Quand son père part pourRome, en1369, il se voit confier le gouvernement deThessalonique tandis que son frère aînéAndronic exerce le pouvoir àConstantinople. En1370,Jean V négocie àVenise un traité impliquant, contre l'annulation de ses dettes, la cession aux Vénitiens de l'île deTénédos : Andronic refuse de l'exécuter, provoquant la détention de Jean V àVenise. C'est Manuel qui parvient à réunir la somme lui permettant de libérer son père.
En septembre1371, à la suite de labataille de la Maritsa, le sultan ottomanMourad Ier fait desSerbes et desBulgares deMacédoine ses vassaux. Manuel profite de ce contexte pour s'emparer de la ville deSerrès et organiser la défense de sondespotat de Salonique contre les Turcs : il réduit de moitié les exemptions fiscales des domaines monastiques pour la financer. Mais la volonté de résistance de Manuel n'est guère partagée par son père, qui accepte de se reconnaître vassal du sultan en1374.Andronic, le fils aîné, s'étant révolté et ayant été vaincu et emprisonné, Manuel est proclamé à sa place héritier du trône.
En1381, la paix est conclue entre Vénitiens et Génois et au sein de la famille Paléologue : Andronic, le fils aîné, redevient héritier du trône et obtientSélymbrie enapanage : Manuel se voit à nouveau attribuer ledespotat deThessalonique. Il réussit à établir son autorité enThessalie et enÉpire et organise une armée de volontaires pour défendre sa principauté contre les Turcs. Mais en1383, ceux-ci s'emparent de la ville deSerrès et assiègent Thessalonique. Les appels à l'aide de Manuel en direction de son père Jean V, dudespotat de Morée, de Venise ou du pape restent sans réponse : en1387, Thessalonique tombe aux mains du sultan après un siège de trois ans et demi.
L’Empire byzantin en 1389, réduit à Constantinople et Thessalonique (en gris).
En février1391,Jean V meurt. Craignant que son neveuJean VII ne profite de son absence pour s'emparer deConstantinople, Manuel s'évade deBrousse et traverse leBosphore pour se faire couronner empereur en mars. Ensuite il s'efforce de se réconcilier avec le sultanBayezid qui l'accepte comme vassal, mais augmente le tribut des Byzantins et exige que Manuel l'accompagne dans une campagne militaire contre desémirats rivaux dans le sud et l'est de l'Asie Mineure. Manuel doit donc abandonner la régence à sa mèreHélène Cantacuzène et reste absent pendant près d'un an.
De retour àConstantinople au début de l'année1392, Manuel s'empresse de se marier pour assurer sa lignée ; auparavant, il avait eu plusieurs enfants illégitimes, mais n'avait jamais pris d'épouse. Cette année1392, l'Église de Russie cesse de glorifier dans sa liturgie l'empereur romain d'Orient, devenu un vassal du sultan : la protestation solennelle dupatriarcheAntoine IV n'y change rien. En1393, soupçonnant letsar bulgareIvan Chichman de vouloir s'entendre avec leroi de Hongrie pour échapper à sa suzeraineté,Bayezid Ier envahit et annexe son territoire, capture et fait décapiterIvan Chichman en1395. Ensuite il convoque àSerrès tous ses autres vassaux chrétiens des Balkans, y compris l'empereur Manuel et le tsar serbeStefan Lazarević, et se livre envers eux à une intimidation humiliante, annonçant même à un moment qu'il va tous les faire exécuter un par un toutes les heures.
Trois ans plus tard, l'été1399, Boucicaut débarque àConstantinople à la tête d'une troupe de douze cents hommes, et, galvanisant les énergies, il incite l'empereur Manuel à se rendre personnellement en Occident pour demander l'organisation d'une croisade.
Pendant l'absence de Manuel, sa ville avait été sauvée de manière inattendue : au printemps1402,Jean VII, qui avait perduSélymbrie et tout ce qui, enThrace, se trouvait en dehors des murailles de la capitale, s'apprêtait à capituler lorsque la victoire écrasante deTamerlan sur les Turcs à labataille d'Ankara en juillet1402, et la capture deBayezid Ier, qui meurt entre les mains de son vainqueur, affaiblissent brutalement les Ottomans. Lasanglante succession ottomane qui s'ensuit offre à l'Empire byzantin un sursis inespéré. Averti de ces événements, Manuel, revenu au début de1402 de France par l'Italie du Nord, a d'ailleurs différé son retour dans sa capitale pour négocier àGênes et àVenise, l'envoi de troupes occidentales, arguant de l'occasion qui se présentait de se débarrasser définitivement des Ottomans. L'argument n'eut guère plus d'effets.
