Le premier gouvernement autonome malgache renaît le lorsque la république de Madagascar est proclamée sur le territoire de l'ancien protectorat (territoire de l'ancien royaume mérina et des anciens établissements français de Diego-Suarez, de Nosy Be et de l'île Sainte-Marie) tout en restant membre de laCommunauté française. En 1960, comme d'autres pays africains francophones, la République malgache accède à l'indépendance, ce qui fait du pays l'un des premiers à devenir souverain dans cette zone de l'océan Indien.
Madagascar appartient au groupe despays les moins avancés selon l'ONU[12]. En effet, Madagascar fait face à une croissance insuffisante et une pauvreté persistante, en grande partie à cause de faiblesses de la gouvernance[13].
L'île de Madagascar est nommée de bien des façons au cours des siècles par les différents peuples qui l'ont visitée : on lit chez les navigateurs les noms deMénouthias (dans laGéographie dePtolémée, mais il n'est pas sûr qu'il désigne bien cette île),Phébol,Qanbalû (par les Arabes),Bukini (en swahili),Wakwak (pour certains peuples malgaches),Cerné,Malichu ouMadeigester, sans qu'il soit toujours certain que tous ces témoignages se rapportent bien à la même île[14].
Le nom arabe de Madagascar est « Ķ(u)mr’ » (homonyme d'une montagne africaine, peut-être leKilimandjaro et non de la lune -qamar - comme souvent affirmé), qui a peut-être désigné toutes les îles situées sous lenuage de Magellan avant d'être finalement réservé aux îlesComores (« Jouzour al qomr »)[15]. Quant aux Portugais, ils la baptisent brièvementSão Lourenço, découverte parDiogo Dias, le, jour de laSaint Laurent[16],[15].
Le terme« Madagascar » est d'origine européenne et semble être une translittération de l'arabeبالإيطالية soitmalay-jazayra,« îlemalaise » (les Arabes ayant remarqué laparenté linguistique entre Malgaches et Malais, avec qui ils commerçaient). Ce mot a d'ailleurs également eu des traductions latines enmalai insula, abrégé enmalains[h]u puisMalichu, forme que l'on retrouve sur certaines cartes de laRenaissance[14].
Pour d'autres, le nom de « Madagascar » serait issu d'une faute de scribe écrivant le nompersan de l'îleMadagasbar, puisqueMadgâshî-bar signifierait dans cette langue le « pays des malgaches »[17].
Certaines sources suggèrent que ce serait également l'étymologie deĶ(u)mr’, qui pourrait être apparenté àkhmer (même siKhmers et Malais sont des peuples bien distincts)[15].
Le relief divise le pays en trois bandes : à l'est, une étroite bande de falaises s'aplanit brusquement en une mince plaine côtière bordée par l'océan Indien ; deshauts plateaux au centre, enfin à l'ouest, une zone plus large et plus étalée, occupée par des plaines alluvionnaires à faible déclivité jusqu'aucanal du Mozambique.
La côte orientale est bordée de lagons abrités par une barrière de corail. La côte nord-ouest (sur le canal du Mozambique) comporte de nombreuses îles dont celles deNosy Be etNosy Mitsio.
L'hydrographie de Madagascar est caractérisée par une distribution asymétrique de sescours d'eau, influencée par la topographie et les précipitations. À l'est de l'île, les cours d'eau sont abondants et longs, coulant à travers des régions forestières et montrant une forte pente, alimentés par les précipitations régulières. Ces cours d'eau, tels que le fleuveMananjary, maintiennent un débit constant tout au long de l'année, bien que leur eau puisse prendre une teinte brunâtre due à l'érosion accrue des terres forestières. En revanche, les fleuves de l'ouest, prenant source sur leshautes terres, sont généralement plus longs mais moins abrupts, avec des variations saisonnières marquées de débit, influencées par les saisons de pluie et de sécheresse. Ces cours d'eau, comme leMangoky, présentent des crues impressionnantes pendant la saison des pluies, teintées en rouge par l'érosion des sols occidentaux. Les plaines de l'ouest peuvent être sujettes à des inondations dévastatrices après le passage de cyclones, affectant les habitants et leurs cultures[22],[23].
En 1896, l'empire colonial français déclare que « Madagascar et les îles qui en dépendent » deviennent colonie française. Les îles Éparses de l'océan Indien deviennent alors un territoire administré depuis le protectorat de Madagascar. Mais, à la veille de l'indépendance de Madagascar (), l'État français promulgue un décret détachant « nommément le récif de Tromelin, l'archipel des Glorieuses et les îlots Juan de Nova, Europa et Bassas da India du territoire de la République autonome de Madagascar » (qui fut créé le) pour les placer sous l'autorité directe du ministre responsable de la France d'outre-mer.
Au moment de l'indépendance de Madagascar en 1960, l'intérêtgéopolitique des îles Éparses de l'océan Indien est central, ces îles étant situées sur une importante route maritime permettant de relier l'Asie et leMoyen-Orient à l'Europe et l'Amérique, comportant une importantezone économique exclusive (ZEE) et pouvant servir de site d'essai nucléaire. C'est dans ce contexte que legénéral de Gaulle réaffirme l'importance de l'absence de prétentions de souveraineté de Madagascar sur ces îles :
« Je mets en garde leQuai d'Orsay pour n'importe quelle emprise de Madagascar sur les îles et îlots français avoisinants. Cela ne se justifie d'aucune manière et risque d'entraîner des inconvénients. Les îles et îlots peuvent revêtir pour nous une importance réelle, notamment en ce qui concerne nos expériences atomiques. Je n'approuve donc pas qu'on introduise Madagascar en quoi que ce soit qui se passe dans ces îles, notamment en ce qui concerne la météo[24],[25]. »
L'amincissement lithosphérique et la remontée asthénosphérique à la hauteur de Madagascar suggèrent que l'île est soumise à une extension Est-Ouest depuis leMiocène, contemporaine et de direction parallèle à l'ouverture durift Est-Africain. Ainsi, le rifting afromalgache qui se développe actuellement témoigne de la reprise, depuis leNéogène, du démantèlement du Gondwana[28].
Cette origine permet d'expliquer l'existence d'unefaune et d'uneflore communes à Madagascar et au sud des continents africain, asiatique et américain, ainsi que des profils géologiques très proches.
Néanmoins, l'isolement de Madagascar au cours des temps géologiques a fait évoluer la faune et la flore de façon unique. On trouve donc sur la Grande Île des espèces particulières qui n'existent nulle part ailleurs (endémiques), dont leslémuriens sont un exemple célèbre (bien qu'on puisse en trouver sur l'archipel des Comores). D'un point de vue géologique, on retrouve dans la structure de la Grande Île toutes les périodes de l'histoire de la planète.
Le point culminant de Madagascar est leMaromokotro dans le massif du Tsaratanana dans le massif volcanique nord, qui culmine à 2 876 m d'altitude.
Du fait de son relief, Madagascar réunit une véritable mosaïque de paysages. L'île est faite de contrastes entre lebush du grand Sud, les forêts humides de l'est, les hauts plateaux granitiques du centre, parfois surmontés demassifs volcaniques et les savanes des collines sédimentaires de l'ouest.
L'île de Madagascar bien que faisant partie de l'Afrique, est parfois surnommée« le huitièmecontinent »[29].
Madagascar est découpé en cinq zones climatiques :
au nord et nord-ouest, la région reçoit des pluies annuelles abondantes pendant lamousson, période qui dure de décembre à avril. Le climat est detype tropical et les températures varient de15 à 37 °C ;
sur la côte est, du nord-est au sud-est, règne unclimat tropical humide et la côte rectiligne est exposée annuellement auxalizés et auxcyclones tropicaux dévastateurs, entre les mois de janvier et mars ;
la grande région de l'ouest de Madagascar est moins pluvieuse que la précédente et se caractérise par unclimat tropical de savane. Les températures y varient de6 à 37 °C ;
l'extrême sud de la Grande Île est très sec et les pluies sont rares. L'amplitude thermique est très élevée allant de−6 à 40 °C. Le climat est de typesubdésertique.
L'île subit l'influence des alizés et de la mousson. Il existe deux saisons : la saison des pluies (saison chaude), de novembre à avril, et la saison sèche (saison fraîche), de mai à octobre.
Dans le passé, d'importantes variations climatiques et environnementales (« hypervariations ») semblent avoir touché certaines parties de la grande île[30], qui pourraient expliquer le« nanisme » de certaines espèces de lémuriens (microcèbes)[31].
Madagascar est particulièrement exposée auchangement climatique[32]. L'île a en effet été classée septième pays le plus affecté par le changement climatique en 2017 par leGlobal Climate Risk Index. Dans une étude publiée par leWWF en, l'ONG écrivait que« les résultats des projections des scientifiques sur la Grande Ile sont alarmants. Même si nous limitons l'augmentation de la température de la Terre à2 °C — objectif des pays signataires de l'accord de Paris —, la situation climatique sera insoutenable pour 25 % des espèces de Madagascar. Ce qui provoquera leur extinction dans lesannées 2080 »[33].
Fin janvier 2022, latempête Ana provoque la mort de48 personnes et le déplacement de 72 000 Malgaches ayant perdu leur maison[34].
Ladéforestation et la dégradation environnementale causent l'érosion des sols, elle-même facteur dedisettes.Madagascar abrite une des faunesendémiques les plus riches au monde, en voie rapide de régression.
Très étirée entre l'équateur et letropique du Capricorne, l'originalité de Madagascar réside dans son extrême diversité : la variété du relief et du climat a favorisé labiodiversité d'une flore et d'une faune caractérisées par un important taux d'endémisme, bien que l'île n'abrite plus qu'une partie de saforêt primaire.
Récifs decorail,plages de sable fin,arbres du voyageur (ravinala), allées debaobabs,jungle aquatique,savanes. La côte nord-ouest est protégée par une barrière corallienne comme un atoll. Le littoral oriental est une chaîne de falaises couronnées d'arbres géants. À l'intérieur, au nord, des cuvettes fertiles ; au sud, une brousse d'épineux ; au centre, des montagnes.
