La notion d’éléments-traces métalliques, ouETM tend à remplacer celle demétaux lourds[1] mal définie car englobant des métaux toxiques réellementlourds à d'autres (métalloïdes) l'étant moins. Tous les ETM sont toxiques ou toxiques au-delà d'un certain seuil et certains sont radioactifs (radionucléides). Leurs concentrations environnementales (eau, air, sol, organismes) résultent d'apports anthropiques (industrie, transports…) et naturels (volcanisme et altération des minéraux primaires) ; massivement émis dans l'environnement par les activités humaines, ils y sont redistribués dans les profils du sol et des sédiments via lapédogenèse et labioturbation, et dans les écosystèmes via les phénomènes de bioassimilation et bioconcentration. Les concentrations supposées naturelles théoriques en ETM sont dites « fond géochimique », au delà on parle de pollution (environ 235 millions d’hectares de terres arables sont dans le monde polluées par des ETM, dont certains issus des engrais (cadmium) et d'anciens pesticides (plomb, arsenic...)[2].
Certains métaux sont indispensables à faibles doses (oligoéléments) et d'autres hautement toxiques ; il a donc été récemment (2010) proposé de compléter les bilans sanguins et bilans de santé classiques par unprofil métallique[3].
L'abondance moyenne globale normalisée de l'élément dans laroche de lacroûte est dite « valeur de Clarke » (Clarke value pour les anglophones) et représente, pour un métal donné dans le sol, dans le sédiment ou dans un matériau géologique, sa teneur moyenne dans le monde dans ce substrat[4].
On se réfère parfois à cette valeur moyenne,via le facteur d'enrichissement (EF) pour un élément chimique donné dans uncompartiment de l'environnement pour estimer qu'un taux de tel ou tel élément est anormalement élevé dans ce compartiment, ce qui peut être un indice depollution.
La notion de « métal lourd » est un concept factuel,industriel, avant toutempirique, sans définition scientifique précise, ni technique unanimement reconnue.
À titre d’exemple, un rapport d’information auSénat françaisLes effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé[5], indiquait :« L’appellation métaux lourds est cependant une appellation courante qui n'a ni fondement scientifique ni application juridique. »
Certains auteurs définissent les métaux lourds comme les éléments métalliques ayant unemasse volumique supérieure à une certaine valeur (cette valeur minimale variant entre4 000kg/m3 et5 000kg/m3 selon les auteurs).
D'autres définissent comme métaux lourds les éléments métalliques compris entre le cuivre et le plomb dans letableau périodique des éléments (excluant donc le fer, le chrome).
Pour d’autres il s’agit de tous les éléments métalliques à partir de la quatrième période du tableau périodique des éléments.
Par confusion, compte tenu du caractère potentiellement toxique de composés de certains des métaux lourds (mercure, plomb, cadmium en particulier) et parce qu'ils leur sont géologiquement souvent associés, on inclut parfois dans la catégorie des métaux lourds certains éléments toxiques comme l’arsenic (métalloïde), et certains composés organométalliques (ex. :méthylmercure). Certains préfèrent alors parler d’« éléments-traces », bien que le mot « trace » soit également connoté et sans définition scientifique, voire trompeur dans les contextes de forte contamination et pollution (dans divers cas étudiés en France, par exemple près de l'ancienne fonderieMétaleurop-Nord la teneur du sol ou de sédiments en métaux toxique tels que le plomb peut largement dépasser 10 % (en poids), sur un site de démantèlement d'armes chimiques de l'est de la France récemment redécouvert, le sol contient encore en 2007 jusqu'à 150 000 mg/kg[6] d'arsenic selon Tobias Bausinger et Johannes Preuß, scientifiques de l'université Gutenberg deMayence qui ont étudié[7] ce site (ainsi que d'autresséquelles de guerre similaires en Allemagne ou Belgique), ce qui ne permet plus de parler de traces (ng à µg/kg).
