevées de France pour une ville de cette importance. En 2006, laCour des comptes relève que la commune met à disposition de ses agents 26véhicules de fonction, alors que seul le directeur général des services est censé en disposer dans une ville de 50 000 habitants comme Évry. À son départ les dépenses en personnel y sont également plus élevées que la moyenne pour ce type de ville[45].
En 2007, il déclare avoir refusé d'entrer au gouvernement Fillon comme le lui proposait, selon lui,Nicolas Sarkozy, tout juste élu président de la République[46]. Manuel Valls le justifie par des désaccords de fond avec sa politique économique et un futur destin présidentiel personnel[47].
Le chercheur Thibaut Rioufreyt relève que Manuel Valls est« le seul à se référer au néo-travaillisme » parmi les candidats de la primaire[51] etMediapart affirme qu'« incapable de réunir les parrainages en nombre suffisant pour se présenter a la primaire socialiste, Valls reçoit l’aide discrète deHollande, qui demande à des élus proches d’apporter leur soutien au maire d’Évry pour contrebalancer l’influence d’Arnaud Montebourg. »[e].
Au soir du premier tour, le, Manuel Valls est éliminé car arrivé cinquième avec 5,63 % des voix derrièreSégolène Royal (6,95 %),Arnaud Montebourg (17,19 %) et les deux finalistesMartine Aubry etFrançois Hollande. Dès le soir de sa défaite, il rallie le second qui le nomme ensuite directeur de la communication pour sacampagne présidentielle de 2012. À ce poste clé, il structure la campagne du candidat socialiste et le met à distance des journalistes, son omniprésence auprès du candidat lui valant le surnom de« Kommandantur[52] ». En 2019, il considère que François Hollande« a été élu sur un malentendu »[53].
Le, il est nomméministre de l’Intérieur dans legouvernement Ayrault. De ce fait, il démissionne le de ses fonctions de maire[54] mais continue de siéger en tant que conseiller municipal[55],[56]. En outre, il laisse sa place de député à l'Assemblée nationale à son suppléant, Carlos Da Silva[57]. En, Manuel Valls déclare vouloir retrouver le niveau antérieur denaturalisations, autour de 110 000 par an[58],[59]. Mais en, une circulaire entre en vigueur qui ne prévoit pas plus de 30 000 régularisations par an ; de plus, en 2012, 36 822 éloignements forcés ont eu lieu soit une hausse de 11,9 % par rapport à 2011[60]. En, les chiffres publiés indiquent que plus de 46 000 clandestins sont régularisés durant l’année 2013, soit 10 000 personnes de plus que sous le précédent gouvernement[61]. Manuel Valls déclare le que« lesRoms ont vocation à rester enRoumanie ou enBulgarie ou à y retourner »[62].
Manuel Valls entame par la suite un bras de fer avec l’humoristeDieudonné, qui s’inscrit dans une lutte de plus grande ampleur contre l’extrême droite radicale, marquée quelques mois plus tôt par la dissolution del’Œuvre française et des Jeunesses nationalistes à la suite de l’affaire Clément Méric[63],[64], mouvance lui reprochant la répression policière contreles manifestations opposées au mariage pour tous au printemps 2013[65] et nourrissant en retour une certaine animosité à son égard.
Le, Manuel Valls publie unecirculaire à l’attention des préfets qui détaille les outils juridiques à la disposition des maires et préfets pour interdire le spectacle deDieudonné. Le, le spectacle « Le mur » auZénith de Nantes Métropole est interdit sur demande du préfet deLoire-Atlantique[66]. Le,le tribunal administratif de Nantes autorise ce spectacle[67], annulant enréféré-liberté l’arrêté d’interdiction[66]. Quelques minutes après ce référé, Manuel Valls saisit en appel leConseil d’État pour contester la décision du tribunal administratif de Nantes[68]. Moins de deux heures après, le Conseil d’État décide d’annuler l’ordonnance du tribunal administratif de Nantes et maintient l’interdiction du spectacle de Dieudonné à Nantes, estimant« que la réalité et la gravité des risques de troubles à l'ordre public mentionnés par l'arrêté du préfet étaient établis tant par les pièces du dossier que par les échanges lors de l'audience publique »[69],[70].
Pour Jacques Hennen, coauteur avecGilles Verdez d’une biographie, Manuel Valls« se situe sur la colonne vertébrale républicaine. Son histoire, c'est la hantise de l'extrême-droite : il incarne la gauche, l'ordre, les valeurs… C'est d'ailleurs à son sujet queMarine Le Pen se montre la plus tranchante »[71]. De nombreux observateurs le rapprochent de son prédécesseurNicolas Sarkozy à travers son action, son style et sa popularité[72], au point de lui donner parfois le surnom de « Sarkozy de gauche »[73],[74],[75].
David Revault d’Allonnes etVanessa Schneider, journalistes auMonde, estiment notamment qu’« observer Manuel Valls en 2013, c'est en effet retrouver de nombreuses similitudes avec le Nicolas Sarkozy des années 2000, celui de la période de conquête qui le porta à l'Elysée en 2007. La plus flagrante, tient évidemment à la façon d'endosser l'uniforme de premier flic de France que Nicolas Sarkozy arbora pendant quatre ans àBeauvau ». Manuel Valls dément cette ressemblance en mettant en avant ses résultats[72].
Le, à la suite de la défaite de la gauche auxélections municipales de 2014,François Hollande le nomme au poste dePremier ministre[76]. Il devient le deuxième Premier ministre de François Hollande aprèsJean-Marc Ayrault. Sa nomination suscite les critiques d’une partie de la gauche qui le considère comme trop à droite, mais aussi de l’opposition qui estime médiocre son bilan au ministère de l’Intérieur[77]. La composition de songouvernement est annoncée les 2 et. Son discours de politique générale obtient l’approbation de l’Assemblée nationale le[78]. Le, Manuel Valls fait approuver par l’Assemblée nationale le programme de stabilité budgétaire du gouvernement, malgré l’abstention de 41 députés socialistes[79].
Il choque une partie des socialistes en s'exclamant« J’aime l’entreprise » à l’université d’été duMedef[20]. Le, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement à la suite d’un désaccord avec ses ministres sur la politique économique à mener avec, notamment,Arnaud Montebourg (ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique) etBenoît Hamon (ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche). Il est néanmoins reconduit dans ses fonctions par le président de la République[80].
Manuel Valls (à gauche) avecDmitri Medvedev, chef du gouvernement russe, en 2016.
Une frange deparlementaires socialistes surnommés les« frondeurs » s’oppose dès lors à sa politique économique et sociale. Manuel Valls utilise alors l’article 49.3 de la Constitution lors de la première lecture duprojet de loi Macron à l’Assemblée nationale, ce qui lui permet de faire adopter le projet sans vote[81].
Le, quelques jours après unesérie d’attaques terroristes islamistes, Manuel Valls prononce à l’Assemblée nationale un discours en hommage à leurs victimes, salué par une ovation debout de l’ensemble des députés[82]. Le Premier ministre déclare notamment que« la France est en guerre contre le terrorisme, ledjihadisme et l'islamisme radical » et non« contre l'islam et les musulmans »[83].
Pour le chercheur Fabien Escalona, Manuel Valls et ses soutiens, dontJean-Marie Le Guen,« anticipent une situation où un nombre important detriangulaires auxlégislatives à venir pourrait empêcher la formation d’une majorité présidentielle sur la base de la seule droite ou de la seule gauche. Leur perspective consiste à organiser sciemment une collaboration minimale entre les forces du« cercle de la raison », plutôt que de se livrer à des déchirements inutiles qui risquent de se révéler trop coûteux »[91].
