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Laudanum

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Pour les articles homonymes, voirLaudanum (homonymie).

Lelaudanum est uneteinturealcoolique d'opium trèsaddictive[1]. La préparation à base d'alcaloïdes issue dupavot somnifère (Morphine,Codéine etc.) est surtout prescrite dans le traitement symptomatique desdiarrhées aiguës et chroniques, résistantes à tout autre traitement médicamenteux. Cetteteinture d'opium, quelquefois adoucie par dusucre, est aussi appeléevin d'opium.

Pot de gauche : Laudanum, Népenthès, Quirinacium (Italie, 1771-1830).

Inventé auXVIe siècle par le médecin suisseParacelse, ce remède à base d'opium pour lutter contre la douleur, se prépara sous diverses formes, avant que le médecin anglaisThomas Sydenham (1624-1689) n'en propose une formule efficace et simple à produire, qui se généralisa jusqu'auXXe siècle.

Lelaudanum de Sydenham est uneteinture d'opium safranée introduite et expérimentée parSydenham, au cours des épidémies dedysenterie des années 1669-1672, àLondres[2]. Jusqu'à la généralisation de l'usage duchlorhydrate demorphine, ce remède demeurera l'analgésique le plus utilisé[3]. C'est unbreuvage calmant opiacé dont la composition est :

Poudre d'opium officinal ..110 g
Safran incisé ...................50 g
Alcool à 30° .....................920 g

En France, le laudanum était disponible sous forme de gouttes ; il n'était délivré en principe que sur prescription médicale à partir duXIXe siècle. Il n'existe plus aujourd'hui en France de formes commercialisées de cette teinture.

AuRoyaume-Uni, la vente libre du laudanum facilita le passage de la consommation thérapeutique à la consommationhédonique. Le poèteThomas de Quincey lança la mode de la recherche d'expériences sensorielles ineffables chez les« mangeurs d'opium », mode qui se répandit par la suite dans les milieux artistiques et littéraires européens. Toutefois, dans ceXIXe siècle, la montée de la consommation addictive de laudanum dans les milieux populaires anglais créa de sérieux problèmes de santé.

Historique

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Étymologie

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Laudanum est unnéologisme forgé parParacelse, sans qu'on sache précisément sa motivation. Il pourrait dériver du latinlaudo,inf. laudare « louer, vanter » ou deladanum « suc de ciste »[4]. En 1620, l'apothicaireJean Béguin dira clairement que« l'extrait narcotique s'appelle Laudanum, comme qui diroit remede digne de louange, à cause des effects du tout admirables qu'il produit aux plus grandes maladies, et plus grandes douleurs » (Les Elements de Chymie).

Antiquité et Moyen-Âge

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Les effets soporifiques dupavot à opium étaient connus du médecin grec duIer siècle,Dioscoride (De materia medica IV,64[5]) ainsi que de l'encyclopédiste romainPline qui indique que la plante était cultivée et servait à fabriquer un « breuvagenarcotique » (Histoire naturelle[6], XX, 198). AuIIe siècle,Galien, dont la doctrine domina la pensée médicale européenne jusqu'auXVIIIe siècle, attribuait aux remèdes à base d'opium des propriétés rafraîchissantes et desséchantes[7]. Il le recommandait commeanalgésique, ou bien commeantidote dans sa fameusethériaque où l'opium dominant était associé à la chair de vipère et à de nombreux autres ingrédients. La thériaque était prescrite pour les morsures de serpents et tous les poisons. Les médecins du monde musulman, commeal Razi, prescrivirent eux aussi, l'opium commesédatif et anesthésique[8].

Paracelse

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Mais ce n'est qu'auXVIe siècle qu'une des préparations du médecin suisseParacelse, connue sous le nom de « laudanum », devint très célèbre et suscita d'abondantes polémiques. Dans son premier livre,Neun Bücher Archidoxis (Neuf livres Archidoxes[9], 1525-1526, non publié de son vivant), il expose comment extraire la médication efficace des composantes impures de minéraux, cristaux, gemmes, métaux, plantes, et racines, etc. Il appelle « spécifiques anodins », la classe des remèdes à base d'opium, ambre,musc, perle et or, qui« ne lutte que contre la maladie et non contre l'homme entier[n 1]...Voici comment : »