L'Europe a tranché en proposant en 2000 une définition qui vaut pour ledroit européen et celui des États membres, notamment dans le domaine des déchets : « métal lourd » désigne« tout composé d'antimoine, d'arsenic, decadmium, dechrome hexavalent, decuivre, deplomb, demercure, denickel, desélénium, detellure, dethallium et d'étain ainsi que ces matériaux sous formemétallique, pour autant qu'ils soient classés comme substances dangereuses »[8], et de manière plus générale, une « substance dangereuse » est« une substance qui a été ou sera classée comme dangereuse par la directive 67/548/CEE ou par ses modifications ultérieures »[8].
Tous les éléments-traces métalliques sont présents naturellement dans le sol, le plus souvent à l’état de traces. Mais certaines activités humaine ou la proximité d'un gisement géologique peuvent y renforcer leur teneur.Nombre d'ETM jouent un rôle important dans l'industrie et la vie quotidienne :
lefer (Fe) et ses alliages,aciers, aciers inoxydables ;
leplomb (Pb) pour lesbatteries (en particulier pour les automobiles), les tuyauteries, les soudures, lespeintures anti-corrosion (minium) et lesmunitions. Lesgrenailles de plomb des munitions de chasse et de ball-trap, perdues dans l'environnement, représentaient environ 8 000 tonnes de plomb par an rien que pour la France vers l'an 2000 ; cesmunitions toxiques sont source desaturnisme aviaire et humain ;
lechrome (Cr), commepigmentrouge, pour le chromage de pièces et pour les aciers inoxydables ;
lecuivre (Cu), dans le domaine de l'électricité, de l'électronique ainsi que commefongicide (sulfate de cuivre, notamment utilisé lors du traitement des vignes) ;
lecadmium (Cd) était utilisé entre autres pour lesaccumulateurs électriques (« piles » rechargeables) Ni-Cd ainsi qu'en tant quecadmiage anti corrosion dans aéronautique ;
l'argent (Ag) pour la bijouterie et l'argenterie, laphotographie argentique, les miroirs, de nombreux usages industriels (en particulier électriques et électroniques), les monnaies et médailles ;
l'or (Au) pour la bijouterie, les objets précieux, les contacts électroniques et électriques, en dentisterie ;
lezinc (Zn) pour lagalvanisation de l'acier, et pour des pièces moulées utilisées dans l'automobile ;
letitane (Ti) pour les peintures blanches et les objets en plastique blanc, pour la construction de réacteurs chimiques, ou pour la confection de prothèses (prothèse de hanche par exemple) ;
La combustion de combustibles fossiles solides ou liquides (charbon, produits d'origine pétrolière) est également susceptible de rejeter des métaux dans les cendres, vapeurs et fumées.De tous les combustibles, lebois-énergie est, en France métropolitaine, le principal émetteur de métaux lourds dans l'atmosphère (excepté le mercure et le nickel).
La disponibilité et biodisponibilité d'un ETM introduit dans l'environnement dépend de nombreux facteurs, et dans un premier temps des processus suivants :
solubilisation de cet ETM dans l'eau[9] (risque fortement lié au pH de l'eau et du milieu, à ladureté de l'eau, à la température et à la pression (deux paramètres importants en contexte géologique profond) ;
adsorption à la surface des particules (plus ou moinsadsorbantes telles que des argiles ou complexes argilohumiques) du sol ;
incorporation à l’intérieur de phases solides
dans certains contextes, une migration des anions ou cations toxiques peut être induite ou favorisée par un courant électrique ou unchamp électrique souterrain ou dans l'eau ou le sédiment[10]
… et dans un second temps, d'autres facteurs de disponibilité sont :
les processus (passifs ou actifs) d'assimilation et de bioassimilation ;
d'éventuels phénomènes de bioconcentration/biomagnification dans lachaine alimentaire.
Les ETM posant le plus de problèmes directs et immédiats pourl'environnement et la santé sont ceux qui sont les plus toxiques et qui sont émis sous forme d'ions ou denanoparticules, ou associés auxaérosols de petite taille.
