Movatterモバイル変換


[0]ホーム

URL:


Aller au contenu
Wikipédial'encyclopédie libre
Rechercher

Maghreb central

Cette page est en semi-protection longue.
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Maghreb central
Description de cette image, également commentée ci-après
Vue étendue sur Al-Maghrib Al-Awsat d'après la carte de al-Idrissi (12e siècle)
Informations générales
CapitaleTahert(Rostémides)
Achir(Zirides)
Kalâa des Béni Hammad(Hammadides)
Béjaïa(Hammadides)[1]
Tlemcen,Alger(Zianides)[2]
ReligionIslam (ibadisme,sunnisme),judaïsme,christianisme
Fondateurs desdynasties successives
(Ier) 776-784Abd al-Rahman ibn Rustum, dynastie desRostémides (776-909)
(Ier)-Ziri ibn Menad, dynastie desZirides (953-1014/1148)
(Ier)-Hammad ibn Bologhine, dynastie desHammadides (1014-1152)
(Ier)-Abd al-Mumin, dynastie des (Mouminides1147-1269)
(Ier)-Yaghmoracen Ibn Ziane, dynastie desZianides (1236-1556)
(Der) 1550-1556Al Hassan ibn Abou Hammou, dernier sultan zianide

Entités précédentes :

Entités suivantes :

modifier -modifier le code -voir Wikidata(aide)

LeMaghreb central, de l'arabeالمغرب الأوسط, (Al-Maghrib Al-Awsat) — aussi désigné commeTamazgha centrale[3] ouBerbérie centrale — est un espace politique et géographique médian dans l'Afrique du Nord médiévale, situé entre l'Ifriqiya, à l'Est, et leMaghreb al-Aqsa, à l'Ouest, entre lesVIIe et XVIe siècles. Au gré des dynasties, et des pouvoirs locaux, ses limites sont fluctuantes mais correspond généralement à une grande partie de l’Algérie duTell et de sonSahara septentrional. Il est bordé, au Nord, par lamer Méditerranée.

Après la conquête desArabesomeyyades (VIIe siècle), il se détache du califat à la faveur de laGrande révolte berbère qui culmine àbataille des Nobles (740) où les Berbères remportent une victoire décisive. Ainsi duVIIIe auXVIe siècle, le Maghreb central est indépendant politiquement des califes d'Orient. Des États locaux monarchiques d'obédience berbère,kharéjites (branche contestataire de l'islam) et égalitaires, naissent alors comme lesIfrénides de Tlemcen, ou lesRostémides de Tahert. Le Maghreb central est alors vu dans l'historiographie arabe comme le territoire des communautés berbères dissidentes avant l'avènement desFatimides (Xe siècle) portés par la révoltes des tribusKutama qui les conduiront jusqu'enÉgypte. Sa position médiane fait qu'il est également soumis à l'empiètement de pouvoirs concurrents sur ses marches : c'est le cas des Aghlabides (IXe siècle) à l'Est ou des Almoravides à l'Ouest (XIe siècle).

Plus tard, après cette courte période fatimide, il voit l'émergence d'autres dynasties berbères islamiques locales comme les Zirides (Xe siècle) et les Hammadides (XIe siècle) qui ancrent l'islam sunnite. Cette période voit l'arrivée de tribus arabes hilaliennes qui, tout en étant minoritaires, apportent une certaine influence sur la sociologie du Maghreb. Béjaïa, est le théâtre de la rencontre entreAbd el-Mumin, futurcalife almohade originaire desTrara, et de Ibn Toumert, un prédicateur originaire du Souss dans le Maghreb al-Aqsa, qui aboutira sur la création du mouvement puis de l'Empire des almohades (XIIe siècle) dont le Maghreb central ne sera qu'une partie pendant plus de 70 ans. En 1238, l'Empire des Almohades se morcèle et voit le Maghreb central se reformer autour d'un sultanat des Zianides à Tlemcen auXIIIe siècle, et d'unsultanat rival à Béjaïa auXIVe siècle.

À partir duXVe siècle, le Maghreb central se morcèle politiquement : le rôle des confédérations tribales, les confréries maraboutiques, cités autonomes, ainsi que l'agitation de tribus dissidentes affaiblissent les sultans de Tlemcen et de Béjaïa. Les découvertes maritimes des Portugais ouvrent la route maritime du golfe de Guinée (XVe siècle), et concurrencent par la navigation lecommerce transsaharien comme axe de communication entre l'Afrique et l'Europe. La Reconquista puis l'offensive des Espagnols sur les côtes au début duXVIe siècle poussent la population et certains dignitaires dans les villes à se tourner vers des corsaires turcs, comme les frères Barberousses, qui solliciteront l'intervention ottomane. C'est le début de larégence d'Alger qui se forme sur les décombres de l'Etat zianide, et des marches hafsides à l'Est : le centre du Maghreb est dès lors nommé localement « dawlat al-Jazâ’ir » (le pouvoir-État d’Alger).

Étymologie

Les chroniqueurs de l’époque médiévale islamique duMaghreb distinguent trois ensembles avant l’installation de la régence d'Alger (dawla al-Jazâ’ir que l'ont peut traduite par « pouvoir-État d’Alger »)[4] :Al-Maghrib al-Adna (Maghreb le plus proche, de l’Orient) ou l’Ifriqiya, Al-Maghrib Al-Awsat (Maghreb central ou médian) etAl-Maghrib Al-aqsa (Maghreb extrême)[5]. Mais à ces découpages géographiques ne correspondent pas d’États stables et durablement fixés[5]. Ainsi après les tentatives d’empires maghrébins, le Maghreb est partagé entre trois entités politiques :Hafsides,Zianides etMérinides, États fluctuants qui rivalisent pour établir leur emprise sur tout le Maghreb mais qui peuvent selonGilbert Meynier« dans l’anachronisme (pré)figurer pour les téléologies nationalistes les États-nations d’aujourd’hui »[5].

On parle également de« Berbérie centrale » pour cette région bornée par laMoulouya ou l'Atlas Moyen à l'Ouest, et jusqu'auxConstantinois et lesAurès, à l'Est, qui fut l'ancien fief de la civilisation numide et qui comporte de nombreux monuments funéraires antiques[6],[7],[8].

Terminologie

L’emploi du terme « territoire » pour le Maghreb médiéval est discuté, car il repose sur une définition moderne impliquant une appropriation identitaire de l’espace et l’existence de frontières précisément délimitées. Des historiens, dont Mohammed Kably, soulignent le caractère anachronique de cette notion pour le Moyen Âge maghrébin qui réfute la notion de frontières. Toutefois, à partir du VIIIᵉ/XIVᵉ siècle, le discours et la pratique politiques témoignent d’une affirmation progressive par l’État de son autorité sur un espace qu’il cherche à contrôler[9].

La première référence au terme en arabe« Al-Maghrib Al-Awsat » serait faite par legéographeandalouAl-Bakri dans son ouvrageLivre des routes et des royaumes, écrit en 1094. Il y mentionne queTlemcen était la capitale de ce territoire, mais il n'en donne pas de délimitation précise.Al-Idrissi en fait également mention et associe le Maghreb central aux Hammadides et à Bougie qui en est la capitale. Cependant il est plus précis qu'Al bakri et donne une liste de localité en affirmant : « Parmi les localités du Maghreb central on compte : Ténès, Brechk, Alger, Dellys, Bougie […] ». Sous les Almohades, les provinces sont découpées autour du chef-lieu (Fez, Tlemcen, Bougie) et cette répartition ne fait pas apparaitre un territoire sous le nom de Maghreb central. Cependant Aboulféda réactive cette notion de Maghreb central auXIIe siècle en reprenant les anciennes catégories de Al Idrissi, tout en y ajoutant les observations de Ibn Said :« La deuxième partie est appelée Maghreb al-awsaṭ et se prolonge depuis Oran, à une journée de Tlemcen, dans la direction de l’orient, jusqu’à l’extrémité orientale du pays de Bougie. ». Si Tlemcen et le royaume des Abdelwadides (Zianides) semblent identifiés parfois comme relevant du Maghreb extrême, l'usage de les situer au Maghreb central se fixe définitivement à partir duXVe siècle : al-Tanasī utilise l’expression « Maghreb central », témoignant de l’appropriation progressive de cette entité par lesAbdelwadides. AuXIVe siècle, il devient abondant dans les sources, sanctionnant sans doute l'échec des Mérinides à s'étendre à l'Est de leurs possessions[9].

A partir duXIIIe siècle, la cartographie du Maghreb central, par l'Occident chrétien, le représente comme un espace entre Tlemcen et Constantine. Il révèle aussi des choix surprenants de représentation. Par exemple sur laCarte de Mecia de Viladestes de 1413, parmi les villes représentées, certaines n’ont qu’un rôle secondaire dans l’organisation du territoire de la dynastie régnante desAbdelwadides commeMiliana ouAlmedina (Médéa) , tandis que d'autres comme Albari , Bichest , Civitas Zenania, Calamati sont difficiles à identifier.

Plus tard,Ibn Khaldoun évoque ce concept bien que sa traduction française sous la forme« Maghreb central » semble apparaître pour la première fois dans les travaux deDe Slane, qui a traduit l'ouvrage d'Al-Bakri[10].

Géographie

Une partie d'une carte médiévale sur laquelle est représenté le Maghreb selon un axe inversé, Sud en haut et Nord en bas.
Le Maghreb central etextrême représentés dans laTabula Rogeriana du géographeAl Idrissi (XIIe siècle).

Le Maghreb central correspond généralement à une grande partie de l'Algérie septentrionale[11],[12]. Pour d'autres auteurs et notammentIbn Khaldoun[13], il s'agit d'un ensemble qui s'étend de laMoulouya jusqu'àAnnaba[14].

À l'Ouest, l'oued Moulouya semble une manière commode de délimiter leMaghreb al-Aqsa du Maghreb central. LaMoulouya constitue la limite est du « royaume de Fez » selonLéon l’Africain[15], et dans l'Antiquité elle était déjà la limite entreMaures etMassaessyles (Numides) selonStrabon etPline, puis sous l'Empire romain la délimitation entre les provinces tingitane et césarienne[15]. C'est cette limite qui est choisie lors dutraité de Monteagudo en 1291 entre Castillans et Aragonais pour identifier les deux contrées et délimiter leurs zones d'influence en Afrique du Nord[16].

À l'Est, la limite du Maghreb central change selon les auteurs et les époques. Tantôt certains auteurs rattachentBéjaïa à l'Ifriqiya, contrée à l'Est du Maghreb central, alors que pour d'autresl'Ifriqiya commence à Bône (Annaba)[16]. Généralement la limite entre le Maghreb central et l'Ifriqiya est située dans l'Est algérien, à proximité des villes d'Annaba ou deConstantine[12]. Au Nord et au Sud, lamer Méditerranée et legrand Sahara s'imposent comme limites naturelles consensuelles de cet espace[16].

Le territoire du Maghreb central, est caractérisé par d'imposantes montagnes parallèles à la côte, connues sous le nom d'Atlas tellien. L'Atlas tellien est divisé par des vallées fluviales comme leChelif qui se jette dans lamer Méditerranée au port deMostaganem ou leSoummam qui se jette dans la mer près deBéjaïa. D'ouest en est, il comprend : lesmonts du Tessala, l'Ouarsenis, leTitteri, lesBibans, lesmonts du Hodna et lesBabors[12]. Une autre ligne de chaînes de montagnes fragmentées, appelée l'Atlas saharien, est à peu près parallèle à la frontière sud du Maghreb central avec le Sahara. Ces chaînes sont d'ouest en est : lesmonts des Ksour, ledjebel Amour, lesmonts des Ouled Naïl et lesAurès[12]. L'unité de l'Atlas saharien est brisée par des dépressions telles que lechott el Hodna et leZab. Entre l'Atlas saharien et l'Atlas tellien, il existe d'importantes plaines, en particulier à l'ouest entourant Tlemcen[12].

La succession des structures politiques au Maghreb central a, temporairement, pour conséquence une appropriation accrue et graduellement plus complète des territoires sahariens à travers le commerce. Les rapports entre royaumes du Nord du Maghreb et régions sahariennes sont distendus et particularisés localement, mais fondés avant tout sur les richesses tirées du commerce transsaharien. Les royaumes nord maghrébins du Moyen Âge, rostémide (VIIIe-XIXe siècles),ziride (Xe siècle),hammadite (XIe-XIIe siècles) etabdelwadide (XIIIe-XIVe siècles) étaient spatialement des États de l’intérieur, centrés davantage sur les Hautes Plaines et le Tell que sur l’espace littoral méditerranéen, globalement au sud, leurs sphères d’influence se confondirent, de manière approximative, avec le sud de l’Atlas saharien, le long d’une ligne Chott Melrhir — sud de l’actuelle Laghouat — piémont des Monts des Ksour. L’espace saharien reste marqué par un fonctionnement de type réticulaire, structuré autour d'axes d'échange, ce qui invalide partiellement l’idée même de limites ou de frontières. Le contrôle de l’espace passe par celui des axes et des points. Ainsi, aucun royaume maghrébin ne réussit à imposer une marque durable sur l’organisation de l’espace saharien[17].

Histoire

La formation d'un espace historique

Après l'Ifriqiya, leconquérant arabo-musulman,Moussa Ibn Noçaïr créa trois nouvelles provinces : le Maghreb central avecTlemcen pour capitale, leMaghreb al-Aqsa avecTanger pour capitale, etal-Sūs al-Aqṣā[18]. Le Maghreb central était considéré par leshistoriens arabes du Moyen Âge comme le territoire des communautés ruralesberbères et lié souvent aux révoltes contre le pouvoir central arabe[11]. Avant d’être intégré dans l’espace politico-économiquefatimide[11]. À l'ouest, la limite entre le Maghreb central et le Maghreb extrême est marquée par l'ouedMoulouya[9].

Le Maghreb central va très vite se distinguer par l'implantation dukharidjisme, doctrine religieuse égalitaire et réfractaire à l'impôt perçu par les gouverneurs arabesomeyyades auVIIIe siècle. Cette doctrine se veut une réponse à la politique omeyyade qui privilégie les Arabes aux non-Arabes. Trois pouvoir successifs vont prendre lekharidjisme pour idéologie : leroyaume sufrite de Tlemcen d'Abou Qurra, celui deSijilmassa et enfin celui desRostémides de Tahert, le plus pérenne et structurant. Abou Qorra participe d'ailleurs à laGrande révolte berbère qui reconfigurera l'ensemble du Maghreb. Ces trois proto-pouvoirs successifs du Maghreb central s'appuient chacun sur l’existence d'une ville et d'une communauté commerçante. Les Rostémides fondent leur État dès 761 mais doivent composer à l'ouest avec lesIdrissides et à l'est et avec lesAghlabides. Ces deux dynasties arabes mordent sur les frontières du Maghreb central[19].

Grande révolte berbère

Article détaillé :Grande révolte berbère.

En 740, sur fond d'inegalités entre Berbères et Arabes, les premiers se révoltent et mettent à mort le gouverneur omeyyade de Tanger. LaBataille des nobles, sur les rives du Chélif, voie la défaite des armées du calife omeyyade. Le Maghreb, hormis Kairouan, se détache de l'autorité des califes ommeyyades. Ces derniers remplacés par les Abbassides en 750, n'auront jamais l'opportunité de reprendre pied au Maghreb[20].

En 765, dans la mouvance d'autres tribus berbères sur l'ensemble duMaghreb, lesBanou Ifren s'insurgent en 765 et somment d'autres tribus de se convertir aukharidjisme. Ils proclament calife leur chefAbou Qurra qui constitue unroyaume kharéjite sufrite à Tlemcen. Abou Qurra prend la tête d'une armée de 40 000 hommes et assiègeTobna où le général abbasside Omar Ibn Hafs est retranché avant de lancer une campagne sur Kairouan. Il cerne cette ville avec 350 000 cavaliers berbères mais échoue à la prendre. Abou Qurra et ses Beni Ifren regagnent Tlemcen[21].

Les Abbassides réagissent en restaurant de vieilles places fortes byzantines comme Tobna et en envoyant des contingents de mieux en mieux armés. Ils ne parviendront pas, cependant, à s'implanter au Maghreb central et au Maghreb extrême qui échappe à leur tutelle. Au Maghreb central la fondation d'un Étatrostémide centré surTahert va permettre de donner un repli à de nombreux insurgés, d'obédience kharidjite ou berbères[22].

Dynastie des Rostémides

Article détaillé :Rostémides.
Une carte du Maghreb central avec différentes couleurs qui représentent les entités politiques
Le Maghreb central sous la dynastie desRostémides et ses marches indépendantes à l'Est et à l'Ouest (VIIIe siècle)

Abd al-Rahmân Ibn Rustom,kharidjite d'origine perse crée un Étatibadite englobant l'Ifriqiya[23]. En760, il est attaqué et vaincu par le gouverneur d'Égypte. Il abandonne l'Ifriqiya aux arméesarabes et se réfugie dans l'Ouestalgérien où il fondeTahert en761 qui devient la capitale du royaumerostémide[23],[24]. Ses successeurs instaurent un pouvoir dynastique héréditaire[25], même s'ils étaient élus en théorie par les sages de la communauté[26].

L'assise de l'imamat rostémide de Tahert repose sur les tribusberbères du Maghreb central acquises à la doctrine kharidjite et va s'étendre deTlemcen à l'ouest auxmonts du Hodna à l'est. Cet État islamo-berbère ne s'implante pas dans la zone de Tahert par hasard ; cette région était le cœur du royaume berbère post-romain desDjedars. Durant un siècle et demi, l'imamat de Tahert va ainsi être le siège d'une civilisation originale[27].

À son arrivée, Ibn Rustom veut fonder une ville qui serait le nouveauKairouan : sur son ordre est édifié Tahert sur le flanc du Djebel Guezoul. Un chroniqueur médiéval du nom de Amhammed Aftièch écrit[28] :

« [Tahert] est une ville du Maghreb central, ou plutôt il y a deux villes de ce nom, voisines, séparées par une distance de cinq milles environ : l'une s'appelle Tahert el Kadima, en berbère Tagdimt et l'autre Tajedit. Il y a quatre portes à Tahert : Bab Safah, Bab el Manazil, Bab el Andalous, Bab el Mota. Le marché est dominé par un château qui se nomme Mahasouma. Ce château est sur le bord d'une rivière qui vient du Sud-Est. Tahert fut bâtie cinquante ans avant Fès »

AuXIXe siècle, l'émir Abd el Kader prendTadgemt comme capitale, revendiquant ce lieu comme le siège du royaume de ses ancêtres[29]. La ville devient un carrefour commercial entre, au Sud, le Sahara, au Nord, laMéditerranée avec des liaisons maritimes versAl-Andalus, mais également l'Orient : on y vient d'Irak, deKoufa, deBasra. La ville riche, attire de nombreuses tribus : Mezata de Tripolitiaine, desHouaras, Louwata, Matmatas, Zouagha,Sanhadja, Zenata mais aussi des Arabes fuyant l'Ifriqiya[30].

La ville est également un centre intellectuel important, siège de controverses religieuses. Tahert possède même un quartier de Chrétiens, celui d'El-Kanissa. Elle atteint son apogée vers leIXe siècle sous le gouvernement deAflah ibn Abd al Wahhab (823/824 - 871/872). Les ruines actuelles du site qui était plus étendu en témoignent : à 700 ou 800 mètres du bâti résiduel, il existe des ruines de maisons dont le plan est typiquement algérien avec une cour centrale encadrée de chambres[31]. Aflah ben Abd el Wahhab du temps où il était prince héritier, entreprit un voyage aubilad al-Sudan, dans le royaume de Gao, traduisant une séparation de ce dernier de l'Empire du Ghana et la sécurisation relative des itinéraires[32]. D'autres royaumes sont mentionnés sous l'autorité des rois de Gao par les chroniques d'Ibn al Faqih qui écrit en 903 : celui de al Hazbin (Aïr), Maranda (sur les voies reliant Gao et Ghana à l'Égypte) et le royaume berbère Sanhadja (Zenaga) qui s'étend sur le Sahara occidental avec pour capitaleAoudaghost[32]. Le motif de ce voyage serait donc de renforcer les liens commerciaux entre les royaumes de Tahert et de Gao, ce dernier controlant une bonne partie du Soudan occidental. Les Rostémides pratiquant déjà une politique d'alliance matrimoniale avec les Midrarides de Sijilmassa (également kharéjites), ce qui leur permettait une large assise commerciale transaharienne. Deux voies permettent de rallier Ghana et Gao à Tahert, une passant parAoudaghost etSijilmassa et l'autre par Tademekket (aujourd'hui ruines d'Es-Souq au nord-est de Gao) etOuargla[33]. Ouargla est peuplée de Ibadites, comme les Rostémides, et la route entre Tahert et Ouargla passe probablement par l'Oued Righ (actuelle vallée du Mzab), peuplé d'Ibadites également. L'autorité rostémide s'étend à Ouargla, ville où le dernier imam Ya'qub ben Aflah, s'exile après la prise de Tahert par les Fatimides en 909[34].

  • Photo noir et blanc d'une ancienne pièce de monnaie avec un état de conservation dégradé et une légende en arabe
    Fulus (pièce de monnaie en argent) rostémide frappée au nom du souverain Abd el Wahab àTlemcen (168 à 208 du calendrier hégirien soit784 à824)[35]
  • Photo en couleur d'une ancienne pièce de monnaie en argent avec une légende en arabe
    Fulus (pièce de monnaie en argent) rostémide frappée au nom du souverainAbd el Wahab àTahert (168 à 208 du calendrier hégirien soit784 à824)[35]

La date la plus ancienne attestée à propos ducommerce transsaharien entre le Maghreb et le « Soudan occidental » à l'époque « arabe » est approximativement l'an 776-777/780. Cette date est rapportée par le chroniqueur Ibn as-Saghir, au début duMoyen Âge à propos des échanges entreTahert capitale desRostémides et le « Soudan »[36].

Niche en stuc ornemental de style mauresque
Mihrab de période rostémide (Sedrata)

Tahert est une place forte, bien fortifiée. Le royaume des Rostémides ne couvre pas tout le territoire de l'actuelle Algérie et à ses marges, il doit composer avec lesKoutamas à l'est indépendants des pouvoirs aghlabides et rostémides. Le pays des Koutamas, les Aurès, le Constantinois dont les masses sont toutes gagnées au kharidjisme constituent des marches frontières entre Aghlabides et Rostémides à une époque où les frontières sont relatives[30],[37].

À l'est, le nouveau pouvoir des chérif idrissides menace le domaine des Rostémides. Après avoir soumis le nord du Maghreb extrême,IdrissIer franchit laMoulouya et pénètre au Maghreb central jusqu'à Tlemcen. Son intention est alors de conquérir la région orano-tlémcenienne jusqu'alors dans l'obédience kharidjite du Maghreb central[38]. En 790, il lance une première attaque contre Tlemcen, marche du royaume rostémide à la main desIfrenides etMaghraouas qui constituent un fief indépendant. Le calife abbassideHaroun al-Rachid est furieux, d'après des propos rapportés par leKitab el Istiqsa de En Nasiri, il écrit aux émirs Aghlabides que « Tlemcen est la porte de l'Ifriqiya, et qui occupe la porte est sur le point de prendre la Maison ». En effet le calife surveille de près les chérifs idrissides en exil.IdrissIer meurt assassiné en 793 par un émissaire de Haroun al-Rachid. Dans la marche orano-tlemcenienne le retour aukharidjisme est important et encouragé par les Rostémides, la conquête d'Idriss est éphémère.IdrissII lance une autre expédition vers 805 pour reprendre Tlemcen mais n'ose pas affronter les Rostémides et Tahert directement. Il conclut un accord avec lesAghlabides de Kairouan pour prendre l’État kharidjite en tenaille[38].

Les Aghlabides lui reconnaissent en échange le droit moral d'occuper Tlemcen. La région est encore perdue par les Idrissides. À la mort d'IdrissII, son fils aine Mohamed concède à son oncle et frère d'IdrissIer (Souleymân) puis après lui son fils Mohamed ben Souleymân, la charge de reprendre et de gouverner la région : cette entente est à la base de la création d'un royaumeSoleïmanides qui vise à conquérir les régions entre Tlemcen et leChélif. L'autre objectif est de miner l'autorité morale des kharidjites au Maghreb central, dont la doctrine égalitaire reste populaire auprès des masses. Cependant, cette politique centrée sur les chérif échoue : ces derniers au Maghreb central ou auMaghreb al-Aqsa (Maghreb extrême) se replient entourés de notables arabes dans les villes, et laissent graviter autour des centres de pouvoir des tribus berbères de facto indépendantes[39].

Vue aérienne de la ville ancienne de Ghardaïa
La ville deGhardaïa fondée auXe siècle dans lavallée du Mzab

Les Rostémides et lesSoleïmanides assistent de fait au morcellement de leur territoire qui tombe aux mains de chefferies berbères. Une tribu en particulier, les Sanhadja Talkata, exerce une suprématie sur les autres tribus grâce à son nombre, son armée et la qualité de son chef : Menad père d'un certainZiri[39], fondateur de la dynastie desZirides.

Mais la négligence des affaires militaires par les Rostémides, occupés par des controverses religieuses incessantes, en fait la proie d'une nouvelle déferlante sur le Maghreb central : celle des Berbères Kutamas originaire dePetite Kabylie et d'obédiencefatimide chiite au début duXe siècle. Ces derniers balaient tous les anciens royaumes en place au Maghreb dans une épopée qui les mènera du Maghreb à l'Égypte. Les dignitaires kharidjites fuient dans les derniers îlots sahariens du Maghreb central rostémide[40] :Ouargla,Sedrata, leMzab.

Le mouvement et la dynastie des Fatimides

Article détaillé :Califat fatimide.
Carte indiquant les mouvements de la campagne des armées kutamas
Campagne kutama d'établissement duCalifat fatimide au Maghreb à partir de laKabylie (début duXe siècle)

AuXe siècle, des tribus alors inconnues entrent dans l'histoire : les Berbères Kutamas de Petite Kabylie. Le Maghreb comme l'ensemble du monde musulman traverse une crise religieuse. Le choix politique que posait la désignation ducalife par les croyants fut à l'origine duchiisme. Pour les partisans du chiisme, la dignité suprême, califat ou imamat, ne peut être confiée qu'à des descendants duprophète par Ali[41]. Le chiisme s'oppose aukharijisme par son attachement strict aux descendants d'Ali, dont l'hérédité exclut toute possibilité d’élection : principe de base de la désignation chez les Kharidjites[42].

À l'origine de la grande aventure fatimide au Maghreb on retrouve ainsi deux hommes venus d'Orient, un Alide (descendant d'Ali) le MahdiUbayd Allah et leda'i,Abu Abd Allah, un missionnaire de l'Orient et lesKutamas, une tribu algérienne[43]. Leda'i prit langue avec des pèlerins Kutama àLa Mecque qui le ramenèrent peut-être vers 893 dans leur pays où il se fixa àIkjan, véritable forteresse inexpugnable à l'abri des émirs aghlabides de Kairouan fidèles des califes Abbassides[44]. Les Kutamas contrôlent toutes les marches du Maghreb central à la lisière des domaines Rostémides et Aghlabides : ils sont présents à l'ouest deConstantine jusqu'àBéjaïa, et au Sud de Constantine jusqu'auxAurès. Ils nomadisent et contrôlent toutes les villes de la région : Ikjan, Sétif, Baghaïa,N'Gaous, Belezma, Tiguist, Mila, Constantine,Skikda,El-Coll etJijel ; et ce, sans avoir à souffrir des oppressionsaghlabides dont ils accueillent tous les rebelles. D'autres missionnaires : un certain El-Houlouani et un dénommé Abou Sofyan s'installent dans deux localités Koutamas : les Mermadjenna et Souk Djemar. Les idées et principes chiites progressent dans le pays kutama et leda'i fait proclamer la souveraineté d'Ubayd Allah[45].

