Le nom de Languedoc provient du nom de la langue parlée auMoyen Âge dans le sud de la France, la langue d'oc, glottonyme qui a ensuite été traduit en latinLinguæ Occitanæ[1], littéralement « langue occitane ». Le Languedoc fait partie de l’Occitanie culturelle, vaste espace géographique delangue d'oc. Ses habitants sont lesLanguedociens, son dialecte s'appellele languedocien.
1650 - Toulouse, ville capitale du Languedoc, archevesché, parlement et université.
En tant qu'ancienne capitale ducomté de Toulouse et siège d'unparlement qui avait compétence sur les pays de langue d'oc, Toulouse fut souvent considérée comme la « capitale » du Languedoc. Sur les cartes (à la fois anciennes et modernes) montrant les provinces de la France en 1789, elle est toujours marquée comme telle. Cependant le partage complexe des administrations et des juridictions a permis à Montpellier de revendiquer également cette distinction. AuXVIIIe siècle la monarchie a clairement favorisé Montpellier, une ville alors plus petite et avec moins de légitimité historique que Toulouse, mais également avec moins d'autorités locales autonomes tels que leParlement et lecapitoulat susceptibles de contrarier le pouvoir royal.
Testament de Lancelot d'Orgemont, 1286. Premier président du Parlement deLangue de Oc, il déclare faire son testament selon la coutume de l'Occitanie,mores patriæ occitanæ.L'installation d'un véritable Parlement à Toulouse en1273 présidé par un certain Lancelot d'Orgemont est contestée[2]. L'original du document présenté ici pourrait dater duXVe siècle.
Le territoire s'est d'abord nomméLangue d'oc, nom féminin en français etlingua occitana, en latin (le mot languedoc est ensuite devenu masculin). Ce nom n'apparaît pas dans les sources avant la dernière décennie duXIIIe siècle et ne devient d'usage courant qu'à la fin duXIVe siècle[3].
Il tient son nom de la langue occitane, oùoc signifieoui.
Au cours de laPréhistoire, seules les Causses au nord du Languedoc ont été peuplés et exploités, la plaine du Languedoc étant un lieu de paludisme. AuNéolithique, on trouve dans ces montagnescévenoles une population de bergers qui, auChalcolithique, ont laissé leurs traces sous forme de stèles sculptées représentant des guerriers portant un couteau triangulaire.
Les marinsgrecs avaient fondé une colonie àAgde et leurs légendes assimilaient la région auxChamps Élysées, oùHéraclès, parti à la conquête des pommes d'or dujardin des Hespérides, avait rencontré et épousé la nympheGalatée, d'où les habitants, Galates ou Gaulois, tireraient leur nom (on retrouve le nom d'Élysées dans la cité voisine d'Elusa en Aquitaine).
Ils pactisèrent avec les Romains dès leIIe siècle av. J.-C. alors que la région est parcourue par les légions romaines. Ensérune est abandonnée comme capitale militaire pour une ville nouvelle,Narbonne, créée pour pacifier la province et qui, un siècle plus tard, devient à son tour la capitale de laNarbonnaise. L'axe routier est-ouest existant est pavé et relié au réseau romain : c'est lavia Domitia, reliant Rome à l'une des principales villes d'Espagne :Tarragone.
Au début duVe siècle, le Languedoc subit les invasionsvandales. Quelques années plus tard, lesWisigoths devinrent maîtres de la région, après que les Romains leur eurent donné l'Aquitaine et la Narbonnaise au titre de confédérés. Leroyaume wisigoth occupa bientôt le tiers sud de la Gaule, puis l'Espagne.Toulouse joue le rôle de capitale et vit un petit siècle d'or auVe siècle, avant que l'aristocratie wisigothe ne se replie surTolède. De cette période, seuls subsistent le mythe de laReine Pédauque, l'église de la Daurade et le palais des rois wisigoths.
Contrairement à d'autres envahisseurs, les Wisigoths ne firent pas table rase des institutions et entretinrent la continuité dudroit romain, synthétisant undroit romano-germanique (Bréviaire d'Alaric). La persistance du droit romain positif permettra la continuité d'un haut degré de civilisation. Le Languedoc bénéficiera ainsi d'un droit féodal atténué qui permettra l'émergence d'une bourgeoisie de Cité. Le ToulousainCujas enseignera auXVIe siècle avec éloquence ce vieux fil de droit romain.