Quand ils sont présents dans l'air (pollution routière, industrielle, combustion, etc.)[11], ils sont principalement évacués du compartiment atmosphérique par dépôt humide. Ils se retrouvent alors dans les sols, les sédiments et l'eau interstitielle[12] puis dans les organismes et les écosystèmes, auxquels ils peuvent poser problème. Certains invertébrés (vers par exemple) peuvent les fixer grâce à desmolécules chélatrices (métalloprotéines en général) et en excréter une partie via leurmucus ouexcréments ; ils peuvent alors les remonter en surface du sol ou des sédiments ; ces métaux ou métalloïdes sont alors à nouveaubiodisponibles pour les bactéries, les plantes ou d'autres espèces qui peuvent à nouveau lesbioaccumuler[13].
Comme lesorganochlorés[14] auxquels ils peuvent ajouter leurs effets négatifs, les ETM massivement rejetés par l'Homme dans l'eau, l'air, et sols sont d’importantscontaminants desécosystèmes, duréseau trophique. À la différence de la plupart des autres polluants, ils ne sont pas biodégradables ni dégradables.
Les éléments-traces métalliques peuvent être égalementbioaccumulés dans les tissus des plantes et induire des perturbations au niveau de leurmétabolisme[16]. À la suite du phénomène debioconcentration, les ETM peuvent, en effet, se retrouver dans les végétaux à des concentrations supérieures aux concentrations présentes dans le milieu[17]. À noter qu’une accumulation d’ETM dans une plante ne se traduira pas nécessairement pas une altération de la santé de la plante ou par l’apparition de symptômes visibles de contamination[17]. L’effet toxique de ces éléments varie avant tout selon le type de métal présent, sa concentration dans la plante, le temps d’exposition et selon l’espèce végétale affectée[18],[19].
Les éléments-traces métalliques peuvent induire des effets négatifs sur la santé générale des espèces végétales en interférant avec plusieurs mécanismes : absorption des nutriments du sol,photosynthèse,germination,division cellulaire,croissance[16].
Les éléments-traces métalliques peuvent perturber l'activité de l'enzyme Rubisco dans le cycle de Calvin, ce qui entraîne une diminution de l'efficacité de la photosynthèse chez la plante[20].
Ces métaux provoquent également la diminution de la concentration enchlorophylle dans la plante, une baisse de photosynthèse à la suite d'une altération du transport des électrons et d'une perturbation desenzymes ducycle de Calvin (ex. : perturbation de laRubisco, une enzyme fixant leCO2atmosphérique nécessaire à la photosynthèse)[20]. La diminution de la teneur en chlorophylle s’explique par le fait que les ETM ont pour effet de dégrader la membrane desthylakoïdes[16].
Au niveau de la germination, les éléments-traces métalliques induisent une diminution du taux de germination des semences végétales[18]. En effet, il a été démontré que le Nickel, par exemple, affectait l’activité de plusieurs enzymes (amylase,protéase etribonucléase), ce qui retardait la germination et la croissance chez les différentes plantes étudiées[21]. Le cadmium, pour sa part, affecte les racines des plantes dès 1 mg/kg de Cd dans le sol, avec des symptômes de toxicité visibles à partir de 5 ppm[22] ; il cause des dommages aux membranes des graines en plus de diminuer les réserves de nutriment de l’embryon végétal contenues dans lescotylédons[21].
Ces ETM entraînent aussi des perturbations dans la division cellulaire des végétaux[16]. Ainsi, le cadmium, le mercure et le plomb (entre autres) peuvent endommager lenucléole des cellules et inhiber les activités enzymatiquesDNase etRNase, causant in fine une interruption de lasynthèse de l’ADN[16].
La plante, en fonction du niveau destress induit par les ETM, peut voir sa croissance réduite et présenter des signes de maladies (taches) à la surface des feuilles[20]. Ces signes dechloroses résultent d’une perte de chlorophylle et d’une carence en fer[20]. Desnécroses sont également observables lors d’intoxication plus graves[20].
