Harcelé par sa famille, criblé de dettes et pressé par ses puissants voisins (Savoie,Comtat Venaissin etDauphiné), il a fini par remettre son comté entre les mains duroi de France, en 1419.
Cousin germain du comteAymar VIle Gros, sans postérité, il est désigné héritier des terres et du titre de comte de Valentinois et de Diois en 1374.
Louis de Poitiers, deuxième du nom, rend hommage aupape pour ses terres sous juridiction avignonnaise le après avoir solidifié ses acquis surChâteauneuf-de-Mazenc, laissé en fief à sa tante la comtesse douairière Alixla Major. Il reçoit le l’hommage de ses vassaux àCrest et débrouille avec son gouverneur Eynier du Puy un conflit sur la succession de l’un d’eux, Amédée deChabrillan.
Il faut attendre la fin de l’année 1377 pour que Louis et leroi de France trouvent enfin un accord sur le dénombrement des terres du comté qui dépendent du royaume, notamment enDauphiné et enVivarais[1]. Le comte de Valentinois enverra alors son écuyer Étienne Seytre rendre l’hommage au roi de France pour ses terres en Dauphiné[2].
Cette lutte pour le pouvoir surMontélimar, de 1374 à 1409, est l’enjeu majeur du règne de Louis II sur le Valentinois.
Le conflit remonte à 1360, lorsqu’à la mort de son oncle Gaucher, Hugues IVAdhémar seigneur de Monteil et de La Garde hérite de fiefs que les comtes de Valentinois considèrent commerendables[3]. Hugues fait appel aupape[4] qui se prononce le en faveur de son beau-frère[5] en lui reconnaissant les droits sur un quart de la ville de Montélimar et sur le château de Narbonne, qui la surplombe. Hugues Adhémar proteste et relance le procès[6].
À la mort d’Aymarle Gros (1374), son successeur Louis II demande l’hommage d’Hugues Adhémar et, sur son refus, saisit le château d’Ancône qu’il donne en fief à son cousin le vicomteElzéar d'Uzès. De mauvaise grâce, Hugues finit par reconnaître le la suzeraineté de Louis II sur ses terres en comté de Valentinois, dontLa Garde et sa co-seigneurie deSavasse, mais le procès relancé en 1371 reste pendant[7].
Louis II demande, sur une autre partie de la co-seigneurie de Montélimar, l’hommage de Giraud XIAdhémar, seigneur de Grignan et d’Aps. Avec l’accord deGrégoire XI obtenu le, Giraud Adhémar s’incline le suivant devant Louis II tout en lui demandant son assistance contre Louisd’Anduze, seigneur deLa Voulte, avec lequel il est en conflit successoral[8].
À la suite du départ dusiège pontifical d’Avignon vers Rome et en l’absence d’avancées significatives du procès de 1371 sur Montélimar, Louis II entend renforcer son emprise sur Montélimar. Il s’empare fin 1377 du château d’Hugues Adhémar qu’il démantèle, utilisant les matériaux pour renforcer son château de Narbonne. Hugues demande alors l’appui deCharles de Bouville, gouverneur duDauphiné. Le, présents aux États du Dauphiné à Grenoble, Louis et Charles de Poitiers se voient signifier par Bouville que désormais, Hugues et Giraud Adhémar sont sous la sauvegarde delphinale. Louis maintient cependant ses troupes à Montélimar[9].
Au même moment, l’empereurCharles est en France. Il passe noël à Saint-Denis puis rencontre son neveuCharlesle Sage à Paris, où il confie le[10] à son petit-neveu de 10 ans, ledauphin, le vicariat sur leroyaume d’Arles. La lieutenance de ce vicariat est rapidement confiée au gouverneur du Dauphiné[11], qui fait aussitôt figurer les armes de l’Empire et du Dauphin sur les châteaux de Grignan et de La Garde[12].
Devant cette prise de positions, Louis II en appelle aupape pour la défense de Montélimar et s’empare militairement de plusieurs châteaux d’Hugues Adhémar enValdaine. Apprenant la mort de Grégoire XI et la nomination d’Urbain VI[13], le gouverneur du Dauphiné convoque Louis à Grenoble par courrier () et envoie Hugues des Ores, commissaire et Jean d’Acher, sergent d’armes à Montélimar où ils sont reçus le sous les quolibets et les insultes. Louis II arrive à Grenoble le et proteste, mais rend quand même l’hommage pour ses terres situées en Dauphiné[14].
