Lalaisse de mer est l'accumulation par lamer dedébris naturels (coquillages, tests d'oursin,algues arrachées, éponges, os deseiche ou decalmar, œufs d'animaux marins[N 1], mues de crustacés, tubes calcaires de vers marins, méduses échouées,bois mort, etc.) ou d'origine anthropique,drossés à la limite supérieure duflot au gré des vagues, de la houle ou des tempêtes.
Les laisses de marée constituent un milieu naturel, maillon essentiel de l'écosystème côtier. Source d'engrais naturels pour lesplantes pionnières du haut de plage, initiateur de la formation des dunes (grâce à la dégradation des débris naturels par les insectes et micro-organismes, permettant le développement d’une végétation pionnière),stabilisateur naturel du trait de côte, réservoir d'humidité pour de nombreuses espèces animales, le dépôt des laisses de mer est éliminé de manière drastique par les communes par souci d'offrir aux visiteurs des plages « propres ». Les opérations de ramassage mécanique (ratissage, cribleuses…) lors dunettoyage des plages (en) affecte lesservices écosystémiques fournis par les laisses de mer[1].
Cette partie de lalitière marine qui se dégrade sur l'estran, est de plus en plus polluée par les déchets : macro-, micro- etnanoplastiques, mégots, galettes de pétrole issues des marées noires oudégazage en mer, et autres déchets jetés ou perdus en mer par les navires (bouteilles et autres contenants, cordages, morceaux de verre polis par le sable, papiers divers), les engins de pêche perdus par les pêcheurs (filets en nylon, bouées) ou d'autres types de déchets apportés en mer par le vent ou les cours d'eau avant d'être rejetés sur la plage par les marées.
La laisse de mer dessine une bande qui trace la limite supérieure des eaux. Dans de nombreux pays, lalaisse de basse mer ou de haute mer est utilisée pour cartographier la limite entre la terre et la mer.
La laisse de mer désigne parfois aussi les algues, composant leGoémon, déposées sur lazone intertidale (espace découvert entre les marées hautes et les marées basses).
Les laisses de mer constituent un écosystème qui possède plusieurs caractéristiques propres. Elles forment un habitat linéaire[2] et un milieu transitoire accueillant à la fois la faune marine et terrestre. Elles ont des conditions de vie contraignantes (variations importantes et brusques de la température et évaporation rapide en surface du substrat), vent important, phases d'émersion et d'immersion, embruns salés[3].
La laisse de mer accueille plusieurscortèges d'espèces :
La laisse attire également des prédateurs occasionnels, tels que l'araignéeArctosa perita (espèce typique des côtes sableuses et des landes à bruyères, spécialiste de la dune embryonnaire[5]), elle-même chassée par lePompilePompilus cinereus (en)[6], laguêpe fouisseuseBembix rostrata ou la mouchePhilonicus albiceps qui perce de son rostre la cuticule de diptères et decicindèles[7].
Enfin, la laisse est une zone degagnage (alimentation d'insectes et de crustacés) pour de nombreux oiseaux du littoral (Gravelots,Bécasseau variable etsanderling,Tournepierre à collier,Pipit maritime) qui peuvent utiliser cette zone de transition comme site de nidification[8].
Décomposée par les invertébrés, la laisse est l'apport principal en matière organique et minérale des espèces végétales des dunes. En se décomposant, elle devient l’« engrais » de la dune qui favorise le développement deplantes pionnières. Troisassociations végétales occupent principalement la zone des laisses de mer de la façade atlantique, selon la rareté des matériaux organiques, l'exposition des plages aux vents, la mobilité du sable : leCakiletum Islandicae des estrans de sable noir basaltique de la grande île volcanique du nord et de quelques plages lapones ; laRoquette de mer (Cakile maritima), l'Arroche des sables (Atriplex laciniata) etBette maritime (Beta vulgaris subsp.maritima) sur les milieux sableux de climat tempéré,Arroche hastée (Atriplex hastata),Soude commune (Salsola soda),Soude maritime (Suaeda maritima) etSoude brûlée (Salsola kali) sur les milieux vaseux ; association méditerranéenne àEuphorbia peplis etPolygonum spp. (dontPolygonum maritimum)[N 2]. Cette végétation thérophytique éparse,halonitrophile et migratoire peut aussi comprendre la carotte de Gadeceau (Daucus carota subsp.gadecei),Mertensie maritime (Mertensia maritima),Pavot des sables (Glaucium flavum),Giroflée des dunes (Matthiola sinuata)[9].
Les laisses de mer, lorsqu'elles ne sont paspolluées, ont un rôle écologique important. Grâce auxmucilages etmucus qu'elles contiennent, les algues échouées, vivantes ou mortes, même en plein soleil, conservent sous les laisses de mer un micro-climat frais et protégé desultra-violets solaires, y abritant et nourrissant de nombreuses espèces qui vivent dans le sable (micro-organismes et crustacés essentiellement).
Une fois dégradées et minéralisées, elles deviennent une des sources de nutriments (organiques et minéraux, notamment le calcaire provenant de la fragmentation des coquillages) des plantes terrestresthérophytiques ethalonitrophiles du haut de l'estran et des plantes (zostères,posidonies[N 3])[10] et algues marines[11]. Ainsi les organismes qu'elles nourrissent et abritent contribuent doublement à fixer les plages, les sables et sédiments dans les baies ou estuaires et le pied des premières dunes. Dans ce dernier cas, des fragments d'algues ou de coquillages (notamment lesspirorbes dont les débris ne font pas plus que quelques dizaines de µm) sont facilement transportés par le vent vers lesdunes embryonnaires[12].