Manuel Valls choisit d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter leprojet de loi travail. Lors de la dernière lecture, il refuse l'examen d'un amendement de compromis porté parOlivier Faure sur l'article 2[92]. Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationaleBruno Le Roux avertit les frondeurs que « déposer ou voter une censure contre le gouvernement » serait « une ligne rouge » qui entraînerait leur exclusion du parti à un an des prochaines élections législatives. Dans ce contexte, les frondeurs socialistes ne réussissent qu’à réunir 56 signatures sur les 58 nécessaires pour déposer une motion de censure[93], ce qui aboutit à l’adoption du texte en.Entre-temps, son intransigeance et les multiples utilisations du 49-3 ont déclenché uneénorme vague de grèves et de manifestations, peut-être la plus importante de laprésidence de François Hollande, etNuit debout[réf. nécessaire]. Il est par ailleurs, après son éphémère successeurBernard Cazeneuve, le Premier ministre ayant eu le plus recours auxordonnances en rapportant le nombre d'ordonnances au temps passé à Matignon[94].
Au sein du gouvernement, il se trouve en rivalité avec la figure émergente d'Emmanuel Macron,ministre de l'Économie,de l'Industrie etdu Numérique, bien qu'ils partagent un même positionnementsocial-libéral : alors que leurs relations se dégradent peu à peu et que leurs cotes de popularité suivent des trajectoires inverses, les médias estiment qu'Emmanuel Macron incarne mieux ces idées désormais et qu'il« ringardise » le Premier ministre[95],[96],[97],[98],[99].
Son discours àColomiers, le, lors duquel il se dit« Premier ministre mais libre » et clame sa loyauté« qui ne l’entrave pas », est perçu comme un premier acte d'émancipation à l'égard de François Hollande[100].
À la suite de la publication du livre entretien de François HollandeUn président ne devrait pas dire ça…, Manuel Valls critique la manière du président d'incarner« l'autorité de l'État et d'exercer le pouvoir[101] » et indique qu'il se porterait candidat si François Hollande y renonçait[102].
Il présente début janvier un projet qu'il inscrit dans la continuité de son action gouvernementale plus lisse que ses propos de campagne passés (maintien de l'impôt sur la fortune et de la durée légale du travail, pas de baisse supplémentaire du coût du travail ni des règles du marché du travail) et même la suppression de l'article 49-3 de la Constitution dont il a pourtant fait usage à plusieurs reprises[110]. Comptant sur une croissance annuelle du PIB de 1,9 %, il entend relâcher l'effort sur les dépenses publiques, qui augmenteraient de 2,5 % par an tout en maintenant le déficit public et en baissant la part des prélèvements obligatoires pour les classes moyennes et populaires. Il promet la création de postes dans la police et la gendarmerie ou encore la baisse du nombre de parlementaires[110]. Désireux d'une« conférence de refondation » pour relancer l'Europe, il souhaite une pause dans l'élargissement de l'Union européenne. Il veut créer, adossée à la Constitution, une charte de lalaïcité[111]. Il entend également imposer un service civique obligatoire de six mois[110]. Lors de la campagne de la primaire, il est la cible de deux agressions, la première le22 décembre àStrasbourg par un jet de farine[112] et la seconde le18 janvier par un jeune homme qui le gifle àLamballe[113]. Sa campagne connait un démarrage difficile et des intentions de vote qui s'érodent notamment face àArnaud Montebourg et la dynamique de la campagne deBenoît Hamon car s'il est en tête des intentions de vote des sympathisants socialistes, il est moins bien positionné sur les sympathisants de gauche[114]. La candidature deVincent Peillon le concurrence également[115].
Le, à l'issue du1er tour, il arrive deuxième derrière Benoît Hamon avec environ 31 % des voix contre 36 %[116]. Il se lance alors dans une campagne plus agressive de second tour refusant de s'engager à soutenir son concurrent s'il l'emportait et en estimant qu’avec son adversaire « il y a des ambiguïtés, il y a des risques d’accommodement » avec l'islamisme radical. Au même moment, un ministre pro-Valls déclare dansLibération, sous couvert de l’anonymat, que « Hamon est le candidat des frères musulmans »[117].
Le, à l'issue d'un second tour rassemblant plus de deux millions de votants, il est battu par Benoît Hamon (41,31 % des voix contre 58,69 %)[118]. En dépit de la règle fixée lors des primaires, il refuse d'apporter son parrainage à Benoit Hamon expliquant être en désaccord avec ses propositions[119]. La Haute autorité des primaires dénonce un« manquement à la parole donnée » qui« contrevient gravement au principe de loyauté et à l’esprit même des primaires »[120].
Le, invité sur la chaîneBFM TV, il appelle au soutien d'Emmanuel Macron dès le premier tour[121]. Le même jour dans une interview accordée à l'Obs, il se déclare prêt à travailler avec François Fillon dans l'hypothèse de la victoire de ce dernier pour « trouver des compromis avec la droite parlementaire »[122].
Au lendemain de la qualification d'Emmanuel Macron pour le second tour de la présidentielle, il déclare :« nous devons être prêts à le soutenir, à l'aider, à participer à cette majorité ». N'annonçant pas son départ du PS, il appelle à une exclusion des proches de Hamon ou à une scission :« Ceux qui ne partagent pas les mêmes idées, ceux qui sont en désaccord sur l'Europe, sur l'économie, sur l'entreprise, sur les questions de sécurité ou de laïcité peuvent-ils encore être dans la même famille politique ? Personnellement, je ne le crois pas donc doit venir le temps enfin de la clarification »[123].
Au lendemain de l'élection présidentielle et en vue des élections législatives des 11 et, Manuel Valls fait savoir qu'il souhaite obtenir l'investiture dela République en marche pour sa circonscription, deux jours avant la clôture des candidatures. Le mouvement fondé par Emmanuel Macron est réticent à propos de cette demande, d'autant que l'ancien Premier ministre n'a pas respecté la procédure d'investiture établie. Au même moment, le Parti socialiste annonce qu'une procédure disciplinaire en vue de son exclusion a été déclenchée le, à la suite de son refus de soutenir le candidat officiel du parti au scrutin présidentiel,Benoît Hamon[124]. Ayant déjà effectué trois mandats parlementaires, l'investiture de LREM lui est finalement refusée mais le parti présidentiel ne lui oppose aucun candidat dans sa circonscription[125],[126]. Cependant, ses soutiens n'obtiennent pas le même privilège et sont forcés d'affronter des candidats LREM[127]. Au premier tour, il n'obtient pas le soutien de Benoît Hamon qui préfère se ranger derrière le candidatPCF Michel Nouaille[128].
Manuel Valls bénéficie tout de même du soutien d’anciens cadres socialistes commeBernard Cazeneuve,Laurence Rossignol etJean-Yves Le Drian, du sénateurSerge Dassault ainsi que des maires des six communes de sa circonscription, dont cinq sont de droite. Au second tour,Benoît Hamon continue de lui refuser son soutien et choisit de rallierFarida Amrani, candidate deLa France insoumise[129], ce que Michel Nouaille lui-même ne fait pas[130]. Il est finalement réélu député par 139 voix d'avance (soit 50,3 % des suffrages exprimés) mais son opposante revendique également la victoire et demande un recomptage des voix ; or, seuls les bulletins ou les enveloppes sur lesquels existent des doutes sont conservés selon la loi[131]. Le, elle dépose donc un recours pour invalider le processus électoral dans cette circonscription[132]. Ce recours est rejeté par leConseil constitutionnel qui constate que le nombre d'irrégularités relevées est inférieur à l'écart de voix entre les deux candidats présents au second tour, de sorte que le Conseil estime qu'elles ne suffisent pas à annuler l'élection[f],[133],[134],[135]. Les accusations de « bourrages d'urne » lancées par son adversaire sont également rejetées[136].
Le, il annonce son départ du Parti socialiste et son adhésion augroupe La République en marche à l'Assemblée nationale en tant qu'apparenté[137]. Alors que cette adhésion divise le groupe de la majorité, il bénéficie du soutien déterminant du président de ce dernierRichard Ferrand[138].
