Ministre de l'Économie et des Finances publiques entre 2006 et 2017 puis en 2019, au sein desgouvernements d'Evo Morales, il lui est souvent attribué la transformation économique du pays, l'augmentation duPIB, lanationalisation des industries deshydrocarbures et la réduction de lapauvreté. Après un cancer, il reprend brièvement ses fonctions, avant que lacrise électorale de 2019 n’entraîne la démission d'Evo Morales.
Alors que la situation économique se dégrade à partir de 2023 (pénurie de réserves de devises, forte inflation, baisse des exportations de gaz) et que de vives tensions se font jour avec Evo Morales, il perd en popularité et échappe à uncoup d'État en 2024. Désigné candidat du MAS à l'élection présidentielle de 2025, il est donné largement battu dans les sondages et renonce à briguer un second mandat. Après avoir quitté la présidence, il arrêté et incarcéré dans le cadre d'une affaire de corruption.
Luis Arce Catacora naît le 28 septembre 1963 dans la ville deLa Paz. Issu d'une famille d'originemestizo[1],[2] de la classe moyenne, il est le fils de Carlos Arce Gonzales et Olga Catacora, tous deux enseignants.
Il est ministre de l'Économie et des Finances publiques sous laprésidence d'Evo Morales entre et et de nouveau de janvier à. À ce titre, il est parfois qualifié de « père du miracle économique » bolivien en raison de lanationalisation du secteur deshydrocarbures en 2006, qui a permis de multiplier leproduit intérieur brut (PIB) par quatre, et de réduire le taux depauvreté de 60 % à 37 % en un peu plus de dix ans[6],[7]. L'« extrême pauvreté » diminue également de 38 % à 15 % sur la même période, soit de 2005 à 2018[8]. Arce orchestre également la nationalisation de plusieurs entreprises des domaines minier et destélécommunications.
En juin 2017, il doit quitter ses fonctions et se rendre auBrésil afin d'y subir une intervention chirurgicale pour un gravecancer du rein[9]. Après sa convalescence, il réintègre son poste en janvier 2019.
De à, il est en exil au Mexique[10]. Le, il est désigné par son parti, leMouvement vers le socialisme (MAS), comme candidat à l'élection présidentielle fixée au, avecDavid Choquehuanca comme colistier[11]. Ce dernier, issu d'une communauté indigène, a d'abord été annoncé comme précandidat[12], alors que le jeune syndicalisteAndrónico Rodríguez avait les faveurs de l'ancien président Morales[6]. Le, leTribunal suprême électoral donne deux jours à Arce pour compléter son dossier de candidature, sous peine d'être empêché de participer au scrutin. Le MAS propose la présidente duSénat, Eva Copa, pour le remplacer dans ce cas de figure[13]. Le, sa candidature est validée[14].
Le, à l'appel d'Arce, des milliers de sympathisants du MAS manifestent pour s'opposer à un nouveau report du scrutin prévu par le gouvernement, qu'ils estiment lié à la possibilité pour leur candidat de le remporter[15]. Le, le Tribunal suprême électoral adopte une résolution empêchant tout nouveau report[16].
Le pouvoir bolivien annonce, le, entreprendre des poursuites judiciaires contre Luis Arce pour des « dommages financiers » qu'il aurait causés à l’État lorsqu’il était ministre de l’Économie et des Finances publiques[17]. Une autre enquête est ouverte contre lui début octobre concernant sa participation à la « fraude électorale » de 2019, puis une troisième le 9 octobre, à neuf jours du scrutin, pour « enrichissement illicite »[18].
L’alliance politiqueCreemos, de son adversaire d’extrême droiteLuis Fernando Camacho, dépose en juillet une demande formelle d’interdiction du MAS devant les autorités électorales. La sénatrice conservatrice Carmen Eva González présente également un recours demandant l'interdiction du MAS, l'accusant d'avoir commenté des sondages hors des périodes autorisées[18].
