MESSENGER (abréviation de l'anglais :MErcurySurface,SpaceENvironment,GEochemistry andRanging, soit enfrançais « Surface, environnement spatial, géochimie et télémétrie de Mercure ») est une mission d’étude de la planèteMercure de l’agence spatiale américaineNASA qui s'est déroulée de2004 à2015.
Mercure, planète la plus proche du Soleil, est avant la mission quasiment inexplorée :MESSENGER n’a été précédée que par la sondeMariner 10, qui a survolé la planète à trois reprises en 1974 et 1975. La mise en orbite autour de Mercure par vol direct nécessite de pouvoir réduire la vitesse orbitale de la sonde de13km/s, soit142 000km/h. Ainsi, aucune sonde n’avait été placée en orbite autour de Mercure, jusqu’à l’arrivée deMESSENGER. Les progrès de lamécanique spatiale dans les années 1980 et 1990 ont permis de mettre au point des trajectoiresbalistiques et indirectes exploitant l’assistance gravitationnelle des planètes,MESSENGER a exploité ces techniques en recourant à des phases propulsives successives limitées au cours de son transit de sept ans vers la planète Mercure. C'est ainsi qu'en effectuant six survols rapprochés des planètes intérieures (la Terre, Vénus à deux reprises et Mercure à trois reprises), avec quelques corrections de trajectoire intermédiaires, que la masse de carburant embarqué parMESSENGER a été réduite à un peu plus de 50 % de sa masse totale qui ergols compris était de1,1 tonne.
MESSENGER est la septième mission sélectionnée par la NASA dans le cadre de sonprogrammeDiscovery. Celui-ci regroupe des projets d’exploration dusystème solaire à coût modéré et courte durée de développement. La sonde spatiale emporte sept instruments scientifiques : plusieursspectromètres, unaltimètrelaser, unmagnétomètre et des caméras. Les spécifications techniques de la sonde et l’orbite retenue pour la partie scientifique de la mission sont largement dictées par les températures pouvant atteindre350 °C. La sonde effectue ses relevés depuis uneorbite polaire fortement elliptique, de 200 × 15 000 km. L’objectif de la mission est de réaliser unecartographie complète de la planète, d’étudier la composition chimique de sa surface et de sonexosphère, son histoire géologique, samagnétosphère, la taille et les caractéristiques de sonnoyau, ainsi que l’origine de sonchamp magnétique. Les données que la mission a collecté doivent contribuer à affiner la connaissance des mécanismes de formation et d’évolution duSystème solaire.
Lasonde spatiale, lancée le, se place en orbite autour de la planète le. La fin de la mission, fixée initialement à, est repoussée jusqu'en. Lors de la phase finale, la sonde spatiale est placée sur une orbite plus rapprochée qui permet de prolonger la durée d'observation et d'augmenter la résolution des données. La sonde spatiale s'écrase sur le sol de Mercure le, après l'épuisement des ergols qui lui permettaient de se maintenir en orbite.
La mission a fourni un grand nombre d'informations scientifiques. Elle a permis de compléter la couverture photographique de la planète qui a révélé des formations qui n'ont jusqu'à présent pas trouvé d'explications. Par ailleurs, plusieurs découvertes inattendues sur la composition du sol de Mercure ont été effectuées, tandis que le champ magnétique mesuré a confirmé la présence d'un noyau partiellement liquide. Malgré la proximité du Soleil de l'eau stockée sous forme de glace a été détectée dans les régions polaires qui sontplongées en permanence dans l'ombre.
Mercure est une planète difficile à atteindre du fait de sa position dans le puits gravitationnel du Soleil. Aussi,MESSENGER n'est que la deuxièmesonde spatiale à avoir approché Mercure.
Mariner 10 est le seul engin spatial à avoir précédéMESSENGER et survoléMercure à trois reprises en 1974 et 1975. Cette sonde, lancée par la NASA le en direction deVénus, a utilisé pour la première fois l’assistance gravitationnelle d’une planète (Vénus) pour atteindre Mercure, dont le survol n’était pas prévu au lancement. Équipée d’une caméra, d’unmagnétomètre et de plusieursspectromètres,Mariner 10 a notamment permis de découvrir unchamp magnétique significatif et de mesurer la forte densité de la planète, deux facteurs révélateurs d’unnoyau ferreux de grande taille. Lestélescopes terrestres les plus puissants n’avaient pas permis d’obtenir des images de qualité de la surface, du fait de la proximité de l’alignement avec le Soleil. Les photos prises parMariner 10 ont permis de cartographier près de 45 % de la surface de la planète, avec une résolution d’environ 1 km, et révéler une surface ancienne, couverte de cratères, à l’apparence très proche de celle de la Lune[nasa 2].
Aucune mission ne s’est depuis rendue sur Mercure. En effet, la mise en orbite autour de la planète d’une sonde spatiale nécessite de faire face à deux difficultés que seules des évolutions relativement récentes de la techniqueastronautique ont permis de surmonter. Pour se placer en orbite autour de Mercure en suivant une trajectoire directe, une sonde lancée depuis la Terre doit, en vol direct (orbite de Hohmann), réduire fortement savitesse orbitale (de13km/s, pour un départ depuis une orbite à 300 km de la surface de la Terre, vers une orbite à 200 km de la surface de Mercure), sans compter l'énergie nécessaire pour se placer dans leplan orbital de Mercure, qui est incliné de 7° par rapport à l’écliptique[1]. Le recours à une trajectoire directe est donc particulièrement coûteux. Au milieu des années 1980, les progrès dans le domaine de lamécanique spatiale rendent ce type de mission réalisable à un coût raisonnable, grâce à un enchainement de manœuvres d’assistance gravitationnelle. La proximité du Soleil constitue la deuxième difficulté d’une mission vers Mercure : une sonde orbitant autour de la planète reçoit onze fois plus d’énergie du Soleil que lorsqu’elle se situe sur une orbite terrestre, et le sol de Mercure sur sa face éclairée réfléchit une grande partie de la chaleur qu’il reçoit du Soleil, accroissant les contraintes thermiques subies par un engin croisant à basse altitude.
