Ne doit pas être confondu avecLittérature noire.
Lalittérature afro-américaine est un courant littéraire desÉtats-Unis produit par des écrivainsafro-américains. Elle a ses origines dans les auteurs de la fin duXVIIIe siècle tels quePhillis Wheatley,Jupiter Hammon,Benjamin Bannecker etOlaudah Equiano et atteint son apogée avec les témoignages sur l’esclavage et laRenaissance de Harlem dans l’entre-deux-guerres puis avec leBlack Arts Movement. Aujourd’hui, parmi les plus grands noms de la cette littérature, citonsToni Morrison,Maya Angelou,Rita Dove,Tracy K. Smith,Walter Mosley, etc. Elle traite de thèmes très divers, de la place des Afro-Américains dans la société américaine, du racisme, de l’esclavage et de l’égalité. La littérature afro-américaine puise son inspiration dans les formes d’expression orale et musicale comme leNegro spiritual, les sermons, legospel, leblues ou plus récemment, dans le rap[1].
L’évolution de la littérature afro-américaine est parallèle à l’histoire des États-Unis : avant laGuerre de Sécession, elle s’intéresse aux conditions de vie des esclaves. À la fin duXIXe siècle et au début duXXe, les auteurs tels queW. E. B. Du Bois etBooker T. Washington débattent sur la manière de faire progresser la situation des Noirs. Au cours de laRenaissance de Harlem, la fierté d’être noir s’exprime par un retour aux sources. Dans les années 1950 et 1960, les intellectuels (Richard Wright,Gwendolyn Brooks) s’engagent pour faire progresser les droits civiques et militent au sein dumouvement américain des droits civiques. Depuis les années 1960, les auteurs noirs américains tels qu’Alex Haley,Alice Walker ou encoreToni Morrison ont acquis un statut littéraire reconnu non seulement aux États-Unis mais aussi à l’étranger.
L’expression générale « littérature afro-américaine » cache en réalité une grande diversité de courants et de genres[2]. Ses principaux représentants ont le plus souvent traité des sujets en relation directe avec leurnégritude et leurs difficultés au sein de la société ; ils ont réfléchi à leur appartenance à la nation américaine, sur l’identité des Américains[3]. Les œuvres littéraires afro-américaines explorent donc les questions de la liberté et de l’égalité, des droits qui leur ont longtemps été refusés. Ces notions s’accompagnent d’autres thèmes tels que l’existence d’une culture afro-américaine spécifique, du racisme, de la religion et de l’esclavage[4].
Il faut également replacer la littérature afro-américaine dans la culture de ladiaspora africaine[5]. Son appartenance à lalittérature post-coloniale ne fait pas l’objet d’un consensus parmi les spécialistes de la question : certains estiment en effet que « la littérature afro-américaine diffère de la littérature post-coloniale, parce qu’elle est le fait d’une minorité ethnique qui réside dans une nation riche et développée[6]. ». Les débats portent également sur la possibilité d’analyser la littérature afro-américaine selon les standards de la littérature occidentale[7].
La poésie est un genre particulièrement important dans la littérature afro-américaine. Elle s’inspire des courants musicaux (negro spiritual,gospel,blues,jazz, etc.) mais aussi des sermons chrétiens, dont le style joue beaucoup sur les répétitions, la cadence et lesallitérations[8].