En 2003, le PrésidentMarc Ravalomanana a annoncé qu'il triplerait la superficie des aires protégées de l'île pour atteindre six millions d'hectares. En, le pays a créé un million d'hectares d'aires protégées nouvelles. En 2007, plus d'un million d'hectares supplémentaires (soit un total de3,7 millions d'hectares) incluant :
le complexe de lacs, rivières et forêts des zones humides deMahavavy-Kinkony (côte nord-ouest) dans le District deMitsinjo (Sud-est) et incluant le second lac le plus grand du pays, à environ 80 km deMahajanga. Bien qu'abritant l'industrie sucrière Sirama, ce complexe reste d'une extrême richesse enbiodiversité et associe la rivière de Mahavavy, le lac Kinkony, la forêt de Tsiombikibo, la baie de Boeny Aranta et lesmangroves littorales. Sur30 espèces de poissons, cinq sont endémiques ; sur18 espèces de reptiles, 12 sont endémiques ; sur133 espèces d'oiseaux, 57 sont terrestres dont45 endémiques et 76 sont aquatiques dont 23 sont endémiques ; quatre lémuriens, un rongeur et un carnivore bénéficient aussi de protection ;
la forêt sèche centrale duMenabe (sud-ouest de l'île).
Madagascar est isolée de l'Afrique continentale et de l'Asie depuis plus de80 millions d'années et a développé une flore et une faune distinctives, avec plus de 90 % de ses espècesendémiques à la nation insulaire[35]. La biodiversité de l'île est fortement menacée[36].
Cette biodiversité est cependant très fragilisée par le développement de l'agriculture et par ladéforestation en partie illégale. Les Malgaches pratiquent de façon intense laculture sur brûlis.
L'île abrite les deux tiers des caméléons présents dans le monde et 50 espèces de lémuriens que l'on ne trouve que sur place[39] ; parmi ces derniers qui représentent 15 % des espèces et sous-espèces de primates connus au monde[40], 96 % des espèces delémuriens sont considérées comme étant menacées d'extinction. D'ici à 2070, 95 % de l'habitat des lémuriens pourraient être détruits du fait de la déforestation et du réchauffement climatique[41].
Les découvertesarchéologiques permettent d'envisager une première présence de l'espèce humaine à Madagascar il y a au moins 10 000 ans[42],[43]. Ce sont des traces d'actes de boucherie sur un oiseau géant, l'æpyornis, espèce aujourd'hui disparue.
Une grande étude pan-génomique (le projet MAGE, Madagascar Génétique et Ethnolinguistique[45]) a été lancé sur tout le territoire malgache. Cette étude a montré en 2018 que chaque Malgache est le fruit d'un ancien métissage entre des populations de langue austronésienne et de populations de langue bantoue[46]. Les proportions dechromosomes Y des études génétiques récentes sur les Malgaches ont montré que leurs ancêtres étaientafricains etasiatiques[47] Trois ethnies malgaches, lesAntemoros, lesVézos et lesMikeas, ont environ 70 % d'ascendance africaine et 30 % d'ascendance asiatique[47]. Dans une étude récente menée à l'échelle de l'île, les proportions dechromosomes Y selon l'étude montrer pourcentages de Africain et Asiatique (70,7 contre 20,7 ou 51 % contre 34 %). Cependant, les lignées d'ADNmt, transmises de la mère à l'enfant, sont à l'opposé (42,4 % d'origine africaine contre 50,1 % d'origine est-asiatique)[48],[49],[50]. Le chromosome Y exclusivement masculin des fréquences paternelles d'Asie de l'Est/Sud-Est telles que l'haplogroupe O-M175 varie de 45 % chez les Antalaotra, 16 % chez les Ampanabaka, 5 % chez les Anteony. En revanche, l'haplogroupe masculin africain tel que E1b1a1 constituait 76 % de la diversité génétique des Ampanabaka, mais seulement 7 % chez les Antalaotra et 12 % chez les Anteony[51].
génétiquement, un vieux« motif polynésien » (ADN mitochondrial/haplogroupe B/sous-groupe B4a1a1a2)(en) commun et unique au monde a été décelé au sein de différentes ethnies malgaches distantes géographiquement et endogames historiquement tels que lesVézos et lesMérinas[58] (cette altération du « motif polynésien » d'origine, commune et propre aux Malgaches, a été baptisé « motif malgache » par les chercheurs en génétique) ;
il existe néanmoins de nombreuxsuperstratsbantousswahilis dans la langue proto-austronésienne des Vazimbas, notamment le vocabulaire domestique et agraire (exemples : le bœuf -omby - du swahilingumbe, l'oignon -tongolo - du swahilikitungu, la marmite malgache -nongo - vient du swahilinungu) ;
sur le planmorphologique, enfin, l'origine Sud-Est asiatique des Malgaches explique des caractéristiques décelées en 1940 par le professeurAlbert Ratsimamanga[59], notamment lepli épicanthal de la paupière supérieur présent chez certains Malgaches ;
la culture malgache porte des éléments communs aux Austronésiens, des îles du Pacifique à l'Indonésie, et jusqu'à la Nouvelle-Zélande et les Philippines : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture dutaro -saonjo, de labanane -akondro, de lanoix de coco -voanio et de lacanne à sucre -fary qui est originaire deNouvelle-Guinée), l'architecture traditionnelle (maisonlevu végétale à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme laconque marineantsiva, letambour de cérémoniehazolahy, lexylophoneatranatrana, la flûtesodina ou encore la citharevaliha) et la danse (notamment la « danse des oiseaux » que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)[Note 1].
L'arrivée des populationsaustronésiennes a suscité de nombreuses études. Des simulations sur ordinateur de la navigation entre l'Indonésie et Madagascar permettent de comprendre les itinéraires possibles qui ont amené à la colonisation de Madagascar par des Austronésiens à partir du début de notre ère. LesMaldives, et dans une moindre mesure lesChagos voisines, étaient une escale probable sur la route de Madagascar, aussi bien depuis Sumatra que depuis le sud de l'Inde et Sri Lanka, où des marins et marchands javanais et malais se rendaient pour le commerce[60]. Quant à la cause de la venue de ces Austronésiens, l'histoire de l'océan Indien du début du premier millénaire de notre ère est encore très mal connue. On peut seulement supposer que l'île de Madagascar joua un rôle important dans le commerce, notamment celui des épices[61], entre l'Asie du Sud-Est et leMoyen-Orient, directement ou via les côtes africaines. Il se peut notamment que cesvahoaka ntaolo aient en particulier recherché du bois solide pour construire leurspirogues, tel lelakana ou levintana (un nom que l'on trouve encore aujourd'hui dans levinta, homonyme contemporains des Vezo).
Au début du peuplement humain, appelé « période paléomalgache », lesNtaolo semblent s'être divisés en deux grands ensembles selon leurs choix de subsistance : lesVazimbas (de*ba/va-yimba-« ceux de la forêt », de*yimba-« forêt » en proto Sud-Est Barito (SEB), aujourd'huibarimba ouorang rimba en malais[62]) qui s'installèrent — comme leur nom l'indique — dans les forêts de l'intérieur, et lesVézos (de *ba/va/be/ve-jau, « ceux de la côte » en proto-Malayo-Javanais, qui a aussi donnéveju en bugis,bejau en malais etbajo en javanais[63]) qui restèrent sur la côte Ouest. Le qualificatifVazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir « dans la forêt », notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la Grande Île et celles de la côte Est et Sud-Est[Note 2], tandis que lesVezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)[55].
Le motvazimba est un qualificatif austronésien désignant les « habitants de la forêt » d'une manière générale (y compris les Austronésiens eux-mêmes qui s'installèrent dans les forêts), il n'est pas exclu que d'autres hominidésvazimba aborigènes, de typehomme de Florès par exemple, aient habité dans les forêts de Madagascar des dizaines — voire des centaines — de milliers d'années avant l'arrivée desvazimba austronésiens. Quelques-uns ont peut-être encore existé à l'arrivée desvahoaka ntaolo austronésiens au premier millénaire avant notre ère. Ceci pourrait expliquer le mythe des « petits hommes/nains primaires de la forêt » que lesvahoaka ntaolo austronésiens — ancêtres de la majorité des malgaches actuels — auraient rencontrés et assimilés (ou peut-être anéantis) à leur arrivée. Seules l'archéologie et la génétique pourraient apporter des preuves à l'appui de ce mythe. Il n'est pas à exclure non plus que le mythe des « vazimba-petits hommes/nains » ait été emmené par les Austronésiens à partir des îles où ils habitaient auparavant, auquel cas ce mythe pourrait effectivement concerner les hominidés de type « Florès » ouNégrito (orang asli en malais). Ces derniers, de petite taille, ont en effet habité les forêts desîles de la Sonde bien avant l'arrivée sur place des Austronésiens, et y sont considérés comme étant les peuples aborigènes. On sait par exemple que le mythe de l'ogre « Trimo be - mangeur d'enfant » est un conte emmené par les Austronésiens et parle en fait du tigre (de * (t)rimu, « tigre » en proto-MP) qui habite les forêts des îles de la Sonde. Le mythe des « petits nainsvazimba » pourrait avoir subi un voyage similaire.
Immigrations néo-austronésiennes, bantoues, perses et arabes (700-1600)
Les clans néo-austronésiens[54] (Malais, Javanais, Bugis,Toraja et Orang Laut), quant à eux, historiquement et globalement — sans distinction de leur île d'origine — dénommés lesHova (deuwa-« homme du peuple », « roturier » envieux bugis[64]), ont, selon les traditions orales[65], débarqué au Nord et à l'Est de l'île. Selon l'observation des linguistes au sujet des emprunts auxvieux malais (sanskritisé),vieux javanais (sanskritisé) et vieux bugi du Moyen Âge dans le fonds de vocabulaire proto-austronésien (proto-SEB) originel, les premières vagueshova sont arrivées auVIIIe siècle au plus tôt[53],[54].
