L'île se distingue par son riche bagage culturel (patrimoine archéologique, architectural, artistique, artisanal, musical, gastronomique) et naturel (géologique, halieutique, marin). Lesbos était réputée durant l'Antiquité et lapériode byzantine pour la qualité de ses vins, de son bois de construction navale et de son marbre bleu clair.
Le terme delesbienne découle de la poésie antique deSappho, qui est née à Lesbos. Ses poèmes, à l'intense contenu émotionnel suscité par les autres femmes, pouvaient faire évoquer l'amour homosexuel[1]. Grâce à cette association, Lesbos et en particulier la ville d'Eresós, son lieu de naissance supposé, sont fréquemment visitées par les touristes attirés par cette histoire[2].
L'aéroport de l'île porte le nom du poète contemporainOdysséas Elýtis.
Du fait de sa position géographique, l'île se trouve en première ligne pour l'accueil des réfugiés venant deTurquie par l'Union européenne.
L’activité volcanique, limitée à une période de près de 2 millions d'années (il y a 18,5 à 17 millions d'années, principalement), a conduit à la formation d'une série destratovolcans dans la partie centrale de l'île, ceux de Lepetymnos, de Vatoussa, et d'Agra[3]. Les éruptions volcaniques expliquent la présence de laforêt pétrifiée de Lesbos. Le dôme de lave de Molyvos a été choisi comme lieu de construction de la forteresse deMéthymne, les matières volcaniques étant particulièrement résistantes aux intempéries, et sur le dôme de lave d’Ordymnos a été édifié, pour des raisons similaires, le monastère Ypsilou[4].
L'île est verdoyante, justifiant son appellationîle d'émeraude, avec uneflore d'une grande variété. Les onze millions d'oliviers ainsi que d'autresarbres fruitiers couvrent 40 % de l'île. Lesforêts depins méditerranéens, de châtaigniers et dechênes en occupent 20 %. Le reste est occupé par desbroussailles, desgarrigues et des paysages urbains. Dans la partie ouest de l'île se trouve la deuxième plus grandeforêt pétrifiée deséquoias, après celle duparc national de Petrified Forest en Arizona.
L'économie de l'ile est essentiellementagricole. L'huile d'olive est la principale source derevenu, mais le tourisme et l'exportation de l'ouzo, une boisson grecque, génèrent aussi d'importants revenus. Le tourisme àMytilène est encouragé par l'aéroport international, et diffuse dans les villes côtières dePetra,Plomari,Méthymne etEresos. Lapêche et lafabrication desavon, sont les autres sources de revenus.
On estime à 1 400 voire 1 500 le nombre d'espèces végétales sur l'île. Cette richesse est due à la grande variété de ses biotopes, de ses formations rocheuses, des effets à long terme de l'activité humaine, de la proximité avec l'Asie Mineure, dont Lesbos n'a été que récemment séparée par la montée du niveau des mers consécutive à ladéglaciation würmienne, depuis 12 000 ans[5]. Lesbos abrite notamment une grande variété d'orchidées (une trentaine d'espèces), notamment dans ses oliveraies centenaires[6].
Lesbos est aussi réputée desornithologues du monde entier pour la richesse de sonavifaune, notamment par la présence dans ses deux grands golfes d'oiseaux migrateurs qui y font escale entre l'Europe et l'Afrique ou le Proche-Orient.
Parmi les mammifères, on trouve l’écureuil de Perse (Sciurus anomalus, Gmelin, 1778). C'est le seul endroit d'Europe où l'on trouve cet écureuil oriental. Lepetit murin de Lesbos (Myotis blythi lesviacus) est une espèce dechauve-sourisendémique.
À Mytilène, important centre administratif et capitale de l'île, on trouve le Ministère de l'Égée, les autorités régionales de l'Égée-septentrionale et le rectorat de l'université de l'Égée.
Le produit intérieur brut par habitant de l'île est environ de 69,1 % par rapport à celui de la Grèce[7].
L'agriculture est l'activité économique principale de l'île, et principalement la culture desoliviers (il y aurait 11 millions d'arbres) et l'élevage desmoutons. Ce secteur emploie 31 % de la main-d'œuvre, 50 % si l'on compte les membres de la famille et ceux qui ont aussi une autre activité économique[8].
Les autres secteurs importants sont lapêche et letourisme. Letourisme ne s'y est développé que depuis les années 1980 et le premier charter est arrivé en 1982. Il reste limité en volume, quasi exclusivement héliotropique de masse, et commence déjà à montrer ses limites[8].
Une crise majeure a éclaté en 1923, avec l'arrivée desréfugiés grecs d'Asie Mineure et le départ des habitants musulmans de l'île, selon les obligations dutraité de Lausanne avec laTurquie. Le commerce vers l'Asie Mineure était désormais fermé, tandis qu'Athènes etLe Pirée restaient trop éloignés. L'économie de l'île a décliné, les fabriques ont été fermées et de nombreux habitants de l'île se sont exilés.
Avec la concurrence grandissante, la valeur de l'huile d'olive a chuté sur le marché mondial. Dans les années soixante, l'île a tenté de diversifier ses activités économiques et de réduire sa dépendance envers l'olivier[7].