Ayant suivi le dossier calédonien depuis une vingtaine d'années, il se voit confier par l'Assemblée nationale, début octobre, la présidence d'unemission d'information parlementaire de 19 membres sur l'avenir institutionnel de laNouvelle-Calédonie, ce qui est à l'origine d'une vive polémique avecJean-Luc Mélenchon, président dugroupe LFI, qui démissionne de cette mission[139],[140].
Après six mois de législature,Capital relève qu'il« s’est fait très discret ces premiers mois : aucunamendement, seulement 26 interventions en séance… soit deux fois moins que la moyenne des parlementaires ! »[141]. Après un an de législature, il est le député du groupe LREM le moins présent aux votes de l'Assemblée (5 % en moyenne)[142]
Après plusieurs mois de suspense, Manuel Valls annonce le sa candidature aux élections municipales[147],[148],[149]. Il indique alors son intention de démissionner de ses mandats en France[150]. En démissionnant de son mandat de député, il quitte par la même occasion la présidence de la mission d'information parlementaire relative à laconsultation sur l'accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté, deux mois seulement avant le référendum[151]. Le, il présente sa démission, qui devient effective le lendemain[152]. Sa décision doit faire face à plusieurs critiques comme celle de l'ancienprésident de la Généralité de CatalogneCarles Puigdemont qui estime notamment qu'il ne« connaît pas » la ville[153]. Le, il annonce avoir obtenu son passeport espagnol[154]. Selon la presse espagnole, il a réclamé et obtenu d'un groupe d'hommes d'affaires finançant sa campagne un salaire mensuel net de 20 000 euros[155],[156]. Le, il enregistre son parti politique, Barcelona pel Canvi (BCN Canvi)[157],[158].
Le, sa listeBarcelona pel Canvi-Ciutadans arrive en quatrième position avec 13,2 % des suffrages et obtient six sièges sur 41[159],[160]. Manuel Valls est élu conseiller municipal de Barcelone et annonce vouloir poursuivre sa carrière politique dans la ville[161]. Dans la foulée, il propose son soutien à la liste à la maire sortanteAda Colau, soutenue également par le parti de gauche radicalePodemos[162], pour éviter que le parti indépendantiste de laGauche républicaine de Catalogne (ERC) ne prenne la tête de la mairie avec son candidat l'anciendéputé européenErnest Maragall[163]. Le, grâce à son soutien et à celui de deux des élus de sa liste, Ada Colau est réélue pour un second mandat. Deux jours plus tard,Ciudadanos annonce sa rupture avec Manuel Valls, qui reproche à ces derniers leur alliance avec l'extrême droiteVox, et ses deux alliés indépendants (Celestino Corbacho et Eva Parera) élus sur la liste Barcelona pel Canvi-Ciutadans, après leur vote pour Ada Colau[164]. Après le ralliement de l'un des deux indépendants, Manuel Valls ne conserve le soutien que d'un seul conseiller municipal[165].
Letribunal des comptes espagnol, dans un rapport de mars 2021, relève une« irrégularité » liée à 190 000 euros de dépenses non déclarées lors de la campagne municipale de Manuel Valls, et en conséquence à un dépassement de 71 % du plafond légal des dépenses[166],[167]. Son parti écope en novembre 2022 d'une amende de 277 000 euros pour le financement illicite de la campagne (dépassement de 71 % du plafond autorisé et non déclaration de près de 189 500 euros)[168],[169]. Il ne fait pas appel de la sanction qui est la plus forte infligée à un parti engagé lors des élections municipales de 2019[162].
Il démissionne de son mandat de conseiller municipal de Barcelone le[170].
Malgré son investissement dans la vie politique barcelonaise, Manuel Valls est régulièrement invité et interrogé dans les médias français, en particulier sur les questions de sécurité et d'islamisme : il est, selonArrêt sur images,« le meilleur client des chaînes d'info françaises pour débattre de sécurité nationale »[171]. Avec la publication dePas une seule goutte de sang français (Grasset, 2021), il annonce vouloir peser dans le débat public à l'approche de l'élection présidentielle[171]. Pour la linguiste Paola Pietrandrea, spécialiste de l'analyse du discours politique et professeure à l'université de Lille, son recours constant, lors de ses interventions, auchamp lexical de la guerre témoigne de sa volonté de se faire« le porte-étendard de tout un discours culturel »[171].
Au second tour desélections régionales de 2021 en Île-de-France, il appelle à voter pour les listes de droite de la présidente sortante,Valérie Pécresse, face à celles de gauche, qui comprennentLa France insoumise, parti que l’ancien Premier ministre critique pour son rapport à « l'islamisme, la laïcité, la lutte contre l'antisémitisme, le soutien aux policiers »[172].
Il devient chroniqueur deRMC etBFMTV à la rentrée 2021[173].
Comme en 2017, il annonce son soutien àEmmanuel Macron pour l'élection présidentielle de 2022[174]. À cette occasion,La République En Marche rembourse l’ensemble des dettes de son micro-parti, « À gauche, besoin d’optimisme », fondé à l'occasion de sa candidature à laprimaire citoyenne duParti socialiste en 2017[175] tandis qu'il souhaiterait, selonRMC, se présenter aux élections législatives sous l'étiquetteLREM pour retrouver lePalais Bourbon qu'il a quitté trois ans auparavant[176]. À la suite de la débâcle historique du Parti socialiste avec un score inférieur à 2 % pourAnne Hidalgo au premier tour du scrutin présidentiel, il qualifie de « déshonneur » l'alliance de son ancienne formation avecLa France insoumise au sein de laNUPES pour les élections législatives[177].
Une enquête de la police française révèle en janvier 2023 que sa campagne pour la primaire citoyenne de 2017 aurait été notamment financée par une société pétrolièrecongolaise, Orion Oil, à hauteur de deux millions d'euros[183].
Le 25 juin 2024, il publie une tribune collective dans le journalLe Monde où, dans le contexte de la campagne desélections législatives anticipées suivant la dissolution de l'Assemblée nationale, il déclare qu'il ne votera ni pour leRassemblement National ni pourLa France Insoumise, renvoyant les deux mouvances politiques dos à dos et considérant qu'il s'agit d'un« enfermement politique entre les deux extrêmes »[185].
Retour au gouvernement comme ministre des Outre-mer
En 2025, il mène les négociations pour régler la situation enNouvelle-Calédonie. En février, après de premières discussions à Paris, il se rend sur l'archipel et déclare vouloir s'inscrire dans le cadre des accords de Matignon censés mener à« une souveraineté pleine et entière », ce qui provoque l'ire des non-indépendantistes comme le députéNicolas Metzdorf. Après un premier échec en mai[189], il parvient en juillet, après des négociations serrées, à obtenir la signature de l'accord de Bougival sur le futur statut institutionnel du territoire[190] qui est finalement rejeté par les non-indépendantistes duFLNKS mais tout de même publié auJournal officiel le 6 septembre. Après un projet de loi d'urgence sur le sujet adopté en février, il présente en juin un projet de loi pour la« refondation » deMayotte qui est approuvé le 10 juillet par leParlement[191] et promulgué le 11 août[192].
Mayotte et la Nouvelle-Calédonie constituent la majeure partie de ses déplacements ultramarins, avec 11 voyages cumulés, mais le ministre se rend tout de même sur les autres territoires durant son passage au ministère, hormisSaint-Pierre et Miquelon etWallis-et-Futuna. EnGuyane mi-juin[193], enPolynésie mi-juillet[194], à la Réunion, début mars après le passage ducyclone Garance et début avril pour lancer la campagne de vaccination contre lechikungunya, ou encore àSaint-Martin,Saint-Barthélemy, enGuadeloupe et enMartinique lors d'une tournée desAntilles. Lors de ces déplacements, il s'exprime notamment sur la lutte contre lenarcotrafic ou lavie chère, allant jusqu'à déposer un projet de loi sur ce dernier sujet le 30 juillet au Parlement[195].
