Son autorité, d'abord partagée, s'affirma progressivement à la tête du Parti et de l'État, atteignant son apogée durant lesannées 1970, avant que la vieillesse et la maladie ne limitent progressivement son rôle politique au profit des membres de lanomenklatura.
Carte d'identité de Léonid Brejnev avec photo de 1941.
Léonid Brejnev naît àKamenskoïe (Dniprodzerjynsk de 1936 à 2016), dans legouvernement de Iekaterinoslav (actuelleUkraine) en 1906, fils d'un métallurgiste russe[4]. Comme de très nombreux jeunes prolétaires aux temps de larévolution russe il reçoit une éducation technique, en gestion du territoire puis enmétallurgie. Une fois diplômé, il devintingénieur dans l'industrie métallurgique de l'Est de l'Ukraine. Il intègre en 1923 l'organisation de jeunesse du Parti communiste, leKomsomol, puis le Parti lui-même en1931.
En1935-1936, il fait sonservice militaire obligatoire. D'abord engagé dans un corps de blindés, il suit des cours sur leschars d'assaut avant de servir finalement commecommissaire politique. Il devient ensuite directeur du collège technique de métallurgie deDniprodzerjynsk. Il est rapidement transféré au centre régional deDniepropetrovsk, dont il devient en1939 le secrétaire du Parti chargé des importantes industries militaires de la ville.
Il fait partie de la génération de Soviétiques qui ne connurent pas la période ayant précédé la révolution russe, trop jeunes même pour avoir participé aux luttes pour la succession deLénine au poste de dirigeant du parti en1924. Au moment où il entre au Parti,Joseph Staline en était déjà le maître incontesté ; Brejnev, comme beaucoup d'autres jeunes communistes, trouva dans le système stalinien un chemin tout tracé. Les membres du Parti qui avaient survécu auxgrandes Purges de1937-1938 obtinrent des promotions rapides, puisque ces éliminations ouvraient de nombreux postes dans les niveaux haut et moyen du parti et de l'État : Brejnev est le modèle même de ces carrières fulgurantes.
En, l'Allemagne nazie envahit l'Union soviétique et Brejnev participe à l'évacuation des industries deDniepropetrovsk, avant que la ville ne tombe entre les mains des Allemands, le. Comme la plupart des membres du Parti de rang moyen, il est enrôlé dans l'Armée rouge commecommissaire politique. En effet, l'Armée rouge suivait le principe du double commandement : toutes les formations militaires étaient sous les ordres d'un officier professionnel et d'un commissaire politique. Enoctobre, Brejnev devient délégué de l'administration politique pour lefront du Sud, avec rang de commissaire de brigade.
En1942, à la suite de la dissolution du front du Sud, balayé par l'offensive d'été allemande, Brejnev est nommé délégué politique dufront de Transcaucasie. En, alors que l'Armée rouge multiplie les offensives destinées à reconquérir l'Ukraine, il devient chef du département politique de la18e armée qui est affectée auPremier front ukrainien. Le commissaire politique responsable de ce front n'est autre queNikita Khrouchtchev, le futur mentor de Brejnev. Les deux hommes s'étaient rencontrés pour la première fois en 1931 et Khrouchtchev avait déjà soutenu Brejnev au début de sa carrière. À la fin de la guerre, Brejnev occupe le poste de commissaire politique duQuatrième front ukrainien qui entre àPrague après lacapitulation allemande.
Après avoir participé aux projets de reconstruction de l'Ukraine, il devient premier secrétaire du parti à Dniepropetrovsk. En1950, il devient délégué auSoviet suprême. La même année, il est nommé premier secrétaire du Parti enMoldavie. En1952, il devient membre duComité central et candidat (membre de second rang) duPolitburo.
Cette ascension fulgurante jusqu'aux sommets du Parti n'aurait pas été possible sans le soutien permanent deNikita Khrouchtchev, qui domine depuis lesannées 1930 l'organisation bureaucratique et politique de l'Ukraine.