Certaines plantes (ou souches) ont développé, au fil de l’évolution, des mécanismes de résistance aux ETM[16],[20]. Une première stratégie végétale consiste à simplement retarder l’absorption des métaux et ainsi diminuer au maximum la concentration en élément toxique dans l’organisme[16]. D’autres plantes séquestrent les métaux dans leursvacuoles foliaires tandis que d’autres les accumulent dans destrichomes (excroissance végétale) présents au niveau de l’épiderme[16],[20]. Dans les deux cas, les végétaux évitent ainsi que les éléments toxiques entrent en contact avec lemésophylle (partie intérieure de la feuille) et viennent agir sur le métabolisme[16],[20]. Une autre stratégie consiste àprécipiter les ETM ou à former uncomplexe entre unligand et le cation métallique (chélation), ce qui permet de détoxifier la plante[16],[20].
Stratégies de dépollution des environnements contaminés aux ETM
Excavation et stockage des sols : récupération du sol contaminé et stockage en attendant de le décontaminer. Cette technique permet de déplacer la pollution vers un autre site, pour limiter la contamination des milieux environnants.
Traitement thermique : les sols pollués sont chauffés entre400 °C et600 °C pour volatiliser une partie des métaux[23]. Lors du refroidissement, les ETM retournent à l'état solide et sont alors récupérables sous forme de sables.
Électro-réhabilitation (ouremédiation électrocinétique) : lors de l’application d’un courant électrique continu (horizontal ou vertical) dans un sol contaminé à travers deux électrodes, les ions positifs (comme les ETM) sont naturellement attirés vers la cathode et les ions négatifs vers l’anode[24].
L'extraction par lessivage (puis traitement des eaux) consiste en une inondation du sol par de l'eau ou des agents chimiques, puis, en une récupération de l'eau, suivie généralement d'un traitement. Les polluants peuvent également être récupérés dans les mousses formées à la suite d'une aération et d'agents chimiques adéquats[25].
La remédiation par les plantes (Phytoremediation) est l'utilisation de plante pour le chélate des métaux. On trouve déjà plusieurs utilisations de plantes comme bio-remédiateurs.
La remédiation par les algues, ou phycoremédiation, est l'utilisation des algues pour dépolluer un milieu. Les algues constituent un champ intéressant ; notamment pour leur tolérance connue aux ETM et polluants organiques persistants, leur croissance rapide, leur rapport surface/volume important (permettant ainsi une plus grande surface absorbante), les phytochélatines (protéines qui chélatent les métaux et les empêchent d'être toxiques), et leurs potentiels pour la manipulation génétique[26].
De nombreuses études démontrent que les algues constituent d’efficacesbioindicateurs. Par exemple, la concentration en cadmium, plomb, zinc dans le tissu algal desEnteromorpha etCladophora augmente proportionnellement avec la concentration de métaux dans l’eau.Chlorophyta etCyanophyta ont des facteurs debioconcentration et debioaccumulation élevés par rapport aux autres espèces.Phacophyta (algue brune) a une forte affinité avec les métaux lourds grâce aux polysaccharides sulfates et alginates[27],[28],[29].
Le tableau ci-dessous représente plusieurs espèces d'algues et les métaux auxquelles elles sont résistantes.
Des études montrent l'efficacité de stockage d'ETM dans les tissus des végétaux sont supérieurs avec des organismes sur-exprimant les protéines chélatant les métaux lourds (phytochélatines, nicotianamine et metallothionine notamment)[26].
Métal
Mécanisme de détoxification par l'algue
(Cd), (Cu), (Ag), (Hg),
(Zn), (Pb)
Metallothionines (MT), Phytochélatines
(PC)
Ni
Histidine
(Pb), (Cu), (Cd), (Zn), (Ca)
Composés des parois cellulaires (Alginates, acide guluronique, polysaccharides sulfatés)
Certains ETM (principalement classés dans lapériode 4) sont nécessaires - à l'état de traces - pour certains processus biologiques vitaux : le fer est ainsi un composant essentiel de l’hémoglobine ; le fer et le cuivre sont respectivement nécessaires au transport de l'oxygène et des électrons, alors que le zinc participe à l'hydroxylation[37] et à laspermatogenèse ; lesélénium est aussi unoligo-éléments indispensables. A très faible dose, lecobalt (via lavitamine B12 participe à la synthèse de certains complexes et aumétabolisme cellulaire[38]. Levanadium et lemanganèse sont des cofacteurs de la régulation enzymatique ; une infime dose dechrome est nécessaire à l'utilisation duglucose ; lenickel participe à lacroissance cellulaire) ; l'arsenic favorise à très faible dose la croissance métabolique chez certains animaux, et possiblement chez l'humain. Lesélénium est unantioxydant fonctionnel et se montre indispensable à la production de certaineshormones[39]. Inversement, le mercure, le plomb, le cadmium ou l'aluminium n'ont aucune fonction biologique connue. Toxique pour la cellule quelle que soit leur dose, ce sont de purs contaminants de l'organisme. Par exemple, le plomb interfère négativement avec le métabolisme du calcium, affectant de nombreux organes (cerveau notamment).