Photo couleur d'un dinar fatimide en or avec une légende en arabe
Dinar fatimide frappé au nom d'« Al Mahdi » vers l'année hégirienne 320 (932) dans la ville d'Al Massilah (M'Sila, Algérie, v.Xe siècle)

Leda'i Abou Abdellah lance alors une grande campagne contre les forteresses dressées face à laKabylie : une première offensive échoue, mais il parvient à prendreMila (902), puis est vaincu par le fils de l'émirIbrahimII qui ne peut pas le poursuivre vers Ikjan.Abu Abd Allah décide d'attaquer le territoire aghlabide par le Sud avec succès : il prendSétif en 904, reprend Mila, écrase l'armée arabe près deBelezma et enlève les forteresses de Tobna et Belezma. Il contrôle les principales routes menant à l'Ifriquiya et bat l'émir aghlabide ZiyadatAllahIII à la bataille d'Al-Urbus et fait son entrée à Raqqada le 27 mars 909[46].

Vue sur les ruines d'un ancien fort byzantin
Fort byzantin deBelezma, qui servit deribat (forteresse) aghlabide.

Le proclamé calife, Obeïd Allah quitte l'Orient à son tour et vient sillonner le Maghreb pour sa prédication mais finit arrêté et emprisonné par l'émir midraride de Sijilmassa. L'armée Kutama part le délivrer et détruit au passage le royaume rostémide de Tahert (26 août 909)[47]. SelonÉmile-Félix Gautier, cette campagne victorieuse est hautement symbolique car elle clôt définitivement la conquête arabe : le Maghreb a pris sa revanche intégrale sur le dominateur étranger[47]. Les différents groupes berbères du Maghreb central adoptent des attitudes différentes face aux Fatimides : les Kutamas leur sont acquis, lesSanhadja en devinrent de fidèles partisans, mais lesZénètes encore acquis pour certains au Kharidjisme en furent les adversaires. Ces derniers sous la pression des expéditions fatimides fuient pour partie vers leMaghreb extrême. Les Fatimides réunissent finalement sous leur autorité le Maghreb central, l'Ifriqiya et une partie du Maghreb extrême[41].

En raison d'une mésentente et de prétentions de plus en plus affirmée du da'i Abu Abd Allah, ce dernier est mis à mort par le calife Ubayd Allah dit « Al Mahdi » après son intronisation. La politique libérale duda'i qui restitua aux populations les impôts perçus par les agentsaghlabides et suspendu toutes les taxations non coraniques laisse place à une petite dictature religieuse d'obédience chiite qui s'amplifie sous le deuxième califeAl-Qaim bi-Amr Allah. Les savants musulmans d’obédience sunnite malékite sont persécutés, dont ceux deKairouan. Les Fatimides commencent à s’aliéner les masses avec la restauration des anciens impôts non religieux aghlabides : lekharaj est à nouveau étendu aux terres déjà imposées par une dîme, et les pasteurs doivent payer unmara'i pour nomadiser en plus de la dîme sur leur troupeau. Ubayd Allah a besoin de ces dépenses non pas pour entretenir un train de vie somptueux mais pour préparer une grande expédition vers l'Égypte ; à son retour au Maghreb central il prend même le trésor d'Ikjan. Jawhar à la tête de contingents kutamas fait tomberFustat en 969, et bâtît une nouvelle ville :Al Qahira, la « victorieuse »,Le Caire. Une tribu de l'Algérie est ainsi à l'origine de la fondation de cette cité[48].

Vue sur les remparts en pierre de la ville de Sétif
Rempart de la citadelle deSétif, prise par les Kutamas fatimides aux Aghlabides.

Les marchands sont également mécontents : les Fatimides se sont emparés deTahert, etSijilmassa et donc contrôlent le commerce transsaharien auquel ils imposent leurs diverses taxations. Ce dernier aspect de la politique fatimide les met en opposition à une autre puissance : lesOmeyyades de Cordoue. En effet, lesAndalous tirent leur or des transactions faites avec leSoudan sahélien par le biais du Maghreb : du temps desRostémides et desIdrissides leur approvisionnement était assuré ; il se voit brusquement bouleversé par la politique des Fatimides[49].

Les Fatimides mettent en place un gouvernement rigide sur l'ensemble du Maghreb. Ils ont le regard tourné vers l'Égypte où les contingents kutamas sont en campagne. Les impôts doivent financer ces expéditions lointaines. En réaction, plusieursthawra (révoltes) anti-fatimides éclatent comme celle menée par leskharidjite de 944[50]. Le pouvoir fatimide s'enferme dans Mahdia en Ifrikiya, une ville littorale fortifiée, et doit déléguer la gestion du Maghreb à des clients berbères. En interne dans les régions soumises aux Fatimides, la révolte est entretenue en secret sur le front idéologique :fuqaha malékites de Kairouan, etçolahas (mystiques), jouissent d'un grand prestige auprès de la population et les Fatimides font preuve de circonspection lorsqu'ils s'attaquent à eux[50].

Les Fatimides savent également préserver l'essentiel de leur base, après une brève révolte matée de certains Kutamas fidèle à l'ancienda'i, le calife sait les garder dans son camp en les pourvoyant de richesses et, menant de plus en plus une politique coupée des masses, il délègue de plus en plus la gestion du Maghreb aux Berbères sanhadjas. La tentative de faire d'un Zénète le gouverneur de Tahert pour le compte du calife fatimide échoue, ce dernier passe dans le camp omeyyade et doit être réprimé par une expédition fatimide en 947[51]. Une amitié profonde lieZiri ibn Menad, émir des Sanhadja, et le calife Al-Qaim qui lui fait entièrement confiance et lui donne les moyens de faire la guerre aux Zénètes en tant que gouverneur. LesMeknasas,Ifrenides etMaghraouas émigrent de plus en plus vers le Sud et l'Ouest. Le tableau de la fin duXe siècle est ainsi fixé : les Omeyyades de Cordoue s'allient aux Zénètes et aux résidus idrissides pour freiner l'influence des Fatimides alliées aux Sanhadjas zirides[49].

Dynastie des Zirides

Article détaillé :Zirides.
Ruines en pierre du site historique de la ville d'Achir
Ruines zirides d'Achir (Algérie)

En 958 et 960,Al-Muʿizz li-Dīn Allāh, ordonne une grande expédition auMaghreb al-Aqsa, tombé aux mains de Meknassas, vassaux de Cordoue. Elle est confiée aux Zirides qui apportent leur appui au général fatimide Jawhar. Sijilmassa desMidrarides est vassalisée, Tanger est prise pour couper l'arrivée de renforts andalous, puis, c'est l'ensemble du Maghreb al-Aqsa qui est mis sous contrôle. Les Fatimides en profitte pour réorienter les flux commerciaux à leur profit. Tlemcen devient leur base commerciale à l'Ouest et d'enrichir considérablement[52]. En 967, Jawhar lance une deuxième campagne dans la région pour circonscrire définitivement les Omeyyades de Cordoue. Résultat certain mais temporaire car ces derniers se réimplanteront dans la région en 974, en s'alliant aux Zénètes locaux[52].

En 973, le califeAl-Muʿizz li-Dīn Allāh, rejoint définitivement son généralJawhar en Égypte et y implante le siège de son califat. Les contingentsKutamas restent en Égypte et sont le « sabre du califat ». Plus que jamais les Fatimides dépendent des Sanhadja pour maintenir le Maghreb dans leur obédience. En 944,Ziri ibn Menad avait réduit la dernière révolte kharidjite deAbu Yazid, l'« homme à l'âne », qui assiégeait le calife fatimide Al Qaim dansMahdia. Par cette ultime révolte et défaite, le kharidjisme — idéologie des anciens royaumesrostémides etsufrite — n'est dès lors plus une force politique au Maghreb[48].

Al Qaim aide Ziri à bâtir sa forteresse-capitale d'Achir sur le Djebel Lakhdar : il lui envoie des matériaux et techniciens. Ziri fait fonder, ou plutôt restaurer et agrandir, trois villes par son filsBologhine :Alger, antique Ikosim et débouché portuaire d'Achir,Miliana etMédéa. Le but est de maîtriser les communications du Maghreb central[53]. Achir est une place inexpugnable, un lieu d'échange, une place intellectuelle et le siège des contingents les plus redoutables. Ziri bien que lieutenant des Fatimides y règne en souverain et frappe monnaie en son nom. Selon la thèse d'Émile-Felix Gautier, l'emplacement d'Achir s'inscrit dans la continuité historique du Maghreb central et ne doit rien au hasard : trois capitales successives sont dans la même région :Césarée (Iol) capitale antique sur la côte, Achir capitale médiévale intérieure et Alger sur la côte qui sera capitale plus tard (auXVIe siècle). Toutes ces positions ont en commun de s'assurer facilement le contrôle du Maghreb central d'Est en Ouest[53],[Note 1].

Vue sur un rempart et un paysage en arrière plan
Vue sur les remparts médiévaux deMiliana et son site naturel

L'appellation« Algérie » provient du nom de la ville d'Alger. Le nom« Alger » dériverait ducatalanAljer, lui-même tiré deDjezaïr, nom donné parBologhine ibn Ziri à la cité. Ce nom signifierait« les îles » enarabe[54]. Tous ces noms proviennent de la dénominationDjezaïr Beni Mezghenna[55], soit les « îles des Beni Mezghenna » (du nom d'une tribu berbère locale)[54] mentionnée par écrit pour la première fois parAl-Bakri. L'autre hypothèse lierait le nom« Dzayer » à une altération du nom deTiziri (ouDziri) ibn Menad, père de Bologhin ibn Ziri. La forme berbère Tiziri du prénom de Ibn Menad, signifie« clair de lune »[56].

La période ziride voit l'urbanisation et la prospérité progresser. Les Zirides sont la première maison dynastique du Maghreb musulman à être d'origine authentiquement locale et donc berbère[57]. Les deux premiers souverains Ziri et Bologhine sont très marqués par leur origine rurale et berbère : les mœurs arabisées de l'Ifriqiya leur échappent et même après le départ des Fatimides, l'émir ziride Bologhine préfère rester à Achir et d'y maintenir sa famille son fils Al-Mansur grandit également à Achir en pays berbère. Pendant leur règne au Maghreb central, les Zirides tournent le dos à la mer. Toute l'activité maritime est contrôlé par quelques ports :Ténès,Jazaïr (Alger),Marsat al Haraz (El Kala), Marsat al Djaj (« port aux poules »),Honaïne etOran[58].

Un minaret blanc carré de style mauresque et sa mosquée
Mosquée Sidi Ramdane àAlger dont la datation (Xe siècle) correspond à la période ziride.

Ziri participe aux campagnes fatimides au Maghreb extrême : il prend part à l'expédition contre les Banu Midrar de Sijilmassa conduite par le général fatimide Jawhar, puis contre Fez et tout le pays jusqu'à Ceuta etTanger en 958. Neuf ans plus tard une autre campagne est menée contre les clients des Omeyyades de Cordoue[51]. Son fils Bologhine, auquel les Fatimides lèguent le Maghreb, va mener campagne à son tour à partir d'Achir. Il lance des expéditions vers le Maghreb extrême (971-972 et 979-984). Ses succès sont réels mais précaires : durant l'année hégirienne 368 soit en 979/980 il prendFez,Sijilmassa, rebrousse chemin devantCeuta où stationne une importante armée omeyyade et continue sur Basra, Assilah avant de guerroyer contre lesBerghouatas et de tuer leur roi-prophète.Bologhine meurt sur le chemin du retour en 984[59], après avoir été le premier souverain maghrébin à avoir imposé son autorité de l'Atlantique à la Tripolitaine[60].

La mort de Bologhine le 25 mai 984, fait de son filsAl-Mansur (alors gouverneur d'Achir) le nouvel émir. Ce dernier est à Achir sa ville natale quand il apprend la nouvelle, mais plus intéressé et initié à la gestion politique que son père, il prend la route de Kairouan d'où il exercera son pouvoir[59]. La dynastie Ziride opère donc un glissement : absorbé par la gestion de l'Ifriqiya, le Maghreb central n'est plus qu'une marche que l'émir Al Mansour délègue à son frèreHammad, même s'il continue à être attaché à Achir sa ville natale et domaine de ses ancêtres[61]. Ce déplacement du pouvoir à Kairouan est contredit par Gaïd qui rapporte que l'émir Al Mansour, en 984, fait une tournée à Kairouan, met en disgrâce et en prison son gouverneur de Kairouan l'aghlabide Abdallah Ben Mohammed pour finalement le libérer et reçoit une délégation d'hommage de ce dernier dans les montagnes aux environs d'Achir, dans une des demeures en montagne. Al Mansour, touché par ce voyage en plein été, restaure ce gouverneur dans ses fonctions et acquiert à la suite de cet épisode une réputation de juste[62]. En réalité Al Mansour estime avoir hérité ce domaine de ses aïeux, et pense la tutelle fatimide discrète mais pesante : des agents de sa Cour rapportent discrètement tous ses faits et gestes au calife fatimide. Et Al Mansour compte bien à terme se débarrasser de cette tutelle en renforçant les liens avec tous les chefs et gouverneurs de son domaine[62]. Sous le règne d'Al Mansour les campagnes du Maghreb al Aqsa (Maroc) continuent : un général et une troupe de cavalerie sanhadja appuient un client des zirides, l'idrisside Hassan Ben Ganun qui est finalement défait en 984 par les Zénètes et Cordouans. Cette défaite provoque la campagne de Yatufet autre fils de Bologhine et frère de l'émir Al Mansour, en 984/985. Il prend Fès à nouveau mais finit par être battu sévèrement parZiri ibn Attia, un Maghraoua dont la tribu originaire des Aurès s'est constitué un domaine à la lisière des deux Maghreb (central et extrême). Yatufet doit regagner péniblement Tiaret où le gouverneur de Kairouan, l'arabe Abdallah Ben Mohamed envoie des renforts, mais leurs forces ne rencontrent pas de succès plus durable. Al Mansour finit par se désintéresser des campagnes militaires auMaghreb extrême[59] à la main de divers groupes Zénètes du Maghreb central[63], son fils et successeurBadis charge son oncle Hammad de faire la guerre aux Zénètes en 1004 en lui promettant qu'il pourrait conserver toutes les villes conquises, et donc tout le Maghreb central[64].

Pièce de monnaie en or, un dinar avec légende en arabe
Dinar ziride en or, frappé auXIe siècle sous l'émirAl-Muizz ben Badis (1016-1062).

Les Zirides sont réputés pour leur richesse et leur splendeur. Le chroniqueur arabeAl-Bakri, venu d'Orient, donne de précieux renseignements sur les populations : la fusion entre les quelques Arabes et la masse des Berbères progresse, les descendants de Byzantins, de Roums ou de Perses des premières garnisons abbassides ont disparu, assimilés aux autochtones. La majorité de la population reste fidèle au malékisme, les chiites se réfugient dans quelques villes côtières ou enIfriqiya, et les kharidjites dans leHodna ou laTripolitaine. La population devient donc plus homogène. LesAfariq (Chrétiens latinisés ou romano-africains) sont moins nombreux : on en dénombre encore à Bone (Annaba) etBéjaïa.Ibn Khaldoun décrit cette période :« Jamais on n'avait vu, chez les Berbères de ce pays, un royaume plus vaste, plus riche, plus florissant ». Ce constat concerne également à l'Ifriqiya[64].

Hammad, le frère de l'émir Al Mansour, reçoit le commandement d'Achir et de M'Sila. Il gouverne ces villes en alternance avec son frère Yatufet. Il reçoit de l'émir la mission de mener la guerre aux Banu Ifren et Maghraoua et peut étendre son domaine à toutes les villes reprises ou conquises à l'Ouest. Il fait bâtir une nouvelle place forte : la Qal'a des Beni Hammad, dans le Hodna avec une vue dégagée sur les plateaux. Il peut ainsi surveiller les mouvements de troupes nomades, dont parmi eux beaucoup de Zénètes[61].

Carte représentant l'extension des Zirides en Afrique du Nord
Extension maximale des Zirides sous Bologhine Ibn Ziri (v.980).

De son côté, Al Mansour change d'attitude envers les Zénètes de l'Ouest : il accueille un certain Saïd Ibn Kharzoun en 989. En effet, les Cordouans jouent des divisions entre Zénètes pour garder une influence sur l'Ouest du Maghreb et se font rapidement des ennemis parmi ces derniers qui passent dans le camp sanhadja. Saïd Ibn Kharzoun reçoit la charge de gouverneur de Tobna et les tribus proches de ce dernier prêtent allégeance à l'émir Al Mansour. En l'an 379 de l'hégire soit 989/990, Abou El Behar, un fils de Ziri et donc oncle de l'émir Al Mansour, se soulève et intrigues avec les Andalous ; finalement, il capitule et est pardonné par Al Mansour, évitant le conflit. Al Mansour meurt en 996 en ayant renforcé l'Empire sanhadjien. Son fils Badis est escorté d'Achir à Mahdiya où son père est mort pour prendre la succession. Cependant, son oncle Hammad dispute la succession de celui qui n'est alors qu'un enfant. Hammad finit toutefois écarté par la garde personnelle de l'émir non sans amertume. Al Mansour avait donné des instructions à sa garde et mis en place un « conseil des sages » avant sa mort[65].

Relation avec les Zénètes, intrigues au Mahreb extrême et en Al Andalus

Articles détaillés :Campagne des Zirides en Ibérie,Taïfa de Grenade etIfrenides.

Les Zirides, après s'être désintéressés des interventions auMaghreb extrême, concluent une alliance avec lesMaghraouas qui deviennent leurs tributaires. L'émir ziride Al Mansour nomme un Maghraoua, un certain Fulful, wali duZab (région deBiskra, Algérie), et l'émir des MaghraouasZiri ibn Attia en froid avec lesCordouans, renoue le dialogue avec lesZirides et lesFatimides. Il devient tributaire des Zirides vers 990. Il profite de la paix pour consolider ses États, et fonde la ville d'Oujda près deTlemcen pour en faire sa capitale, il peut ainsi partir en campagne sur les deux Maghrebs : central et extrême.

Les partisans de l'émir ziride Badis sont battus au Maghreb extrême par les Cordouans et le grand vizirAndalou El Amiri. Les Maghraouas changent alors d'attitude face au recul ziride. Aucune autorité ne structure cette région livrée à l'anarchie entre groupes zénètes parmi lesquels les Andalous recrutent des mercenaires. LesMaghraouas etIfrenides, deux groupes zénètes de la marche ouest du Maghreb central vont étendre leur domination à l’actuel Maroc en plus de résister aux Zirides à la faveur d'un chassé-croisé d'alliance avec les Cordouans. Al Amiri charge l'émir Maghraoui, Ziri Ibn Attia, originaire desAurès (à l'est de l'Algérie) d'attaquerTiaret[66].

Le Ziride Yatufet frère de l'émir Al Mansour mène diverses campagnes à partir de Tiaret pour sécuriser la limite ouest du domaine ziride. Le 23 avril 999, Hammad le rejoint mais son rude commandement et les vexations permanentes de ses officiers conduisent les Sanhadjas aux désastres.Ziri Ibn Attia assiège Tiaret qui finit par se rendre. Badis apprend la nouvelle et quitteAl Mansouriya le 21 mai 999. Son wali (gouverneur) Fulful lui aussi Maghraoui, se révolte de mèche avec Ziri ibn Attia[67]. Ce dernier fuit Tiaret à l'approche de l'armée ziride et va prendreFès. Badis peut retourner avec Yatufet châtier Fulful, qui prend également la fuite vers le Zab puis vers la Tripolitaine où il continue à intriguer avec les Zénètes locaux pour les faire entrer en dissidence. Il est rejoint un temps par les frères Hammad et Al Mansour : Maksan, Zawi, Djalal, Madjnin et Azem qui se révoltent car s'estimant lésés d'avoir obtenu des commandements mineurs par rapports aux autres frères[68].

Une des anciennes fortifications de Grenade
Murs de l'Alcazaba Cadima (Grenade) de l'époque de Zawi ibn Ziri (Xe siècle)

Hammad réduit rapidement la révolte dont il subsiste deux poches : une dans le Zab, et une autour dumont Chenoua. Hormis Maksan, les frères se rendent les uns après les autres en échange de la promesse d'avoir la vie sauve, eux et leurs enfants. Zawi conclut un accord avec Hammad, il reconnait l'autorité de l'émir Badis sur le Maghreb, peut embarquer avec ses troupes, prendre les fils de Maksan (Hubasa et Habus) et ceux qui veulent bien le suivre pour l'Andalousie dans califat de Cordoue en pleine décomposition. Il est reçu par le grand vizir qui dispute alors le pouvoir à différentes factions andalouses et se satisfait de recevoir de potentielles troupes prêtes à combattre. Zawi guerroie contre les rois chrétiens et se voit accorder dans un premier temps le district d'Elvira. Mais l'implosion de l'Al Andalus des Ommeyyades entre factions composées d'Arabes, de Slaves et de Berbères le conduit après unecampagne en Ibérie à fonder la ville et lataïfa de Grenade en 1013. La même année, il participe ausac de Courdoue et récupère la tête de son grand-père Ziri ibn Menad tombé au combat en l'an 360 de l'hégire (971) face aux Zénètes vassaux du calife de Cordoue dans la région de M'sila. La tête est renvoyée en Ifrikiya pour être enterrée avec le reste du corps[69].

Zawi rentre au Maghreb central puis enIfrikiya vers1015 ou1020 (année 405 ou 410 de l'hégire), accompagné de ses enfants et ses serviteurs ramenées d'Espagne après 20 ans d'absence. Sa délégation emmène avec elle beaucoup de biens dont des pierres précieuses. Il est accueilli par l'émir zirideAl-Muizz ben Badis qui lui réserve le meilleur accueil et lui offre une de ses demeures[70].

Dynastie des Hammadides

Article détaillé :Hammadides.

Les bases de la séparation des Zirides du Maghreb central et de l'Ifrikiya

Une photo des ruines d'une ancienne ville médiévale et un minaret encore debout
Minaret de laKalaa des Béni Hammad (XIe siècle) site classé aupatrimoine mondial de l'UNESCO.

Hammad, fils de Bologhine, est chargé du commandement de Achir et M'sila par son frère l'émir ziride El Mansour, en alternance avec son autre frère Yatufet. L'émir Badis, confirme son oncle Hammad dans son rôle en 1004[71]. Selon Al Idrissi en octobre 1005, Hammad aurait même reçu l'autorisation de constituer son propre royaume au Maghreb central à la condition de prendre du terrain aux Zénètes[72]. Cependant, la différence d'âge entre Badis et Hammad, le rôle de Hammad dans les campagnes à l'Ouest contre les Zénètes assorti de la promesse de garder en sa possession toutes les villes conquises à l'Ouest (aux dépens des Zénètes et desCordouans) renforcent l'autorité de Hammad. Ce dernier remporte de nombreuses victoires sur les Zénètes, réorganise son corps d'armée et se bâtit un nouveau fief : laKalaa des Beni Hammad(Qalʽa des Banī Ḥammād). La Kalaa est fondée en1007 pour devenir la capitale duroyaume berbère des Hammadides. C'est la première ville du Maghreb central notoirement connue pour son rôle de métropole après la conquête arabe. Elle fut bâtie autour de laQalʽa al-Hiğāra ; forteresse qui abritait l’oratoire ducalife fatimide[73] Hammad dote sa nouvelle ville de deux axes centraux et de plusieurs portes : Bab el Djenan, Bab Aqwas et Bab Djeroua. La ville se dote d'artisans, venus deM'sila ou d'Achir et de palais. Cependant Hammad continue à séjourner beaucoup plus souvent à Achir[74].

L'autorité croissante de Hammad inquiète l'émir Badis et la tension grandit entre les deux parents. Badis proclame son fils Al Mansour, commandant des places deConstantine,Tijis et Qsar al Ifriqi, en théorie dépendant du commandement Maghreb central de Hammad. En 1015, Hammad rejette donc la tutelle de Badis, se proclame émir, lève l'étendard de la révolte et rejette le chiisme des Fatimides pour l'orthodoxie sunnite des Abbassides de Bagdad. Hammad passe à l'offensive, il bat les troupes du khalifa Hicham Ben Djafer au Kef[75] prend Béja, mais doit se replier sur les steppes face à l'avancée de Badis qui le défait au lieu-dit Qeber Chahid. En effet, un grand nombre de soldats font défection et passent d'un prince ziride à l'autre. Hammad, abandonné par une partie de ses troupes, ne peut se réfugier dans Achir dont le khalifa Himyari reste fidèle à Badis. Hammad écrit des missives à Badis lui affirmant n'avoir jamais remis en cause son autorité, tout en poursuivant le conflit. Badis se décide à passer au Maghreb central : la Kalaa l'accueille à bras ouverts, ainsi que sa ville natale Achir. Hammad doit se replier sur M'sila[75]. Un affrontement a lieu le 16 octobre 1015, entre Badis et Hammad. Les combats sont terribles et fratricides, et Hammad est finalement défait et doit fuir. Hammad espère un coup du sort : le domaine des Zirides est immense et une attaque des Zénètes à l'Ouest dans leMaghreb al-Aqsa où les intrigues des princes de Tripoli ou de Barqa à l'Est pourraient appeler Badis au loin et détourner son attention du Maghreb central[75]. L'émir Badis se résout à ne pas quitter la région sans avoir mis la main sur Hammad, mais finalement meurt dans son sommeil. Son filsAl-Muizz ben Badis prend la succession, ce qui laisse du répit à Hammad. Ce dernier reprend le commandement des villes du Maghreb central et vient à nouveau ennuyer son neveu l'émir Al-Muizz en marchant surBejaïa. Al-Muizz, confirmé par le calife fatimideEl Hakim, comme souverain de l'Ifrikiya et du Maghreb, part en campagne et inflige à nouveau une défaite à Hammad en 1017[76]. Hammad est replié sur la Kalaa des Beni Hammad[77]. Il envoie son fils Al Qa'id négocier à Kairouan en 1018, et ce dernier est bien reçu par ses parents : il lui est donné 3 000 dirhams par jour et 25 mesures d'orge, des selles brodées d'or et des articles de luxe pour sa suite et ses bêtes. Un autre fils de Hammad, Abdellah de la Kalaa, est également promis en mariage à la sœur de l'émir Al-Muizz ce qui renforce les liens entre les deux branches zirides. La fête est somptueuse et l'historien Ibn Rakik parle d'un trousseau de1 million de pièces d'or versé par l'émir Al-Muizz à sa sœur. L'enterrement de sa mère est également somptueux : en 1022, les funérailles lui coutent 100 000 pièces d'or en offrandes aux pauvres et le cercueil est fait d'un bois importé des Indes[78].

