LeSecret Intelligence Service (SIS), également connu sous la dénomination deMI6 (pourMilitaryIntelligence, section6), est leservice de renseignements extérieurs duRoyaume-Uni. Son rôle est de produire des renseignements sur les sujets concernant les intérêts vitaux duRoyaume-Uni en matière de sécurité, défense, politique étrangère et politique économique.
Le Royaume-Uni a trois principaux services de renseignement et de sécurité :
leSecurity Service (MI5), service de renseignement de sécurité intérieure ;
le Secret Intelligence Service (SIS ou « MI6 »), service de renseignement extérieur utilisant des sources humaines et techniques et les échanges avec des services de renseignement et de sécurité étrangers ;
leGovernment Communications Headquarters (GCHQ), service responsable du renseignement d'origine électromagnétique et de la sécurité des communications et des systèmes d'information du gouvernement et des armées.
Le SIS, comme le MI5, descend duSecret Service Bureau créé en octobre1909, dont il était l’un des départements. Son premier directeur fut SirMansfield Smith-Cumming (1859-1923,KCMG,CB).
Selon leGuardian, le Secret Intelligence Service comptait 2 479 agents en[2], un effectif en progression dans le cadre de la création de 1 900 postes d'ici 2020 pour les services de renseignement et antiterroristes britanniques (MI5, SIS, GCHQ et Counter Terrorism Command de la Metropolitan Police) annoncée à la suite des attentats de Paris en. Le SIS en serait le principal bénéficiaire, avec la création de 1 000 postes[3].
La dernière édition (2016-2017) du rapport de l'Intelligence and Security Committee fait état de 2 594 agents au, et d'une prévision de 3 231 agents en.
Un premier « intelligence service » (service de renseignement) fut fondé auXVIe siècle parFrancis Walsingham, qui déjoua les plans de l'Armada grâce à un réseau d'agents en Espagne. Il semble qu'ensuite il n'y ait eu d'organisation structurée que pendant les périodes de conflits, notamment entre 1789 et 1815. La menace allemande, au début duXXe siècle, explique la naissance d'un service permanent.
Le premier directeur du SIS futMansfield Smith-Cumming, qui omettait souvent le « Smith ». Il avait l'habitude de signer sa correspondance de sa seule initiale « C », écrite à l'encre verte. Cette pratique devint unnom de code, repris par ses successeurs à la tête de l'organisation pour garder l'anonymat[4],[5].
La première épreuve importante pour l'organisation fut laPremière Guerre mondiale durant laquelle elle rencontra un succès mitigé. Le service, qui s'appelait alorsMI1(c), fut incapable de pénétrer l'Allemagne, mais connut néanmoins quelques succès notables enespionnage militaire etcommercial, essentiellement grâce à un réseau d’agents dans les pays neutres, les territoires occupés et laRussie.
Après la guerre, les moyens du MI1(c) furent largement réduits. Vers 1920, il adopta le nom de Secret Intelligence Service (SIS)[8]. Il commença à opérer principalement à travers un système de coopération, parfois contrainte et forcée, avec le servicediplomatique. La plupart desambassades se virent dotées d'unPassport Control Officer, qui était en fait le responsable du SIS pour ce pays. Ceci permit aux agents du SIS de bénéficier d'une couverture et d’une certaine immunité diplomatique, mais le système dura probablement trop longtemps et dans les années1930 ne trompait plus personne.
Dans l'immédiat après-guerre et durant la plus grande partie desannées 1920, le SIS se souciait surtout ducommunisme et de laRussiesoviétique en particulier. Le SIS, outre des opérations d’espionnage plus traditionnelles, soutint et encouragea à la fois les tentatives deSidney Reilly de renversement du régime communiste (qui était vaguement associé au SIS jusqu’à sa capture), ainsi que celles deBoris Savinkov.
A l'approche des élections législatives de 1924, le SIS reçut d'un de ses agents àRiga la « lettre de Zinoviev », attribuée àGrigori Zinoviev, le président de l'Internationale communiste, qui semblait montrer que l'Union soviétique s’apprête à interférer dans les affaires intérieures britanniques afin de favoriser le Parti travailliste. Le SIS la transmit au ministère des Affaires étrangères en insistant qu'elle était authentique. Son contenu fuita et fut publié dans la presse, contribuant à une victoire décisive duparti conservateur. Le consensus des historiens modernes est que la lettre était un faux, probablement fait par des Russes blancs antisoviétiques. L'historienne officielle du ministère Gill Bennett, pense que la lettre fut probablement fuitée au parti conservateur par un membre du SIS[9].