En rouge l'Empire byzantin entre le traité byzantino-ottoman de 1403 et la chute de Constantinople en 1453 ; en vert l'Empire ottoman
Suleyman Bey, le fils aîné deBayezid Ier, qui se trouve àAndrinople et contrôle les possessions européennes des Ottomans soit la majeure partie desBalkans, parvient à diviser les chrétiens en faisant de larges concessions aux Byzantins, aux Vénitiens, aux Génois et auxHospitaliers de Rhodes. Au début de1403, untraité est conclu avecJean VII, avant le retour de Manuel, aux termes duquel les Byzantins sont libérés de leur vassalité et de leur tribut et se voient restituerThessalonique, lemont Athos et les îles de lamer Égée, ainsi que toute la côte occidentale de lamer Noire deMessembrie jusqu'auxbouches du Danube. À son retour, Manuel avalise ce traité malgré ses défauts :Gallipoli, essentielle pourConstantinople, n'a pas été récupérée, et le domaine de la capitale est réduit à une frange côtière, tandis que la région deThessalonique a visiblement été prévue comme simpleapanage pourJean VII, qui va s'y installer.
En juin1407,Théodore Ier,despote de Morée, frère de Manuel, meurt sans héritier, permettant à l'empereur d'installer à sa place son propre filsThéodore, encore enfant. De même, quandJean VII, son neveu, meurt lui aussi sans héritier, en août1408, Manuel peut récupérerThessalonique pour son autre filsAndronic. En pratique, il réunit sous son autorité trois petits États byzantins jusque-là indépendants, ce qui renforce un peu sa position.
En1409, la guerre entre les fils deBayezid Ier entre dans une phase aiguë quand Moussa débarque en Europe, prendGallipoli et envahit le domaine deSuleyman. En1410, Manuel essaie de profiter de la situation pour reprendreGallipoli, mais échoue. En1411,Suleyman est vaincu et tué par Moussa, qui se retourne contre les Byzantins etassiège Constantinople et Thessalonique. Pour se défendre, Manuel fait alors alliance avec un troisième frère,Mehmet, dont il organise le transport des troupes depuis l'Anatolie en traversant les détroits. En1413, Moussa est vaincu et capturé parMehmet, qui le fait étrangler.
Reconnu comme seul sultan,Mehmet Ier récompense Manuel de son appui en confirmant le traité signé en1403 parSuleyman, et une paix s'établit entre Byzantins et Turcs jusqu'en1421. Cependant la situation de l'Empire byzantin, réduit à quelques territoires épars, est redevenue très précaire. Les bouches du Danube et ledespotat de Dobroudja échoient brièvement à laValachie tandis que les despotats grecsde Crimée etMorée sont quasi-indépendants ; de plus, pour régler les dettes contractées au fil des années, l'Empire doit céder à Gênes ou à Venise la plupart desîles grecques et plusieurs ports qu'il contrôlait encore autour de lamer Noire, à l'extrémité occidentale de laroute de la soie.
En1414, Manuel confie le pouvoir àConstantinople à son fils aînéJean et se rend par mer àThessalonique : il repousse une attaque des Génois sur l'île deThasos et passe l'hiver1414-1415 dans la ville. Au printemps, il se rend dans lePéloponnèse, la partie la plus homogène de son État, et ordonne d'importants travaux de restauration des fortifications antiques de l'isthme de Corinthe, lemur de l'Hexamilion. L'impôt spécial qu'il décide de lever provoque une révolte qu'il doit mater. Il veut rendre lePéloponnèse imprenable commeConstantinople etThessalonique.
En1416, Manuel regagne sa capitale et envoie son filsJean àThessalonique. Pendant ce temps, Mustafa, dernier frère survivant deMehmet Ier, s'est révolté dans lesBalkans. À l'automne1416, il est vaincu par les troupes du sultan près deThessalonique et se réfugie dans la ville. Le princeJean le fait interner sur l'île deLemnos, et le sultan se montre disposé à payer 20 000hyperpères par an pour qu'il y soit maintenu sous bonne garde.