Son retour aux affaires est généralement perçu comme satisfaisant, formant un« un consensus quasi unanime » sur son action au ministère des Outre-mer, comme en témoignent les députés socialistesArthur Delaporte,Béatrice Bellay ouJiovanny William[196],[197]. Sa capacité à ouvrir le dialogue est saluée par les élus ultramarins, comme en Nouvelle-Calédonie, où les discussions étaient à l'arrêt depuis 2021[198].
Le, François Bayrou n'obtient pas la confiance de l'Assemblée nationale lors d'unvote et remet en conséquence la démission de son gouvernement[199]. Manuel Valls est ensuite reconduit dans legouvernement Lecornu I le 5 octobre 2025, un souhait des élus ultramarins pour assurer une forme de continuité[195]. Cependant, face à une coalition morcelée, Sébastien Lecornu remet également la démission de son gouvernement, moins d'une journée après en avoir nommé les membres[200]. Le choix de ses ministres est notamment critiqué, les quatre ministres d'État du gouvernement Bayrou, dont Manuel Valls, étant par exemple reconduits dans leurs fonctions.
Le 12 octobre, il est écarté dugouvernement Lecornu II, voyant l'ancienne vice-présidente de l'Assemblée nationaleNaïma Moutchou, nomméeministre de la Fonction publique une semaine plus tôt, lui succéder[201]. Son départ fait partie de celui plus global des poids lourds du gouvernement souhaité par Sébastien Lecornu dans un but de renouvellement. Sauf queRachida Dati etGérald Darmanin sont finalement reconduits, ce qui pousse Manuel Valls à parler d'arguments« grotesques ». Soutenu parGérard Larcher ouÉdouard Philippe qui ont plaidé pour son maintien en poste, il considère être la« victime de la petitesse et du cynisme » et déplore de ne pas pouvoir aller au bout de sa mission sur la Nouvelle-Calédonie[202]. Dans un entretien donné àRadio J en novembre 2025, il fait à nouveau part de sa déception d'avoir été ainsi évincé :« Je suis en colère, je suis indigné (...) Peut-être qu'Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu n'ont pas apprécié que je réussisse là - en Nouvelle-Calédonie, mais pas seulement - où ils avaient échoué »[203].
En 2013, Manuel Valls appelle à« assumer pleinement le capsocial-démocrate etréformiste » du gouvernement[204]. À partir de 2015, il qualifie son action et son positionnement de« social-réformiste »[205],[206] ou de « réformiste »[207].
Le chercheur Fabien Escalona caractérise son positionnement comme« social-conservateur » en 2014, puis commenéoconservateur ou« un « nationalisme du cercle de la raison », défini depuis une gauche se vivant en « état de guerre » », en 2016[91]. Son confrère Thibaut Rioufreyt le présente comme un social-libéral de type conservateur[208].
Pour le chercheurLaurent Bouvet, il« est à la fois réformiste voire social-libéral sur le plan économique (c'était déjà le sens de sa candidature à la primaire socialiste de 2011) et républicain, attaché à la laïcité et une expression rigoureuse du pouvoir régalien, sur le plan politique »[209].
En 2005, pour leréférendum sur la Constitution européenne, il défend le « non ». Mais peu avant le référendum interne au PS du, où le « oui » l’emporte avec plus de 59 % des voix, il participe, « par discipline », à la campagne du PS pour le « oui »[210]. Il déclare à cette occasion « j’étais partisan du non, mais face à la montée du non, je vote oui »[211]. Il vote avec d’autres élus de gauche « pour » la réforme du titreXV de laconstitution permettant la ratification dutraité de Lisbonne lors duCongrès du Parlement français le[212].
Le, faisant suite aux contestations des résultats ducongrès de Reims du PS où il soutientSégolène Royal, il réclame l’arbitrage des tribunaux sur les suspicions de fraude électorale dans les fédérations du Nord et de la Seine-Maritime favorables à Martine Aubry[214],[215].
Toutefois, revenant le sur cette affaire, à la suite de la parution d’Hold up, arnaques et trahisons, une enquête de deux journalistes, il considère qu’« il faut tourner la page »[216]. Le, la première secrétaire du PartiMartine Aubry fait publier une lettre ouverte[217] à Manuel Valls dans les colonnes du journalLe Parisien dans laquelle elle lui écrit : « Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti socialiste[218] ». Il lui répond le[219] qu’il ne compte pas partir du Parti et précise qu’il a « toujours respecté, quoi qu’[il ait] pu [lui] en coûter », le choix des militants et les règles de vote de son groupe parlementaire dont il est aussi l’un des animateurs[220],[221].
Il prône un discours politique « économiquement réaliste » et dénué de « démagogie ». Il se distingue notamment de nombre de ses camarades du PS sur la responsabilité individuelle[229] (« Le nouvel espoir que doit porter la gauche, c’est celui de l’auto-réalisation individuelle : permettre à chacun de devenir ce qu’il est[230] ») ou le« refus de l'assistanat[1] ». S’estimant « réformiste plutôt que révolutionnaire », il souhaite « concilier la gauche avec la pensée libérale »[231].
En ce sens, il rejette lesocialisme, le considérant comme un projet politique dépassé :
« Le Parti socialiste, c'est daté. Ça ne signifie plus rien. Le socialisme, ça a été une merveilleuse idée, une splendideutopie. Mais c'était une utopie inventée contre lecapitalisme duXIXe siècle[232] ! »
Le, alors qu'il est candidat à la primaire de la gauche, il se déclare prêt à supprimer l'article 49 alinéa 3 de la Constitution auquel il a lui-même eu recours six fois[233] en tant que premier ministre.
Lors de lacampagne référendaire de 2005, Manuel Valls plaide initialement pour« construire une alternative forte aulibéralisme »[234] s'engageant pour le rejet duTraité constitutionnel européen dans le cadre du référendum interne du PS (remporté par le « oui ») avant de s'engager pour l'acceptation du traité dans le référendum[235], finalement rejeté par les Français[234].
Ne cachant pas son admiration pour la personnalité du Premier ministre britanniqueTony Blair, il plaide à partir de 2007 pour« concilier la gauche avec la pensée libérale »[234]. Depuis, il est couramment présenté commesocial-libéral, terme qu’il n’a jamais assumé[234],[236], lui préférant ceux de« social-démocratie » ou« social-réformiste »[205]. Durant laprimaire citoyenne de 2011, il développe un programme économique donnant la priorité à la baisse des déficits au-dessous de 3 % dès 2013 et à celle de ladette publique, prônant d’inscrire dans la Constitution larègle d’or budgétaire, rejetée par son parti. Pour rétablir l’équilibre, il préconise ainsi la hausse des impôts, la remise en cause des35 heures, et la modération des salaires. Il souhaite également l’instauration de la « TVA sociale », ou« TVA protection »[237], visant essentiellement à augmenter la TVA sur nombre de produits de consommation dits de « non première nécessité » en échange d’un allègement des cotisations sociales portant sur les salaires[238]. Il propose également un « Small Business Act » pour lesPME[239].
Il plaide également pour l’allongement de la durée de cotisations pour fixer l’âge du départ à la retraite et« l'alignement desrégimes spéciaux [de retraite] sur le régime général »[240]. En 2010, il s’est déclaré favorable au contrôle de laCommission européenne sur les budgets nationaux, jugeant cela « incontestablement » nécessaire[241].