Diplomates, officiers, savants, commerçants ou simples soldats, certains alliés auxmarinsOrang Laut ou Talaut (Antalaotra en malgache), ceshova étaient probablement issus desthalassocraties indonésiennes. Leurs chefs, connus sous le nom desdiana ouandriana ouraondriana (de(ra)hadyan-« seigneur » en vieux javanais[66], aujourd'huiraden et qu'on retrouve également encore dans le titre de noblesseandi(an) chez les Bugis), se sont, pour la plupart, alliés aux clans vazimba :
au nord-ouest dans la région de l'actuel Ankoala (du malais/de l'indonésienkuala-« estuaire ») où leshova Orang Laut (Antalaotra en malgache) avaient probablement établi leur base pour les actions dans l'océan Indien ;
sur la côte Est (Betsimisaraka) où les chefshova étaient également appelésFilo be ;
à l'ouest : la dynastie Maroserana(na) qui fonda le royaumesakalava est elle-même issue des Zafiraminia de la côte Est ;
au centre où les alliances répétées des chefs (andriana) deshova (tels qu'Andrianerinerina et Andriantomara et leurs descendants) avec les chefs des clans vazimba (tels que Rafandrana et, plus tard, Rabiby et leurs descendants) durant tout le début du second millénaire fut à l'origine duroyaume Merina (fondé à Ambohidrabiby par la dynastie de Ralambo) ainsi que du royaumeBetsileo.
Le, le portugaisDiogo Dias fut le premier Européen à apercevoir Madagascar, qu'il appela l'île São Lourenço.
Époque ancienne : naissance des ethnies et royaumes (1600-1895)
Village austronesien aveclevu sur piloti (*levu-« maisons » en proto-austronésien qui a donné en malgachean-devu –« à la maison ») : tous les villages desntaolo vazimba etvezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la Grande Île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.).
À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans néo-Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans néo-Vezo des côtes appelaient sans distinction lesHova) aboutirent à la naissance des royaumes et/ou ethniesMerina,Betsileo,Bezanozano,Sihanaka,Tsimihety etBara.
La naissance de ces grands royaumes « post-Vazimba »/ « post-Vezo » modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des clans néo-Vazimba et néo-Vezo, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservés dans leur grande majorité, avec des variations de forme selon les régions.
Aujourd'hui, la population de Madagascar peut être considérée comme le produit d'un brassage entre les premiers occupantsvahoaka ntaoloaustronésiens (Vazimba etVezo) et, ceux arrivés plus tardivement (Hova néo-Austronésiens, Perses, Arabes, Africains et Européens).
Phénotypiquement, c'est parmi les populations des hautes terres (Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka), plusendogames, que le phénotype austronésienmongoloïde est le plus prégnant. On remarque également parfois le phénotype austronésienaustraloïde et austronésiennégrito partout à Madagascar (y compris sur les hauts plateaux). Contrairement au phénotype bantou, le phénotype austronésien « négrito » se caractérise notamment par sa petite taille.
La traite des esclaves à Madagascar est un sujet complexe qui implique différents acteurs et a pris des formes variées au fil des siècles. On peut la diviser en trois catégories.
un grand nombre d'esclaves Makoa ou Masombika ont été importés d'Afrique de l'Est pour travailler sur les grandes propriétés foncières, notamment sur la côte Ouest. Le termeMasombika est une déformation deMozambique et trace leur origine ;
L'esclavage était une institution bien ancrée dans la société malgache avant l'arrivée des Européens. La traite interne, au sein de l'île, a été une réalité majeure.
Prisonniers de guerre : La principale source d'esclaves était les prisonniers de guerre (appelésbabò). Les conflits entre les différents royaumes et les razzias sur les populations voisines généraient un flux constant de captifs qui étaient réduits en esclavage.
Le statut social : Les esclaves (andevo) constituaient une classe sociale distincte, sans droits et soumis à leurs maîtres. Ils étaient utilisés pour les travaux domestiques, agricoles ou artisanaux. Le statut d'esclave était souvent héréditaire.
L'abolition de l'esclavage à Madagascar s'est faite en plusieurs étapes :
en 1817, l'Angleterre et le royaume Merina signent un traité interdisant l'exportation d'esclaves ;
en 1877, la reine Ranavalona II est contrainte d'affranchir les Masombika, sous la pression britannique. Les Andavo sont toutefois exclus de cette mesure ;
en 1896, l'administration coloniale française abolit définitivement l'esclavage sur l'ensemble de l'île sous le régime du protectorat (règne de Ranavalona III), libérant environ 500 000 esclaves.
Ainsi, des esclaves malgaches ont été amenés par les Européens dans lavice-royauté du Pérou, en Amérique du Sud, et se sont installés principalement sur la côte nord du pays, dans la région dePiura[69]. Il existe ainsi au Pérou un lieu nommé « ferme Malakasy », qui date de l'époque à laquelle les Malgaches ont été exploités dans la culture des champs et qui évoque le nom de leur pays d'origine, tel qu'il est prononcé dans leur propre langue. Actuellement au Pérou, les descendants de ces esclaves sont connus comme Mangaches, une corruption de la langue au fil du temps. Ces descendants des Malgaches ont conservé, dans de nombreux cas, des caractéristiques d'origine afro-indonésienne. Leur intégration auPérou a été si forte qu'ils ont contribué à la culture de ce pays par la création de formes musicales, telles que letondero[70]. Ils ont même eu une influence dans le domaine politique puisque l'ancien président péruvienLuis Miguel Sánchez Cerro, qui a gouverné ce pays dans la troisième décennie duXXe siècle, était un Mangache[71].
Jean Laborde est nommé premier consul de France à Madagascar le 12 avril 1862, sous le Second Empire, c'est-à-dire avant la colonisation à proprement parler. Il est le précepteur du futur roiRadamaII, mais aussi le confident des missionnaires, l'initiateur de l'industrie malgache.
La fin duXIXe siècle, avec le partage de l'Afrique entre lesempires coloniaux européens à laconférence de Berlin (1884-1885), sonne le glas de l'expansion et de l'indépendance du royaume de Madagascar. Les politiciens malgaches jouaient jusqu'alors sur les rivalités des puissances coloniales pour conserver leur souveraineté. La conférence de Berlin laisse la France comme favori pour s'approprier l'île (position stratégique face aux Anglais, dans l'océan Indien). La France signe alors un traité avec le royaume de Madagascar qui repose sur l'ambiguïté de la langue malgache et qui ne donne théoriquement aucun droit à la République française sur le royaume de Madagascar. Mais, au fil des incidents diplomatiques, la France mène une politique de plus en plus intrusive[72], puis entreprend la conquête de l'île.
Letaro (saonjo) qui est, selon un très vieux proverbe malgache « l'ainé du riz » (Ny saonjo zokin'ny vary) constitue la base alimentaire de tous les Austronésiens, notamment des anciens Ntaolo Vazimba et Vezo.
La résistance est massive, l'armée malgache parvient à repousser les premières vagues d'invasion en 1883, mais les combats décisifs suivront. Ils sont connus sous le nom de « deuxième guerre franco-malgache »[73].
Lorsque le gouvernement français envoie une armée deconscrits mal préparés qui progresse très lentement, les maladies font des ravages dans leurs rangs. Finalement, au premier coup de canon sur la capitaleAntananarivo, lareineRanavalonaIII fait hisser ledrapeau blanc[réf. nécessaire]. Contrairement à un récit forgé par les autorités, puis diffusé dans l'enseignement, les Malgaches sont vaincus facilement. Les ennemis principaux ne sont ni les monarques ou chefs indigènes, ni les sultans marchands d'esclaves, mais le climat et les maladies[74].
Quand la campagne de Madagascar se termine en 1895, l'armée française recense13 tués et88 blessés au cours des combats, et 4 498 morts de maladies (paludisme, dysenterie...), soit près de 30 % de pertes sur un effectif total de 14 850 hommes[74].
Pirogue-sarcophage de l'ethnieDayak deBornéo enIndonésie : une sépulture qui rappelle les traditions orales témoignant que les anciens Vazimba ensevelissaient leurs morts dans des pirogues-sarcophages, sous la mer ou sous un lac.
La conquête est suivie de dix ans deguerre civile larvée, due à l'insurrection desMenalamba. L'insurrection qui est née parmi le peupleSakalaves, s'est rapidement étendue à la capitale Tananarive et ailleurs. Cette insurrection est en opposition à la colonisation française et à la classe politique merina convertie au protestantisme. Les rebelles n'avaient pas pour objectif de restaurer la reine , mais étaient opposés au christianisme et au système de travail forcé qui existait dans le royaume Merina. Ils étaient en grande partie constitués de paysans et d'esclaves en fuite[75]. La « pacification » conduite par l'administration française dure plus de quinze ans, en réponse aux guérillas rurales dispersées dans le pays. Au total, cette guerre civile et la répression de cette résistance à la conquête coloniale fait entre 50 000 et 700 000 victimes malgaches, selon les sources[76],[73].
Madagascar sera sous administration française du au.
Le généralJoseph Gallieni, nommé gouverneur général de Madagascar (1896-1905), contribue àpacifier l'île, non sans mesures répressives. Selon ce dernier, l'action militaire devait être accompagnée d'une aide aux peuples colonisés dans différents domaines, comme l'administration, l'économie et l'enseignement. Elle nécessitait un contact permanent avec les habitants ainsi qu'une parfaite connaissance du pays et de ses langues. Le, l'administration française abolit l'esclavage (il s'agissait d'un esclavage inter-malgache).Trentinian,Joffre etLyautey servirent à Madagascar sous les ordres de Gallieni.
Sous l'impulsion de Galliéni, de nombreuses infrastructures sont mises en place : premier chemin de fer Tananarive-Tamatave (achevé en 1903), achèvement du chemin de fer de Madagascar[79], développement rapide du réseau routier (1905 à 1935), Institut Pasteur, écoles. Toutes les écoles établies avant l'ère coloniale sont fermées et l'obligation pour les indigènes de parler le français est instaurée.
En 1907, pour la première fois depuis un siècle, les exportations malgaches sont supérieures aux importations : les planteurs et l'administration coloniale s'enrichissent, d'immenses concessions minières et forestières sont accordées à de grosses sociétés. Les chefs indigènes loyaux envers l'administration française se voient également accorder une partie des terres et certains jeunes Malgaches vont étudier en France, contribuant à faire connaître Madagascar. Letravail forcé est instauré en faveur des compagnies françaises et les paysans se voient incités, à travers l'impôt, à se salarier (notamment dans les concessions coloniales) au détriment des petites exploitations individuelles[73].
Madagascar est avec 46 000 hommes l'une des colonies françaises à mobiliser le plus de soldats par rapport à sa population durant laPremière Guerre mondiale[80].
