Leliège est unproduit agricole et unmatériau cellulaire, produit à partir de l'écorce duchêne-liège. Cet arbre est actuellement le seul produisant des quantités exploitables desuber, même si cetissu végétal est présent dans toutes lesplantes vasculaires et parfois en quantité remarquée comme chez lephellodendron. Le suber protège l'arbre des insectes, du froid, des intempéries, et des incendies, tout en lui permettant de respirer, par de minces canaux appeléslenticelles (les trous du liège et de certains fruits).
Le chêne-liège est unpuits de carbone d’autant plus efficace que l’arbre est exploité pour produire du liège[1].
Les premiers chênes-lièges identifiés montrent que l'espèce existe depuis des millions d'années et des vestiges de l’Antiquité prouvent que les hommes ont su l’exploiter pour des utilisations variées et la fabrication d’objets très diversifiés.Des vestiges d’objets fabriqués en liège et datant de ont été retrouvés enChine, enÉgypte, àBabylone et enPerse. EnItalie, parmi d’anciens vestiges datant duIVe siècle av. J.-C., on a trouvé des objets fabriqués en liège tels quebouées,bondes pour obturer lesbarriques, chaussures de femme et morceaux de toitures.À la même époque, on trouve des traces du chêne-liège dans les écrits du botaniste grecThéophraste, s’émerveillant de « la faculté que cet arbre possède en renouvelant son écorce quand celle-ci lui est retirée ».
Le bouchon de liège résiste aux pressions mieux que lesbouchons du type précédent, et avec le développement duchampagne et autres vins pétillants, ils les supplantent à partir du début duXVIIIe siècle.
Écorçage près d'Aracena (Espagne).Forêt de chênes-lièges près deTempio Pausania (Sardaigne).
Le liège produit naturellement par l'arbre est appelé « liège mâle » : crevassé et de moindre valeur, celui-ci ne peut pas servir pour la fabrication debouchons. De manière générale, l'opération qui consiste à enlever l’écorce d’un arbre se dit « écorçage». Pour désigner particulièrement l’opération consistant à enlever le « liège mâle » on parle de « démasclage ». Pour le chêne-liège, l’écorçage a cela de particulier que l’opération ne demande pas d’abattre l’arbre pour récupérer le liège. Cette opération se pratique dès que le tronc atteint 70 cm decirconférence à 1,30 m du sol et sur un arbre qui a entre 20 et25 ans.
Le liège mâle est de couleur noire, d’une structure très irrégulière et d’une dureté qui le rend difficile à travailler. Il peut toutefois servir de matériau d’isolation ou de revêtement de sol. Après le démasclage, il faut environ deux à troisécorçages avant que le liège après repousse devienne plus régulier, moins dur, avec une certaine régularité dans leslenticelles, et soit ainsi doté des caractéristiques nécessaires à la production de bouchons. Le liège de qualité « bouchonable » s’obtient en respectant la « loi des neuf ans », durée de repos nécessaire à l'arbre pour reconstruire une couche suffisante de liège[4].
Pour prélever l’écorce, on utilise deshaches spéciales possédant un tranchant très fin et un manchebiseauté. Il est possible de distinguer trois types de haches[6] :
lahache catalane, au tranchant droit, utilisée en France, en Espagne et en Italie ;
lahache portugaise, au tranchant arrondi, utilisée au Portugal ;
lahache extremena, au tranchant en demi-lune, utilisée en Espagne.
Bouchon à bouteille de vin en liège aggloméré.Objets d'artisanat en liège, à Porto (Portugal).
Le liège est un matériau cellulaire, dont près de 90 % du volume est de l'air, ce qui lui donne une faibledensité, d'excellentes qualités d'isolationthermique,acoustique et vibratoire. C'est un produit souple et antistatique. Grâce à lasubérine qui en constitue une fraction importante, il résiste relativement bien à l'humidité, et également au feu, même si, contrairement à la croyance populaire, le liège reste inflammable au même titre que tout composé ligneux. Il se décompose lentement.
On distingue deux types de liège : « naturel » et « expansé » :
Il sert traditionnellement à fabriquer desbouchons à vin ; plus de 80 % de la production de liège mondiale est utilisée pour fermer les bouteilles[7]. Néanmoins, toutes ces propriétés, réunies dans un matériau naturel, rendent le liège précieux pour diverses applications. LePVC utilisé dans les fuselages des avions a pu être ainsi remplacé par du liège qui dispose des mêmes propriétés de légèreté et d'ininflammabilité[8]. Concassé en granulés, on le transforme en panneaux d'isolation, revêtement mural ou pour le sol. Il entre aussi dans la composition dulinoleum.
Ses caractéristiques font de lui un matériau très demandé pour l’élaboration d’articles particuliers : siège de voiture, articles de sports,canne à pêche, constituants de produits destinés à l’industrie de pointe, joints de dilatation destinés à l’industrie du bâtiment, etc. Le liège peut entrer dans la fabrication devolants debadminton, et dans le secteur de lamode, pour la fabrication de chaussures, de sacs, d’accessoires et de vêtements.
L'expansion de ce matériau dans l'habitat a démarré à la fin duXIXe siècle. Au début duXXe siècle, des architectes renommés tels queFrank Lloyd Wright l'ont utilisé pour son absorption acoustique. AuXXIe siècle, il connait un surcroit d'intérêt pour la construction de maison plusécologiques (HQE par exemple) grâce à ses excellentes performances d'isolant acoustique et thermique anti-allergique, éprouvées depuis plusieurs siècles. Saconductivité thermique (λ) est d'environ 0,04 watt par mètre-kelvin en fonction du produit et du niveau d'expansion. Il se présente en panneaux constitués de liège broyé et aggloméré, expansé dans des fours ou desautoclaves, ou en plaques naturelles notamment utilisées en décoration. Résilient comme couverture de sol, il est souple à la marche et apporte un confort inégalé, même par les matériaux synthétiques les plus récents. Il est particulièrement utilisé dans les pays d'Europe du Nord, aux États-Unis, ainsi qu'au Japon.
Accessoires en liège sur un stand duVeggieWorld Paris 2019.
Portugal, premier producteur mondial, produit du liège qui concerne principalement les districts deSantarém, d’Évora,Setúbal,Portalegre etBeja, leurs chênaies fournissant environ 90 % de la production du liège portugais.
↑Françoise Lecocq, « Les premières maquettes de Rome - L’exemple des modèles réduits en liège de Carl et Georg May dans les collections européennes aux XVIII -XIX siècles »,Roma Illustrata, représentations de la Ville. Actes du colloque international de Caen,,p. 227-259(lire en ligne).