Fin 2014, dans un entretien àL’Obs[242] puis devant lafondation Jean-Jaurès, Manuel Valls met en cause les limites de laredistribution des richesses et prône le concept de« prédistribution » théorisé parJacob Hacker, spécialiste de l’État-providence et directeur de l’institut desétudes sociales et politiques à l’université américaine Yale. Si cette idée est alors en vogue dans les cerclessociaux-démocrates européens, Manuel Valls est le premier à la défendre en France. Il appelle ainsi à« prévenir les inégalités plutôt que nous contenter de les corriger, toujours trop tard, et souvent à la marge », et propose plusieurs mesures en ce sens : un « investissement massif dans l’éducation », une « formation professionnelle tout au long de la vie », avec notamment la création d’un « compte social universel qui rassemblerait, pour chaque individu, l’ensemble des droits portables destinés à sécuriser son parcours professionnel », ou encore l’accès au logement[242].
Dans la lutte prioritaire contre le chômage, Manuel Valls se prononce en faveur d’une politique de création d’emplois. Par exemple, lors de son discours du, à Londres, il indique « Ce qui compte, c’est le résultat, ce qui compte c’est l’efficacité, la croissance, la création d’emplois »[243].
Il conduit l’action enjointe au gouvernement, en ce domaine :« Nous avons décidé avec le Premier ministre, avec les membres du gouvernement, en partant de ce que nous avons déjà réalisé, de faire encore plus vite et encore plus fort. L’enjeu, c’est de créer les conditions d’une croissance durable dans notre pays et c’est l’esprit et la lettre du pacte de responsabilité et de solidarité. Quel est son objectif ? L’emploi[244] ». Au bilan de l’année 2014, l’Insee annonce la destruction, en France, de 74 000 emplois[245].
Il prône l'instauration d'un« revenu universel » en formant« une seule aide qui fusionnerait la plupart desminima sociaux existants, ouverte à tous, y compris aux moins de 25 ans »[246].Le Monde relève que Manuel Valls« a tenté de « récupérer » le concept en tant que Premier ministre, puis comme candidat à la primaire de la gauche. Mais en réalité, ce qu’il prône est un « revenu décent », versé seulement aux plus précaires pour leur assurer un minimum d’existence »[247].
En 2003, il cosigne une tribune avecJean-Luc Mélenchon etVincent Peillon contreTariq Ramadan. Les cosignataires reprochent à Tariq Ramadan d’accuser les intellectuels français juifs d’obéir à un nationalisme pro-israélien. Dans la même tribune, les trois hommes formulent le souhait que le Parti socialiste« s'engage résolument dans le combat pour une autremondialisation ». Ils rappellent également qu’ils se sont« battus contre laguerre en Irak » et affirment leur engagement« pour que vivent côte à côte deux États,Israël et laPalestine, également libres, dignes et démocratiques »[248].
Ses mandats de maire d’Évry et de président de lacommunauté d'agglomération Évry Centre Essonne sont marqués par un engagement appuyé en faveur de la causepalestinienne jusqu’en 2010. À l’occasion dujumelage de sa ville avec le camp deKhan Younès en 2002, il reçoitLeïla Shahid, alors déléguée de la Palestine en France. En novembre de la même année, il dénonce « lacolonisation qui viole le droit international ». Par ailleurs, les « Six heures pour la Palestine » se tiennent chaque année à Évry[249]. En 2004, il est l’un des premiers signataires d’un texte qui suscite la polémique au sein du PS, et dont il dit lui-même qu’il porte « un regard sévère sur le gouvernementSharon »[250]. Durant laXIIe législature, il est vice-président du groupe d’études à vocation internationale sur les territoires autonomes palestiniens à l’Assemblée nationale. Il en est membre durant laXIIIe législature[251],[252],[253].
En 2010, il se montre finalement réticent à soutenir des manifestations pro-palestiniennes dans sa ville. Enavril 2011, il interdit un débat soutenu par le collectif Palestine-Évry Essonne qui devait se tenir après la projection du documentaireGaza-strophe, Palestine àRis-Orangis. Il explique que ledit collectif aurait des thèses « assez radicales » et estime que les conditions (l’assassinat récent d’une famille israélienne àGaza) ne se prêtent pas à un tel débat. Il supprime également la subvention que la Ville d’Évry versait à Évry Palestine et cherche à jumeler sa commune à une ville israélienne[249],[254]. Le, interrogé surI-Télé etEurope 1, il exprime son opposition à lademande de reconnaissance de la Palestine à l’ONU : s’il se dit favorable à la création d’un État palestinien, il juge que les conditions ne sont pas réunies et dénonce, dans les mêmes termes que ceux du Premier ministre israélienBenyamin Netanyahou, un acte « unilatéral »[249],[255]. Si plusieurs observateurs au PS expliquent ce changement par ses ambitions politiques nationales naissantes — il est candidat à la primaire à gauche pour la présidentielle en 2011 —, l’intéressé dément tout revirement[256].
Enjuillet 2014, dans le contexte de l’opération Bordure protectrice, il condamne des débordements autour de certainessynagogues et déclare que la France« ne tolérera jamais que l'on essaie par la violence des mots ou des actes d'importer sur son sol leconflit israélo-palestinien »[257]. Il ajoute que la position adoptée par la France à cette occasion« est équilibrée. Israël a le droit à sa sécurité dans des frontières sûres et reconnues et les Palestiniens ont le droit de vivre dans un État libre et viable. […] La France demande depuis le début un cessez-le-feu immédiat »[258]. Il déclare par ailleurs qu’Europe Écologie Les Verts et l’extrême-gauche, qui participent aux manifestations soutenant la bande de Gaza,« ont un problème avec Israël »[259].
Par ailleurs, il s’oppose auboycott d'Israël, défendu par les militants pro-palestiniens, qu’il qualifie « d’arme indigne » et « d’aberration »[260]. Il estime plus globalement que« la politique du gouvernement israélien doit être critiquée mais jamais sur sa légitimité et encore moins sur son existence ; aucun État n'est à ce point menacé »[261]. Il estime que l’arrêt de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens est un« impératif »[256]. Lors du dîner duConseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), en mars 2016, il déclare que l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël »[256].
Après l’adoption par l’UNESCO, le, d’une résolution, votée par la France, protestant contre des travaux entamés par Israël dans la vieille ville de Jérusalem, Manuel Valls déclare le, en séance publique à l’Assemblée, que« ce vote n’aurait pas dû avoir lieu ».Denis Sieffert interprète cette déclaration comme un désaveu de François Hollande[262] qui avait réaffirmé quelques jours plus tôt que« rien dans le vote de la France ne doit être interprété comme une remise en cause de la présence et de l’histoire juives à Jérusalem »[263].
En 2017,Jean-Luc Mélenchon justifie sa démission d'une mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie présidée par Manuel Valls en l'accusant notamment de« proximité » avec« les dirigeants de l'extrême droite israélienne »[139].
En juillet 2025, alors que la France se prépare à reconnaître l'État de Palestine, il contredit l'orientation du président de la République en plein conseil des ministres, qui sera effective le 22 septembre. Manuel Valls suppose alors que cette expression pourrait expliquer son éviction du second gouvernement Lecornu[203].
Interrogé en sur sa participation à une réunion dugroupe Bilderberg, il a confirmé avoir été invité àWashington deux ans plus tôt, tout en considérant que ce groupe était encore trop « atlantiste » et devait s’ouvrir au reste du monde. De même, il juge qu’« il faudrait qu’il y ait aussi de grandes organisations de gauche, politiques, sociales », au niveau européen et mondial[265].
Alors Premier ministre, il affiche sa proximité avecMatteo Renzi, président du Conseil des ministres italien, tandis que certains observateurs soulignent leurs ressemblances et la convergence de leurs politiques[236],[266],[267].
En 2017, il se dit opposé à la levée des sanctions contre la Russie[268]. Il propose de« faire une pause » dans l’élargissement européen, soutenant que« la Turquie ne peut pas, ne pourra pasfaire partie de l’UE », tout en plaidant pour le développement de partenariats avec Ankara[268].