Al-Muizz ben Badis, fait preuve d'un grand sens politique : il donne les places du Maghreb central qu'il a réinvesties en commandement au fils de Hammad et son cousin : Al Qa'id Ibn Hammad. Hammad observe dès lors une réserve prudente : dès lors que ces places reviennent à son fils et héritier présomptif, il n'est plus nécessaire de partir en guerre, reconnaissant formellement la tutelle de Al-Muizz et il consacre son énergie à développer la Kalaa. Il fait preuve également aussi d'un certain sens politique en achetant les services de certaines tribus Zénètes, il fragmente le domaine de Ziri ibn Attia et étend son autorité jusqu'à Tahert et Tlemcen[79]. Ibn Khaldoun affirme alors que la puissance des Berbères est alors à son apogée et que jamais on ne vit dans ce pays de royaume aussi vaste, puissant et prospère[78].

En réalité, cette paix et la reconnaissance de la suzeraineté et l'unité ziride est temporaire et se fait en contrepartie de la reconnaissance du rôle de Hammadides au Maghreb central. Progressivement se dessinent deux royaumes : l'un des Zirides badissides de Kairouan régnant sur l'Ifrikiya (actuelle Tunisie) et l'autre des Zirides hammadides de la Kalaa régnant sur le Maghreb central (actuelle Algérie). Al Qa'id agit lui-même en véritable émir et distribue le commandement des places du Maghreb central à ses frères commeMiliana, Ouardia etHamza[79]. Le domaine Hammadide s'appuie sur deux villes fortifiées : la Kalaa et Achir. À l'Est, les régions deConstantine, M'sila etSétif sont le siège d'un wali (gouverneur) et font office de marche avec le domaine des Zirides badissides deKairouan. À l'Ouest, il soumetTahert, puisTlemcen qui lui est toutefois disputée par les Zénètes. Les Hammadides poussent temporairement plus à l'Ouest avec une brève occupation deFès (de 1062 à 1067)[80]. Le domaine des hammadide qui se dessine progressivement inclut également des populations berbères zénètes sur son sol : la ligne qui va duChélif à l'ouest, et qui passe par Achir, la Kalaa et M'sila, comprend sur son versant sud les domaines de nomadisations de tribus zénètes sur lesHauts Plateaux. Le Nord est peuplé de Berbères sanhadjas centré surAlger,Miliana et laMitidja[79]. Au Sud, les Hammadides s'emparent de Biskra (Zibans)[80] et étendent leur prérogative à Ouargla (1067) et au Mzab[81]. Le contrôle des espaces pré-saharien, puis saharien et du commerce transsaharien est un enjeu majeur pour les Hammadides qui orientent les flux vers le port de Béjaïa[82].

Les menaces chrétiennes en Méditerranée permettent de faire l'unité locale, un temps. Les Fatimides sont aux prises avec les Byzantins, les Zirides doivent eux organiser des expéditions en Sicile et en Italie. Pour cela ils recrutent des volontaires et s'allient aux Hammadides, ce qui n’empêche pas plusieurs revers : une expédition en Italie centrale en 1020 et une en Sicile (1024-1025) tournent au désastre puis en 1034-1035 les Pisans s'emparent de Bone (Annaba)[83]. L'expédition ziride et hammadide en Sicile en 1036 sera plus heureuse. Ces derniers viennent en appui auxémirs kalbides qui se sont émancipés à leur tour de la tutelle des Fatimides et doivent gérer un conflit de succession sur fond de menace chrétienne[83],[84].

L'émancipation définitive des Hammadides

Hammad meurt le 21 février 1026 de l'âge et la maladie sans avoir pu émanciper totalement son domaine[85]. En 1029 et 1035, le Badiside Al-Muizz est pris dans un grand conflit avec les Zénètes d'Est en Ouest. Au cours de l'année hégirienne 732, soit 1039-1040, les Hammadides reprennent leur veilleité d'indépendance, sans queEl Bayan d'Ibn Idhari, ni Ibn Khaldoun n'en donnent la raison, mais probablement en raison des difficultés du pouvoir badisside en guerre[85].

Un poids ancien médiéval et circulaire
Dénéral hammadide, à usage de contrôle de poids ou monnaie (1012-1152)

Al Qaïd, fils de Hammad, prend son indépendance de la tutelle badisside et le titre de sultan. C'est la fin de l'unité sanhadja[86] et ziride[85]. En 1039, Al Qaid part en campagne à l'Ouest contre les Zénètes maghraouas, commandés par Hammama, fils de Ziri Ibn Attia. Les deux armées campent l'une près de l'autre. Al Qaid paie les différentes chefferies zénètes et commandants ennemis avec de l'or. Hammama, se rendant compte qu'il est trahi, décide ne pas livrer le combat et accepte les conditions de Al Qaid qui fait de lui un vassal soumis à un tribut. Al Qa'id conclut également la paix avec Al Muizz en 1043/1044 (année hégirienne 434). Al Qaid participe probablement à labataille de Haydarân aux côtés des Zirides badissides face aux Hilaliens[87]. En effet le Badisside Al-Muizz, comme les Hammadides, ne tarde pas à rejeter le chiisme et la reconnaissance du califat fatimide d'Égypte. Pour punir cette dissidence ouverte des Zirides, le calife fatimide lance sur l'Ifrikiya des tribus arabe Banu Hilal et Banu Soleïm. Il fait coup double car ces tribus turbulentes sont assez difficiles à gérer pour le pouvoir fatimide qui les a fait interner en Haute-Égypte ; il a donc l'occasion de s'en débarrasser à l'Ouest (1050-1052)[88]. Ces nomades qui finissent pas dévaster et morceler l'est du Maghreb, sont accueillis par une attitude mitigée des princes sanhadjas : tantôt en mercenaires et alliés, tantôt en ennemis[83].

Al Qaid meurt en 1054 et son fils Muhsin ibn Al Qaid monte sur le trône. Ibn Khaldoun le décrit comme un prince sévère et hautain. Il réprime et fait tuer quatre de ses oncles, Madin, Menad, Wighlan et Temim, qui se servaient de leur position de gouverneur pour piller Achir et rançonner les tribus dont lesOutelkata (tribus d'origine des Zirides), sans que la raison de ces attaques ne soit précisée par les historiens[87]. Muhsin fait recruter des Hilaliens, mais son règne est court. Son cousin Bologhine Ben Mohammed Ben Hammad retourne des assassins hilaliens venus le tuer et part lui-même défier Muhsin Al Qaid qui est décapité en mai 1055 après 9 mois de règne. Bologhine devient donc sultan hammadide de la Kalaa en 1055[89].

Ce dernier a une réputation guerrière. Le ralliement des Hammadides, puis des Zirides à l'orthodoxie sunnite, met la pression aux populations hétérodoxes, chiites et kharédjites (ibadites), du Maghreb central, et duMaghreb en général. Bologhine ibn Hammad, lance une expédition vers le Maghreb extrême et prend Fès (1062), puis réalise la prise de Ouargla et de la vallée du Mzab (1067)[81]. La violence des attaques répétées contre l'Oued Righ est évoquée par les sources ibadites. Un savant du Djerid de passage dans la vallée du Righ trouve le village de « Tamīrīt » effacé par les Hammadides. L'émir s'en prend également aux régions présahariennes, jusqu’à Ourlana fief de certains Zénètes Maghraouas[90].

L'apport sanhadja à la culture

Photo d'une inscritpion calligraphique en arabe
Inscription calligraphique d'époqueziride (mosquée de Sidi Okba, région deBiskra,Algérie).
Un ventail de minbar en bois avec des ornements mauresques
Minbar ziride de la mosquée des Andalous deFès (979-985)[91].

Les Zirides investissent énormément dans l'architecture religieuse des plus vieilles mosquées du Maghreb. La coupole ainsi que les inscriptions koufiques[92] de lamosquée de Kairouan (Tunisie) sont ajoutées ultérieurement à l'édifice daté de 670. Ils batissent le minaret et la porte de lamosquée de Sidi Okba (région de Biskra, Algérie) édifice de l'an 686, bâti sur le tombeau du conquérant des premières expéditions arabes au Maghreb :Okba Ibn Nafi[93],[94]. Les Zirides élaborent également le minbar de la mosquée des Andalous de Fès (Maroc), lors de leur occupation de la région vers 980[91]. Les premières mosquées notoires d'Alger sont décrites par El Bekri auXe siècle comme lamasgid al-ǧāmi, qui serait la version initiale deDjamâa el Kébir[95], ou les ruines d'une église antique proche[96]. L'autre mosquée d'Alger de l'époque ziride estDjamaa Sidi Ramdane dans la haute Casbah. Son architecture est très simple, sans ornement excessif et reflète surement un modèle de mosquée berbère rudimentaire des premiers siècles de l'islam[97]."

Vue sur un encorbellement orné avec fenêtres
Unkbou (encorbelement) àAlger.
Un palais ancien médiéval avec une facade en pierre
Lepalais de la Zisa de Palerme.

Les Hammadides élèvent de nombreux monuments à la Kalaa : le qaçr al-manâr (palais du Manar), de dâr al-bahr (maison du Lac), qaçr al-najma (palais de l'étoile) et d'as-Salam. La ville est fortifiée, et sa principale mosquée est composée d'une cour bordée d'un péristyle avec un minaret somptueusement orné au mur nord[79], encore debout et d'une hauteur résiduelle de 25 mètres[86]. Les palais d'Achir et de la Kalaa permettent de préciser quelques traits d'architecture sanhadjienne du Maghreb central : les pièces d'ordonnent autour d'une cour centrale, lewast al-dar, les portes sont en avant-corps comme de petits arcs de triomphe, les entrées en chicane pour dérober l'intérieur aux regards indiscrets et des salles à défoncement faisant saillie dans les murs extérieurs et formant des alcôves ou kbou[79]. Les fouilles des ruines de la Kalaa et les témoignages historiques ont permis de mettre en évidence brules parfums, amphores, fioles à parfum, instrument de musique, poteries, céramiques, lustre métalliques et un riche artisanat composé de verre, de fer, de bronze, de peintures de porte, cabochons, sculptures géométriques ou en forme de petits oiseaux qui révèlent le faste et le luxe de cette ville située en pleine montagne. La ville comporte des faïences de type zellige et des sculptures en plâtre qui témoignent de l'influence orientale qui s'est diffusé progressivement d'Est en Ouest au Maghreb[79],[98],[99].

La Kalaa est également un centre intellectuel important : la mosquée en plus d'être un lieu de culte et un pôle de théologie. La Cour hammadide accueille les poètes, savants en sciences profanes, mathématiques et astronomie.Abou el Fadl Ibn Nahwi, grand poète et savant réputé, séjourna à la Kalaa de 1100 à sa mort en 1119 et fut à l'origine d'une tradition lettrée qui se perpetua ensuite à Bougie (Béjaïa), seconde capitale du Maghreb central hammadide[79]. Les Hammadides vont également influencer l'art deSicile, par le biais des émirskalbides ou de leurs successeurs lesrois Normands. Ces derniers sont dans un premier temps ennemis des Zirides, leurs voisins immédiats, et par un jeu d'alliance alliés des Hammadides de la Kalaa et de Bougie. Artisans et lettrés, circulent entre la Kalaa etPalerme. Deux des palais des Normands de Sicile porteront les mêmes noms que les modèles qui les ont inspirés à la Kalaa ou à Bougie[100]. Les palais de la Zisa et de la Cuba de Palerme sont ainsi inspirés de l'architecture Sanhadja et plus généralement des palais d'art musulman d'Afrique du Nord[101]. Le palais normand de la Zisa, par exemple, est souvent comparé de par ses caractéristiques aux palais hammadides (Kalaa : Dâr al-Bahr et rez-de-chaussée de la Dâr al-Manâr), zirides (palais de Ashir) et fatimides (Tunis : Banû Khurasân et Burj al-Arif de Mahdia)[102].

La poussé des Nomades : invasions hilaliennes à l'Est, almoravides à l'Ouest et normandes en Méditerranée

Carte du Maghreb avec différentes entités politiques représentées en couleur
Carte des Hammadides et des royaumes voisins (v.1050), à l'aube des invasions hilaliennes et almoravides et extension maximale (campagne militaires de Bologhine Ibn Hammad v.1065).

L'émir ziride badissideAl-Muizz ben Badis rejette la tutelle morale du califat fatimide chiite à son tour, entre 1041 et 1051. Il réintègre la sunna et l'obédience du calife abbasside de Bagdad[83]. Les Hammadides réintègrent alors symboliquement et temporairement l'obédience fatimide par opposition de principe aux Zirides badissides[83]. Le calife Fatimide perd totalement pied au Maghreb et envoie des nuées de nomades arabes hilaliens en rétorsion. Il se débarrasse aussi, par la même occasion, de tribus sauvages et turbulentes qu'il a cantonnées en Haute-Égypte[88]. Les Hilaliens sont un terme générique : ces derniers sont suivis d'autres groupes tribaux arabes comme les Beni Soleïm. Entre1050 et1052, ils déferlent sur l'Ifrikiya (actuelle Tunisie). L'émir ziride pense d’abord pouvoir en faire des alliés pour punir à son tour les Hammadides qui ont fait scission. Il est cependant défait à labataille de Haydarân en 1052. Les troupes berbères sont nombreuses mais trop hétérogènes : les différentes tribus et le retrait désordonné d'une troupe soudanaise sèment la pagaille dans le camp ziride. Les hammadides, jaloux de la garde noire ziride, n'assistent pas ces derniers dans la bataille pour espérer venir les sauver ensuite, et mettre en scène leur succès. Cependant leurs plans ne se déroulent pas comme prévu[83],[103].

Les Hilaliens déferlent « semblables à une armée de sauterelles » selon Ibn Khaldoun et pillentKairouan et l'Ifriqiya. Les Zirides déplacent leur capitale sur le littoral à Mahdia et lancent un mouvement de reconquête des espaces perdus. La mobilité des Hilaliens met le pays en désordre : alternance de conquêtes, pillages et routes coupées plongent progressivement l'Ifrikiya dans l'anarchie. Les Hammadides tentent d'en faire des alliés notamment sous le sultanAn-Nacir (1062-1088), successeur de Bologhine Ibn Hammad. Ce dernier attaque l'Ifrikiya ziride de concert avec les chefs arabes hilaliens avant de se rendre compte du danger qu'ils constituent lorsqu'ils tournent le pillage vers ses propres possessions[104].

Toutefois la « catastrophe » semble plus historiographique que réellement imputable aux seuls Hilaliens. Ibn Khaldoun qui décrit les nomades hilaliens, est un fonctionnaire qui sert des pouvoir citadins et évolue dans un milieu de lettrés auXIVe siècle. Ces milieux ont en horreur les nomades des steppes. Sa description des Hilaliens et de leur importance serait exagérée. Nombre de désordres ne sont potentiellement que la conséquence de la gestion du pouvoir ziride : expropriations, politique de la terre brulée autour des villes assiégées... L'Ifrikiya n'est alors pas dénuée de bandes révoltées contre le pouvoir ziride[105].

Les Hilaliens ne font que se plaquer sur le jeu des divisions et s'insèrent dans des alliances locales. Les Zirides badissides reçoivent l'alliance et voient leur tutelle reconnue par les Riyah. En réaction, les Hammadides concluent un accord similaire avec les Athbedj[106]. Les Athbedj viennent camper près de la Kalaa. Mais ce voisinage est dangereux, composé de multiples factions, An-Nacir se rend très vite compte de leur caractère incontrôlable. Ils consomment aussi beaucoup de récoltes mais ne produisent rien[106].

An-Nacir décide donc de déplacer sa capitale à Béjaïa, alors appeléeNaciriya. Le changement de capitale a lieu vers 1088 sous la forme d'une cohabitation : les sultans An-Nacir, puisAl Mansour séjournent au besoin dans les deux villes. Cependant son fils Badis prend définitivement pour capitale Béjaïa en 1104[105],[103]. Les Hilaliens tirent également profit des divisions entre Hammadides : la Kalaa ou Achir sont le siège de dissidences qui recrutent des mercenaires. Les Hammadides sont alors limités dans leur action à l'Ouest dans la seconde moitié duXIe siècle : leChelif sert de frontière naturelle avec les Zénètes qui investissent Tlemcen et Tahert. Au sud également les Zénètes nomadisent en toute liberté. Ces derniers sont à la fois refoulés et assimilés aux Arabes : les tentes berbères ressemblent à celles des Arabes et beaucoup sont tentés de se donner des ancêtres arabes, vus comme plus prestigieux pour un musulman. C'est également une manière pour beaucoup de Zénètes de prendre leur revanche sur l'autorité sanhadja au point qu'au fil du temps les Hilaliens par un phénomène d'assimilation à un rameau de tribu ou à un ancêtre arabe commun comportent autant de nomades Zénètes que d'Arabes dans leurs rangs[105],[107].

Le sultan An-Nacer dès son intronisation en 1062 a quadrillé son territoire pour se prémunir des humeurs des nomades hilaliens et a fait nommer comme vizir Abou Bekr ben Foutouh. Il reçoit un à un l'allégeance deswali (gouverneurs), ses frères : Ruman àSouk Hamza, Khazer à N'gaous, Belbar à Constantine, ses fils : Yucef àAchir et Abdallah à Tamezghith (Alger). Il assiège Biskra qui ne fait pas allégeance et y place unwali. Energique plusieurs villes d'Ifrikiya et du Maghreb central lui écrivent pour faire part de leur allégeance et échapper au désordre hilalien. Il mène en 1065 une coalition berbéro-hilalienne (Sanhadja, Zenete, Athbedj, Adi) contre une insurrection hilalo-zénatienne (Zénètes, Riahi, Zughba, Soleïm et Magharouas) qui a le soutien de l'émir badisside Temim. Ce dernier voit une défaite de son cousin comme un moyen de déverser un peu plus de nomades à l'Ouest et apaiser son royaume. C'est la bataille de Sbiba entre Kairouan et Tebessa qui tourne au désastre pour An-Nacer. Les insurgés gagnent notamment en raison de défections dans les effectifs de An-Nacer qui doit se replier à la hâte sur Constantine poursuivi par des arabes Riyah[108],[109]. Selon Ibn Khaldoun, An-Nacer avait reçu un contingent de soutien de Moezz Ibn Ziri, le Maghraoua qui s'est rendu souverain de Fès et tributaire[110]. La bataille traduit la poursuite de la rivalité entre Hammadides et Badissides malgré le danger croissant des nomades hilaliens, mais également le morcellement de ces derniers en des multiples factions qui font alliance aux forces locales. Les Hammadides sont d'ailleurs tentés de reconquérir et de racheter une partie de l'Ifriqiya pour la libérer de la tutelle des nomades arabes : les Riyah vendent Kairouan à An-Nacer (1066), puis ce dernier attaque d'autres villes de l'Ifriqiya pour les libérer des Hilaliens et ramener l'ordre[111]. Le Hammadide An-Nacer, conclut finalement la paix avec le Badisside Temim vers 1070[109]. La réconciliation définitive entre les deux dynasties a lieu en 1077, mais il est déjà trop tard : les Hilaliens se sont insérés dans le jeu maghrébin et ont pesé avec les Zénètes comme arbitres dans les querelles intestines sanhadja en se taillant des fiefs[111].

Intérieur d'une mosquée ancienne avec des arcs
Intérieur de la Grande mosquée d'Alger,Djamaâ el Kebir (1009/1097)

Le désastre hilaliens, est en fait une migration très progressive dans l'ensemble du Maghreb qui bien qu'elle en a induit l'arabisation progressive. Depuis la Tripolitaine ces derniers migrent sur plusieurs siècles jusqu'au sud du Maghreb al Aqsa duXIe siècle auXIVe siècle[112]. À l'époque hammadide, le Maghreb central ne voit que le Constantinois partiellement envahi de tribus hilaliennes. Les Hammadides arrivent à restructurer leur domaine autour de Béjaïa et à préserver leur civilisation brillante de manière plus aisée que les Zirides badissides. L'arrivée des Hilaliens transforme des pouvoirs sanhadja ruraux et intérieurs en puissances littorales. Cependant enmer Méditerranée, la nouvelle puissance des Normands qui prennent Palerme et la Sicile menace cette vocation maritime nouvelle des États sanhadjas[107]. L'abondance de bois dans la région de Béjaïa comparativement à Mahdiya la capitale badisside, mais aussi la nécessité de mener une guerre asymétrique en mer contre les Européens et de compenser les pertes de revenus occasionnées par les raids des nomades Hilaliens conduisent dès 1060 les Hammadides à inaugurer une piraterie plus tard qualifiée de « barbaresque »[113],[114]. Les populations musulmanes d'Ifrikiya, sous les badissides ou dans des villes occupées par les Hilaliens, seront tentées d'appeler à l'aide l'émir hammadide pour contrer la menace maritime chrétienne. Les Hammadides interviennent en Ifrkiya, et s'installent notamment à Djerba. Les Normands viennent en aide aux Badissides ; mais cette aide sera fatale à ces derniers. Roger de Sicile portera le coup de grâce aux Badissides d'Ifrikiya. Il profite du désordre en Ifrikiya pour s'emparer deDjerba et Mahdiya (1135) en repoussant les Hammadides puis il menace ensuite Gigelli (Jijel) en 1143, et de petits ports entre Cherchell etTénès. En 1146, il implante une garnison àTripoli et passe d'une politique de raid à l'occupation permanente en Afrique, c'est le début de la chute des Badissides qui disparaitront au bout de 2 ans de conflits[115].

À l'Ouest, une autre menace portée par des nomades va modifier les rapports de force. Ces nomades sont berbères et sanhadja comme les Hammadides et les Zirides, mais contrairement à eux, ils sont issus d'une branche saharienne : les Lemtounas. Les Almoravides sont une force structurante, depuis leur zone d'origine en Mauritanie, ils déferlent sur le Maghreb al-Aqsa par le sud et prennent Fès (1069), mettant fin à l'emprise des chefferies zénète morcelées sur la région. Les Almoravides contrairement aux Hilaliens, organisent un Empire. Il sera centré sur l'Ouest avec comme capitale la ville de Marrakesh qu'ils viennent de fonder. Ils franchissent la Moulouya et se déversent sur le Maghreb central : Tlemcen, Oran, Ténès et l'Ouarsenis sont conquis et le siège est mis devant Alger (1082). Ils ne poussent pas plus pour ne pas entrainer de conflit avec les Hammadides et préfèrent poursuivre leurs efforts enAl-Andalus[116]. Les Hammadides ont tenté une expédition préventive en 1062 pour juguler la force montante des Almoravides dans le Maghreb al-Aqsa : Bologhine ibn Hammad prend Fès aux Maghraouas en 1062. Mais ils ne rencontrent aucune armée almoravide occupée à mater les Masmoudas de l'Atlas. Les Hammadides doivent finalement se retirer en 1067 : il vaut mieux pour eux se concentrer à l'Est contre les Hilaliens et se retirer confortablement en ayant fait beaucoup de butins[117].

Vue extérieure sur une ancienne mosquée
Grande mosquée de Nedroma (v.1145)

An-Nacer est marié à la sœur d'un chef zénète des environs de Tlemcen, Makhoukh. Cette paix est censée maintenir une alliance entre Hammadides et les Zenetes Maghraoua de la tribu Beni Wamanou. Or le nouveau gouverneur almohade de Tlemcen mis en place lors de la conquête en 1082, Mohamed Ben TInameur, reussit à retourner les Beni Wamanou contre An-Nacer, alors occupé à combattre les Hilaliens. Al Mansour, héritier de An-Nacer, se lance unepremière campagne contre les Almoravides et les Beni Wamanou, mais échoue et étrangle sa femme, également originaire de cette tribu, en représailles. Dès lors, Makhoukh, offre tout son appui aux Almoravides, qui reprennent leur offensive sans succès. Al Mansour défait Makhoukh puis Mohamed Ben Tinameur et prend Tlemcen et sa région. Youssef Ibn Tachfin préfère faire la paix avec les Hammadides car il est occupé en Al-Andalus. Ce n'est en réalité qu'une trêve étant donné qu'il reprend les hostilités quelques mois plus tard. Les Almoravides s'implantent peu au Maghreb central : ils nomment un gouverneur à Tlemcen qui est chargé de recruter des tribus zénètes qui font plus figure d'alliés. En effet, les Almoravides sont accaparés par les conflits en Ibérie, il est donc inutile pour eux de provoquer des guerres à répétition à l'Est avec d'autres dynasties sanhadja. Il prend d'ailleurs lataïfa de Grenade (1090) en Andalousie, et ne reviendra pousser ses conquêtes au Maghreb central que vers l'an 1096 jusqu'à Alger[118]. Cette conquête entraine uneréaction hammadide en 1102 : le pays est repris jusqu'à Tlemcen assiégée mais la femme du gouverneur Tachefin, Haoua, demande d'épargner la ville du pillage en échange de la paix entre les deux royaumes sanhadja. Al Mansour rentre donc à la Kalaa en ayant stoppé les Almoravides par la prise de Tlemcen (1102-1103). Les Almoravides lors du passage de leur vie nomade d'origine à la sédentarité d'un Empire, font le lien entre la culture sanhadja du Maghreb central et la tradition hispano-cordouane de leurs nouvelles possessions. Le minaret carré de type maghrébin dérive de la mosquée de Kairouan, puis plus spécifiquement de celle de la Kalaa avec ses murs d'aplomb et ses niches aveugles qui inspirent les réalisations almoravides[119] dont la première mosquée de la Koutoubia, et par la suite almohades avec la tour Hassan, ou la Giralda de Séville[120]. Les Almoravides permettent la rencontre des architectures berbères existantes au Maghreb avec les apports andalous comme les arcs polylobés. Les Almohades ayant démoli la plupart des mosquées almoravides majeures, les seuls exemples de mosquées almoravides typiques, avec absence detransept, encore existantes sont présentes dans le Maghreb central : les grandes mosquées deNedroma et deTlemcen[121]. Celle d'Alger datant de l'époque hammadide est aussi remaniée par les Almoravides dans leur style hispanisant évoquant la mosquée de Cordoue selon Marçais[118].

Organisation des armées sanhadjiennes

Dans l'ensemble les émirs sanhadjas, zirides, badissides ou hammadides, sont des chefs de guerre et gèrent en permanence les affaires militaires. Ils se reposent sur des généraux appeléscaïd, les seuls que les chroniqueurs médiévaux citent dans leur récits[122].

Il existe des caïds subalternes pour différents corps : cavalerie, infanterie, engins de siège, minage… Jusqu'aux invasions hilaliennes, les sultans se dotent d'un corps de garde étranger : souvent africains, envoyés par des royaumes alliés soudanais (Niger, Mali, Sénégal…), il comporte également des mercenaires ou esclaves européens. Ce corps leur est dévoué corps et âme et permet de garder une distance avec les intrigues familiales, notamment les nombreux, oncles, cousins et parents qui occupent des dignités de gouverneurs. Hammad doit ainsi sa survie à sa garde personnelle lors d'un revers à Chlef. La garde sert aussi à protéger l'héritier sur ordre du souverain, notamment lors de la succession en écartant les nombreux potentiels prétendants. À partir des invasions hilaliennes, ces tribus constituent aussi une ressource pour le recrutement de cavalier et de troupes diverses. Selon les chroniqueurs, Badissides et Hammadides pouvaient aligner chacun 30 000 cavaliers et autant de fantassins. À la fondation de la Béjaïa hammadide, la Kalaa comptait un corps de 12 000 cavaliers. De manière générale, le nombre de cavaliers et de fantassins est équivalent dans les armées sanhadjas[122].