« Spécifique anodin Recette : prends une drachme d'opiumthebaici, six onces d'ambrearantarium et six onces d'ambrecitoniorum, une demi-once de cannelle et autant de girofle. Mélange et pile bien tout cela puis mets-le dans un vaisseau de terre muni d'un couvercle transparent. Laisse digérer au soleil ou au fumier pendant un mois. Exprime alors le tout que tu replaceras dans un vaisseau. Laisse digérer avec les ingrédients suivants : un scrupule et demi de musc ; quatre scrupules d'ambre ; une demi-once de safran ; enfin de l'ambre corallien et du magistère de perle, un scrupule et demi de chaque. Mélange après avoir, derechef, laissé digérer un mois. Prends alors un scrupule et demi de quintessence d'or, mélange à nouveau et tu obtiendras le spécifique anodin grâce auquel toutes les douleurs seront enlevées, à l'intérieur comme à l'extérieur. En outre, aucun autre membre ne sera plus touché. » (Archidoxes[9], p.96, ouvrage posthume)

Dans le seul ouvrage médical substantiel publié de son vivant, laGrande chirurgie (Grosse Wundarznei, 1536), Paracelse recommande contre les morsures de serpents, de faire prendre au patient de l'huile d'olive, avec du corail rouge et de l'électuaire de pierres précieuses. Si une fort grande soif survient,« signe que le venin croît et tend au cœur »,« tu feras boire du lait chaud avec de la poudre de Coral rouge. Nous écrirons notre secret, que nous nommonsLaudanum, en son lieu, lequel passe & surmonte tous les autres remèdes, quand on est en péril de mort » (Grande chirurgie[10], p. 117). Quelle est donc la recette secrète du laudanum de Paracelse ? Pour le médecinspagyristeAngelo Sala (1576-1637), le « laudane » de Paracelse n'est autre que l'« Anodin Spécifique de Theophrastus Paracelsus » (Opiologia[11], chap. VIII).

L'imprimeurOporinus, qui fut un temps l'assistant de Paracelse àColmar, mentionne lelaudanum avec appréhension car il ne fut, semble-il, jamais initié au secret de sa fabrication par son maître. Il indique que Paracelse« avait des pilules qu'il appelaitlaudanum et qui avaient l'apparence de crottes de souris, qu'il n'utilisait qu'en cas d'extrême urgence. Il prétendait que ces pilules pouvaient réveiller les morts, et il prouva en effet que des patients, qui semblaient bien morts, s'étaient réveillés soudainement »[12]. Un autre éditeur, le médecin paracelsienMichael Toxites, parla d'unLaudanum Theophrasti[n 2], non toxique, sans opium, qui pouvait guérir toute maladie, hormis la lèpre, et était le meilleur moyen pour préserver la vie[13]. Un autre médecin de l'époque,Theodor Zwinger confirme l'essentiel de ces témoignages. Il écrivit en 1564« J'aimerais seulement ajouter une chose, que Théophraste avait toujours avec lui un remède nomméLaudanum et qu'il l'administrait dans les cas les plus désespérés ; ce remède était trois fois plus gros qu'un pois chiche et Théophraste ne le montrait qu'après l'avoir mouillé de sa salive. Après l'avoir pris, les malades tombaient dans un léger sommeil ; ensuite ils se sentaient mieux, mais tous n'ont pas recouvré leurs forces »[14].

Oswald Crollius, un des premiers disciples de Paracelse, publia en 1609 dansBasilica chymica, la recette duLaudanum tres-renommé de Paracelse, faite d'opium thébaïque, de suc dejusquiame, d'ambre,mumie, sel de perles et de corail, liqueur de succinum [ambre] blanc tiré par esprit de vin, os de cœur decerf [cartilage du cœur ditcroix de cerf], lapis Besouard, corne de Licorne [un fossile], musch[15].

LeLaudanum Theophrasti suscita de nombreuses polémiques dans le monde médical. On reprocha à cette prescription d'avoir un effet purement temporaire, les symptômes de la maladie réapparaissant après cessation du traitement. On incrimina aussi les effets rafraîchissants de l'opium qui avaient pour conséquence de priver le malade de sa chaleur innée et de le conduire à la mort[13]. Malgré les mises en garde de certains médecins, le laudanum connaîtra un franc succès durant plusieurs siècles. Il fut considéré comme un remède important dans toutes les pharmacopées chimiques jusqu'auXXe siècle, et on le retrouve même dans les pubs anglais auXIXe siècle.

Les médecins paracelsiens desXVIe – XVIIe siècles

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Opiologia, 1614, d'Angelo Sala.