Le lancement par la NASA, en 1992, duprogrammeDiscovery, dont l’objectif est la mise sur pied de missions scientifiques à coût modéré permettant un rythme de lancement rapide, ouvre de nouvelles opportunités pour les projets d’exploration du système solaire. Pour le premier appel à candidatures de 1994, deux propositions de mission sur 28 ont pour thème l’exploration de Mercure, mais ce sont les missionsCONTOUR,Genesis,Stardust etLunar Prospector qui sont pré-sélectionnées. Pour l’appel à candidatures suivant, en, une mission vers Mercure passe le stade des pré-sélections, mais n’est finalement pas retenue. Le même scénario de mission vers Mercure est de nouveau proposé pour l’appel à idées de, avec quelques changements dans la charge utile scientifique embarquée : ce projet réussit à franchir les étapes de sélection, et est désigné comme la septième mission du programmeDiscovery. Le lancement est prévu pour, avec une fenêtre de lancement de secours en[jhuapl 1]. Le coût de la mission est alors estimé à 286 millions de dollars. Le laboratoireAPL de l’Université Johns-Hopkins est retenu pour la construction de la sonde spatiale. Le responsable scientifique de la mission est Sean C. Solomon duCarnegie Institution of Washington[nasa 3]. Contrairement àMariner 10, qui n’a fait que survoler la planète avec des temps d’observation très courts,MESSENGER doit se placer en orbite autour de Mercure et recueillir des données durant au moins un an. La sonde emporte une instrumentation scientifique plus diversifiée et offrant des performances sans commune mesure avec celles de son prédécesseur : ainsi, la résolution d’une de ses caméras est 100 fois meilleure que celle deMariner 10. Le nom retenu pour la sonde,MESSENGER, fait référence au fait queMercure était le messager (MESSENGER en anglais) des dieux dans lamythologie romaine.
Schéma 1 Assistance gravitationnelle : V1 = vitesse de la sonde avant le survol de la planète, V2 = Après le survol, Vh1 = vitesse orbitale par rapport au Soleil avant le survol de la planète, Vh2 = après le survol.
La phase de conception deMESSENGER débute en et s’achève en avec la Revue critique de conception (Critical Design Review, CDR), qui permet le lancement de la phase de développement. Le début de mission est alors encore planifié pour, avec desfenêtres de lancement de substitution situées en mai et juillet/. L’assemblage et les tests de la structure et du système de propulsion débutent en. Durant l’été 2003, on découvre que plusieurs sous-systèmes ne respectent pas le cahier des charges, notamment lacentrale à inertie et certaines cartes électroniques. Les responsables du projet décident de remplacer les cartes défaillantes, au prix d’un glissement de la date de lancement à. Puis, les tests fonctionnels s’avèrent plus compliqués que prévu, car les concepteurs de la sonde ont raffiné les modes de fonctionnement autonomes pour s’assurer queMESSENGER ne sera pas exposée au Soleil plus de quinze minutes en cas de défaillance du système decontrôle d’attitude. En, la NASA décide de repousser le lancement en août pour pouvoir mener à bien les tests et éviter des conflits avec d’autres lancements programmés sur la même période. Un lancement à cette date permettait initialement une arrivée sur Mercure en, après un survol de la Terre, deux de Vénus et deux de Mercure. Mais durant la phase de développement,MESSENGER a pris du poids, et elle n’est plus en mesure de se mettre en orbite de Mercure en suivant cette trajectoire : il faut ajouter un survol de Mercure au plan prévu, ce qui repousse l’arrivée à[jhuapl 1].
De gauche à droite, à l’échelle, les quatre planètes intérieures du système solaire : Mercure, Vénus, la Terre et Mars.Mercure photographiée parMESSENGER le 14.
Mercure est une des quatre planètes intérieures, avecVénus, la Terre etMars. Par rapport à ces dernières, elle présente des caractéristiques extrêmes : c’est à la fois la plus petite de ces planètes, la plus dense, celle dont la surface est la plus ancienne. Étant la plus proche du Soleil, Mercure est la planète qui présente les contrastes thermiques quotidiens les plus importants. Cette planète a été uniquement survolée à trois reprises parMariner 10, la dernière fois en 1975, et est donc pratiquement inexplorée. Une bonne connaissance de cette planète, la plus proche duSoleil, est essentielle pour améliorer notre compréhension de la genèse dusystème solaire et de son évolution[jhuapl 3].