Les débuts de la littérature afro-américaine coïncident avec la formation de la nation américaine en opposition à la Grande-Bretagne. Parmi les premiers écrivains se trouve la poétessePhillis Wheatley (1753–1784), qui publie trois ans avant ladéclaration d'indépendance des États-UnisPoems on Various Subjects. Née auSénégal, elle est capturée et vendue comme esclave à l’âge de sept ans. Elle passe au service d’un maître commerçant deBoston. Bien que l’anglais ne soit pas sa langue maternelle, elle parvient rapidement à la maîtriser. Phillis Wheatley est remerciée parGeorge Washington pour le poème qu’elle a écrit en son honneur. Mais elle doit prouver devant la justice qu’elle en est bien l'auteure; sa défense est souvent considérée comme la première illustration de la littérature afro-américaine[9].
Parmi les premiers écrivains noirs américains, il faut citerJupiter Hammon (1711–1806?). En1761, il rédige un poème intituléAn Evening Thought: Salvation by Christ with Penitential Cries. En1778, il dédie une ode à Phillis Wheatley. Puis, il publie sa célèbreAddress to the Negroes of the State of New York en 1786 qui promeut l’idée d’une emancipation progressive des esclaves noirs[10]. Les arguments de son texte, largement teinté de christianisme, a été par la suite repris par les abolitionnistes.
William Wells Brown (1814–1884) etVictor Séjour (1817–1874) sont reconnus pour avoir produit les premières œuvres de fiction de la littérature afro-américaine.Victor Séjour est né àLa Nouvelle-Orléans enLouisiane ; il part en France à l’âge de 19 ans et publie en 1837 une courte histoire en français,LeMulâtre (The Mulatto). William Wells Brown est un abolitionniste, romancier et historien ; esclave dans le Sud, il réussit à s’échapper et s’installe par la suite à New York. Il écrit le premier roman noir américain, publié en Angleterre et intitulé The President's Daughter en 1853 ; il raconte la relation entreThomas Jefferson et son esclave noireSally Hemings.Le premier roman afro-américain publié aux États-Unis est celuiHarriet Wilson,Our Nig (1859) qui évoque les difficultés des Noirs dans la partie nord du pays.

Au milieu duXIXe siècle que se développe un genre littéraire afro-américain, le récit d’esclaves (en anglais : slave narrative). Le livre le plus connu de ce mouvement estLa Case de l'oncle Tom (1852), farouchement hostile à l’esclavage. La littérature blanche « Anti-Tom » est quant à elle favorable au maintien du système. Elle est représentée par exemple par des écrivains commeWilliam Gilmore Simms.
D’anciens esclaves commeHarriet Jacobs etFrederick Douglass prennent la plume pour dénoncer les conditions de vie des Noirs ; mais des dizaines d’autres travaillent sur le même sujet en publiant despamphlets et des récits autobiographiques.

Frederick Douglass (c. 1818–1895) acquiert une notoriété grâce à ses talents d’orateurs et d’écrivain ; il devient dans la deuxième moitié duXIXe siècle, l’auteur afro-américain le plus connu et le plus influent. Son combat pour l’abolition de l’esclavage passe par la création de journaux, la rédaction d’articles ou d’essais, mais surtout par son autobiographie,Récit de la vie de Frederick Douglass, un esclave américain, écrite par lui-même (1845). Sa publication provoque une campagne de dénigrement, certains estiment qu’un Noir ne peut pas écrire avec une telle éloquence. Malgré tout, le livre devient rapidement unbest-seller. Frederick Douglas révise, développe et republie son autobiographie sous le titre deMy Bondage and My Freedom (1855). Il marqua profondément la littérature afro-américaine duXIXe siècle : le romancier et essayisteCharles W. Chesnutt rédigea sa biographie.
Même après l’abolition de l’esclavage, de nombreux écrivains continuent d’écrire sur ce thème. L’un d’entre eux,W. E. B. Du Bois (1868–1963) participe à la fondation d’une organisation en faveur des minorités ethniques, laNAACP. Au tournant du siècle, celui-ci publie une série d’essais intitulésLes âmes du peuple noir (The Souls of Black Folk). Il y décrit les difficultés des Noirs américains dans la société américaine. Dubois est persuadé que les Afro-américains doivent unir leurs forces pour lutter contre la ségrégation dont ils sont victimes.

Mais sa vision est beaucoup plus radicale que celle d’un de ses contemporains,Booker T. Washington (1856–1915), un éducateur et le fondateur duTuskegee Institute, un établissement d’enseignement supérieur enAlabama. Washington publie de nombreux ouvrages parmi lesquelsUp From Slavery (1901),The Future of the American Negro (1899),Tuskegee and Its People (1905) etMy Larger Education (1911). Il pense que les Noirs doivent d’abord coopérer avec les Blancs pour améliorer progressivement leur sort[11]. Ces idées, qui transparaissent dans son fameuxDiscours à Atlanta, connaissent un succès plus limité chez les Afro-américains que chez les Blancs.
Quant à la doctrine deMarcus Garvey (1887–1940), un journaliste jamaïcain, elle fait largement appel à un nationalisme noir et au retour à l’Afrique (back-to-Africa). Elle est largement relayée dans ses essais et ses récits.
Le poètePaul Laurence Dunbar se fait connaître grâce à son recueilOak and Ivy (1893) ; il utilise souvent dans ses œuvres le dialecte noir du Sud profond. Son ouvrageWhen Malindy Sings (1906) est illustré de photographies qui révèlent le quotidien des Noirs dans cette région des États-Unis. Dunbar produit également plusieurs romans (The Uncalled, 1898 ;The Fanatics, 1901) .