Le, Avignon finit par réagir à la demande de protection de Louis en envoyant un vice-légat rappeler les droits pontificaux sur Montélimar. Hugues Adhémar de La Garde proteste et relance la procédure de 1371 dont l’instruction, dans un contexte de conflit naissant entre Rome et Avignon[15], n’est toujours pas jugée prioritaire : ce n’est que le que le papeClément VII condamne Louis II à rendre à Hugues sa co-seigneurie sur un quart de Montélimar et ses châteaux saisis, contre l’hommage du seigneur de La Garde au comte de Valentinois[16].
De son côté, Giraud Adhémar de Grignan rend hommage au comte Louis pour sa moitié de la co-seigneurie de Montélimar et ses châteaux du sud-ouest de la Valdaine le. Afin d’éviter de nouveaux conflits, le pape échangera le cette portion de Montélimar contreGrillon[17].
À la mort d’Hugues Adhémar de La Garde, son fils Lambert (v.1350-ap.1404)[18] rend à Louis II l’hommage pour ses possessions en terres comtales le. Lambert fait son testament en défaveur de ses frères le[19] et désigne son cousin Guyot Adhémar de Grignan, seigneur d’Aps (ap. 1345 -)[20], qui vend ses droits au comte de Valentinois le.
Évidemment, un litige subsiste et Guyot Adhémar envoie les seigneursde Grolée etd'Entremont avec leurs gens d’armes savoyards prendre le château deClansayes[21], à partir duquel ils font des raids aux alentours de Montélimar. Toutes tentatives restées vaines, Louis II fait appel au gouverneur du Dauphiné et le,Guillaume de Layre[22] donne l’ordre d’expulser les occupants de Clansayes, dont les habitants vont devoir traiter avec leur comte. Guyot Adhémar reste en retrait[23] mais les seigneurs de Grolée et d’Entremont continuent à lutter contre le comte de Valentinois, qui en 1408 en appelle directement au roi.Charlesle Fol envoie Jean d’Hangest,Grand-maître des Arbalétriers, pour clore l’affaire : Grolée négociera jusqu’en 1409[24].
En 35 années de procédures et de combats, le comte Louis II de Poitiers aura à peine réussi à maintenir ses prétentions sur la co-seigneurie de Montélimar. L’ensemble de cette co-seigneurie passera sous domination delphinale en 1447[25].
L’époque de Louis II de Poitiers est marquée par laGuerre de Cent Ans (1337-1453), le début duschisme d'Occident, l’aventure desAnjou enProvence et, plus particulièrement, par les bandes armées démobilisées qui ravagent les campagnes entre deux conflits. Ces bandes, lesGrandes Compagnies, vont faire de fréquents allers et retours par le couloir rhodanien et concernent directement le comte de Valentinois dont les terres sont principalement situées en moyenne vallée du Rhône.
Dans le cadre du conflit franco-anglais, Louis de Poitiers combat quelque temps sous les ordres duduc de Bourgogne au second semestre 1380[26]. Il assiste sans doute au sacre deCharles VI àReims le et revient dans son comté début 1381, où il reçoit l’hommage de ses vassaux puis rend hommage augouverneur du Dauphiné pour le compte du nouveau roi le[27].
Une compagnie d’Anglais se rend maître duchâteau de Soyons en 1381 : Louis fait élever et réparer les fortifications de Crest[28], tant pour se protéger de cette bande que pour adapter ses défenses à l’usage, en plein développement, de l’artillerie dans les conflits.
En 1383, répondant à l’appel duduc d’Anjou, le comte de Valentinois prend part aux opérations contre l’Union d'Aix, sans toutefois le suivre en Italie : il signe un acte àUpie le. Il sera également présent auxÉtats de Dauphiné du àRomans, oùEnguerrand d'Eudin, nouveau gouverneur de Dauphiné, siège aux côtés dePhilippele Hardi venu appeler à la conquête de l’Angleterre[29].
On le retrouve aux États à Vienne le, où il s’engage à prendre sa part de la défense du Dauphiné contre les Grandes compagnies en fournissant 20 des 400 lances et 10 des 200 arbalétriers : il est vrai qu’il est directement concerné. Cette protection semble temporairement efficace[30].