Les médecins et apothicaires paracelsiens, tous adeptes des préparations chimiques (pardistillation,calcination...), firent grand usage de laudanum à base d'opium « élaboré par le feu ». D’innombrables procédures d'extraction furent développées au cours desXVIe – XVIIe siècles. Dès 1614, le médecinAngelo Sala remarque dansOpiologia qu'« il se prépare des Laudanes en diverses manières, car presque chaque Spagyrien diffère en ce l'un de l'autre »[11].Par tâtonnement, il fallait trouver les moyens d'exploiter les possibilités de purifications données par la grandesolubilité desalcaloïdes morphinanes dans l'éthanol et leur insolubilité dans l'eau. Les quatre Laudanes principaux aux yeux de Sala, sont le spécifique anodin de Paracelse, le laudane deQuercetanus, celui deOswald Crollius et le sienNepenthes aurea.

La recette de Crollius a été évoquée ci-dessus. Quercetanus, à savoirJoseph du Chesne (1546-1609), donne une recette duvrayLaudanum ou Nepenthes obtenu par une série de distillations en milieu acide (devitriol, de Lune calcinée [argent],vinaigre) d'opium[16].

Jean Béguin (1550-1620) utilise une extraction à l'éthanol des alcaloïdes de l'opium pour faire sonLaudanum ou Nepenthes plus excellent que celuy d'Homere à partir d'opium et dejusquiame« tirée selon l'art avec l'esprit de vin [eau-de-vie], rendu acide par l'esprit de vitriol [acide sulfurique] ou le soufre », de la teinture desafran et decorail, de l'ambre (Tyrocinium chymicum[17], 1610).

AuXVIIe siècle,Moïse Charas propose un laudanum plus simple à préparer. Il fait fermenter à chaleur modérée dans unecucurbite de l'opium, du suc decoing, du sel de tartre [K2CO3] et dusucre. Il obtient ainsi alors qu'« une partie impure, volatile & écumeuse surnageant la liqueur, la terrestre demeurant au fond, & que la liqueur pure, transparente & rouge, comme rubis, tiendra le milieu ; qu'il faut la séparer, la filtrer [...] puis qu'on dissolve cet extrait dans l'esprit de vin » (Pharmacopée[18], 1676).

Toutefois, des dizaines de préparations imaginées par les chimistes au début duXVIIe siècle, seules deux ou trois survécurent : lelaudanum de Sydenham, lelaudanum de Rousseau (en France) et lelaudanum anglais ougouttes noires (en Angleterre). À la fin duXIXe siècle en France, le nom delaudanum était réservé seulement aux seuls Laudanum de Sydenham et de Rousseau[19].

La formule la plus célèbre du laudanum est ainsi celle du médecin anglaisThomas Sydenham (1624-1689). Le succès de sa préparation tient certainement à sa simplicité se résumant à uneinfusion dans duvin :

Laudanum liquide de Sydenham:« Prendre du vin espagnol, une pinte ; de l'opium, deux onces ; du safran, une once ; de la cannelle et de la girofle réduites en poudre, une dragme chacune ; les faire infuser ensemble au chaud pendant deux à trois jours, jusqu'à ce que la teinture soit de bonne consistance et après l'avoir filtrée, préparez-la à son usage. » (Œuvres, Chap. III, years 1670, 1671, 1672[20])
« Pour le choléra : 30 gouttes de laudanum », v. 1850.

De la pilule solide de laudanum de Paracelse, on passa à la forme liquide de lateinture d'opium safranée du médecin anglais. Le docteur Sydenham recommandait quelques gouttes delaudanum liquide pour calmer les patients qui souffraient dediarrhées,vomissements, douleurs violentes, fièvres, autant desymptômes douloureux incontrôlables qu'il avait pu observer lors des épidémies dedysenteries des années 1669-1672. Il proposait une posologie précise pour les patients souffrant de dysenterie,variole,pleurésie,choléra,fièvres intermittentes ou stationnaires,convulsions,calculs rénaux, etc.[2]. Sydenham avait voulu simplifier la formule et la rendre d'un emploi facile.

C'est le seul remède conseillé notamment àThéophile Gautier contre les premiers symptômes lors de l'épidémie de choléra sévissant à Paris en 1865, qui à son tour le conseille à ses sœurs[21].

Lelaudanum de Sydenham (ouœnolé d'opium safrané, vin d'opium composé) finit par être largement accepté en Europe, puis ailleurs dans le monde (USA, Russie, Chili, etc.). Sa formule est donnée dans la plupart des cours dechimie et des traités depharmacie desXVIIe – XVIIIe siècle (Lémery, laPharmacopae Wirtenbergica 1760,Baumé 1777, Rivet 1803, etc.). AuXIXe siècle, lesCodex[n 3] de 1818, 1837 et 1866 l'adoptèrent, aux unités de mesure près[22]. Elle est demeurée dans laPharmacopée française (nouveau nom du codex) jusqu'à laIXe édition de 1976[23]. Elle a longtemps été considérée par les médecins comme préférable aux autres opiacées dans les flux diarrhétiques.