Lapériode 5 et lapériode 6 du tableau de Mendeleïev contiennent moins de métaux lourds oligoéléments. Ceci est cohérent avec l'hypothèse voulant que les métaux les plus lourds ont tendance à être moins abondants à la surface de la terre et donc ont moins de chances d'être essentiels pour le métabolisme[40].
Dans lapériode 5 on trouve lemolybdène quicatalyse des réactionsredox. Lecadmium (hautement toxique pour l'humain) semble néanmoins nécessaire à certainesdiatomées] marines dans le même but ; L'étain est nécessaire à la croissance de plusieurs espèces[39].
Une carence en métaux essentiels de l'une des périodes4 à6 peut exacerber la sensibilité à l'intoxication par des métaux lourds (saturnisme,hydrargyrisme,Maladie Itai-itai)[41]. Mais inversement, tout excès en ces métaux a des effets néfastes pour la santé.
En moyenne, un corps humain contemporain de 70 kg contient 0,01 % de métaux lourds, soit environ 7 g (moins que le poids de deux carrés de sucre). Il s'agit pour l'essentiel de fer (~4 g), de zinc (~2,5 g) et il est contaminé par du plomb (~0,12 g), contient 2 % de métaux légers (~1,4 kg) et près de 98 % de non-métaux (eau principalement)[39] (Parmi les éléments communément reconnus comme des métalloïdes, B et Si ont été comptés comme les non-métaux ; Ge, As, Sb et Te en tant que métaux lourds).
Quelques ETM ou métaux lourds non essentiels, à faible dose, ont des effets biologiques chez certains organismes. Ainsi, legallium, legermanium (métalloïde), l'indium et la plupart deslanthanides se montrent capables de stimuler le métabolisme, alors que le titane favoriserait la croissance des plantes[42].
De nombreux effets physiologiques délétères sont démontrés pour les ETM au-delà de certains seuils parfois très bas (dans le cas du plomb ou duméthylmercure par exemple), chez l'humain et dans le modèle animal, pour un grand nombre d'espèces (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons[43], etc.).
L’impacttoxicologique des ETM dépend beaucoup de leur forme chimique (nommé « espèce chimique »), de leur concentration, du contexte environnemental (ce pourquoi on cherche àcartographier les pollutions, et notamment dans les anciennes régions industrielles[44]), de leurbiodisponibilité et de la possibilité de passage dans la chaîne du vivant (leréseau trophique). Il existe aussi des facteurs génétiques faisant que l'organisme est plus ou moins capable d'excréter certains métaux toxiques (plomb par exemple). Enfin des effets synergiques aggravants peuvent exister entre différents ETM et entre ETM et d'autres polluants ou facteurs toxicologiques.
On distingue en particulier les trois métauxmercure,plomb,cadmium : ils n'ont aucun rôle positif connu pour l’activité biologique, et causent des intoxications ou de maladies chroniques graves, même à faibles doses : ainsi le plomb cause lesaturnisme, particulièrement grave chez l’enfant ; le cadmium détruit les reins et dégrade le foie ; et le mercure est un puissant neurotoxique. L'aluminium pourrait présenter une neurotoxicité chez l'être humain, cependant les seuils d'exposition et l'étendue de ces effets font encore l'objet de recherches[45],[46].