À la mort de Staline, en, alors que la succession est encore incertaine, la taille duPolitburo est réduite, Brejnev n'en fait pas partie. À titre de compensation, il est nommé chef du directoire politique de l'armée et de la marine, au grade delieutenant général, une place très importante. Cette promotion est probablement due au nouveau pouvoir de son mentorKhrouchtchev, qui succède à Staline comme Premier Secrétaire du Parti et, comme son prédécesseur, en fait progressivement le principal centre du pouvoir. En 1955 Brejnev est nommé premier secrétaire du Parti auKazakhstan, un poste stratégique.
En1959, Brejnev devient Secrétaire du Comité central et le obtient le titre de Président du Præsidium du Soviet suprême, c’est-à-dire dechef de l'État. Ce poste ne conférait pas de réels pouvoirs, mais permettait d'aller à l’étranger, ce qui éveilla chez Brejnev un goût indéfectible pour les objets de luxe occidentaux. Il est alors âgé de 53 ans.
Jusque vers1962, la place de Khrouchtchev comme chef du Parti est solide, mais les performances économiques décevantes, les réformes brouillonnes de l'éducation et de l'appareil économique, et ses tirades de plus en plus grandiloquentes et imprévisibles commencent à inquiéter ses pairs. En apparence, Brejnev demeure loyal mais, à partir de1963, il prend part à un complot, aux côtés notamment d'Alexis Kossyguine, d'Alexandre Chélépine et deNikolaï Podgorny, avec pour but de remplacer Khrouchtchev. Cette année-là, il succède àFrol Kozlov(en) comme premier Secrétaire du Comité central et devient par ce poste le successeur officiel de Khrouchtchev. Le, alors que Khrouchtchev est en vacances, les conspirateurs convoquent le Comité central, qui les adoube ettransmet à Khrouchtchev l'annonce de sa propre démission. Brejnev devient Premier Secrétaire du Parti, et par conséquent dirigeant principal de l'Union soviétique,Alexeï Kossyguine devient lui Président du conseil des ministres. Le dernier défenseur de Khrouchtchev,Anastase Mikoyan, récupère pour un an la présidence du Soviet suprême avant de l'abandonner àNikolaï Podgorny.
Pendant les années Khrouchtchev, Brejnev avait approuvé ladénonciation de la dictature de Staline, la réhabilitation des victimes des purges et la libéralisation limitée de la vie politique et intellectuelle soviétique. Mais dès qu'il prend le pouvoir, le processus est interrompu ; sans retour aux méthodes terroristes de gouvernement, on peut cependant assister à une réhabilitation insidieuse de Staline, et à l'étouffement progressif de la liberté de ton des intellectuels. Dans un discours en commémorant le vingtième anniversaire de la défaite de l'Allemagne, Brejnev mentionne Staline d'une manière positive pour la première fois[5]. Le, il prend le titre de Secrétaire général du PCUS, que Khrouchtchev avait remplacé par celui de Premier Secrétaire. En1966, le procès des écrivainsIouli Daniel etAndreï Siniavski, inédit depuis l'époque stalinienne, marque le retour d'une chape de plomb sur la vie culturelle soviétique. Dirigée parIouri Andropov, la police politique (leKGB) se voit octroyer des pouvoirs de contrôle et de répression accrus et perfectionnés contre toute forme de dissidence. Le, Brejnev est l'objet d'unetentative d'assassinat par un déserteur de l'armée soviétique qui se trompera de cible.
Ce qui est caractéristique de Brejnev est sonorthodoxie communiste et son conservatismemarxiste-léniniste, ainsi que la situation économique et industrielle des années 1970 dites dela stagnation. Il qualifia la société soviétique de« Socialisme développé » ou« socialisme réel », une déclaration qui n'appelait donc pas à des réformes essentielles (lecommunisme intégral n'est plus évoqué cependant)[6],[7].