DansPour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche, il se déclare favorable aux « quotas » d’immigration[270]. Ses déclarations concernant lesRoms dans un entretien publié dansLe Figaro le[271] ont suscité les critiques d’une partie de la gauche, notamment de la ministre du Logement,Cécile Duflot ; Manuel Valls avait en effet déclaré que les Roms « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation », et que « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie »[272].
En, se promenant à Évry et oubliant visiblement qu’il était équipé d’un micro-cravate, il déclare :« Belle image de la ville d’Évry… Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos… ». Plus tard, il se justifiera de la sorte :« Évidemment avec les stands qu’il y avait là, [j’avais] le sentiment que la ville, tout à coup, ça n’est que cela, (…) ça n’est que cette brocante, alors que j’ai l’idée au fond d’une diversité, d’un mélange, qui ne peut pas être uniquement le ghetto. On peut le dire ça ? (…). Il faut amener une diversité sociale d’abord, parce qu’il est là essentiellement le problème dans une ville comme Evry, qui est une ville qui a évolué, qui est une ville aussi de classe moyenne, mais qui manque d’un centre-ville. Donc, c’est tout le projet de ma ville, d’avoir un véritable centre-ville, qu’on est en train de lancer, et qui permette d’accueillir ces classes moyennes, qu’elles soient issues ou non de l’immigration. On a besoin d’un mélange. Ce qui a tué une partie de la République, c’est évidemment la ghettoïsation, la ségrégation territoriale, sociale, ethnique, qui sont une réalité. Un véritable apartheid s’est construit, que les gens bien-pensants voient de temps en temps leur éclater à la figure, comme ça a été le cas en 2005, à l’occasion des émeutes de banlieues »[273].
Il reprend le terme d’« apartheid » en, à propos du manque demixité sociale[274]. Il déclare que le terme est juste « parce que c’est ainsi que le ressentent les habitants des quartiers »[275]. Le terme est relayé par une grande partie de la presse, lors de la proposition de mesures, au demeurant, jugées légères, en faveur de la mixité sociale[276].
En 2017,Jean-Luc Mélenchon justifie sa démission d'une mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie présidée par Manuel Valls en rappelant ses propos sur les « white » et les « blancos », et en l'accusant de« proximité avec les thèses ethnicistes de l'extrême droite »[139].
Lors de l'affaire de Creil en 1989, il fait partie des membres du cabinet de Michel Rocard à protester contre l'avis duConseil d’État autorisant trois collégiennes musulmanes à porter leur foulard dans l’enceinte de l’établissement[20].
En 2003, il estime dans une tribune qu’il faut« faire évoluer laloi de séparation des Églises et de l'État (1905) afin de permettre la construction des lieux de culte à travers un financement transparent, et par conséquent public »[280]. Dans La Laïcité en face (2005), il réclame une refonte de la loi de 1905 affirmant que « personne ne veut y toucher, mais elle est contournée en permanence ; chacun cherche un subterfuge pour arriver à ses fins. […] Notre pays ne peut donc échapper à la révision même si ce n’est pas une révision avec un grand R. La loi a d’ailleurs été plusieurs fois modifiée depuis son adoption. La République pourrait s’offrir ainsi un moment symbolique pour donner un souffle nouveau à lalaïcité. Il faut une révision publique de l’application de la laïcité qui passe par un débat parlementaire. Voilà un beau moyen de remettre l’idéal laïc au cœur de la société française et d’en faire une valeur partagée »[281].
En, lors de la cérémonie duNouvel an juif à lasynagogue de la Victoire, il déclare :« Chaque religion a ses rites et ses traditions ; la liberté de croyance, c’est la liberté de porter la kippa, de manger casher, de réaliser lacirconcision »[282]. Le grand-rabbin de Paris,Michel Gugenheim, a salué le « sans fautes » du ministre[282].
Ses relations se sont tendues avec la communauté catholique, en particulier la frange la plus à droite, du fait de son appréciation desmanifestations contre le mariage pour tous, des batailles de chiffres sur le nombre de manifestants et de ses retards à condamner les divers incidents survenus dans des églises en tant que ministre de l’Intérieur. Quant à ses relations avec la communauté musulmane, elles sont mauvaises, malgré sa reconnaissance tardive des actes anti-musulmans, pour plusieurs raisons : son soutien inconditionnel à la directrice de la crèche Baby Loupen conflit avec l’une de ses employées voilées ; son soutien àla loi interdisant le voile intégral dans l’espace public ; son opposition à laisser des femmes voilées accompagner des sorties scolaires ; son appréciation générale duvoile islamique — « le voile, qui interdit aux femmes d'être ce qu'elles sont, doit rester pour la République un combat essentiel » selon lui — ; son jugement favorable à l’égard des propositions duHaut Conseil à l’intégration, parmi lesquelles l’interdiction duvoile islamique à l’université ; et son désintérêt pour les instances représentatives officielles de l’islam[283].
En, il reprend à son compte l’expression d’« islamo-gauchisme » utilisée par son secrétaire d’ÉtatJean-Marie Le Guen[284]. Après l’attentat du à Nice, il déclare qu’il« faut une remise à plat et inventer une nouvelle relation avec l’islam de France », envisageant d’interdire le financement des mosquées par l’étranger« pour une période à déterminer »[285]. En août, il soutient les maires ayant pris des arrêtés d'interdiction du port duburkini[286]. Selon lui,« le burkini c’est un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme »[287]. Après la décision duConseil d'État invalidant certains arrêtés, Manuel Valls écrit qu'elle« n'épuise pas le débat qui s'est ouvert dans notre société » estimant que« rester silencieux, comme par le passé, c'est un petit renoncement. Une démission de plus […]. Le burkini n'est pas un signe religieux, c'est l'affirmation dans l'espace public d'un islamisme politique »[288].
Dans le cadre de la polémique sur l'affaire Tariq Ramadan qui met aux prises la rédaction deCharlie Hebdo et le fondateur deMediapart, Manuel Valls s'en prend violemment àEdwy Plenel (« Je veux qu'ils reculent, je veux qu'ils rendent gorge, je veux qu'ils soient écartés du débat public »)[289],[290]. Pour Plenel, la Une deCharlie« fait partie d’une campagne plus générale que l’actuelle direction deCharlie Hebdo épouse. M. Valls et d’autres, parmi lesquels ceux qui suivent M. Valls, une gauche égarée, une gauche qui ne sait plus où elle est, alliée à une droite voire une extrême droite identitaire, trouvent n’importe quel prétexte, n’importe quelle calomnie, pour en revenir à leur obsession : la guerre aux Musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l’islam et les Musulmans[291] ». Alors qu'enEmmanuel Macron s'en prenait à ceux qui prônaient une« radicalisation de lalaïcité », Manuel Valls lui répond :« Je ne comprends pas l'idée d'une laïcité radicalisée. Je n'aime pas les adjectifs attachés à la laïcité. C'est une manière de disqualifier les défenseurs de la République et de la laïcité. Le vrai danger dans la société française, c'est l'islam radical, ce n'est pas la laïcité radicalisée. Faire un parallèle entre les deux me paraît une faute »[292].
Le, il appelle à l'interdiction du salafisme[293].
Le, il appelle à« interdire et démanteler l’organisation desFrères musulmans »[294].
Le, il déclare ne« pas » avoir« de problème sur le fond de la proposition » du secrétaire général deRenaissance,Gabriel Attal, d'interdire d'interdire le port du voile pour les adolescentes de moins de 15 ans dans l'espace public[295]. Selon Manuel Valls,« le voile [...] est l’étendard [...] d’une forme detotalitarisme »[294].
