Lalittérature kazakhe est lalittérature orale et écrite, pour l'essentiel, par lesKazakhs en languekazakhe (environ dix millions de locuteurs), principalement auKazakhstan.
Selon les annales chinoises desVIe et VIIIe siècles, les tribus turcophones du Kazakhstan avaient déjà à cette époque une tradition poétique orale, issue d'une période antérieure, transmise principalement par lesjyrchy (jyraou, 'rhapsode)[1]. On retrouve divers éléments de cette poésie épique (épithètes, des métaphores et autres figures littéraires) sur lesalphabets de l'Orkhon de monuments et stèles tombales, en particulier deKul Tigin (en) etBilge Kaghan.[réf. nécessaire]
Parmi les œuvres connues du patrimoine oral, on peut citer les contes faisant apparaître le personnage d'Aldar Kose, qui serait apparu entre lesVIIIe et XIIe siècles[2].
C'est sur le territoire duKazakhstan actuel que se sont formées les anciennes épopées les plus connues en langues turques : «Korkyt-Ata» et «Ogouzname». L'épopée orale Korkyt-Ata, apparue autour du bassin duSyr-daria aux alentours desVIIIe et Xe siècles a été consignée par écrit durant lesXIVe et XVIe siècles par des écrivains turcs sous la forme du «Livre du père Korkyt». Elle se compose de 12 poèmes et contes narrant les aventures debogatyrs et hérosoghouzes. Il fait référence à certaines tribus turques, comme leswusun et leskankalis (en).
Le poème «Ogouzname» est consacré à l'enfance du souverainOghuz Khagan, de ses exploits, de son mariage et de la naissance de son fils. Devenu souverain desOuïghours, Oghuz porte la guerre aux Altyns (en Chine) et auxOuroums (vers Byzance).[réf. nécessaire]
Depuis l'origine de la tradition poétique kazakhe, l'interprète principal des œuvres lyriques est l'akyn, poète improvisateur populaire. C'est grâce aux akyns que de nombreuses œuvres épiques, contes, chansons et poèmes écrits il y a plusieurs siècles nous sont parvenus.
AuxXIe et XIIe siècles, la première grande œuvre littéraire est apparue à la cour desQarakhanides : lepoème «Koutatgou Bilik - Кутатгу билик» («la Grâce de la connaissance») (en1069), composé parYusuf Khass Hajib.
Les tribus nomades turcophones du Kazakhstan, même jusqu'au début duXXe siècle, ont conservé un héritage dutengrisme et duchamanisme. AuxVIe et IXe siècles, les steppes kazakhes ont connu lebouddhisme et des germes dechrétienté et demanichéisme. Néanmoins, à partir duIXe siècle, l'islam a commencé à s'implanter, notamment parmi les peuples sédentaires, même si les éleveurs nomades ont continué à professer le culte de Tengri ; l'islam marque le début d'une littérature religieuse.[réf. nécessaire]
Au cours de la période de diffusion de l'islam, la langue littéraire est restée hétérogène. La littérature se développait principalement dans les villes, où une place importante était réservée aux œuvres des poètes et écrivainsderviches dont faisaient partie le prédicateurmusulmanAhmed Yasavi, auteur d'un recueil de poèmes mystico-religieux et son discipleSuleiman Bakyrgani (ru), auteur du «Livre de la fin du monde». Ces deux ouvrages sont restés au cours des siècles suivants un incontournable des formations desmédersas d'Asie centrale et du Kazakhstan.
La littérature kazakhe a longtemps été detradition orale, et n'a finalement été mise par écrit qu'à partir de la fin duXIXe siècle[1].
La littérature kazakhe est caractérisée par une place prédominante accordée à la poésie et aux genres poétiques. Trois périodes distinctes peuvent être identifiées dans l'histoire de la poésie kazakhe :
Les Kazakhs avaient une tradition de compétition poétique entre lesakyns, appeléeaïtys, où les poètes improvisent en s'accompagnant de ladombra[4]. Les déclamations se doivent d'être accompagnées de musique[4]. Initialement portant sur des sujets philosophiques, les aïtys desXVIIIe – XIXe siècle devinrent politiques, certains akyns kazakhs comme Makhambet Outemissov, Cherniyaz Jarylgassov et Souyounbaï Aronov se servant de ces compétitions pour appeler à lutter contre lesbeys. Parallèlement, certains akyns comme Doulat Babatayev, Chortanbaï Kanayev et Mourat Monkeyev présentaient une vision conservatrice et idéalisée du passé, faisant l'apologie de la religion. Les akyns de la fin duXIXe siècle, parmi lesquels Birjan Kojagoulov, Asset Naïmanbayev, Sara Tastanbekova etJamboul Jabayev, utilisèrent les aïtys comme une forme d'expression de l'opinion publique, en défendant la justice sociale, ce qui a pu mener le gouvernement du Kazakhstan à mener une forme decensure sur les aïtys[5].