Durant lesannées 1970, Brejnev consolide sa position dominante au sein des instances dirigeantes. En, il obligePodgorny à prendre sa retraite et redevient nominalement chef de l'État. Kossyguine conserve le poste de Président du conseil des ministres jusqu'à sa mort en1980, mais en jouant un rôle de plus en plus effacé, le Politburo étant de plus en plus dominé par les partisans de Léonid Brejnev. Le, il se nomme lui-mêmeMaréchal de l'Union soviétique, à l'imitation de Staline. Les chefs de l'armée, sans en être ravis, acceptent cette fantaisie, leurs privilèges, pouvoir et prestige n'ayant alors jamais été aussi hauts, tout en cumulant des dépenses militaires accrues et la glorification de lagrande guerre patriotique[8].
Cependant, la politique soviétique sur le plan international et celle de Brejnev en politique intérieure dépendaient de l'économie de l'Union soviétique. Or celle-ci devient stagnante à partir de 1975 et montre même des signes de déclin. Le retard de l'agriculture en est un exemple. Malgré l'industrie lourde, l'URSS obtient des rendements tellement médiocres que des importations de blé s'avèrent indispensables.
Les énormes dépenses pour les forces armées et dans une moindre mesure pour leprogramme spatial soviétique faisaient négliger les besoins de base comme l'habitat. L'importance grandissante de l'économie informelle (on utilisait alors l'euphémisme « l'économie de l'ombre », en fait lemarché noir) était une sorte de réponse, mais elle entraînait unecorruption généralisée. Le goût personnel de Brejnev pour les voitures en est une illustration.
De plus, dans les années 1970-1980, son gendre le généralIouri Tchourbanov(en), fut impliqué tout comme le dirigeant ouzbek de l'époque,Charaf Rachidov, dans la célèbreaffaire du coton ouzbek, où des sommes importantes furent détournées par le truchement de falsifications des statistiques : ce fut d'ailleurs la plus importantefraude de l'ère soviétique.« Cependant la crise du logement urbain qui se traduisait en 1964 par la prédominance de l'appartement communautaire partagé par plusieurs familles fut en grande partie surmontée. En 1982, 80 % des ménages soviétiques disposaient en ville d'un logement individuel ».
Les dernières années de son règne furent marquées par unculte de la personnalité omniprésent atteignant un sommet pour son soixante-dixième anniversaire endécembre 1976. Cettepropagande n'inspirait cependant ni respect ni peur à une population qui se moquait de lui au travers deblagues russes[9]. Brejnev s'intéressait surtout aux questions internationales en laissant les questions internes à ses subordonnés. Parmi ceux-ci, le responsable de l'agriculture,Mikhaïl Gorbatchev, devint de plus en plus convaincu qu'une réforme fondamentale était nécessaire.
Selon les mémoires deNoursoultan Nazarbaïev dans son livre « Ma vie », environ un millier de personnes étaient présentes à Alma-Ata lors d’une réception organisée en l’honneur de Brejnev dans le foyer duthéâtre Aouézov. Lorsque les invités ont pris place,Dinmoukhammed Kounaïev a proposé de porter un toast pour Brejnev. Mais à peine les invités ont-ils dégusté et posé leurs coupes que Brejnev se lève brusquement et se dirige vers la sortie. Tous les dirigeants de la République l’ont suivi. Brejnev est sorti, il a rejoint sa voiture et, en une minute, tout le cortège est parti. Selon Nazarbaïev, il était clair que Brejnev avait oublié le but de sa visite au théâtre, et son entourage a fait semblant de ne pas remarquer son état grave[10].
Lorsque Brejnev arrive au pouvoir, la puissance soviétique semble moins solide dans l'arène internationale qu'à la fin de l'époque stalinienne, tant au sein dubloc communiste que dans la confrontation continue avec lesÉtats-Unis. Lacrise de Cuba avait marqué les limites de la surenchère nucléaire, et les succès initiaux de laCourse à l'espace ont été éclipsés par l'incapacité soviétique à envoyer un cosmonaute sur la Lune. Aux États-Unis, laprésidence Kennedy, malgré la signature dutraité de Moscou en, est marquée par une relance massive de lacourse aux armements nucléaires et conventionnels, qui donnèrent à la puissance américaine une supériorité militaire écrasante sur la puissance soviétique. Brejnev se fit fort de la combler, d'imposer la parité nucléaire et de créer une marine[11].