Aujourd'hui, avec la stagnation du secteur touristique, Lesbos se tourne à nouveau vers la production agricole, avec la production d'huile d'olive, de fromage, d'ouzo, devin, de conserves de poisson. L'île produit aujourd'hui 100 000 tonnes d'olives et 20 000 tonnes d'huile d'olive[10]. La production d'huile biologique s'est notamment particulièrement développée ces dernières années.
Trambélos courtise sur l'île une certaineApriate (Ἀπριάτη /Apriátē), ce qui coûte la vie à la jeune femme[12].
Lesbos a été l'objet de guerres de conquête au cours ducycle troyen.
Au moment où laguerre de Troie éclate, Lesbos est une dépendance de Troie, sous le contrôle du roiPriam[13]. Lesbos est conquise par les Grecs au cours de leur voyage avant le siège de Troie à proprement parler. C'estAchille qui a joué le plus grand rôle dans la conquête de l'île[14]. C'est en particulier lors de l'invasion de Lesbos que le héros combat la reine amazonePenthésilée.
Elle aurait été colonisée parOreste, fils d'Agamemnon, qui y établit une colonie qui devient la plus puissanteÉolide.Pausanias prétend que c'estPenthilos, fils d'Oreste, qui fut celui qui s'empara de l'île[15]. Macarée, un fils d'Hélios d'après la légende, fut le premier roi ionien de cette île[16].
Issa qui viendrait du prénom 'Issos, fils de Macarée,
et enfin Lesbos, petit-fils d'Éole et gendre de Macarée, resté comme héros éponyme.
Lesbos est peuplée des colonséoliens venus de Grèce continentale au milieu duXIe siècle av. J.-C. L'île est d'abord partagée en plusieurs cités rivales : elle compta jusqu'à neuf villes importantes, dontMytilène etMéthymne. C’est Mytilène qui finit par l’emporter et par fédérer les autres villes. L’histoire de l’île se confond dès lors avec celle de sa capitale, l’un des grands centres de populationéolienne. Lesbos absorba par la suite l’île et petit royaume deLemnos. À l’époque de laguerre de Troie, l’île était une alliéecarienne selonZénodote[17].
Comme beaucoup de cités-États grecques, Lesbos est dirigée depuis Mytilène par destyrans commeMélandros (ou Mélanchros,-612/-608) qui finit assassiné, puisMyrsilos (ou Myrsilé,-608/-595). Ils se succèdent le plus souvent par coups d'État et s'appuient sur une clientèle politique faite d'alliances entre clans.Alcée participe à l'un de ces coups de force pour renverser Myrsilos, mais les conspirateurs échouent et Alcée est obligé de se retirer àPyrrha. Puis il quitte Lesbos et se rend enThrace. À la mort de Myrsilos, Alcée compose ses vers les plus connus, par lesquels il célèbre la mort du tyran.
Suit la tyrannie dePittacos (ou Pittagos ou Pittacus,-595/-585), fils d'Hyrradios, qui avait pris part lui aussi au coup d'État contre Myrsilos. Son « règne » ne dure qu'une dizaine d'années, mais pendant cette période, il rétablit la paix et réorganise l'État. Il met fin aux privilèges de l'aristocratie et inaugure une politique de tolérance, permettant àSappho, à Alcée et à ses frères de revenir à Lesbos. Nous avons peu d'informations avérées sur cet homme politique, qui fut l'un desSept sages, car beaucoup de légendes entourent son nom. Il abdique volontairement et vit encore dix ans après cela ; les Mytilèniotes lui donnèrent une terre, qu’il consacra aux dieux et qui porte maintenant son nom.
Lesbos fut enlevée aux Génois par lesTurcs ottomans en 1462. Ceux-ci la rattachèrent à laDjézireh des îles (Cezayir-i bahr-i Sefid adaları Akdeniz : « marche des îles de la mer du sud », en fait lesîles Égéennes, dont la capitale était officiellementMytilène, mais qui en fait était dirigée d'Izmir ou Smyrne). Durant quatre siècles et demi, l'île fait partie de laGrèce ottomane. Elle voit naître à Mytilène le fameux corsaireBarberousse, fils d'un potieralbanais et d'une mèregrecque d'originecatalane, convertis à l'islam.
À la prison de Pagani, lerégime des Colonels a enfermé des opposants politiques ; ensuite, la prison a détenu des droit-commun, mais en 2009 l'établissement servait, pour l'Union européenne, decentre de rétention où sont détenus surtout desAfghans, et dont l'état dégradé a été critiqué par l'ONU[19].
Lesbos et l'augmentation des arrivées de migrants depuis 2015
L'île de Lesbos est depuis des décennies un lieu de passage pour les personnes désirant atteindre l'Europe[20], du fait de la proximité des côtes turques. Depuis mai 2015, une importante augmentation de ces arrivées a eu lieu, avec des migrants principalementsyriens, afghans et irakiens[21],[22]. La presse a désigné l'île comme laLampedusagrecque[23]. Des bénévoles grecs et internationaux, ainsi que des pêcheurs[24], et des garde-côtes assurent le sauvetage des migrants et leur accueil dans les différents camps de l'île.