Le roiCharlesle Fol part de Lyon en pour aller en Avignon préparer avecClément VII une offensive contreUrbain VI[31]. Celle-ci se solde par un échec et les armées royales du comted'Armagnac, de retour d’Italie au second semestre 1391, se transforment en bandes armées qui s’installent dans le Sisteronais, le Gapençais[32], le Diois[33] et sur les terres comtales où ils prennentLa Vache,Fiancey et le château dePellafol. Une autre bande, rescapée d’Italie sous les ordres d’Amaury de Sévérac, passera les Alpes la même année et aura la chance de rançonner directement le comte de Valentinois, leprince d’Orange et l’évêque de Valence et de Die, pris par surprise[34]. Le comte de Valentinois désigne Guillaume, bâtard de Poitiers[35] comme lieutenant pour pacifier ses terres[36] ; celui-ci négocie avec Eygluy[37] et s’arrange avec Humbert de Beaumont pour reprendre Pellafol[38]. En revanche, leBâtard de Bertusan tient toujours La Vache et Fiancey qu’il ne libèrera qu’après avoir été payé[39].
Ces tentatives de pacification ne sont pas suffisantes et le, une partie des villes rhodaniennes du comte Louis envoient, avec Valence[40], des députés à Paris demander la protection delphinale : ils sont très bien reçus[41] et ce résultat est ratifié par les bourgeois de Valence malgré l’opposition du comte-évêque de Valence[42].
Fin 1410 réapparaît la bande de routiers deJean de Broquiers, qui s’était fait remarquer à Clansayes trois ans plus tôt : de retour du siège d’Avignon[43], ce capitaine tente de repasser le Rhône en remontant vers le nord. Louis II charge son fils bâtard Lancelot de rassembler des nobles et gens d’armes pour s’y opposer, mais il lui faudra l’aide du bailli desBaronnies, Guigue de Sassenage[44] dépêché le par le gouverneurRégnier Pot pour y parvenir[45].
C’est avec Jacques de Montmaur, gouverneur du Dauphiné (1391-1399 puis 1406) qu’est évoquée pour la première fois la vente du comté de Valentinois et de Diois à la France. Accablé de dettes[46] et d’ennuis familiaux, le comte Louis déclare le vouloir léguer ses États au roi de France, sous réserve que ce dernier le laisse en jouir en paix jusqu’à sa mort[47]. Louis II devenant insistant, le roi le met sous sa protection par ordre donné au gouverneur le, tout en usant de son pouvoir de vicaire impérial pour prendre la main sur la haute justice dès 1394[48].
L’intervention de l’évêque Jean de Poitiers en 1396[49] permet de ralentir encore les négociations et rapproche Louis II du pape avignonnaisBenoît XIII (avec lequel l’évêque subira 7 mois de siège en Avignon, jusqu’à). En réaction, le,le roi demande à son nouveau gouverneur[50] de saisir les châteaux deMazenc et de Leyne[51] qui devaient revenir à Louis II à la mort de sa tante lacomtesse Major[52]. Un nouveau pas est franchi le, lorsque sur ordre duduc de Bourgogne, le gouverneur Boucicaut saisit les possessions comtales en Dauphiné et y installe des garnisons. Le roi espère ainsi récupérer le comté au plus tôt[53].
Ayant déjà vendu de nombreuses terres pour combler ce manque de revenus[54], le comte de Valentinois n’a d’autre choix que se rapprocher à nouveau de la couronne de France. Il renouvelle son offre, moyennant 100.000 écus afin de régler ses dettes. En, le roi tente de lever un impôt en Dauphiné pour réunir la somme, sans succès[55] et Louis II est obligé d’accorder un sursis à ce paiement, renouvelé le. Les États du Dauphiné finissent par accorder une partie de la somme en[56].
Pour le solde, Louis II doit encore attendre. Le,Louis, duc de Guyenne[57], accompagné par Jean de Poitiers, entre en possession du Dauphiné et promet le versement des 70.000 écus restants. Mais les caisses sont vides et le roi envoieJacques Gélu faire patienter le comte : une nouvelle prorogation du versement est accordée pour le, puis pour 1412, puis pour 1413[58]. Devenu quelque peu impatient, Louis II commence à revenir sur l’accord de 1404 ; aussitôt, le roi puis le dauphin[59] ratifient le traité de cession[60], poussés par Jean de Poitiers[61].