Envers les pays satellites est-européens, la position adoptée par les dirigeants soviétiques, rapidement surnommée « doctrine Brejnev » ou « souveraineté limitée » est sans ambivalence, comme en témoigne l'affairetchécoslovaque. En1968, la tentative du dirigeant communiste localAlexander Dubček de libéraliser largement le système politique et économique, suivant le slogan dusocialisme à visage humain, éveille vite le scepticisme de Moscou, qui craint de voir se répéter lesévénements hongrois de 1956. Dès juillet, Brejnev dénonce lePrintemps de Prague comme « révisionniste » et « antisoviétique ». Le, après des pressions infructueuses sur Dubček, Brejnev ordonne l'invasion du pays par les forces du Pacte de Varsovie, qui remplacent le gouvernement par des hommes dévoués à l'Union soviétique. Cette intervention brutale marque pour deux décennies les limites de l'autonomie que Moscou laissait à ses satellites[12],[13]. Cependant il laisse laRoumanie deNicolae Ceaușescu, qui ne participe pas à l'intervention, libre de ses choix internationaux — le pays développaune politique autonome mais sans rompre avec les principes du socialisme(en)[14] —, et l'Albanie d'Enver Hoxha, en signe de protestation, se retirer à la fin de l'année du pacte de Varsovie[15],[16],[17] et duComecon. La réconciliation de Khrouchtchev avecTito en 1955 n'est pas remise en cause. Défiant tous les pronostics occidentaux alarmistes sur une prochaine invasion de la Yougoslavie par l'URSS, Brejnev se rend en aux obsèques du chef d'état yougoslave, à l'agonie depuis plusieurs mois.
Durant sa période de responsabilités, les relations avec larépublique populaire de Chinecontinuent en revanche à se dégrader, jusqu'à de meurtriersaffrontements frontaliers en1969, largement tenus secrets par les deux États. Le rétablissement des relations sino-américaines, au début de l'année1971, marque une nouvelle phase dans les relations internationales ; en1972, leprésident Nixon se rend en Chine pour rencontrerMao Zedong. Ce rapprochement, qui fissure profondément l'unité jusqu'alors proclamée du bloc communiste, convainc cependant Brejnev de la nécessité de mener unepolitique de détente avec l'Occident, afin de prévenir la formation d'une dangereuse alliance antisoviétique. La réconciliation est prônée après une déclaration de Brejnev en àBakou, lui redorant provisoirement le blason. Le régime communiste chinois, indisposé par la nouvelle politique américaine très favorable àTaïwan et perplexe face à la naissance du syndicatSolidarnosc, ne condamne pas la répression en Pologne. Aussi répond-il favorablement à l'appel de Bakou, au point d'envoyer une délégation à Moscou pour les obsèques de Brejnev. Ces évènements scellent aux yeux du monde un début de réconciliation et démentent les pronostics des années 1960 et 1970 selon lesquels l'URSS et la Chine entreraient un jour en guerre.
Signature du Traité sur la limitation des armements stratégiquesSALT II le àVienne parJimmy Carter et Leonid Brejnev
Cette politique est inaugurée par la visite deRichard Nixon àMoscou en, et la signature à cette occasion de l'accord SALT I delimitation des arsenaux nucléaires[18]. Au Vietnam, malgré le minage du port d'Haïphong le, à l'origine d'une certaine « froideur » dans l'accueil de Nixon à Moscou, l'URSS contribue à la signature des accords de Paris le[19]. Le zénith de ladétente est la signature de l'Acte final d'Helsinki en 1975 entre l'URSS et l'ensemble des États européens et nord-américains. Les Soviétiques voient un succès fondamental dans la reconnaissance par l'Ouest des frontières issues de laSeconde Guerre mondiale. L'Union soviétique accepte en contrepartie que les États participants respectent lesDroits de l'homme et leslibertés fondamentales, y compris de conscience et religieuses. Ces principes ne furent appliqués que quelque temps, mais les opposants internes aux régimes communistes ne cessèrent dès lors de s'en prévaloir à l'encontre du pouvoir, notamment les dissidents soviétiques, telsAndreï Sakharov, qui formèrent leGroupe Helsinki de Moscou. D'autre part, le problème de l'émigration des juifs soviétiques devient une source d'irritation croissante qui ne peut être aplanie lors de la rencontre entre Brejnev et le présidentGerald Ford àVladivostok en. Un peu plus tard, l'URSS préfère même rompre au nom du respect de sa souveraineté un accord économique américano-soviétique qui stipulait l'obligation de laisser émigrer des Juifs en Israël[20].