Cumming mourut en 1923 et fut remplacé en tant que « C » par l'amiral Sir Hugh Sinclair (1873-1939), dontleshistoriens[Lesquels ?] s'accordent à dire qu'il fut un directeur nettement moins efficace. Il n’était pas incompétent, mais n’avait pas la force de caractère de Cumming et se révéla incapable d'imposer le respect et l'obéissance à ses troupes de manière aussi efficace que son prédécesseur.
De même que le reste de la communauté de l'espionnage et plus généralement du gouvernement, le SIS tourna son attention durant lesannées 1930 vers l'Allemagne nazie. Son succès fut de nouveau relativement modeste. Bien qu'il fût parvenu à établir des sources relativement fiables au sein du gouvernement et de l’amirauté allemande, ses informations étaient probablement moins complètes que celles fournies par le réseau rival deRobert Vansittart, le sous-secrétaire permanent duForeign Office.
Hugh Sinclair mourut en 1939 et fut remplacé par le lieutenant-colonel SirStewart Menzies (1890-1968) qui futde l'avis général[Qui ?] un directeur très ordinaire. Le SIS ne retrouva pas de directeur à la mesure d’un Cumming avant Sir Dick White (1906-1993), soit après la guerre.
Le SIS commença laSeconde Guerre mondiale par un échec spectaculaire connu sous le nom d'incident de Venlo, durant lequel il fut complètement dupé par des agents duSicherheitsdienst (SD) prétendant être des officiers haut placés de l’armée impliqués dans un complot contreAdolf Hitler. Après une série de rencontres entre les agents du SIS et les « conspirateurs », un rendez-vous fut organisé à Venlo aux Pays-Bas en novembre 1939 où deux agents du SIS furent capturés par un commandoSS. Cet échec ternit considérablement la réputation du service.
Durant le conflit, le SIS fut éclipsé par plusieurs autres initiatives, dont l’effort decryptographie entrepris par laGovernment Code and Cypher School (GC&CS) àBletchley Park, le système de « double-jeu » mis au point par le MI5 afin de fournir des informations erronées aux Allemands, ainsi que le travail des unités de reconnaissance photographique de laRoyal Air Force. Le SIS fut également en concurrence avec leSpecial Operations Executive (SOE), un service créé pour prendre en charge les missions de sabotage pendant le conflit, que le SIS voyait comme tendant à accroître les risques pour ses propres agents.
Le SIS eut cependant des réussites. Son chef Menzies était aussi le directeur nominal de la GC&CS, et a sa part dans les succès de cette organisation. Dans les pays neutres, les postes du SIS dominèrent les services de renseignements ennemis et contribuèrent aux opérations alliées d'intoxication. Dans des territoires occupés, des réseaux de SIS firent des apports importants à la surveillance des côtes dans le nord-ouest de l'Europe, à la surveillance des voies ferrées aux Pays-Bas, aux renseignements sur les armes secrètes allemands, et aux renseignements utiles aux débarquements et à l'avance vers le III. Reich[10].
Le SIS a également aidé à former les différents membres du personnel de l'Office of Strategic Services (OSS) des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale[11].
En1946, le SIS absorba ce qui restait duSpecial Operations Executive. L'organisation fut simplifiée, les unités géographiques et opérationnelles devenant des « sections de production », divisées par régions dirigées par des contrôleurs, eux-mêmes sous l'égide d'un directeur de la production. Les sections de diffusion furent renommées « sections des besoins » (requirements) et furent placées sous le commandement d'un directeur des besoins.
Procès deMohammad Mossadegh, premier ministre iranien renversé avec le concours du SIS en 1953.
Les opérations du SIS contre l'Union des républiques socialistes soviétiques furent fortement compromises par le fait que la section de contre-espionnage (IX puis R5) fut dirigée pendant trois ans parKim Philby qui était une taupe soviétique. Bien que les dégâts occasionnés par Philby aient été limités pendant quelques années par son affectation comme chef d'antenne enTurquie, il devint ensuite officier de liaison avec les services américains à Washington. Il compromit les opérations de déstabilisation de l'Albanie (projet Valuable) menées conjointement par le Royaume-Uni et lesÉtats-Unis sous forme de commandos (lespixies) infiltrés de 1949 à 1951[12]. Philby fut poussé vers la sortie et dut prendre sa retraite en 1951 après que deux de ses camarades descinq de Cambridge,Guy Burgess etDonald Maclean, furent passés à l'Est.