D'après un premier sondage à la sortie des urnes, commandé par la chaîne privéeUnitel, Arce est donné vainqueur au premier tour de l'élection présidentielle, avec une première estimation à 52,4 % des suffrages, devançantCarlos Mesa, son principal concurrent, de plus de 20 points (31,5 % des suffrages selon les premières estimations)[19]. Il est félicité dans la foulée par la présidente sortante,Jeanine Áñez[20]. Le décompte final lui donne 55,10 % des suffrages[21], contre 28,83 % pour le second Carlos Mesa. Il hérite alors d’une situation économique extrêmement mauvaise après une année d’administration dugouvernement intérimaire de Jeanine Añez, et en particulier sa gestion de lapandémie de Covid-19[22].
Luis Arce et son vice-présidentDavid Choquehuanca, le jour de leur investiture.
Le, des manifestations et des blocages de route ont lieu dans tout le pays à l'appel d'un groupe d'extrême droite, leComité civique pro-Santa Cruz, qui conteste les résultats desélections générales gagnées par la gauche. Orlando Gutiérrez, le leader de la Fédération unitaire des travailleurs des mines de Bolivie, pressenti pour devenir ministre, est tué par des manifestants[23]. Le quartier général de campagne d'Arce àLa Paz est visé par un attentat à la dynamite alors qu'il y rencontrait le chef du MAS, Sebastián Michel. La tentative d'assassinat ne fait toutefois pas de blessés[24],[25]. Le ministre de la Défense du gouvernement Áñez, Luis Fernando López, et des officiers boliviens ont envisagé un coup d’État afin d’empêcher l'investiture de Luis Arce et faire annuler les élections, cherchant notamment à recruter des mercenaires américains, selon des enregistrements divulgués en 2021 par le site d'investigationThe Intercept[26].
Sa première mesure est de mettre en place un « bon contre la faim » pour tous les Boliviens âgés de plus de 18 ans qui ne reçoivent plus de revenus[29]. Cette mesure est financée par l'introduction d'un impôt sur les grandes fortunes[30].
Ses interventions à l'approche des électionsrégionales et municipales de 2021 font face aux critiques de l’opposition, qui les considère comme du « chantage »[31] : dans quatredépartements, lors d'inaugurations d'infrastructures publiques ou de livraisons devaccins contre la Covid-19, le président incite en effet les électeurs à choisir desautorités départementales etmunicipales avec lesquelles le gouvernement central pourra se coordonner et travailler[32],[33]. Intervenant moins de cinq mois après l’élection présidentielle, ces scrutins locaux sont marqués par un recul du MAS au pouvoir, qui est défait par l’opposition de la droite et du centre dans les principales villes du pays :La Paz,El Alto,Santa Cruz de la Sierra ou encoreCochabamba, le fief d'Evo Morales[34]. Néanmoins, encore largement majoritaire dans les campagnes, le MAS remporte 240 municipalités sur 336[35].
Le Sénat et la Chambre des députés approuvent le 30 octobre 2020 un rapport demandant des poursuites contreJeanine Áñez et onze de ses ministres pour leur responsabilité dans les massacres qui avaient suivi la chute d'Evo Morales un an auparavant[36]. Le 2021, l’ancienne présidente Jeanine Áñez, plusieurs membres de son gouvernement ainsi que des dirigeants des forces de l'ordre sont arrêtés pour « sédition » et « terrorisme » lors du changement de gouvernement de 2019[37],[38]. Dans les jours qui suivent, ces arrestations fracturent à nouveau la société bolivienne et conduisent des dizaines de milliers de personnes à manifester[39],[40]. Sans toutefois fournir de preuves, l’opposition accuse le nouveau pouvoir de persécution politique et de s'immiscer dans le processus judiciaire[41],[42]. L’ONGAmnesty International exprime alors ses doutes sur l’indépendance de la justice en Bolivie, indiquant que« la détention de Jeanine Añez et d’autres ex-fonctionnaires semble suivre un modèle habituel : un usage partial de la justice »[43].
Le gouvernement Arce crée en 2022 un fonds pour indemniser les victimes des dictatures qui ont ensanglanté le pays de 1964 à 1982[44].