De guerre lasse, malgré les incessants retards de paiement et usé par ses démêlés familiaux, Louis II comte de Valentinois et de Diois confirme le l'accord de 1404 devant le représentant du roi,Guillaume Saignet,sénéchal de Beaucaire, avec une clause pour doter son bâtard Lancelot de Châteauneuf-de-Mazenc, l'intégration de ses États au Dauphiné[62] et l’obligation de perpétuer les poursuites contre Jean et Louis de Poitiers de Saint-Vallier[63]. Louis II meurt moins de deux ans plus tard.
Son mari Aymarle Gros lui a offert le diverses seigneuries en royaume de France (rive droite du Rhône) ainsi queChâteauneuf-de-Mazenc le ; son héritage à la mort d’Aymar est conditionné à la charge d’entretenir le comte Louis II. Elle préfère conserver ses possessions en royaume ainsi que Châteauneuf,Savasse et le péage deLeyne et laisse le reste à Louis II[65] (du moins dans un premier temps).
Teste le et meurt avant 1406.
Oncle Amédée de Poitiers (+ v. 1350), seigneur de Saint-Vallier, fils du comte Aymar V et frère aîné d’Aymaret.
Sa fille aînée Antonie a épousé Aymardde Seyssel seigneur d'Aix,
Sa fille cadette Marguerite a épousé Geoffroyde Bressieu.
L’un de ses frères,Henri de Poitiers évêque deTroyes, lui a laissé à sa mort (1370) tous ses droits sur l’héritage paternel[66]. Charles se considère comme l’héritier naturel du comté de Valentinois et Diois.
Son fils aîné, Louis, lui succède en 1410 à la tête de la branche des Poitiers de Saint-Vallier.
Louise, qui est fiancée le àHumbert de Villars (+1400), seigneur de Rossillon et de Trévoux, fils deHumbert VII de Thoire et de Marie de Genève. Elle l’épousera le et décède sans enfants. Il devientcomte de Genève, à la suite de ses oncles. Sans postérité[69],[70].
La seconde fille de Louis II et Cécile se marie fin avec Aubert de Trassy[71]. Pour la doter convenablement, Louis II a engagé les impôts de la ville de Crest sur une dizaine d’années ; cette dette s’éteindra le[72].
Remarié en à Chambéry avec Guillemette de Gruyère[73], fille du chevalier Raoul deGruyère et d’Antoinettede Salins, dame deMontferrand et de Vaugrenant[74]. Ils n’auront pas d’enfants. Guillemette survit à Louis, teste en 1473 et meurt sans doute peu après[75].
Lancelot de Poitiers, légitimé seigneur de Châteauneuf-de-Mazenc par le testament de son père en 1419, épouse en 1421 Delphine Adhémar, dame deSaint-Auban[77].
Guiotte de Poitiers, épouse le l’écuyer Antoine de Cornillan, seigneur deBaume-Cornillane.
Catherine de Poitiers, épouse du vivant de son père l’écuyer Guillaume deVesc, seigneur d'Espeluche. Elle teste en 1459 en faveur de son fils Talabard de Vesc.
Marguerite, Guillemette et Marie, à qui leur père lègue 1000 florins chacune plus 100 florins pour chaque robe de mariage à venir[78].
Louis a 20 ans en 1374 et semble mal armé pour résister à la pression familiale. En effet, l’héritage d’Aymar "le Gros" n’est pas constitué que d’un titre comtal et de terres, mais également de nombreux engagements financiers, notamment envers des membres de la famille des Poitiers.
Filles de l’oncle Amédée, Antonie de Seyssel et Marguerite de Bressieu réclament chacune une moitié de la succession. Les procès durent mais finissent par aboutir : Antonie obtiendra une compensation financière le et les filles de Marguerite, Alix et Béatrix, obtiendront également des indemnités le[80].
