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| Idéologie | Boulangisme,nationalisme en France, antidreyfusisme(d) |
| Positionnement | Extrême droite(d) |
LaLigue de la patrie française est une association militante française d'orientationnationaliste, devenue unparti politique, fondée à Paris le au moment où éclate l'affaire Dreyfus, et qui rassemble diverses personnalités : académiciens, écrivains, peintres, musiciens, etc., parmi lesquels se distinguentMaurice Barrès etJules Lemaître, comme principaux organisateurs. Le mouvement s'affiche rapidement, en opposition à laLigue des droits de l'homme, à la foisantidreyfusard etréactionnaire.

En 1894, lecapitaine Dreyfus est condamné pour trahison, mais ce n'est que le 13 janvier 1898, que paraît le pamphletJ'accuse…! en une du journalL'Aurore et signéÉmile Zola : à partir de ce moment, éclate ce qui s'est appelée à l'époque l'« affaire Dreyfus ». La France se retrouve aussitôt scindée en deux camps : d'un côté, les dreyfusards, partisans d'une révision du procès, et, de l'autre, celui des anti-dreyfusards, pour qui laraison d'État et l’armée, ne sauraient être remis en question. En juin 1898, l'un des avocats de Dreyfus,Ludovic Trarieux, fonde laLigue des droits de l'homme (LDH), en s'appuyant sur laDéclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et parvient à mobiliser des personnalités publiques autour de la question de l'innocence du capitaine ; une partie de son réseau parvient à mobiliser l'opinion publique et certains membres participent auxuniversités populaires. Ce dernier point est capital : le corps enseignant français se divise à son tour, gagnant des institutions comme l'Académie française, l'Institut de France, etc.[1].
Par ailleurs, il est fondamental de rappeler ici le contexte économico-politique de cettefin de siècle : le pays est en proie à de multiples scandales financiers que constituent par exemple l'effondrement desobligations émises par la Société gérant le percement du canal de Panama, précédé par l'affaire des décorations de 1887. Lacrise du boulangisme émerge entre ces deux scandales[1].
Le pays, à l'instar de tous les pays occidentaux, est également traversé par des soubresauts violents : montée des actions directes perpétrées par lesanarchistes, revendications du corps ouvrier à travers l'Internationale, expression directe d'une forme d'antisémitisme décomplexé — avec entre autres la fondation de laLigue nationale anti-sémitique de France en 1889, mais aussi d'un frontanti-francmaçonnerie, et enfin, poussée d'unanticléricalisme.
Enfin, si la France possède unempire colonial qu'elle entreprend de développer grâce à son armée et dont elle se montre fière, elle est agitée par un sentiment derevanchisme : la perte de ses territoires de l'Est après sa défaite face aux armées de lacoalition allemande en 1870, ne passe pas. Le mouvement pionnier qui va exploiter ce ressentiment, non sans une forme depopulisme, laLigue des patriotes, est fondée en 1882 parPaul Déroulède ; dissoute en 1889, elle renaît en 1897 : antisémite,antigermanique etantiparlementaire, elle se distingue en partie de la Ligue de la patrie française[2].
Le 25 octobre 1898, au moment de la chute dusecond gouvernement Brisson, lors d'une réunion tenue chez le géographeMarcel Dubois, plusieurs universitaires décident de produire une protestation générale réunissant tous leurs collègues, en vue de s'opposer à la campagne menée en faveur ducapitaine Dreyfus, par certains de leurs confrères professeurs d'universités, lesquels sont désignés par l'expression« un petit nombre d'intellectuels ». Cette pétition, portée dans les lycées parisiens, recueille dans un premier temps quelques signatures. Le 20 décembre suivant, toujours chez Dubois, il est décidé d'arrêter les termes d'une déclaration officielle, un texte que rédige alorsFerdinand Brunetière, et de fonder une « ligue »,« qui serait placée en-dehors et au-dessus de l'affaire Dreyfus, et durerait plus qu'elle ». Le lendemain, la première déclaration de La Patrie française (voir ci-dessous), signée de 47 noms, est envoyée à tous les pétitionnaires, puis à la presse[3].