La Renaissance de Harlem est un mouvement de renouveau de la littérature afro-américaine, dans l’entre-deux-guerres. Son berceau et son foyer sont le quartier noir de Harlem à New York. Cette effervescence culturelle s’étend à d’autres domaines de la création, de la photographie à la musique en passant par la peinture. Mais la production littéraire connut un véritable épanouissement, soutenue par des mécènes et une génération d’écrivains talentueux. Surtout, la Renaissance de Harlem marque un tournant majeur pour la littérature afro-américaine : jusqu’ici, les œuvres ne trouvaient que peu d’écho dans le lectorat blanc. Dans les années 1920, elles se diffusent plus largement en dehors du public noir.
L’un des plus fameux protagonistes de cette renaissance littéraire est le poèteLangston Hughes. Il se fait remarquer pour ses œuvres publiées parJames Weldon Johnson dansThe Book of American Negro Poetry. Ce recueil rassemble les écrits des poètes les plus talentueux du moment dont fait notamment partieClaude McKay. Mais le poème le plus connu de Hughes demeureThe Negro Speaks of Rivers. Durant toute sa carrière, il publie quelque neuf volumes de poèmes, huit de nouvelles, deux romans ainsi que de nombreuses pièces de théâtre et diverses traductions. Il a recours aux formes du blues et au langage dughetto pour faire vivre ses personnages[12]. La poésie est encore représentée parCountee Cullen (Color (1925),Copper Sun (1927),The Ballad of the Brown Girl (1927)),Frank Marshall Davis (Black Man's Verse (1935) ,I am the American Negro (1937)).
Parmi les grands écrivains de la Renaissance de Harlem, il faut citer la romancièreZora Neale Hurston, qui écrit au total 14 ouvrages sur divers sujets, de l’anthropologie à la nouvelle. Son œuvre tomba dans l’oubli jusque dans les années 1970, lorsqu’Alice Walker la présente comme un modèle pour toutes les écrivaines noires américaines.
D’autres écrivains participent à la Renaissance de Harlem :Jean Toomer, dans son roman intituléCane (Canne, 1924) brosse le portrait des Afro-Américains dans le Sud rural.Dorothy West décrit la vie d’une famille noire aisée dansThe Living is Easy.
Malgré la crise de 1929, la Renaissance de Harlem se poursuit jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, avec des auteurs comme le romancierRichard Wright,James Baldwin,LeRoi Jones,Maya Angelou,Ralph Ellison,Toni Morrison etAudre Lorde, qui comptent parmi les plus grands auteurs desÉtats-Unis.
Le genre traite en particulier de la place des Noirs dans la société américaine, duracisme, de l'esclavage et du combat pour l'égalité.
L'écrivainAberjhani lui a consacréune encyclopédie (en).

SiPhillis Wheatley est connue dès leXVIIIe siècle, des figures féminines émergent autour de la Seconde guerre mondiale et dans le mouvement des droits civiques commeAnn Petry (La Rue, 1947),Maya Angelou (Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage, 1969)[13] etAudre Lorde se font remarquer[14].Paule Marshall, connue notamment pour son premier romanFille noire, pierre sombre publié en 1959, reçoit leprix John-Dos-Passos en 1989[15].
Également lauréate duprix Pulitzer,Toni Morrison (Beloved) est la première femme noire à recevoir unprix Nobel de littérature en 1998, ce qui a renforcé la visibilité et la reconnaissance des Noires dans le monde littéraire[16]. Des autrices comme l'américano-nigérianeChimamanda Ngozi Adichie (Americanah, 2013),Brit Bennett (Le Cœur battant de nos mères)[13] ouJesmyn Ward (Le Chant des revenants) gagnent une large audience auXXIe siècle[17].