Les soldats disposaient, en général, d'une épée ou d'un sabre, d'une lance ou d'un javelot et d'un poignard. Les archers d'un arc ou d'une arbalète, avec des flèches empennées et à pointe d'acier. Les boucliers étaient ronds et légers, en peau d'antilope ou de bœuf tanné. Le port de cuirasse et de casque semble se généraliser dans une moindre mesure à cette époque. Il est ainsi rapporté que l'émir badisside Temim offre 1000 cuirasses, 1000 lances, 1000 boucliers et 1000 sabres indiens à ses alliés hilaliens ryah ; ce qui prouve que zirides et hammadides possèdent des armuriers en grande quantité[122].

À chaque départ en campagne, le sultan opère une revue de ses troupes et fixe l'itinéraire à parcourir avec ses généraux et intendants. Les cheminements sont longs et prudents : selon une chronique,Badis ben Mansur, met ainsi 23 jours pour se rendre de M'Sila à Kairouan et 4 jours pour aller de Kairouan à Mahdia. Les troupes et surtout la cavalerie sont entretenues et entrainées, notamment les cavaliers montant des chevaux barbe qui sortent quotidiennement faire une tournée aux alentours de la Kalaa, puis de Béjaïa ou en Ifrikiya, qui est appeléetassaïst qui était codifiée : le caïd sortait à la tête de ses troupes jusqu'à un lieu déterminé, où il faisait une halte puis un demi-tour jusqu'à la porte du sultan où il attendait les directives. Ces aller-retours servent à entrainer la cavalerie à faire des mouvements en bon ordre. Les gradés sont aussi clairement identifiés sur le champ de bataille au moyen de leur coiffe, le sultan, lui, porte un turban rouge autour d'un casque, Le pillage est également une importante motivation des combattants et même des émirs eux-mêmes. Des billets manuscrits sont remis en fonction des faits d'armes des uns ou des autres pour décider du partage du butin[122].

Les sanhadja sont également les premières dynasties du Maghreb à disposer d'une flotte bien organisée. Le calife fatimide lors de son départ pour l'Égypte et du legs du Maghreb aux Zirides, avait constitué une flotte d'invasion conséquente. Des bateaux partaient ainsi régulièrement de Mahdia pour Alexandrie, emmenant des troupes ou tout simplement permettant le déménagement de la cour fatimide au Caire. Les Zirides vont imiter l'exemple fatimide et reconstituer une flotte locale. Mais c'est surtout les Hammadides à leur arrivée à Béjaïa qui vont constituer une flotte remarquable. La Kabylie fournie en effet des essences précieuses et en abondance pour les constructions navales :chêne-zéen, sapin, cèdre,chêne-liège, peuplier… Béjaïa devient même exportatrice de bois vers les Badissides d'Ifrikiya et d'autres villes méditerranéennes. L'arsenal hammadide de Béjaïa s'appelle leDar Sinaa, il est réputé pour l'habileté de ses artisans à fabriquer toute sorte de navires. Cette institution se maintiendra à travers les siècles[122] : l'époque almohade fait de surcroit de Béjaïa son principal port vers l'Orient et le Hadj ; le sultanat de Béjaïa des sultans locaux hafsides sera un des ports principaux de la course en Méditerranée entre leXVe siècle et leXVIe siècle[123] ; puis la régence d'Alger gardera Béjaïa comme leur principal pourvoyeur de bois et un chantier naval majeur. Seule la fin du navire à coque en bois (auXIXe siècle) mettra fin à cette activité de manière définitive sous la colonisation française.

Période bougiote

Vue sur une ancienne porte de fortification en pierre
Bab el Bounoud àBéjaïa, qui marque la fin du Triq sultan et l'entrée dans la ville médiévale

An-Nacer surveille lui-même la transformation de la localité — l'antique Saldae — en ville imposante en établissant sa résidence au qsar Loueloua. Il continue de faire des séjours fréquents à la Kalaa. À la faveur d'un rapprochement Badissides d'Ifrikiya et Hammadides du Maghreb central pensent même en faire la capitale commune de leurs États mais le projet ne verra jamais le jour. Béjaïa et la Kalaa sont reliées par une route royale : leTriq sultan, joignant les Hauts-Plateaux au littoral et le sultan An-Nacer dispense les nouveaux habitants dukharaj, pour encourager l'afflux d'habitants, lettrés et artisans[111]. Cet axe, passant par lesBibans (l'Ouannougha), ou lecol de Tirouda, voit son importance économique est culturelle encore maintenu de nos jours entretenant un mouvement pendulaire de plus de 1 000 ans[124]. Béjaïa comptait un certain nombre de portes : Bab Tanount, Bab Amsiwan, Bab el Marsa (Bab al Bhar), Bab el Bounoud qui marque la fin du Triq sultan, Bab al Louz, Bab Batina et Bab al Jadid. Ibn Hamdis décrit les cours intérieures des palais, les ornements en marbre, les vasques plaquées d'or ou d'argent, des sculptures de lions en marbre, les peintures aux plafonds. Les palais ont été progressivement détruits ou transformés en ouvrage défensifs au cours de l'histoire[125].

Le pouvoir hammadide implanté à Béjaïa est stable. Les montagnes sont un rempart à toute incursion nomade : hilaliennes comme zénètes. Le sultanAl-Mansur ben al-Nasir (1089-1105) fils de An-Nacer, déplace définitivement sa capitale sur le littoral. Il profite de la sécurité retrouvée pour administrer son domaine avec énergie : son oncle Belbar, gouverneur de Constantine et de Bône (Annaba) en révolte, est défait[126] en 1094[127].

Al Mansour ordonne également une expédition contre Tlemcen vers 1102. Elle sera commandée par son fils l'émir Abdallah. Défaits, les Almoravides doivent se replier sur le Maroc. Abdallah s'attaque alors aux Beni Wamanou, s'empare de Djebat, puis de Merat. Makhoukh, le chef des Beni Wemanou met le siège devantAlger, mais échoue et doit se retirer au bout de 2 jours. Tachfin Ben Tinemeur, frère du gouverneur almoravide de Tlemcen, lance une contre-attaque de plusieurs kilomètres surAchir, la ville d'origine des Zirides. Al Mansour décide de répondre avec force à la provocation : une coalition de Sanhadja et de tribus arabes des Athbedj et Zoghba, fournit 20 000 hommes qui prennent définitivement Tlemcen et infligent une lourde défaite aux Almoravides durant l'année hégirienne 492 (1102/1103)[118]. Au retour Al Mansour châtie des rebelles dans les Zibans et, l'ensemble de son domaine réunifié, rentre à Béjaïa où il n'a finalement que peu de répit : il décède en 1105, sept mois après la campagne de Tlemcen[128].

La monnaie est battue par le Dar Sekka, sous monopole d'État. Cependant à Mahdia, il est attesté que les particuliers étaient autorisés à monétiser leur propre métal, tradition existante dans certains pays musulmans, mais sans savoir si cela était valable pour le Maghreb central. Au départ, émirs d'Achir, de Mahdia puis de la Kalaa, battaient monnaie au nom des califes fatimides du Caire, puis, lors de la rupture avec ces derniers, au nom du calife abbasside de Bagdad, et, finalement, avec juste des citations coraniques sans citer aucun calife[129]. L'arrivée des nomades hilaliens bouleverse la situation économique. L'or n'arrive plus du Soudan pendant un temps en raison de l'insécurité. La frappe monétaire se rabat alors sur l'argent, avant que l'essor du commerce bougiote et des expéditions vers Ouargla et le Mzab permettent à nouveau de frapper monnaie en or et en argent. Les relations avec la Méditerranée dont l'Al-Andalus, participent à la prospérité du pays. Le premier souverain à frapper monnaie à Béjaïa estAl-Mansur ben al-Nasir. Ibn Khaldoun donne une description d'un dinar en or frappé sousYahya ibn Abd al-Aziz, dans l'obédience sunnite. Il comprend des inscriptions calligraphiques en cercles concentriques avec au recto« Met hors de péril en s'attachant la protection d'Allah, Yahia Ben Abdellaziz Billah, l'Emir victorieux » et au verso« Imam Abdallah el Muqtafi li Amr Allah, amir el Mouminin El Abbassi »[130].

La vie culturelle et religieuse de Béjaïa est brillante. Le grand poète de la Kalaa, le cadi Abou Amran Moussa ben Hammad et le sultanAbd al-Aziz ibn Mansur (1105-1121) firent venir à Béjaïa de nombreux savants[126]. Ibn Hammad (1150 - 1230) ou Al Ghobrini (XIVe siècle) dans son ouvrageUnwan addiraya fi machaeikh bijaya (Galerie des savants de Bougie) décrieront ce milieu des lettrés bougiotes qui survivra pendant plusieurs siècles à la fin de la dynastie hammadide[126]. La ville est également un carrefour sur le plan religieux. Les Hammadides comme les Zirides étaient au départ dans l'obédience chiite, mais le pays et la masse des populations du Maghreb, un temps traversés par le kharéjisme, étaient progressivement gagnés par le sunnisme malékite. Un esprit de tolérance permettait aux malékites, hanéfites et mu'tazilites de confronter leurs points de vue dans de brillantes controverses. Les mystiques et docteur de la foi viennent d'Al-Andalus confronter les opinions plus orthodoxes d'autres savant de l'Orient ou de la Kalaa. Une certaine tolérance règne car une communauté chrétienne subsiste à Bône (Annaba) et Béjaïa, au point que le papeGrégoire VII entretien correspondance avec le sultan An-Nacer, désigné comme« roi de la Maurétanie, de la province sitifienne, en Afrique » dans laquelle il évoque la nomination d'un éveque[126]. Cette tradition de tolérance religieuse persiste jusqu'à l'arrivée des Almohades. Ces derniers sont d'ailleurs à l'origine une doctrine politico-religieuse qui servira de base à l'édification d'un Empire maghrébin. La doctrine almohade est issue de la rencontre entre Ibn Toumert, un prédicateur rigoriste Masmouda duHaut Atlas, et d'Abd al-Mumin, alors étudiant à Béjaïa et né à Tadjara près de Nedroma alors dans le royaume hammadide[131],[132]. Leur rencontre est décrite par l'ouvrageAl Baïdaq, en des termes miraculeux. Ibn Toumert dispense son savoir à Mallala près de Béjaïa. Ibn Toumert a été obligé de se réfugier dans cette localité après avoir violemment apostrophé les habitants de Béjaïa à propos de leur mœurs, attirant sur lui l'attention et la colère des autorités[132].

L'unité almohade

Article détaillé :Almohades.
Une niche ornementale dans une mosquée
Mirhab de la mosquée Ibn Toumert (XIIe siècle) à Mallala (Oued Ghir) près deBéjaïa.

Le séjour à Mallala ne peut se prolonger indéfiniment en raison de l'hostilité croissante des Hammadides[133]. Ibn Toumert et Abd al-Mumin se replient sur Tinmel dans le Haut-Atlas, région d'origine d'Ibn Toumert. La doctrine prêchée par Ibn Toumert est avant tout une réaction contre ce qu'était devenu l'islam sous les Almoravides[134]. La doctrine almohade se veut centrée sur l'unicité de Dieu, letawhid. Elle est à l'origine du nom du mouvement almohade, en arabe : « al mouwahidoun » (les unitaires)[135]. Tinmel offre un avantage stratégique : relativement proche de Marrakesh la capitale almoravide, elle est située à l'entrée d'une petite plaine fertile dans la haute vallée de l'oued Nfis et est au cœur de tribus sédentaires Masmoudas qui entretiennent des relations difficiles avec les Almoravides, pouvoir d'origine nomade venu du lointain Sahara[135]. La doctrine almohade s'oppose à l'anthropomorphisme (tadjsim) qui prédominait chez les Almoravides qui prennent à la lettre les expressions allégoriques du Coran[134]. La force de l'engagement almohade est que chaque croyant est responsable de la réforme morale : ils sont en ce sens disciples du soufiAl Ghazali. Sa doctrine n'est pas ésotérique : elle n'est pas l'affaire de quelques mystiques ou savants mais de l'ensemble des croyants. Cette simplicité donne la force de constituer un début d'État almohade[134].

En 1130, Abd al-Mumin fut investi du commandement militaire, puis en 1133 il est proclamé calife. Après avoir dissimulé pendant 3 ans la mort d'Ibn Toumert. Il organise sa conquête par étape : il assoit son autorité sur le Haut Atlas avant de s'étendre par le nord sur Azrou puis Sefrou et de continuer jusqu'à sa région d'origine à Tadjara. Les Hammadides tentent de venir en aide aux Almoravides et envoient des troupes à Tlemcen. Mais l'inaction des Almoravides derniers fait que les Almohades finissent par triompher : Tlemcen et Oran sont prises en 1145[136]. Dès lors Abd al-mumin revient dans le Maghreb al-aqsa et prend les villes les unes après les autres jusqu'à la capitale almoravide Marrakech qu'il fait assiéger puis saccager en 1149[137]. Il passe ensuite en Al-Andalus menacée par l'offensive d’Alphonse VIII de Castille et, bénéficiant de ralliements, occupent la plupart des régions occidentales[137].

En 1151, profitant du désordre au Maghreb central, Abd al-Mumin part de Salé en direction de Tlemcen. Il a face à lui le sultan hammadide Yahia Ibn al Aziz. Il prend Miliana, Alger, Béjaïa et enfin la Kalaa et Constantine[138]. La prise de Béjaïa se fait au moyen d'une expédition navale et maritime. Au début elle est tenue secrète : Abd al-Mumin fait couper les communications vers l'Est du Maghreb et fait courir la rumeur de préparatifs pour l'Al-Andalus. Les Hammadides se rendent compte de l'attaque quand la flotte arrive à Alger. La ville de Béjaïa est prise par l'armée terrestre et sert à faire débarquer les renforts pour attaquer la Kalaa et Constantine[16]. C'est la fin de la dynastie Hammadide et des dynasties sanhadja sur le Maghreb : les Badissides se sont déjà effondrés quelques années auparavant face aux Normands de Sicile. La résistance aux Almohades est surtout le fait de Nomades hilaliens qui ont peur de perdre les avantages qu'ils tiraient en monnayant leurs services miliaires aux Hammadides. Les Hilaliens sont défaits intégralement à la bataille de Sétif en 1152 : le butin est immense, mais les Nomades sont épargnés[138]. Les Hilaliens, reconnaissants, deviennent ses alliés. Abd al-Mumin a une idée précise en tête : il doit pondérer le poids des Masmoudas dans ses troupes afin de rendre son califat héréditaire : c'est le début de la dynastie Muminide, la seule qui présidera aux destinées de l'Empire almohade. Avec sa tribu, les Koumiya zénètes d'Oranie, les Hilaliens forment le deuxième groupe à prêter allégeance directement au calife. En 1159, Abd el-Mumin se lance à la conquête de l'Ifrikiya aux mains des Normands. Les ports de Tunis, Sousse, Mahdiya, Sfax puis Tripoli sont libérés, les Normands et les petits chefs locaux qui se partageaient l'ancien domaine ziride sont tous vaincus. Abd el-Mulmin réussit ainsi à unifier l'occident musulman[138].

L'armée almohade à la base composée de Masmoudas va voir son effectif considérablement augmenté par les troupes recrutées au Maghreb central : les Koumia, tribu d'Abd al-Mumin, Beni Ouamanou, Beni Illoumi, Beni Abd el Ouad (ancêtre des Zianides), d'autres tribus zénètes, les Arabes nomades, une garde noire soudanaise et même une milice chrétienne. Au total c'est une armée de 800 000 cavaliers et 100 000 fantassins qu'Abd el-Mumin parvient à rassembler. Les effectifs ne feront que décliner par la suite : l'unité almohade du Maghreb ne durera que 70 ans[139]. On considère que l'Empire almohade n'a une réelle emprise maghrébine que sous trois califes :Abd al-Mumin (1130-1163), Abou Yacoub Youssef (1163-1184) et Abou Youssef Yacoub al Mansour (1184-1199)[140].

Pièce de monnaie en argent de forme carrée
Dirham almohade en argent, anonyme, frappé à Béjaïa

Abd el-Mumin ne se contente pas d'être un conquérant : il administre son Empire. Il transplante dans le Maghreb extrême un nombre considérable d'Hilaliens dans les plaines Berghouatas et Dokkala. Ces deux derniers groupes berbères ont été massacrés et dépeuplés par les répressions quelques années plus tôt. L'Empire almohade au lieu d'assurer le triomphe des Berbères sédentaires, ne fait qu'étendre le domaine des Arabes nomades et introduire un peu partout leur mode de vie anarchique[141]. La police de l'Empire est également confiée à ces tribus hilaliennes chargée de prélever l'impôt en raison de leur mobilité. Une exception notable est la région entre la Moulouya et Mina : elle est confiée à des nomades zénètes les Beni Abd el Ouad. Abd al-Mumin paie leur ralliement en les installant dans sa région d'origine en Oranie, où ils se comporteront presque toujours avec loyauté vis-à-vis des Almohades[142]. Les Almohades constituent ainsi leur « jich », parfois prononcé « gich », un ensemble de groupes clients à vocation fiscale ou militaire[141]. Les provinces de l'Empire sont confiées à des gouverneurs issus de la famille impériale d'Abd al-Mumin, les Sayyid, secondé d'un cheikh almohade. Béjaïa et Tunis deviennent chefs-lieux de provinces qui correspondent aux anciens domaines Hammadides et Badisside, à l'ouest du Maghreb central le sayyid est implanté à Tlemcen où il est secondé par les Abdel Ouadides. Tunis supplante Mahdiya comme chef-lieu. Le sayyid de Béjaïa devient donc le quatrième fils d'Abd al-Mumin : Abū Muḥammad ‘Abd Allāh[16]. La ville occupe une importance stratégique sur le plan miliaire (convoi de troupe et flotte almohade)[16], mais également commercial car Béjaïa est un débouché du commerce transsaharien vers la Méditerranée et un port qui lie l'Orient à l'Occident musulman[143]. Sur le plan religieux, le rejet par les masses de la doctrine rigoriste des Almohades voit un essor du soufisme mystique. Un des plus grands maîtres de cette mouvance est Sidi Bou Mediene (1126-1197), saint patron de Tlemcen, son influence s'étend à Béjaïa où il s'installe et s'illustre. Son enseignement est repris et diffusé depuis cette ville. Le cheikh kabyle Zakaria Yahya al Hasan az-Zouaoui en est l'exemple : il fonde une zawiya dans l'arrière-pays où il se retire tout en continuant à dispenser de temps en temps son enseignement à Béjaïa[144].

Les impôts comme le kharaj sont infligés à toutes les personnes non almohades et ne faisant pas partie desjich. Ce qui va leur aliéner rapidement une grande partie des habitants et groupes tribaux du Maghreb et d'Al-Andalus[143].

Rébellions au Maghreb

Vue sur une citadelle ancienne
Vu d'ensemble de laCasbah de Béjaïa.

Les Maghrébins restent globalement étrangers à l'almohadisme. Les habitants deGafsa entrent en rébellion contre l’impôt qui leur est imposé en 1172. Ils permettent auBeni Ghania, un clan almoravide ayant son fief dans les Baléares de débarquer et de lancer une révolte en Ifrikiya, puis au Maghreb central. Les Banu Ghaniya, menés par Ali ibn Ghaniya, s'emparent de Béjaïa en 1185, font irruption dans lacasbah et font prisonnier lesayyid almohade de la ville, Abou Moussa. Ils infligent ensuite un revers au commandant de la Kalaa, puis à un autre sayyid, Abou Rebia et les obligent à se réfugier sur Tlemcen. Les Banu Ghaniya poussent jusqu'à Miliana et assiègent Constantine. Le calife almohade nomme alors son cousin Abou Zeïd, gouverneur du Maghreb central et envoie une flotte à Alger puis Béjaïa. La ville de Béjaïa expulse les partisans des Banu Ghaniya à l'approche de la flotte, qui débarque et les troupes almohades finissent par prendre à revers les Banu Ghaniya qui assiégeaient Constantine. L'autorité rétablie sur le Maghreb central, les Banu Ghaniya continuent pendant des années de harceler les Almohades à leur frontière est, aux confins de la Tripolitaine. Ce n'est que le cheikh almohade Abû Muhammad `Abd al-Wâhid ben Abî Hafs, ancêtre de la dynastie des Hafsides de Tunis qui mettra fin définitivement à leur révolte auXIIIe siècle[143],[16].

Émergence d'un sultanat à Béjaïa

Une pièce de monnaie en or avec une légende en arabe
Dinar hafside de Béjaïa[145]

L'émir hafside Abou Zakariya (1228-1249) apparait comme le véritable fondateur de la dynastie et du sultanat hafside qu'il revendique califat dans la succession des Mouminides, qui entre-temps ont rejeté la doctrine almohade à Marrakech pour le sunnisme malékite, sous le calife Al Mortada[146]. Avec Tunis pour capitale, Abou Zakariya se lance à la conquête de l'Ifrikiya et du Maghreb central pour refaire un semblant d'Empire maghrébin : il annexe l'ancien domaine hammadide (1230) en prenant Béjaïa et Constantine, fait prisonniers les chefs des tribus Mirdas et Douaoudia et se débarrasse des derniers Banu Ghaniya qui se réfugient à Ouargla et dont on perd la trace ensuite. Il prend Alger en 1234 et pousse jusqu'au Chélif où il reçoit la soumission des tribus Toudjine et Mendil. Il réussit un temps à faire reconnaitre son autorité en tant que calife aux États zianides et mérinides naissants et peut-être même auxNasrides de Grenade (1249)[146]. Les Hafsides se posent en héritier de l'almohadisme, de Ibn Toumert et Abd al-Mumin. Cette position de prestige est à l'échelle du Maghreb central, une erreur politique majeure. Les populations acquises au malékisme voient la doctrine almohade comme une hérésie et vont se tourner vers les Zianides, gouverneurs de Tlemcen devenus sultans et champions du malékisme. Les Hafsides ne peuvent empêcher l'émancipation du pouvoir zianides et sa structuration autour d'une capitale prestigieuse à l'Ouest : Tlemcen. Le domaine hafside qui s'étendait de la Kabylie à Tripoli va lui-même éclater autour de deux villes rivales : Béjaïa et Tunis, la première devenant le siège de toutes les dissidences contre Tunis tout en restant dans l'obédience hafside[146]. Constantine sera également le siège de principautés éphémères et de diverses dissidences. Les souverains de Béjaïa sont parents de ceux de Tunis. La première scission survient à la suite de la mort du sultan hafsideAl Moustancir de Tunis (1249-1277) vers 1280[146].Abû Zakariyâ Yahyâ II, nommé par son père Abou Zakariya gouverneur de Béjaïa, est devenu sultan de Tunis puis détrôné par Abu Ishaq finit par se replier et se rendre indépendant comme sultan à Béjaïa en 684/1285-6[147], il écrit ainsi qu’il gouvernait alors « la ville de Bougie et la marche occidentale de l’Ifrīqiya [Biğāya wa al-ṯagr al-garbī min Ifrīqiya] »[16]. Son royaume dissident de Tunis couvre alors les provinces de Béjaïa et de Constantine, soit l'Est de l'actuelle Algérie[147].

La partie interne d'une mosquée
MosquéeDjamâa Aâdham, de laCasbah de Béjaïa.

Les raisons sont multiples. Béjaïa est une ville à l'identité politique et religieuse malékite forte et hors de Tunis la doctrine almohade ne mobilise plus les foules. L'Empire légué par Al Mustancir est tombé en lambeaux : les Arabes hilaliens prennent Tunis en janvier 1283 sous la direction d'un aventurier Ibn Abi-'Omara et le littoral n'est pas protégé des raids siciliens et aragonais (Djerba en 1284 et les îles Kerkenas en 1287), ce qui porte un coup au prestige des Hafsides[147]. L'émergence des dynasties Zianides et Mérinides à l'Ouest au cours duXIIIe siècle enterrent définitivement l'idéal d'une unité almohadienne dont les premiers hafsides se réclamaient. Les tentatives de conquête zianides puis mérinides font de Béjaïa un pôle majeur et convoité sur les plans militaire et politique, sur la marche des possessions hafsides[16]. L'unité hafside se concrétisera à nouveau pour une brève période sous Abou-l-Baqa entre 1309 et 1311 puis sous Abou Bekr de 1318 à 1346. Cependant les tribus arabes hilaliennes qui marchandent leurs services aux deux capitales Béjaïa et Tunis, au gré des prétendants, font appel à d'autres souverains ayant gardé une culture nomade similaire à la leur les Zianides qui veulent étendre leur influence à l'Est[146],[147]. La Casbah est un édifice témoin de cette période médiévale : probablement un des quatre forts qui défendent la ville à l'époque hammadide, elle devient siège du sayyid almohade, sa mosquée sert de lieu d'enseignement d'Ibn Khaldounhajib (chambellan) du sultan auXIVe siècle[148],[Note 2] puis remaniée plus tard par les Espagnols et les Turcs[149].

Dynastie des Zianides

Article détaillé :Zianides.
Cour intérieur d'un palais de style mauresque
Palais zianide duméchouar de Tlemcen

Le déclin des Almohades n'interrompt pas la fortune des Abdelouadides. Un chef parmi eux,Yaghmoracen Ibn Ziane, est doté d'un grand sens politique. Il proclame un sultanat en 1235, sur la région deTlemcen. C'est le coup de grâce pour les Almohades. En 1229, c'étaient lesHafsides qui rejetaient la tutelle des califesalmohades. Les Abdelouadides donnent ainsi naissance à une dynastie : lesZianides. D'originezénète, les Abdelouadides ont migré depuis lesAurès vers l'Oranie. Ils ont ainsi une origine commune avec lesMérinides, une dynastie qui s'établit à l'ouest de la trouée deTaza àFès[150]. Or ces deux dynasties sœur se livrent à une rivalité féroce. Leur origine et leur situation est ainsi similaire aux deux groupes zénètes les ayant précédées quelques siècles plus tôt : lesMaghraouas et lesIfrenides[142]. La légende veut que les querelles entre Zianides et Mérinides, malgré leur proximité généalogique, remontent à leur vie nomade, quand ces deux tribus se livraient à des querelles de pâturages[151]. Les confédérations Beni Merin et Beni Abd el-Ouad ancêtre des dynasties nomadisaient dans les Zibans, la région de Biskra à la fin duXIe siècle, avant d'être poussées vers l'ouest par l'arrivée des Hilaliens[152]. Le Maghreb central apparait comme une puissance bien individualisé entre l'Ifrikiya et le Maghreb al-aqsa. L'historien Dufroucq décrit la vision européenne du Maghreb central :« c'était la terre maghrébine la plus authentique, alors que le Maroc était une sorte de prolongement de l'Espagne, et l'Ifrikiya, dans une certaine mesure, une région sœur de la Sicile, le sultanat zyanide formait un monde à part, le véritable monde africain. ». Les Zianides restent très marqués par leurs traditions nomades, ils recrutent des troupes zénètes ou hilaliennes pour monter leur makhzen. Lors des offensives des Hafsides et des Mérinides ils parviennent toujours, grâce à leur itinérance, à retourner les alliances et reconquérir l'ensemble de leurs États, même quand leur capitale est occupée[153]. Yaghmoracen est lui-même parfaitement berbérophone, alors que la règle et l'usage est déjà à l'arabisation des élites dans les autres parties du Maghreb. Une de ses phrases en berbère « Yessen Rabi » : « Dieu le sait » est passée à la postérité, marquant sa modestie et son refus de voir son nom gravé sur un minaret en association avec une lignée arabe ou chérifienne comme il était d'usage chez les généalogistes des souverains de l'époque[154]. La culture nomade des Zianides leur permet de connaitre les itinéraires menant au Touat et au Gourara, et de contrôler l'important axe menant au bilad as-sudan, véritable route de l'or médiévale[155]. Yaghmoracen prend Sijilamassa aux Mérinides en en 662/1263, mais la perd en 673/1274. Il confie alors l'escorte des caravanes et la maitrise des axes à des tribus arabes nomades : les Ḏawī ‘Ubayd Allāh auxquels Tlemcen délègue son autorité sur les ksour et les Banū ‘Amir, tribu installée entre Tlemcen et Oran et qui escorte les tribus jusqu'au Gourara[155]. De leur côté, au Sud, les souverains du Mali jouant sur la concurrence et le besoin croissant d'or en Europe, participent à la dérivation des flux vers Tlemcen. Cette configuration du commerce s'accompagne aussi de pérégrinations de prédicateurs malékites selon un axe Tlemcen-Touat-Tombouctou[155].

