Le site maintenant connu sous le nom deL’Anse aux Meadows est d'abord attesté sous la formeL'Anse à la Médée sur unecarte marine française datant de1862. Le toponyme faisait probablement référence à un vaisseau dehaute mer nommé d'après la figure mythologique grecque deMédée, ce qui était un nom typique pour les navires de ce type à l'époque[2]. La crique faisant face au village moderne de L'Anse aux Meadows porte toujours le nom debaie de Médée[3].
L'étymologie du village de L'Anse aux Meadows n'est pas connue avec certitude.Parcs Canada, qui gère le site, affirme que le nom actuel a été anglicisé à partir de l’Anse à la Médée, forme attestée, par des colons anglophones qui se sont installés dans cette région. Une autre possibilité est de voir dansL'Anse aux Meadows, une anglicisation de la désignation française*L'Anse aux Méduses[4],[5],[6], de manière conjecturelle, car il semble que ce nom ne soit pas attesté. Le passage deMéduses àMeadows « prairie » ayant pu être motivé par la topographie du lieu qui consiste en effet en un paysage ouvert où s'étendent des prairies.
Avant la venue des Scandinaves, L'Anse aux Meadows aurait été habitée par cinq ou six groupes amérindiens, vraisemblablement attirés par la richesse des ressources marines et la proximité duLabrador[7]. On retrouve les traces de différentes cultures, parmi lesquelles celle appeléearchaïque maritime de3000 ansav. J.-C. jusqu’auXe siècleapr. J.-C., puis par des représentants de laculture Dorset, duVIe auIXe siècleapr. J.-C.[7].
Il s'agit du premier site identifié comme étant scandinave enAmérique du Nord (le site de Tanfield Valley, sur laterre de Baffin, a été reconnu par la suite, et d'autres sites, tels les îles Avayalik au Labrador, sont à l'étude). Les fouilles pratiquées pendant plusieurs années à L'Anse aux Meadows y révélèrent des maisons, des instruments et des outils qui permirent d’établir la datation du site. L’établissement est habité en1021[8],[9], selon une étudedendrochronologique utilisant lepic de carbone 14 de 993-994 ; il précède donc d'environ 470 ansChristophe Colomb, et abrite les plus anciennes traces de la présence européenne en Amérique du Nord. Désigné comme site dupatrimoine mondial par l’UNESCO, il pourrait témoigner de la colonie quasi légendaire du « Vinland » fondée par l’explorateurLeif Ericson aux alentours de l’an mil. Cette interprétation est sujette à débats, le site étant plus probablement à rapprocher du Straumfjord deThorfinn Karlsefni, où serait né son fils, Snorri, premier Européen né au Nouveau Monde.
Le climat à l’époque était sans doute assez similaire à ce qu'il est aujourd’hui, voire légèrement plus doux. Comme la saga nous le raconte, Leif quitta leGroenland à la recherche du pays dontBjarni Herjólfsson lui avait parlé. Il trouva un pays avec de la vigne et du froment sauvage, des rivières où abondent les saumons et aux hivers sans gel. Il revint pour s'approvisionner en bois et le rapporter au Groenland, où celui-ci était rare.
L’établissement de L’Anse aux Meadows se composait d’au moins huit bâtiments, y compris une forge, un haut-fourneau et une scierie qui alimentait unchantier naval. On trouva sur le site une quantité considérable descories provenant de la fonte et du forgeage du fer ainsi que de nombreux clous et rivets en fer utilisés dans la construction des bateaux. La cinquantaine d'objets de fer forgé (clous, rivets, boucles) qui ont été retrouvés, aussi bien dans les maisons que dans les ateliers, sont identiques à ceux des habitats des Vikings sur la côte de la Norvège[10]. Pour la première fois, du fer fut fondu dans le Nouveau Monde (horsGroenland).
LaSaga d'Erik le Rouge décrit l’effort de colonisation mené parThorfinn Karlsefni, et quelque 135 hommes et 15 femmes, qui utilisèrent le camp de Leif comme base, laquelle servira vraisemblablement de tête de pont pour une colonisation de Vinland tentée plus au sud vers un site plus clément surnomméHóp.
Selon Parcs Canada, il est surprenant qu'il n'y ait pas eu d'Amérindiens au site de L'Anse aux Meadows à l'arrivée des Vikings[7]. Ces derniers rencontrent toutefois un peuple, qu'ils nomment lesSkrælings ailleurs dans le Vinland ainsi qu'au nord de l'établissement[7]. Ils fuient ensuite les Skraelings et se replient plus au nord, sur un site qu'ils nomment Straumfjord.