D'autres cas particulier sont, sous forme métallique (ce n'est pas le cas sous forme ionique) sans effets connus sur l'organisme ; c qui les rend « bio-compatibles », et utilisables en chirurgie ou dentisterie, comme letitane et l’or.
D’autres métaux deviennent très toxiques sous certaines formes (chromeVI,cuivre oxydé (vert de gris)…).
L’utilisation de certains ETM est donc strictement réglementée, voire interdite dans certaines applications. Le rejet dans l’environnement en fin d’utilisation doit être évité, et ces métaux recyclés.
Concernant le mercure : lesthermomètres au mercure ont été interdits à la vente dans l'Union européenne et progressivement dans le monde. Lespiles au mercure sont interdites en Europe (directive 98/101/CE) depuis pour des raisons environnementales et sanitaires.
. Lesamalgames dentaires (dits « plombages ») et qui sont largement utilisés dans les pays francophones et anglo-saxons ont fait l'objet d'une polémique liés aumercure, mais aussi à l'argent et à l'étain qu'ils relarguent dans l'organisme ou dans l'environnemnet à l'occasion de crémations ou enterrements. La Suède, l'Allemagne, le Danemark, puis d'autres en ont limité l'utilisation et le Japon, la Russie et la Norvège les on interdits. En France et en Belgique, il a été considéré que les preuves de leur toxicité étaient insuffisantes pour en déduire une nocivité non compensée par les avantages du mercure.
L'étude ESTEBAN (2014-2016) a montré qu'enFrance métropolitaine, pour 27 métaux dosés dans l'urine et les cheveux, l’exposition au mercure dans les cheveux et au nickel urinaire est restée stable par rapport à l’étude ENNS précédente (2006–2007), alors que celle au plomb diminuait (diminution régulière depuis l'interdiction de l'essence plombée) et qu'au contraire celle à l'arsenic, au cadmium et au chrome augmentaient[47]. Une donnée préoccupante est que (sauf pour le nickel et le cuivre) les français présentaient une contamination plus importante que les habitants du reste de l'Europe et de l'Amérique du Nord[47]. De plus, les valeurs-guides sanitaires de l’Anses sont, en moyenne, dépassées pour l’arsenic, le mercure et plus encore pour le cadmium (près de 50 % des français concernés par une cadmiurie supérieure à la limite recommandée)[47].
En2021, 97 à 100 % des Français (adultes et enfants) sont contaminés aux ETM avec des taux supérieurs ou égaux à ceux relevés en 2006-2007. L'alimentation et letabac sont les principales sources suspectées ou avérées de contamination[48],[49],[50].Santé publique France recommande de manger dupoisson deux fois par semaine dont unpoisson gras (pour leur vertusnutritionnelles), mais en diversifiant les espèces et les lieux de pêche[51] (pour limiter les concentrations en polluants). Lagéophagie est notamment à risque[52].
Dans le champ de lasanté, en complément du traditionnel bilan sanguin ou des analyses d'urine, il a été en 2010 proposé par des praticiens hospitaliers de considérer le « profil métallique » des individus[53].
Les seuils règlementaires sont fixés à échelle européenne pour les aliments, l'eau et le sol.
Des seuils sont également fixés pour l'air ambiant, par des directives européennes[54],[55].