Les Zénètes ont profité de l'effondrement de l'autoritésanhadja un siècle auparavant et de leur proximité avec lesAlmohades pour consolider leur position au Maghreb central. Le problème qui se pose aux Zianides est la présence des nomadeshilaliens, le déclin voire la ruine des villes, puis leur position en étau entre les deux autres dynasties : ils doivent guerroyer sur deux fronts. Yaghmoracen est un chef énergique qui pose les bases d'un sultanat qui dure trois siècles (1235-1554)[142].

Il choisit pour capitale Tlemcen, ville au passé antique (Pomaria), qui fut également la capitale de la principautésufrite d'Abou Qurra en 765 et de deux chefferies maghraouas successives : les Beni Ya'la et Benu Khazer auXIe siècle[142].Ibn Khaldoun décrit l'action de Yaghmoracen comme faisant passer Tlemcen au rang de« capitale du Maghreb central et métropole protectrice des tribus zénatiennes ».Emile-Félix Gauthier, établissant une analyse géographique, a montré que cette région de laTafna était propice à la fondation d'une capitale occidentale de l'Algérie, car dans l'axe d'un relief en faille allant duTouat (dans le Sahara) à l'embouchure de la Tafna où s'élevaSiga, la capitale antique du roi numideSyphax. Cet axe a ainsi une analogie avec un autre, celui de Achir-Médéa-Miliana-Alger, plus central. L'emplacement stratégique de Tlemcen en fait rapidement la principale ville commerçante du Maghreb, grâce à la politique zianide qui fait transiter l'or transsaharien vers le port deHonaïne et la Méditerranée. Ledinar zianide, le zayanî, est la référence par son pesant d'or dans tout le Maghreb[142]. Yaghmoracen Ibn Ziane établit sa résidence dans le Mechouar de Tlemcen, une citadelle qu'il transforme en palais. Il fait venir des artisans et lettrés d'Al-Andalus comme Ibn Ouaddah et Abou Bekr Khattab, fuyant laReconquista et des fqih malékites comme Abou Ishaq Ibrahim ben Yaia. Il laisse également le soufisme prospérer et espère la baraka des saints[156].

Une carte de l'Afrique du Nord avec différentes entités politiques en couleur
Les Zianides au Maghreb à la mort de Yagmoracen en 1283.

Politiquement le royaume de Yaghmoracen Ibn Ziane est affaibli par sa position géographique : il doit subir plusieurs revers contre les Mérinides, Almohades et Hafsides, tout en réussissant à délimiter son domaine. En 1242, il doit reconnaître l'autorité morale du califat autoproclamé des Hafsides de Tunis en raison d'une expédition de ces derniers, alliés aux Hilaliens pour la circonstance[156]. En 1248, il doit subir une expédition punitive du calife almohade El Saïd (1242-1248), vainqueur des Mérinides qui veut reconstituer son empire. Il le stoppe à laMoulouya au bas de sa forteresse de Timzizdekt. La bataille est confuse et le calife El Saïd est tué d'un coup de lance. Cette victoire inattendue donne une aura prestigieuse aux Zianides qui mettent la main sur les tentes du calife almohade : parmi les trésors sont saisis un des Corans d'Othmane et le colliers dis du Dragon (thoban)[157]. En 1250, il s'allie avec les Almohades deMarrakech et leur nouveau calife al Mortada, pour les aider à conserver Fès face à une offensive mérinide. C'est un échec et la ville est prise[156]. En 1257 et 1259, il s'attaque à nouveau aux Mérinides sans plus de succès et finit défait. Il arrive à garder la frontière sur la Moulouya grâce à sa forteresse de Timzizdekt. Il se tourne alors vers l'Est et les régions duChelif et deBéjaïa. En 1251 et 1252, il lance deux expéditions pour soumettre les Banu Toudjines et Ouled Mendil, des tribus maghraouas ayant soumis une région allant du Chelif à laMitidja. Yaghmoracen stabilise donc ses États de la Moulouya à la région d'Alger. Plus à l'Est, les Hafsides réussissent à s'implanter àConstantine, puis à Béjaïa et se posent en héritier desHammadides[156]. Yaghmoracen ne tolère pas cette présence à l'Est mais meurt avant d'avoir pu se consacrer à la prise de Béjaïa : il laisse un véritable testament politique, le testament de Yaghmoracen, qui indique à son fils de délaisser la guerre contre les Mérinides pour se consacrer à unifier le Maghreb central[156]. Yaghmoracen est un personnage complexe : homme de guerre, administrateur, ami des arts et fervent croyant. C'est un souverain algéro-maghrébin dont le règne de 44 ans lui a permis de donner une assise à un royaume berbère qui ne disparut qu'a l'arrivée des Turcs en Algérie[158]. Yaghmoracen meurt au retour d'un voyage versMiliana où il a été au-devant d'une caravane escortant une princesse hafside promise à son fils, le sultanAbou Saïd Uthman I. Selon ses calculs, cette alliance aurait permis à sa descendance de gagner du terrain à l'Est par la diplomatie[156].

Une époque de renouveau intellectuel

Les Zianides et les Bougiotes marquent une époque de renouveau économique auXIIIe siècle et auXIVe siècle. L'économie du Maghreb central repose sur le commerce, entre l'Afrique et l'Europe ou l'Orient et l'Occident, et la circulation du savoir entre les différentes villes du Maghreb. Sur le plan religieux, la fin des Almohades et de la tentative d'hégémonie des Hafsides, héritiers de la doctrine almohade, auXIIIe siècle, marque le retour à la croyance des masses : l'orthodoxie sunnite de rite malékite[159]. L' « hérésie » almohade est dorénavant particulièrement dénoncée par le pouvoir zianide sans pour autant persécuter ses différents partisans. Un autre courant, le soufisme, s'implante de plus en plus au Maghreb, et ce, depuis la fin de l'époque almohade, avec la figure de Sidi Boumediene, saint patron de Tlemcen, originaire d'Al-Andalus il étudie et enseigne à Béjaïa et à Tlemcen. Son tombeau est considéré comme le plus important lieu du Maghreb, les souverains Mérinides aménagent le petit palais jouxtant la qubba (tombeau) du saint[160]. Yaghmoracen et les successeurs, embellissent son tombeau, qui fera également objet d'importants travaux durant la courte présence mérinide sur la ville, preuve de l'intérêt des dynasties post-almohadiennes pour le soufisme[161],.

Les souverains du Maghreb central restaurent lemalékisme et restaurent une vie intellectuelle intense et tolérante. C'est une rupture avec la doctrine et l'héritage almohade. Les Zianides ne s'opposent pas à la survivance de croyances almohades dans certaines couches de la population, mais font la promotion du malékisme, rejetant l'« hérésie » almohade. Les dernières traces de la doctrine almohade disparaissent auXIVe siècle des madrasas. Les Zianides étendent leur tolérance aux Juifs et aux Chrétiens. Les Juifs ont leur quartier à Tlemcen et bénéficient de la protection que la loi musulmane accorde aux « gens des livres révélés ». Face à l'avancée de la Reconquista, nombre de Juifs trouvent refuge dans le royaume des Zianides et leur nombre s'accroit. Certains sont célèbres comme le rabbin,Ephraim Al-Naqawa de Tolède qui migre vers la fin duXIVe siècle à Tlemcen. Les Chrétiens fournissent des milices, comme celle recrutée par Yaghmorassan, soit des commerçants[162],[163]. Il existe cependant des périodes d'intolérances ponctuelles comme celle déclenchées par un mystique,Al Maghili, qui arrive dans le Touat en 1458 et provoque, à la suite d'une controverse, un massacre des Juifs deTamantit[155].

Le déclin d'Al-Andalus induit un accroissement de l'influence andalouse sur le Maghreb. Une vague de création de medersa accompagne la restauration du malékisme : la première est celle fondée par Abou HammouIer (1308-1318), construite par deux professeurs célèbres, Abou Zaïd et Abou Moussa, qui avaient fait leurs études en Orient, puis à Tunis. Ils ont pour disciple Charif al Tlemçani (1310-1369) qui se distingue dans les sciences juridiques et théologiques et on peut dire que grâce à ce dernier, l'« hérésie » almohade est définitivement vaincue par le malékisme. Abou Hammou le nomme directeur de la medersa pour le récompenser. Les medersa de Tlemcen ne sont pas que des lieux d'enseignement religieux, mais également des lieux de préparations aux fonctions publiques, religieuses et judiciaires. Certains savants musulmans en sont irrités à cause de l'ingérence du pouvoir temporel dans la formation des savants religieux[162]. Les souverains zianides invitent les lettrés et professeurs dans leurs palais.Yahia Ibn Khaldoun décrit, par exemple, les soirées littéraires duMouloud, auXIVe siècle, qui sont de véritable concours de poésie. Cependant, Tlemcen se voit sérieusement concurrencée par un autre pôle au Maghreb central : la ville deBéjaïa. À la dissidence politique s'ajoute une rivalité intellectuelle. Le milieu des savants reste cependant ouvert : les religieux, scientifiques et mystiques passent allégrement d'une ville à l'autre. En effet, les souverains ont à cœur de s'attacher les conseils des lettrés les plus prestigieux. Béjaïa connait le même mouvement de promotion du malékisme : Nasserdine Mansour ben Ahmed el Misaddali (1235) répand le livre de droit al Moubtasar de l'égyptien Ibn al Hadjib. Un autre grand justiste Abderahmane al Ouaglisi (mort en 1384) s'illustre dans lefiqh. Béjaïa, Constantine, Biskra doivent également lutter contre l'influence de l'Ifriqiya, dont les princes, proches parents hafsides encouragent également l'implantation des savants à Tunis ou Kairouan. Béjaïa s'illustre surtout par la place importante des mathématiques dans la vie intellectuelle de la cité[162]. Les étudiants commeFibonacci, fils d'un marchand pisan, viennent d'Europe pour étudier les mathématiques en Afrique du Nord et à Béjaïa en particulier[164].

Conflits avec les Hafsides et les Mérinides

Ruines d'un site médiéval avec un minaret en arrière-plan
Vu sur l'ensemble de la ville-camp de laMahalla el-Mançourah bâtie lors dusiège mérinide de 1299-1307 aux portes de Tlemcen.

Le règne deAbou Saïd Uthman I (1283-1304) est ponctué par la guerre pour faire respecter l'intégrité du royaume zianide qui a tendance à l'émiettement. En 1287, il fait la guerre aux Toudjines et Maghraouas du Chélif et de l'Ouarsenis et envahis la Mitidja[165]. Dans la foulée, il lance une première expédition contre les murs de Béjaïa qu'il ne parvient pas à prendre après en avoir conquis les alentours[166]. Cette attaque de Béjaïa s'est faite de concert avec Tunis, au prétexte de rétablir la légitimité hafside[16]. Sur le retour il obtient la soumission de Ténès et en 1290, Ibn Khaldoun rapporte qu'il a dominé le Maghreb central et le pays des Zénètes de « première race »[165]. Le sultan mérinideAbu Yaqub Yusuf an-Nasr profite de cette absence pour tenter de prendre Tlemcen : il lancera quatre attaques contre Tlemcen sous son règne. Par trois fois les remparts rendent les assauts inutilesen 1290, 1295 et 1297[166]. L'attaque de 1297 se combine avec une attaque sur Oran qui échoue également[167]. Abou Saïd Uthman I doit aussi composer avec les pressions aragonaises. Pour lui laisser libre commerce en Méditerranée, ces deniers lui imposent des droits de douane, le placement des Chrétiens du royaume sous la protection de l'Aragon et l'échange de mercenaires : une troupe aragonaise est à Tlemcen alors qu'un corps de cavalerie zianide va en Aragon. La crise castillano-aragonaise fait qu'Abou Saïd Uthman I pourra négliger cette menace, son principal souci reste ses voisins mérinides. Le MérinideAbu Yaqub Yusuf an-Nasr décide de mettre lesiège devant la ville de Tlemcen de 1299 à 1307. Il fait entourer la ville d'un muret pour empêcher le ravitaillement et se lance dans la construction d'une ville-camp :el Mahalla el-Mançourah[166]. On assiste alors à un retournement d'alliance, Béjaïa s'allie avec Tlemcen et envoie un corps d'« Almohades » secourir Tlemcen durant l'année hégirienne 698 soit 1298/1299 mais cette troupe d'aide finit défaite. Abou Zakariya de Béjaïa marie également sa sœur àAbou Saïd Uthman I[16]. Le siège dure huit ans et trois mois. Les Mérinides en profite pour retourner les liens entre les villes et forteresse du Maghreb central en leur faveur. Le sultanAbou Saïd Uthman I meurt avant la fin du siège en 1303 et son frèreAbû Zayyan I (1303-1308) lui succède. Tlemcen est épuisée par le siège, et ne dispose plus de vivres et de bois. Abou Zayyan est pret à tenter une sortie quand le sultanAbu Yaqub Yusuf an-Nasr meurt assassiné, peut-être en raison de dissensions[167]. La paix est signée entre les deux camps épuisés et les troupes mérinides regagnent Fès à la hâte[166]. Abou Zayyan lance une expédition punitive contre les tribus berbères de l'Est et les Arabes du Sersou qui ont appuyé les Mérinides. Il reconstitue le makhzen nomade que Yaghmoracen avait démobilisé en recrutant les Beni Ya'qoub et Beni 'Amir[166]. Son frèreAbou Hammou Moussa Ier (1308-1318) continue la politique de redressement : il répare et renforce les remparts, remplit les silos à grains et remplis les caisses du trésor. Ce faisant il met Tlemcen à l'abri d'un nouveau siège. Il contient les Mérinides au-delà d'Oujda, et reprend la politique d'expansion dans le Chélif qu'il poursuit vers Béjaïa et Constantine[168].

En effet en l'an 711 de l'hégire, soit l'année 1311/1312, une occasion inespérée se présente pour rattacher Bougie (Béjaïa) au domaine zianide. L'intrigue se déroule autour d'un certain Ibn el Khalouf, véritable chef sanhadja de la population de Béjaïa et servant de base à la milice du sultan. Le sultan hafside de Béjaïa est en réalité à la tête de structures héritées de l'époque hammadide : les dignitaires de la cour sont tous sanhadja et recrutent parmi la population du pays ou parmi les tribus arabes d'origine hilaliennes comme à l'époque hammadide, puis sous le sayyid almohade (gouverneur de la famille du calife Abd al-Mumin), la gestion du pays bougiote repose sur les mêmes mécanismes[169]. Yacoub Ibn el Khalouf a établi sa réputation en repoussant une attaque mérinide sur Béjaïa en 1303-1304. Il se voit confier la ville à chaque fois que l'émir de Béjaïa part en campagne et est désigné par le titre d'El Mizouar[170]. À la mort de Abou l-Baqa, Béjaïa est placée sous l'autorité de Abou Yahya Abou Bekr, sultan de Constantine. Cette autorité est rejetée par les sanhaja de la ville qui préfèrent encore dépendre de Tunis. Abou Yahya Abou Bekr met le siège devant Béjaïa en 1311 mais est défait par les troupes d'Ibn el Khalouf. Ce dernier cherche alors appui chez les zianides, proposant même la reconnaissance de leur suzeraineté en échange de la promesse d'être fait hajib. Ibn Abi Djebbi, ancien chambellan de Béjaïa, conseille également au zianide Abou Hammou Moussa d'intervenir[16]. Les Zianides acceptent et se mettent en marche pour soutenir Béjaïa face aux projets du sultan de Constantine, Abou Bekr. Ibn el Khalouf est assassiné par trahison par Abou Bekr de Constantine alors qu'il négociait à nouveau les termes d'une entente. Cet assassinat provoque une révolte dans le pays : Daouaouidas et Sanhadjas rejettent toute autorité hafside et se placent dans l'obédience zianide[16]. Seulement, les Zianides doivent faire face à une tentative d'invasion mérinide à l'Ouest et finissent pas conclure la paix[167]. Abou Bekr de Constantine en profite pour prendre Béjaïa où il nomme chambellan (hajib) Ibn Ghamr durant la fin de l'année hégirienne 712 (1313). La tutelle zianide est donc de courte durée, mais le Zianide Abou Hammou, débarrassé du danger mérinide, réagit vigoureusement : il lance une grande expédition sur Bougie, puis Constantine et enfin Bône avec l'aide des tribus Sanhadja et Daouaouidas locales. Bougie et Constantine résistent au siège mais Bone (Annaba) est conquise en 1313[167]. D'autre part, l'expédition permet aux Zianides de tisser des liens avec les tribus zénètes des Zibans et des Aurès (Daouaouidas) en dissidence avec les Hafsides, ce qui leur fournit une des régions de recrutement et de repli qui a sauvé leur dynastie à plusieurs reprises[169].

Un ancien mur d'enceinte médiéval dans un champs
Vue d'ensemble du mur de la forteresse deTemzezdekt, bâtie lors dusiège de Béjaïa par les Zianides en 1326.

En 1313,Abou Hammou prend et fortifieAzeffoun au cours de ses expéditions contre Béjaïa. Cette position retranchée sert de base à l'expédition de son successeurAbû Tâshfîn en 1326[171]. Ce dernier monte sur le trône en 1318 à 25 ans et mène la même année un premier raid sur Béjaïa. Les attaques contre cette ville se répètent pratiquement chaque année au cours de campagnes militaires qui atteignent parfoisAnnaba et les confins de l'actuelleTunisie[172]. Au gré des expéditions, Béjaïa est menacée par l'édification progressive de forts dans la vallée de laSoummam[172] dont deux premiers forts, à deux jours de marche de la ville, bâtis par en 1321 au lieu-ditHisn Bakr[173] ouHisn Taggar[172]. En 1326, les Zianides établissent la forteresse deTemzezdekt à un jour de marche de Béjaïa. Son nom rappelle délibérément une autrecitadelle zianide dans la région frontière d'Oujda[172]. Cette forteresse peut contenir 3 000 hommes et marque le blocage des communications de la ville qui subit, en conséquence, ladisette et reste coupée de tout renfort hafside en provenance de Constantine ou Tunis[173]. Enfin, au moment le plus critique pour la cité assiégée, en 1329, Abû Tâshfîn fait construire une place forte à Al Yakuta, à l'embouchure de la Soummam[réf. nécessaire].

Vue sur un mur d'enceinte médiéval
Détail d'un des murs de la forteresseZianide de Timzizdekt

Le sultan zianide Abû Tâshfîn favorise les querelles chez ses ennemis : il alimente les divisions au sein des Hafsides en soutenant des prétendants fantoches et apporte son soutien auxtribusarabes révoltées. Il va même au cours de ses campagnes prendre momentanémentTunis en 1324-1325, mais sans réussir à faire tomber Béjaïa[173].

À chaque fois qu'ils sont assez stables, les Zianides assiègent Béjaïa qu'ils considèrent comme partie intégrante de leur domaine[16]. En réalité les Zianides ne peuvent s'implanter dans les territoires conquis aux dépens des Hafsides car systématiquement, ces derniers font appel à une aide pour prendre à revers les Zianides[169].Abu Yahya Abu Bekr de Constantine a réuni l'ensemble du domaine hafside, entre-temps, et réinvesti la capitale Tunis et les Aragonais attaquent une flotte zianide en 1315 à sa demande[16]. Les Hafsides font surtout appel aux Mérinides, comme en 1312, où ces derniers assiègent Tlemcen, ou durant l'année hégirienne 732 soit 1331/1332, où une attaque sur Tlemcen se double de l'envoi d'une flotte de renfort à Béjaïa[16],[168].

Vue d'une cour intérieure en ruine d'un ancien palais
Dar al Sultan dans le quartier d'El Eubad (Tlemcen), résidence des zianides alors gouverneurs pour le compte des Almohades, il sera remanié par lesMérinides.

Les Zianides encaissent plusieurs défections de la part des tribus Sowaïd et Beni 'Amir. Lesiège de Tlemcen (1335-1337) par les Mérinides tourne à l'avantage de ces derniers et début une période d'hégémonie sur le Maghreb de ces derniers. Le sultan zianideAbû Tâshfîn, ses trois fils et son général en chef tombent les armes à la main[168]. L'occupation mérinide de Tlemcen va conduite à l'annexion du royaume zianide par périodes entrecoupées de restaurations zianides jusqu'en 1359. Les querelles entre les deux dynasties apparentées sont telles que les Mérinides ne veulent pas siéger dans le Mechouar des Zianides, mais dans l'ancien palais : ledar soltan d'El Eubad qu'ils embelissent[174]. L'occupation mérinide s'accompagne de la gestion du pays : les Mérinides restaurent la ville-camp de Mansourah, poursuivent les princes zianides puis finalement, devant un retour inéluctable de ces derniers, suscitent la division entre eux. L'artisan de cette conquête, le sultan mérinide,Abu al-Hasan ben Uthman, prend Béjaïa et Constantine et pousse jusqu'àTunis en 1347 mais finit défait à Kairouan en 1348 face à une coalition d'Hilaliens, de Hafsides et du prétendant zianideAbou Hammou II[175]. Cette bataille entraine un retournement d'alliance complet dans le Maghreb central, toutes les tribus zénètes et arabes hilaliennes rejettent l'autorité mérinide et proclament le retour des Zianides. La première restauration (iḥya) zianide (1348-1352) se fait par deux sultans qui exercent le pouvoir en même temps : Abou Saïd Othmane II, qui partage le pouvoir avec son frère Abou Thabet. Le sultan Abou Saïd reprend Tlemcen et s'occupe du pouvoir sédentaire, alors que son frêre Abou Thabet fait figure de sultan nomade s'occupant du lien avec les tribus nomades[175]. Toutefois ils ne peuvent empêcher une autre conquête mérinide de Tlemcen en 1352 durant laquelle Abou Saïd est tué. Tlemcen est à nouveau annexée entre 1352 et 1359. Dès lors, un autre prétendant rentre en jeu : Abou Hammou II. Ce dernier est un fin connaisseur du monde nomade, réfugié à Tunis depuis 1337. Il recoit l'allégeance des tribus Riyah, Douaouida et Abdelwadides et avec cette coalition arabo-zenatienne expulse les Mérinides de toutes les villes du Maghreb central et entre dans Tlemcen en 1359[175],[169]. Ces derniers ne se sont pas remis de leur reflux depuis laprise de Tunis (1357) qui a amorcé leur déclin. Ils se sont epuisés à tenter de contrôler et pacifier les vastes étendues du Maghreb sans y parvenir[175].

En 1366, Abou Hammou II lance une expédition contre Béjaïa qui tourne au désastre. En 1370, les Mérinides occupent à nouveau Tlemcen, Abou Hammou II se replie sur Alger dont il fait un temps sa capitale. Puis pourchassé par l'avancée mérinides et leurs espions, il se réfugie dans les Zibans. Il a alors pour chambellan etcondottiere, le célèbreIbn Khaldoun, qui travaille les alliances tribales et prépare le recrutement de troupes pour les Zianides[176]. Escorté par les Banu 'Amir, il gagne ensuite le Touat et le Gourara en 773/1372 et s'installedans un qsar en bordure de la sebkha de Timimoun[177]. Les ruines de ce ksar portent le nom deTala n Hammu en mémoire de son passage. De là, il pense s'exiler pour les royaumes alliés duSoudan, craignant d'être à la portée des nomades à la solde des Mérinides[176]. Il apprend alors la mort du sultan mérinide, synonymes de querelles de successions et reprend la route de Tlemcen. Les alliances tribales retournées en sa faveur il entre dans la ville la même année 1372. La guerre continue avec les Mérinides et il lance même une expédition contre leMaghreb al-aqsa puis songe à transférer définitivement sa capitale à Alger étant donné que Tlemcen est trop excentrée par rapport à son royaume (1378). C'est finalement son propre fils, Abou Tashfin II, qui sera son adversaire le plus redoutable : ce dernier se révolte et chasse Abou Hammou II du trône, qui doit trouver refuger chez le sultan de Béjaïa. Abou Hammou reprend rapidement Tlemcen (1388) mais est tué au combat en 1389. Son fils prend le pouvoir avec l'appui des Mérinides et en devient le tributaire[178],[179]. Dès lors le pouvoir zianide, comme l'ensemble des dynasties du Maghreb, rentre dans une phase de décadence qui se poursuivra jusqu'auXVIe siècle[179].

Abou Zayyan II (1394-199) doit faire face aux intrigues des Mérinides qui interviennent pour imposer son frère Abou Mohamed (1399-1401), puis Abou Abdallah (1401-1411). Durant les années 1410-1411 une guerre des prétendants zianides se conjugue à une autre côté mérinide. Les Zianides, sous Abou Malek (1411-1423) renforcent d'un coup leur autorité et interviennent dans les querelles mérinides[180]. Abou Malek se retourne contre le sultanAbou Saïd Uthman III, défait ses armées et prend Fez en 1411[181]. Ce relèvement de la puissance zianide dure jusqu'en 1423 où a la faveur des intrigues hafsides, un autre conflit entre prétendants éclate un dénommé Abu Abdallah II (1423-1427) prend le pouvoir. Il s'ensuit une période de dissidences entre prétendants, frères ou oncles, qui se constituent des principautés à Oran ou Ténès[182]. À l'Ouest les Mérinides ne constituent plus un problème : la dynastie connait une lente agonie et un éclatement de son territoire, notamment le littoral qui voit des villes entières conquises par les Portugais comme Ceuta (1415). Ils finiront remplacés par leurs vizirs, les Wattassides (1472). Ces derniers sont empétrés à réaliser l'unité de leur royaume ou à lutter contre les Chrétiens et ne songent pas à attaquer les Zianides[183].

Un certain Abou Zyan Mohamed, se réfugie à Tunis puis s'empare d'Alger et de la Mitidja et soumet les villes de Médéa, Miliana et Ténès. Il se proclame sultan d'Alger (1437), mais finit assassiné en 1438. Son fils lui succède sous le nom de Al Muttawakkil, puis se replier sur Ténès d'où il finit par prendre Tlemcen en 1461 et reunifier le royaume jusqu'à sa mort en 1474. Son fils, le sultan Thabet Mohamed (1474-1505), maintient l'unité mais dois faire face à des révoltes dans l'Est[182]. Durant le règne de Thabet, Grenade et son sultan, Boabdil, sont contraints à la reddition, parachevant la Réconquista. Les Zianides doivent maintenant faire face à la pression directe des Espagnols, soucieux de poursuivre leur « reconquête » en Afrique. La base de l'État Zianide, comme celles des Hafsides de Béjaïa, ou de leurs voisins respectif s'emmiette de plus en plus. Les confédérations, principautés, ou confréries se vivent comme indépendante ce qui empêche toute réponse efficace et commune face à l'implantation espagnole. C'est notamment le cas d'Alger et de la Mitidja, qui devient le fief de la tribu arabe desThaâliba[184]. Les villes cotiêres se coupent de l'arrière-pays, et investissent massivement dans la piraterie barbaresque[185].