Aprèsl'accord signé le 18 mars 2016 entre l'Union européenne et la Turquie, les arrivées de bateaux ont diminué, sans toutefois s'interrompre complètement. Ainsi, en 2016, 91 506 personnes ont atteint les côtes de Lesbos malgré l'entrée en vigueur de l'accord au mois de mars, et 1 651 personnes sont arrivées jusqu'au 22 mai 2017. Avec cet accord, lecentre d'enregistrement de Moria, du nom du village adjacent situé au centre de l'île, est devenu un centre où les personnes migrantes sont retenues jusqu'à 25 jours. Selon le type de procédure administrative, certains migrants illégaux y connaissent une rétention administrative plus longue, généralement dans le cadre d'une demande d'asile rejetée. Ces pratiques font partie de la politique deshotspots mise en place par l'Union européenne sur différentes îles italiennes et grecques (Lesbos, Chios, Samos, Leros, Kos)[25].
Différents rapports d'organisations humanitaires ont dénoncé les conditions terribles dans lesquelles les migrants doivent vivre sur l'île de Lesbos et de manière générale en Grèce[26],[27]. En octobre 2018, le magazine américainNewsweek, citantMédecins Sans Frontières, rapporte qu'en moyenne, un cas d'agression sexuelle est signalé chaque semaine dans le camp, la victime étant un enfant dans la moitié des cas[28].
Depuis l'été 2019, 10 000 personnes arrivent par mois à Lesbos. 400 d'entre elles devaient être transférées en France entre décembre 2019 et l'été 2020[29] dans le cadre de la relocalisation, un mécanisme de solidarité en matière d'asile entre Etats européens.
En Grèce, les retards dans l'examen des demandes d'asile présentées par les migrants sont nombreux: sur 112 300 personnes, 90 000 subissaient un retard de réponse[30] en février 2020. Dans l'attente, il leur est interdit de quitter l'île, ce qui crée un grave problème de surpopulation dans lecamp de Moria. Plus largement dans les îles de Lesbos, Samos, Kos, Chios et Leros, sur la mer Égée, 42 000 personnes sont présentes pour 6 200 places[30].
Le 3 février 2020, 2 000 de ces personnes ont manifesté contre une nouvelle loi[30] de réforme du droit d'asile en Grèce.
Charles Baudelaire évoque Lesbos dansLes Fleurs du mal« Mère des jeux latins et des voluptés grecques […] ».Renée Vivien, la poétesse sapphique, a rendu un des plus beaux hommages à l'île.
L'île de Lesbos comporte l'une des raresforêts pétrifiées au monde, qui a été déclarée « monument naturel protégé ». Des plantes fossiles ont été trouvées dans de nombreuses localités de la partie occidentale de l'île. La zone délimitée par les villages d'Eressos, Antissa et Sigri est très dense en troncs d'arbres fossiles, surtout des conifères de grande taille. Des fossiles isolés de plantes ont été trouvés dans de nombreuses autres parties de l'île, en particulier dans les villages de Molyvos, Polichnitos, Plomari et Akrasi.
Laforêt de Lesbos s'est formée entre la fin de l'Oligocène et le milieu duMiocène, par suite de l'intense activité volcanique de la région. Les produits de l'activité volcanique ont recouvert lavégétation de la région et le processus defossilisation a eu lieu parsilicification de la forêt subtropicale poussant sur la partie nord-ouest de l'île il y a 15 à 20 millions d'années.
Mytilène est la capitale de l'île. Elle compte 36 196 habitants (en 2001), soit 40 % de la population de l'île. Elle est construite enamphithéâtre autour des vestiges de sacitadelle byzantine. On y trouve aussi un théâtre de lapériode hellénistique avec une superbe acoustique, qui peut accueillir 10 000 personnes. Parmi les monuments emblématiques de la ville figurent aussi l'église Saint-Thérapon et laNouvelle Mosquée. En banlieue de Mytilène, à Variá, le musée « Théophilos » abrite une importante collection d'œuvres de ce peintre originaire de l'île. Le musée « Tériade », juste à côté, abrite la collection d'ouvrages d'art et de dessins de cet éditeur.
Plusieurs maisons parmi les plus célèbres qui produisent l'ouzo consommé par tous les Grecs dans le monde entier, ont commencé leur aventure dans une toute petite ville aux ruelles étroites,Plomári. La ville compte plusieurs distilleries.
Le monastère deMandamádos, près de la côte Nord-Est de l'île, est le plus important pèlerinage grec à l'archange Michel qui est le patron de l'île. C'est d'ailleurs le jour de la Saint-Michel que l'île fut libérée de la domination turque en 1912.
Près de Kalloni, le monastère de Lémoni est un centre de pèlerinage à saint Ignace de Mytilène, second patron de l'île.
↑Karidis et Kiel, in Thanasis Kisos et Maria Koulouri, Agricultural landscape dynamics in the Mediterranean: Lesvos (Greece) case study using evidence from the last three centuries, Environmental Science & Policy 9, 2006.