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Laure de Chevigné

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Laure de Chevigné
Photographie de la comtesse de Chevigné.
Titre de noblesse
Comtesse
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Laure Marie Charlotte de SadeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Famille
Père
Marie Antoine Auguste de Sade, Comte de Sade(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Charlotte Germaine de Maussion(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Adhéaume de Chevigné(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Marie-Thérèse de Chevigné(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique

modifier -modifier le code -modifier WikidataDocumentation du modèle

Laure Marie Charlotte de Sade, par son mariage comtesse Adhéaumede Chevigné, née le àPassy et morte le àParis, est unesalonnière et une figure de la viemondaine etaristocratique parisienne de la fin duXIXe siècle jusqu'en 1914.

Elle fut une proche de l'abbé Mugnier qui était sonconfesseur[1] et qu'elle invitait régulièrement à ses dîners ou déjeuners. Elle n'invitaMarcel Proust que sur le tard, même si celui-ci guettait son passage dans la rue quand il avait 20 ans. Elle est une des trois femmes du monde qui composent le personnage de laduchesse de Guermantes dansÀ la recherche du temps perdu[2].

Biographie

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Laure Marie Charlotte de Sade naît dans l'ancienne commune de Passy en 1859[3]. Elle est la fille de Marie Antoine Augustecomte de Sade, et de Charlotte Germaine de Maussion, son épouse. Laure est par son père l'arrière-petite-fille dumarquis de Sade[4]. Selon une tradition familiale vieille de 500 ans, elle avait été prénommée en souvenir de son ancêtreLaure de Noves ou Comtesse Hugues de Sade (1310-1348) qui avait inspiré un amour impossible àPétrarque et dont les descendants honoraient ainsi la mémoire[5].

Ayant perdu son père en mai 1868 et sa mère en 1876, elle est hébergée par des parents qui cherchent à marier au plus vite cette orpheline désargentée. Durant son adolescence à la campagne, celle-ci développe un goût prononcé pour les activités sportives, notamment la chasse. Elle entre ainsi en contact avec le monde paysan, dont elle adopte certains traits de langage et l'habitude de fumer. Elle est aussi une grande lectrice, dévorant les ouvrages de ses ancêtres, et elle apprend leprovençal pour se rattacher au terroir de sa famille, originaire d'Avignon[6].

Séjours à Frohsdorf

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Le, elle épouse le comte Adhéaume de Chevigné (1847-1911), membre du service d'honneur ducomte de Chambord Henri d'Artois, en exil depuis près de cinquante ans àFrohsdorf, en Autriche[7]. Légitimiste, le couple s'empresse d'aller se présenter au prétendant au trône de France. Adroitement conseillée parRobert de Fitz-James qui la guide à travers les rituels complexes de cette cour où régnait une étiquette rigide, elle se fait vite apprécier par le comte Henri en raison de son intelligence, son humour frisant parfois l'insolence et sa passion pour la chasse, où elle excelle. Dans le récit qu'elle fera de cette période, elle n'hésite pas à se donner une aura mythique en s'identifiant àProserpine emmenée dans le « royaume des ombres » parPluton[8]. Chevigné, qui devait séjourner huit mois par an au service du comte, permet à Laure de ne rester avec lui que deux mois et de retourner ensuite à leur appartement dans leFaubourg Saint-Honoré, au 34,rue de Miromesnil, à quelques pas de l'appartement duvicomte de Foucault de Pontbriand[9].

Laure met au monde une fille, Marie-Thérèse, en octobre 1880 et un garçon, François, en 1882. Les enfants n'étant pas admis à la cour, elle devait les confier à sa mère lorsqu'elle allait à Frohsdorf. Elle était absente lors de la mort du comte en août 1883, étant rentrée à Paris quelques semaines auparavant[10].

Laure aimait à se fantasmer à Frohsdorf telle Proserpine enlevée par Pluton (rapt de Proserpine parLe Bernin.Galerie Borghese).

Un salon recherché

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Au début des années 1880, en habile narratrice, Laure se présente donc auréolée de la faveur que lui avait accordée le comte, en laissant sous-entendre une intimité royale par d'habiles dénégations — allant jusqu'à jurer que ses enfants sont bien de son mari —, ce qui lui donne un statut prestigieux dans la société et lui ouvre les salons les plus huppés. Désireuse de lancer son propre salon, elle obtient l'aide de Robert de Fitz-James, qui invite des personnalités de ses amis à répondre à son invitation[11]. Elle se retrouve bientôt à la tête d'unsalon musical et artistique, que fréquente un groupe de « cercleux » plus âgés, qui apprécient son élégance.