En s'échappant desofficines, le laudanum de Sydenham sera même à l'origine de latoxicomanie de nombreux artistes et écrivains romantiques[24], sans parler de larges parties de la population anglaise auXIXe siècle.

Lelaudanum de Rousseau (ou vin d'opium par fermentation) a été conçu par l'abbé Rousseau, médecin deLouis XIV[25]. On dissout dans de l'eau chaude, de l'opium, dumiel (et de lalevure de bière) et on laisse la fermentation se faire à la température de 25-30 °C. On distille le liquide fermenté et on retire une certaine quantité de liqueur spiritueuse qu'on ajoute au produit d'évaporation[19]. Mais ce produit d'odeur vireuse a une très faible activité. C'est pourquoi sur les conseils deBaumé, on filtre laliqueur fermentée, on la fait réduire et on rajoute de l'alcool.

Les buveurs de laudanum auxXVIIIe – XIXe siècles

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« Apothicaire peu scrupuleux vendant de l'arsenic et du laudanum à une enfant » venue avec sa bouteille.

En Europe, lesXVIIIe et XIXe siècles furent incontestablement les siècles de l'opium où ladrogue devint l'objet d'enjeux internationaux complexes, de monopoles fiscaux considérables[24] et, parfois, l'objet d'une fascination toxicomaniaque.

En Asie orientale, l'opium est fumé à la pipe alors qu'en Occident, il est principalement bu sous forme de laudanum. Les préparations pharmaceutiquesopiacées passent facilement de l'usage thérapeutique à l'usage récréatif, d'autant plus qu'elles sont en vente libre auRoyaume-Uni. L'opiomanie touche toutes les classes de la société et génère même une rechercheesthétique qui laissera une trace dans l'histoire de la littérature. Les poètesColeridge,De Quincey,Poe etBaudelaire qui se disent des « mangeurs d'opium » (des opiophages), sont toutefois plutôt des buveurs d'opium[26].

Royaume-Uni

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À la fin duXVIIIe siècle, la puissanteEast India Company britannique grâce à la conquête duBengale, obtient le monopole de la production de l'opium. Elle en profite pour s'engager dans un très lucratif commerce decontrebande, du Bengale vers laChine[27]. Elle n'hésite pas à pousser le gouvernement britannique à mener lesguerres de l'opium (1839-1842 et 1856-1860), destructrices pour la Chine. Sensibles aux succès militaires et aux revenus considérables qui leur permirent de construire leur immenseEmpire, lesBritanniques considérèrent l'opium comme une marchandise simplement très profitable et non comme une drogue redoutable. Mais par un retournement du sort moins connu, l'opium devint alors largement disponible au Royaume-Uni et connut un succès populaire équivalent à celui de l'alcool. L'opium entrant dans les îles britanniques venait deTurquie et non d'Inde[28] et était consommé principalement sous la forme liquide de préparations pharmaceutiques.

Opium den à East End, Londres, gravure de 1880.

Le laudanum, surnommé « l'aspirine duXIXe siècle », était communément prescrit dans les foyersvictoriens comme unantidouleur et souvent recommandé pour ladiarrhée, latoux, lesrhumatismes, lesrègles douloureuses, lesmaladies cardiaques, etc. Le peuple ne consultant que très rarement les médecins, il se développa d'autres réseaux qui distribuaient l'opium sous la forme de laudanum deSydenham, de poudre de Dover (opium etipecacuanha) ou decordial. Le bas prix du laudanum[n 4] fit qu'il était pratiquement présent dans chaque famille au milieu duXIXe siècle[29]. Dans les grandes villes industrielles, lesouvriers peuvent se procurer le laudanum dans les boutiques dedroguistes, sur les étalages des marchés et même dans lespubs. La plus grande liberté règne dans la vente. Le laudanum est versé par le boutiquier dans la bouteille apportée par le client. Jusqu'auPharmacy Act de 1868 (qui donne lemonopole de la vente d'opium aux pharmacies), les réseaux les plus divers vendent la drogue aussi bien pour l'automédication que pour l'usage récréatif.