Les Wisigoths sontariens, comme la plupart des peuples de l'Empire romain à cette époque. Les relations deClovis avec la papauté trinitaire fournissent des arguments aux Francs pour prétendre annexer la région auVIe siècle. S'ensuit une longue période trouble où la région est dispersée. LaSeptimanie, les alentours de Narbonne, reste sous domination wisigothe et a des relations paisibles avec les musulmans. Ces derniers finissent par conquérir une partie de la région en 719, ce qui donne son prétexte à l'expédition punitive deCharles Martel en 737, qui ravage la Septimanie et laProvence (batailles d'Avignon dela Berre, deNîmes etsiège de Narbonne).
Charlemagne lègueToulouse à l'un de ses fils, Louis, sous le titre deroyaume d'Aquitaine en 778, avec tout le Sud, duRhône à l'océan Atlantique, en vue de fédérer la reconquête hispanique. L'administration de cet immense territoire est confiée auxcomtes de Toulouse.
La dynastie des comtes de Toulouse, ducs de Narbonne n'aura de cesse de repousser lesMaures et de reconquérir les territoires perdus pour reconstituer la Narbonnaise. De cette compétition féodale naîtra le Languedoc, de laGaronne auRhône, de Toulouse àSaint-Gilles.
Mais ses fils et successeurs ne parviennent pas à maintenir leur autorité dans le Languedoc et, s'ils restent suzerains, l'autorité revient à différents nobles :
Quatre de ces vicomtés (Agde, Béziers, Carcassonne et Nîmes) sont tenus par lamaison Trencavel, qui possède en outre lavicomté d'Albi. Petit à petit, le sud de la région passe sous la suzeraineté ducomte de Barcelone, égalementroi d'Aragon, qui devient par mariagecomte de Gévaudan et seigneur de Montpellier.
De là naît leLanguedoc royal qui persiste jusqu'à laRévolution française (1789). Il conserve ses coutumes, sa langue et une administration spécifique. Ce Languedoc historique correspond à l'ancien comté de Toulouse et incorpore leVivarais, leVelay, leGévaudan.
La fin de la croisade et l'annexion au domaine royal ne mettent pas fin aux "petites guerres" qui sévissent de façon endémique : on en compte peut-être une vingtaine en Languedoc et Auvergne entre 1250 et 1270, certaines liées à la rivalité entre les rois de France et d'Aragon, d'autres relevant de lafaide (vendetta) entre maisons seigneuriales ; des petits bourgs commeGaja-la-Selve etMirepoix, des seigneuries ecclésiastiques comme l'abbaye de Lézat oucelle de Gaillac peuvent figurer parmi les belligérants[5].
Le Languedoc, une des premières grandes provinces rattachées à la couronne, perd son autonomie immédiate, tout en voyant naître quelques décennies plus tard, en 1346, un organe politique d'importance dans la vie de la province, qui jouera un rôle notable dans la relation qu'entretiendra le Languedoc, en tant quepays d'états, avec le roi et le pouvoir central : lesétats de Languedoc [dont il est possible de visualiser la gravure d'une séance solennelle en note[6]]. La province de Languedoc va influencer profondément par sa culture latine, directement issue de salangue d'Oc, une France royale encore marquée par son héritage culturel germanique.
La province a été garante de la cohésion du territoire royal, dans les périodes les plus troubles comme laguerre de Cent Ans où elle repousse la domination anglaise en Aquitaine, comme devant les pressions duSaint-Empire romain germanique, sur les rives du Rhône, qu'elle contient.
v. 1420 : un printemps le prix des grains flambe[13].
1443 : création duParlement de Toulouse ; compétence juridique sur l'étendue de la région Occitanie (Roussillon excepté), du département d'Ardèche et des environs duPuy-en-Velay.
1627-1629 : nouvelle prise d’armes des protestants du Languedoc. La répression est dirigée par leprince de Condé et leduc d’Épernon qui détruisent les récoltes, massacrent les protestants et procèdent à desdragonnades[14] ;
Le Languedoc disposait d'une relative autonomie grâce à ses États — sorte de parlement régional — relativement indépendant du roi de France.
