
Unmédecin de peste, appelé aussidocteur de peste, était unmédecin spécialisé dans la prise en charge de lapeste bubonique. Engagés et payés par les villes touchées par l'épidémie pour s'occuper des riches comme des pauvres[2], ce sont rarement des médecins ou des chirurgiens expérimentés formés à traiter cette maladie, mais le plus souvent des médecins de second ordre sans grande réussite professionnelle, ou de jeunes médecins essayant de s'établir, car leur contact avec les pestiférés entraîne untaux de mortalité élevé parmi eux. AuXVIIe et auXVIIIe siècle, certains médecins portent un masque en forme de long bec blanc recourbé (ce bec decorbin fait qu'ils sont alors comparés à de lugubres vautours[3]) rempli d'herbes aromatiques conçues pour les protéger de l'air putride selon lathéorie des miasmes de l'époque.
Le papeClément VI engage plusieurs médecins de la peste pendant laPeste noire en1347 pour assister les malades d'Avignon. À cette occasion il leur accorde le privilège de réaliser desautopsies dans l'espoir de découvrir la cause du mal et sa thérapeutique[4].
La communauté des docteurs de peste est privilégiée : la ville d'Orvieto embauche Matteo fu-Ange en 1348 pour des honoraires quatre fois plus élevés qu'en temps normal (50 florins par an). Lorsque Barcelone dépêche deux médecins de peste àTortosa en 1650, des bandits les capturent en route et demandent une rançon payée par la ville de Barcelone.

Certains médecins de peste portent un costume spécifique, bien que des sources graphiques montrent une grande variété de vêtements non spécifiques.
Charles Delorme, premier médecin deLouis XIII, imagine en1619 un costume protecteur :« le nez long d'un demi pied (16 cm) en forme de bec, rempli de parfums n'a que deux trous, un de chaque côté à l'endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l'air qu'on respire l'impression des drogues renfermées plus avant le bec. Sous le manteau, on porte des bottines, faites de maroquin (cuir de bouc et de chèvre) du levant, des culottes de peau unie qui s'attachent aux dites bottines et une chemisette de peau unie, dont on renferme le bas dans les culottes, le chapeau et les gants sont aussi de même peau... des bésicles sur les yeux ». La tunique en lin ou en toile cirée et le cuir constituent sans doute une carapace contre les puces, protection se révélant efficace à l'usage, découverte empirique car ce mode de transmission n'est pas encore connu à l'époque. Des recherches récentes ont révélé que des réserves importantes doivent être appliquées en ce qui concerne les affirmations de Delorme[5]. Desépices etherbes aromatiques (thym, matières balsamiques,ambre,mélisse,camphre,clous de girofle,laudanum,myrrhe,pétales de rose,styrax,vinaigre des quatre voleurs) sont tassées ou imprègnent des éponges qui sont enfilées à l'intérieur du nez le plus souvent en carton bouilli ou en cuir[6]. Les médecins de la peste utilisaient une baguette de bois pour examiner leurs patients sans contact direct ou pour tenir les gens à distance.
Les médecins ont servi comme officiers desanté publique (à l'instar des chirurgiens-barbiers et des apothicaires) pendant les périodes d'épidémies. Dirigés par descommissaires de santé (capitaines ou prévôts de santé selon les époques), leur tâche principale, en plus de prendre soin des victimes de la peste, est l'enregistrement des décès dus à la peste. Enregistrement d'abord épisodique puis systématique dès leXVIIe siècle àLondres dans lesBills of Mortality (en) (registres de mortalité). Leur action a ainsi contribué à la naissance de la statistique sanitaire[7].
Assistant souvent aux agonies, il lui arrive de conseiller le patient et devenir l'exécuteur testamentaire. Après leMoyen Âge, la nature de la relation entre le médecin et le patient est alors régie par uncode d'éthique de plus en plus complexe pour éviter les abus et escroqueries, notamment en ce qui concernait lelegs.
Ces médecins, imprégnés de lathéorie des humeurs d'Hippocrate, pratiquent dessaignées et d'autres remèdes magiques comme placer des grenouilles sur lesbubons afin de « rééquilibrer les humeurs ». Ils utilisent une baguette (verge blanche ou rouge dite canne desaint Roch) pour examiner les malades ou des pinces à long manche pour les opérer à distance (ouverture oucautérisation des ganglions infectés). Pendant une épidémie, ils sont tenus à l'écart de la population et peuvent également être soumis àquarantaine.
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