L'arabisation des Zénètes et l'émiettement auXVe siècle

Une caravane de chameau dans une steppe
Caravane de Nomades desHauts-Plateaux, région deDjelfa (Algérie)

Les conflits entre les différents sultans du Maghreb provoquent un rôle de plus en plus important des tribus hilaliennes. Elle se répandent dans le Tell, monnayant leurs services militaires aux souverains ou aux prétendants. Elles finissent même par être chargé de percevoir les impôts. Il se créer alors de véritables fiefs échappant au contrôle effectif du pouvoir zianide au Maghreb central. Les tribus Zénètes demeurent assez fortes pour fournir l'essentiel des troupes aux Zianides. Le faible nombre d'Hilaliens à l'origine plaide pour l'hypothèse d'une arabisation progressive des Zenètes. L'assimilation se fait aux nouveaux venus grâce à la possibilité de se donner une ascendance arabe vu comme plus noble par les musulmans[186]. La crise économique auXVe siècle accentue le phénomène. Les tribus nomades interviennent de plus en plus dans la vie des États, affaiblissant les pouvoirs centraux. Les Douaouidas exercent une forte autorité dans les Zibbans, lesThaâliba à Alger et dans la Mitidja, les Beni Amer, Souwed et Maqil dans la région de Tlemcen. Le contact entre Zénètes et Arabes dans les plaines, participe à leur arabisation linguistique. Ibn Khaldoun rapporte l'exemple de la tribu Houara du Constantinois qui a arabisé ses mœurs au point de passer pour arabe elle-même[187].

La pression des puissances chrétiennes

L'offensive militaire chrétienne sur l'Occident musulman commence avec laReconquista de la péninsule ibérique[185]. Déjà auXIVe siècle, Pisans, Génois, Vénitien font des raids sur l'Afrique du Nord et avec la principauté de Montpellier et le royaume de Majorque signent des traités commerciaux avantageux, indiquant un rapport de force global plus favorable au monde chrétien[188]. Les querelles et difficultés, empêchent les Rois catholiques d'unifier l'Espagne et pèsent plus sur la longueur de la reconquête que la résistance des royaumes musulmans enAl-Andalus. Avant même la fin de la Reconquista, les Chrétiens prennent plusieurs places en Afrique : Djerba est prise par les Aragonnais (1286-1326), Tripoli en 1355, Mahdia en 1390, Annaba et Tétouan par les Castillans en 1399[185]. Les États européens sont avantagés par leur structure centralisée, une démographie favorable, une assise sociale plus solide (bourgeoisie, féodalité...) et par l'unité pontificale qui mobilise l'ensemble des royaumes contre les Musulmans. L'ouverture progressive des routes atlantiques va faire décroitre l'importance du Maghreb dans les échanges entre Afrique, Orient et Europe, et particulièrement au Maghreb central son rôle de lien entre Europe et Afrique. En Orient, une force nouvelle, celle des Turcs ottomans, se présente comme défenseur des Musulmans. L'avancée des Turcs les poussera jusqu'à la prise de Constantinople en 1453. Le monde chrétien en émoi n'est pas capable de réagir efficacement. Ces revers, combinés à un long historique de Croisades d'Orient tenues en échec, vont tourner les veilleités d'attaque vers le Maghreb, alors percu comme la zone la plus vulnérable du monde musulman[166]. Une nouvelle croisade commence et atteindra son apogée au début duXVe siècle[185]. Dans un Maghreb en crise politique, les Espagnols vont se tailler facilement un domaine territorial et consolider leur commerce maritime. En 1494, ils s'entendent avec les Portugais (traité de Tordesillas) pour se répartir les aires d'influence et le Maghreb central entre dans l'orbite espagnole : en 1505 Mers el-Kébir est pris, puis en 1509 Oran et en 1510 c'est le tour de Béjaïa. Alger, Ténès et Dellys doivent cesser la course en mer contre les Espagnols et se soumettent. En 1512, le sultan zianide Mohamed V, devient le vassal du roi d'Espagne[184].

Le morcèlementXVIe siècle

Carte politique de l'Afrique du Nord
L'Algérie au début du XVIe siècle.

Au XVIe siècle le Maghreb apparait comme de plus en plus morcelé. Les États gardent une autorité directe sur peu de territoires : la proximité des capitales et quelques places fortes. Leur autorité politique est remise en cause par l'avancée des Espagnols qui s'implantent sur le littoral, l'importance des nomades hilaliens dont le rôle est au sommet, l'autonomisation de villes, mais également des grands groupes tribaux et la poussé du mysticisme et du maraboutisme[189].

L'émiettement des royaumes zianides et hafsides débouche sur la création ou la réactivation d'autres formes d'organisation politique[190].

Sur la côte, des cités s'autonomisent et coupées de l'arrière-pays s'adonnent à lacourse en mer[182]. Dans l'intérieur du pays le repli sur l'organisation tribale redevient la structure politique principale : dans l'Ouarsenis s'établit une confédération autonome de tribus, en Kabylie, de nombreuses tribus obéissent à un chef installé àKoukou, connu sous le nom de« roi de Koukou ». Dans l'ouest, les confrérie religieuses prétendent être les héritiers du pouvoir, alors que dans le Sahara, pratiquement coupé économiquement du Nord, les oasis de Figuig constituèrent un État indépendant, celles de l'Oued Righ obéissent à une nouvelledynastie implantée à Touggourt, leZab et leHodna, sont, eux, contrôlés par des groupes de nomades hilaliens[182],[190]. Les principales tribus berbères occupent toutes les régions montagneuses du littoral, lesZouaouas sont dans leDjurdjura, lesSanhadja au Sud et à l'Ouest des Zouaouas, les Maghraouas dans les montagnes deMiliana et deTénès et les Toudjines dans l'Ouarsenis. Les descendants des Ouacines (Mzab et Rached) et desMaghraoua (Laghouat et Righa) occupent les oasis du sud duDjebel Amour, de la Chebka du Mzab et de l'Oued Rhir. Les principales tribus arabes se retrouvent surtout dans les plaines : les Ta'aliba dans la Mitidja, les Dahlak et Aïad au Hamza, les Attafs dans leChelif à l'Ouest de Miliana, les Malek dans les environs d'Oran, les Amor au sud d'Oran et au sud de Tlemcen[182].

Des principautés plus ou moins indépendantes se constituent : ainsi le cheikh hafside de Constantine voitAnnaba etCollo se détacher de son autorité. A la fin duXVe siècle, jusqu'au début duXVIe siècle on assiste à un morcellement généralisé des royaumeszianides ethafsides :Béjaïa etConstantine se rendent indépendants des Hafsides, Oran etTénès en font de même vis à vis des Zianides[190]. Des conseils locaux dirigent les villes du Nord, et les confréries religieuses influencent les esprits. Le grand commerce est en déclin, les routes sont à la merci des Hilaliens et les échanges avec l'Afrique noire dépendent des royaumes reconstitués dans le Soudan. Dans ce Maghreb en crise, les Espagnols vont se tailler facilement un domaine territorial et consolider leur commerce maritime[184].

En 1505, le cardinal Ximenès entre à Mers el Kébir, en 1509 Oran est occupée, en 1510 c'est le tour de Béjaïa. Alger, Dellys et Ténès se soumettent à Pédro de Navarro et le sultan zianide de Tlemcen, Mohamed V, devient en 1512 le vassal du roi d'Espagne. Les Espagnols achèvent ainsi la désagrégation du Maghreb central, amorcée depuis la seconde moitié duXVe siècle[191].

La fondation de la régence d'Alger

Au début du XVIe siècle le Maghreb central reste menacé par deux dangers : son morcèlement territorial et l'avancée des Espagnols[192]. Alger est gouvernée depuis 1438 par la tribu desThaâliba. Son émir, Salim, partisan d'un traité avec les Espagnols se rend rapidement impopulaire. Les Algérois font appel aux frères Barberousses, coraires turcs, pour les aider à resister. Ces derniers sont connus pour divers exploits en mer depuis le port corsaire de Jijel : escarmouches, guerre de course, déplacement des Andalous de l'Espagne au Maghreb. La flotte desghuzât conduite par Aroudj Barberousse parait devant Alger en 1516, composée de Turcs et majoritairement de Kabyles ralliés[193]. Aroudj se proclame sultan d'Alger après avoir fait assassiner l'émir Salim. Les Barberousses sont alors vu comme une alternative aux pouvoir maghrébins défaillants et se lancent dans des campagnes à l'intérieur du pays[193]. Même si le chemin est parsemé d’embûches pour édifier un État sur les décombres des États zianide et hafside, désormais, on parlera dedawla al-Jazâ’ir (le pouvoir-État d’Alger) : c’était déjà le terme dont se servait dans le même sens Ibn Khaldoun[194]. Le frère et successeur de Aroudj, Kheirredine Barberousse fera admettre le principe d'une suzeraineté ottomane, l'Empire de la Sublime Porte, alors vu comme le champion de l'Islam[192].

Société

Populations

Les structures sociales du Maghreb central préislamique, n’ont pas été complètement bouleversées par laconquête arabo-musulmane[195]. LesAfri des sources antiques deviennent lesAfāriq des sources arabes, lesRomanī, lesRūm ; et lesMauri, lesBarbar (berbères)[195].

LesAfāriq seraient les populations autochtones de l’est de l’Afrique, des africains latinisés et romanisés et leurs descendants. Ils constituaient un groupe peu nombreux essentiellement composé des élites chrétiennes et citadines attachées au pouvoir byzantin[195]. LesRūm (Romanī) sont les Byzantins et leurs descendants à proprement parler : soldats et fonctionnaires grecs. Il semble cependant que dans les sources arabes le termeRūm désigne également parfois des Berbères romanisés[195]. Ces deux groupes disparaissent assez vite des sources[195].

Les Berbères (Mauri des romains) formaient le groupe le plus important. Dans les sources de l'Antiquité, les maures désignaient les populations indigènes demeurées plus ou moins étrangères à la romanisation, et parlant des dialectes libyques. Dans les textes arabes, ce sont cesMauri qui apparaissent comme résistant aux musulmans, ils sont alors désignés par le vocableBarbar[195].

Ibn Khaldoun les divise entre deux grands groupements de tribus distingués selon des généalogies complexes exposées dans leKitab al-ibar : un premier groupe correspondant aux descendants desBranès et identifié auxSanhadja (mais aussiAwerba etHouaras), censé regrouper les populations sédentaires des montagnes : et un second, correspondant aux descendants desBotr et identifié auxZénètes, formé par les nomades des plaines[195]. Ce cadre théorique est cependant aujourd’hui largement remis en question.Yves Modéran soulignait déjà« qu’entre au moins le milieu du VIIIe et la fin du XIVe siècle (…) le peuple berbère n’a jamais vécu son identité en termes d’appartenance aux Boṭr ou aux Branès. Seuls comptaient les apparentements tribaux autour de quelques grands noms, Lawāta, Huwwāra, Zenāta, Kutāma, Ṣanhāja »[195]. Il invite à considérer les traités généalogiques qui ont servi de base à Ibn Khaldoun comme des sources dont la valeur historique est plus que douteuse. Le terme de« maures » et« berbères » sont imprécis pour désigner à la fois des populations issues de communautés ethniques variées et des groupes aux modes de vie divers[195].

AuVIIe siècle, la tribu est au cœur des structures sociales du Maghreb central. La plupart des sédentaires comme des nomades étaient encadrés par des structures tribales, les confédérations tribales qui articulaient la société sont mentionnées à la fois par les sources gréco-latines et par les sources arabes[195]. Modéran conclut que le terme de « Maure » renvoie en premier lieu à ce genre de vie tribal, et non à une origine géographique, une affiliation religieuse ou politique[195]. Cette proximité d’organisation et de représentation sociales a sans doutefacilité l’intégration desArabes, par ailleurs arrivés en petit nombre[195].

À l'époque de laconquête musulmane du Maghreb, lesKetamas, lesSanhadja (dont lesTalkata) et lesAwerba peuplaient le Maghreb central, y compris le massif de l'Aurès, laGrande Kabylie, mais également les régions deTahert et deTlemcen[196]. Les Zanāta peuplaient leZab et les terres à pâturages des pentes méridionales des montagnes de l'Atlas saharien jusqu’au fleuveMoulouya[196]. En outre, Ibn Khaldoun distingue trois grandes confédérations qui occupaient le paysorano-tlemcenien : les Banu Fatan, les Maghraouas et les Banou Ifren[197],[198].

À la veille de l’arrivée des tribushilaliennes dans la région, les tribus berbères ont bougé et évolué. Certaines ont disparu telles les Awerba etDjerawa si présentes au moment de la conquête[195]. D’autres ont pris le devant de la scène comme les Kutama qui occupent le nord de la région, les Sanhadja que l’on trouve dans leTell et lesHauts-Plateaux, lesHouaras et Lawāta, installés dans les environs deTahert, lesBanou Ifren qui occupent la région de Tlemcen où nomadisent également lesMaghraouas, et lesBanou Rached établis dans l’Ouarsenis, dans la montagne qui a pris leur nom (djebel Rached)[195].

Les Zénètes étaient les principaux habitants du Maghreb central, qui étaient leur « patrie » d'origine[199]. L'Oranie et dans la région deTlemcen appelée au Moyen Âge « bilād Zanāta », lesHouaras et lesZénètes de cette région sont les héritiers des antiquesBavares occidentaux[200]. En effet, le nom collectif ou « fédératif » des Babari aurait été éclipsé d’abord par celui des Avares (attestés auVe siècle), ensuite par celui des Zanenses (Zénètes) auVIIe siècle[200]. Certains d'entre eux étaient paysans, sédentaires et jardiniers, dans les oasis, la vallée du Chélif et le massif de l'Ouarsenis, et d'autres nomades ou semi-nomades sur les Hauts-plateaux du Maghreb Central[199].

La société du Maghreb central devient plus perceptible à partir de la seconde moitié duXIe siècle. Les tribus hilaliennes ont modifié l’équilibre du peuplement du Maghreb. Ces populations vont progressivement se stabiliser et se fondre dans le tissu social. Certaines tribus s’installent dans les villes ou dans les villages, d’autres conservent leur mode de vie nomade[195]. L’installation de ces tribus arabes entraine l'arabisation de zones rurales restées jusque-là principalement berbérophones. Les tribus berbères finissent par s’allier aux Arabes lorsque cela leur était favorable ou parfois ont cherché refuge dans les villes fortifiées des montagnes[195].

Ibn Khaldoun mentionne les tribus arabes dans le Maghreb central à la fin duXIIe siècle : ils occupent le Zab, leHodna, le versant oriental de l’Aurès, le versant Est des monts des Rāshid et des plateaux voisins. D’autres occupent le Sud, les territoires du Tell jusqu’aux environs deMédéa. Cette stabilisation voit également celle des tribus berbères plus à l’ouest, notamment dans l'Ouarsenis et la région de Tlemcen[195].

Économie et commerce

Au Maghreb, le commerce et les échanges de proximité sont plus importants que le commerce avec des pays lointains. La Méditerranée est cependant un espace de rencontre obligatoire : entre leIXe siècle et leXIIIe siècle, l'opulence de l'élite (nukhba) des villes frappe les voyageurs. la prospérité générale, l'abondance de monnaie des États — alors dynamiques — encourage des foyers de consommation[201]. Fatimides et Zirides se dotent de navires pour doper les transactions, marquant une époque de relative domination fatimide en Méditerranée[202] qui laisse place à une période de déliquescence des marines almohades face aux Européens, puis à l'épisode de peste noire en 1349 qui affectent le commerce maritime[201]. Les marchés se tiennent dans les villes et les campagnes où ils sont désignés par leur jour d'ouverture. Les chroniqueurs ne mentionnent pas une ville sans son activité commerciale, ses marchés, la qualité de ses produits, la richesse de ses habitants et leur état de santé. Les marchés ont lieu sur desrahabas et chaque métier a son quartier propre. Dans lesqaçariya, bâtiments couverts et fermés à patio central, sont vendus les produits de luxe : bijoux, pierres, parfums et étoffes d'apparat[201]. Les détaillants sont contrôlés par leçahib al suq (patron du souk), qui contrôle les poids et la qualité des marchandises. Les grossistes eux sont beaucoup plus libres et peuvent voyager au Soudan et en Égypte pour trouver des produits sur lesquels ils peuvent réaliser des profits[203]. L'Égypte est d'ailleurs le bilad at tijara (pays du commerce), carrefour des marchandises de l'Occident musulman, de l'Europe et de l'Asie[204]. Le commerce maritime, progressivement dominé par les Européens fait concurrence aux voies de communications traditionnelles : les marchands d'Italie du Nord équipent des flottes de commerce en Méditerranée (XIIe siècle), les musulmans sont distancés dans les échanges entre Al-Andalus et le Maghreb (XVe siècle) et les Portugais ouvrent la voie maritime du golfe de Guinée (XVe siècle), appauvrissant le commerce transsaharien. L'ensemble de ces phénomènes participe au repli des marins locaux sur le cabotage ou l'entreprise corsaire[204].

Le commerce transsaharien s'appuie sur des rouages plus anciens, mais connait des flux réguliers à partir duVIIIe siècle. L'essor des Rostémides, dynastie antérieure à la domination fatimide, permet à des commerçants ibadites de fréquenter Ouargla (anciennement Tirlhemt), alors axe indispensable sur la route de Tahert à Gao[205], d'autres nœuds sont indispensables comme le Mzab, Sedrata, Biskra ou Sijilmassa[22]. L'imam rostémide Abû-Hâtim Yûsuf (894-897 et 901-907), qui réalise divers exploits militaires, prend Ouargla selon Ibn al-Saghir. La ville sera d'ailleurs prise parAbou Hammou II, le sultan zianide qui y fait une expédition en 1358 qui se dirige ensuite vers le « Gabal Mişāb », le Mzab[206]. Une communauté, les'Agam ouAfariqa, sont présents dans plusieurs étapes ou relais dans tout le Maghreb, et parlent une langue romane, appeléeal-latini al-afriqi, littéralement « latino-africain » par le géographe Al Idrissi (1154)[207]. Les royaumes africains concernés par le commerce entre leVIIIe siècle et leXe siècle sont ceux dans l'orbite duroyaume de Gao (en arabe :Kawkaw) et duGhana (en arabe :Ğana), avec des importances géopolitiques changeantes (il y aurait eu 8 royaumes au total auIXe siècle) selon les chroniques de Al Yaqubi dans son ouvrageKitab al-Buldan terminé en 904/905[36]. Du temps d'Al Bakri (soit leXe siècle ziride), les échanges continuent avec Gao, et il est fait mention d'usage de barre de sel comme monnaie et de la capitale du royaume de Gao, coupée en deux villes séparées par le fleuve Niger avec la présence d'une mosquée, attestant de l'islamisation progressive de la boucle du Niger par le commerce, et les voyageurs, notamment ibadites[36].

Dans les réseaux de commerce nombre de Juifs côtoient des musulmans et, au Mashreq, des Chrétiens. Les grossistes visent les importations rentables d'Asie, dont des articles somptueux — pierreries, tissus d’apparat, épices, parfum. Les voyageurs européens sont intéressés par ces splendeurs mais le Maghreb importe d’abord d’Égypte lin, teintures, huile de sésame, sucre, plantes médicinales/aromatiques[203].

La production de monnaie permet d'« exporter » les dinars d’or et dirhams d’argent, mais également des cuirs et peaux, cire, bougies, miel, huile d’olive et de faire transiter les soies d’al-Andalus. Le principe des grossistes au Maghreb est résumé par Ibn Khaldoun « Achète bon marché et revends cher. Voilà tout le secret du commerce », pour lui, c'est une critique et le « caractère des commerçants […] est éloigné du sens de l’honneur »[208]. Cette analyse d'Ibn Khaldoun tranche avec leur situation sociale. Les commerçants sont des lettrés et des pieux et concourent à l’édification d'ouvrages publics (lieux de culte, fontaines, charité...), ce qui participe à leur renommée locale[208]. Avec la Reconquista, al-Andalus dépend du Maghreb pour faire l'intermédiaire avec l'Europe. Les denrées de première nécessité, importées par des navires européens sont réexportées à partir de Hunayn et de Ceuta. Les minerais de fer du Maghreb donnent un fer médiocre, ce qui impose d'importer des fers semi-ouvrés, alors le cuivre, et sa technologie mieux maîtrisée, permet d'exporter des productions appréciées vers l'Europe[208].

À l'époque Ziride, Alger, fondée par Bologhine, émerge comme débouché portuaire d'Achir, la capitale.Ibn Hawkal, un négociant deBagdad, décrit la ville auXe siècle[209] et ses observations sont reprises également par Al-Muqaddasi, qui visite la ville vers985 :

«  La ville d'Alger est bâtie sur un golfe et entourée d'une muraille. Elle renferme un grand nombre de bazars et quelques sources de bonne eau près de la mer. C'est à ces sources que les habitants vont puiser l'eau qu'ils boivent. Dans les dépendances de cette ville se trouvent des campagnes très étendues et des montagnes habitées par plusieurs tribus des Berbères. Les richesses principales des habitants se composent de troupeaux de bœufs et de moutons qui paissent dans les montagnes. Alger fournit tant de miel qu'il y forme un objet d'exportation et la quantité de beurre, de figues et d'autres denrées est si grande qu'on en exporte à Kairouan et ailleurs[210]. »

DuXe siècle auXVIe siècle, Alger est une ville berbère, entourée par des tribus berbères pratiquant la culture céréalière dans laMitidja ou l'élevage dans l'Atlas, procurant à la ville des revenus importants issus du commerce[210].Al Bakri, quant à lui, note l'importance du patrimoine antique de la ville. Il note la présence d'undār al-mal‛ab (théâtre, amphithéâtre), de mosaïques et des ruines d'une église ; il relève également la présence de nombreux souks (leswak) et d'une grande mosquée (masgid al-ǧāmi). Il décrit aussi le port comme bien abrité, fréquenté par des marins d'Ifriqiya, d'Espagne et d'« autres pays »[209].

Ancienne carte médiévale
Livre de Roger, carte avec points cardinaux inversés (nord en bas), réalisée pourRoger II de Sicile en 1154. La ville deBéjaïa y est mentionnée (begāïa), ainsi qu'Alger (ğezair bani mezġani),Tiaret (tahort) etTlemcen (telemsen).

Le Maghreb central expédie des caravanes vers le Mashreq, notamment dans le cadre du Hadj. Il exporte vers l'Orient des burnous et importe des tissus fins du type mousseline. AuXIIe siècle, des draps de laine sont de plus en plus importés d'Europe. Les commerçants européens se replient dans des funduq et évitent de s'aventurer dans l'arrière-pays avec leurs marchandises, cependant auXVe siècle, quelques-uns entreprennent de s'y aventurer[208]. Les navires restent identiques à ceux de l'Antiquité dans leur majorité : des petits navires de cabotage, à voile triangulaire servent au transport de troupes, documents et biens de valeur des États. Des navires plus volumineux, à voile rectangulaire et lents dédiés au commerce font progressivement leur apparition. C'est notamment le cas dans le réseau maritime de Béjaïa entre leXIe siècle et leXIIIe siècle. Ce réseau est dopé par les invasions hilaliennes durant l'époque hammadide : l'arrière-pays, moins sûr, pousse habitants et pèlerins à utiliser la voie maritime dans leurs échanges avec l'Orient. Une fatwah autorise même les pèlerins à embarquer sur les navires infidèles pour le Hadj[211]. Selon le géographeal-Idrīsī, auXIIe siècle, la ville de Bougie est un pôle du Maghreb central(quṭb) et « la ville » du Maghreb central (« madīnat al-Maġrib al-awsaṭ ») pour de nombreuses localités, même si son arrière-pays montagneux rend difficile la constitution d'un hinterland, et que ses échanges avec la moitié ouest du Maghreb central sont peu documentés[211]. À l'époque du sultanat hafside (XIIIe siècle), ce dernier met beaucoup d’énergie à contrôler, même indirectement, Biskra et le Zab, débouchés de Ouargla[123]. Les Hafsides inaugurent des souikas, petit marchés spécialisés et juxtaposés les uns derrière les autres[Note 3]. Cette dernière ville étant déjà dans l'orbite des pouvoirs rostémides, zirides, puis hammadides[212]. L'or africain est également un enjeu important, les relations politiques tendues avec Tlemcen (qui veut unifier le Maghreb central) n'empêchent pas la circulation des biens et même une rivalité et synergie intellectuelle entre les deux villes du Maghreb central[213]. Depuis des temps immémoriaux, le commerce maritime se fige en hiver, mais auXIVe siècle, les Italiens, avec la généralisation de la boussole, l’amélioration des bâtiments et l'apparition du gouvernail d'étambot, assurent une rotation régulière, deux fois par an et, donc, tiennent un avantage décisif dans le commerce méditerranéen d'Est en Ouest[208].

Le Maghreb central zianide établit des échanges commerciaux avec les États chrétiens. Les Européens fréquentent les ports du littoral.Oran était connue de longue date desGénois,Pisans,Marseillais,Ibériques, mais l'importance du commerce mobilise également des ports secondaires :Rachgoun,Honaïne,Breshk etCherchell[214]. À ce trafic méditerranéen, s'ajoute l'importanttrafic saharien.Tlemcen devient l'étape obligatoire du passage entre Europe et Soudan. Les caravanes d'Afrique apportent du sel, de l'ivoire, du poivre dit de « Guinée », des plumes d'autruche, de la gomme, de l'encens, du musc, de l'ambre gris et de l'alun blanc. Des tribus entières effectuent des migrations périodiques de la côte au Sahara et donnent une régularité remarquable aux flux commerciaux. Les caravanes apportent également de l'or duSoudan, duBambouk et duMali. Les axes convergeant vers Tlemcen passent par leTouat,Ouargla ouSijilmassa . Cette dernière localité a d'ailleurs été dominée par les Rostémides, les Fatimides, les Almohades, les Zianides et même les Hafsides avant d'être prise par les Mérinides (1274)[214]. Tlemcen garde malgré tout les relations commerciales les plus importantes avec Sijilmassa. Les Chrétiens qui ne peuvent s'aventurer jusqu'à Sijilmassa, s'implantent à Tlemcen où ils viennent échanger quincaillerie, cuivre, verroterie, drogues et parfum contre de l'or. L'or qui alimente l'Europe pendant l'époque Zianide transite essentiellement par Tlemcen[215]. La principale route de l'or vers l'Europe passe en effet du Sahara, et la ville clé de Sijilmassa, vers Tlemcen, puis de là continue vers les Baléares et la Catalogne[216]. Les communautés juives des possessions aragonaises (dont ceux des Baléares) et ceux de Tlemcen participent par leur liens à dynamiser cette route. La communauté juive de Tlemcen est très active dans le commerce aragonais dont l'or et les esclaves, et celle des Baléares dans le transports des Andalous vers l'Afrique suite à la Reconquista. Les communautés juives sahariennes, dont celle de Sijilmassa, ont également un rôle important dans l'acheminement de l'or duBambouk vers Tlemcen. Les Aragonais recrutent parmi les Juifs, nombre d'ambassadeurs auprès des royaumes d'Afrique du Nord[216]. Au Maghreb central, la présence juive est historique dans le Mzab, Ouargla, Touggourt, le Touat et lesroyaumes de Tahert etcelui de Tlemcen qui sont des centres importants du commerce caravanier[217]. Les Juifs prennent ainsi leur part dans ces développements, et après la période almohade, dans l'axe allant duSonghay à Tlemcen. Sous leroyaume hafside, des villes comme Constantine, Annaba et Bougie s’affirment comme des centres de peuplement juif et de commerce international. Les communautés juives y jouent un rôle actif dans le grand commerce méditerranéen, tout en participant aux échanges locaux. Elles sont présentes dans les souks urbains comme boutiquiers, mais aussi sur les routes rurales comme colporteurs. Elles interviennent notamment dans le commerce des textiles ainsi que dans l’achat de cuirs et de peaux auprès des éleveurs nomades[217].

