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Lira da braccio

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Lira da braccio
Image illustrative de l’article Lira da braccio
Lira da braccio, détail deL'Ouïe deJan Brueghel l'Ancien (1618).

ClassificationInstrument à cordes frottées
FamilleInstrument à cordes
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La lira da braccio ou lyra de bracio (chezMichael Prætorius) – littéralement « lyre de bras » – est uninstrument à cordes et àarchet de laRenaissanceeuropéenne, probablement dérivé de lavièle. Son nom italien,lira, est dû à la volonté des humanistes italiens de la Renaissance de relier l'instrument à l'Antiquité.

Pratiquée par les poètes decour du Nord de l'Italie, auxXVe etXVIe siècles, pour la récitation de la poésie lyrique, elle est jouée parLéonard de Vinci,Marsile Ficin etPic de la Mirandole. L'accompagnement du chant passe ensuite à lalira da gamba oulirone, plus grave. En concurrence avec l’émergence dumadrigal, puis avec leluth et leviolon, l'instrument disparaît rapidement après 1540 et totalement au milieu duXVIIe siècle.

De nos jours, le répertoire est joué, entre autres, par Frédéric Martin, Baptiste Romain et Nicolas Sansarlat.

Description

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Orphée apprivoise les animaux sauvages en jouant lalira da braccio (gravure pour lesMétamorphoses d'Ovide illustrées par R. Regius, Venise 1513).

L'instrument est utilisé par les poètes-musiciens decour italiens[a] pendant leXVe et leXVIe siècle pour accompagner leurs récitations improvisées de la poésie lyrique (du greclyrikós : relatif au jeu de la lyre, accompagné de la lyre) et narrative[1]. Il est très étroitement lié à lavièle médiévale[2] et, comme elle, possède unchevillier en forme de feuille ou de cœur, les chevilles positionnées vers l'avant[1]. Les instruments pourvus de cordes en bourdon apparaissent au commencement duIXe siècle (lyra dite byzantine), et poursuivent leur développement jusqu'auXVIe siècle[1]. Dans de nombreuses représentations, l'instrument est joué par un ensemble d'anges ou, supposé antique, par des personnages mythologiques, telsOrphée et Apollon, mais aussi leroi David,Homère ou desMuses. La lira da braccio était occasionnellement utilisée en groupe, particulièrement dans l’intermedio (en), et peut avoir agi comme un instrument proto-continuo. Son timbre est« doux et plaisant »[3].

Lalira da braccio est dessinée essentiellement comme un violon, mais avec une touche plus large et un chevalet plat (à la différence des violes[4]) qui permet un jeu en accords. Elle est dotée généralement de sept cordes : cinq sonnant comme au violon, avec une corde grave supplémentaire (ainsi :ré – sol – ré’ – la’ – mi[b]) et deux cordes passant au-delà de la touche, qui ne sont pas jouées, servent de bourdon et sonnent normalement en octaves[1]. Son fond est plat[4]. Seuls dix instruments ont été conservés, tous duXVIe siècle[4].

page du Syntagma musicum montrant violes et Lira
Page duSyntagma musicum (1620), deMichael Prætorius. Lalira (no 5) est au centre, entourée des violes.

Michael Prætorius, dans Syntagma musicum, montre l'instrument avec frettes, bien qu'il soit le seul à le faire. De même, bien que Praetorius représente lalyra da braccio avec diverses « viola da gamba », l'instrument est joué sur l'épaule, comme le laisse entendre son nom, faisant référence au bras, ou braccio en italien. La grande touche et le chevalet plat, ainsi que les cordes fortement incurvées, facilitent le jeu en accords. D'après les quelques traités et les compositions qui survivent, il semble que lalira da braccio ait été jouée en triples et quadruples cordes. L'interprète étant quelque peu limité en termes de renversements jouables, on pense que les cordes aiguës étaient utilisées pour la mélodie et les cordes graves pour le jeu en accords. En outre, on pense que lorsqu'il accompagnait le chant, l'instrument était joué dans le registre plus aigu que la voix du chanteur[1]

Finalement, à la fin duXVIe siècle une version basse, avec frettes, de la lira da braccio avec plus de cordes a été développée : le lirone, aussi connu comme lira da gamba, qui est joué « da gamba » (ou sur les jambes – comme la viole ou le violoncelle), le remplace dans son rôle d'accompagnement vocal.

Histoire

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peinture : le jeu de la lira da braccio
Joueur delira da braccio, parBartolomeo Cincani vers 1500.