En dépit d'une confortable victoire électorale en octobre 2020 le gouvernement de Luis Arce se révèle fragile. Il bénéficie d'un large soutien dans les secteurs subalternes de la population, comme les paysans ou les mineurs, mais est contesté par la plus grande partie de la classe moyenne urbaine ainsi que par la quasi-totalité des catégories supérieures. L'opposition comprend ainsi la plupart des pouvoirs de facto du pays : l'élite économique, les églises, les universités, les associations professionnelles et les grands médias[45],[46].
En octobre 2021, l'opposition convoque de grandes manifestations pour s'opposer au projet de loi visant à lutter contre le financement des activités illégales et leblanchiment d'argent. Celui-ci inquiète le secteur des travailleurs informels, qui emploie plus de la moitié de la population active, qui craignent que la loi soit le prétexte à un contrôle accru de leurs activités économiques, tandis que les médias évoquent le risque de basculement du gouvernement dans la dictature. À partir du 8 novembre, l'opposition décrète un blocage illimité des principaux axes de transport afin de déstabiliser l'économie. La grève s'enracine en particulier dans ledépartement de Santa Cruz, où leComité civique pro-Santa Cruz, qui regroupe les élites économiques locales, organise le blocage de la capitale départementale. Dans ledépartement de Potosí, les blocages organisés par le Comité civique de Potosi, organisation similaire au Comité civique de Santa Cruz, finissent en affrontements avec des sympathisants du MAS et provoquent la mort de l'un d'entre eux. Face à une situation qui se détériore, le gouvernement renonce à son projet de loi[46].
En octobre et novembre 2022, le Comité civique pro-Santa Cruz et le gouverneurLuis Fernando Camacho organisent à nouveau des grèves et manifestations dans le département pour exiger du gouvernement qu'il anticipe d'un an le recensement de la population, dont l'enjeu est la répartition des sièges au Parlement. La forte croissance démographique du département devrait lui permettre de gagner plusieurs sièges, le dernier recensement remontant à 2012. Le mouvement s'étend à d'autres revendications comme l'autonomie régionale, réclamée par le chef du comité, Romulo Castro. Le département avait déjà connu destroubles sécessionnistes en 2008 qui avaient généré des dizaines de morts[47].
Le blocage provoque des pertes économiques estimées à 1 milliard de dollars et les affrontements entre grévistes et non-grévistes font au moins quatre morts et plus de 170 blessés. L'ONU a condamné les violences « inacceptables », des actes de racisme envers des femmes autochtonesayoreo qui tentaient de lever un piquet de grève dans l'est du pays, un cas deviol collectif, et les attaques contre des organisations sociales paysannes et ouvrières favorables au gouvernement[47].
Letaux d'inflation de la Bolivie est en 2022 le plus bas du continent américain, contribuant à la forte popularité de Luis Arce[48].
La production degaz naturel, la principale ressource à l'exportation de la Bolivie, diminue en raison des investissements insuffisants et de l'épuisement des gisements[49]. Dans le même temps, le gouvernement accélère les efforts d’industrialisation dans le but de réduire les importations et de diversifier l'économie, et place lelithium au centre de cette stratégie. À cet objectif économique s'ajoute une volonté « décoloniale », celle de faire profiter l'exploitation de cette ressource aux Boliviens et non à desmultinationales[50].
Luis Arce, issu des classes moyennes urbaines et ancienhaut fonctionnaire, présente un profil plustechnocratique et modéré que l'ancien président Evo Morales, d'origine paysanne et ancien militant provenant de mouvements sociaux. Ainsi, lors de son passage au ministère de l’Économie, il avait veillé à contenir les conflits avec les marchés financiers et les investisseurs internationaux, et fait de la maîtrise de l'inflation et des dépenses publiques l'une de ses priorités. Devenu président, il prend certaines distances avec les mouvements sociaux, sur lesquels s'appuyait particulièrement Evo Morales, et son style de gouvernance est notamment comparé à celui de l'ancien président équatorienRafael Correa. Qualifié de « technique », la composition de songouvernement est éloignée de la garde de Morales[51]. Dans l’ensemble, son administration cherche prioritairement à rétablir la stabilité de la Bolivie, fortement éprouvée par lacrise politique de 2019 et la crise économique de 2020, et s'éloigne des aspirations transformatrices de laprésidence Morales. Néanmoins, les divergences idéologiques entre Luis Arce et son prédécesseur restent faibles, les désaccords portant avant tout sur le mode de gouvernance[48].