Le SIS participa également aux conflits impliquant le Royaume-Uni. Pendant laguerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire, il mena des opérations de sabotages de navires participant à l'immigration illégale juive[13]. Contre l'insurrection communiste en Malaisie, en 1954 le SIS négocia secrètement avec les autorités thaïlandaises la mise en place d'un centre de renseignement conjoint pour traquer les guérillas qui se réfugieraient en Thaïlande[14]. Pendant l'insurrection de Chypre, un renseignement du SIS permit en 1955 à la Royal Navy d'intercepter la caïqueAyios Georghios transportant des explosifs pour les Chypriotes grecs[15].
Le SIS participa au renversement du gouvernement deMohammad Mossadegh enIran en1953 avec la collaboration de laCentral Intelligence Agency. Il y organisa notamment des attaques terroristes afin d'en accuser les communistes et déstabiliser le pays[16]. En 1956, le SIS fut éclaboussé lorsqu'une opération, non approuvée par le Premier ministre, d'examiner un croiseur soviétique au mouillage à Portsmouth tourna mal et se termina par la disparition du célèbre plongeurLionel Crabb.
Tunnel creusé à Berlin par le SIS et la CIA lors de l'opération Gold de 1955-1956.
Le SIS fit également les frais d'un de ses officiers impliqué dans ses opérations àBerlin, qui avait changé de bord et était devenu agent soviétique pendant sa détention durant laguerre de Corée.George Blake repris son poste au SIS après sa libération à la fin de la guerre, et il fit ensuite partie de l'équipe projetant de faire un tunnel pour mettre sur écoute des câbles de communications soviétiques à Berlin (opération Gold), qui fut donc connu du KGB dès le début. Il fut ensuite posté à Berlin. Blake fut finalement démasqué par le transfugeMichal Goleniewski, traduit en justice pour espionnage puis condamné à 42 ans de prison. Cependant, en 1966, il parvint à s'évader et se réfugier enURSS.
Malgré ces revers, le SIS redevint efficace au cours desannées 1960, grâce à une meilleure sécurité et des infiltrations réussies.Oleg Penkovsky photographia pendant deux ans plusieurs milliers de documents soviétiques, dont les manuels desmissiles de l'Armée rouge qui aidèrent les interprètes photo à reconnaître ledéploiement de missiles SS-4 et des SS-5 àCuba en octobre1962.
Les opérations du SIS contre l'URSS continuèrent pendant la guerre froide. Au milieu desannées 1970, le SIS recruta l'officier du KGBOleg Gordievsky, qui devint par la suiterézidiente (chef de poste) du KGB à Londres, faisant de lui une des plus importantes taupes de l'histoire du KGB. Bien que le KGB ait commencé à suspecter Gordievsky et qu'il fut mis sous surveillance, le SIS parvint à l'exfiltrer de Moscou en 1985.
Depuis 1994, les activités du SIS sont l’objet de l’attention du Comité parlementaire de renseignement et de sécurité (Parliament's Intelligence and Security Committee).
La loi britannique sur les services secrets précise que les individus ne sont pas légalement responsables de leurs agissements commis hors du Royaume-Uni si ceux-ci étaient autorisés par lesecrétaire d'État[17].
Vers la fin desannées 1990, un ancien officier du SIS nomméRichard Tomlinson écrivit ses mémoires. Le SIS tenta d'empêcher la publication, mais le livre est toujours disponible en ligne.
Le,John Scarlett, précédemment directeur duJoint Intelligence Committee, remplaçaitSir Richard Dearlove à la tête du SIS. Scarlett est une personne habituée des écrans de télévision auRoyaume-Uni à la suite de son témoignage dans l'enquête Hutton (relative au décès de l'expert en armementDavid Christopher Kelly accusant le gouvernement britannique d'avoir falsifié le rapport sur lesarmes de destruction massive en Irak). Sa nomination publique était inhabituelle pour ce poste de l'ombre. Par exemple, aucune photographie de son prédécesseur n’est connue en dehors de la photographie de sa remise de diplôme universitaire.
Depuis le, le SIS possède un site web officiel, lequel donne un historique du service, ainsi que des offres de carrière. Les futurs agents sont formés au fort de Monkton près dePorton Down.
Mr. Ashenden, un agent secret pendant laPremière Guerre mondiale, est le héros des nouvelles de l'écrivain britanniqueSommerset Maugham, largement autobiographiques.
James Bond
L'espion de fictionJames Bond travaille pour le MI6 : l’immeuble du SIS figure dans certains des films mettant en vedettePierce Brosnan, et dansSkyfall avecDaniel Craig.Wilfred Dunderdale, véritable espion du MI6, passe pour avoir en partie inspiré le personnage de James Bond du fait de son amitié avecIan Fleming (en réalité, ce dernier s'est beaucoup plus inspiré d'un triple agent,Dusko Popov et de son frère,Peter Fleming, agent du MI6). M est le chef du MI6, tandis que Q est le chef de la section des gadgets.