La missionMESSENGER doit répondre principalement à six questions :
les planètes intérieures sont constituées d’unnoyau dense, riche en fer, entouré d’unmanteau rocheux, composé principalement de silicates ferreux et demagnésium, surmonté d’unecroûte composée de minéraux moins denses. La densité de chaque planète découle de la taille de son noyau ferreux, beaucoup plus dense. Mercure est particulièrement dense, ce qui semble indiquer que le noyau est proportionnellement deux fois plus important que sur les autres planètes intérieures, et qu’il s’étend sur 75 % du rayon de la planète. Trois théories peuvent expliquer cette composition. L’étude de la composition de la surface de Mercure à l’aide de spectromètres devrait permettre de trancher[jhuapl 4] ;
Mariner 10 n’a photographié que 45 % de la superficie de la planète.MESSENGER devrait réaliser une couverture photographique de 98 % de celle-ci. La surface de Mercure apparait ancienne et couverte de cratères, comme celle de la Lune. Des plaines, de formation plus récente, s’étendent entre des cratères plus anciens. Les plaines sont, selon plusieurs indices, d’origine volcanique. Les formations les plus spectaculaires, à la surface de la planète, sont des falaises arrondies qui atteignent à certains endroits plus d’un kilomètre de haut, et s’étirent sur plusieurs centaines de kilomètres de long. Ces reliefs se sont formés, selon les hypothèses actuelles, lorsque Mercure s’est refroidie en se contractant. Les différents instruments embarqués à bord de MESSENGER doivent permettre d’obtenir des images détaillées des formations de surface, et préciser la topographie et lacomposition minéralogique des roches de la surface. Le rapprochement de la topographie et des caractéristiques du champ de gravité de Mercure devraient permettre de reconstruire l’histoire géologique de la planète[jhuapl 5] ;
Mercure est la seule planète intérieure, avec la Terre, à disposer d’un champ magnétique global, et donc d’une magnétosphère.Mariner 10, qui avait détecté ce champ, ne disposait pas d’une instrumentation permettant d’en préciser la force et les caractéristiques détaillées. Ce champ magnétique est sans doute généré par les mouvements d’une fraction du noyau qui subsiste à l’état liquide, mais cette hypothèse reste à confirmer[jhuapl 6] ;
une partie du noyau de Mercure est liquide, mais on ignore dans quelle proportion et pour quelles raisons. Compte tenu du temps écoulé depuis la formation de Mercure, un noyau constitué uniquement de fer fondu se serait solidifié du fait de la température de fusion très élevée de ce métal ; toutefois, la présence d’une faible fraction de soufre (par exemple) qui abaisserait la température de fusion, pourrait expliquer la présence d’un noyau encore en partie liquide. La partie liquide du noyau entraîne un mouvement delibration de Mercure. La mesure de l’amplitude de ce mouvement par l’altimètre laser, combinée avec les mesures duchamp de gravité, doit fournir des données sur la taille et la structure du noyau de Mercure[jhuapl 7] ;
l’axe de rotation de Mercure est pratiquement perpendiculaire au plan orbital de la planète. Aussi, le rayonnement solaire est, dans les régions polaires, pratiquement parallèle au sol. Dans ces conditions, il existe à l’intérieur de certains des plus grands cratères de cette région des zones situéesen permanence à l’ombre, et donc très froides. Il a été constaté que l’intérieur de ces cratères réfléchit fortement les ondes des radars émises depuis la Terre. Ces phénomènes de réflexion sont analogues à ceux constatés lors des observations radar de la calotte polaire martienne et des satellites de Jupiter couverts de glace. La présence de glace d’eau stable à faible proximité du Soleil constituerait un phénomène étonnant, mais qui reste à confirmer. Toutefois, des cratères situés à des latitudes relativement basses (jusqu’à 72°N) réfléchissent de la même manière les ondes radar, ce qui semble invalider l’hypothèse de la présence de glace d’eau ; mais il n’est toutefois pas impossible que, sur des périodes courtes (quelques millions d’années), ces cratères puissent contenir des dépôts de glace résultant d’impacts de comètes. Mais les réflexions radar pourraient être également liées à d’autres types de matériau :soufre, certainssilicates. Le spectromètre à neutron embarqué par MESSENGER devrait permettre de trancher[jhuapl 8] ;
Mercure dispose d’une atmosphère extrêmement ténue par rapport aux autres planètes intérieures : elle est, à ce titre, qualifiée d’exosphère. Septéléments chimiques ont été jusqu’à présent identifiés par MESSENGER, au cours de ses survols : l’hydrogène, l’hélium, l’oxygène, lesodium, lepotassium, lecalcium et lemagnésium. Les éléments composant l’exosphère de Mercure s’échappent de manière constante vers l’espace interplanétaire, et sont donc reconstitués par des processus qui sont à identifier. Levent solaire est une source relativement abondante d’atomes d’hydrogène et d’hélium. Lesmétéorites et lescomètes qui s’écrasent sur le sol de la planète, ainsi que les roches de surface, sont sans doute à l’origine des autres composants. Différents processus peuvent être à l’œuvre. MESSENGER doit déterminer la composition de l’exosphère à l’aide de ses spectromètres. Le rapprochement de ces données avec la composition des roches de surface doit permettre de déterminer les processus de formation de l’exosphère[jhuapl 9].
MESSENGER est une sonde spatiale interplanétaire de 1,1 tonne, de relativement petite taille, ce qui résulte à la fois de la disposition ramassée de ses composants et de la modestie de son budget. Lapartie centrale deMESSENGER a la forme d’un parallélépipède allongé (1,27 m × 1,42 m × 1,85 m). Sa structure engraphite /epoxy est constituée de deux panneaux verticaux, qui supportent les deux réservoirs de carburant, et de deux panneaux verticaux perpendiculaires, auxquels est accroché le réservoir decomburant. Un panneau horizontal coiffe ces quatre panneaux, et sert de support au propulseur principal (LVA), aux propulseurs auxiliaires et à leurs réservoirs, au réservoir d’hélium, auxviseurs d'étoiles et à la batterie. Un pare-soleil semi-cylindrique entoure la partie de la sonde tournée vers le Soleil. Réalisé dans un tissu en fibre de céramique, il est tenu par une armature tubulaire solidaire du bus. Deuxpanneaux solaires s’articulent latéralement sur la partie centrale de la sonde, et débordent latéralement dubouclier thermique. La partie inférieure de la sonde, qui fait face à la planète, lorsqu’elle est en orbite autour de Mercure, abrite cinq des sept instruments scientifiques : certains d’entre eux sont installés au milieu de l’adaptateur utilisé pour fixerMESSENGER à son lanceur. Enfin le mât, long de 3,6 mètres, qui porte à son extrémité lemagnétomètre, s’étend à l’opposé de la direction du Soleil (cf.schéma 3 et4)[jhuapl 9].