Cependant, en, en matière de droits de l'homme, hors de la question juive, à l'occasion de la première rencontre Ford-Brejnev, un pêcheur soviétique,Simas Kudirka, condamné quelques années plus tôt à 10 ans de détention dans les camps pour avoir tenté en de fuir sur un cargo américain, est libéré et remis avec sa femme, ses deux enfants et sa mère à la délégation des États-Unis[21]. Dans les mois qui suivent la signature début de l'Acte final d'Helsinki, Brejnev effectue d'autres gestes d'apaisement. Il fait libérer plusieurs prisonniers politiques et laisse partir quelques dissidents. Dans le domaine de l'émigration, il fait diminuer le coût du visa de sortie, réduire les conditions exigées au départ et raccourcir la période d'attente pour les cas de deuxième demande. Il en résulte une légère augmentation du nombre de visas de sortie durant le premier semestre 1976[22]. Pour autant, lesrefuzniks sont toujours persécutés[23]. Hors de l'Acte final d'Helsinki, le, Léonid Brejnev et le général Pinochet échangent deux prisonniers politiques : le communiste chilienLuis Corvalan et le dissident soviétiqueVladimir Boukovski.
Le dégel économique est-ouest n'en est pas moins plus rapide que le dégel politique, notamment entre les satellites soviétiques et l'Europe de l'Ouest, avec une augmentation des échanges commerciaux et des coopérations techniques, mais aussi avec l'Union soviétique. Parmi les exemples les plus emblématiques, laproduction sous licence d'automobiles Fiat 124 par le combinatLada (modèle qui a lancé la marque soviétique) à partir de 1966, ou encore la production de sodas parPepsi-Cola en URSS à partir de 1974. Peu après laCSCE, le, sur demande soviétique, le présidentGerald Ford doit faire un geste économique et politique sur Cuba, membre du COMECON depuis 1972. Il lève partiellement le blocus qui pèse sur l'ile depuis. Tout en maintenant l'embargo des États-Unis sur l'île, il laisse à chaque pays membre de l'Organisation des États américains (OEA) (dont le Canada, signataire de l'Acte final d'Helsinki) le droit d'échanger et de commercer avec Cuba. Sur le plan culturel, en 1975 et 1976 les cinémas américain et soviétique coproduisent un film,l'Oiseau bleu. D'après Lilly Marcou, Brejnev« reste dans l'Histoire comme le responsable de l'intervention à Prague en et à Kaboul en. Il fut manipulé parGomulka etUlbricht pour l'invasion de la Tchécoslovaquie, par Fidel Castro lors de l'aide accordée aux mouvements révolutionnaires en Amérique latine et en Afrique, et par les militaires soviétiques pour l'intervention en Afghanistan »[24].