L'historienne Arlette Jouanna écrit au sujet des Ėtats du Languedoc :
Et pourtant, une longue fréquentation des délibérations ne peut manquer d’impressionner par le sérieux de l’information qui les nourrit, par l’effort des commissions, malgré les errements signalés plus haut, pour ménager les deniers publics, pour stimuler le commerce et pour procurer du travail aux ouvriers. Les Ėtats manifestent jusqu’au bout un indéniable souci du bien public. L’administration languedocienne apparaît comme une formidable machine bien rodée, qui dispose face au Roi d’un redoutable pouvoir de discussion ; elle est bien dans la province le relais de l’autorité royale, mais un relais ayant des traditions d’autonomie administrative, doué du pouvoir de délibération et de consentement et dont la susceptibilité doit être ménagée. Le transfert par le Roi de responsabilités nouvelles aux États s’est fait au terme de négociations parfois difficiles, révélant une certaine méfiance de part et d’autre. En Languedoc, la décentralisation a plutôt été la reconnaissance par le Roi d’un état de fait, dont il a tiré parti tout en tentant de le contrôler avec plus ou moins d’efficacité[21].
« Ce Languedoc était [auXIIe siècle] le vrai mélange des peuples, la vraieBabel. Placé au coude de la grande route de France, d'Espagne et d'Italie, il présentait une singulière fusion de sang ibérien, gallique et romain, sarrasin et gothique. Ces éléments divers y formaient de dures oppositions. Là devait avoir lieu le grand combat des croyances et des races. Quelles croyances ? Je dirais volontiers toutes. Ceux mêmes qui les combattirent, n'y surent rien distinguer, et ne trouvèrent d'autre moyen de désigner ces fils de la confusion, que par le nom d'une ville : Albigeois.
L'élément sémitique, juif et arabe, était fort en Languedoc. Narbonne avait été longtemps la capitale des Sarrasins en France. Les Juifs étaient innombrables. Maltraités, mais pourtant soufferts, ils florissaient à Carcassonne, à Montpellier, à Nîmes; leurs rabbins y tenaient des écoles publiques. Ils formaient le lien entre les chrétiens et les mahométans, entre la France et l'Espagne. Les sciences, applicables aux besoins matériels, médecine et mathématiques, étaient l'étude commune aux hommes des trois religions. Montpellier était plus lié avec Salerne etCordoue qu'avec Rome. Un commerce actif associait tous ces peuples, rapprochés plus que séparés par la mer. […] Ces nobles du Midi étaient des gens d'esprit qui savaient bien la plupart que penser de leur noblesse. Il n'y en avait guère qui, en remontant un peu, ne rencontrassent dans leur généalogie quelque grand-mère sarrasine ou juive. Nous avons déjà vu qu'Eudes, l'ancien duc d'Aquitaine, l'adversaire de Charles Martel, avait donné sa fille à un émir sarrasin. Dans les romans carolingiens, les chevaliers chrétiens épousent sans scrupule leur belle libératrice, la fille du sultan. »
— Jules Michelet,Histoire de France, Chamerot, 1861, t. 2, p. 335
Durand, Stéphane, Arlette Jouanna, et Elie Pélaquier. Des États dans l’État: les États de Languedoc, de la Fronde à la Révolution. Travaux du grand siecle, no 42. Genève: Librairie Droz S.A, 2014.
Jouanna, Arlette. « Un pouvoir provincial : les États de Languedoc ». L’invention de la décentralisation, édité par Roger Baury et Marie-Laure Legay, Presses universitaires du Septentrion, 2009,https://doi.org/10.4000/books.septentrion.40977.
↑RIGAUDIÈRE, Albert. Chapitre III. La royauté, le Parlement et le droit écrit aux alentours des années 1300 In : Penser et construire l’État dans la France du Moyen Âge (XIIIe – XVe siècle), 2003.
↑Montpellier, Généralité de (France ; 1542-1790)(BNF15326033).
↑Toulouse, Généralité de (France ; 1542-1790)(BNF15217964).
↑Jouanna, Arlette. « Un pouvoir provincial : les États de Languedoc ». L’invention de la décentralisation, édité par Roger Baury et Marie-Laure Legay, Presses universitaires du Septentrion, 2009,https://doi.org/10.4000/books.septentrion.40977.