L'utilisation du termelira (ou lyra) pour décrire lesinstruments à cordes avec archet apparaît auIXe siècle, comme une application du termelyre (grec : λύρα -lūrā),instrument à cordes à archet de l'Antiquité,lyra (lūrā) de l'Empire byzantin, équivalent du rabâb utilisé à la même époque dans l'empire d'Islam. Le géographe persan duIXe siècle, Ibn Khordadbeh († 911), dans son analyse lexicographique des instruments, cite la Lyra comme un instrument typique des Byzantins, avec l'urghun (l'orgue),shilyani (probablement un type de harpe ou de lyre) et lesalandj[5]. La lyra byzantine se répand à travers l'Europe vers l'ouest et auxXIe et XIIe siècles, les écrivains européens utilisent les termes deviolon et delire indifféremment pour désigner les instruments à archet[6]. Au cours des siècles suivants, l'Europe a continué à avoir deux types distincts d'instruments à archet : l'un, de forme relativement carrée, le plus souvent tenu à bras, qui devient leviolon ou la famille de la viola da braccio ; l'autre, avec une forme d'épaules tombantes et, plus souvent, tenu entre les genoux, était la famille de la viole ou viola da gamba. À la Renaissance, les gambes étaient des instruments importants et élégants ; ils ont finalement perdu du terrain sur la famille du violon, à l'origine moins aristocratique[7].

peinture : ange musicien jouant de la lira
Ange musicien deGiovanni Bellini,Sacra Conversazione, vers 1505 (Venise).

Désignée dans l'expression « lira citatoria » (pourrecitatoria) par une source vénitienne en 1492, la lira da braccio est citée pour la première fois en 1533 par le théoricien Giovanni Maria Lanfranco[8] (qui utilise le termela lyra de sept cordes), et décrit son accord :do – do' / sol – sol' – ré' – la' – mi. Lalira est conçue alors pour accompagner les versets chantés par les poètes humanistes, commePétrarque au XIVe siècle et ses imitateurs plus tard. Elle était populaire dans les cités italiennes du Nord, telles queFlorence,Ferrare,Mantoue,Venise, etc. C'est dans ce rôle que lalira a connu un prestige qu'elle n'a jamais plus retrouvé parmi les instruments. D'entre ses interprètes figuraient plusieurs grands peintres, notamment Léonard de Vinci, qui, selon Emanuel Winternitz, a été largement considéré comme le doyen parmi les artistes interprètes ou exécutants sur lalira[c].

L’émergence dumadrigal et de son homologue instrumental, leconsort, ainsi que le succès fulgurant du violon, plus vocal, a bientôt chassé lalira de sa position prééminente à la cour ; dans lesannées 1530, elle n'est plus utilisée que lors des grands fêtes dans les villes-États détenues par de puissantes dynasties, généralement sur scène, par des comédiens ambulants (dans les mains dePantalone ou d'un charlatan : il devient parodique[9]), associé à la présence du dieu Apollon, ou mélangé dans un ensemble proto-continuo.

LeManuscrit Pesaro (Ms. Pesaro 1144), datant du milieu duXVIe siècle, est un important document pour l'histoire de lalira, puisqu'il contient unPassamezzo moderno (mouvement de danse) écrit en tablature pourlira. Découvert dans la ville de Pesaro, située sur la côteAdriatique, cet étrange manuscrit en forme de cœur lorsqu'il est ouvert[10],[d], mutilé, est le seul exemple conservé de musique écrite pour lalira da braccio (en raison du caractère improvisé de la pratique instrumentale), et suggère au moins la possibilité que l'instrument ait été utilisé à l'époque, comme instrument d'accompagnement de la danse (comme pouvait être le luth, dont on a en revanche, conservé des dizaines de manuscrits et d'imprimés[11]). Son caractère harmonique et ses nombreuses tonalités praticables en auraient fait l'instrument idéal pour rendre la musique de danse à la mode de ce temps.

La basse duPassamezzo moderno :



\header {
  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {
    \remove "Time_signature_engraver"

  }
<<
  \relative c' {
    \key c \major
    \clef bass
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    \tempo 1 = 70
    \override TupletBracket #'bracket-visibility = ##f 
    \autoBeamOff
    \set Staff.midiInstrument = #"cello"

     %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Passa
     g1 g c, c g' g d d g g c, c g' d g, g

  }
>>
  \layout {
    \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver" }
   
  }
  \midi {}
}


peinture : Apollon au Parnasse par Raphaël
Apollon et lesmuses.Le Parnasse,fresque deRaphael vers 1510. Détail central :Apollon joue lalira da braccio (Palais du Vatican).