Lutte contre l'antisémitisme et relations avec la communauté juive
Manuel Valls entretient de bons rapports avec la communauté juive de France et dénonce régulièrement « unantisionisme de façade », prétexte à « unnouvel antisémitisme, souvent virulent, installé au cœur même de nos quartiers », qu’il estime avoir été« un des premiers » à évoquer. Cet engagement s’est notamment traduit dans sonbras de fer avec Dieudonné fin 2013-début 2014[260],[259].
En 2003, il cosigne une tribune avecJean-Luc Mélenchon etVincent Peillon dans laquelle les trois hommes récusent la participation deTariq Ramadan auForum social européen après que ce dernier a accusé les intellectuels juifs français d’obéir à des logiques communautaire ou nationaliste pro-israélienne. Ils estiment alors que l’intellectuel suisse« habill[e] d’un prétenduprogressisme l’antisémitisme »[248].
Le, il intervient sur la radio Judaïca deStrasbourg et se voit reprocher la position de la gauche dans ses rapports aux Juifs, à la lutte contre l’antisémitisme, à l’islam et à Israël, ce à quoi il répond :« Je ne parle que pour moi : la lutte contre l’antisémitisme, je dis ça pour des raisons politiques, historiques, ma famille est profondément liée àVladimir Jankélévitch qui a écrit le plus beau livre qu’on puisse écrire sur l’imprescriptible et laShoah ; par ma femme (Anne Gravoin), je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et àIsraël, quand même… »[250].
D’après Jacques Hennen, coauteur avecGilles Verdez d’une biographie consacrée à Manuel Valls, ce dernier« ne prend parti ni pour un camp, ni pour l'autre » dans leconflit israélo-palestinien. Le journaliste affirme également que rien ne permet d’étayer la thèse soutenue parEmmanuel Ratier, journaliste d’extrême droite, dans une autre biographie de l’intéressé parue en 2014, selon laquelle Manuel Valls aurait changé d’avis sur le sujet à cause de sa deuxième épouse,Anne Gravoin, de confession juive[71]. Emmanuel Ratier précise lui-même n’avoir« aucune preuve de l’influence de sa femme dans son revirement géopolitique »[296]. Cette thèse, reprise parRoland Dumas lors d’un entretien face àJean-Jacques Bourdin en[297], est en vogue au sein de l’extrême droite depuis 2011, et relayée en particulier dans la mouvance constituée parDieudonné etAlain Soral, ainsi que par l’hebdomadaireRivarol.Nicolas Lebourg,Valérie Igounet etJean-Yves Camus, spécialistes de l’extrême droite, y voient un raisonnement typique de lathéorie du complot juif, dans la lignée des thèses antisémites d’Édouard Drumont[296].
Débutavril 2012, alors que le ministre de l’IntérieurClaude Guéant interdit à certains prédicateurs islamistes étrangers de se rendre au rassemblement annuel de l’UOIF en raison de leurs propos « appelant à la haine », Manuel Valls est l’un des rares élus, avec leFront national, à s’inquiéter de leur venue en France. Il affirme notamment que, pourYoussef al-Qaradâwî,« connu pour ses fréquents propos antisémites, lejihad est un devoir pour tous les musulmans ». Enmai 2012, une fois devenu ministre de l’Intérieur, il indique qu’il refuserait la présence en France de« soi-disant théologiens, qui prônent, que ce soit avec des mots durs ou avec des mots doux, la haine du Juif », et estime qu’il « était temps » pour « les organisations qui les invitent » de « changer d’attitude » et de « respecter les lois de la République »[261].
En, invité comme ministre de l’Intérieur et des Cultes à la cérémonie duNouvel an juif à lasynagogue de la Victoire, il déclare : « Chaque religion a ses rites et ses traditions ; la liberté de croyance, c’est la liberté de porter la kippa, de manger casher, de réaliser la circoncision. »[282]. Le grand-rabbin de Paris,Michel Gugenheim a salué le « sans fautes » du ministre tandis que le grand-rabbin de France,Gilles Bernheim déclarait :« La confiance débute. Espérons qu’elle soit pérenne »[282].
En, il déclare lors du dîner annuel du CRIF que l’antisionisme est« tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël »[301]. Ses propos sont soutenus parRoger Cukierman, président du CRIF, pour qui« l'antisionisme est le nouvel habit de l’antisémitisme »[302]. Pour le journalisteMaurice Szafran, le Premier ministre, tout en étant conscient que« de nombreux (et importants) intellectuels (juifs) de gauche ont défendu dès le premier jour de l'indépendance de l'État d'Israël des thèses et des positions dites « antisionistes » », dénonce un« antisionisme « antisémite » » qui touche« les milieux populaires », ce que se refuserait à faire« une partie de la gauche » par électoralisme[303]. L’historienJean-Christophe Attias estime que la déclaration de Manuel Valls est« beaucoup trop simpliste » : s’il reconnaît que« le discours antisioniste sert à masquer (de plus en plus mal) une forme d’antisémitisme », il déplore que« certains cherchent à criminaliser toute critique d’Israël en la taxant d’antisionisme, et au-delà d’antisémitisme »[304].Laurent Joffrin, directeur de la rédaction deLibération, met en cause une« erreur » de la part de Manuel Valls à travers« l’identification de deux notions connexes mais distinctes »[305].
Fin, interrogé parChristine Angot dansLibération, il réaffirme« qu’un nouvel antisémitisme était né dans nos quartiers (…) Il y en a un, c’est le moteur idéologique du terrorisme. »[306]
Le, Manuel Valls se dit opposé à lagestation pour autrui (GPA) dans le journalLa Croix[307], alors qu’il déclarait en 2011 au magazineTêtu : « La GPA, si elle est maîtrisée, est acceptable »[308].
Le, il vote en faveur de l’amendement instituant ledélit d’« outrage au drapeau tricolore et à l’hymne national ». Il s’en explique ainsi :« L’intention est bonne. L’objet difficilement contestable. Il s’agissait de faire passer un message fort, et aussi de montrer qu’au PS on ne laisse pas ce terrain-là à la droite[310]… »
Manuel Valls a plusieurs fois défendu la légalisation desstatistiques ethniques. Endécembre 2009, en tant que député d’opposition, il soutient cette idée à l’issue d’un colloque sur la diversité et annonce qu’il présentera« un projet de loi en ce sens à l'Assemblée nationale », promesse qu’il ne met pas à exécution. Endécembre 2012, il se déclare de nouveau ouvert aux statistiques ethniques en tant que ministre de l’Intérieur, ajoutant qu’elles devraient être mises en place« selon des règles » fixées par leConseil constitutionnel. En, en tant que Premier ministre, il exprime le souhait« d'avoir davantage d'outils qui nous permettent de mieux lutter contre les discriminations », en l’occurrence contre celles faites aux femmes, en précisant que la lutte contre celles-ci a progressé grâce à« des statistiques précises sur la question des sexes »[311].
En 2013, il dépose un amendement gouvernemental visant à supprimer celui adopté par les députés en commission des lois et qui prévoyait que les députés et sénateurs ne puissent exercer plus de trois mandats successifs[312]. En 2016, il se dit favorable« au non-cumul dans le temps »[312].
Après qu'Ada Colau, maire de Barcelone, a soutenu en une tentative d'abolition de lamonarchie espagnole, Manuel Valls déclare dans untweet :« Tourner le dos àFelipeVI et demander l'abolition de la monarchie montre qu'Ada Colau n'est pas une personne de confiance, c'est la démonstration de la connivence entre la maire actuelle et les groupes radicaux et indépendants[313]. » En 2019, il participe à une manifestation organisée par leParti populaire etCiudadanos en faveur de l'unité du royaume d'Espagne[314].
