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Méroïtique

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Méroïtique
PériodeIIIe siècle av. J.-C. -Ve siècle ap. J.-C;
PaysRoyaume de Koush
RégionNord du Soudan
Classification par famille

Ou

Codes de langue
IETFxmr
ISO 639-3xmr
ÉtendueLangue individuelle
TypeLangue ancienne
Glottologmero1237
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Leméroïtique est unelangue qui fut parlée dans leroyaume de Koush — dans le nord de l'actuelSoudan — depuis au moins le premier millénaire avant notre ère jusqu'auVe siècle. Ce fut la langue despharaons koushites de laXXVe dynastie. Elle est écrite à partir duIIIe siècle avant notre ère[1] et possède deux écritures distinctes : l'une inspirée deshiéroglyphes égyptiens, l'autrecursive. Bien que les signes aient été déchiffrés en 1911, la langue reste en grande partie incompréhensible. Depuis leXIXe siècle, plusieurs milliers de textes méroïtiques ont été découverts sur des sites deNubie égyptienne et du Nord-Soudan.

Famille de langues

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Le peu de vocabulaire connu rend difficile la classification linguistique. Depuis que l'alphabet a été déchiffré en 1909, il a été proposé que le méroïtique soit apparenté auxlangues nubiennes du phylum nilo-saharien ou auxlangues couchitiques du phylumchamito-sémitique.

En 1921 l'anthropologue allemandCarl Meinhof propose que le méroïtique était une langue primitive « hamitique » de la branche couchitique du phylum chamito-sémitique[2].

En 1964, l'archéologuecanadienBruce Trigger propose d'intégrer le méroïtique au groupesoudanique oriental, une branche dunilo-saharien. Récemment, le docteur enégyptologie et chercheur auCNRSClaude Rilly, considéré comme le spécialiste mondial du méroïtique[3], classe ce dernier dans legroupe soudanique oriental nord (en), lui-même une subdivision du groupe soudanique oriental[4]. Le groupe soudanique oriental nord rassemble en outre lenara d'Érythrée, letaman parlé à la frontièreTchad-Darfour et lenyimang / afitti (en), groupe de deux langues parlés dans lesmonts Nouba au Soudan[4],[5].

Cependant Rowan (2006, 2011), note que l'inventaire desphonèmes du méroïtique et saphonotaxe (les seuls aspects de la langue qui sont bien connus) sont similaires à ceux des langues chamito-sémitiques, et dissemblables des langues nilo-sahariennes. Par exemple, on trouve très rarement la séquence CVC, où les consonnes (C) sont toutes deux labiales ou les deux vélaires. Ceci est similaire aux restrictions consonantiques trouvées dans toute la famille des langues chamito-sémitiques, suggérant que le méroïtique pourrait avoir été une langue chamito-sémitique. Le problème n'est pas résolu et la plupart des classifications listent le méroïtique soit comme étant nilo-saharien, soit comme non classifié (comme l'a faitJoseph Greenberg)[6].

Il y a une certaine proximité linguistique entre le méroïtique et la langue couchitiquebedja[7].

Systèmes d’écriture

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Stèle de l'Adoption du roi Aspelta, vers -590 rédigée enhiéroglyphes.
Écriture méroïtique cursive (horizontale de droite à gauche)
Article détaillé :alphabet méroïtique.

AuXXIe siècle près de 2 000 textes utilisant l'écriture méroïtique sont connus[4].

Il y a quatre voyelles (/a/, qui n'est utilisé qu'en début de mot, /e/, /i/, /o/ ), quinze consonnes couplées avec /a/ (/ya/ /wa/ /ba/ /pa/ /ma/ /na/ /ra/ /la/ /cha/ (prononcé comme leich allemand) /kha/ (comme dansBach enallemand) /ka/ /qa/ /sa/ ou /sha/ /ta/ /da/). Il y a enfin quatre symboles syllabiques purs, et donc non modifiables par un symbole-voyelle subséquent : /n(y)e/, /se/ ou /s/, /te/ et /to/.

C'est une écriture phonographique et tant les voyelles que les consonnes sont transcrites. Ce n'est néanmoins pas uneécriture alphabétique, mais unalphasyllabaire[4] (similaire dans son principe aux écritures brahmiques qui se sont diffusés dans de nombreuses forme de l’Inde au sud-est de l'Asie), car les signes transcrivant les consonnes représentent laconsonne et la voyelle implicite /a/, sauf si ce signe est suivi du signe particulier de l'une des trois autres voyelles /i/, /e/ ou /o/. Il existe également un signe particulier séparant les mots.

Il existe deux formes de cet alphabet :

En informatique

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En 2011, l'écriture méroïtique a été intégrée dans la version 6.1 de l'unicode :

Déchiffrement

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AuSoudan àEl-Hassa temple du roiAmanakhereqerem : découverte de cinq béliers de grès dont trois portent des inscriptions permettant de décrypter le méroïtique.

