La France juive | |
![]() Affiche pour l'édition populaire illustrée (imprimerie Chaix -Jules Chéret), en 1892. | |
Auteur | Édouard Drumont |
---|---|
Pays | France |
Genre | Essai,pamphlet |
Éditeur | Flammarion |
Date de parution | mai1886 |
Nombre de pages | 1 200 en 2 volumes |
modifier ![]() |
La France juive, sous-titréEssai d'histoire contemporaine, est unpamphletantisémite d'Édouard Drumont publié àcompte d'auteur en mai1886 chezFlammarion.
Il intervient en France dans un contexte de crise morale qui suit ladéfaite de 1870, de crise religieuse consécutive à lalaïcité voulue par laTroisième République et l'émergence d'unlibéralisme économique qui se traduit par un malaise et des tensions sociales. La responsabilité du krach retentissant de l'Union générale en 1882 est imputée notamment par Drumont à l'action délibérée de labanque Rothschild[1].
En1886,Alphonse Daudet qui a relu et soutenuÉdouard Drumont pendant l'écriture de ce pamphlet, lui prête de l'argent pour lui permettre de le publier à compte d'auteur, s'adressant àFrancis Magnard, directeur duFigaro pour que le journal lance le livre par un article[2].
Cet ouvrage de 1 200 pages, réparti en deux volumes, en forme de « chronique scandaleuse » avec son index de plus de 3 000 noms de personnalités juives ou ayant cultivé des relations avec des Juifs[3], rencontre un succès considérable avec 62 000 exemplaires vendus la première année[4]. Véritable « best-seller de la fin duXIXe siècle » selon les termes deLéon Poliakov[5], il est republié en1888 dans une version populaire résumée en un volume et connaît 200 rééditions au total jusqu'en 1914[6].Il suscite enfin une veine littéraire avecLa Russie juive de Calixte de Wolski etL'Algérie juive de Georges Meynié(d) en 1887, suivis deL'Autriche juive de François Trocase en 1900 et deL'Angleterre juive par Doedalus en 1913[7].
Il est à nouveau réédité par Flammarion en1938,1941 et1943, par lesÉditions du Trident en1986 puis par lesÉditions Kontre Kulture, la maison d'édition de l'essayisteAlain Soral[8] en 2012.
Une édition numérique a été produite en 2018 par Ars & Litterae. Elle n'est pas disponible en France.
La France Juive est la première unification « dans une perspective historique — tour à tour sociale, religieuse, politique — [des] trois sources principales des passions antijuives : l'antijudaïsme chrétien, l'anticapitalisme populaire et leracisme moderne »[9]. Il recycle et donne leur autonomie aux thèmes de l'antisémitisme catholique, affirmant que « la question religieuse même ne joue qu'un rôle secondaire à côté de la question de race qui prime toutes les autres »[10].
L'ouvrage développe un antisémitisme racial (opposition entre « aryens » et « sémites »), économique (selon l'auteur, la finance et le capitalisme sont aux mains des Juifs) et religieux (en référence aupeuple déicide).
En 2013, laLigue internationale contre le racisme et l'antisémitisme a demandé en référé à la justice le retrait de certains passages de cet ouvrage, ainsi que d'autres contenus dans d'autres pamphlets antisémites réédités par l'idéologue d’extrême droite Alain Soral[11],[12].Le procureur de la République a estimé que l'affaire relevait du juge du fond et non d'une procédure en référé.
Le politologue Vincent Tournier souligne queLa France juive est également caractéristique d'un aspect majeur de l'antisémitisme de l'époque : la haine des Juifs porte Drumont à être largement philo-arabe et philo-musulman et à prendre le parti desmusulmans en Algérie. Ainsi, « il relate leur souffrance, expliquant que, par le biais de l’Alliance israélite universelle, présidée parCrémieux, les Juifs ont su parachever leur domination en s’arrangeant, avec la complicité de la République honnie, pour être les seuls à bénéficier des droits civiques »[13].
Sur les autres projets Wikimedia :