Les tensions entre les partisans de Luis Arce et ceux d'Evo Morales s'accroissent durant l'année 2023, notamment lorsque les députés pro-Morales s'allient avec l’opposition pour censurer leministre du Gouvernement,Eduardo del Castillo. Lors d'un congrès du MAS organisé en octobre 2023, Luis Arce est exclu du parti, qui désigne Evo Morales pour être son candidat à l'élection présidentielle de 2025. Le président Arce conserve cependant l'appui de beaucoup de militants et d’organisations sociales[52],[53]. Deux factions au sein du parti coexistent dès lors. En décembre 2023, le Tribunal constitutionnel revient sur sa jurisprudence de 2017 en interdisant le nombre de mandats présidentiels illimité, ce qui rend Evo Morales inéligible pour un retour au pouvoir[54].
Le, la faction du MAS fidèle au président Arce désigne Grover García comme président du MAS[55], nomination non reconnue par la faction fidèle à Morales. En novembre 2024, leTribunal suprême électoral vient donner raison à la faction du président Arce en statuant que le président du parti est García[56], incitant Evo Morales à fonder un nouveau parti[57].
Le 26 juin 2024, le généralJuan José Zúñiga, commandant de l'armée bolivienne, tente un coup d'État en envoyant des troupes s'emparer de laplace Murillo à La Paz, la capitale administrative du pays, et prendre d'assaut laCasa Grande del Pueblo, le palais présidentiel. La veille, le président Luis Arce avait démis Zúñiga de son poste en raison de prétendues menaces proférées contre l'ancien président Evo Morales[58],[59].
Candidature avortée à la présidentielle de 2025 et fin de mandat
Courant 2025, alors qu'il est confronté à une crise économique et à des sondages défavorables, il est désigné candidat auxélections générales boliviennes de 2025 par le MAS. Le 14 mai 2025, il annonce renoncer à briguer un deuxième mandat[60].
Arce est désigné tête de liste au Sénat, tandis qu'Eduardo del Castillo est désigné candidat à la présidence[61].
Le, deux jours avant la fin dugouvernement Arce, le chef du MAS, Grover García, annonce que le parti a convenu d'exclure de ses rangs le président Luis Arce et d'ouvrir une procédure disciplinaire interne à son égard en raison de détournement présumé de cotisations, de trahison durant le processus électoral, d'allégations de corruption non résolues et de mauvaise gestion du gouvernement[62].
Le, dans son dernier discours en tant queprésident de l'État plurinational, Luis Arce est particulièrement amer à l'égard de l'ancien présidentEvo Morales. Il l'accuse d'avoir « détruit son gouvernement » et avertit qu'il fera la même chose avec tout autre adversaire politique. Il affirme que les divisions au sein duMAS sont dues à la « soif de pouvoir » de Morales, qui, selon lui, n'acceptera aucun autre poste que le siège présidentiel et a toujours refusé que de nouveaux dirigeants émergent au sein du MAS. Il affirme également que les blocus mis en place par les partisans de Morales pendant plus de 90 jours sur les principales routes du pays ont entraîné des pertes économiques de plus de 5 milliards de dollars US et l'impossibilité d'approvisionner le pays en carburant. Malgré cela, il indique que son gouvernement a réussi à faire passer ladette extérieure du pays de 33 % à 23 % duproduit intérieur brut et qu'il a « su préserver la paix sociale, la démocratie et la vie »[63].
Le candidat de centre droitRodrigo Paz Pereira remporte l'élection au second tour face au candidat de droite, l'ancien présidentJorge Quiroga Ramírez, et succède officiellement à Luis Arce le.
Le, Luis Arces est arrêté et placé en détention provisoire dans le cadre d'uneaffaire politico-financière dedétournement de fonds publics. Il est accusé d'avoir transférer illégalement des fonds publics vers des comptes personnels de dirigeants paysans lorsqu'il était ministre de l'Économie entre 2006 et 2019[64]. L'ancien président proteste de son innocence et dénonce une manipulation politique[65].