La période coloniale est toutefois accompagnée de mouvements de lutte pour l'indépendance : les Menalamba, lesVy Vato Sakelika, leMouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM). En 1927, d'importantes manifestations sont organisées àAntananarivo, notamment à l'initiative du militant communisteFrançois Vittori, emprisonné à la suite de cette action[81]. Lesannées 1930 voient le mouvement anti-colonial malgache gagner encore en dynamisme. Le syndicalisme malgache commence à apparaître dans la clandestinité et le Parti communiste de la région de Madagascar se constitue. Mais dès 1939, toutes les organisations sont dissoutes par l'administration de la colonie, qui opte pour lerégime de Vichy. Le MDRM est lui accusé par le régime colonial d'être à l'origine de l'insurrection de 1947 et sera poursuivi par de violentes répressions[73].
La répression menée contre la résistance des malgaches à la colonisation aurait fait entre 1897 et 1947 plus de cent mille morts pour une population de trois millions d'habitants à l'époque[82].
Le retour des combattants malgaches enrôlés durant laSeconde Guerre mondiale, les discriminations du régime de l'indigénat et les conditions de vie misérables des autochtones favorisent le militantisme des mouvements anti-colonialistes aspirant à l'indépendance et créent les conditions d'une insurrection.
L'insurrection malgache débute en mars 1947, entraînant une répression sanglante par l'armée française, qui fait plusieurs dizaines de milliers de morts, les chiffres oscillant, selon les sources, entre une dizaine de milliers et 89 000 d'après Jacques Tronchon[83]. La répression s'accompagne d'exécutions sommaires, de tortures, de regroupements forcés et d'incendies de villages. L'armée française expérimente la « guerre psychologique » : des suspects sont jetés, vivants, depuis des avions afin de terroriser les villageois dans les régions d'opération[73].
Territoire d'outre-mer de 1946 à 1958,Madagascar obtient un premier niveau d'autonomie le, en tant queRépublique autonome malgache au sein de laCommunauté. Le 14 octobre,Philibert Tsiranana devient président du Conseil de gouvernement avant d'être élu premier président de la République le.
L'île accède à l'indépendance le mais la Première République malgache reste très étroitement liée à la France par les accords de coopération. Leprésident Tsiranana, critiqué par la population pour son soutien aux intérêts français, fait face à une contestation grandissante, en particulier la grève des étudiants menée de la capitale vers les provinces, et quitte le pouvoir en 1972.
Philibert Tsiranana, premier président malgache.
Il donne les pleins pouvoirs au généralGabriel Ramanantsoa qui décide d'organiser un référendum afin d'officialiser son pouvoir pour une période transitoire. Le référendum l'ayant plébiscité, il crée un gouvernement d'union nationale, qu'il dirige jusqu'en 1975, avant de passer le flambeau au populaire colonel de gendarmerieRichard Ratsimandrava. Ce dernier est assassiné au bout d'une semaine, le 11 février 1975 à 20 heures. Après l'assassinat du général Ratsimandrava, Madagascar est dirigé par unComité national de direction militaire présidé par le général Andriamahazo.
Le 14 juin 1975,Didier Ratsiraka est nommé chef de l'État et du gouvernement. LeComité national de direction militaire est alors remplacé par unComité national de la révolution.
État socialiste et Deuxième République (1975-1991)
La deuxième république malgache est apparentée à unÉtat communiste, même si la propriété privée n'y est pas abolie, et que la religion n'y est pas persécutée. Comme le régimecubain, elle contrôle tous les échanges avec l'extérieur, se dote en mars 1976 d'unparti unique, l'« Avant-Garde de la révolution malgache » (AREMA), et s'appuie sur lebloc de l'Est pour subsister. Pour commencer, le capitaine de frégateDidier Ratsiraka organise le 21 décembre 1975 un référendum pour approuver la Charte de la révolution socialiste et la nouvelle constitution. Le 30 décembre 1975, Didier Ratsiraka proclame laRépublique démocratique malgache. Par la suite, il devient l'un des militants actifs dunon-alignement. En 1976, le gouvernement achève l'expulsion de l'armée française et ferme les ambassades et consulats. Ratsiraka instaure lefranc malgache (FMG) et délaisse lefranc CFA. Dix ans plus tard, vers la fin des années 1980, on parle d'« échec de l'expériencesocialiste » car le régime de Didier Ratsiraka ne parvient pas à améliorer les conditions de vie et l'opposition s'amplifie. Au début des années 1990, la fin du soutien du bloc de l'Est oblige le régime à autoriser des investisseurs privés à opérer dans le pays. Lesdisettes provoquent des manifestations populaires qui sont réprimées par l'armée au prix de nombreuses victimes[Note 3].
Après-socialisme et Troisième République (1991-2010)
La Convention du est adoptée pour mettre fin aux émeutes dans le pays. Elle officialise une transition démocratique et libérale conduite parAlbert Zafy, lequel dirige la Haute Autorité de l'État, tandis queDidier Ratsiraka demeure symboliquement président de la République. Après une brève période transitoire, une nouvelleConstitution est adoptée par référendum et Albert Zafy, candidat de l'opposition, est élu à la présidence en 1993. C'est le début d'unlibéralisme économique et politique sans précédent, mais la croissance promise et tant attendue n'est pas plus au rendez-vous. Le président fait appel le à un référendum constitutionnel afin de donner le pouvoir au président de la République de nommer le Premier ministre et ainsi de destituerFrancisque Ravony, soutenu par les députés de la majorité. C'est le début d'une guerre ouverte entre le président et les députés, laquelle se soldera par le vote en de la destitution du président. Le Premier ministreNorbert Ratsirahonana devient chef de l'État par intérim en attendant les nouvelles élections.
L'amiral Didier Ratsiraka, rentré quelques mois plus tôt de son exil en France, est réélu au2e tour de l'élection présidentielle face à Zafy[84]. Madagascar connaît une période de stabilité économique jusqu'en 2001 avec 4,3 % de croissance annuelle moyenne.
Le maire de la capitale,Marc Ravalomanana, arrive en tête de l'élection présidentielle de. Un second tour est prévu mais celui-ci revendique la victoire dès le premier tour sur la base des résultats publiés par son propre quartier général à Ankorondrano (quartier deTananarive). Ravalomanana dénonce une fraude électorale massive et décide d'acculer ainsi le gouvernement Ratsiraka. Le président Didier Ratsiraka tente de reprendre la main en modifiant les membres de la Haute Cour Constitutionnelle, chargée de proclamer les résultats électoraux à Madagascar. Le candidat Ravalomanana réclame la confrontation des procès-verbaux en sa possession et les procès-verbaux officiels. Le gouvernement refuse une telle méthode jugée « illégale » mais exhorte les opposants à participer au second tour.
Marc Ravalomanana est élu président de la République et nomme plus tard Jacques Sylla, Premier ministre. La capitale étant acquise à la cause de l'ancien maire, Didier Ratsiraka décide de délocaliser le siège du gouvernement àToamasina, son fief et principal port de l'île situé dans l'est. Le gouvernement érige des barrages routiers pour paralyser et asphyxier la capitale, ce qui finit par paralyser tout le pays.
À l'invitation de l'Union Africaine et du président duSénégalAbdoulaye Wade, les deux parties protagonistes se réunissent àDakar et signent des accords en qui prévoient notamment un nouveau décompte des voix, l'organisation d'un référendum (à la place d'un second tour) si la majorité absolue n'était pas obtenue et l'instauration d'un gouvernement d'union nationale dirigé par M. Ravalomanana. Ces accords ne seront pas respectés par les deux parties qui camperont sur leur position, une fois rentrées au pays. Ravalomanana ne relâche pas la pression et finit par obtenir l'annulation de la nomination de la nouvelle Haute Cour constitutionnelle en raison d'un vice de forme, la cour précédente, reconduite dans ses fonctions, se charge de procéder à la publication des résultats des élections.
En, Marc Ravalomanana est déclaré vainqueur dès le premier tour avec plus de 51 % des voix. Il est investi dans ses fonctions de président de la République une semaine plus tard. Il confirme Jacques Sylla au poste de Premier ministre. Il décide de faire appel aux réservistes de l'armée pour lancer des expéditions contre les troupes fidèles à Didier Ratsiraka et pour « libérer » les provinces des barrages. Les deux camps s'affrontent désormais militairement. En, Toamasina, la dernière province où le camp Ratsiraka s'est retranché est tombée entre les mains de Ravalomanana. Didier Ratsiraka prend la fuite avec ses fidèles à bord d'un avion à destination de la France. Les pays occidentaux, les États-Unis en tête, et la France en dernier, reconnaissent la victoire de Ravalomanana. Cependant, l'Union africaine, l'ONU et les bailleurs de fonds ne reconnaissent le gouvernement de Marc Ravalomanana qu'en, à la suite des élections législatives remportées par son parti.
À la fin de son premier mandat, le président Marc Ravalomanana élabore sa vision « Madagascar Naturellement » et met en œuvre leMadagascar Action Plan (MAP), un nouveau programme de développement pour5 ans[85].
En, le président Marc Ravalomanana est réélu dès le premier tour avec 56 % des voix pour un second mandat de5 ans, avec comme principal objectif la réalisation du MAP[86],[87].
En, Marc Ravalomanana fait modifier parvoie référendaire la Constitution dans un sens qui renforce les pouvoirs présidentiels en permettant lesordonnances « en cas d'urgence et de catastrophe ». Cette révision introduit en outre l'anglais comme troisièmelangue officielle, modifie la structure administrative en remplaçant les six provinces autonomes par 22 régions et supprime le caractèrelaïc de l'État malgache[88].
L'opposition voit dans cette révision des risques de dérive autocratique tandis que l'Église catholique malgache critique sévèrement l'organisation du référendum, et pointe « le pouvoir exorbitant » accordé au président. Les autorités épiscopales catholiques craignent que le président Ravalomanana, qui est vice-président de la puissanteÉglise réformée de Madagascar[89], interfère directement dans les activités religieuses[88].
Au fil des années, les partis d'opposition accusent le gouvernement de paralyser les entreprises locales comme la Savonnerie tropicale[Note 4],[Note 5], la société le Quartz[90]. Le gouvernement ne serait pas neutre vis-à-vis des diverses concurrences entre entreprises, qui devraient ne compter que sur elles-mêmes pour assurer leur gestion.Marc Ravalomanana est également pointé du doigt par l'opposition pour avoir « éliminé » les entrepreneurs malgachesperformants, accaparé leurs affaires pour se placer lui-même dans tous les secteurs économiques bénéficiaires[Note 6].