MESSENGER eststabilisé sur trois axes, c’est-à-dire que son orientation est maintenue fixe sur ses trois axes[N 1]. Le système de contrôle de l’orientation est similaire à celui de la sondeNEAR Shoemaker. L’orientation et le déplacement de la sonde sont déterminés grâce à deuxviseurs d'étoiles, unecentrale à inertie (IMU) et six senseurs solaires. La centrale à inertie, qui détermine les accélérations linéaires sur les trois axes, ainsi que les changements de vitesse radiale, comporte troisaccéléromètres et troisgyroscopes. Ceux-ci fournissent une double redondance. Les accéléromètres ne sont activés que pour les phases propulsées. Le contrôle de l’orientation de la sonde est assuré par un des deuxviseurs d'étoiles, le deuxième étant activé en secours. Le viseur d'étoiles prend, cinq fois par seconde, une image des étoiles, pour détecter toute déviation, tandis que les gyroscopes fournissent des données 100 fois par seconde sur les changements de vitesse radiale. Les cinq senseurs solaires, dont quatre sont installés sur le pare-soleil, fonctionnent en permanence et sont utilisés en cas de désorientation importante de la sonde. Leur champ visuel cumulé assure une couverture de 99 % de l’enveloppe. Les corrections d’orientation sont effectuées grâce à quatreroues de réaction et à dix propulseurs mono-ergol de 4 newtons de poussée. Normalement, les roues de réaction, qui sont redondantes, assurent seules les corrections. Les petits moteurs-fusées sont utilisés durant les phases propulsées, pour désaturer les roues de réaction, et dans des situations d’urgence[2],[jhuapl 14].
Le pare-soleil visible ici sera constamment tourné vers le Soleil pour protéger la sonde de températures de plusieurs centaines de degrés atteintes au niveau de l’orbite de Mercure.
Pour protéger la sonde des températures rencontrées au niveau de l’orbite de Mercure, celle-ci dispose d’un pare-soleil composé d’un tissu decéramiqueNextel et de plusieurs couches deKapton recouvert d’aluminium. L’orientation de la sonde est contrôlée de manière que le pare-soleil s’interpose en permanence entre l’astre et la partie centrale de la sonde. Plusieurs équipements accrochés au pare-soleil, du côté tourné vers l’astre, reçoivent des protections thermiques spécifiques : quatre senseurs solaires, une des deux antennes grand gain, une antenne faible gain. La protection passive du pare-soleil suffit à maintenir la sonde dans une plage de températures acceptable. Des systèmes de régulation thermiques actifs permettent également d’évacuer la chaleur excédentaire, produite par les différents appareillages électroniques, vers des radiateurs montés sur les flancs de la sonde, à l’abri du pare-soleil. Des résistances sont incorporées aux différents composants, pour maintenir une température minimale au cours de la première partie du voyage, lorsque la sonde est encore éloignée du Soleil, et durant les éclipses provoquées par l’interposition de Mercure. Enfin, desisolants multicouches et des joints à faible conductivité sont également utilisés pour maintenir les températures dans les limites de fonctionnement[jhuapl 10].
L’électronique du bord est concentrée dans deux boîtiers IEM (Integrated Electronics Modules) dont l’un assure la redondance de l’autre. Chaque boîtier contient 5 cartes électroniques[3],[jhuapl 15] :
la carte d’interface, recevant les données montantes des transpondeurs (télécommunications), décode certaines commandes, prépare et envoie aux transpondeurs les données télémétriques, héberge l’horloge, et contient une interface série à haut débit, qui assure les transferts de données des caméras ;
la carte portant le processeur principal (MPMain Processor). Il s’agit d’unmicroprocesseurRAD6000. Celui-ci envoie les commandes non critiques aux différents sous-systèmes concernés, détermine l’orientation de la sonde et envoie éventuellement des commandes de correction, collecte les données scientifiques, les retravaille et les stocke, envoie les données télémétriques, et exécute les séquences d’opérations programmées ;
une carte portant un processeur activé en cas de défaillance de la sonde. Il s’agit également d’un RAD6000. Celui-ci surveille constamment les données qui circulent, en particulier celles qui transitent dans le bus utilisé par les composants du système contrôle d’orientation (senseurs, IMU…) ;
une carte portant unemémoire de masse de huitgigaoctets qui est utilisée pour stocker les données entre deux transferts vers la Terre ;
Les communications vers la Terre se font enbande X. Deuxantennes réseau à commande de phase à grandgain permettent d’orienter, sans pièce mobile, un faisceau étroit de 45° de part et d’autre de sa position médiane dans le plan perpendiculaire à l’axe de la sonde. Ces antennes autorisent un grand débit, qui permet de transmettre 100 kilobits de données par seconde (liaison descendante). L’une de ces antennes est installée sur le pare-soleil, l’autre sur la face de la sonde située à l’opposé. Quatre antennes faible gain sont utilisées pour la réception de commandes envoyées depuis la Terre (liaison montante), l’envoi dedonnées sur le fonctionnement de la sonde et comme système de secours lorsque la liaison à haut débit ne fonctionne pas. Les opérateurs peuvent transmettre des commandes au rythme de 7,8 à 500 bits par seconde[jhuapl 16].
La sondeMESSENGER embarque sept instruments scientifiques auquel s’ajoute le système de télécommunications qui est utilisé pour les mesures du champ de gravité.
