Cet article concerne le constructeur aéronautique. Pour le liquide de frein, voirliquide de frein.
| Lockheed | |
| Création | |
|---|---|
| Disparition | |
| Fondateurs | Malcolm Loughead |
| Forme juridique | Société à capitaux privés |
| Siège social | Burbank |
| Activité | Secteur aéronautique et spatial, construction d'aéronefs(d) etindustrie de l'armement |
| Produits | Lockheed SR-71 Blackbird,F-117 Nighthawk etLockheed F-104 Starfighter |
| Filiales | Skunk Works Lockheed Shipbuilding and Construction Company |
| Société suivante | Lockheed Martin |
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LaLockheed Corporation (d'abord appelée laLoughead Aircraft Manufacturing Company) était unconstructeur américain de l'aéronautique et de l'aérospatiale fondé en1912, enCalifornie. Elle fusionna avecMartin Marietta en1995 et devintLockheed Martin.
En 1912 naît l'Alco Hydro-Aeroplane Company fondée par Allan et Malcolm Loughead[note 1], financée par leur sponsor l'Alco Cab Company. Son premier hydravion, le Modèle G, est un impressionnant modèle à hélice tractive. Les frères Loughead, évincés faute de succès commercial, fondent en 1916, avec l'aide de nouveaux investisseurs, laLoughead Aircraft Manufacturing Co.. La société, établie en Californie, obtient en une commande de lamarine américaine pour son bimoteur F-1 d'une capacité de 10 passagers. En raison de lasurproduction qui conclut l’euphorie des « années folles », la Loughead est néanmoins amenée à la banqueroute en 1921[1]. Elle est l'un des pionniers de ce qui deviendra l'industrie aérospatiale californienne.
Lockheed arrive à maturité à partir de1927 avec la série desLockheed Vega conçus par un jeune technicien de la compagnie,Jack Northrop. LeVega est le premier modèle commercial qui parvient à s'imposer vraiment sur le marché (avec 141 appareils), grâce aux records et performances réalisés parAmelia Earhart,Wiley Post etGeorge Hubert Wilkins. La compagnie est incorporée par laDetroit Aircraft Corporation en juillet 1929[2]. Allan Loughead a démissionné du poste de directeur général de l'entreprise qu'il avait fondée, il n'y reviendra plus que comme consultant en 1950[3].
LaCrise de 1929 ruina le marché de l'aéronautique, et la compagnie, enredressement judiciaire avec un actif évalué à 129 861 $ (2433468 actuels), fut reprise par un groupe d'investisseurs en 1932 pour 40 000 $ (749561 actuels)[3]. En 1934, l'un des trois investisseurs, l’homme d'affaires Robert E. Gross, fut élu président de la nouvelle compagnie, laLockheed Corporation, dont le siège social fut implanté à l’aérodrome deBurbank (Californie). Gross demeurera en poste jusqu'à sa mort en 1961, et sa succession sera reprise par son frère, Courtlandt Gross.
Dans les années 1930, Lockheed investit 139 400 $ dans le développement du bimoteurElectra. La compagnie vendit quarante de ces appareils dès la première année.Amelia Earhart et son copilote Fred Noonan volaient à bord d'un tel avion lors de leur tentative malheureuse de faire le tour du monde en 1937. Les successeurs de cet appareil, leLockheed L-12 Electra Junior et leSuper Electra L 14 permirent à la compagnie de se développer.
Le Lockheed L 14 est le prototype dubombardier Hudson, qui a équipé aussi bien laRoyal Air Force que l'armée des États-Unis à la fin des années 1930 et au début de laSeconde Guerre mondiale. Il était d'abord destiné à la traque des sous-marins. Le L-14 a été exporté dans d'autres pays : 100 appareils furent construits sous franchise au Japon pour équiper l'Armée impériale japonaise[4]. Lockheed continua de livrer des avions au Japon jusqu'en[5].


Au début de la Seconde Guerre mondiale, Lockheed (dont le directeur technique étaitClarence (Kelly) Johnson, considéré comme l'un des plus fameux concepteurs d'appareils des États-Unis) répondit à unappel d'offres pour la fabrication d'un avion intercepteur avec le chasseurP-38 Lightning, un bimoteur de conception curieuse avec sonarrière bipoutre, testé par le pilote d'essaiMarshall Headle. Le P-38 aura été le seul chasseur américain à être produit tout au long de la guerre, dePearl Harbor à lacapitulation du Japon. Il fut utilisé aussi bien en attaque au sol qu'en combat aérien ou comme bombardier stratégique sur tous les théâtres d'opération, et a abattu davantage d'avions japonais que tout autre type de chasseur deSU.S. Army Air Forces durant le conflit ; c'est notamment cet appareil qui abattit l'avion de l'amiral japonaisIsoroku Yamamoto.