Le problème principal est que des luttes intestines incessantes conjuguées à l'âge de la majorité des élites négligeant leur succession ont creusé un vide politique et amené un cruel défaut d'émulation.
Le processus électoral est également fortement décrié par les opposants, qui voudraient lui apporter de fortes améliorations afin d'éviter les troubles lors de chaque élection présidentielle[91].
En août 2008, le gouvernement Ravalomanana mène un bras de fer intense avec la commune urbaine d'Antananarivo dirigée par le maire révolté de la capitaleAndry Rajoelina. Depuis l'accession de ce dernier à ce poste, se sont succédé la confiscation des recettes de la commune par le Trésor[92], le retrait à la commune de la gestion de la gare routière d'Ampasapito, le retrait de la gestion de l'assainissement de la capitale[93] ; on a constaté d'autre part l'absence de travaux sérieux de la part de la mairie et la dégradation flagrante de la ville.
En, le président malgache cède une licence d'exploitation de 1,3 million d'hectares de terres — la moitié desterres arables malgaches — pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans à la multinationalesud-coréenneDaewoo Logistics dans le but d'approvisionner la Corée du Sud notamment en maïs[94]. L'information est dévoilée en novembre à la suite de sa publication dans leFinancial Times[95] relayé par d'autres médias du monde et sème la panique du peuple dans la capitale, ainsi que la colère et la peur de « l'envahisseur », contribuant à porter au pouvoirAndry Rajoelina qui dénonce l'accord comme anticonstitutionnel en[96].
En décembre 2008, le ministre de la Communication deMarc Ravalomanana ferme la chaîne de télévision Viva du maire deTananarive – ce dernier, Andry Rajoelina, ayant diffusé un reportage sur l'ancien président Ratsiraka (acte interdit par les lois sur les médias et n'ayant pas eu l'autorisation du ministère de la Télécommunication)[97]. S'ensuivent protestations et manifestations.
À la suite de la fermeture de la chaîne de télévision Viva de l'opposantAndry Rajoelina, de violentes manifestations et émeutes secouent la capitale. Le, lors de l'assaut du palais d'État d'Ambohitsorohitra par la foule, la garde présidentielle ouvre le feu, tuant28 manifestants et en blessant212 autres[98]. Le, des militaires mutins soutiens d'Andry Rajoelina parviennent à prendre de force le palais. Marc Ravalomanana se voit contraint à la démission de son poste de président de la République, à transférer le pouvoir à un conseil militaire, et doit fuir enAfrique du Sud[99]. Ces changements sont considérés par l'ensemble de la communauté internationale comme un putsch que la France est la première à condamner[100]. S'ensuit une période de bras de fer politique et militaire entre les prétendants, soutenus par les armées, régulière pour l'un, mutine pour l'autre.
Marc Ravalomanana,Andry Rajoelina,Didier Ratsiraka etAlbert Zafy se rencontrent finalement en, en présence des représentants de l'Union africaine (UA), des Nations unies (ONU), de l'Organisation internationale de la Francophonie et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), pour des pourparlers qui conduisent aux accords deMaputo, nom de la capitale duMozambique. Le, Andry Rajoelina dénonce ces accords de Maputo, change de premier ministre et décide de faire précéder les élections législatives à venir d'un référendum sur une nouvelle constitution. Le référendum a lieu finalement en[101].
Par référendum du ausuffrage universel direct, la population se positionne par oui ou non sur le changement de la constitution[101]. Cette nouvelle constitution est proclamée le de la même année, et fait entrer le pays dans saIVe république.
Le régime semi-présidentiel de la constitution de la Troisième République révisée en 2007[102] est remplacé par un régime semi-parlementaire, selon laconstitution 2010[101] : « Art. 54 : Le président de la République nomme le Premier ministre, présenté par le parti ou le groupe de partis majoritaire à l'Assemblée nationale ».
En, furent organisées conjointement l'élection présidentielle et l'élection législative à Madagascar.Hery Rajaonarimampianina est élu premier président de la Quatrième République, en éliminant son adversaire au second tourJean-Louis Robinson. Il est investi et prête serment à Mahamasina le.Jean-Omer Beriziky est encore le chef du gouvernement jusqu'au, ou il est remplacé par le gouvernementRoger Kolo. Nouveau changement le, oùJean Ravelonarivo devient chef du gouvernement.Olivier Mahafaly Solonandrasana le remplace le, mais pour calmer le pays en proie aux émeutes, il est contraint à la démission et remplacé parChristian Ntsay le[103]. Les élections de portent au pouvoir pour5 ansAndry Rajoelina[104]. Son parti remporte également lesélections législatives de et obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale[105].
Malgré un scandale autour de son acquisition de lanationalité française le rendant ainsi inéligible[106], ce dernier estréélu dès le premier tour le 1er décembre 2023, lors d'une élection largement contesté et boycotté par l'opposition[107].
Fin septembre 2025, desmanifestations pacifiques éclatent à Antananarivo afin de protester contre les coupures récurrentes d'électricité et d'eau dans la capitale ainsi que pour une amélioration des conditions de vie. Violemment réprimé par les forces de l'ordre[108], le mouvement de contestation prend de l'ampleur, se repend dans le reste du pays[109], et la lutte contre la corruption et la démission du président Rajoelina sont alors demandées[110].
Le, après quatre jours de manifestations, le président Rajoelina limoge son Premier MinistreChristian Ntsay et l'ensemble deson gouvernement[111]. Le samedi 11 octobre, le contingent militaire du CAPSAT (Corps d'administration des personnes et des services de l'Armée de terre) refuse de réprimer les manifestants et entre enmutinerie en rejoignant les manifestants et en les aidant à gagner la place du 13 mai que ceux-ci essayaient d'atteindre depuis le début des manifestations[112]. Le lendemain, dimanche 12 octobre, le CAPSAT annonce prendre le contrôle de l'armée tandis que le président fuit le pays à bord d'un avion de l'armée de l'air française. Le 14 octobre, en réaction à l'annonce de sa dissolution par le président en fuite, l'assemblée nationale vote sa destitution, ce qui engendre la prise de pouvoir de l'armée. Le colonelMichaël Randrianirina, du CAPSAT, est nommé chef d'État par la Haute cour constitutionnelle. Un« conseil de défense national de transition »[113] est mis en place pour accompagner le nouveau président et le gouvernement transitoire[114]. Le colonel doit assurer les prérogatives présidentielles sur une durée maximum de 2 ans et a assuré la tenue d'élections dans les 18 à 24 mois maximum. Il annonce le jour même la dissolution du Sénat et de la Haute cour constitutionnelle[115].
L'Union Africaine suspend Madagascar[113] et le secrétaire général de l'ONU condamne la prise de pouvoir inconstitutionnelle[116].
Le 17 octobre,Michaël Randrianirina est officiellement investi et prête serment devant la haute cour constitutionnelle[114].
Sixprovinces sont créées en 1959, au moment de l'indépendance du pays, et nommées en fonction de leur capitale. Elles sont scindées en 22régions en 2004[120] puis en23 régions en 2021[121] et 24 régions en 2023[122]. La révision 2007 de la constitution de 1992 supprime l'autonomie de ces provinces[120]. L'article 143 de laconstitution de 2010 institue que« Les collectivités territoriales décentralisées de la République sont les communes, les régions et les provinces »[123].
Les nouveaux découpages régionaux et les anciennes provinces
En 2024, la population de Madagascar était estimée à 32 millions d'habitants, contre 2,2 millions en 1900. Le taux de croissance démographique annuel à Madagascar était d'environ 2,4 % en 2024[124]. Environ 60% de la population est rurale en 2024[125].
Environ 39,3 % de la population a moins de 15 ans, tandis que 57,3 % ont entre 15 et 64 ans. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 3,4 % de la population totale[124] . Seuls deux recensements généraux, en 1975 et 1993, ont été effectués depuis l'indépendance. Les régions les plus densément peuplées de l'île sont les hauts plateaux de l'est et la côte est, contrastant fortement avec les plaines occidentales peu peuplées.
Lesmalgaches représente plus de 90 % de la population de Madagascar et se divise généralement en 18 groupes ethniques. Des recherches génétiques récentes ont révélé que le patrimoine génétique du Malgache moyen est constitué d'un mélange à peu près égal de gènes d'Asie du Sud-Est (en particulier du sud de Bornéo) et d'Afrique de l'Est[126],[127],[128], bien que la génétique de certaines communautés montre une prédominance d'origines d'Asie du Sud-Est ou d'Afrique de l'Est, ou encore une ascendancearabe,indienne oueuropéenne.
Les traits d'asiatique sont les plus marqués chez lesMérinas des hauts plateaux du centre de l'île, qui constituent le plus grand sous-groupe ethnique malgache avec environ 26 % de la population, tandis que certaines communautés parmi les populations côtières de l'ouest (appelées collectivement lescôtiers ouambaniandro) présentent des traits d'africains relativement plus prononcés. Les plus grands sous-groupes ethniques côtiers sont lesBetsimisarakas (14,9 %) et lesTsimihety etSakalava (6 % chacun).
Les différents groupes ethniques malgaches et leur localisation.
Outre les18 ethnies, certaines communautés d'origines diverses issues d'une immigration récente (à partir desannées 1900) se sont installées sur l'île. Il s'agit notamment :
desComoriens, vivant principalement dans les provinces d'Antsiranana et Majunga ;
de la communauté européenne (« Vazaha »), descendants de colons ou expatriés installés sur l'île depuis l'indépendance ;
de la communauté chinoise d'origine cantonaise (« Sinoa»), pour la plupart commerçants de détail et alimentaire ;
de la communauté indo-pakistanaise (« Karana »), propriétaires de magasins particuliers et de bijouteries.