Dans toutes les couches de la société, de plus en plus d'individus passent allègrement de l'usage thérapeutique à l'usage hédonique du laudanum, avec le gros risque d'être pris au piège de l'addiction. Les écrivains cherchent à sublimer cette vogue de l'opiophagie en une expérience sensorielle « divine ». Le poèteThomas de Quincey est connu pour avoir traité en précurseur l'ambivalence de l'opium. En 1821, il publie anonymement dans leLondon Magazine lesConfessions d'un mangeur d'opium anglais, où il raconte son expérience personnelle avec le laudanum de 1804 à 1812. Dans l'opium, il cherche unstimulant à ses rêves autant qu'un remède à ses peines.« Tu possèdes les clefs du Paradis, ô juste, subtil et puissant opium » chante-t-il. Son ami intimeColeridge commence à abuser de l'alcool et du laudanum dès sa période universitaire. Il luttera toute sa vie contre sa dépendance à la drogue. Parmi les autres poètes célèbres ayant touché au laudanum récréatif, citonsLord Byron,John Keats,Mary Shelley...

Fiole de laudanum avecposologie pour nourrissons et enfants.

Charles Dickens raconte comment les mères qui travaillent enusine confient leursenfants à desnourrices qui leur administrent ducordial de Godfrey (à base de laudanum) pour être tranquilles. Quand le cordial ne produit plus d'effet, la nounou« y ajoute un peu de laudanum ou même un peu d'opium pur, et son nourrisson redevient aussi paisible que la mort ». Le système était très répandu. On voyait, en traversantManchester etBirmingham, des publicités pour des sirops calmants nommés lerepos des mères.« Il est facile de voir que les pharmaciens y font de bonnes affaires, que les demeures paisibles des pauvres y sont infectées par les narcotiques [...]. A Manchester, il se vend, par an, 2 000 gallons (9 086 litres) du cordial de Godfrey »[30].

Charles Dickens condamnait l'usage de l'opium en public mais s'offrait les agréments du laudanum en privé, comme certains autres romanciers d'ailleurs.

Karl Marx témoigne de l'appétence des travailleurs anglais pour l'opium, pris sous forme de laudanum :« Les proportions prises par le commerce et la consommation individuelle de l'opium sont considérables, presque comparables à la fortune des bistrots.[...]. Chaque village des environs avait une boutique dans laquelle les flacons de laudanum [cette solution d'alcool et d'opium est le mode le plus répandu d'absorption de l'opium] s'empilaient par centaines sur le comptoir, prêts à être servis aux foules ouvrières sortant le samedi de l'usine »[31]. Il remarque dansLe Capital[32] :« Tout comme dans les districts manufacturiers anglais, la consommation d'opium se propage également chaque jour davantage dans les districts agricoles parmi les ouvriers et les ouvrières adultes ».

AuXIXe siècle, lerigorisme et lepuritanisme de la bonnesociété victorienne s'accompagnèrent longtemps d'une importante consommation d'alcool et de laudanum. La drogue, avec une bonne dose d'humour et d'excentricité, peut fournir des échappatoires à unordre social étouffant.

France

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En France, la vente des drogues était plus réglementée qu'outre-Manche si bien que le passage de l'usage thérapeutique à l'usage récréatif fut plus difficile. L'opium s'est trouvé écartelé entre ses deux usages et tel unJanus bifrons, il a mené« en quelque sorte deux carrières parallèles : l'une légale et thérapeutique, l'autre hédonique et prohibée »[33].

Le laboratoire, J. Collier.

À l'origine de la réglementation, un document officiel, daté de 1635, précise qu'unapothicaire ne pourra délivrer un « poison » (un remède toxique) que s'il en connaît la destination. Unarrêté de police de 1664 prévoit d'ailleurs une amende de400 livres pour le contrevenant[34]. Ce qui n'empêche pas l'« affaire des poisons », une série d'empoisonnements survenus entre 1679 et 1682, dans lesquels il est question d'arsenic, de sublimé [bichlorure demercure], et quelquefois d'opium[n 5],[35]. Unchimiste de renom,Christophe Glaser, accusé d'avoir fourni des substances toxiques à lamarquise de Brinvilliers, fut incarcéré quelque temps à laBastille, avant d'être innocenté. Comme tous lesapothicaires de l'époque, Glaser pouvait très bien vendre des produits dangereux aux clients de son officine, sans être assuré de l'usage qu'ils en feraient[36]. Les apothicaires-chimistes de l'époque fabriquaient régulièrement des remèdes à base de mercure, d'arsenic et d'opium dont le fameux laudanum. À la suite de cette retentissante affaire,Louis XIV promulgue, en, un édit prévoyant lapeine de mort« pour la punition de différents crimes, notamment des Empoisonneurs, ceux qui se disent Devins, Magiciens et Enchanteurs, & portant règlement pour les Épiciers & Apothicaires ». Sont réputés au nombre des poisons ceux qui causent une mort rapide mais aussi ceux« qui en altérant peu-à-peu la santé, causent des maladies ».Un siècle plus tard, l'édit royal du met en œuvre les dispositions réglementaires sur le monopole du commerce des « poisons » par les apothicaires.Au siècle suivant, des faits divers tragiques rappellent que les contournements de la loi sont toujours possibles. Une nouvelle loi le indique pour la première fois les mentions obligatoires devant figurer sur uneordonnance prescrivant une ou plusieurs substances vénéneuses[34].