Pour les métaux les plus toxiques (toxiques quelle que soit leur dose), les seuils (de l'EPA, européens et nationaux) ne sont pas des seuils de sécurité sanitaire. Ainsi, le préambule de la directive 2004/107 (qui ne concerne en outre que la fraction métallique desparticules PM10 et PM2,5) précise que
« Les preuves scientifiques montrent que l'arsenic, le cadmium, le nickel et certains hydrocarbures aromatiques polycycliques sont des agents carcinogènes génotoxiques pour l'homme et qu'il n'existe pas de seuil identifiable au-dessous duquel ces substances ne présentent pas de risque pour la santé des personnes. Leurs effets sur la santé des personnes et l'environnement s'exercent à travers les concentrations dans l'air ambiant et à travers le dépôt. Eu égard au rapport coût-efficacité, il n'est pas possible d'atteindre dans certains secteurs spécifiques des concentrations d'arsenic, de cadmium, de nickel et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques dans l'air ambiant qui ne représentent pas un risque significatif pour la santé des personnes (…) Les valeurs cibles ne devraient pas impliquer des mesures entraînant des coûts disproportionnés. En ce qui concerne les installations industrielles, elles ne devraient pas entraîner de mesures qui aillent au-delà de l'application des meilleures technologies disponibles (MTD) exigée par la directive 96/61/CE du Conseil du 24 septembre 1996 relative à la prévention et à la réduction intégrées de la pollution 5) ni, en particulier, la fermeture d'installations. Cependant, elles devraient conduire les États membres à prendre toutes les mesures de réduction économiques dans les secteurs concernés. 6)En particulier, les valeurs cibles de la présente directive ne sont pas à considérer comme des normes de qualité environnementale, telles que définies à l'article 2, point 7, de la directive 96/61/CE et qui, conformément à l'article 10 de cette directive, requièrent des conditions plus strictes que celles pouvant être obtenues par l'utilisation des MTD[56]. »
Certains seuils (ex. :valeur seuil ouvaleurs cibles qui sont la« concentration dans l'air ambiant fixée dans le but d'éviter, de prévenir ou de réduire les effets nocifs pour la santé des personnes et l'environnement dans son ensemble qu'il convient d'atteindre, si possible, dans un délai donné »)[57] sont fixés en microgramme par m3 d'air, et d'autres en nanogrammes. Par exemple, dans l'UE, la valeur limite pour la protection de la santé humaine est (2005) :
pour le Pb (Plomb particulaire) dans l'air : une moyenne annuelle : 0,5µg.m-3 (idem en France) ;
L'Union européenne n'a pas fixé de seuil pour le mercure dans l'air, mais pour combler le fossé entre la législation existante de l'Union européenne et laconvention de Minamata sur le mercure, un nouveau règlement (17 mai 2017) vise à restreindre progressivement et fortement l'utilisation du mercure et de ses composés (dont dans les amalgames dentaires)[58].
Les jeunes enfants absorbent comparativement beaucoup plus les métaux lourds et les ETM ingérés que les adultes.
De manière générale, le fœtus et l'embryon, puis les nourrissons, puis les enfants sont beaucoup plus sensibles et plus exposés aux ETM que les adultes. Ils les absorbent beaucoup plus que les adultes, tant par ingestion, que par inhalation ou passage percutané[59].
Une hypothèse de l'inégalité des personnes face aux intoxications par éléments-traces métalliques ou métaux lourds, à confirmer, serait que les individus y seraient naturellement plus ou moins vulnérables. Mais s'il semble que le mercure soit en cause dans de nombreux cas demaladie d'Alzheimer, ce n'est pas nécessairement parce que les prédispositions génétiques induisent directement la maladie, mais plutôt parce qu'elles la favorisent indirectement, par exemple chez ceux qui ne disposent pas des gènes permettant à l'organisme de détoxiquer au mieux le cerveau du mercure et du plomb qui ont pu le contaminer de manière chronique au cours de la vie, ou à l'occasion d'une exposition accidentelle à ces toxiques[60].
Hormis des maladies telles que lesaturnisme, lamyofasciite à macrophages, l'hydrargyrie oumaladie Itai-itai directement induites par un seul métal, les pathologies induites par les métaux sont probablement le plus souvent multifactorielles, plusieurs métaux pouvant agir en synergie (positive ou négative) et pouvant aussi interagir avec d'autres toxiques ou substances naturellementchélatrices ou protectrices.
Des facteurs environnementaux semblent en cause dans un certain nombre de cas de maladies neurodégénératives. Certains métaux lourdstoxiques etneurotoxiques, comptent parmi les premiers suspects.
Lemercure et leplomb, en particulier, pourraient agir ensynergie pour inhiber ou tuer des cellules nerveuses. Certainspesticides sont également suspectés de pouvoir aussi agir en synergie avec des métaux.