L’instrument GRNS (Gamma-Ray and Neutron Spectrometer) combine unspectromètre àrayons gamma et un spectromètre àneutrons qui fournissent des données permettant de déterminer la composition de la surface de Mercure. Le spectromètre gamma GRS (Gamma-Ray Spectrometer) mesure lerayonnement gamma émis par lesnoyaux des atomes de la surface de Mercure lorsqu’ils sont frappés par desrayons cosmiques. Chaque élément atomique a sa propre signature, et le GRS devrait permettre de fournir des informations sur des éléments géologiquement importants, comme l’hydrogène, lemagnésium, lesilicium, l’oxygène, lefer, letitane, lesodium et lecalcium. Il pourrait également détecter des éléments naturellementradioactifs, tels que lepotassium 40, lethorium et l’uranium. Le spectromètre à neutrons NS (Neutron Spectrometer) détecte lesneutrons rapides et thermiques (lents) émis par la surface de Mercure frappée par les rayons cosmiques. Les neutrons thermiques sont produits par la rencontre d’un neutron rapide avec un atome d’hydrogène. Le ratio entre le nombre de neutrons thermiques et celui de neutrons rapides permet d’estimer la quantité d’hydrogène, éventuellement piégée dans des molécules d’eau, ainsi que d’autres éléments[jhuapl 18].
Lemagnétomètre MAG doit effectuer des mesures tridimensionnelles du champ magnétique autour de Mercure, permettant d’en préciser la force et les variations en fonction de l’altitude et de la position au-dessus de la planète. Les données recueillies jouent un rôle essentiel pour déterminer la source de ce champ magnétique. Le senseur est monté au bout d’un mât de 3,5 mètres pour le maintenir à l’écart du champ magnétique généré par la sonde. Un petit pare-soleil le protège lorsque la sonde doit s’incliner pour mettre en œuvre les autres instruments scientifiques, ce qui expose le senseur au Soleil. Les mesures sont prises à un intervalle compris entre 50 millisecondes (aux limites de la magnétosphère)[5].
L’instrument MACS (Mercury Atmospheric and Surface Composition Spectrometer) combine un spectromètre ultraviolet et un spectrographe infrarouge. Le spectromètre ultraviolet et visible UVVS (Ultraviolet and Visible Spectrometer) doit déterminer la composition et la structure de l’exosphère (c’est-à-dire l’atmosphère de faible densité) qui entoure la planète, et étudier les émissions degaz neutres. Il doit également rechercher et mesurer les ions atmosphériques. Les données collectées doivent permettre de déterminer les processus qui génèrent et renouvellent l’atmosphère, ainsi que la relation entre la composition de l’atmosphère, celle de la surface, la dynamique des matériaux volatils sur Mercure et près de Mercure, et la nature des matériaux réfléchissants situés aux pôles. La résolution spatiale de l’instrument est de 25 km. Le spectrographe fonctionnant dans le visible et l’infrarouge, VIRS (Visible and Infrared Spectrograph), doit permettre de mesurer l’abondance de minéraux, tels que lefer et lessilicates comprenant dutitane situés en surface, tels que lepyroxène, l’olivine et l’ilménite. La meilleure résolution du senseur est de 3 km à la surface de Mercure[jhuapl 21].
Spectromètres à particules énergétiques et à plasma (EPPS)
Les spectromètres à particules énergétiques (EPS) et à plasma (FIPS) EPPS.
L’instrument EPPS (Energetic Particle and Plasma Spectrometer) est composé de deux instruments chargés de mesurer les caractéristiques et la composition des particules chargées dans la magnétosphère et sur son pourtour. Le spectromètre à particules énergétiques EPS (Energetic Particle Spectrometer), situé sur la partie supérieure de la plate-forme, doit étudier les ions et les électrons accélérés dans la magnétosphère. L’instrument mesure le spectre énergétique et l’angle d’incidence des particules sur un champ observable de 160° × 12°. L’instrument FIPS (Fast Imaging Plasma Spectrometer), monté sur le côté de la plate-forme, permet d’étudier les ions à faible énergie venant de la surface de Mercure et de son atmosphère, les atomes ionisés arrachés par le vent solaire et les autres composants du vent solaire[jhuapl 22].
Le système de télécommunications n’est pas un équipement scientifique à proprement parler, mais les émissions radio sont utilisées pour mesurer avec précision, pareffet Doppler, la vitesse et la distance entre MESSENGER et la Terre. Les changements constatés dans la trajectoire de la sonde en orbite, dus aux variations de densité de l’intérieur de la planète, combinés avec les mesures de l’altimètre laser, permettent de déterminer la taille et les caractéristiques du noyau de Mercure[jhuapl 23].
La sonde est lancée le à6 h 16UTC par unefuséeBoeingDeltaII de la base deCap Canaveral, enFloride, après un ultime retard de 24 heures provoqué par unetempête tropicale. Conséquence du changement de fenêtre de lancement intervenu à la suite des retards accumulés durant le développement, la sonde doit entamer son périple par une première boucle autour du Soleil, au niveau de l’orbite de la Terre, alors que selon les plans initiaux, elle devait plonger en direction du Soleil. Or, la sonde est, du point de vue thermique, optimisée pour des conditions de température élevée, et les panneaux solaires, à la surface réduite, peuvent tout juste, à cette distance, fournir le minimum requis pour maintenir la sonde en état de fonctionnement, en particulier faire fonctionner les radiateurs chargés de maintenir les équipements à une température minimale. Pour faire face à cette situation, l’orientation de la sonde est inversée, c’est-à-dire que le pare-soleil est tourné dans la direction opposée au Soleil, pour permettre à celui-ci de réchauffer les composants. Durant les 2 ans qui vont suivre, cette orientation est adoptée à plusieurs reprises, avant d’être abandonnée en, lorsque la sonde s’est suffisamment approchée du Soleil. Une première correction de trajectoire (Trajectory Correction Maneuvers, TCM) est effectuée[jhuapl 12],[2],[jhuapl 24].
La sonde MESSENGER survole laTerre le, à 2 347 kilomètres d’altitude. L’assistance gravitationnelle fournie par la planète permet à la sonde de plonger vers l’intérieur du système solaire. Le vaisseau prend à cette occasion plusieurs photos de la planète en s’en éloignant (voir galerie ci-dessous)[jhuapl 25].
