La genèse de la littérature lusophone est étroitement liée à l'expansion et à l'empire portugais. Partout où ils vont, les Portugais emportent avec eux leurlangue et leur patrimoine culturel, qu'ils enrichissent au fil de leurs découvertes. En raison des liens étroits qui unissent les colons à leur métropole, et de leurs va-et-vient constants entre lesIndes portugaises, leBrésil, l'Afrique portugaise, lesîles de l'Atlantique et lamétropole, la littérature élaborée outre-mer appartient pleinement à la littérature duPortugal. Pendant plusieurs siècles, l'Empire portugais est conçu culturellement comme un tout, dont le centre de gravité estLisbonne. Les auteurs écrivant outre-mer sont euro-centrés.
Jusqu'au premier quart duXIXe siècle pour leBrésil, et jusqu'à la seconde moitié duXXe siècle pour les anciennes colonies d'Afrique et d'Asie, on parle de littérature portugaise duBrésil colonial (ou luso-brésilienne), de littérature portugaise de l'Orient (ou indo-portugaise), de littérature portugaise d'Afrique (luso-africaine), chacune de ces littératures étant un prolongement et une ramification de la littérature du Portugal[1]. Parce qu'ils sont simplement la toile de fond d'histoires et d'évènements vécus par des Portugais (ou d'individus se revendiquant comme tels), les territoires et les sociétés coloniales de l'Empire ne possèdent pas à proprement parler d'identité littéraire propre[2]. Les plus grands écrivains installés dans ces territoires continuent à être formés ou affiliés auPortugal, où ils se rendent régulièrement, et où ils publient[3]. Les auteurs de référence, les mouvements dominants et les normes sont toujours imposés depuis lePortugal.
Des genres littéraires liés aux immenses trajets effectués dans l'Empire se développent, tels que lerécit de voyage, ou la littérature tragico-maritime[4]. Le résultat de ce phénomène est double. D'une part, la littérature portugaise de la période moderne est une littérature d'envergure mondiale. Elle présente une richesse exceptionnelle. D'autre part, une partie importante de la littérature duPortugal sert aujourd'huide facto de base aux littératures des autres pays lusophones.
Du point de vue de lalangue, des thématiques, dustyle et des mouvements dans lesquels elles s'inscrivent, leurs œuvres restent profondément portugaises et tributaires des normes de la métropole. Le Brésil et l'école autochtone révolutionnaire de Minas renouvellent l'inspiration poétique portugaise en vigueur en métropole faite de passion et de nostalgie de liberté. La littérature brésilienne commence à s'émanciper doucement de la littérature portugaise auXIXe siècle, après la reconnaissance de l'indépendance du Brésil par lePortugal en 1825. Elle prend véritablement son autonomie au terme d'un siècle de gestation, au début duXXe siècle, avec lemodernisme (1922)[6].
Distribution de la langue portugaise dans le monde:
Langue maternelle
Langue officielle et administrative
Langue culturelle ou secondaire
Minorités lusophones
Créoles à base portugaise
On retrouve sensiblement le même phénomène auXXe siècle enAfrique portugaise, où la langue et la culture portugaises s'imposent par le biais des colons venus duPortugal. Toutefois, bien que constituant la majorité de l'élite lettrée, les Blancs sont très minoritaires démographiquement. On assiste à l'émergence d'une littérature créole auCap-Vert dans la première moitié duXXe siècle, avec par exemple l'autodidacteEugénio Tavares, et surtout d'une littérature noire de combat singulière à partir des années 1950 enAfrique australe, la place desNoirs africains étant centrale dans les mouvements d'émancipation nationale (contrairement à ce qui s'était passé au Brésil où les indépendantistes et les écrivains autochtones étaient très majoritairement Blancs et d'origine portugaise jusqu'à la fin duXIXe siècle)[7].
Du fait de cette histoire particulière et du corpus littéraire considérable qu'ils partagent, des liens culturels singuliers, remarquablement vivants, unissent aujourd'hui lespays lusophones. Des écrivains lusophones de toutes nationalités sont régulièrement lus et étudiés dans les programmes scolaires des différents pays de langue portugaise, ou invités dans leurs grands médias. Depuis1989, le très prestigieuxprix Camões, remis conjointement par la FondationBibliothèque Nationale duPortugal etMinistère de la Culture duBrésil, récompense les auteurs de langue portugaise hors critères de nationalité. Le cadre institutionnel et linguistique dans lequel évolue la littérature lusophone est également bien structuré. Un projet d'uniformisation de la langue portugaise, visant à modifier l'orthographe de plusieurs centaines de mots, a vu le jour en 1990 sous le nom officiel de « accord orthographique de la langue portugaise ». Ratifié au long des années 1990 et 2000 par tous les pays lusophones[8], et complété par un « second protocole modificatif », il est techniquement en vigueur suivant le droit international depuis le[9]. Depuis 1996, laCommunauté des pays de langue portugaise (CPLP) regroupe tous lespays lusophones[10].
Lelatin et lenéo-latin, longtemps utilisés dans les domaines religieux, scientifique, juridique, ont favorisé une production importante de textes, abordée ailleurs :écrivains portugais de langue latine.
Maria-Benedita Basto (1957-),Littératures de l'Angola, du Mozambique et du Cap-Vert, Metz : Centre "Écritures", Université de Lorraine, Association pour l'étude des littératures africaines, 2014, 248 p.[27]
↑Brandão, Roberto de Oliveira.Poética e poesia no Brasil (Colônia). UNESP, 2001.
↑Si les écrivains européens intègrent parfois la littérature autochtone dans leurs propres œuvres, ils contribuent aussi par la même occasion à la faire disparaître en tant que littérature locale, et à la faire passer dans la sphère littéraire portugaise. João de Barros par exemple reproduit fidèlement dans ses Décades les chroniques royales orientales, mais les originaux écrits en arabe, en sanskrit ou en malais ont disparu depuis.
↑Georges Le Gentil, José Saramago,Histoires tragico-maritimes: trois récits portugais duXVIe siècle, Editions Chandeigne,, 211 p.(lire en ligne)
↑AuBrésil comme enInde portugaise, ils correspondent à des particularismes provinciaux qui se manifestent même après l'indépendance, en 1831-1834 auBrésil (ils sont en partie résolus par l'acte additionnel de 1834) et entre 1961 et 1987 àGoa (ils sont en partie résolus lorsqueGoa acquiert le statut d'État de l'Union le 30 mai 1987).
↑L'émancipation de la littérature brésilienne se fait très progressivement. Elle commence avec leRomantisme (1830-1870). Alors que les écrivains brésiliens encore liés aux modèles deLisbonne s'efforcent de définir leurs propres thématiques sur fond de crises sociales (école indianiste), des polémiques critiques et littéraires apparaissent entregrammairiens portugais d'un côté et défenseurs de la liberté d'écriture de l'autre, qui souhaitent introduire desbrésilianismes. La prose prend son essor à la fin duXIXe siècle, avec les œuvres deJosé de Alencar et surtout deMachado de Assis. Ce dernier, à cheval entre romantisme et réalisme, reste le grand maître au-dessus de tout courant. À la même époque, apparaissent la prose régionaliste et le roman naturaliste en prose, le parnassianisme de Bilac en vers, dont l'emprise se prolonge jusqu'aux années 1920, parallèlement au courant symboliste. Si le début duXXe siècle garde encore les grandes caractéristiques de l'époque précédente, certains prosateurs annoncent le renouveau de l'après-guerre.
↑Parmi ces premiers écrivains angolais, on peut citer Mário Pinto de Andrade et Agostinho Neto.