Dans lesannées 1970, l'Union soviétique atteint l'apogée de son pouvoir politique et stratégique par rapport au rival américain, déstabilisé par ladéfaite finale au Vietnam et lescandale du Watergate. Les accordsSALT I en 1972, puisSALT II en1979 aboutissent à la parité nucléaire entre les deux Grands. En 1963, il avait suffi de deux à trois mois pour qu'en octobre 1963 le traité de Moscou, signé début août, sur l'interdiction des essais nucléaires dans l'espace soit ratifié. Les accords SALT 1 sont ratifiés par le Sénat américain à peu près quatre mois après leur signature (fin mai—début). Mais en le même Sénat annonce que les accords SALT II ne seront probablement pas ratifiés : aux yeux des sénateurs, la détente profite davantage à l'URSS qu'aux États-Unis. Et six à sept mois plus tard, au moment de l'intervention soviétique en Afghanistan — qui constitua la raison officielle de la renonciation de Carter —, ils ne l'étaient toujours pas. L'administration Carter n'envoya jamais un de ses membres pour tenter de convaincre les sénateurs de la nécessité de faire honorer les engagements du président vis-à-vis de l'URSS à Vienne[25]. Au contraire, bien avant le 27 décembre 1979,Jimmy Carter décida de durcir sa politique étrangère vis-à-vis de l'URSS et de ses alliés. Le, il signa unfinding (ordre exécutif) autorisant pour la première fois un soutien à laguérilla anticommuniste moudjahidine[26]. En 1998, leconseiller à la sécurité nationale de Carter,Zbigniew Brzezinski, laissa entendre dans une interview que cette opération avait été un piège pour provoquer Moscou à engager ses troupes sur le terrain[27]. Par ailleurs, quelques semaines plus tôt, le, fut prise la Double Décision de l'OTAN, début de laCrise des Euromissiles, et encore avant, le 12, est annoncée par Jimmy Carter l'augmentation du budget militaire des États-Unis de 5 % pour cinq ans. En septembre 1979 l'Administration Carter dénonce la présence d'une brigade soviétique à Cuba qui en réalité s'y trouvait depuis la crise des missiles, au vu et au su de tous les successeurs du président Kennedy (à titre de garantie pour le respect de l'accord Kennedy-Khrouchtchev). Certes, sous la direction de l'amiralSergueï Gorchkov, l'Union soviétique devient un pouvoir naval mondial pour la première fois, et par le truchement de Cuba intervient militairement jusqu'en Afrique. Mais cette puissance conduit notamment l'Union soviétique à un paradoxe dans cette région : enAngola, les militaires soviétiques, cubains et est-allemands protègent le régime marxiste allié d'Agostinho Neto puis deJosé Eduardo dos Santos, en sécurisant les puits de pétrole exploités par les compagnies occidentales, notammentExxon. L'URSS subit malgré tout un échec cuisant au Proche-Orient : elle perd son allié égyptien après a mort de Nasser en septembre 1970. Son successeur Anouar-El-Sadate prend progressivement ses distances avec Brejnev et, à partir de 1974, choisit l'alliance avec les États-Unis, malgré la signature d'un traité militaire en 1971 et l'aide active de l'URSS pendant laguerre du Kippour à l'automne 1973. L'URSS est évincée des négociations qui aboutissent, à l'été 1978, à la signature desaccords de Camp David entre l'Égypte et Israël sous l'égide des États-Unis. Malgré ce revers et sa diplomatie hasardeuse entre le bloc de l'Ouest et l'Est, l'année 1977 peut être considérée comme la dernière année de stabilisation réussie de l'URSS[28].
Cet équilibre est rompu en effet lors de larévolution de Saur en avril 1978 en Afghanistan qui marquera un tournant et affaiblira la Russie, son système soviétique ainsi que son armée en provoquant sa fin. La décision prise fin d'intervenir en Afghanistan, où un régime communiste impopulaire avait de grandes difficultés à garder le pouvoir sera fatale à l'URSS dix ans plus tard en 1989. Elle arrêta brusquement la détente allant même jusqu'à unembargo par lesÉtats-Unis et la fourniture d'armements aux rebelles afghans. LesJeux olympiques d'été à Moscou en 1980 sont éclipsés par unboycott massif lancé par les États-Unis, en raison de la guerre afghane. Une dramatisation de l'affaire s'ensuivit.