Fort du legs de son frère Henri, l’oncle Charles revendique le comté et s’élève contre son transfert à Louis II. Une première négociation se conclut en Avignon où le papeGrégoire XI (beau-frère de Charles et oncle de Louis) a convoqué les antagonistes en et le, Charles reconnaît Louis comme comte à condition de conserver ses territoires (Saint-Vallier, notamment) et de percevoir une somme importante[81] en échange de la baronnie deClérieux, une fois que Charles l’aura récupérée surÉdouard II de Beaujeu qui la tient de sa mère Marguerite de Poitiers[82]. Le à Crest, Charles rend l’hommage à Louis II[83], mais reprend bientôt les hostilités : sur une nouvelle intervention du papeGrégoire, il obtient en 1376 l’usufruit de Clérieux[84]. C’est ensuite vers la fin de l’année 1391 que Charles, informé de l’intention qu’a Louis de céder le comté à la couronne, fait part de nouvelles prétentions sur le château deChantemerle[85] et sur la baronnie de Clérieux[86]. Une fois encore, le litige s’éternise et se solde enfin le lorsque Louis cède l’intégralité de la baronnie de Clérieux et quelques terres en rive droite du Rhône[2], puis ses terres enVivarais (sauf Baix), y compris ses droits sur la baronnie de Chalencon dont Alix reste usufruitière[87]. Charles de Poitiers meurt en 1410, âgé de 80 ans, ayant testé le au bénéfice de son aîné, Louis[88].
La tante Alix, lacomtesse Major, a également des vues sur l’héritage de Louis. Profitant des revendications duvicomte de Turenne sur les terres provençales de Guillaume III en 1389[89], elle prend parti contre ses neveux le comte de Valentinois et l’évêque de Valence et confie à son demi-frèreTristanle Bâtard le soin d’affirmer militairement ses prérogatives sur les châteaux deMazenc,Savasse et sur le péage deLeyne[90].
À l’occasion d’un passage par le Dauphiné en, le roi désigne lecomte d'Armagnac pour contenir Turenne et, à la demande du comte Louis, faire pression sur Alix. Cette pression est assez forte[91] pour qu’Alix consente à s’accorder avec son neveu Louis lors de la trêve deMende[92] : elle recouvre ses châteaux en Vivarais et reconnaît l’autorité de Louis II sur les prises de Tristanle Bâtard en rive gauche du Rhône[31].
Il ne faut que peu de temps après la mort de Jean d’Armagnac en Italie[93] pour que Turenne reprenne les hostilités, profitant du retour des armées démobilisées[94]. Le, le roi nomme des commissaires pour ramener la paix et, sur intervention du gouverneur du Dauphiné, un traité est signé àSaint-Rémy le : Alixla Major est censée récupérer ses biens[95]. Mais Jacques de Montmaur[96] a pris soin de placer les châteaux de Mazenc, Savasse et Leyne sous l’autorité d’un capitaine, Dorète, pensant assurer ainsi la paix entre le comte de Valentinois et lacomtesse Major.
Bien évidemment, celle-ci n’en est pas satisfaite et fait déposer Dorète par son allié habituel, Tristanle Bâtard, lequel reprend ses guerres privées contre les comtés de Valentinois et de Valence. Une première négociation échoue en[97].Le pape, concerné, envoie lerecteur du Comtat avec ses troupes, épaulées par le lieutenant du Valentinois[98] : Savasse est assiégé et pris le, la tour du péage de Leyne est démolie le et le 20 commence le siège du château de Mazenc. Malgré une résistance acharnée du lieutenant de Tristan, LouisMars de Tournemine[99], et grâce à l’intervention de Jacques de Montmaur[100],Châteauneuf-de-Mazenc se rend le. Cette fois-ci, le gouverneur du Dauphiné confie Châteauneuf à un damoiseau, Guillaumed'Hostun[101].
Cette série de sièges et l’intervention concertée d’Avignon et du Dauphiné sur les terres de Valentinois semblent avoir porté leurs fruits : Alixla Major et les Beaufort n’interviendront plus directement dans les affaires de Louis II.
En marge des aventures de Turenne en Valentinois, le comte Louis a dû faire face à d’autres ennuis légués par son prédécesseur : en 1389, François deBeaumont et son fils Humbert[102] réclament une vieille dette concernant la vente d’Autichamp et du château deRochefort à Aymarle Gros[103]. Le ton monte et, depuis son château dePellafol, Humbert de Beaumont attaque sans distinction des possessions du Valentinois et des évêques de Valence et de Die[104]. Louis II semble négocier seul le traité du par lequel Humbert abandonne toute velléité. François et Polie de Beaumont, en revanche, poursuivent le conflit par le biais des tribunaux : divers actes, entre 1402 et 1409, montrent les difficultés de Louis II à leur payer les 1200 florins qu’ils réclament[105].