Une œuvre kazakhe emblématique duXIXe siècle estKyz Jibek.

La littérature écrite kazakhe dans sa forme moderne ne commence à se former que dans la deuxième moitié duXIXe siècle, sous l'influence des contacts et des échanges avec la Russie et la culture occidentale. Les auteurs à l'origine de ce processus sontTchokan Valikhanov,Ybyrai Altynsarin (en) etAbaï Kounanbaïouly, l'un des auteurs les plus emblématiques de la littérature kazakhe moderne[6], qui a donné naissance à la langue littéraire kazakhe[4].
Cette littérature kazakhe toute jeune s'étendit à des formats jusqu'alors inconnus des Kazakhs, comme les romans et autres récits. L'auteur de poèmes et de proseMirjakil Doulatov (en) acquit une certaine popularité au début duXXe siècle, à la fois chez les Kazakhs et chez les Russes ; il a produit des traductions dePouchkine,Lermontov,Krylov etSchiller, et a contribué à réformer la langue littéraire kazakhe.
De la fin duXIXe siècle au début duXXe siècle, le groupe des «scribes», composé entre autres de Nourjan Naouchabayev et Machour-Joussoul Kopeyev compila beaucoup de matériel sur le folklore kazakh. Les auteurs nationalistes étaient regroupés autour du journal «Kazakh», dont faisaient partieAkhmet Baïtoursinoff, Mirjakil Doulatov etMagjan Joumabayev (en), qui participèrent en 1917 à la contre-révolution.
Durant la période soviétique, l'auteur kazakh qui acquit la plus grande notoriété futJamboul Jabayev, poète et akyn qui chantait en s'accompagnant de ladombra. Les épopéesSouranchi-batyr etOutegen-batyr ont été écrites à partir de ses récits. Après la révolution d'octobre, l’œuvre de Jamboul Jabayev présente de nouveaux thèmes patriotiques ; la plupart des héros soviétiques ont été évoqués dans ses chants, qui furent traduits en russe et dans d'autres langues des peuples de l'URSS, ce qui accrut sa notoriété au fur et à mesure que la propagande soviétique utilisait ses créations. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il écrivit aussi des chants appelant les peuples à se mobiliser contre l'ennemi.
Parmi les écrivains kazakhs de la période soviétique, on peut citer les poètesSaken Seïfoulline,Ilyas Djansougourov (en), et les écrivainsMoukhtar Aouézov,Sabit Moukanov (en), etBeimbet Maïline.
En 1926, l'association kazakhe des écrivains prolétaires fut créée, qui produisit beaucoup de textes patriotiques. En 1934, on organisa l'union des écrivains kazakhs, à laquelle se joignirent par la suite des écrivains russes et ouïghours.
En 1954, Moukhtar Aouézov obtint un lectorat important dans un certain nombre de pays pour son roman-épopéeLe chemin d'Abaï, qui sanctifiait la vie du poète kazakh Abaï Kounanbaïouly. La littérature kazakhe s'appropria les genres et styles littéraires soviétiques : romans, trilogies, poèmes, romans en vers. La science fiction et le théâtre se développèrent également.
Dans les années1970, le livre de l'écrivainOljas Souleïmenov (en) «Az i Ya - Аз и Я» obtint un certain succès. Le livre développe l'idée de la parenté des Kazakhs avec les anciens sumériens, attirant l'attention sur le fait qu'un grand nombre de mots d'origine turque se retrouvent en russe, ce qui atteste, selon l'auteur, de la grande influence des peuples turcs sur la culture russe.
Le Kazakhstan indépendant, en quête de son identité, a mis à l'honneur divers poètes modernes, dontToumanbaï Mouldagayev (ru),Kadyr Myrzaliev (ru),Mouzafar Alimbayev (ru) et Jadyra Daribayeva[7].
La littérature du Kazakhstan de la fin desannées 1990 et du début desannées 2000 est caractérisée par une tentative de comprendre les expériences littéraires occidentales post-modernes et de les appliquer au monde kazakh.
De nos jours, la littérature du Kazakhstan continue à se développer dans le contexte de la mondialisation en absorbant et en développant de nouvelles tendances culturelles.