Le QG du MI6 dans les films de la série a changé de nombreuses fois :
avecPierce Brosnan etDaniel Craig, le MI6 se situe au siège réel du SIS, au bord de laTamise. DansSkyfall, le siège du SIS, attaqué, est déclaré vulnérable, et démoli à la fin de007 Spectre. Le siège est à nouveau déplacé dans le cœur de Londres (voir ligne précédente).
George Smiley
George Smiley, imaginé parJohn Le Carré, est un maître espion au service de renseignement extérieur britannique surnommé « Le Cirque » dans les romans de Le Carré.
Alex Rider
Alex Rider, imaginé par l'écrivain britanniqueAnthony Horowitz, est un jeune garçon de 14 ans travaillant à la solde du MI6. À la mort de ses parents, il est adopté par son oncle, Ian Rider, un agent du MI6. Celui-ci le forme au métier d'espion par des jeux, jusqu'à ce qu'Ian soit assassiné dans l'exercice de ses fonctions (ce qui est caché à Alex). Par la suite Alex est engagé au MI6. C'est Alan Blunt qui dirige cette section et Alex est envoyé en mission parMrs Jones, la chef des opérations spéciales.
Dans les adaptations modernes duSherlock Holmes de Conan Doyle, le frère du héros éponyme travaille pour les services secrets britanniques. Le célèbre détective déclare dans la sérieSherlock, à propos de Mycroft:
« Il est le gouvernement quand il n’est pas trop occupé à être les services secrets britanniques »
Dans l’adaptationElementary, Mycroft Holmes — interprété parRhys Ifans — est un agent du MI6 sous la couverture d’un restaurateur gastronomique ; ce secret sera d'ailleurs source de discorde entre les deux frères, quand les actions de Mycroft conduisent à l'enlèvement de Watson.
L'espion le moins doué de la planète travaille sous les ordres de Pegasus, chef du MI6. Il est interprété parRowan Atkinson.
Richard Blade
Richard Blade, imaginé par l'écrivainJeffrey Lord (collectif d'auteurs franco-américains) est un agent du MI6 aux exceptionnelles facultés physiques et intellectuelles. Il a été recruté par son chef, J, pour participer à un projet invraisemblable, le Programme DX, mis au point par le savant britannique Archibald Leighton.
Strike Back
La sérieStrike Back, suit les activités de la section 20 du MI6 qui déploie ses moyens pour combattre le terrorisme. Les agents les plus efficaces parcourent le globe pour éradiquer les menaces.
Dans cette série policière américaine, l'agent Clayton Reeves est l'agent de liaison du MI6 avec leNCIS dans les saisons 14 et 15. Il décédera à la fin de cette dernière saison.
Doctor Who
Dans l'épisode 1 de la saison 12 de la reprise de Doctor Who , le docteur est convoqué par le MI6 par la suite d'étranges disparitions d'espion dans le monde dues à une activité extra-terrestre. L'épisode est une référence directe à Skyfall, d'où son nom : SpyFall.
Fast & Furious : Hobbs & Shaw
Au début de cespin-off de la série desFast & Furious, le MI6 intervient pour récupérer un virus mortel avant le groupe terroriste Étéon. L'un de ces agents s'injecte le virus et est recherché par tout le pays.
Cherub
Cherub, imaginé par l’auteur Robert Muchamore est une unité du MI6 qui emploie des adolescents orphelins triés sur le volet.
Robert Boucard,Les dessous de l'espionnage anglais, 1929.
Kim Philby,Ma guerre silencieuse, éditions Robert Laffont, 1968. Les mémoires de la célèbre taupe duKGB qui pénétra le MI6.
Roger FaligotLes services spéciaux de sa Majesté, Messidor/Temps Actuels, 1982
Anthony Cave Brown,La guerre secrète (titre original :Bodyguard of Lies), éditions Famot, 1975.
ColonelDavid Smiley,Au cœur de l’action clandestine. Des Commandos au MI6, l’esprit du livre éditions, 2008 (traduction deIrregular Regular - 1994). Les mémoires d'un officier duSOE en Albanie en 1943-44 puis duSOE en Asie du Sud-Est et enfin du MI6 après guerre (Pologne, Albanie, Oman, Yémen). Le colonel David Smiley assura la formation militaire à Malte des commandos albanais (les Pixies) infiltrés soit par la côte, soit par le Nord de l'Albanie.
John Prados,Guerres secrètes de la CIA, Éditions du Toucan, 2008 (traduction deSafe for Democracy: The Secret Wars of the CIA - 2006). Les opérations conjointes de déstabilisation de l'Albanie par le MI6 et la CIA y sont détaillées dans le chapitre 4.