Le grand musicologue italienBenvenuto Maria Disertori a montré qu'il était possible de reconstituer des exemples très convaincants de lalira da braccio, dans ses premières formes, d'après des peintures méticuleuses et des dessins deLéonard de VinciRaphael,Giovanni Bellini,Vittore Carpaccio et de nombreux autres artistes de la fin duXVIe et du début duXVIe siècle, ouvrant ainsi de nombreuses possibilités intéressantes relatives à la recréation de la pratique de l'interprétation à la fin duXVe siècle.

Le Tintoret -Le concours entre Apollon et Marsyas (1545) détail.Marsyas joue dupommer. LesMuses déclarèrent Apollon vainqueur et celui-ci le fit écorcher vif…

Lalira da braccio est tombée en désuétude au milieu duXVIIe siècle. Elle est représentée pour la dernière fois dans une nature morte allégorique d'origine hollandaise, intituléeL'Ouïe, parJan Brueghel l'Ancien (1618, Musée du Prado à Madrid). Dans l'opéra, elle apparaît une dernière fois dans le livret deGiacinto Andrea Cicognini, duGiasone (1649) deFrancesco Cavalli :

Quand je chante, quand je danse
quand je joue de la lyre
toutes les dames s'enflamment et soupirent pour moi.

Marsile Ficin jouait très certainement de lalira da braccio[12], de même quePic de la Mirandole s'accompagnait en chantant[13].

De nos jours, il faut citer Frédéric Martin, Baptiste Romain[14], Nicolas Sansarlat[15] etDomitille Vigneron.

L'Ouïe, deJan Brueghel l'Ancien (1618,Musée du Prado, Madrid)

Discographie

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Le manuscrit 1144 de la Biblioteca Oliveriana dePesaro (XVIe siècle). Une des rares sources de la Lira da braccio, notée entablature.
  • Sulla lira, la voix d'Orphée - Le miroir de musique : María Cristina Kiehr, soprano ; Giovanni Cantarini, ténor ; Brigitte Gasser, lirone & viole de gambe ; Baptiste Romain, lira da braccio & violon renaissance ; Julian Behr, luth renaissance & chitarrone (, Ricercar)(OCLC903960299)

Bibliographie

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Notes et références

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Notes

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  1. SelonGiorgio Vasari,Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes,Léonard de Vinci était un talentueux joueur delira da braccio. Il existe d'autres témoignages de la part de contemporains :Paul Jove,Benvenuto Cellini,Luca Pacioli… (Canguilhem 2001,p. 50).
  2. Ou aigu, dans le traité dePrætorius.
  3. Le peintre musicien effectue un voyage de Florence à Milan en 1482 avec sa lira en argent pour jouer devant le duc. Vasari donne une description de l'instrument.
  4. Ce format cordiforme n'est pas rare et comparable à celui duchansonnier cordiforme deJean de Montchenu, un siècle plus tôt, conservé à laBnf lire en ligne surGallica.

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé« Lira da braccio »(voir la liste des auteurs).
  1. abcd eteGrove 2001.
  2. (en)Pio Stefano,Viol and Lute Makers of Venice 1490-1630, Venise, Italy, Venice research,, 441 p.(ISBN 9788890725203,lire en ligne)
  3. Scipione Cerreto,Dell'arbore musicale (1608)p. 39, cité parCanguilhem 2001,p. 53.
  4. ab etcCanguilhem 2001,p. 43.
  5. (en) Margaret J. Kartomi,On Concepts and Classifications of Musical Instruments.
  6. (en) « lira ».Encyclopædia Britannica. 2009. Encyclopædia Britannica Online.
  7. (en) « Stringed instrument ». DansEncyclopædia Britannica. Retrieved March 14, 2009, from Encyclopædia Britannica Online:http://www.britannica.com/EBchecked/topic/569200/stringed-instrument (Encyclopædia Britannica. 2009)
  8. Giovanni Maria Lanfranco (1533),Scintille di musica,p. 136 sqq :« Scintille di musica » (partitionlibre de droits), surl'IMSLP..
  9. Canguilhem 2001,p. 52.
  10. Manuscrit Pesaro
  11. Canguilhem 2001,p. 50.
  12. Canguilhem 2001,p. 48.
  13. Canguilhem 2001,p. 49.
  14. podcast 2014.
  15. « Nicolas Sansarlat », surinstrumentariumdechartres.fr(consulté le).

Articles connexes

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