L'usine Lockheed Vega était située à côté de l'aérodrome de l'Union de Burbank, que la compagnie avait acheté en 1940. Tout au long de la guerre, le terrain était camouflé pour le préserver des reconnaissances ennemies : l'usine était cachée sous une immensebâche agricole entoile de jute dont les motifs apparents représentaient une campagne inoffensive, avec des timbres en caoutchouc représentant des automobiles[6],[7]. Des centaines de faux arbres, de broussailles, de maisons et même de bouches à incendie étaient dispersés à sa surface pour créer l'illusion de relief. Les arbres et broussailles étaient faits de fil de fer de clôture couvert de ruban adhésif sur lequel on avait collé des plumes pour former une texture de feuillage[8].
Parmi les fournisseurs de l'armée américaine de la Seconde Guerre mondiale, Lockheed se classe au dixième rang des compagnies américaines[9]. Au total, Lockheed et sa filialeVega ont construit 19 278 appareils (2 600Ventura, 2 750forteresses volantes (sous licenceBoeing), 2 900 Hudson, et 9 000 Lightning[10]) au cours de la guerre, ce qui représente 6 % du total des avions construits au cours du conflit.

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, Lockheed, en collaboration avecTrans World Airlines (TWA), avait mis au point un long-courrier moderne, leL-049 Constellation, pouvant transporter jusqu'à 43 passagers entre New York et Londres à480 km/h soit une traversée en 13 heures. L'armée américaine eut d'abord l'exclusivité desConstellation (appelés plus familièrementConnies). Après la guerre, cet appareil donna à Lockheed plus d'une année d'avance sur ses concurrents sur le marché de l'aviation civile, alors en pleine modernisation. Les performances duConstellation, avec son triple empennage de queue caractéristique, bouleversaient la donne en rehaussant le niveau des exigences. La géométrie du triple aileron de queue vient de la demande des premiers acheteurs, des petites compagnies dont les hangars n'étaient pas suffisamment hauts pour accueillir les longs-courriers de l'époque.
Lockheed produisit bientôt un plus gros porteur, leConstitution R6V à deux ponts, destiné à remplacer leConstellation ; mais sa motorisation s'avéra insuffisante.



Dès 1943, Lockheed entreprit dans le plus grand secret ses premières recherches à Burbank sur l’avion à réaction avec un projet de chasseur expérimental. Ce prototype, leLockheed P-80 Shooting Star, sera le premier chasseur à réaction américain à abattre un ennemi, et le premier jet vainqueur en combat aérien avec la destruction en vol d'unMiG-15 pendant laGuerre de Corée, bien qu'à cette époque le F-80 (qui reçut ce nom en 1948) fût déjà considéré comme dépassé[11].
Le développement du modèle P-80 n'était que la première réalisation du centre de recherche de Lockheed, l’Advanced Development Division, appelée familièrement lesSkunk Works[12], par allusion à la bande dessinée d'Al Capp, « Li'l Abner ». Parmi ses autres productions, il y a lieu de mentionner surtout leU-2 (fin des années 1950), leBlackbird (1962) restant en 2025 l'avion a réaction piloté le plus rapide du monde, et le chasseur furtifF-117 Nighthawk (1978). LesSkunk Works produisaient des appareils aux lignes très pures dans des délais remarquablement courts, et avec très peu de matériel.
L'année 1954 fut celle du premier vol duHercules C-130, transporteur dont la longévité reste à ce jour inégalée (il continue d'être produit encore aujourd'hui).
En 1956, Lockheed obtint le contrat de fabrication du missile balistiquePolaris destiné auxsous-marins lanceurs d'engin (SNLE) ; la compagnie obtiendra par la suite l'adjucation pour les missiles nucléairesPoséidon etTrident.
Lockheed développa le chasseurF-104 Starfighter, le premier appareil à dépasser Mach 2, à la fin des années 1950. Au début des années 1960, la compagnie lança sur le marché lequadriréacteur militaireC-141Starlifter.