Sous l'Ancien régime, le commerce des différentescorporations était très réglementé. Le corps desLimonadiers institué en 1676 pouvait distribuer ducafé, de lalimonade, desfruits confits dans l'eau-de-vie et des boissons alcoolisées (lesvins et toutes sortes derossolis[37], à savoir de l'eau-de-vie sucrée et parfumée, forme sous laquelle l'eau-de-vie commença à se consommer comme boisson récréative du temps de Louis XIV). L'eau-de-vie, qui jusqu'auXVIIe siècle était restée un produit médicinal produit par lesapothicaires, commença alors à devenir une boisson récréative, en vente libre, et produite aussi par les distillateurs-limonadiers-vinaigriers. Mais le laudanum, à la différence de l'eau-de-vie, n'a jamais pu être vendu en tant que tel par le corps des distillateurs-limonadiers-vinaigriers[38].

La frontière entre « remède » et « stupéfiant » est restée particulièrement fluctuante en fonction du contexte socio-historique. La délimitation entre licite et illicite s'est aussi déplacée avec le glissement de sens du mot « stupéfiant ».

À la fin duXVIIIe siècle, le laudanum est devenu un remède mondain utilisé par les « ennuyés » et les« femmes vaporeuses » pour la toux, lacolique, les douleurs mais aussi commeJulie de Lespinasse, contre les affres dutaedium vitae, de « dégoût de la vie »[39]. Quand les femmes sont prises de vapeurs, elles se précipitent sur le laudanum et les grains d'opium. Toutefois, l'accoutumance est dénoncée avec vigueur comme le fait le comte des Alleurs, dans une lettre adressée àMadame du Deffand, pour qui l'opium« met le sang en mouvement, donne les idées les plus gaies, remplit l'âme d'espérances flatteuses. Dès que son action cesse, il jette dans la langueur, la mélancolie et l'assoupissement... Il faut en augmenter les doses tous les trois mois au moins. Il diminue l'appétit, il attaque les nerfs. Ceux qui en font usage deviennent maigres et jaunes ; lorsque, de jaunes, ils deviennent verts, la mort n'est pas éloignée »[40] (Lettre du). Dans son article « opium », l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ne dresse pas un tableau aussi sévère, mais elle ne retient guère la valeur médicale du produit[41], pourtant si prisée par les apothicaires-chimistes du passé[29].

Les prescriptions de laudanum ne concernent pas que les puissants. On les trouve aussi dans le coffre à médicaments desnavires négriers en partance deNantes etBordeaux. Il comprend du laudanum pour combattre ladysenterie, une des maladies les plus redoutées dans le transport du « bois d'ébène »[29].

En 1849, le docteur Bouchardat constate que le laudanum est en France « le médicament le plus employé en matière médicale »[42]. Il ne pouvait s'obtenir en principe que chez l'apothicaire et avec une ordonnance médicale.

Un nouveau mode de consommation de l'opium venu d'Extrême orient est apparu au début duXIXe siècle en Europe, face à la consommation dominante du laudanum. La méthode chinoise de fumer l'opiumchandoo dans le cadre d'un rituel très élaboré est apparue enChine auXVIIIe siècle[26]. Elle s'est répandue ensuite enAmérique du nord,Australie etAsie du Sud-est par les grandes vagues migratoires de Chinois de la seconde moitié duXIXe siècle. En France, l'habitude de« tirer sur le bambou » accompagne le retour des marins, soldats, négociants et fonctionnaires de l'Indochine et de Chine[26]. Dès les années 1850, l'opium est probablement fumé dans certains ports français. D'emblée, l'usage de la pipe à opium s'affiche comme une recherche hédonique, et ne se cache pas derrière le paravent d'une thérapeutique antalgique.

« Confessions d'un buveur de laudanum », 1860.

Lespoètes et romanciers romantiques français, fascinés par le culte de la drogue de De Quincey, s'adonnent aux expériences mentales troublantes qu'offrent la possibilité de facilement déguster lehaschisch, fumer l'opium ou boire du laudanum. Avec desscientifiques et desartistes, ils se réunissent régulièrement de 1844 à 1849, au« Club des Hashischins » dans l'île Saint-Louis à Paris. Y viendrontCharles Baudelaire,Théophile Gautier,Alexandre Dumas,Gérard de Nerval,Eugène Delacroix, etc. La drogue était à leurs yeux un instrument d'exploration mentale qu'ils pouvaient mener sous la direction bienveillante du docteuraliénisteMoreau. Au Club, on consommait principalement ledawamesk, une sorte deconfiture verdâtre à base derésine de cannabis et de miel.