Elles sont aussi la base d'unechaîne alimentaire tout à fait particulière où s'alimentent notamment les oiseaux, mais qui profite aussi auxalevins,crabes, etc. Sur le littoral, les hirondelles et de nombreuses autres espèces d'oiseaux utilisent des algues récupérées sur les laisses de mer pour fabriquer leur nid.
Sur cetécotone, on trouve outre desinvertébrés typiquement terrestres (insectes essentiellement[N 4]), des espèces tout à fait marines, et des espèces typiques de ces milieux, avec par exemple desTalitridae, dontTalitrus saltator (puces de mer accompagnées d'autres Amphipodes, du cloporteTylos europaeus, du Forficule des sablesLabidura riparia) qui est une nourriture très appréciée dugravelot. La nuit, lessangliers ne dédaignent pas venir fouiller les laisses de mer aux époques où ils peuvent y trouver descadavres de poissons ou d'oiseaux. Peut-être trouvaient-ils autrefois là une nourriture intéressante pour sa richesse eniode, ils risquent aujourd'hui d'y consommer des produits plustoxiques.
Une étude[13] menée en 2006 sur les plages de la Côte d'Azur a par ailleurs montré l'importance capitale de la laisse de mer pour certains coleoptères qui y trouvent soit un gîte, soit de la nourriture, soit les deux. L'étude montre que parmi dix plages étudiées, les deux seules non soumises au ramassage de la laisse de mer (car inaccessibles aux engins) étaient les seules sur lesquelles une espèce decoléoptères (Phaleria bimaculata) de la famille desTénébrionidés, se nourrissant dans la laisse, était présente. Le ramassage sur les autres plages, en éliminant la source de nourriture, avait par conséquent provoqué la disparition de cette espèce.
Outre ce rôle biologique, les laisses de mer ont également un rôle géomorphologique : une laisse de mer importante en hiver amortit les vagues de tempête et limite l'érosion marine de la plage par lejet de rive (en) et la nappe de retrait[N 5], mais aussi l'érosion éolienne (déflation importante enmortes-eaux qui laissent le sable de haut estran sec, donc mobilisable) en freinant le vent au sol, en couvrant le sable sec ou en apportant des sédiments (les algues de laisse enserrent dans leurs crampons sable et galet).
Il existe une forte pression des communes littorales pour nettoyer mécaniquement les laisses de mer afin de présenter aux touristes des plages « propres ».
Cela semble utile là où des proliférations anormales d'algues vertes se produisent en raison d'uneeutrophisation oudystrophisation induite par les apports à la mer des excès denitrates etphosphates agricoles ou émis par les stations d'épuration. Une autre source de risque peut être constituée localement par des nitrates issus demunitions immergées, lesquelles peuvent également perdre destoxiques de combat de typeypérite[N 6],chloropicrine, etc.
Le, 20 000 détonateurs sont perdus par le cargo chyprioteMary-H et rendent impraticables des centaines de kilomètres de côtes du Finistère aux Pyrénées Atlantiques[14],[15]. Le de la même année, le cargo françaisSherbro perd dans une tempête, au large du Cotentin, 91 conteneurs avec de la nitrocellulose et des pesticides : des dizaines de milliers de sachets de pesticides se répandent sur le littoral du Pas-de-Calais et de la Manche, mais aussi sur les plages allemandes et néerlandaises[16].
Ces objets se retrouvent dans les laisses de mer qu'il convient donc de surveiller. Il est également nécessaire de nettoyer lesdéchets anthropiques habituels : bois traité, filets de nylon, qui peuvent encore piéger des oiseaux, divers produits dangereux pour l'environnement ou pour ceux qui fréquentent les plages.
Le ramassage mécanique de la laisse de mer doit cependant être rationalisé :
La laisse de mer ramassée contient des éléments naturels provenant de la mer (algues, etc.) mais aussi des déchets flottants d'origines diverses (bateaux, etc.) et des déchets déposés sur la plage par les vacanciers.Si on ne peut pas facilement agir sur ce qui vient de la mer, il faut impérativement sensibiliser les vacanciers à ne pas jeter d'ordures sur la plage. Il peut être intéressant de prévoir des poubelles mais lorsque ces dernières ne sont pas vidées régulièrement, cela ne règle pas le problème. Ces déchets, souvent des emballages plastiques ou canettes métalliques, seront en moins à ramasser mécaniquement.
Du point de vue dudéveloppement durable, les écologues recommandent de préserver la partie naturelle des laisses de mer, tout particulièrement au pied desdunes qu'elles contribuent à fixer, ou de privilégier le nettoyage manuel afin de conserver la biodiversité (certaines espèces sont exclusives de la laisse de mer au sens strict, ou sont des préférentielles) de cette faune patrimoniale. La fragmentation de cet habitat linéaire menace en effet l'arthropofaune typique, induisant une plus grande fragilité pour les communautés[17]. Les communes littorales développent dans ce sens des actions de sensibilisation du public, local ou estivants.
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