Elle séduit si bien par son attitude non conformiste et sa vivacité d'esprit que ceux-ci veulent la retrouver chaque jour. Bien que son salon soit petit, encombré et avec des sièges peu confortables, elle y reçoit dans l'après-midi « ses vieux » à qui elle ne servait que de l'orangeade[12]. On y trouve régulièrement lemarquis de Breteuil, le comteCharles-Albert Costa de Beauregard, le comteJoseph de Gontaut-Biron, le marquis du Lau d'Allemans, le comteAlbert de Mun et bien d'autres. Elle est amie avec Madame de la Trémoille, laprincesse Bibesco, le comte et la comtesseEdmond de Pourtalès ainsi que le prince et la princesseJoachim Murat[13]. Elle était aussi amie avecMaupassant, dont on a conservé les lettres qu'il lui adressa et à qui Laure pourrait bien avoir inspiré l'héroïne de son romanBel-Ami[14].

Dès 1884, la comtesse de Chevigné est devenue une des figures de la vie mondaine et jouit de l'appui d'Arthur Meyer, qui assure une chronique mondaine très suivie dansLe Gaulois dont il est le directeur[15]. Voici comment le journalGil Blas décrit son salon en 1903 :

« Tout ce qui veut discuter, causer, rire à bon escient, tirer à son tour son petit feu d'artifice se réunit entre cinq et sept heures dans le salon de la rue Miroménil, s'assied dans les fauteuils préparés aux patriciens de la décadence, entend M.Paul Bourget affirmer et réaffirmer les théories deL'Étape, la comtesse admirer, convenir, redire et contredire, diriger l'entretien vers des sujets plus doux, tenir tête àCosta, le rude persifleur, extirper chemin faisant la tirade chateaubrianesque au comteEugène-Melchior de Vogüé; discuter les chances du « crack » favori au Grand Prix, à faire rougir Brémond, le pontife duturf, décrire en trois mots la nature provençale, au point de faire sentir le mistral qui souffle sur Cabanes, demeure aimée de ses hivers[16]. »

Sur le plan politique, son salon est un bastion de ferveur royaliste, un concentré d'hommes du passé farouchement opposée aux idéaux républicains. Certains de ses fidèles sont proches du papeLéon XIII, tel Albert de Mun. D'autres siègent à la Chambre des députés, ne manquant pas une occasion de dénoncer laRévolution comme un désastre national[17]. Toujours prête à évoquer son séjour à Frohsdorf ou son sulfureux arrière-grand-père, Laure était la reine incontestable de ces nostalgiques d'une époque révolue.

Les habitués de son salon se cotisent à chaque Premier de l'An pour lui offrir un nouveau rang deperles.« Mes colliers me permettent de compter mes amis et mes années », dit-elle[18]. Elle est proche de lafamille Daudet et de la mère deJean Cocteau. Elle invite régulièrement son confesseur l'abbé Mugnier à ses déjeuners ou dîners, avec des personnalités littéraires dont il fait le portrait dans son fameuxJournal. Elle fréquentait lacomtesse Greffulhe et était amie avecGeneviève Halévy. À elles trois, elles inspirèrent à Proust le personnage de la duchesse de Guermantes[19].

Distinction et anticonformisme

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La chanteuseYvette Guilbert a aidé à initier Laure à la vie nocturne de Montmartre[20].

Sans être une beauté, avec son visage osseux et un nez proéminent — elle s'est elle-même comparée à Polichinelle —, elle attire le regard avec« des cheveux blonds, des yeux bleus, doux et brûlants, de blanches épaules[16] ». Elle est sans aucun doute moins belle que lacomtesse Greffulhe, autre modèle de la duchesse de Guermantes. Comme la duchesse de Guermantes, elle a une voix rauque car elle abuse des cigarettes. D'une grande familiarité, elle se piquait d'appeler chacune et chacun par son prénom[16].

Extrêmement distinguée, elle se permet néanmoins de dire lemot de Cambronne en public, ce qui était inouï de la part d'une femme de la haute société[21]. Elle n'hésitait pas non plus à fréquenter des gens en marge de son milieu — artistes, musiciens, journalistes —, tels la populaire chanteuseYvette Guilbert, la sopranoHortense Schneider et l'actriceRéjane. Elle allait souvent au cabaret duChat noir àMontmartre, où elle emmena même le grand ducVladimir, qui fut tout émoustillé par cette expérience[22].

Reynaldo Hahn a dit d'elle :« C'est une femme duXVIIIe siècle, chez qui le sentiment se mue bientôt en esprit[23]. »

Elle lance plus tard aux courses deLongchamp les tailleurs gris foncé de chezCreed. Elle est amie de la reineIsabelle II d'Espagne ainsi que de lagrande-duchesse Vladimir, qu'elle conseille sur sa toilette.