En 2011, dans son ouvrageL'Énergie du changement, l'abécédaire optimiste (Le Cherche-Midi) qui détaille ses propositions pour laprimaire socialiste, Manuel Valls se dit favorable à un« débat national » sur lenucléaire, précisant qu'il devrait« être tranché démocratiquement par référendum » au début du quinquennat. Il précise que« dans ce processus », il compte« défendr[e], sans rien cacher des efforts importants que cela induira, une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire, car c'est, à terme, l'assurance de ne plus connaître de nouvelle catastrophe, une réelle souveraineté énergétique et, aussi, de nouvelles perspectives de croissance et d'emplois ». Il propose alors comme objectif« ambitieux et réaliste » de« réduire la part du nucléaire dans la production électrique à 50 % [contre 75 % alors] en 2022 », de fermer les réacteurs« les plus anciens », de« stopper tous les nouveaux projets » et de« réorienter massivement l'effort de recherche et de développement dans l'énergie en le focalisant sur lerenouvelable ». Il change d'orientation une fois au gouvernement : en, il confirme les propos d'Arnaud Montebourg selon lesquels« le nucléaire est une filière d'avenir » et appelle à« renouveler nos centrales nucléaires »[315]. Dans son programme pour laprimaire citoyenne de 2017, il propose de« consolider un secteur nucléaire sécurisé » en fermant ou en prolongeant la vie des centrales« selon un calcul économique clair »[110].
En 1986, Manuel Valls fait la connaissance de Nathalie Soulié, institutrice qu'il épouse l’année suivante. Quatre enfants naissent de cette union[316]. Le couple divorce en 2009[317].
Le, il annonce sa séparation d'avec Anne Gravoin[322]. Peu après, il annonce avoir pour compagneOlivia Grégoire, députéeLREM[323]. Durant l'été 2018, il rencontre l'EspagnoleSusana Gallardo Torrededia, riche héritière de l'industrie pharmaceutique[g], avec laquelle il est désormais en couple[324],[316]. Après avoir officialisé leur relation en, Manuel Valls l’épouse le[325],[326].
Il cherche par exemple à se montrer très présent dans les médias et à devancer les agendas annoncés.Denis Pingaud estime que Manuel Valls est incontestablement« un bon professionnel de la communication », en ceci qu’il sait parfaitement« organiser, verrouiller et simplifier » celle-ci. Mais il ajoute que« sa façon de communiquer reste assez peu innovante : elle consiste à s’adresser aux Français de façon classique, en allant au20 heures ou en faisant laune deParis Match ». PourStéphane Rozès, trois mots résument sa méthode :« bonapartisme,volontarisme etprésentisme ».« Le bonapartisme, c’est le choix de Manuel Valls de se placer au-dessus du champ de forces politiques, dans un rapport direct aux Français. Le volontarisme, c’est cette centralité qu’il accorde au verbe : pour lui, la communication se confond avec l’action politique, elle n’est pas un élément à part. Quant au présentisme, c’est la volonté qui est la sienne de faire l’actualité du jour et d’imposer son rythme aux médias, ce qui n’est pas sans rappelerNicolas Sarkozy »[328].
SelonEnvoyé spécial, Manuel Valls a régulièrement commandité des sondages pendant son passage à Matignon pour évaluer ses perspectives politiques et surtout connaître l’image renvoyée par sa personne. Le prix total de ces sondages est inconnu mais la pratique évoqueNicolas Sarkozy, qui avait commandé pour7,5 millions d'euros de sondages sous sa présidence[330].
En, à New York, Manuel Valls reçoit le prixShofar Voice of Conscience, décerné par l'organisation Elnet (European Leadership Network), dont la section française, présidée par Arie Bensemhoun, œuvre au renforcement des relations bilatérales entre la France et Israël. Le motif de cet honneur est la lutte de Manuel Valls contre le terrorisme et l'antisémitisme[347].
Dans le romanSoumission deMichel Houellebecq, paru en, il reste le Premier ministre deFrançois Hollande jusqu'en 2022 et perd dès le premier tour de l'élection présidentielle. Il s'allie alors à Mohammed Ben Abbes de la Fraternité musulmane, contreMarine Le Pen.
L’énergie du changement - Abécédaire optimiste, éditionsEyrolles, 2011, détaille sous forme d’abécédaire son programme de campagne de laprimaire citoyenne
Zemmour, l'antirépublicain, L'Observatoire, 2022. Le bandeau porteFace aux dangers de la « contre-histoire »,un autre récit est possible. Brûlot contreÉric Zemmour, polémiste et candidat à l'élection présidentielle, avec une critique contre le renoncement de la classe politique[351].
↑Le Conseil constitutionnel relève 66 votes irrégulièrement exprimés dans plusieurs bureaux de vote de la commune d'Évry et d'un bureau de vote de la commune de Corbeil-Essonnes au second tour en raison de différences significatives entre les signatures de candidats identiques d'un tour à l'autre. Cependant, ce nombre reste inférieur à l'écart de voix entre les deux candidats du second tour, de sorte que le Conseil estime que cette irrégularité ne peut conduire à l'annulation du vote
↑Il s'agit de la sociétéAlmirall dont le fondateur Antonio Gallardo Carreras serait apparemment de la famille deSusana Gallardo Torrededia, probablement son père, en fonction des noms de famille, de la date de fondation du laboratoire (1943), et de la date de naissance de Susana Gallardo (1964).
↑L'écrivain nationalisteEmmanuel Ratier, « Alain Bauer »,Faits & documents,no 98, 15-30 octobre 2000(lire en ligne), décrit la relation entre les deux hommes dans un portrait orienté, signalant leur appartenance commune à la loge « L'infini maçonnique » et l'emploi de Nathalie Soulié, ex-femme de Manuel Valls, comme secrétaire d'AB Associates, société de communications en sécurité fondée par Alain Bauer, de 1994 à 1997.
↑Gaël Brustier et Fabien Escalona,« La gauche et la droite face au Front national : sociologie d'un parti politique », dans Sylvain Crépon, Alexandre Dézé,Nonna Mayer,Les Faux-semblants du Front national,Presses de Sciences Po,,p. 513-514.
↑« Primaire de la gauche : Benoît Hamon l'emporte largement et devient le candidat du PS et de ses alliés à l'élection présidentielle »,Franceinfo,(lire en ligne, consulté le).
↑« Manuel Valls épinglé par la haute autorité de la primaire »,Le Monde.fr,(ISSN1950-6244,lire en ligne, consulté le).
↑Bastien Bonnefous et CédricPietralunga, « Valls choisit Macron, quitte à faire imploser le Parti socialiste »,Le Monde.fr,(ISSN1950-6244,lire en ligne, consulté le).
↑Serge Raffy, « Valls choisit Macron : "J'assume mon désaccord avec Benoît Hamon" »,L'Obs,(lire en ligne, consulté le).
↑Sandrine Morel, « Manuel Valls : « Je veux être le prochain maire de Barcelone » »,Le Monde,(lire en ligne).
↑Aurélie Rossignol, avec Sébastien Morelli à Evry, « Manuel Valls, candidat à Barcelone, démissionne de ses mandats en France »,Le Parisien,(lire en ligne).
↑« Le parti de Manuel Valls reçoit plus de 275 000 euros d’amende pour financement illicite de la campagne municipale de Barcelone »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le).
↑Midi Libre, « Manuel Valls chroniqueur de RMC et BFMTV à la rentrée, il officialise son départ de Barcelone »,Midi libre,(lire en ligne, consulté le).
↑« La candidature de Manuel Valls aux législatives provoque des remous en Espagne »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le).
↑a etb« Résultats des législatives 2022 : Manuel Valls annonce sa défaite au premier tour dans la 5e circonscription des Français de l’étranger »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le).
↑« A la soirée de « Valeurs actuelles », Manuel Valls s’inquiète du « risque civilisationnel » devant le gratin de l’extrême droite »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le).
↑« Législatives 2024 : « Notre voix ne se portera ni sur un candidat RN ni sur un candidat LFI » »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le).