Louis de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, déclare peu après le décès de son père Charles vouloir revenir sur le traité de 1404, par lequel Louis II s’engageait à céder son comté au roi-dauphin de France. Très vite, le roi de France () et le Dauphin () ratifient le traité de cession du comté[60]. Son frère Jean, qui en tant qu’évêque deValence avait servi de négociateur entre Louis II et le roi-dauphinCharlesle Fol, soutient ouvertement la cause des Saint-Vallier, surtout après avoir été nommérecteur du Comtat Venaissin par le papeAlexandre V[106].
Dans ces conditions, Louis et Jean de Poitiers-Saint-Vallier décident de forcer les choses : reçu le par son comte de cousin en visite inopinée au château de Grâne, Louis de Saint-Vallier y introduit discrètement son évêque de frère avec une vingtaine d’hommes d’armes qui se rendent maîtres du château. Lancelots et ses trois petites sœurs, enfants illégitimes de Louis II, sont maîtrisés et le comte est emprisonné, assez durement pour qu’il signe sur son honneur le un engagement de sa succession en faveur des Saint-Vallier. Il est relâché au matin du 18[108].
Cependant, cette séquestration est rapidement connue. Dès le, le Conseil delphinal qui siège à Grenoble en est informé et, en l’absence du gouverneurHenrile Roux, envoie deux délégués à Crest : Aubert Faure, trésorier général et Jacques de Saint-Germain, avocat fiscal et procureur général, commencent leur enquête le. Quelques vassaux du comte arrivent à le voir dans sa geôle et le, les seigneurs de La Roche et de Montlaur en appellent à Barthélémy La Vernade, lieutenant du sénéchal de Beaucaire, auprès de qui le comte Louis se tournera également dès sa libération[109].
Bien qu’obtenue sous la contrainte, la promesse donnée par Louis II à ses cousins engage son honneur. Le comte convoque ses vassaux à Saint-Sauveur de Crest le pour leur demander de prêter serment sur cet engagement : ils refusent, par loyauté. Louis II demande alors à être délié de son serment auconcile de Constance, qui en réponse missionne le l’official de Viviers pour enquêter[110]. Sans doute rasséréné, le comte Louis II confirme le l'accord de 1404 devant le représentant du roi,Guillaume Ségnier,sénéchal de Beaucaire ; le roi s'engage en contrepartie à poursuivre Jean et Louis de Poitiers-Saint-Vallier[111].
De l’official de Viviers, l’affaire passe entre les mains du cardinal Othon Colonna qui, ayant d’autres préoccupations plus pressantes, fait nommer à sa place un archevêque qui connaît bien ce dossier,Conzié. Le, le concile de Constance élit un nouveau pape : Othon Colonna prend le nom deMartin V. Aussitôt, Louis II de Poitiers lui adresse une requête en annulation de serment et une plainte contre l’évêque de Valence et de Die, Jean de Poitiers[112].
Si d’un côté Martin V renouvelle le Jean de Poitiers dans ses fonctions derecteur, il commande néanmoins à Conzié de finir son enquête () et reconnaît, le, la nullité du serment de Grâne[113].
Atteint, semble-t-il, par la dureté de son emprisonnement, le comte Louis II de Poitiers teste le dans son château deBaix en Vivarais. Il fait de nombreuses dotations, notamment aux congrégations religieuses de son comté, et lègue de quoi terminer la voûte de l’église de Crest dans laquelle il désire être inhumé. Ses enfants légitimes, légitimés et illégitimes ne sont pas oubliés. Il réitère enfin l’accord de 1417 : en l’absence d’héritier mâle, le comté ira au dauphinCharles VII sous réserve d’un versement de 50.000 écus d’or et de la poursuite du procès contre Louis et Jean de Poitiers ; en l’absence de conclusion à ces réserves le comté ira auduc de Savoie, aux mêmes conditions, enfin à l’Église par défaut[114].
Louis II de Poitiers, dernier comte autonome de Valentinois, meurt à Baix le. Conformément à son souhait, il a été inhumé à l’église des Cordeliers de Crest[115].
En l’absence de paiement de la part de Charles VII, le ducde Savoie va s’emparer du comté de Valentinois et de Diois, qui ne sera effectivement intégré au Dauphiné qu’en 1455 (Traité de Paris).