Des années 1880 aux années 1970, l'émigration reste faible. Elle est liée, dans le contexte colonial, à des études poursuivies par des enfants de la bourgeoisie malgache - qui choisissent souvent de revenir au pays où les attendent de belles situations - ou à des carrières militaires. Elle se développe ensuite à partir de l'arrivée au pouvoir deDidier Ratsiraka en 1975, la dégradation des conditions d'enseignement et de l'économie du pays conduisant les étudiants à quitter le pays plus nombreux et surtout à se fixer durablement en France[129].Depuis le début des années 1990, les flux migratoires croissent régulièrement. On estimait le nombre de migrants malgaches dans le monde à en 1990 à 58 000 personnes et en 2015 à 170 000 personnes[130].Les Malgaches migrent majoritairement vers l'Europe. Environ neuf migrants sur dix vivent en Europe et 85 % en France[130].
La diaspora malgache est en lien fort avec Madagascar. Elle est regroupée en plus de240 associations rien qu'en France, et elle transfère chaque année quelque86 millions d'euros vers Madagascar[131].
Lemalgache est la langue nationale de Madagascar mais chaque région a aussi sa propre langue maternelle. Lefrançais est la deuxième langue officielle, parlée par environ 26,5 % de la population, soit 7,7 millions de personnes sur 29,1 millions d'habitants en 2022[132]. Selon les statistiques de l'académie malgache, dans tout Madagascar en 2012, 0,57 % du peuple malgache parlait uniquement le français, 15,87 % le pratiquait occasionnellement et 83,61 % ne comprenait que le malgache[133]. L'anglais aussi fut langue officielle de 2007 à 2010[102],[88]. Cependant, la nouvelle Constitution de novembre 2010 ne mentionne que le malgache (langue nationale) et le français comme langues officielles, l'anglais ayant disparu du texte[134].
Lemalgache est une langue d'originemalayo-polynésienne, parlée sur toute l'île. Ses nombreux dialectes, généralement mutuellement intelligibles, peuvent être regroupés en trois sous-groupes : le malgache centre-oriental, le malgache septentrional et le malgache méridional[135].
Lefrançais est devenu langue officielle durant la période coloniale, lorsque Madagascar était sous domination française. La première Constitution nationale, adoptée en 1958, a désigné le malgache et le français comme langues officielles de la République malgache. Madagascar est aussi membre de l'Organisation internationale de la francophonie, le français y est principalement parlé comme langue seconde par la population instruite et utilisé pour la communication internationale. Dans les classes aisées des grandes villes, il est même parlé comme langue maternelle[137].
Selon lePew Research Center, 85 % de la population se déclaraitchrétienne, tandis que seulement 4,5 % pratiquaient exclusivement desreligions traditionnelles ; lesprotestants représentaient la majorité des chrétiens, suivis descatholiques[138]. En revanche, une étude menée en 2020 par l’Association des archives de données religieuses a révélé que 58,1 % de la population était chrétienne, 2,1 %musulmane, 39,2 % pratiquait des religions traditionnelles et 0,6 % étaitsans religion ou adhérait à d’autres confessions[139]. Cette hétérogénéité des données religieuses reflète la pratique courante d’alterner entre différentes identités religieuses ou de syncrétiser diverses traditions. Les chrétiens intègrent et combinent leurs croyances religieuses avec la pratique profondément ancrée duculte des ancêtres. Par exemple, ils peuvent faire bénir leurs défunts à l’église avant de procéder aux rites funéraires traditionnels ou inviter un ministre du culte chrétien à consacrer une réinhumation selon le rite dufamadihana[140].
Leprotestantisme et lecatholicisme sont les principales confessions chrétiennes du pays. Le Conseil malgache des Églises regroupe les quatre confessions chrétiennes les plus anciennes et les plus importantes (catholique,FJKM,luthérienne etanglicane) et a exercé une influence considérable sur la vie politique malgache[141].
L'islam est implanté depuis des siècles sur le territoire de l'actuelle Madagascar et les musulmans représentent aujourd'hui entre 2 et 5 % de la population totale[139],[142]. La grande majorité des musulmans de Madagascar pratiquent l'islam sunnite de l'école de jurisprudencechaféite, avec d'importantes communautéschiites[143].
En 2013 environ 35 % de la population adulte est analphabète[144]. Le taux d'alphabétisation des jeunes hommes est très légèrement supérieur à celui des jeunes femmes[144]. Les investissements publics pour l'éducation correspondent à 10,7 % des dépenses gouvernementales dans la période de 2009-2016[145]. La part réservée à l'enseignement supérieur dans le budget public de l'éducation a dégringolé de 32 % au début des années 1990 à environ 13 % en 2000[146].« Un assistant débutant touche300 euros et un professeur titulaire en fin de carrière environ 440 », explique Émile Rakotomahanina Ralaisoa, ancien recteur de l'université d'Antananarivo.[réf. nécessaire] Même si c'est largement au-dessus duSMIC local, qui est de 250 000 ariary par mois[147] (soit plus de52 euros), la profession reste sous-payée. Les dépenses courantes pour l'enseignement primaire sont d'environ57 dollars américains (parité de pouvoir d'achat) par élève[145].
Depuis 1972, l'enseignement national à Madagascar se dissocie du programme de la France d'où la distinction entre statuts national et international. Deux classes d'écoles apparaissent : les écoles malgaches « d'État » et les écoles françaises « diplomatiques ».
Le malgache devient la langue officielle dans toutes les écoles et les administrations. Le français devient la première langue enseignée et l'anglais la deuxième. Cette révolution intellectuelle n'a pu bénéficier d'aucune année préparatoire. Aucun programme de création du vivier professoral n'a été prévu.Des bacheliers sont recrutés par différents corps de l'armée, avec « discipline et patrie », avant de devenir des professeurs contractuels durant une année scolaire maximum.
Au début desannées 1990, des écoles primaires privées fleurissent ici et là, revendiquant le modèle français d'enseignement. Cela constitue un espoir de se projeter vers l'Europe, pour des parents prêts à se sacrifier dans le paiement dedroits de scolarité (écolage) exorbitants pour la majorité des ménages. En 2008, ces écoles se sont multipliées dans beaucoup de villes.
Centres universitaires nationaux et écoles internationales
à Antsiranana : l'Institut supérieur de technologie (spécialités : télécommunication et réseaux, commerce, finance, froid et climatisation, électrotechnique).
Consultation gratuite auprès d'un médecin itinérant.
Famines, épidémies : les grands fléaux qui déciment certaines autres régions d'Afrique ne frappent pas Madagascar avec la même fréquence ni la même ampleur catastrophiques. Mais l'équilibre y reste précaire. Si la pluie tant attendue au début de l'été ne tombe pas, les maigres réserves sont vite épuisées. Le sud est toujours la région la plus menacée par la sécheresse, qui y est appeléekéré. La zone critique se situe aux environs d'Ambovombe (régionAndroy).
Sida : le taux deprévalence duVIH est relativement bas à Madagascar ; cependant, entre 2003 et 2013, l'épidémie est passée de « naissante » à « concentrée » au niveau de certains groupes de la population (principalement les hommes ayant des rapports homosexuels, les professionnelles du sexe et les utilisateurs de drogues injectables)[152].
Peste : maladie endémique, le pays abrite quelques foyers de peste qui apparaissent chaque année autour de la saison des pluies. Madagascar est l'un des pays les plus touchés par cette maladie dans le monde[153].
Cysticercose : prévalence de la cysticercose active pouvait estimée en 2003 à environ 10 %, qui plaçait donc Madagascar parmi les pays les plus touchés dans le monde[154][réf. non conforme].
Lèpre : elle a touché longtemps une grande partie de la population (laFondation Raoul-Follereau a été impliqué dans son éradication) ; Madagascar est l'un des cinq pays d'Afrique les plus touchés[9].
Selon laBanque mondiale, 75 % de la population vivait toujours sous le seuil international de pauvreté à 1,90 dollar par jour en 2019 — un taux nettement supérieur à la moyenne régionale de 41 %[155].
Le pays occupe la quatrième place mondiale en termes de malnutrition chronique. Près d'un enfant de moins de5 ans sur deux souffre d'un retard de croissance. En outre, Madagascar compte parmi les cinq pays où l'accès à l'eau est le plus difficile pour la population. Douze millions de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, selon l'ONGWaterAid[156].
En ce sens, l'ONG La Source Jeune[157] permet de venir en aide aux Malgaches en leur permettant de construire des puits et d'en faire bénéficier les populations locales. Les forages ont lieu dans les zones les plus reculées où l'accès à l'eau potable est l'un des problèmes majeurs.
Plus d'un million de personnes se trouvent en 2021 en situation d'insécurité alimentaire aiguë dans le sud de Madagascar[158].
Le PIB de Madagascar en 2024 était estimé à 17,42 milliards dedollars américains, avec un PIB par habitant de 545 dollars[159]. Selon leProgramme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en 2021, 68,4 % de la population malgache vivait dans une situation depauvreté multidimensionnelle[160]. Entre 2011 et 2015, le taux de croissance moyen était de 2,6 %, mais il aurait dû atteindre 4,1 % en 2016 grâce aux programmes de travaux publics et à la croissance du secteur des services. L'agriculture représentait 29 % du PIB malgache en 2011, tandis que le secteur manufacturier en représentait 15 %. Les autres moteurs de croissance de Madagascar sont le tourisme, l'agriculture et les industries extractives[161]. Le secteur de la pêche représente 800 millions de dollars américains, soit 6 % du PIB, et emploie 200 000 personnes directement[162],[163].
En, l'ariary remplace le franc malgache (FMG) comme monnaie à Madagascar. À partir de cette date, un double étiquetage est appliqué dans les commerces et sur les marchés jusqu'au basculement officiel, le. Depuis cette date, seul l'ariary a cours officiel dans le pays (1 ariary = 5 FMG).
La corruption est élevée dans les administrations du pays. Le Centre de recherches et de publications sur les relations entre le tiers-monde et l'Europe (Cetim) dénonce ainsi le « pillage » des ressources naturelles malgaches, notamment par les concessions minières et les trafiquants de bois précieux. Leszones franches sont également sources d'immenses profits pour les entreprises, aux dépens des salariés, souvent privés de tout droit[156].
Depuis des décennies, Madagascar fait face à une croissance insuffisante et une pauvreté persistante, en grande partie à cause de faiblesses de la gouvernance, d'un développement inadéquat du capital humain et physique, et d'une transformation structurelle lente. La situation est exacerbée par l'augmentation des crises climatiques et la vulnérabilité accrue aux chocs extérieurs. En outre, la faible croissance économique combinée à une croissance démographique rapide a fait de Madagascar l'un des pays où le taux de pauvreté est parmi les plus élevés au monde, atteignant 75 % en 2022 si l'on se réfère au seuil de pauvreté national.