La Terre photographiée par MESSENGER durant son survol à basse altitude en.
La Terre et la Lune photographiées par la caméra grand angle d’une distance de 183 millions de kilomètres.
Il s’écoule 14 mois entre le survol de la Terre et le premier passage près de Vénus. Durant ce trajet, cinq corrections de trajectoire sont effectuées, dont l’une utilise pour la première fois le propulseur principalDSM 1 (Deep SpaceManeuver 1)[jhuapl 12].Vénus est atteinte le, et la sonde la survole à 2 987 km. Cette manœuvre s’effectue dans des conditions complexes : uneconjonction du Soleil de 30 jours (le Soleil s’interpose entre la sonde et la Terre) a débuté, rendant les communications difficiles, et une éclipse du Soleil de 56 minutes débute peu avant le survol. Dans ces conditions, les responsables de la mission renoncent à toute collecte de données scientifiques à l’occasion du survol[jhuapl 26].
Sur son trajet en direction de Mercure, la sonde effectue une seule correction importante avec la propulsion principale (DSM-2). La sonde connait une nouvelle conjonction solaire, d’une durée particulièrement longue, entre le et le, qui prive pratiquement de communication l’équipe à terre.
Lors de son deuxième survol de Mercure, toujours à 200 km de sa surface, le, la sonde prend plus de 1 200 clichés[6] haute résolution de la face inconnue de la planète, couvrant ainsi 30 % de sa surface[6],[jhuapl 31]. Après le troisième et dernier survol de Mercure, qui se déroule le, seule 2 % de la surface de la planète, au niveau des pôles, reste à photographier[jhuapl 32].
La première photo à haute résolution prise par la caméra grand angle de MESSENGER.
Plaines photographiées par MESSENGER durant le troisième survol de Mercure.
Une image d’une partie de la planète jusque-là non photographiée.
Le cratère Oskison situé dans l’hémisphère nord.
Cratères envahis par la lave et plaines d’épanchement d’anciens volcans.
Mercure effectue une rotation sur elle-même (jour sidéral) en 58,7 jours terrestres. Par ailleurs, en raison de la proximité du Soleil, Mercure décrit une orbite autour de celui-ci en seulement 88 jours terrestres. Il en résulte qu’unjour solaire, c’est-à-dire la durée entre deux retours successifs du Soleil au méridien local, dure 176 jours terrestres. Au cours de la durée nominale de la mission (une année terrestre),MESSENGER, qui circule sur un plan orbital fixe dans un repère inertiel, et donc en rotation par rapport à la direction du Soleil, va voir défiler seulement deux fois le même terrain sous ses instruments. La première de ces « journées mercuriennes » est consacrée à une cartographie de l’ensemble de Mercure, tandis que la deuxième journée sera dédiée à des observations plus ciblées[nasa 2],[jhuapl 37].
Pour chaque orbite de 12 heures, la sonde consacre 4 heures au recueil de données scientifiques puis, après avoir modifié son orientation pour pointer son antenne vers la Terre, transmet durant 8 heures les données collectées vers les stations terrestres. La séquence des opérations à exécuter par les instruments scientifiques, qui comprend des dizaines de milliers de commandes, est transmise une fois par semaine à la sonde depuis la Terre, après avoir été testée et validée. En cas d’anomalie de fonctionnement d’un instrument ou si le réseau d’antennes sur Terre a perdu une partie des données transmises par la sonde, des modifications dans le déroulement des opérations peuvent être apportées très rapidement[nasa 5].
En, la NASA annonce que la mission d'étude de Mercure, dont la durée initiale était d'un an, est prolongée d'une nouvelle année, jusqu'en. Durant cette deuxième phase de la mission, la sonde passe plus de temps à faible distance de la planète pour permettre de poursuivre des objectifs scientifiques élargis et d'effectuer des observations plus ciblées. Cette phase est utilisée pour étudier les réactions de l'environnement de Mercure à l'accroissement de l'activité solaire en cours. Six nouveaux objectifs découlant des observations effectuées depuis queMESSENGER s'est placée en orbite autour de la planète[jhuapl 38], sont identifiés :
quelle est la source des éléments volatils de Mercure ? ;
jusqu'à quand Mercure a-t-elle eu une activité volcanique ? ;
comment la topographie a-t-elle évolué dans le temps ? ;
quelle est l'origine des zones de plus forte densité de l'exosphère ? ;
comment le cycle solaire modifie-t-il l'exosphère de Mercure et les déplacements des éléments volatils ? ;
quelle est l'origine des électrons énergétiques de Mercure ?
Le changement d'orbite intervient entre le 16 et. Seul l'apogée (le point le plus éloigné de l'orbite) est modifié : il est ramené de 14 700 km à 10 300 km, ce qui permet à la sonde de boucler trois orbites par jour au lieu de deux. Ce changement permet aux scientifiques de bénéficier d'un accroissement de 50 % des données collectées par les instruments (ceux-ci ne fonctionnent que lorsque la sonde est proche de Mercure). La nouvelle orbite permet d'accroitre la qualité des données fournies pour les latitudes septentrionales par les spectromètres chargés d'analyser la surface de Mercure, de multiplier les mesures d'altitude effectuées par l'altimètre laser dans ces régions et de réaliser des images de l'hémisphère sud monochromes et multispectrales, avec unerésolution accrue. Sur sa nouvelle orbite, la sonde dispose de moins de temps pour évacuer la chaleur reçue lors de son passage à faible distance de Mercure, mais les calculs et l'expérience acquise ont démontré que l'impact se limitait à une augmentation de5°C de quelques équipements, qui restaient dans la limite de leurs conditions de fonctionnement[jhuapl 39].
Carte en fausses couleurs de Mercure mettant en évidence les différences de composition des roches de surface.