↑Le 23 janvier. Bouville s’en doutait-il en prenant les Adhémar sous sa protection, ou a-t-il simplement misé sur l’éloignement de la cour pontificale ?
↑Le retour su siège pontifical à Rome, associé au caractère tyrannique d’Urbain VI et aux prétentions politiques de Charles V, seront à l’origine duGrand Schisme d’Occident, consommé le 13 octobre 1378 avec l’élection au conclave de Fondi d’un autre pape, le franco-savoyard Clément VII, qui s’installe en Avignon.
↑Bien qu’ayant un atelier de frappe monétaire àUpie ouChabrillan sous les ordres de Guillaume Sestre et de Pierre Bodin, bien qu’en ayant ouvert un autre àCrest dirigé par Pierre Chabert, trésorier général et Philippe Bronchal, maître général des monnaies, le comte Louis II a du mal à faire face à ses nombreuses dépenses :Chevalier 1897,p. 391-392.
↑Il a vendu les terres et le château de Saint-Aubain à Béatrixde Bressieu et la ville et terre deCharpey au chevalier Guillaume de Roussillon, seigneur duBouchage et futur maréchal du Dauphiné (1417). Il a également vendu ses terres deMezant et desEstables avec le péage deMaupas àl’Hermite deLa Faye :duChesne 1628,p. 63-64.
↑Le statut spécial du Dauphiné ne permet pas au roi de lever un impôt sans l’accord des Trois États de la province
↑Le roi a-t-il été influencé parle pape et par l'empereur Sigismond, lors de sa visite en Savoie, puis à Vienne (2 août 1415) et à Valence (4 août) en direction d'Avignon ? Toujours est-il qu’il ne juge pas nécessaire de redemander le vicariat du royaume d’Arles (Chevalier 1897,p. 437).
↑En terres et en lois, mais pas en titre : le Dauphin sera dès lorsprince de Viennois et comte de Valentinois et de Diois.
↑Avant le printemps 1392, avec les hommes de Guillaume Bernardle Breton, il s’empare deChâteauneuf-de-Mazenc d’où leBreton va ravager le pays : le village deRochefort-en-Valdaine fait partie de ses victimes.
↑Guillaume bâtard de Poitiers a été nommé lieutenant par le comte Louis en 1391 (cfsupra).
↑Sans doute apparenté aux Tournemine de la cour ducale de Bretagne ?
↑Le gouverneur du Dauphiné agit ici en tant que lieutenant du vicaire du royaume d’Arles, en vertu des pouvoirs conférés en 1378 audauphin Charles par l’empereur Charles.
↑François I seigneur dela Freyte etdes Adrets enGrésivaudan, époux de Polie de Chabrillan (1350), fils d’Artaud IV et de Marguerite de Rochefort, rend l’hommage au comte de Genève en 1377 ; Humbert III, seigneur de Pellafol et d’Autichamp est son second fils (Chesnaye 1761,p. 177-178). Polie deChabrillan est réputée unique héritière du chevalier Aynard et de sa femme Sybille (Le Laboureur 1681,p. 242).
↑Cette nomination sera confirmée le 23 août 1410 parJean XXIII, alors même que les pouvoirs de ces deux papes de Pise n’atteignent que peu Avignon (Chevalier 1897,p. 433).
↑Jean de Poitiers est toujours évêque et recteur du Comtat : la lettre de mission de l’official omet soigneusement de le citer dans les protagonistes de l’affaire (Chevalier 1897,p. 449).
: sources principales utilisées pour la rédaction de cet article
JustinBrun-Durand,Dictionnaire topographique du département de la Drôme : comprenant les noms de lieux anciens et modernes..., Paris, Imprimerie nationale,, 502 p.(lire en ligne)
Jullien chevalier deCourcelles,Histoire généalogique et héraldique des pairs de France : collection par ordre alphabétique des généalogies...,t. I, Paris,(lire en ligne), « Adhémar »
Anatole deGallier,Essai historique sur le baronnie de Clérieu en Dauphiné : et sur les fiefs qui en ont dépendu, Valence, Chenevier & Charvet,, 274 p.(lire en ligne)
ClaudeLe Laboureur (prévôt de l’Île-Barbe),Les mazures de l’abbaye royale de l’Île-Barbe : histoire de tout ce qui s’est passé dans ce célèbre monastère,t. 2, Paris, Courterot,, 686 p.(lire en ligne)