Brejnev dut également affronter la grave crisepolonaise : en la naissance du syndicatSolidarnosc qui donne le signe d'une décrédibilisation du système du parti communiste, force ouvrière unique d'avant-garde. En France, après l'arrivée de la gauche au pouvoir, le présidentFrançois Mitterrand rompt le dialogue avec Moscou à cause de ses graves divergences sur l'Afghanistan et la crise des Euromissiles, tout en maintenant la coopération économique : signature en du contrat sur le gazoduc euro-sibérien et fermeté face aux États-Unis après, lorsque l'administration Reagan tente d'imposer un embargo sur les fournitures technologiques. Mais elle reprend les ventes de céréales interrompues à la fin de l'année 1979 par l'administration Carter. Malgré ses échecs diplomatiques depuis 1978-1980, la Pologneimposa une forte répression.
L'URSS de la fin des années Brejnev, en qualité de pays marxiste, n'a pas non plus perdu sa crédibilité dans le tiers monde, comme le montrent les accueils chaleureux réservés aux leaders de deux nouveaux régimes nés en1979 : d'abord au printemps 1982 àDaniel Ortega, président de la juntesandiniste duNicaragua, puis un peu plus tard, en juillet àMaurice Bishop de laGrenade, crédibilité provisoire dans le cas de la Grenade, du fait de l'invasion de l'ile des Caraïbes par les marines américains en octobre 1983. Avec l'élection de Ronald Reagan, les années Brejnev 1981-1982 furent également un test pour la validité de l'accord Kennedy-Khrouchtchev issu de la crise des missiles de 1962 (pas d'armes offensives soviétiques à Cuba, pas d'attaque américaine contre l'île). L'équipe Reagan, comme le montre le document de Santa-Fé conçu pendant l'année 1980, de multiples déclarations du président Reagan et dugénéral Haig pendant l'année 1981 et la création d'une radio libreJosé Marti destinée à dresser la population cubaine contre le pouvoir castriste, s'était engagée à le casser (invasion, bombardement, blocus militaire de l'île), mais ne passa jamais à l'acte, cet accord ayant été régulièrement rappelé par la partie soviétique, notamment dans laPravda du, rappel consacré par une augmentation considérable des livraisons d'armes à Cuba en 1981 et 1982.
La santé de Brejnev fut un sujet d'inquiétude et d'étude pour laSoviétologie. Depuis les années 1970, il souffrait d'athérosclérose, d'une dépendance auxsomnifères et aurait subi plusieursinfarctus etAVC. En 1976, il aurait été en état demort clinique et desénilité, nécessitant une attention médicale constante. Le Kremlin imposa le secret mais plusieurs observateurs étrangers voyaient sa dégradation et indiquaient qu'il ne dirigeait pas le paysde facto[29],[30],[31].
Enmars 1982, Brejnev fit unecrise cardiaque, puis fut victime d'une chute un peu plus tard. Il mourut dans la nuit du 9 au 10 novembre 1982 à l'âge de 75 ans. Sa mort fut gardée secrète 24 heures par les dirigeants du Parti. Ses multiples mandats à la tête de l'URSS font de lui le deuxième dirigeant, par la durée, à avoir gouverné le pays.
La postérité de Brejnev est paradoxale.Andrea Graziosi dénonce lanomenklatura, la corruption, l'économie stagnante et la diplomatie médiocre. Il pointe également un immobilisme qui atteint le parti : à sa mort, la moyenne d'âge des membres dupolitburo était de 70 ans, et lecomité central était composé à 70 % d'au moins sexagénaires[32], ce qui fut qualifié degérontocratie[33].Gorbatchev ainsi que les cadres réformateurs qualifièrent le règne de Brejnev comme lapériode de stagnation du pays. Pourtant, Brejnev, d'après plusieurs sondages depuis les années 1990, est souvent considéré par les Russes comme le meilleur dirigeant du pays auXXe siècle. Cette popularité s'explique par la nostalgie de la stabilité, d'une nation avec le statut desuperpuissance et des conditions matérielles qui s'améliorent : en 1982 par exemple, 80 % des foyers ne vivent plus en logement communautaire. Ce sont des paramètres qui contrastent fortement avec l'effondrement du régime et la situation économique médiocre sous Gorbatchev etEltsine[34],[35]. Sans doute ne faut-il jamais prendre au pied de la lettre les déclarations des successeurs d'un dirigeant politique, qui se cherchent une légitimité dans les critiques du prédécesseur. En 1979, dans laNew Left Review, le dissident soviétiqueRoy Medvedev soulignait que même sur le plan des libertés, les années Brejnev avaient incontestablement constitué des années de progrès[36]. En 1980, à l'occasion du5e anniversaire des accords d'Helsinki,Jean-François Poncet, ministre français des Affaires étrangères, appelait les détracteurs de l'URSS à reconnaître un bilan « nuancé » du fait de réelles avancées en matière de transparence et de liberté de circulation[37].