Le 31 décembre 1898, une partie de la presse annonce la création d'une nouvelle « ligue », communiquant une liste de noms de personnalités sous la profession de foi suivante[4] :
« Les soussignés, émus de voir se prolonger et s'aggraver la plus funeste des agitations ; persuadés qu'elle ne saurait durer davantage sans compromettre mortellement les intérêts vitaux de la patrie française, et notamment ceux dont le glorieux dépôt est aux mains de l'armée nationale ; persuadés aussi qu'en le disant ils expriment l'opinion de la France ; ont résolu : de travailler, dans les limites de leur devoir professionnel, et maintenir, en les conciliant avec le progrès des idées et des mœurs, les traditions de la patrie française ; de s'unir et de se grouper, en dehors de tout esprit de secte, pour agir utilement dans ce sens par la parole, par les écrits et par l'exemple ; et de fortifier l'esprit de solidarité qui doit relier entre elles, à travers le temps, toutes les générations d'un grand peuple. »
Parmi les noms cités, on trouve ceux deJules Lemaître etMaurice Barrès, mais la liste des membres du « Comité d'initiative » de cette nouvelle ligue n'est révélée[5] que trois jours plus tard, elle comprend :François Coppée, Lemaître,Marcel Dubois,Louis Dausset,Gabriel Syveton, etHenri Vaugeois. L'une des premières réactions mitigée à cette profession de foi, est celle d'Ernest Lavisse ; l'académicien, tout en saluant la naissance de toutes ces ligues – la « Ligue des contribuables » est née le même jour –, adresse au directeur du journalLe Temps le 4 janvier 1899, une véritable analyse sémantique de ce texte, et de conclure[5] :
« Dans ce programme, si bref, le passé tient à peu près toute la place. Par nature d'esprit, je suis porté vers le pauvre avenir. Par profession, je sais la puissance du passé, et qu'il se défend bien de lui-même, et qu'un syndicat d'assistance ne lui est pas nécessaire. »
Le 27 janvier 1899, les statuts officiels sont publiés : ils précisent bien que cette ligue est une « association », dont« l'objet est de maintenir et de fortifier l'amour de la Patrie et de l'Armée Nationale. D'éclairer l'opinion sur les grands intérêt du pays. De surveiller et de combattre les ingérences et les propagandes de l'Étranger » [sic][6]. Ces mêmes statuts prévoient l'organisation de conférences et des publications. Dès le 19 janvier, une première conférence est prononcée par Jules Lemaître, intituléeLa Patrie française, et le texte publié dans la foulée par les Bureaux de « La Patrie française », à l'adresse parisienne du 97rue de Rennes. Elle est suivie par une deuxième, intituléeL'Avenir de la Patrie française, prononcée par Dubois et précédée d'un discours de Coppée, puis d'une troisième prévue le 10 mars,La terre et les morts : sur quelles réalités fonder la conscience française signée Maurice Barrès et jamais prononcée[6]. Outre ces publications, dont l'édition est coordonnée parGeorges Grosjean, l'organisation produit unAlmanach à partir de fin 1899, puis à compter de juillet 1900, lesAnnales de la Patrie française — fondées en tant quesociété anonyme. Les dernières publications sont publiées au titre duBulletin officiel de la Ligue de la Patrie française, dont le dernier numéro sortira courant 1909 — ce qui donne sans doute la date de la disparition de ce mouvement[7]. Ces conférences, d'abord parisiennes, s'étendent l'année suivante à toute la province[8],[9] : à chaque fois, c'est l'occasion de renforcer des liens avec des sous-comité régionaux et de mettre en place un maillage, un véritable réseau, qui va permettre la mutation de ce mouvement en parti politique. Bientôt est constituée une fédération de ces comités régionaux.