En, une deuxième extension de mission est décidée, qui doit notamment répondre aux questions suivantes[jhuapl 40]:
quels sont les processus actifs et récents qui modifient la surface de la planète ? ;
comment les tensions dans la croûte ont évolué avec le temps ;
comment la composition des matériaux volcaniques a-t-elle évolué avec le temps ? ;
quelles sont les caractéristiques des matériaux volatils stockés dans la région du pôle nord ? ;
quelles sont les répercussions des précipitations d'ions et d'électrons énergétiques sur le sol de Mercure ? ;
comment l'exosphère et la magnétosphère de Mercure réagissent-elles dans les cas de vent solaire fort durant ou juste après le maximum solaire ? ;
obtenir de nouveaux éléments sur l'évolution de la température et de la croûte de Mercure grâce aux mesures à forte résolution réalisées à basse altitude.
En, la trajectoire des comètes2P/Encke etISON les fait passer à portée de la sonde spatiale, ce qui permet aux instruments de celle-ci de réaliser des observations de qualité[jhuapl 41]. En, MESSENGER transmet sa 200 000e photo, alors que l'objectif fixé était la réalisation de 2 000 photos[jhuapl 42]. Lors de la discussion du budget de la NASA qui a lieu début 2014, l'extension de la mission jusqu'à épuisement du carburant en est remise en cause par les réductions budgétaires proposées par la NASA. Finalement, une ligne budgétaire plus importante que prévu pour les sciences planétaires permet de mener la mission de MESSENGER jusqu'à son terme.
Évolution de l'orbite deMESSENGER (altitude et latitude périgée) et manœuvres destinées à relever l'orbite (notées OCM) durant la dernière phase de la mission.
Le, les moteurs de la sonde spatiale sont mis à feu pour modifier l'orbite, de manière que le point le plus bas prenne une valeur comprise entre 25,4 et 184,4 km. Le, une nouvelle manœuvre est effectuée avec un delta-v de9,67m/s pour relever le périgée de l'orbite de25,7 à 105,1km[jhuapl 45]. La campagne d'observation à basse altitude permise par cette orbite basse permet de déterminer que le refroidissement de Mercure se poursuit actuellement, car certains escarpements générés par ce processus remontent à moins de50 millions d'années. Des images prises à faible distance des dépôts de glace observés aux pôles dans les zones des cratères plongées en permanence dans l'ombre montrent que certains dépôts sont récents, sans que le processus impliqué puisse être identifié[jhuapl 46]. Alors que les réserves d'ergols s'épuisent, les responsables de la mission décident de réaliser une série de manœuvres plus risquées mais moins coûteuses en carburant. La première des cinq manœuvres est réalisée le et permet de relever à 35,4 km le périgée, qui était tombé à 11,6 km. La deuxième manœuvre a lieu le[jhuapl 47].MESSENGER s'estécrasé sur lesol deMercure après avoir épuisé ses ergols le à19 h 26, en creusant selon les calculs un cratère d'impact de 16 mètres de diamètre au nord du cratèreShakespeare[jhuapl 48],[nasa 6].
Trajectoire et site d'impact de la sondeMESSENGER à la surface de Mercure le 30 avril 2015 selon les projections de l'équipe projet.
MESSENGER - Images: la première image prise par la sonde (29 avril 2011) et la dernière (30 avril 2015).
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète.Votre aide est la bienvenue !Comment faire ?
Les données collectées par le spectromètre à neutrons lors du survol de Vénus ont été utilisées en 2020 pour calculer la demi-vie dedésintégration du neutron libre[8]. La valeur obtenue, bien que sujette à une incertitude nettement plus élevée que d'autres méthodes de mesures, est considérée par ses auteurs comme une preuve de l'intérêt d'effectuer une nouvelle fois l'expérience avec un instrument en orbite et non en simple survol[8].
Données collectées au cours des survols de 2008 et 2009
Les trois survols de Mercure effectués en 2008 et 2009 ont déjà permis, malgré la brièveté du temps d’observation, de collecter de nombreuses données exploitables sur le plan scientifique. La couverture photographique de la planète, qui était de 45 % avant le lancement deMESSENGER, atteint 98 % après les trois survols. Deux zones situées au niveau de chaque pôle restent à photographier. Toutefois, parmi les prises de vue effectuées durant les survols, certaines ont été réalisées dans des conditions d’éclairage qui ne sont pas idéales pour mettre en évidence la topographie. Les photos prises ont fourni des aperçus des formations les plus remarquables de Mercure, comme les escarpements, hauts parfois de plusieurs kilomètres qui s’allongent sur des centaines de kilomètres, et les bassins d’impact entourés d’anneaux concentriques. Contrairement à la Lune et à Mars, le relief des grandes régions de Mercure ne présente pas de dissymétrie particulière. L’analyse de l’exosphère de Mercure au cours des trois survols successifs a permis de constater que ses caractéristiques variaient fortement en fonction de la pression solaire, ces variations étant elles-mêmes induites par l’orbite à forte excentricité de Mercure. Le troisième survol a confirmé l’abondance particulière dutitane et dufer à la surface de la planète, en contradiction avec les prévisions des scientifiques. La sonde a pu mesurer que lechamp magnétique est de type dipolaire et est parfaitement aligné avec l’axe de rotation de la planète, ce qui constitue un élément important dans la détermination de l’origine du magnétisme de Mercure[jhuapl 49],[jhuapl 50].
Données collectées durant le séjour en orbite autour de Mercure ( - )
Détail des structures brillantes observées à la surface de Mercure (21 mètres/pixel).