À la suite de ces expériences, Baudelaire publie en 1860Les Paradis artificiels dans lequel il ne cache rien des « voluptés » ni des « tortures » de l'opium. DansLa chambre double, poème tiré duSpleen de Paris (1861), Baudelaire évoque ainsi l'ambivalence du laudanum :« Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum ; une vieille et terrible amie ; comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrises ». Le laudanum était arrivé dans sa vie pour combattre les affres de la dépression et alléger ses douleurs intestinales causées par lasyphilis. Mais lucidement, il avoue que« Les chercheurs de paradis font leur enfer »[29].

La France a donc suivi la vogue esthétique et littéraire de la consommation de drogue lancée par laGrande-Bretagne, sans passer par le phénomène d'addiction de larges secteurs de la population.

Les figures artistiques du laudanum

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Dans la littérature

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  • DansLa Chartreuse de Parme Clélia fait boire du laudanum à son père pour faciliter l'évasion de Fabrice. Mais la dose est trop forte et son père a failli mourir. Le comportement de Clelia envers Fabrice bascule à ce moment-là. Avec l’aide de Clélia et celle de la Sanseverina, Fabrice parvient à s’évader. Mais la dose de laudanum administrée au gouverneur de la prison pour permettre l’évasion se révèle trop forte, et celui-ci semble en danger de mort. Rongée par le remords, Clélia fait un vœu à la Madone, celui de ne plus jamais revoir Fabrice, et d’épouser le riche marquis de Crescenzi, union désirée par son père.
  • Le personnage d'Oscar Hopkins dans le roman dePeter CareyOscar et Lucinda (1988) utilise du laudanum (au départ parcoercition) pour dominer sonaquaphobie lors de son expédition deSydney.
  • Victor Frankenstein, personnage créé parMary Shelley en 1816, utilise du laudanum pour l'aider à s'endormir après la mort de son ami, Henry Clerval.
  • Le laudanum figure aussi dans desfictions historiques. Dans la série de romansLes Aubreyades dePatrick O'Brian, le chirurgien du vaisseau,Stephen Maturin, utilise la drogue dans l'exercice de son métier, et lutte contre sa propreaddiction à celle-ci.
  • Dans le romanLa Rose rebelle de l'auteurcanadienneLinda Holeman (en), un Anglais distribue du laudanum à des immigrantes indiennes afin de les violer.
  • DansLa Chambre double deCharles Baudelaire, il en usait pour soulager les douleurs qu'il ressentait face à sasyphilis, participant ainsi à l'illusion de sa chambre « double ».
  • Sacha Guitry, dans la pièce de théâtreLe KWTZ, utilise le laudanum pour le suicide du couple Maximilien et Hildebrande, finalement raté car pris de nausées à la suite de l'ingurgitation.
  • Thomas de Quincey relate les effets de l'opium dans son œuvre majeure : lesConfessions d'un mangeur d'opium anglais. Cette prise de laudanum vise au départ à soulager ses douleurs d'estomac mais elle finira vite par être le lot quotidien de Quincey.
  • Dans le romanOmoo de l'écrivain américainHerman Melville (1847), le narrateur raconte un tour joué par des marins en détention à un médecin venu les ausculter : après avoir tous ingéré une petite quantité delaudanum, ils font mine d'être inconscients, ce qui provoque la panique du médecin qui ne comprend pas ce qui se passe.
  • Jules Romains y fait allusion dansKnock ou le Triomphe de la médecine lors de l'entretien avec lepharmacien Mousquet.
  • Dans le roman deKen FollettL'Homme de Saint-Pétersbourg, Lydia prend régulièrement du laudanum pour s'endormir.
  • DansAnna Karénine deLéon Tolstoï, Anna en utilise pour pouvoir dormir, après que son mari lui eut refusé de voir son fils.
  • DansLa femme de trente ans , d'Honoré de Balzac, Julie prend des gouttes de laudanum pour supporter son mariage malheureux.
  • DansDracula deBram Stoker (1897), le Comte se sert de laudanum pour endormir les servantes de Lucy.
  • DansDixie deJulien Green, Elizabeth prend régulièrement du laudanum administré par sa gouvernante miss Llewelyn pour faire face à la mort de son mari Billy, tué lors de laguerre de Sécession.
  • Dans la pièce deGeorges FeydeauHortense a dit « Je m'en fous ! », Madame en utilise encataplasme, Hortense l'écrit « Eaudanum ». Dans la pièceLe Dindon, une préparation de laudanum est ingurgitée par inadvertance.
  • Laudanum est le nom d'un camp retranché qui abrite unegarnison delégionnaires dans les albums d'Astérix.
  • Dans le romanLe Tireur de l'auteuraméricainGlendon Swarthout, porté à l'écran parDon Siegel en 1976, John Bernard Books, un tireur professionnel, apaise ses douleurs provoquées par un cancer incurable à l'aide de laudanum.
  • Dans le romanMoisson rouge deDashiell Hammett, le personnage principal (le Continental Op) en boit et sombre dans un sommeil profond, l'empêchant d'être un témoin de l'assassinat de Dynah Brand.
  • Dans le romanTarzan vous salue bien (en) dePhilip José Farmer, John Clayton en administre à sa femme Alice lors de l'accouchement de leur fils qui deviendra le célèbre Tarzan avant d'être reconnu commeLord Greystoke.
  • Dans le romanLes Pays lointains deJulien Green, la plupart des personnages féminins utilisent du laudanum pour trouver le sommeil.
  • Dans le romanLaudanum deVirginie Bégaudeau, en 2015, l'héroïne Moïra est sous l'emprise du laudanum pour calmer sestroubles d'humeur, avant d'être internée dans unasile. Le roman parle de l'addiction à l'opium et de l'utilisation du laudanum en médecine, particulièrement enpsychiatrie.