Tout au long des années 1960, Lockheed poursuivit le développement de deux gros porteurs : le transporteur militaireC-5 Galaxy et le long-courrier civilà fuselage largeTriStar. Ces deux projets furent des échecs en termes de délai et de coûts de développement. Le C-5, issu d'uncahier des charges contradictoire, souffrait de graves défauts structurels, auxquels Lockheed dut remédier à ses propres frais; quant auTristar, il était en compétition commerciale avec leDouglas DC-10 ; or les retards d'approvisionnement du motoristeRolls-Royce tournèrent à l'avantage du DC-10. L'échec du C-5 et du L-1011, se conjuguant à l'abandon par l'armée américaine du projet d'hélicoptère de combatAH-56 Cheyenne et à des défections contractuelles sur le marché de l'armement naval, poussèrent Lockheed au bord de la faillite.
Croulant sous les dettes, Lockheed (qui était alors le plus gros fournisseur de l'armée de l'air américaine) sollicita en 1971 un emprunt public auprès du gouvernement fédéral pour échapper à la banqueroute. Cette proposition fit l'objet de débats passionnés au Sénat : son principal opposant étaitWilliam Proxmire (élu du Wisconsin), bête noire deLockheed et de son président Daniel J. Haughton. Au terme de débats houleux, le vice-présidentSpiro T. Agnew parvint à arracher le vote de la motion, et Lockheed acheva de rembourser son emprunt de 1 400 000 000 $ au gouvernement en 1977, avec 112 220 000 $ d'intérêts[13].
Les scandales de Lockheed viennent de la découverte d'une série depots-de-vin et derétrocommissions versées par des responsables de Lockheed entre la fin des années 1950 et le début des années 1970. Au cours de l'hiver 1975-76, lacommission Church duSénat parvint à établir que des membres du directoire de Lockheed avaient effectivement versé des commissions à des représentants des gouvernements alliés pour obtenir des contrats de vente d'avions militaires. En 1976, la presse divulgua que Lockheed avait versé 22 000 000 de $ en pots-de-vin à des responsables étrangers[14] pour ce qu'on a appelé à l'époque le « marché du siècle », à savoir la négociation de la vente de plusieurs appareils dont leStarfighter F-104 aux autres pays de l'OTAN. Au terme de l’enquête, il s'avère que Lockheed avait versé 38 000 000 de $ en pots-de-vin[15].
Le scandale a éclaboussé la classe politique enAllemagne de l'Ouest[16], auxPays-Bas, en Italie et au Japon. Aux États-Unis, il a eu pour conséquence le vote d'une loi contre les pots-de-vin à l'étranger (Foreign Corrupt Practices Act) et a pratiquement poussé l'avionneur Lockheed à la banqueroute (il était alors empêtré dans le fiasco commercial duTristar). Le président de la compagnie, Haughton, dut démissionner.
À la fin des années 1980, l'OPA largement médiatisée sur Lockheed Corporation deHarold Simmons (en), coutumier desrachats d'entreprise par endettement qui s'était déjà assuré 20 % du capital, tourna à l'échec. Simmons avait accumulé ses premières prises de participation dans Lockheed au début de l'année 1989 à la faveur des coupes de budget du Pentagone, qui avaient provoqué un net fléchissement du cours des fournisseurs de l'Armée américaine ; mais les analystes doutaient que Simmons se lance dans une OPA sur l'avionneur, dans la mesure où il se battait alors pour prendre le contrôle du consortium chimiqueGeorgia Gulf[17]. Simmons s'intéressait à Lockheed parce que, selon leNew York Times, l'un de ses principaux investisseurs était laCaisse de Retraite desAgents Publics de Californie, excédentaire alors de 1 400 000 000 de dollars et donc soupçonnée de réaliser prochainement ses avoirs pour rembourser ses mandants et verser l'excédent aux actionnaires de la Lockheed (dont la Caisse de retraite elle-même). Évoquant la mauvaise gestion (mismanagement) du président de Lockheed,Daniel M. Tellep (en), Simmons ne cachait pas ses intentions de remplacer le directoire par ses agents en tant qu'actionnaire majoritaire. Parmi les hommes qu'il mit en place, on compte l'ancien sénateur du TexasJohn Tower, un ex-président de laCommission de Défense, et l'amiralElmo Zumwalt Jr., ex-chef des Opérations Navales[18],[19].