Monnet-Tschudi et son équipe ont en 2006 publié une longue liste de preuves de responsabilité des métaux lourds, en tant qu'initiateurs de maladies neurodégénératives ou en tant que les aggravant[61].
Évaluation environnementale, et lutte contre la pollution par les ETM
Elle a produit plusieurs protocoles spécifiques visant à réduire les émissions de différents polluants, l'un de ces protocoles étant consacré à quelques métaux lourds prioritaires.
En particulier, sous l'égide de la Commission Économique pour l'Europe des Nations unies (CEE-NU ou UNECE pour les anglophones), leProtocole sur les métaux lourds (ouProtocole d’Aarhus, adopté en1998) a ciblé 3 métaux prioritaires hautement toxiques qui étaient massivement émis dans l'air, l'eau et les sols : cadmium, plomb et mercure. Il impose aux Parties de réduire leurs émissions de ces trois métaux en dessous de leurs niveaux de 1990. Trois secteurs sont concernés : l'industrie (sidérurgique, des non ferreux, du recyclage des métaux etc.), les installations de combustion (production de chaleur, d'électricité, incinération...) et le transport routier. Le protocole contient des limites pour les sources fixes (et identifie les meilleures techniques disponibles à l'époque pour les traiter). Il cible aussi certaines émissions spécifiques (batteries ; appareils de mesure [thermomètres, manomètres, baromètres au mercure], lampes fluorescentes, amalgames dentaires, pesticides et peintures, etc.). En 2012, un amendemnt au Protocole y a ajouté des prescriptions.
D’autres Conventions internationales suivront, dont une convention sur le mercure dans l'eau ; la Convention d’Helsinki de 1992 sur la protection de la mer Baltique ; laConvention OSPAR pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord en 1992[62]... Laconvention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance, signée à Genève le 13 novembre 1979, et ses protocoles, prennent aussi en compte la pollution transfrontalière par les métaux lourds[63].
Les sources ciblées par le protocole ont considérablement réduit leurs émissions depuis, mais ce métaux continuent à être dispersés de manière diffuse, par exemple via l'usure des pneus, les engrais contenant du cadmium, lesmunitions (balles de chasse et de guerre etgrenaille de plomb decartouches de chasse) contenant du plomb et de l'arsenic, et lesmicro- et nanoplastiques (MP) (pour lesquels une revue d'étude récente (2024) a montré que dans des sols acides, ils relarguent des métaux, qui, généralement sous forme decations métalliques sont ensuite retrouvés dans les végétaux[64] ; de plus« la cooccurrence des MP et des ETM (sauf pour l'arsenic) a induit une toxicité synergique (effet cocktail) pour la croissance des plantes », via notamment une augmentation des taux de Cd, Pb et Cu biodisponibles dans le sol, en lien avec une acidification du sol induite par les microplastiques)[64].
Dans de nombreux pays (européens notamment)[65], la présence d'ETM (plomb, mercure et cadmium notamment) dans l'eau, l'air, les sols agricoles et dans certains aliments, matières (peintures par exemple) et objets (jouets pour enfants par exemple) fait l'objet d'analyses régulières, avec en Europe des inventaires d’émissions nationaux obligatoires et publics, réalisés pour satisfaire les exigences de rapportage de plusieurs directives et règlements européens.
↑Lead, which is acumulative poison, has a relatively high abundance due to its extensive historical use and human-caused discharge into the environment[33].
↑Haynes trouve un taux inférieur à 17 mg pour l'étain[34].
↑Iyengar records a figure of 5 mg for nickel[35]; Haynes shows an amount of 10 mg[34].
↑Encompassing 45 heavy metals occurring in quantities of less than 10 mg each, including As (7 mg), Mo (5), Co (1.5), and Cr (1.4)[36].
↑Jean-Pierre Goullé, Elodie Saussereau, Loïc Mahieu, Daniel Bouige, Michel Guerbet et Christian Lacroix,Une nouvelle approche biologique : le profil métallique,Annales de Biologie Clinique, vol. 68, n° 4, 429-40, juillet-août 2010,DOI10.1684/abc.2010.0442 (résumé).
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