Dans la musique

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Au cinéma et à la télévision

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Dans les jeux vidéo

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  • DansRed Dead Redemption, le héros a la capacité d'aller voir des dessins animés de propagande ; l'un d'eux se nomme « The Dangers of Doctors and Patent Medicines », où une petite fille boit une bouteille de laudanum, hallucine en voyant sa mère mangée par un ver géant, tue à la hache ledit ver, qui s'avère finalement être la mère de la petite fille.
  • DansRed Dead Redemption II, on peut lire une lettre de la mère d'Edmund, untueur en série, qui fait référence au laudanum que le docteur Finkles lui avait prescrit pour le calmer ou elle dit qu'elle espère qu'il le prend encore.
  • Dans le jeu d'horreurAmnesia :The Dark Descent, le héros peut prendre du laudanum pour améliorer son état de santé.
  • Dans l'introduction d'Assassin's Creed Syndicate, un directeur d'usine demande« qu'on [lui] apporte du laudanum pour [sa] tête » alors qu'un enfant (parmi ses ouvriers) vient de subir un accident important, doit« se taire pour ne pas perturber les autres ouvriers » et voit son salaire retiré pour le reste de la journée.
  • DansIf On A Winter's Night, Four Travelers, Lady Winterbourne se drogue au laudanum jusqu'à en faire unesurdose.
  • Dans le jeuDarkest Dungeon, les aventuriers peuvent consommer du laudanum afin de se libérer de l'altération d'état d'« horreur », qui génère périodiquement du stress, mécanique importante du jeu. Il est également présent dans sa suite,Darkest Dungeon II, avec un effet similaire.
  • Dans le jeuReturn of the Obra Dinn, Renfred Rajub est soigné avec du laudanum avant de décéder.

Notes et références

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Notes

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  1. La maladie ne résulte pas d'un déséquilibre humoral mais est le produit d'une cause particulière que seul un remèdespécifique peut traiter.
  2. Paracelse est unnom de plume que le médecin suisse prit après 1528. La forme abrégée de son premier prénom,Theophrast, semble avoir été la forme employée de son vivant.
  3. le code des médicaments ouCodex medicamentarius gallicus.
  4. au milieu duXIXe siècle, pour un penny, on peut s'en procurer de 20 à 25 gouttes, ce qui représente déjà une bonne dose.
  5. Dans la cassette deGodin de Sainte-Croix (trouvée après sa mort), amant de lamarquise de Brinvilliers, on découvrira des paquets de sublimé, d'opium et d'antimoine. Sainte-Croix avait suivi les cours de chimie deChristophe Glaser, démonstrateur de chimie auJardin royal des plantes médicinales.

Références

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  3. Bruneton, J.,Pharmacognosie - Phytochimie, plantes médicinales,4e éd., revue et augmentée, Paris, Tec & Doc - Éditions médicales internationales,, 1288 p.(ISBN 978-2-7430-1188-8).
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  43. « Paroles William Sheller - Mon Dieu Que J'l'aime - Paroles.net (clip, musique, traduction) », surwww.paroles.net(consulté le).

Voir aussi

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