Fin 2011, alors que les trois quarts de la durée de la mission primaire sont écoulés, la sonde MESSENGER, qui fonctionne jusque-là sans incident notable, a fourni de nouveaux éclairages sur Mercure dans plusieurs domaines :
fin, 60 000 photographies ont été prises des principales formations situées à la surface de Mercure. La couverture photographique de la planète est désormais de 99 %. Des photographies énigmatiques de dépôts brillants situés au fond de certains cratères avaient été prises lors des survols deMESSENGER qui avaient précédé sa mise en orbite. De nouvelles photos, prises avec une résolution allant jusqu'à 10 mètres par pixel, ont révélé qu'il y avait à ces emplacements des groupes de cavités, dépourvues de lèvres, d'une taille variable comprise entre quelques centaines de mètres et plusieurs kilomètres. Ces formations sont souvent entourées de halos de matériaux hautement réfléchissants et sont généralement associées à des roches éjectées par le processus de formation de cratères : on les trouve ainsi sur les lèvres des cratères, les pics centraux et les anneaux de pics. Ces formations, qui comptent parmi les plus récentes et les plus brillantes présentes sur la planète, n'avaient jamais été observées auparavant sur aucune autre planète ou lune du système solaire. L'origine de ces dépressions n'est pas expliquée. Toutefois, leur apparence, qui donne l'impression de résulter d'une gravure, suggère qu'elles se sont formées par enlèvement de matériau depuis la surface[jhuapl 51]. Une des théories avancées est que ces dépressions résultent de lasublimation des éléments volatils contenus dans les roches, ce qui impliquerait que lacroûte de Mercure contient plus d'éléments volatils que prévu par les théories en vigueur. Par ailleurs, les photos prises confirment que les déformations affectant la croûte de Mercure sont essentiellement liées à la contraction de la planète et sont à l'origine de gigantesques escarpements lobés et de failles, mais il existe également des dizaines de zones, généralement situées à l'intérieur de cratères ou de bassins, qui présentent au contraire des signes d'expansion de la croûte[nasa 7],[9] ;
lespectromètre àrayons X a effectué plusieurs découvertes importantes sur la composition du sol de Mercure. Contrairement au sol de la Lune, celui de Mercure n'est pas dominé par les roches riches enfeldspath. Les mesures ont également confirmé des observations effectuées partélescope depuis la Terre, suggérant que dessulfures sont présents à la surface de Mercure. En conséquence, les blocs de matériaux qui ont formé la planète étaient moins oxydés que ceux ayant servi à la formation des autres planètes intérieures. Cette théorie aurait des répercussions importantes sur notre compréhension du volcanisme sur Mercure. Par ailleurs, lespectromètre àrayons gamma GRS a fourni un éclairage sur la formation et les débuts de l'histoire de la planète, en montrant que l'abondance dupotassium moyennement volatil était aussi élevée que celle des éléments réfractaires tels que lethorium et l'uranium. Cette constatation, identique à ce qui est observé sur Mars ou la Terre, signifie que la densité très élevée de Mercure ne peut pas être expliquée par un impact géant ou la vaporisation initiale des couches externes de la planète par la nébuleuse solaire[nasa 7],[9] ;
La caméra grand angle WAC deMESSENGER a réalisé, entre le 3 et le, 34 photos, qui ont permis par photomontage, d'obtenir un portrait de l'ensemble dusystème solaire, symétrique decelui réalisé parVoyager 1 le. Seules les planètesUranus etNeptune n'y figurent pas car, situées entre 3 et 4,4 milliards de kilomètres, elles ne peuvent être discernées à cette distance[jhuapl 53].
Photomontage de 34 prises de vue de MESSENGER montrant pratiquement l'ensemble duSystème solaire.
BepiColombo en cours d'assemblage final sans le pare-soleil (2017).
La missionBepiColombo développée conjointement par l'Agence spatiale européenne et l'Agence d'exploration aérospatiale japonaise (JAXA) doit prendre la suite de l'étude de Mercure. Cette mission lourde (coût global équivalent à environ2 milliards de dollars soit quatres fois celui deMESSENGER) a été lancée le et se placera en orbite autour de Mercure en. Elle comprend deux orbiteurs :
MPO, qui est développé par l'ESA et qui emporte11 suites instrumentales, doit étudier l'intérieur et la surface de la planète Mercure ainsi que sonexosphère.
MMO, développé par l'agence spatiale japonaise JAXA et qui comprend cinq instruments scientifiques, a pour objectif l'étude duchamp magnétique, de l'exosphère ainsi que des ondes et des particules situées dans l'environnement immédiat de la planète.
Un troisième module, leMercury Transfer Module, ouMTM, dont la maîtrise d'œuvre est confiée à l'ESA, prend en charge la propulsion des modules MPO et MMO jusqu'à l'orbite de Mercure. Pour parvenir jusqu'à cette planète, BepiColombo a néanmoins recours à neuf reprises à l'assistance gravitationnelle des planètes intérieures. La mission primaire qui doit durer un an pourra être prolongée de manière optionnelle d'une année supplémentaire.
Cette mission devrait apporter de nombreuses informations complémentaires car elle emporte une gamme d'instruments plus performants et beaucoup plus étendue que MESSENGER. Les orbites retenues pour les deux orbiteurs sont par ailleurs optimisés pour répondre aux besoins tout en étant dans le même plan orbital ce qui facilite le recoupement entre les données collectées[15].
↑Par opposition à une sondespinnée,qui est en rotation autour d’un de ses axes, ce qui permet, par effet gyroscopique, de diminuer l’énergie consacrée au maintien de l’orientation, mais présente d’autres inconvénients.
La première date est celle du lancement du lancement (du premier lancement s'il y a plusieurs exemplaires). Lorsqu'elle existe la deuxième date indique la date de lancement du dernier exemplaire. Si d'autres exemplaires doivent lancés la deuxième date est remplacée par un -. Pour les engins spatiaux autres que les lanceurs les dates de fin de mission ne sont jamais fournies.