Au début de l'année1421, le prince Jean est couronné coempereur sous le nom deJean VIII. Le sultanMehmet Ier meurt la même année, etJean VIII est d'avis de jouer la carte Moustafa en l'aidant à s'imposer comme sultan contre son neveuMourad II, et en gagnant ainsi de nouveaux avantages. Le vieux Manuel est très hostile à une politique aussi risquée, et la dispute fait rage au Palais pendant plusieurs mois. Finalement Manuel cède, et Jean fait transporter Mustafa deLemnos à lapéninsule de Gallipoli, l'une des nombreuses villes que le prétendant promet de rendre à l'Empire. Bien accueilli en Europe, Moustafa s'empare facilement deGallipoli et d'Andrinople. Mais quand il passe enAsie Mineure et marche surBrousse, au début de1422, ses troupes sont écrasées par celles de son neveu qui le poursuit dans les Balkans, le capture et le fait pendre. Puis, malgré les tentatives de Manuel pour l'apaiser, il faitassiéger Constantinopleet Thessalonique (printemps1422). Mais à l'automne, un autre Moustafa, le frère cadet deMourad II, avec qui Manuel a noué contact, se révolte, et le sultan doit lever le siège deConstantinople. Le nouveau prétendant s'empare deNicée avec l'aide des Byzantins, mais au début de1423,Mourad II parvient à se rendre maître de lui et le fait étrangler.
Pendant ce temps, àConstantinople, Manuel a été victime, vraisemblablement, d'unaccident vasculaire cérébral, qui l'a laissé à demi paralysé.Mourad II, pensant la capitale byzantine imprenable, décide de s'emparer de deux autres parties de l'Empire : il fait accentuer la pression surThessalonique, poussant le jeune prince Andronic, dont c'est l'apanage, à offrir la ville aux Vénitiens pour qu'ils la défendent ; d'autre part une armée turque se rue sur lePéloponnèse, démolit sans difficulté lemur de l'Hexamilion et met la péninsule au pillage. Le coempereurJean VIII s'embarque pour Venise afin d'y demander une fois de plus de l'aide en échange d'avantages et de cessions de territoires (alors qu'il lui en reste de moins en moins à céder). Pendant son absence, durant l'hiver1424-1425, le sultan accorde la paix au vieux Manuel à demi paralysé, assisté de son quatrième filsConstantin. Les conditions de cette paix sont très dures : les seules villes laissées sur le continent, en dehors duPéloponnèse, sontConstantinople,Sélymbrie,Thessalonique,Messembrie etAnchialos, et un tribut annuel de 20 000 hyperpères est exigé. Au printemps1425,Jean VIII, passé par la Hongrie, revient de Venise les mains vides.
En juin, Manuel, grabataire, prononce sesvœux de moine en adoptant le nom de Matthieu ; il meurt le. À sa mort, l'Empire byzantin est presque revenu à son état dramatique de1391, à cause de l'imprudence deJean VIII, qui a voulu miser sur Mustafa et qui a perdu. Mais la situation était de toute façon désespérée, et Manuel mérite le crédit d'avoir fait survivre l'Empire à l'agonie pendant encore quelques décennies.
Manuel II était un homme de culture, qui fut constamment entouré d'un cercle de lettrés, commeDémétrios Cydonès, avec qui il était très lié, et les cousinsManuel etDémétrios Chrysoloras. On conserve de lui plusieursDiscours et plusieursDialogues, notamment sur les rapports du christianisme et de l'islam, sur la politique et sur des sujets moraux comme le mariage ou l'éducation, un traité sur les sept conciles œcuméniques, un poème sur la manière de convertir les incroyants, une réfutation de la doctrine catholique sur la procession du Saint-Esprit. On garde aussi 68 de ses lettres.
Éditions:
Correspondance, éd. E. Legrand, Paris, 1893, reprise 1962; éd. George T. Dennis (=Corpus Fontium Historiae Byzantinae 8), Washington, 1977.
Dialoge mit einem « Perser », éd. Erich Trapp, Wiener Byzantinistischen Studien 2, Vienne (Autriche), 1966.
Le papeBenoît XVI dans undiscours prononcé à Ratisbonne en sur le thème de la foi et de la raison, cite[1], sans se les approprier, des paroles de Manuel II Paléologue à unéruditpersan : « Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme son ordre de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait... (Parce que) Dieu ne saurait se plaire dans le sang, et (que) ne pas agir raisonnablement est étranger à Dieu ». C'est le départ d'une controverse, certains commentateurs avançant que le pape s'est livré à une critique dujihad. Les répercussions politiques de ce discours furent nombreuses dans le monde. On citera les premiers incidents qui éclatèrent fin 2006 dans la bande de Gaza, où le Hamas, mouvement politique islamiste radical, prit prétexte de ce discours pour persécuter la minorité chrétienne et l'expulser de ce territoire.