Leslistes lexicales sont un type de documentscunéiformes très répandus enMésopotamie et dans leProche-Orient ancien. Ce sont des textes lexicaux, ayant une fonction de glossaire voire de dictionnaire thématique, énumérant des signes et termes classés selon un principe prédéfini, et dans plusieurs cas divisées en diverses colonnes, expliquant ou traduisant dans une langue un signe déterminé. Une grande variété de listes a été créée au cours du temps, suivant des principes thématiques : on trouvait ainsi des listes de professions, de lieux, des syllabaires, des vocabulaires donnant l'explication de signes ou de mots. Ils servent notamment dans un contexte scolaire.
Ce genre de documentation est essentiel pour notre connaissance de l'univers mental des anciens habitants du Proche-Orient, et a également été déterminant pour nous permettre de comprendre mieux des langues isolées comme lesumérien et plus récemment lehourrite, grâce à des listes bilingues ou trilingues.
Les listes lexicales sont nommées comme la plupart des textes mésopotamiens par leur incipit, qui correspond à leur première ligne. La listeHA.RA =hubullu comporte donc dans la colonne de gauche le terme sumérienHA.RA, et dans celle de droite sa traduction akkadiennehubullu, ces deux termes signifiant "dette".
Les premières listes lexicales apparaissent à lapériode d'Uruk IV, donc dès l'apparition de l'écriture. Il s'agit alors de simples classifications de signes, parfois organisées de manière thématique (noms de villes, de divinités). On en trouve par la suite dans des sites des débuts de l'époque desDynasties archaïques (Shuruppak,Abu Salabikh,Ur). AuXXIVe siècle, lesscribes d'Ebla, enSyrie du Nord, rédigent des listes lexicales présentant deslogogrammessumériens avec leur prononciationéblaïte. Assez peu présent durant les périodes d'Akkad et d'Ur III, ce type de documentation connaît un grand renouvellement au début de lapériode paléo-babylonienne, quand sont rédigées les premières versions des listes les plus courantes par la suite (E.A =nâqu,HA.RA =hubullu, etc.). Elles servent de base pour l'apprentissage du sumérien, désormais langue morte mal comprise par lesakkadophones, ce qui nécessite la rédaction de listes bilingues, expliquant le sens des logogrammes sumériens. Pour la seconde moitié duIIe millénaire, des listes lexicales ont été retrouvées sur divers sites hors de Mésopotamie :Ugarit en Syrie (bilinguesougaritique/akkadien),Hattusha enAnatolie (hittite/hourrite/akkadien), et mêmeTell el-Amarna enÉgypte (égyptien/akkadien). C'est dans laBabylonie kassite que sont rédigées les versions stabilisées et standardisées des listes lexicales classiques, qui se retrouvent ensuite dans les bibliothèques savantes duIer millénaire. Sous la domination desSéleucides, on rédige même une liste lexicale sumérien/akkadien/grec ancien. Ce genre de textes accompagne donc l'écriture mésopotamienne antique durant toute son histoire.
Les tablettes sur lesquelles sont rédigées les listes lexicales présentent des caractères externes différents en fonction du type de liste rédigé, ou bien de l'habitude des scribes du lieu ou de l'époque de rédaction.
Elles sont divisées en plusieurs colonnes, qui peuvent aller de deux à six. L'ordre courant est, de gauche à droite :
On a identifié différents types de listes lexicales. Ceux-ci sont parfois difficiles à définir car une liste peut combiner plusieurs principes.
La majorité des listes lexicales qui nous sont parvenues ont été retrouvées dans des écoles. Il s'agissait en effet d'un type de documents très utilisé dans l'apprentissage desscribes pratiquant l'écriture cunéiforme, ce qui explique pourquoi on en a retrouvé des exemplaires sur les principaux sites nous ayant fourni une documentation cunéiforme. On débutait l'apprentissage par des syllabaires simples, permettant d'apprendre les signes phonétiques de base, avant de progresser en apprenant les idéogrammes (des plus simples au plus complexes) avec les syllabaires plus élaborées. L'élève rédigeait ses premiers signes en tentant de recopier dans la colonne située à droite de la tablette ce qu'avait écrit le maître dans la colonne de gauche. Par la suite, l'apprentissage était complété par des listes plus spécialisées, vocabulaires puis listes thématiques, généralistes ou bien concernant une discipline spécifique.