Après une expédition àMéroé, l'explorateur et minéralogistefrançaisFrédéric Cailliaud publie en 1826 les premières copies de texte méroïtiques. L'écriture étant inconnue, les textes ne purent pas être lus phonétiquement. En 1911, l'égyptologuebritanniqueFrancis Llewellyn Griffith réussit à déchiffrer les signes des deux alphabets méroïtiques[8][Comment ?] Ensuite, par comparaison avec des textes pharaoniques et grecs, il parvient à isoler différents mots méroïtiques tels des noms de villes, dieux et rois. À partir de ces données il identifie plusieurs termes purement méroïtiques commeato (eau),at (pain),qore (roi),abr (homme),kdi (femme),mlo (bon), etc. Il dégage également plusieurs règles grammaticales simples et distingue le suffixe dugénitif et les articles singulier et pluriel. C'est ainsi que plusieurs portions des textes funéraires écrits en cursive purent être déchiffrés. Malgré ces avancées significatives, d'autres textes, moins stéréotypés, notamment les stèles concernant les hauts faits des rois et des reines de Méroé, restèrent indéchiffrables. Poursuivant le travail de Griffith, les linguistes se tournent aujourd'hui vers lacomparaison linguistique, espérant reconstruire la morphologie et le lexique méroïtiques à l'aide de langues apparentées parlées aujourd'hui dans le nord du Soudan[5].

En novembre 2008,René-Pierre Dissaux etVincent Rondot découvrent cinq béliers de grès dont trois portent des inscriptions qui permettent de décrypter un peu plus la langue méroïtique qui s'écrit enhiéroglyphes et encursives. Ils apprennent ainsi que le temple en cours de fouille est celui du roiAmanakhereqerem de la fin duIer siècle[9].

Lexique

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Lexique méroïtique selon Claude Rilly (2010 : 114-147)[10]:

nᵒtranscriptionprononciation restituéegloseremarques
1.abrabara, əbarahomme (mâle)
2.araragarçon, mâle
3.are-ar-; arak-prendre / recevoir (1)d’oùar-k- piller, razzier
4.aroẖearuɣʷəprotéger, garantir, mettre sous sa coupe
5.(a)srəɕara, ɕaraviande, animal
6.atata, utapain
7.atoatu, attueau
8.dḫedaɣ(ə)enfanté, enfant d’une mère
9.dimedimvache
10.*dm-dama-prendre, recevoir (2)synonyme deare-
11.erikeerik(ə)engendré, enfant (d’un père)
12.ḫlbiɣala(-)bitaureau
13.*ḫreɣarrepas / nourriture
14.ẖrɣʷaranord
15.kdikaɖi, kandifemme
16.kdise / kditekaɖiɕ, kaɖitsœur
17.ked-keɖ-, kəɖ-abattre / massacrer
18.l-la-donner
19.lẖlaɣʷagrand, aîné
20.mẖemaɣʷə, maɣʷuabondant
21.mkmakadieu
22.mlomalubon, beau
23.mte, msemate, maɕe / məteenfant, fils / mete cadet(te)
24.ns(e)naɕa, naɕsacrifice
25.pwritebawarit, pawaritvie
26.qorekʷursouverain
27.-seɕechaque
28.sdkɕaɖakavoyage / retour<sd-k « voyager, retourner » ?
29.semɕəma, ɕemaépouse
30.sḫiɕaɣi, ɕaŋɣipetit (?)
31.stɕatapaire de pieds, pieds
32.ste / seteɕate / ɕətəparent, tuteur, mère
33.tbotabudeux, second (?)
34.teneketenək(ə), tenek(ə)ouest
35.tke-takaimer
36.tkktakakapiller, razzier<tk-k ?
37.tre-taroffrir, faire une offrande
38.widewiɖ(ə)frère, sœur2e sens rare
39.wlewalchien
40.yerera, iralait
41.yet-mdeetamaɖ(ə)neveu, nièceau sens large : « cadet dans la lignée féminine »
42.yireqeirəkʷ(ə)sud
43.yirewkeirewak(ə), irəwak(ə), irwak(ə)est

Notes et références

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  1. (en) ClaudeRilly, « Arnekhamani’s sistrum. New Insights on the Appearance of the Meroitic script »,hal.science,‎(lire en ligne, consulté le)
  2. « Download Limit Exceeded », surciteseerx.ist.psu.edu(consulté le)
  3. Claude Rilly, Le Champollion du méroïtique, Journal du CNRS,no 172, mai 2004.
  4. abc etdDamien Agut, « Hiéroglyphes sur pierre, hiératique sur papyrus »,L'Histoire,nos 533-534,‎,p. 28-29.
  5. a etbClaude Rilly,La Recherche,Les écritures non déchiffrées, Société d'éditions scientifiques,no 408, mai 2007,p. 31 à 34,(ISSN 0029-5671).
  6. "What seems clear is that there is no simple linguistic solution waiting in the wings....Greenberg, writing in 1955, was pessimistic about Meroitic: 'the language does not appear to be related to any existing language of Africa'", Andrew Robinson, 2002.Lost Languages (McGraw-Hill),p. 154.
  7. (en) ClaudeRilly et Alex deVoogt,The Meroitic Language and Writing System,Cambridge University Press,(ISBN 978-1-139-56053-5,lire en ligne).
  8. (en) Eckley B. Coxe Jr,Expedition to NubiaVI,Philadelphie,Université de Pennsylvanie.
  9. La Voix du Nord du 24 janvier 2008
  10. Rilly, Claude. 2010.Le méroïtique et sa famille linguistique. Leuven : Peeters.

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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