Le commerce est cependant victime de certains conflits comme entre 1292 et 1295 où lesAragonais incendient les navires zianides, alors que lesbarbaresques tlemceniens ou bougiotes harcèlent les Chrétiens en mer ou sur les côtes en représailles. Mais les conflits ne durent pas car l'Aragon doit ménager Tlemcen qui lui fournit indirectement des flux commerciaux, donc des redevances douanières et un tribut[214].

Costume et textile

La documentation sur les textiles au Maghreb est lacunaire par rapport à d'autres régions du monde musulman[218]. Le mahdi fatimide entrant à Raqqada en 909, après la conquête des tribus Kutama, porte un turban noir et un vêtement de soie grège noirâtre selonIbn Idhari. Le daiAbu Abd Allah est lui habilléé d'un vêtement violet foncé recouvrant une tunique de lin et coiffé d'un turban entouré d'une étoffeiskandrani. Si la nature des tissus est connue par les textes, la forme est figurée par l'observation des turbans portés par des personnages sur les décors céramiques retrouvés à la Kalâa Beni Hammad et les descriptions d'Al Maqrizi sur la Cour fatimide en Égypte[219]. LeVoile de Sainte-Anne représente un exemplaire authentique des robes d'honneur popularisées par les fatimides (khila)[219].Al Muqaddasi semble informé sur les usages au Maghreb, pour lui les vêtements sont similaires à l'Égypte, à la différence que le vêtement du dessus est fendu en deux et rejeté sur le dos comme uneabaya, alors que en Égypte c'est letaylasan qui s'impose. On se coiffe aussi de bonnet de couleur, et lesBerbères portent leburnous noir, qui est emblématique des Sanhadja sédentaires et montagnards. Pour le Maghreb central, cette distinction vestimentaire a pu faire penser qu'elle est probablement à l'origine du classement adopté par Ibn Khaldoun : les Berbères Baranis, porteurs du burnous, et les Berbères Butr, porteur de manteaux plus courts[219].

Les textiles ne figurent pas non plus en bonne place dans les produits exportés du Maghreb, même à l'époque d'Ibn Hawkal qui mentionne toutefois des exportations d'ambre gris, de soie (harir), des robes de laine précieuses ou bon marché de toutes sortes (djubba), et autres articles similaires, tapis (anță'), à coté du fer du plomb ou du mercure. SelonAl Makkari, en 991, une ambassade en Espagne, apporta à Cordoue entre autres, plusieurs chargements deburnous et autres articles de tissu de laine fabriqués enAfrique du Nord.Al Jahiz affirme à son époque que les meilleursfeutres sont de variété chinoise et de type rouge maghrébin, et un autre chroniqueurMiskawaihi, nous apprend que l'armée byzantine qui assiégea Alep en 962 possédait des pavillons (khārgāhāt) ornés de feutres maghrébins (lubūd)[218].

Concernant le Maghreb central, l'auteur d'une chronique anonyme duXIIe siècle, l'Istibsar, qui repose principalement sur les observations d'Al Bakri, affirme que dans la Kalaa Béni Hammad, il se fabrique des robes (aksiya), d'une excellence et d'une finesse inégalées. Une robe de fête (kisa 'id) vaut 30dinars. Il fait également référence aux ateliers detiraz (broderie) de la Kalaa, qui sont réputés pour leurs étoffes ou alors aux turbans des émirs sanhadjas. En effet ces derniers possédaient des turbans tissés d'or ('ama'im mmudhahhaba), très chers, dont un seul vaut cinq à six cents dinars, voire plus. Ils les façonnaient avec un art parfait, de sorte qu'ils ressemblaient à deux turbans[218] ou des tiares[219] (tadj). Des artisans sont spécialisés dans cette fabrication. Pour la confection de turbans de ce genre, un mouleur (sa'igh) prenait deux dinars ou plus. Ils avaient des moules (kalib) en bois dans leurs ateliers qu'ils appelaient « têtes » autour desquelles ils enroulaient les turbans[218]. L'émir zirideBadis ben Mansur porte un turban rouge pour commander ses armées à labataille du Chélif (1015)[220].

Les habitants des districts ont desksa ouhaïk, tandis que le bas peuple se couvre de pièces d'étoffe légères (mendil). Les ksa ouhaïks sont des pièces d'étoffes non taillées dans lesquels on s'enroule, ils existent en variantes masculines ou féminines. Marmol rapporte plus tard auXVIe siècle que lemendil est une pièce d'étoffe qui sert de ceinture ou de turban[219].

En 1048, l'émir hammadide Yahya déplaça tous les matériaux précieux loin de laKalâa des Beni Hammad devant l'avancée desAlmohades.Yaqout al-Rumi, un peu plus tard, rapporte qu'on fabrique à la Kalâa des feutres de Tilakan[Note 4] (lababid al-Tilakan) d'une qualité exceptionnelle. On y trouvait de magnifiques robes dites « kal'i »[Note 5] à tissage serré, brodées d'or (mutarraz) dont la laine était si douce et brillante, qu'associée à l'or, elle était considérée comme de la soie précieuse. La ville décline après le départ des Hammadides et l'activité se concentre alors autour de Béjaïa. Selon Ibn al-Baitar, cette ville est connue pour la fabrication d'une teinture diteardjikna (issue d'une plante du même nom), et dont la meilleure passe pour être celle des alentours de Béjaïa, et particulièrement de la ville de Sétif. Plus au sud, dans lesAurès, la ville deTobna est un centre de production de coton selonIbn Hawqal[218].Mostaganem possède aussi une fabrique de coton selon Al Bakri, et Léon l'Africain remarque la présence de tisserands. Tlemcen commença véritablement à prospérer sous les Almohades, et Al Bakri fait des remarques sur ses bazars.Yaqout al-Rumi savait que les femmes y confectionnent des couvertures pour chevaux en laine (kanbush) de diverses sortes qu'on ne trouve ailleurs pas. Le passage d'Ibn Sa'id (mort en 1274 ) mentionnant un tissu « tilimsani »[Note 6] en pure laine ou en pure soie, avec ou sans carreaux . Si le sultan s'approvisionnait en tissu dans cette ville, il est fort probable qu'il y possédait une fabrication detiraz[218]. Cette étoffe est également appréciée dans le sultanat voisin desHafsides où elle est prisée à la Cour de Tunis[221].

Aspect linguistiques et religieux

Les sources arabes ne permettent pas de mettre en évidence l’existence d’une réalité linguistique autre queberbère auVIIe siècle en Afrique du Nord, hormis la persistance du latin dans certains milieux urbains marqués par l’héritage de la romanisation et du christianisme. Les auteurs arabes se montrent, à cet égard, particulièrement explicites : ils décrivent le Maghreb intérieur, rural et tribal, comme un espace linguistiquement dominé par le berbère, sans mention d’autres idiomes concurrents. L'hypothèse d'un maintient de la langue punique qui aurait favorisé l'arabisation est une thèse à écarter car non étayée par les descriptions des chroniqueurs[222].

Il faut distinguer les processus d'islamisation et d''arabisation. Le premier plus rapide, et quasiment total se réalise en deux siècles, alors que le second est plus lent et encore partiel treize siècles après la conquête arabe. Les premières islamisations et arabisations furent citadines. L'islamisation des populations berbères sanhadja et zénète reste un mystère, sans doute préparés au monothéisme par le développement préalable et partiel du christianisme et d'un certain prosélytisme juif dans les tribus nomades du sud. Il est possible que l'islam apparaisse aux Africains comme une hérésie chrétienne, ce qui expliquerait les fréquentes apostasies des débuts. Ibn Khaldoun rapporte que les Berbères abjurèrent l'islam 12 fois avant de se convertir définitivement, mais probablement à rythme très rapide car lors de laconquête de la péninsule ibérique (709), l'islam semble définitivement acquis. Les chefs berbères qui se convertissent pour des raisons politiques, participent certainement à une certaine diffusion de l'islam. Enfin des missionnaires kharéjites venus de l'Orient, sillonnent l'Afrique du Nord avec une doctrine hétérodoxe qui gagne les Berbères, notamment zénètes, et les détachent une partie des Berbères des autres musulmans[223]. Cette prédication kharidjite aboutira à laGrande révolte berbère de 740, qui chasse le califat Omeyyade et pose la base d'Etats indépendants[21].

La fuite d’une grande partie des Arabes à la suite des révoltes, ainsi que la perte de leur position dominante au sein de la société, ont fortement ralenti le processus d’arabisation des populations berbères, lesquelles demeurent largement étrangères à lalangue arabe jusqu’auXIIe siècle. A la même époque, en Orient, lecopte et l’araméen avaient déjà été marginalisés. Selon le géographe andaloual-Bakrī (m. 1094), l’aire d’implantation des peuples berbères s’étendait de la rive occidentale de la vallée du Nil jusqu’à l’océan Atlantique, incluant les îles Canaries, et, vers le sud, jusqu’à la boucle du Niger[224].

Avant l’arrivée des tribus arabesBanū Hilāl etBanū Sulaym, à partir de la seconde moitié duXIe siècle, les populations d’Afrique du Nord s’exprimaient majoritairement dans l’une des diverses variantes du berbère. Des exceptions existaient toutefois, notamment parmi certaines minorités coptes de Libye et dans les centres urbains déjà arabisés linguistiquement, tandis que le latin pouvait subsister de manière résiduelle dans certaines oasis du Maghreb oriental[224]. Le pouvoir rostémide pérennise l'usage de l'arabe à l'écrit dans le domaine administratif.

L'islamisation prend une forme particulière dans le Maghreb central berbérophone au Haut Moyen-Âge. Les courants kharéjites présents permettent une islamisation conceptuelle du lexique. AuIXe siècle, le kharéjisme possède un de ses principaux foyers àTahert, et, en dehors du Maghreb central, dans leDjebel Nefoussa et deJérid. C’est dans le cadre de la propagation et de la consolidation de la foi kharijite en milieu autochtone, le plus souvent sous sa forme ibāḍite, que le berbère est utilisé pour la première fois comme vecteur du discours religieux. Le dieu de l'islam y est désigné sous le nom deYakūš ouYūš, traduction berbère de l'arabeal-Mu'ṭī (celui qui donne)[224]. Certains travaux identifient un texte ibadite originaire du Nafusa comme le plus ancien témoignage écrit entamazight, rédigé enalphabet arabe vers leIIe siècle de l’Hégire, à savoir le Kitāb al-Tawḥīd, traduit en arabe par ʿĀmir b. Jāmiʿ auXIVe siècle. Toutefois, l’auteur al Dargini attribue la paternité du premier livre en tamazight à al-Mahdī al-Nafūsī al-Wayghrī (811–812). Ce livre en tamazight serait un des premiers écrits en Afrique du Nord[225].

Il ressort que l’islamisation s’est diffusée d’est en ouest à partir d’un foyer kharijite, vraisemblablement situé dans l’actuelle Libye, avant de progresser vers les régions occidentales[224]. La langue berbère a également joué un rôle significatif dans la diffusion de l’islam en Afrique subsaharienne, comme l’illustre des termes ensoninké commesállì-fànà (« prière première »), désignant la prière de midi dans l’empire médiéval de Ghana, emprunté ensuite par lebambara et d’autres langues ouest-africaines. Ce terme, probablement calqué sur l’expression berbèretizwarnin, suggère que le berbère a servi non seulement de vecteur de l’islamisation au Maghreb, mais aussi de langue de transmission religieuse vers le sud du Sahara, une fois l’islam solidement implanté dans les sociétés berbères[224].

Le recul du berbère et du kharéjisme vont de pair, amorcé sous lesFatimides, et malgré des révoltes parmi les Zénètes. L'invasion hilalienne participe au refoulement de ruraux sur les hauteurs, mais n'entame pas particulièrement les berbérophones et les blocs actuels linguistique que sont laKabylie et l'Aurès, citadelle du kharéjisme. La poésie est aussi un refuge du berbère. Le kharéjisme possède une extension saharienne considérable, dans les confins Maghreb central (Souf, Arīģ,Ouargla,Zab), et se prolonge en dehors à l'Est du Maghreb[226]. L'apparition de prophètes s'appuyant sur des corans en berbère est un phénomène récurrent au Maghreb jusqu'auXIVe siècle, époque charnière où l'islam sunnite derite malikite s'implante solidement[224].

Le maintient de communautés chrétiennes, plusieurs siècles après l'arrivée de l'islam, est attesté selon les chroniqueurs médiévaux. Une communauté est présente sous lesRostémides de Tahert, puis à Ouargla. Il est également mentionné la présence de Chrétiens et d'une église auXe siècle àTlemcen. La ville antique deCésarée de Maurétanie (Cherchell), ruinée, est également le lieu de pèlerinages vers des ribat qui attirent des foules.Dufourcq crois pouvoir identifier une tradition de continuité de pèlerinages chrétiens vers cette ville antique[223]. C'est auXIIe siècle que disparaissent probablement les dernières communautés chrétiennes, sous le règne des Almohades, moins tolérants. Le maintient de lalangue latine d'Afrique (al-lâtini al-afarîq) semble étroitement liée aux communautés chrétiennes[223].

La première arabisation citadine, linguistique et culturelle, duVIIe siècle auXIe siècle concerne les centre urbains du Maghreb (Tlemcen, Tahert, Kairouan, Fez...) et permet de conserver une langue arabe plutôt classique. Avec des emprunts lexicaux au berbère, il se maintient sous forme de parlers de zones sédentaires comme littoral du Constantinois, le sahel de Tunis ou les Jbala du Rif. Il semble ensuite concurrencé par une forme d'arabe plus bédouine, peut-être apportée par les Banu Hilal auXIe siècle, qui vont progressivement arabiser les Berbères à leur contact. La défaite des Banu Hilal auXIIe siècle face aux Almohades n'entrave pas le processus mais le disperse dans les franges les plus occidentales du Maghreb. La transformation ethno-sociologique d'une population de plusieurs millions de Berbères par quelques dizaines de milliers de Bédouins, reste un phénomène difficile à appréhender mais peut s'expliquer par divers paramètres : le coup porté à la vie sédentaire par l'arrivée d'une nouvelle vague nomade, l'adoption de filiations fictives arabes par les Berbères et le mode de vie similaire de nomadisme entre Zénètes et Arabes hilaliens. Le fait que lesdialectes zénètes soient tous actuellement sédentaires et non plus nomades, témoignerait de l'arabisation de la faction nomade de ces derniers. A l'échelle du Maghreb le phénomène inverse de berbérisation d'une population arabe a pu s'observer dans une moindre mesure[223]. Des communautés juives semblent avoir accompagné l'arrivé des bédouins hilaliens, renforçant ainsi les communautés juives locales[223].

Faute de documents, il n'est pas possible de détailler comment les dispositions de ladhimma furent appliqués au Maghreb central. Les communautés juives ont surement pu conserver leur culte, l'hébreu comme langue liturgique et les fêtes communautaire.Yehuda ibn Quraysh un lettré juif de Tahert, est un linguiste duXe siècle qui étudie les relation entre l’hébreu, l’arabe et l’araméen dans une épître,risâla, connue sous le titre deAbi wa-ummi (« Mon père et ma mère »). Il aurait rédigé un ouvrage de grammaire et un dictionnaire, de nos jours perdus, et a également légué lespiyyûtim, des chants religieux qui eux sont conservés[217]. Les archives de la Geniza de la synagogue du vieux Caire fournissent des manuscrits d'échange qui concernent le Maghreb central depuis leXe siècle et mis au jour auXIXe siècle. Ces lettres sont écrites en langue arabe et en caractères hébraïques et révèlent que les juifs du Maghreb central partagent avec les autres marchands du monde musulman toutes les techniques de transaction en vigueur (lettre de change, association commerciale...). Au Maghreb central, le Mzab, Ouargla, le Touat, Tahert, Tlemcen Bougie et Constantine sont des lieux de présence juive attestée notamment par le commerce ou, pour le Touat, par l'épisode de la persécution des Juifs deTamantit dans le Touat. Cette persécution est menées par le juriste Al Maghili contre l'avis du juriste local, le cadi al-‘Asnûnî qui reconnait la possibilité aux Juifs de construire leurs synagogue[217],[Note 7]. Le statut des Juifs reste marqué par une inégalité juridique tout au long de la période médiévale. Toutefois hormis deux épisodes, un prolongé auXIIe siècle (sous le rigorisme des Almohades) et l'autre bref et localisé auXVe siècle (affaire du Touat), les Juifs du Maghreb central n'ont connus ni les massacres collectifs, ni les conversions forcées ou les expulsions massives pratiqués dans d'autres contrées[217].

Les Almohades imposent une idéologie religieuse qui est à la base de l'Empire, avec une littérature religieuse en arabe et en berbère[134]. A l'époque almohade,Ibn Tūnart (m. 1172) rédige un dictionnaire qui comprends 2 500 entrées arabes avec leur traduction en berbère[224], atteste la volonté de mettre le berbère au même niveau que l'arabe, en participant à l'élaboration d'une langue écrite. Originaire de la Kalaa Beni Hammad, il fait ses études à Béjaïa, Alger puis à Cordoue en Andalousie, avant d'être juge et enseignant à Fez en 1172[227].

Suite à l'époque Almohade, les dynasties Zianides et Hafsides revenant à l'arabe comme langue officielle, tout en entérinant l'usage durable d'un certain nombre de termes berbères dans le cadre officiel comme la fonction demezouar (du berbèreamzewar, « premier »). Les Zayyanides à Tlemcen et les Hafsides à Tunis structurèrent leurs palais autour de l'imi n'tigwmmi (littéralement le « seuil de la maison »). Certains termes berbères influencent aussi lecastillan médiéval comme « jinete » (cavalier) qui fait référence aux tribus zénètes originaires du Maghreb central[224]. Cette période Zianide marque aussi le retour à l'orthodoxie sunnite de rite malékite comme doctrine officielle[159].

AuXVIe siècle, la hiérarchie linguistique est définitivement fixée. Les Maghrébins se construisent dans le mépris de leur langue maternelle, arabe dialectal ou berbère, toute reconnaissance sociale passant par un éloignement avec les idiomes locaux au profit d'un arabe écrit. La norme orientale s'appuie sur une légitimité religieuse et une norme lettrée présente dans un réseau de grandes villes du monde musulman. Ce phénomène est inverse à l'Europe où l'on assiste à un essor deslangues vernaculaires (romanes) et leur officialisation[224].

Aspects militaires

Du temps des zirides et hammadides les troupes sont assez hétéroclites par intérêt des princes de ne jamais compter sur un seul élément de la population et ne pas laisser trop d'importance aux proches parents, intéressés par le pouvoir. Les Zirides cherchent donc très tôt des mercenaires. Ils en trouvent parmi les groupes tenus à l'écart comme les Chrétiens, et des tribus non alliées par le sang comme les Zénètes. Il auront recours à une garde noire, ou de captifs chrétiens comme cela se voit àKairouan chez lesBadissides. Nous ne disposons pas d'information sur le mode de vie de cette milice, et si elle dispose de cantonnements spécialisés, de cadres ou de règlements. Elle comprend des fantassins, cavaliers et chameliers[228]. Battu sur le Chélif en 1015 face aux Zirides, Hammad s'enfuit avec sa garde deabid noirs et d'environ 500 cavaliers[229].Les cités sont ceinturées de remparts, avec des tours de guet. Achir, puis la Kalâa disposent de remparts. Ibn Hawqal nous renseigne sur la muraille de Msila en brique, ainsi que cette de Tobna. Laribus elle possède des remparts en pierre, ainsi que Ngaous, alors que Belezma avait des murailles en terre. L'armée dispose d'officiers (arif) dont des généraux, mais nous n'avons pas d'indication sur leur mode de désignation.L'existence d'un corps de troupe permanent en dehors de la garde du sultan est incertain. Il est de coutume avant chaque expédition de constituer une armée et de recruter des soldats. La soldatesque n'est pas toujours bien vue du peuple, bourgeois des grandes villes et ruraux, comme en témoigne des plaintes collectives auprès du sultan. La discipline est variable, mais souvent les fuyards sont mis à mort, avec des représailles sur leurs familles. L'armée en ordre de bataille va étendard et tambours en tête[228].

Selon certaines sources, les Zirides et les Hammadides pouvaient mobiliser des armées comprenant jusqu’à 30 000 cavaliers et un nombre équivalent de fantassins. Avant la fondation de Bougie, la cavalerie sanhadja stationnée à la Kalaa comptait environ 12 000 hommes. De manière générale, les effectifs de cavalerie et d’infanterie étaient équivalents. Les soldats disposaient de sabres ou d'une épée, d'une lance ou d'un javelot et d'un poignard. Des groupes possédaient des arcs ou d'arbalètes avec des flèches empennées à pointe d'acier[229]. Les troupes doivent vivre sur le pays, allié ou ennemi. En 1159, lors de l'avancée des Almohades au Maghreb central, il fait jalonner son chemin de monceaux de céréales pour ravitailler son armée et le secret de son expédition est le secret est un élément décisif : ainsi un esclave trop bavard est mis à mort. On sait aussi que l'avant garde devance de beaucoup le gros de l'armée : lors de l'offensive almohade sur Béjaïa, elle est de deux jours de marche[229].

A l'époque ziride, le bouclier en peau d'antilope (lamt) est à l'honneur, et le chef zénète, Ziri Ibn Atiya, envoie en cadeau au calife omeyyade à Cordoue, deux cents chevaux, cinquante chameaux, mille boucliers en peau de lamt, plusieurs faisceaux d'arc en bois de « zan ». Les Arabes nomades hilaliens ne semblent pas avoir disposé d'une armée régulière, mais sont plutôt constitués de bandes armées plus ou moins fédérées le moment venu sous les ordres d'un chef. Ils ne semblent pas bénéficier descottes de mailles et des cuirasses avant leur arrivées au Maghreb. Après leur victoire àHaydarân en 1052, ils monnaient leur bravoure au combat auprès des souverains en exigeant une part importante des butins. Ils sont aussi contraint par des déplacement saisonniers vers le désert pour la santé des troupeaux. Ce modèle montre ses limites face à la discipline des armées almohades auXIIe siècle, mais ne change pas leur rôle de troupes d'appoint des souverains pour les siècles à venir[228]. Outre le sermon religieux, le chant pouvait contribuer à la mobilisation des troupes[Note 8]. Ibn Khaldoun en fait mention dans laMuqaddima. Il fournit toutefois des informations plus précises sur les Zenetes (notamment les Mérinides et les Zianides) : à l’approche du combat, un poète chantait (yataġannā) devant les troupes afin d’exalter leur bravoure. Ce chant guerrier, décrit comme entraînant, était appelé en berbèretāṣūgāyt (outāzṣwāgayt selon les manuscrits)[230].

La Berbérie médiévale n’ignorait pas les machines de siège, héritées de l’Antiquité à travers Byzance, pour projeter de grosses pierres sur les cités assiégées :catapultes oumangonneaux (manjanïq) sont très fréquemment signalés[231]. Les deux grands sièges de Tlemcen par les Mérinides en 1299 et 1337 repose sur un usage de ces armes de siège et de fortifications aux gigantesques assises dont G. de Lombay se montre à son tour émerveillé auXIXe siècle à Alger, Oran et Tlemcen. Il explique la résistance de la ville (plusieurs années) par ces puissants ouvrages défensifs[232].

L'insurgé zénèteAbu Yazid qui mène des zénètes du Maghreb central pour assiéger les Fatimides à Sousse (Ifriqiya) en 945, utilise des tours de siège (dabbabat) et des mangonneaux. On mentionne aussi l'emploi de béliers par les Fatimides, ou l'emploi d'échelles par Bologhine, l'émir ziride,lors de la prise de Fès en 980[233].L'introduction des armes à feu en Berbérie reste assez obscure. En 1274, les Mérinides emploient des canons, avec poudre à feu et mitraille de fer, lors de la prise de Sijilmassa ; cependant les projectiles en pierre des catapultes ont un effet plus destructeur. ABône en 1399, une artillerie à feu dans le sens moderne est employée contre les assiégeants Valenciens. La poudre provient, au moins en partie, de la contrebande depuis l’État d’Aragon. Un canon retrouvé à laKalâa Beni Abbes, enKabylie, porte lui une inscription datée de 1366[231],[Note 9]. Le siège de Constantine par lesMérinides en 1357 fait également état de l’usage de projectiles étincelants, accompagnés de détonations assourdissantes, dont l’effet psychologique contribua à terroriser les assiégés[234].

Cadre intellectuel et scientifique

Contexte historique

Depuis le début duMoyen Âge, et laconquête musulmane de l'Afrique du Nord, deux pôles scientifiques principaux s'affirment et soumettent le Maghreb central à une concurrence rude sur le plan des savoirs. L'un à l'est structuré autour des villes deKairouan etMahdia ; l'autre à l'ouest deCordoue enAl-Andalus. Diverses cités comportant un milieu intellectuel actif vont émerger au Maghreb central durant cette période :Tahert,Tlemcen, Tubna,M'sila,Achir, laKalâa des Béni Hammad etBéjaïa[235]. L'effondrement de l'autorité des Omeyyades en Afrique du Nord se traduit par l'apparition de diverses principautés, dont la principale auVIIIe siècle est leroyaume rostémide (en762), ayant pour capitaleTahert. Ce royaume disparaît lors de l'établissement de l'Empire Fatimide, puis desZirides auXe siècle. Les Zirides fondent plusieurs cités au Maghreb central,Achir,Alger,Médea ; deux branches parentes des Zirides fondent les villes deGrenade en Espagne (Zirides du royaume de Grenade) et de laQal'a des Béni Hammad (Hammadides) en Algérie. Ces derniers établissent leur capitale à Béjaïa auXIe siècle[235]. À partir duXIIe siècle, Tlemcen et Béjaïa deviennent prépondérantes dans les échanges intellectuels ; elles tirent parti de leur prospérité et de leur position sur le plan politique. Tlemcen, l'anciennePomaria romaine, outre son passé decapitale ifrenide (765-1066), devient celle duroyaume zianide (1235-1556). Elle est alors surnommée la « Grenade d'Afrique »[235] (par analogie à la prestigieuse cité andalouse) ou encore la « perle du Maghreb »[236]. Béjaïa, l'antiqueSaldae, est l'ancienne capitale duroyaume hammadide (1014-1152) ; c'est alors une cité prestigieuse, carrefour descaravanes venues d'Afrique ou d'Orient, mais également des navires venus des ports européens et andalous. La ville voit même à cette époque s'installer un dialogue inter-religieux entre les mondes chrétiens et musulmans[235]. Par la suite Béjaïa devient le siège d'un sultanat - « royaume de Bougie » - dissident et indépendant au sein despossessions hafsides duXIIIe au XVIe siècle ; quand elle n'est pas considérée comme une seconde capitale par ces derniers (aprèsTunis)[235]. DuIXe siècle auXVe siècle, les sciences, notamment celles dérivées des mathématiques (astronomie, calculs fractionnaires et algorithmes appliqués aux héritages, algèbre, géométrie et artisanat), vont connaître un essor au Maghreb central. Outre la culture d'érudition des grandes cités et de leur savants, l'essor est en bonne partie dû à la circulation des hommes de science au sein du monde musulman et de l'occident méditerranéen qui amène à l’interaction et à l'émulation des savoirs. Les sciences du calcul et l'algèbre occupent une place importante à Béjaïa, les connaissances locales sont transmises à travers divers savants européens duMoyen Âge tardif et de laRenaissance[237]. C'est le cas deFibonacci dont la suite fut inspirée par les calculs des apiculteurs de la région de Béjaïa ou dans une version alternative par un problème local de comptage des lapins. Outre le mathématicien Fibonnacci (1170-1240), l'algébriste andalou Al Qurashi (mort vers 1184) y trouve refuge après lareconquista, le philosophe catalanRaymond Lulle (mort en 1315) vient y confronter ses idées philosophiques avec les savants locaux, et enfin le sociologue Ibn Khaldoun (1332-1406) en devienthadjeb (premier ministre)[238].