Marcel Proust

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Après avoir fréquenté durant près de trois ans le salon deMme Straus, dont il est quelque peu désillusionné,Marcel Proust, alors âgé de 21 ans, reporte sur Laure de Chevigné son aspiration à côtoyer la grande aristocratie. Il tente d'abord de l'approcher par l'entremise de son neveu Gustave Laurens de Waru, mais sans succès[24]. L'apercevant au théâtre, comme le narrateur deLa Recherche, en robe de gaze blanche avec un grand éventail à plumes, il décide d'attirer son attention par un portrait qu'il trace d'elle dans le numéro de de la revueLe Banquet, fondée par son amiFernand Gregh. Dans ce texte, il ramène diverses parties de son corps à celles d'un oiseau et en fait une déesse :

« Comment pouvez-vous préférer Madame ** aux cinq autres que je venais de dire et qui sont les plus incontestables beautés de Paris? D'abord, elle a le nez trop long et trop busqué? Ajoutez qu'elle a la peau trop fine, et la lèvre supérieure trop mince, ce qui tire trop sa bouche par le haut quand elle rit, en fait un angle très aigu. Pourtant son rire m'impressionne infiniment, et les profils les plus purs me laissent froid auprès de la ligne trop busquée à votre avis, pour moi si émouvante, de son nez qui rappelle l'oiseau. Sa tête aussi est un peu d’un oiseau, si large du front à la nuque blonde : plus encore ses yeux perçants et doux. Souvent, au théâtre, elle est accoudée sur le bord de sa loge ; son bras ganté de blanc jaillit tout droit, avec la fierté d'une tige jusqu'au menton, appuyé sur les phalanges de la main. Son corps parfait enfle ses coutumières gazes blanches, comme des ailes reployées. On pense à un oiseau qui rêve sur une patte élégante et grêle. Il est charmant aussi de voir son éventail de plume palpiter près d'elle et battre de son aile blanche. Je n'ai jamais pu rencontrer ses neveux ou ses fils qui tous ont comme elle le nez busqué, les lèvres minces, les yeux perçants, la peau trop fine, sans être troublé en reconnaissant sa race sans doute issue d'une déesse ou d’un oiseau. Elle est femme, et rêve, et bête énergique et délicate, paon aux ailes de neige, épervier aux veux de pierre précieuse, elle donne avec l'idée du fabuleux le frisson de la beauté[25]. »

Décidé à la rencontrer, durant des jours, ce printemps-là, il se poste devant sa porte dans l'espoir qu'elle l'aperçoive, mais quand il tente finalement de l'aborder, elle l'éconduit brusquement de son fameux« Fitz-James m'attend ! »[26]. Cette blessure d'amour-propre le marquera profondément, même s'il sera finalement introduit dans son salon quelques années plus tard.

Descendance

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Mère de Marie-Thérèse de Chevigné, qui a épouséMaurice Bischoffsheim puisFrancis de Croisset, elle est la grand-mère de la mécèneMarie-Laure de Noailles et de l'homme politiquePierre de Chevigné.

La comtesse de Chevigné meurt en 1936, en son domicile du 19,rue Nitot[27]. Elle est inhumée quatre jours plus tard aucimetière de Passy (division 15)[28].

Iconographie

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Il en existe un célèbre portrait parFederico de Madrazo y Ochoa.

Notes et références

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  1. Mugnier 1985,p. 284.
  2. Caroline Weber,p. 13.
  3. Acte de naissance du, reconstitué le, Passy,Archives de Paris[lire en ligne] (vue 45/51)
  4. Mugnier 1985,p. 315 :« Mme de Chevigné est l'arrière-petite-fille de Laure de Noves, petite-nièce du marquis de Sade. Elle a dit que le marquis de Sade adorait sa femme et que sa correspondance avec elle était des lettres d'amour. »
  5. Caroline Weber,p. 83.
  6. Caroline Weber,p. 86-90.
  7. Painter 1992, t.I,p. 158.
  8. Caroline Weber,p. 114-115.
  9. Caroline Weber,p. 107-114.
  10. Caroline Weber,p. 163.
  11. Caroline Weber,p. 175.
  12. Caroline Weber,p. 176-117.
  13. Caroline Weber,p. 169.
  14. Caroline Weber,p. 273.
  15. Caroline Weber,p. 173-174.
  16. ab etcLargillière, « La Société de Paris. LV. La comtesse de Chevigné »,Gil Blas,‎,p. 1(lire en ligne)
  17. Caroline Weber,p. 179.
  18. Painter 1992, t.I,p. 160.
  19. Caroline Weber,p. 267.
  20. Caroline Weber,p. 270.
  21. Caroline Weber,p. 117.
  22. Caroline Weber,p. 268-273.
  23. Painter 1992, t.I,p. 159.
  24. Caroline Weber,p. 524.
  25. Esquisse d'après Madame ***, p. 78.
  26. Painter 1992, t.I,p. 161.
  27. Acte de décèsno 1880,, Paris16e,Archives de Paris[lire en ligne] (vue 19/31)
  28. Registre journalier d'inhumation,, cimetière de Passy,Archives de Paris

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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