Bien que la croissance économique se soit ralentie, passant de 5,7 % en 2021 à 3,8 % en 2022, en grande partie à cause des retombées de laguerre en Ukraine et des chocs climatiques, elle s'est progressivement redressée. La croissance devrait poursuivre son redressement et se stabiliser à 4 % en 2023, avant de s'accélérer pour atteindre environ 4,7 % en 2024-25. Les pressions inflationnistes se sont intensifiées, l'inflation globale passant de 6,9 % en juin 2022 à 11,3 % en juin 2023. L'inflation devrait se maintenir à 10,5 % en 2023, avant de se modérer pour atteindre environ 8,5 % en 2024-25.
Le déficit des comptes courants s'est creusé, passant de 5 % du PIB en 2021 à 5,6 % en 2022. Toutefois, une baisse des prix mondiaux du pétrole devrait contribuer à une nouvelle réduction du déficit des comptes courants à 4,5 % du PIB en 2023-25, la baisse des importations étant supérieure au ralentissement des exportations. Le rebond des exportations pourrait toutefois se heurter à des difficultés, car les politiques d'importation restrictives - telles que l'abaissement des niveaux de nicotine autorisés dans les produits alimentaires importés - des principaux partenaires commerciaux de Madagascar dans le secteur de la vanille sont susceptibles d'entraver les progrès.
Le déficit budgétaire global s'est creusé, passant de 2,8 % du PIB en 2021 à 6,4 % en 2022, et la dette publique totale a augmenté pour atteindre 56,9 % du PIB en 2022. Cette détérioration du solde budgétaire résulte en grande partie du report des paiements des droits pétroliers par les distributeurs de pétrole. Le règlement de ces dettes croisées devrait ramener le déficit budgétaire à 3,8 % du PIB en 2023, les recettes fiscales passant de 9,6 % du PIB en 2022 à 12,8 % en 2023. En outre, l'augmentation progressive prévue des dépenses en capital de 5,1 % du PIB en 2021 à 8,7 % en 2025 reflète l'amélioration de l'exécution du budget et la mise en œuvre des projets prioritaires du gouvernement[13].
Madagascar est le premier producteur mondial devanille Bourbon.Usine de raffinerie des minerais en provenances d'Ambatovy, près deToamasina.
Lesressources naturelles de Madagascar comprennent une variété de produits agricoles et minéraux. L'agriculture (notamment la culture duraphia), l'exploitation minière, lapêche et lasylviculture constituent les piliers de son économie. En 2017, les principales exportations étaient lavanille (894 millions de dollars US), lenickel (414 millions de dollars US), leclou de girofle (288 millions de dollars US), lespulls en maille (184 millions de dollars US) et lecobalt (143 millions de dollars US)[164].
Madagascar est le premier fournisseur mondial de vanille, de clous de girofle et d'ylang-ylang[165]. L'île fournit 80 % de la vanille naturelle mondiale[166]. Parmi les autres ressources agricoles importantes figurent lecafé, leslitchis et lescrevettes. Ses principales ressources minérales comprennent divers types de pierres précieuses et semi-précieuses. L'île fournit actuellement la moitié de l'approvisionnement mondial ensaphirs, découverts près d'Ilakaka à la fin des années 1990.
Les exportations représentaient 28 % du PIB en 2009. La majeure partie des recettes d'exportation du pays provient de l'industrie textile, dupoisson et des fruits de mer, de la vanille, des clous de girofle et d'autres produits alimentaires. LaFrance est le principal partenaire commercial du pays, bien que les États-Unis, le Japon et l'Allemagne entretiennent également des liens économiques étroits. Les cultures de rente à forte valeur ajoutée destinées à l'exportation, telles que leslitchis, constituent des secteurs de croissance plus récents : 18 000 tonnes ont été vendues à l'étranger en 2023, dont 16 000 tonnes à destination de l'Europe[170].
Le Conseil commercial Madagascar-États-Unis a été créé en mai 2003, fruit d'une collaboration entre l'USAID et des artisans malgaches, afin de soutenir l'exportation de l'artisanat local vers les marchés étrangers[171]. Les importations de produits tels que les denrées alimentaires, les carburants, les biens d'équipement, les véhicules, les biens de consommation et les produits électroniques représentent environ 52 % du PIB. Les principaux fournisseurs de Madagascar sont laChine[172], laFrance, l'Iran, l'île Maurice etHong Kong.
En 2019, seuls 15 % des habitants disposent de l'électricité. Ce taux n'a pas évolué depuis huit ans. La plupart des personnes s'éclairent à la bougie ou à la lampe à pétrole[173]
En 2001, les énergies renouvelables représentaient 63 % de la production totale d'électricité. Le potentiel de développement de l'hydroélectricité est par ailleurs élevé, le pays n'en exploitant que 132 MW alors que la ressource totale est estimée à 7 800 MW[174]. L'énergie solaire photovoltaïque représente aussi un fort potentiel en raison du bon ensoleillement disponible et de la possibilité de construire des petites unités de production non connectées au réseau électrique[175].
L'économie informelle échappe à l'évaluation nationale duPIB. Cette classification vient du fait que les revenus financiers produits enmonnaies fiduciaires, sont friables et sans traçabilité. Pourtant ce sont des devises monnayables à l'international mais de sources non vérifiables, donc non comptabilisée comme indice de croissance du pays, en l'absence de contrôle imposé par l'État[Note 7]. Cette manne fait vivre un peu plus de 30 % de la population mais la valeur de la monnaie nationale s'en retrouve lourdement affectée auprès des organisations de valorisation économique, comme leFMI.
En 1984, le gouvernement malgache a décidé d'élargir l'ouverture du pays au tourisme. Madagascar possède des potentialités très importantes pour le développement du tourisme, mais ce secteur est encore en lente progression. Les parcs nationaux, comme ceux duTsingy de Bemaraha, d'Andasibe-Mantadia, d'Isalo, deRanomafana ou d'Ankarana constituent des destinations prisées pour les visiteurs internationaux qui veulent découvrir la faune et la flore unique de l'île. Le nombre de touristes internationaux fluctue en fonction des conjonctures ; ainsi, après la crise politique de 2009, il a fortement chuté. Le record annuel d'entrée de touristes à avoir visité le pays est de un peu moins de 300 000 personnes en 2016, ce qui a généré l'entrée de702 millions dedollars en devise[176].
En, la fermeture des frontières à suite de lapandémie de Covid-19 a également fortement affecté le secteur touristique malgache durant les deux années qui ont suivi[177]. Depuis la levée des restrictions en, on observe une timide reprise de l'activité : entre janvier et novembre de cette même année 106 000 personnes ont visité l'île[178].
Malgré son haut potentiel touristique, le tourisme à Madagascar est sous-développé. Les attractions touristiques malgaches incluent ses plages et sa biodiversité[179]. Pendant lesannées 1990, le tourisme était le deuxième revenu d'exportation du pays et lui rapporta près de50 millions dedollars. Le nombre de touristes visitant le pays ne cesse d'augmenter depuis lesannées 1990, malgré des baisses ponctuelles dues aux instabilités politiques, et devrait atteindre 500 000 visiteurs en 2018[180]. La grande majorité des touristes sontfrançais ; cela s'explique par les liens historiques et linguistiques qu'ont les deux pays.
Privée de comptabilité officielle, la production rurale écoulée ne laisse aucun indice économique. Ce secteur englobe l'élevage bovin, la culture du riz, la pêche artisanale, etc. DesONG achètent des productions artisanales pour les vendre en France et réinvestir les gains dans l'éducation et l'économie malgaches[181].
Le salaire moyen mensuel par habitant à Madagascar compte parmi les plus bas du monde. En 2022, il était estimé à environ44euros par mois[182]. Le, le gouvernement et le patronat malgache ont fixés le salaire minimum mensuel à 250 000 ariary soit environ52 euros[183].
Madagascar occupe le premier rang dans le classement des pays africains par rapport à la superficie des terres cédées aux investisseurs étrangers avec 3,7 millions d'hectares de terres agricoles cédées[184]. L'engouement pour les terres se poursuit dans le cadre d'autres projets agricoles ou miniers, et la transparence fait parfois défaut[185].
Daewoo, entreprise coréenne, avait obtenu un bail pour l'exploitation de plus d'un million d'hectares de surfaces agricoles en 2009[185], en échange de la promesse d'infrastructures et d'emplois[186]. Cette zone était aussi grande que la moitié des biens arables du pays. Ce bail est arrêté après lecoup d'état de 2009, qui conduit au départ forcé du présidentMarc Ravalomanana[187].
465 000 hectares de terres à Madagascar avaient été loués à une société indienne,Varun International, pour cultiver du riz pour la consommation enInde[188].Cela a été annulé par le nouveau gouvernement[188].
L'achat des terres agricoles par de nouveaux investisseurs non occidentaux en pays tropicaux est habituellement présenté comme un accaparement inédit des terres paysannes.
La situation est souvent celle-ci : les investisseurs arrivés de longue date dans ces pays contrôlent la production, les filières et la commercialisation des denrées, sans avoir besoin d'endosser de nombreux aspects du « mic-mac » de la gestion des exploitations et la responsabilité éthique des revenus de misère de la main d'œuvre.
La terre reste nominalement propriété des paysans locaux mais la production et les valeurs ajoutées sont la propriété de fait des investisseurs étrangers et de quelques cooptés locaux. Ces derniers sont tenus par unecorruption de longue date à laquelle aucun nouvel arrivant ne peut se soustraire. Il s'agit de situations acquises durant lapériode coloniale et consolidées pendant les cinquante années qui ont suivi.
Les investisseurs despays émergents n'ont pas ces avantages d'antériorité de présence. Ils doivent payer au prix fort la terre, prendre en charge les investissements de terrain, gérer les aléas des facteurs de production, faire face directement aux conflits sociaux éventuels, payer plus cher la main d'œuvre et faire sur-enchère sur des décideurs déjà corrompus.
Les aspects de la contre-attaque des premiers arrivants sont multiformes : pression directe sur les États producteurs et indirecte par des institutions internationales pour annuler des contrats, faux semblants humanistes souvent repris sincèrement par les citoyens des pays développés, manipulation de la société civile organisée urbaine des pays sous-développés (presse locale etONG locales corrompues, etc.).