Les principaux centres scientifiques du Maghreb Central

Vue sur un minaret ancien
Minaret de la grande mosquée de laQal'a des Beni Hammad

La Qalʽa, capitale hammadide, devient auxXIe siècle etXIIe siècle un centre culturel et scientifique majeur du Maghreb central, jouant un rôle de « relais » entre le déclin deKairouan et la fondation deBéjaïa. Ibn Nahwī (m. 1119) y initie la tradition d’enseignement, maîtrisant géométrie et arithmétique grecques, notamment Euclide, et influençant le développement des mathématiques à Béjaïa.Ibn Ḥammād (m. v. 1230) contribue à la formation d’un « groupe de la Qalʽa », reprenant la méthodologie d’al-Manṣūr al-Qalʽī dansNihāyat al-qurb, consacré aux mathématiques appliquées aux héritages[73]. La ville possède également une tradition juridique importante, avec une cinquantaine de spécialistes malékites, et Ibn Nahwī, originaire de Tozeur et formé en partie à Kairouan, s’y établit comme poète et savant pluridisciplinaire[73]. Il est imprégné de la pensée deAl-Ghazali. Les liens avec Kairouan permettent la diffusion de savoirs orientaux, dont ceux d’al-Kindī, al-Huwarī, Abū al-Mağd, ʽAṭiyya et Ibn Abī al-Riğāl (Albohazen)[73]. La ville partage son rôle politique de premier plan avec Béjaïa a nouvelle capitale hammadide, auXIIe siècle, elle demeure un centre politico-culturel important jusqu'au règne de prince hammadide Yaḥyā b. al-ʽAzīz qui tranche définitivement pour l'implantation de sa capitale à Bejaïa. Les élites de la Qal'a migrent alors à Béjaïa et y forment un groupe important[73].

Cette animation culturelle de Béjaïa dès leXe siècle est liée à ses contacts avec les ports andalous, et dans l'arrière pays avec la Qal'a capitale des Berbères hammadides. La ville devient un centre politique majeur et, fait original pour cette époque du Maghreb, une capitale littorale tournée vers la mer. Elle occupe une place stratégique,Ibn Toumert rencontreAbd al-Mu’min, et son compagnon al-Baydaq y décrit « une ville riche et prospère ». La ville est alors cosmopolite et mêle Berbères, Andalous, Chrétiens et Juifs ; elle accueille des voyageurs de tout lemonde musulman. La communauté chrétienne est présente au point que lePape Grégoire VII envoie un évêque à la demande du souverain hammadide[239]. Les principaux lieux de savoirs sont la Grande Mosquée,Madinat al-`Ilm (la Cité des Sciences), laKhizana Sultaniya, l’Institut Sidi Touati[240]. Le juriste Al Ghobrini (1246-1314), qadi de la ville, décrit les savants de Béjaïa comme « princes de la science », parmi lesquelsSidi Boumedienne, Abd al-Haq al-Isbili, al-Qurashi et Abu Tamim Ben Gebara.Ibn Khaldoun enseigne dans la mosquée de laCasbah en même temps qu'il est hajib (ministre) du sultan Abou Abdallah de 1365 à 1366. Les savants ont pour tradition de se réunir dans des audiences où ils se consultaient sur divers sujets[241],[242].

D'un point de vue intellectuel laKabylie ancienne est décrite comme une « montagne savante»[243],[244],[245]. Après la chute de Béjaïa en 1510, les seigneuries locales maintiennent longtemps le lien aux villes du Maghreb comme Béjaïa ou Tunis[244]. La région comporte un réseau de zaouïas et des lettrés locaux dont certains sont reconnus dans toute l'Afrique du nord, et des écrits en langue arabe et berbère. L’existence de liens à diverses villes (Bejaïa, Dellys, Alger...), les liens àAl Andalus et le repli d'élites durant les périodes de crises vont conduire à un usage répandu de l'écrit dans cette région montagneuse[244]. Une des premièrestimaamart (école, zaouia) est celle deTamokra, fondée en 1440 parSidi Yahia El Aidli, un mystique soufi duXVe siècle[246]. Des foyers culturels parmi les plus actifs se situent dans la tribu desAït Yaâla, où fut découverte la bibliothèque (enkabyle :tarma) du Cheikh el Mouhoub, datant duXIXe siècle[244]. Elle compile 500 manuscrits — dont certains en langue berbère — sur divers sujets :fiqh,adab, astronomie, mathématiques, botanique, médecine, etc. Certains manuscrits sont d'époque médiévale, ou leur copie, et témoigneraient de l'apport de réfugiés andalous ou de lettrésbéjaouis, mais aussi du déplacement des lettrés locaux. Ces éléments indiquent que les villages, loin d'être renfermés sur eux-mêmes, sont en lien avec le monde méditerranéen[247].

Tout au long du Moyen Âge, Tlemcen va connaitre différentes entreprises de conquêtes dynastiques qui en feront une ville comportant un milieu savant actif. Cependant c'est en devenant la capitale des Zianides en 1235 qu'elle va se positionner comme un pôle majeur. La ville est connue pour ses Madrasas : celle de Sidi Belahcène at-Tenessy (fondée en 1296), des frères Ibn al-Imam (1310), la Médersa d’El Eubbad - Khaldounyya (1347), la Tashfiniyya (1320) et la Ya`koubiyya[240]. Un descheikh les plus illustres est Ibrahim at-Tlemcani (1212 – 1292), auteur d'un traité célèbre :Urjuza fi `Ilm al-Fara’id (« Traité en en science des héritages »), mêlant les règles d'héritages aux calculs fractionnaires[240]. D'autres savants vont rythmer la vie scientifique de Tlemcen ; telIbn al-Fahhâm qui conçoit la célèbreMendjana — l'horloge à eau duMechouar[248] — ou El Habbak qui marque l'astronomie et améliore l'usage de l'astrolabe. Thighri Et-Tilimçani, va développer la médecine et la pharmacie et El Abli rédige une encyclopédie scientifique. Ibn Khaldoun et son frère Yahia passent une partie de leur vie à Tlemcen et décrivent son milieu scientifique ; ils contribuent localement à la sociologie et à l'architecture[249].Sidi Boumedienne, grand mystique et savant de Béjaïa d'origine andalouse, a passé la fin de sa vie à Tlemcen, son mausolée est l'un des principaux sites historiques de la ville[249].

Une activité centrée sur les mathématique et l'astronomie

Ancien parchemin avec écriture en caractères arabes
Feuillet des vers poétiques d'Al Akhdari (XVIe siècle) concernant l'astronomie et les mathématiques (copie conservée à la bibliothèque du Cheikh el Mouhoub - Kabylie copie duXIXe siècle).

Les connaissances et la tradition scientifique des grands centres de l'orient musulman (Bagdad, Damas...) vont se diffuser au Maghreb[250]. L'état des connaissances de la ville de Béjaïa est rapporté par al Ghobrini (1246-1314) qui détaille le champ des connaissances en mathématique qui concernent[164] : les sciences du calcul (al-Mansur al-Qal‘i) l'algèbre (al-Qurashi), l'astrologie, les analyses combinatoires (al-Hirrali) et l'astronomie (Abu l'Hassan Ali) et la musique (al-Usuli)[164].

C'est dans ce contexte marqué à la fois par des facteurs sociaux (commerce, prospérité, ouverture de la ville...) et culturels (milieu et grandes figures savantes) favorisants que Fibonacci vient étudier à Béjaïa et réaliser ses travaux qui mèneront à l'élaboration de sa suite. Al-Qurashi est un Andalou d'origine sévillane, il enseigne à Béjaïa l'algèbre et la science des héritages ; ses commentaires restent en vigueur jusqu'auXVIe siècle. Il se base sur les travaux du mathématicien égyptien Abu Kamil (850-930) sur les six équations canoniques. Al-Uqbani (mort en 1408) originaire de Tlemcen, parle des travaux d'al-Qurashi et rapporte qu'ils permettent la résolution de nombreux problèmes : des équations simples et du quatrième degré[164]. C'est dans la ville de Béjaïa, en Algérie, où son père est représentant des marchands de Pise auprès des douanes du port de Béjaïa, queLeonardo Piso, dit Fibonacci va apprendre la numération arabe[251]. C'est également son premier contact avec la tradition mathématique des pays d'Islam[164] et la source d’inspiration de son ouvrageLiber Abaci. La suite de Fibonacci est décrite comme une réponse, plutôt un modèle mathématique, permettant de calculer les individus d'une population de lapins en croissance[251]. Une autre version voudrait qu'elle soit directement inspirée du milieu des apiculteurs et des marchands de cire d'abeille bougiotes, avec lesquels Fibonacci était en contact ; sans que l'on ne sache si eux-mêmes maîtrisaient cette suite[252].

Le Maghreb possède une tradition astronomique. Les savants les plus illustres : Ibn Isḥāq (Tunis,XIIIe siècle), Ibn al-Banna et Abu l’Hassan Ali (Fès et Marrakech,XIVe siècle), Ibn `Azzuz etIbn Qunfudh (Constantine,XIVe siècle), al Habbaq et as-Sanusi (Tlemcen,XVe siècle) participent à la mise en place d'une tradition locale d'astronomie. Béjaïa est une ville où les divers astronomes (notamment andalous) viennent travailler, confronter leurs travaux et parfaire leurs observations (notamment Ibn Raqqam,Sidi Boumediene etRaymond Lulle)[253],[254]. Ibn Khaldoun lui-même possède de solides connaissances en astronomie, il est imprégné par le modèle de Ptolémée et la logique aristotélicienne. Il prend ainsi un référentiel géocentrique. Il admet la sphéricité de la terre, opinion partagée par de nombreux savants de Béjaïa comme Ibn Sabin, et ce, bien avant les travaux de Galilée (1564-1642). Raymond Lulle va s'intéresser également lors de son séjour à Béjaïa à la nature des corps célestes et aux jugements astrologiques[253],[254],[255]. La tradition astronomique va se perpétuer en Kabylie notamment autour de latimmeemert (zaouia, école...) d'Ichellaten. Les auteurs qui font référence en astronomie et dont les travaux sont en circulation sont alors les savants Abi Miqra du Rif (XIVe siècle), Al Susi du Souss (XVIIe siècle) et Al Akhdari (XVIe siècle). Ce dernier originaire de Biskra, a vécu de 1512 à 1585 ; il est l'auteur du traité « Nazm al-Siraj fi 'Ilm al-Falak », abordant sous forme devers poétiques l'astronomie et les mathématiques. Ses travaux furent des ouvrages de référence jusqu'auXXe siècle[255].

Références

  1. Valérian 2006,p. 35-101
  2. Lawless 2024
  3. Allioui 2006,p. 368
  4. Meynier 2010,p. 14.
  5. ab etcMeynier 2010,p. 10.
  6. Guichard 2017,p. 292
  7. Bulletin du Service des antiquités 1960, 120 ; 126 ; 142
  8. Gaïd 1990,p. 45
  9. ab etcVanz 2021,p. 333-336
  10. Allaoua Amara 2008,p. 124
  11. ab etcAmara 2009
  12. abcd eteBaadj 2015,p. 7-9
  13. Merouche 2002,p. 10
  14. Blais 2014,p. 28
  15. a etbBoudouhou 2010
  16. abcdefghijklmno etpValérian 2006, Chapitre I
  17. Kouzmine 2009,p. 659-685
  18. Unesco 1990,p. 268
  19. Kaddache 2012,p. 175
  20. Lugan 2016, Chapitre III
  21. a etbKaddache 2012,p. 178.
  22. a etbKaddache 2012,p. 178-179.
  23. a etbJolly 2008,p. 167
  24. Britanica 2020.
  25. Les Rustamides (761-909), sur le site qantara patrimoine méditerranéen.
  26. Meynier 2010,p. 29-30.
  27. Djeghloul et Lacheraf, Chapitre, un pôle étatique central : l'imamat Rostémide de Tahert
  28. Kaddache 2012,p. 179.
  29. Roches 1884
  30. a etbKaddache 2012,p. 180.
  31. Kaddache 2012,p. 181.
  32. a etbLewicki 1962,p. 525
  33. Lewicki 1962,p. 526
  34. Lewicki 1962,p. 532
  35. a etbLiétard 2014
  36. ab etcLewicki 1962,p. 513-535
  37. Kaddache 2012,p. 184.
  38. a etbKaddache 2012,p. 185.
  39. a etbKaddache 2012,p. 186.
  40. Kaddache 2012,p. 187.
  41. a etbKaddache 2012,p. 193.
  42. Julien 1951,p. 390.
  43. Kaddache 2012,p. 194.
  44. Julien 1951,p. 392.
  45. Kaddache 2012,p. 195.
  46. Kaddache 2012,p. 195-196.
  47. a etbJulien 1951,p. 393.
  48. a etbKaddache 2012,p. 202.
  49. a etbKaddache 2012,p. 200-201.
  50. a etbJulien 1951,p. 398
  51. a etbJulien 1951,p. 403.
  52. a etbMeynier 2010,p. 42
  53. a etbJulien 1951,p. 404-405.
  54. a etb« les origines d'alger,conference faite le 16 juin 1941,comite du vieil alger;venis », suralger-roi.fr(consulté le)
  55. Fodil Cheriguen 1987,p. 7-22
  56. Salah Guemriche 2012,p. 56
  57. Unesco 1992,p. 172
  58. Kaddache 2012,p. 214.
  59. ab etcHady Roger Idriss 1962,p. 54-60
  60. Dhina 1986
  61. a etbKaddache 2012,p. 216.
  62. a etbGaïd 1990,p. p. 66
  63. Gaïd 1990,p. p. 67-68
  64. a etbKaddache 2012,p. 217.
  65. Gaïd 1990,p. p. 72
  66. Gaïd 1990,p. p. 71-73
  67. Gaïd 1990,p. p. 75
  68. Gaïd 1990,p. p. 76
  69. Gaïd 1996,p. 191
  70. Gaïd 1990,p. p. 77
  71. Kaddache 2012,p. 217
  72. Gaïd 1990,p. 79
  73. abcd eteAllaoua et Aissani 2004
  74. Kaddache 2012,p. 218
  75. ab etcGaïd 1990,p. 80
  76. Gaïd 1990,p. 82
  77. Kaddache 2012,p. 219
  78. a etbGaïd 1990,p. 83
  79. abcdef etgKaddache 2012,p. 220-221
  80. a etbSari 2003,p. 54
  81. a etbLacoste 1969,p. 462
  82. Aillet 2018, Chapitre 15
  83. abcde etfMeynier 2010,p. 50
  84. Gaïd 1990,p. 94
  85. ab etcGaïd 1990,p. 85
  86. a etbJulien 1951,p. 410
  87. a etbGaïd 1990,p. 96
  88. a etbJulien 1951,p. 412
  89. Gaïd 1990,p. 97
  90. Aillet 2021,p. 169-194
  91. a etb« Qantara - Minbar des Andalous », surwww.qantara-med.org(consulté le)
  92. « Qantara - Grande Mosquée de Kairouan », surwww.qantara-med.org(consulté le)
  93. « Qantara - Mausolée et Mosquée de Sayyidî (Sidi) ‘Uqba », surwww.qantara-med.org(consulté le)
  94. Marçais 1955,p. 467
  95. Comité du vieil Alger 2003,p. 5
  96. Société historique algérienne 1875,p. 523
  97. Comité du vieil Alger 2003,p. 11.
  98. Julien 1951,p. 411
  99. Meynier 2010,p. 49
  100. Gaïd 1990,p. 185
  101. Bourouiba 1984
  102. « Qantara - La Zisa de Palerme », surwww.qantara-med.org(consulté le)
  103. a etbGolvin 2000
  104. Julien 1951,p. 411-412
  105. ab etcKaddache 2012,p. 229
  106. a etbKaddache 2012,p. 228
  107. a etbJulien 1951,p. 414-415
  108. Alouani 2010,p. 63
  109. a etbGaïd 1990,p. 100-101
  110. Kaddache 2012,p. 237
  111. ab etcKaddache 2012,p. 234
  112. Meynier 2010,p. 52
  113. Comolli 1987,p. 82
  114. Durand 1975, Section : Le Temps des grands corsaires
  115. Julien 1951,p. 454
  116. Julien 1951,p. 424
  117. Gaïd 1990,p. 98
  118. ab etcGaïd 1990,p. 129
  119. Ricard 1924,p. 200
  120. Dokali 1974,p. 24
  121. Bazzana 2019,p. 61
  122. abcd eteGaïd 1990,p. 149-151
  123. a etbValérian 2013,p. Chapitre III
  124. Alliat 2022
  125. Kaddache 2012,p. 235
  126. abc etdKaddache 2012,p. 235-236
  127. Gaïd 1990,p. 128
  128. Gaïd 1990,p. 130
  129. Gaïd 1990,p. 151
  130. Gaïd 1990,p. 152
  131. Terasse 1998
  132. a etbKaddache 2012,p. 256-257
  133. Julien 1951,p. 442
  134. abc etdKaddache 2012,p. 257
  135. a etbJulien 1951,p. 444
  136. Golvin 1957,p. 126
  137. a etbKaddache 2012,p. 259
  138. ab etcKaddache 2012,p. 260
  139. Kaddache 2012,p. 268-269
  140. Kaddache 2012,p. 269
  141. a etbJulien 1951,p. 458-459
  142. abcd eteJulien 1951,p. 512
  143. ab etcKaddache 2012,p. 270-271
  144. Kaddache 2012,p. 275
  145. (en) « coin », surThe British Museum(consulté le)
  146. abcd eteKaddache 2012,p. 290-291
  147. abc etdJulien 1951,p. 494-495
  148. Bendimered 1989,p. 75
  149. Valérian 2013, Chapitre 2
  150. Julien 1951,p. 511
  151. Julien 1951,p. 514
  152. Julien 1951,p. 522
  153. Kaddache 2012,p. 283
  154. Haddadou 2003,p. 55
  155. abc etdVoguet 2017,p. 259-279
  156. abcde etfKaddache 2012,p. 286-289
  157. de La Véronne 2002,p. 27
  158. de La Véronne 2002,p. 8
  159. a etbKaddache 2012,p. 306
  160. Meynier 2010,p. 195
  161. Kaddache 2012,p. 304-305
  162. ab etcKaddache 2012,p. 305-307
  163. Julien 1951,p. 519-521
  164. abcd eteValérian 2003
  165. a etbKaddache 2012,p. 298
  166. abcde etfJulien 1951,p. 515
  167. abc etdKaddache 2012,p. 300
  168. ab etcJulien 1951,p. 516
  169. abc etdKaddache 2012,p. 301
  170. Khaldoun traduction du Baron de Slane 1852,p. 434-437
  171. Atallah Dhina 1985,p. 277
  172. abc etdBrunschvig 1940,p. 147-148
  173. ab etcValérian 2013,p. 66.
  174. Georges et William Marçais 1903,p. 266-269
  175. abc etdJulien 1951,p. 517
  176. a etbLacoste 1969,p. 73-75
  177. Voguet 2017
  178. Kaddache 2012,p. 302
  179. a etbJulien 1951,p. 518
  180. Kaddache 2012,p. 319
  181. Lugan 2016, Chapitre II
  182. abcd eteKaddache 2012,p. 320
  183. Julien 1951,p. 558
  184. ab etcKaddache 2012,p. 320-321
  185. abc etdKaddache 2012,p. 318-319
  186. Julien 1951,p. 520-521
  187. Kaddache 2012,p. 317-318
  188. Kaddache 2012,p. 305
  189. Kaddache 2012,p. 325
  190. ab etcDjeghloul et Lacheraf 1986, Chapitre : ÉTAT ET SOCIÉTÉ AU MAGHREBCENTRAL : LA CRISE DU XIVe SIÈCLE
  191. Kaddache 2012,p. 321
  192. a etbKaddache 2012,p. 329
  193. a etbMeynier 2010,p. 312-313
  194. Meynier 2010,p. 315
  195. abcdefghijklmnop etqVoguet 2014, Chapitre IV
  196. a etbUnesco 1992,p. 227-228;233-236
  197. Toperich 2019,p. 34
  198. Martin 2001,p. 334-336
  199. a etbBuresi et Ghouigate 2021,p. 221
  200. a etbM'Charek 2021,p. 491
  201. ab etcMeynier 2010,p. 215
  202. Nef 2016,p. 13-28
  203. a etbMeynier 2010,p. 216
  204. a etbMeynier 2010,p. 219
  205. Mauny 1976
  206. Lewicki 1976,p. 18
  207. Lewicki 1976,p. 85
  208. abcd eteMeynier 2010,p. 217
  209. a etbCamps, Leglay et Golvin 2012, Section Alger - période médiévale
  210. a etbLouis Leschi 1941,p. 257
  211. a etbValérian 2013, Chapitre 3.
  212. Kaddache 2012,p. 272-273
  213. Aissani et Djehiche 2011,p. 5;16
  214. ab etcKaddache 2012,p. 289
  215. Kaddache 2012,p. 288
  216. a etbDufourcq 1966,p. 139-141
  217. abcd eteValensi 2018, Chapitre II,p. 25-57
  218. abcde etfSerjeant 1951,p. 41;49-50
  219. abcd eteGolvin 1957,p. 170-171
  220. Hady Roger Idris 1962,p. 595
  221. Brunschvig 1947,p. 25
  222. Chaker 1989
  223. abcd eteCamps 1983,p. 7-24
  224. abcdefgh etiGhouirgate 2015
  225. Mechehed 2016
  226. Hady Roger Idris 1962,p. 410
  227. « Numérisation du lexique arabo-berbère d’Ibn Tunart - K. Naït Zerad / S. Lounissi / S. Djemai », surmanuscrit-ibn-tunart.centrederechercheberbere.fr(consulté le)
  228. ab etcGolvin 1957,p. 175-178
  229. ab etcRoger Idriss Hedy 1962,p. 530-531
  230. Baloup 2018,p. 89
  231. a etbBrunschvig 1947,p. 86
  232. Amara 2021,p. 255-274
  233. Roger Idriss Hedy 1962,p. 534
  234. Baloup 2018,p. 93
  235. abcd eteAïssani et Djehiche 2011,p. 4-5
  236. Abadie 1994,p. 5
  237. Gerdes et Djebbar 2011
  238. Aissani 2012
  239. Cote 2013
  240. ab etcAïssani et Djehiche 2011,p. 7
  241. Aissani 1993,p. 183
  242. Cheurfi 2004,p. 183
  243. Peyroulou, Tengour et Thénault 2014, Retour sur le temps long : la marque berbèreet islamo-arabe ...
  244. abc etdAbdelfettah Lalmi 2004,p. 507-531
  245. Dirèche 2009,p. 141
  246. « Le Savant-Soufi Yahia al-Aydli »,
  247. Abdelfettah Lalmi 2004,p. 524
  248. Mouilleseaux 1962,p. 147
  249. a etbMedjahdi 2015,p. 190-191
  250. Ahmed Djebbar 2008,p. 34-63
  251. a etbEscofier 2008,p. 36
  252. Scotta et Marketosc 2014
  253. a etbAissani et Bekli 2010
  254. a etbAissani et Bekli 2009,p. 2-4
  255. a etbCente de conservation du livre 2007,p. 71

Notes

  1. D'aprèsJulien 1951,p. 404-405 citant lui-même Emile-Félix Gautier,Le Passé de l'Afrique du Nord, Paris, Payot, 1952,p. 365
  2. Différentes versions existent sur l'édifice, selon la note de restauration UNESCO, elle aurait été bâtie sous les Almohades, sans citer la source de cette information, alors que selon une hypothèse de la société savante Gehimab, l'épisode des Banu Ghaniya tel que raconté par al-Ghubrini attaquant la Casbah par le Djebel Khelifa, atteste que l'édifice originel devait être un peu plus haut dans la ville, au niveau du quartier dit Bab al-Louz.
  3. Kaddache 2012,p. 306-307, les souikas marquent le nom de divers quartiers à Constantine, où une partie de la médina, est désignée ainsi, et à Tunis, le quartier deBab Souika
  4. Du nom de la ville de Talikan auKhorasan.
  5. Qui veut dire « de Kalâa ».
  6. Qui veut dire « de Tlemcen ».
  7. Selon une interprétation stricte du droit, les juifs n’auraient pas dû construire de synagogue dans certaines villes fondées par des musulmans. Toutefois, le cadi al-‘Asnûnî souligne l’existence de précédents au Maghreb et au Touat où des synagogues ont été édifiées sans contestation, invoquant la tradition comme fondement de légitimité. Il avance également un argument historique : si les juifs du Touat ont fui des persécutions après la rupture du pacte d’Omar dans leur région d’origine, ils conservent le droit de posséder des synagogues dans leur nouveau lieu d’installation. Cette position est soutenue par d’autres juristes maghrébins, notamment à Tlemcen, Tunis et Fès, comme le mufti Ibn Zakri et le juge Ibn Abî ‘l-Barakât (tous deux de Tlemcen). Ils estiment que les juifs, ne disposant pas d’armée, ne représentent pas une menace pour l’islam et que la destruction des synagogues risquerait d’engendrer davantage de troubles, de violences, la morts d'innocents et de divisions, voire d’étendre les conflits à d’autres villes.
  8. Les sources s'étalent peu sur le sujet en raison d'une appréciation défavorable de certain jurisconsultes musulmans
  9. L'inscription est datée de l'année 767 de l'Hégire

Annexes

Bibliographie

Sources primaires

Ouvrages généralistes

Sources secondaires anciennes

Autres sources

  • Louis Leschi,Comptes rendus des séances de l'année, Éditions Klincksieck,, 310 p.,p. 257

Ouvrages thématiques

Publications périodiques

Sources tertiaires

Articles connexes

v ·m
Préhistoire
Protohistoire
Antiquité
Royaume de Numidie
Bon articleAfrique romaine
Dynasties arabo-berbères au Moyen Âge
Maghreb central
(Sciences au Maghreb central)
Époque moderne
Régence d'Alger
(Liste des batailles)
Période coloniale
Guerre d'Algérie
Époque contemporaine
RADP
Ce document provient de « https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Maghreb_central&oldid=233293863 ».
Catégories :
Catégories cachées :

[8]ページ先頭

©2009-2026 Movatter.jp