Brejnev est sans doute l'un des hommes les plus décorés de l'Histoire[38]. Il affichait une quarantaine de décorations à son uniforme. Ce nombre dépasse les 120 en y incluant les décorations étrangères[38]. À sa mort, un inventaire des officiels de l'URSS comptabilise 114 distinctions, ce qui futa posteriori interprété comme un signe deculte de la personnalité[39]. Son dernier portrait officiel massivement diffusé en tenue demaréchal affiche plusieurs de ses distinctions[40],[41],[42]. Il exigea d'avoir plusieurs copies des médailles de l'ordre de Lénine pour les changements de costumes. Les décorations sont auto-attribuées et lenépotisme est assez visible[43]. Son culte des récompenses qu'il affiche souvent en public contraste avec ses successeurs, plus discrets alors[39]. Suivant la tradition, plusieurstoponymies, noms d'usines et noms de villes, dontNaberejnye Tchelny, furent nommées d'après Brejnev, mais furent rebaptisés quelques années après sa mort[39].
En 1978, il se fit remettre l'ordre de la Victoire[38]. Cette décoration soviétique, créée en 1943 et qui ne fut plus attribuée après 1945, récompensait les chefs ayant dirigé de grandes opérations militaires lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais Brejnev pendant le conflit n'était quecommissaire politique avec le grade de colonel, et ne dirigea aucune grande opération militaire. Sur la pression des vétérans de guerre, et après enquête historique sur les faits concernés,Mikhaïl Gorbatchev annula cette décoration en 1989[38],[43].
↑« Kamenskoye, at the beginning of the twentieth century, was a growing industrial town on the right bank of the River Dnepr. Although its location, in the oblast of. Yekaterinoslav, meant that it was part of Imperial Russia, the fact that the oblast was also part of Ukraine was critical in determining the character of the lives of. For one thing, the majority were not Ukrainians, but Russians, recent arrivals who had come to the region to work in the new heavy industry born out of the Russian industrial revolution. One such Russian was Ilya Yakovlevich Brezhnev, who had arrived, with his newly married wife, Natalya, early in 1906. When they left home in the small Russian village of Brezhnevo, Natalya was already pregnant, and their first son, Leonid Ilyich, was born on 19 December 1906. » Thomas Crump,Brezhnev and the Decline of the Soviet Union, Routledge, 2013,[lire en ligne]
↑Werth, Nicolas. « La crise du « socialisme développé » », Nicolas Werth éd.,Histoire de l’Union soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev (1953-1991). Presses Universitaires de France, 2013,p. 67-77.
↑« Chapitre III. La dégradation d'un État total, 1964-1991 », A. Le « Socialisme développé » comme involution,Histoire de l'URSS. sous la direction de Graziosi Andrea. Presses Universitaires de France, 2010,p. 259-371.
↑Pierre Bouillon, « La Roumanie dans l’empire soviétique : satellite modèle, indocile et créateur de normes (1968-1973) »,Siècles,nos 35-36,(lire en ligne)
↑voir téléfilm américainLa défection de Simas Kudirka 1978 diffusé en France le 15 janvier 1980 auxDossiers de l'écran
↑Pauline Peretz, "Un tournant humanitaire de la politique étrangère américaine ? Carter et l'émigration des Juifs d'Union soviétique",Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2007/3
↑Le Monde, « M. Brejnev se félicite des dernières déclarations de M. Carter sur les relations soviéto-américaines »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).