Parfois aussi, des efforts sous forme d'opportunités immédiates mais aux bénéfices incertains à long terme, sont consentis à la paysannerie locale. À titre d'exemple, la flambée multifactorielle des prix de la vanille a introduit une concurrence qui a rapidement amélioré les revenus paysans des Malgaches mais également fragilisé la position monopolistique des importateurs traditionnels. Le fondsDanone, le SuisseFirmenich et l'AméricainMars ont mis120 millions d'euros sur la table en 2018 pour différents pays producteurs. À Madagascar, ils aideront 3 000 producteurs en contrepartie de l'asservissement de leur production à leur filière pendant10 ans[189].
Depuis l'amélioration significative des offres de connexion àInternet, lecommerce en ligne a connu un développement timide mais constant. En 2017, un internaute malgache sur dix déclare avoir déjà effectué un achat en ligne. Les produits les plus achetés sur Internet concernent lahaute technologie et le prêt-à-porter, ces deux catégories rassemblant à elles seules près de 50 % des ventes en ligne. Les freins majeurs au développement du commerce en ligne à Madagascar sont le manque de confiance dans l'économie numérique et les problèmes depaiement en ligne. C'est ainsi que la majorité des achats en ligne sont payés enespèces à la livraison. Malgré tout, plus d'un non-consommateur sur deux affirme être prêt à acheter sur Internet[190].
Une littérature orale et écrite d'une grande richesse s'est développée à Madagascar. L'une des traditions artistiques les plus importantes de l'île est son art oratoire, qui s'exprime à travers lehainteny (poésie), lekabary (discours public) et l'ohabolana (proverbes)[191]. L'Ibonia, poème épique emblématique de ces traditions, s'est transmise au fil des siècles sous différentes formes à travers l'île et offre un aperçu des mythologies et croyances diverses des communautés malgaches traditionnelles[192]. Cette tradition s'est perpétuée auXXe siècle grâce à des artistes tels queJean-Joseph Rabearivelo, considéré comme le premier poète moderne d'Afrique,Jacques Rabemananjara, poète, militant indépendantiste et lauréat duGrand prix de la francophonie en1988 etElie Rajaonarison, figure emblématique du renouveau de la poésie malgache.
La musique malgache est riche d'influences proches et lointaines dans le temps et l'espace. En effet, elle a su conserver sonpatrimoine ancienaustronésien de l'Asie du Sud-Est, mais aussi de la procheAfrique etOcéanie, celle de l'Arabie tout en amalgamant de nouveauxgenres dus aux contacts avec l'Europe et lesÉtats-Unis.
La musique malgache est trèsmélodique et se distingue de nombreuses traditions de l'Afrique par la prédominance des instruments à cordes par rapport aux instruments à percussion[193]. Madagascar possède un riche patrimoine musical, incarné par des dizaines de genres musicaux régionaux, comme lesalegy côtier ou l'hira gasy des hauts plateaux centraux. L'instrument le plus emblématique de Madagascar, lavaliha, est unecithare tubulaire en bambou très semblable à celles utilisées traditionnellement enIndonésie et auxPhilippines. La valiha est considérée comme l'instrument national de Madagascar[194],[195].
De nombreux passe-temps traditionnels ont vu le jour à Madagascar. Lemoraingy, un type de combat au corps à corps, est un sport populaire auprès des spectateurs dans les régions côtières. La lutte contre les zébus, appeléesavika outolon-omby, est également pratiquée dans de nombreuses régions. Outre les sports, une grande variété de jeux sont pratiqués. Parmi les plus emblématiques figure lefanorona, unjeu de plateau répandu dans les Hautes Terres. Selon une légende, la succession du roiAndrianjaka après son pèreRalambo serait en partie due à l'obsession que le frère aîné d'Andrianjaka aurait eue pour le fanorona, au détriment de ses autres responsabilités[196].
Les activités récréatives occidentales ont été introduites à Madagascar au cours des deux derniers siècles. Lerugby à XV est considéré comme le sport national de Madagascar[197]. Lefootball est également populaire. Lapétanque est aussi très pratiqué dans les zones urbaines et sur les Hautes Terres[198]. Les programmes sportifs scolaires comprennent généralement lefootball, l'athlétisme, lejudo, laboxe, lebasket-ball féminin et letennis féminin. Madagascar a envoyé ses premiers athlètes auxJeux olympiques en1964 et a également participé plusieurs fois auxJeux africains.
Vieille tradition austronésienne que l'on retrouve encore dans certaines îles d'Indonésie (Bornéo etBangka notamment), lefamadihana est un rituel d'exhumation des morts propre surtout aux peuples deshauts plateaux, notamment lesmérinas[199], et qui se raréfie du fait de la christianisation. Quand le devin en donne le signal, le clan familial décide de commencer la cérémonie dite duFamadihana (« retournement des morts »). Exhumé quelques années après le décès, le défunt est d'abord porté en procession avec un cortège de musiciens, puis les ossements, après une toilette rituelle, sont enveloppés dans deslambas traditionnellement en soie naturelle (lambamena). La fête marque le retour définitif des ancêtres (lesrazana) parmi leurs descendants dont ils deviendront les protecteurs. Il s'agit bien d'une fête : la liesse est de règle, les pleurs et les lamentations sont proscrites. Le repas traditionnel à cette fête est levary be menaka, du riz avec de la viande grasse (avec beaucoup de graisse, parfois on ajoute de la viande de porc à la viande de zébu). La famille organisatrice peut même préparer des tenues spéciales pour bien marquer la fête. Cette coutume n'est propre qu'à certaines tribus de Madagascar et est aussi une occasion de rassembler la grande famille et une occasion de voir qui sont les personnes qui préservent leur relation avec cette grande famille (ayant répondu à l'invitation et apporté une contribution habituellement financière).
La vie en société est régie par lesfady (interdits instaurés par les ancêtres).
À Madagascar, lesfady peuvent concerner une région entière, des lieux particuliers, des familles ou une personne[200].
Quelques exemples defady :
il est interdit de pointer du doigt les baleines[201]
ne pas tuer, ni manger de dauphins
ne jamais donner de coups de pied au mur au risque d'entraîner la mort de sa grand-mère maternelle ou paternelle
ne pas travailler la terre le jour du mardi
etc.
Lesfady sont des moyens utilisés par les aînés pour apprendre aux plus jeunes le savoir-vivre et l'art de se comporter en société[202]. Et ils ont aussi des vertus dans la protection de l'environnement.
Commémoration des martyrs de l'insurrection qui a débuté le et noyée dans le sang par l'armée coloniale française : 90 000 morts selon le commandant des troupes françaises de l'époque (Général Garbay).
↑à caractère consulaire et coopération gouvernement république française et malgache de 1972 à 1988 avec uniquement des professeurs de l'éducation nationale française nommés aujournal officiel.
↑Pour l'historien Edouard Ralaimihoatra, ces Autronésiens qu'il appelle de manière globale lesVazimba — sans faire le distinguo entre ceux des côtes, les Vezo, et ceux de la forêt de l'intérieur, les Vazimba — ont « apporté dans l'île le fond de la langue malgache et des techniques d'origine indonésienne, pirogues à balanciers, rizières inondées, cases en bois équarris ou en branchage construites sur pilotis, villages édifiés sur les hauteurs entourés de fossés, etc. Ce fond a reçu des apports résultant d'échanges humains entre l'Afrique et Madagascar, grâce à la navigation arabe entre les côtes de l'Arabie, de l'Afrique de l'Est et de la Grande Île (Ralaimihoatra E., « Les Primitifs malgaches ou Vazimba », inHistoire de Madagascar).
↑Rafandrana, un des ancêtres de la dynastie royalemerina, par exemple, est connu pour avoir été un Vazimba (Callet, 1908). Les deux reines fondatrices de la royauté Merina,Rafohy etRangita, étaient désignées comme Vazimbas. Comme la plupart desAustronésiens, les chefs Ntaolo (Vazimbas et Vezos) de Madagascar avaient pour coutume de placer les corps de leurs défunts dans des pirogues et de les enfouir dans des lacs artificiels (Vazimbas de l'intérieur) ou dans la mer (Vezos des côtes)
↑En 1991,Albert Zafy, à la tête des partisans du changement, engage une marche massive sur chaque ministère d'État de la capitale. Les manifestants destituent le ministre en place de son siège et installent le leur. Mais, arrivés à la résidence du président Ratsiraka, ils se heurtent à trois barrages militaires de la garde. Au franchissement du troisième barrage, la garde « spéciale » présidentielle ouvre le feu sur la foule. Dans la panique, survolés par des hélicoptères, des manifestants périssent sous les balles. D'autres sont victimes des mines préventives installées dans les rizières alentour.
↑La Savonnerie tropicale est une entreprise alimentant pour beaucoup les mouvements politiques - Article de Madagascar Tribune - Édition du - Citron Plus contre Savonnerie Tropicale / CONECS.
↑« Si nous avons encore pu tenir jusqu'à maintenant, c'est grâce à notre capacité de management. Malgré l'appel que nous avons lancé à plusieurs reprises, et les crises que nous avons endurées, le gouvernement n'a jamais levé le petit doigt pour nous appuyer », André Ramaroson,PDG de Savonnerie tropicale sur l'Express de Madagascar, édition du.
↑« Dès qu'il a été réélu, en, Marc Ravalomanana a ajusté la Constitution malgache pour pouvoir, à coups d'ordonnances, diriger Madagascar aussi bien que sa propre entreprise. Cette entreprise, vouée à l'origine à la transformation de produits laitiers, est devenue un empire présent dans pratiquement tous les secteurs économiques qui marchent. Il n'y aurait rien à redire si ce n'est sa manière d'avoir éliminé certains opérateurs économiques malgaches performants (mais corrompus) pour accaparer leurs affaires existantes depuis des décennies », Jeannot Ramambazafy – Journaliste -madagate.com.
↑Auparavant, avant 1994 toute devise étrangère devait être déclarée à l'entrée sur le territoire malgache avant de pouvoir être utilisée, avec obligation d'échange dans une banque malgache avec justificatif. Les devises non échangées en ressortent avec le justificatif initial et celui de la banque.
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