Annoncée d'abord comme une organisation non sectariste censée rassembler les bonnes volontés pour apaiser les tensions politiques, elle s'avère vite politique, vouant agir en réaction à la création de laLigue des droits de l'homme et fédérer et organiser les forces antidreyfusardes hétérogènes sinon hétéroclites. Plusieurs personnalités, se sentant trompées, commeHeredia ouMistral, la quittent très tôt[10].
La Patrie française a pour objectif lesélections municipales de mai 1900. Sur Paris, au matin du 14 mai, le triomphe est évident : leconseil de Paris affiche 29élus nationalistes, contre 21 socialistes, lesquels font alliance avec 14 élus des droits de Paris, formant lesradicaux-socialistes[11]. Mais elle ne résiste pas à la victoire électorale duBloc des gauches auxélections législatives de 1902, non plus que laLigue des patriotes dePaul Déroulède (6 % des voix), qui fait, l'année suivante, alliance avec la Ligue, entre autres avec Barrès comme candidat dans le4e arrondissement de Paris[12], qui demeure unrépublicain, mais « césariste », proche d'une conceptionbonapartiste du gouvernement.
Cette ligue incarne bien, en cette fin de siècle, le passage du « nationalisme ouvert » au « nationalisme fermé » (selon une typologie deMichel Winock) qui s'opère enFrance et enEurope à la fin duXIXe siècle[1].
Au début duXIXe siècle, le nationalisme participe de l'idéelibérale d'autodétermination des peuples et des émancipations nationales dans toutes lesrévolutionsdémocratiques,anti-coloniales etanti-impérialistes de l'Europe et desAmériques (succession d'indépendances nationales). Encore en 1870-1871, en France, c'est lagauche républicaine et sociale qui défend lepatriotisme français et refuse de baisser les armes devant l'envahisseurallemand.Gambetta le républicain, commela Commune sont animés par cet engouement patriotique.
Puis, avecBoulanger d'abord, et Barrès ensuite, le nationalisme est de plus en plus récupéré par ladroite comme forcepolitique. Jusqu'ici les droitestraditionnelles invoquaient la souveraineté du monarque, dupape, et non celle du peuple, laissée aux nationalistes libéraux et républicains. Avecl'affaire Dreyfus, les républicains se divisent et, malgré lepatriotisme deJean Jaurès etGeorges Clemenceau, la revendication nationaliste devient un étendard de ladroite en France et enEurope de l'Ouest avant d'être renouvelée en dehors de cette Europe par la vagueanticolonialiste et décentralisatrice de l'après-guerre et des années 1960-70.
La Ligue de la patrie française, quoique éphémère, a incarné cette mutation, plaçant à sa tête desrépublicains en quête d'autoritarisme tels que Barrès.
La ligue se distingue des autres formations antidreyfusardes : de laLigue des patriotes, qui avait soutenu Boulanger et se montre de plus en plus hostile à la République parlementaire, comme de laLigue antisémitique de France, précisément parce qu'elle évite de s'associer à cet antisémitisme. Elle regroupe donc des conservateurs nationalistes qui veulent soutenir l'armée contre les dreyfusards sans remettre en cause la République. Mais sa cohésion sur cette base est faible, tant sur le plan de la doctrine que sur celui de la stratégie. Aussi ne parvient-elle pas à mobiliser au-delà des élites et des intellectuels qui la composent à 70 %. Après le départ de Barrès en 1901, puis de Coppée en 1902, la Ligue ne résiste pas à l'échec électoral de cette même année. Se rapprochant de la droite conservatrice, elle tente de se fondre dans l'Action libérale en 1904, sans y parvenir car celle-ci, formée d'anciens monarchistes ralliés à la République, lui reproche de ne pas défendre clairement l'Église catholique. Faute d'une échine idéologique suffisamment solide, elle finit par se disperser dans les différents courants conservateurs[13].
En gras : les membres du comité élu le[14].
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