Dans les restes des maisons, on a trouvé notamment unepierre à aiguiser[11], unelampe à huile en pierre, unpeson, une gaine en écorce debouleau pour pierre de lest[10], desépingles enbronze, unfuseau et des outils pour les travaux d'aiguille, indices de la présence de femmes, ainsi que des objets brisés en bois[12]. Il y avait aussi un fragment de bronze portant de petites décorations et qui avait été doré autrefois[13].
L’endroit ne semble avoir été occupé que peu de temps (deux ou trois ans) bien que de nouvelles études indiquent que ces brèves occupations se seraient possiblement étalées sur plus de 200 ans, pas nécessairement exclusivement le fait d'explorateurs scandinaves, mais peut-être aussi deBéothuks, un ancien peuple de Terre-Neuve, selon un article duProceedings of the National Academy of Sciences[14] cité par le journalLa Presse[15].
Des pêcheursfrançais itinérants et possiblement des baleiniersbasques fréquentent aussi le site duXVIe siècle auXIXe siècle[16]. Le village actuel de L'Anse aux Meadows est fondé vers1835 par William Decker[16].
En1914, W. A. Munn émet l'hypothèse selon laquelle les Scandinaves ont accosté à l'anse aux Meadows[16]. En1960, l'écrivainnorvégienHelge Ingstad fait des recherches sur la côte atlantique, à partir de laNouvelle-Angleterre vers le nord[17]. Un habitant de L’Anse aux Meadows, George Decker, le conduit à un groupe de bosses et de crêtes recouvertes d’herbe, rappelant des ruines de maisons[16]. De1961 à1968, Helge Ingstad et son épouseAnne Stine Ingstad y dirigent les fouilles d’une équipe d’archéologues américains, islandais, norvégiens et suédois[17].Parcs Canada effectue d'autres fouilles archéologiques entre1973 et1976[16]. L'Anse aux Meadows devient unlieu historique national du Canada en1977[16]. Il est inscrit aupatrimoine mondial de l'UNESCO le[16] lors de la 2e session du Comité du patrimoine mondial (CONF 010 VIII.38) sur la base du critère (vi) comme « la première présence européenne dans le nouveau monde » et un « jalon dans l’histoire des découvertes et des migrations humaines »[18].
Un nouveau centre d'accueil ouvre ses portes en1984[16]. Le, leGaia, une réplique d'un navire scandinave, fait escale à l'anse aux Meadows lors de son voyage entre laNorvège etWashington[16].
Des recherches effectuées en archéo-entomologie faites à L'Anse aux Meadows et publiées dans la revueProceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) en 2019 suggèrent non pas une occupation viking estimée préalablement à moins d'un demi-siècle mais que des occupations de courte durée (ou transit) se seraient possiblement effectuées jusqu'auXIIe siècle. En effet, le traitement parstatistiques bayésiennes des données tirées desanalyses isotopiques obtenues parcarbone 14 suggèrent une probabilité d'occupation norroise de ce site pouvant s'étirer statistiquement jusqu'à 195 ans avec un début d'occupation se situant entre 910-1030 [limite2σ début d'occupation norroise] et une fin d'occupation estimée entre 1030-1145 [limite2σ fin d'occupation norroise][14],[15].
Une étude sur trois morceaux de bois, qui ont été coupés par des outils métalliques (outils forcément apportés par des Scandinaves carles Amérindiens n'utilisaient pas d'outils en métal) et qui ont été collectés par des archéologues à L'Anse aux Meadows dans les années 1970, a déterminé que le site était occupé en1021[19]. Cette estimation repose sur l'identification, parmi les cernes annuels de croissance des arbres, du cerne de l'an993 grâce àun pic de carbone 14 atmosphérique résultant d'un afflux important derayons cosmiques connu sous le nom générique d'événement de Miyake.
L'Anse aux Meadows a unclimat maritime froid, influencé par lecourant du Labrador[20]. Il n'est pas rare de voir desicebergs, en particulier aux mois de juin et juillet[20]. Les environs comptent surtout des terres infertiles, destourbières côtières et destuckamores, le mot terre-neuvien pour « forêt rabougrie »[20]. Le site compte plus de 250 espèces de plantes, dont 60 espèces d'arbres et d'arbustes, plus de 90 espèces d'herbes, 60 espèces decarex et degraminées, plus de 50 espèces demousses, defougères et d'hépatiques ainsi que 23 espèces delichens.
Plus au sud de L'Anse aux Meadows, toujours en longeant la côte terre-neuvienne jusqu'à sa pointe sud-ouest, une archéologue du nom deSarah Parcak aurait découvert en 2016 àPointe Rosée un second site viking nord-américain à motif rectangulaire grâce à des images satellitaires dansl'infrarouge suivies dephotographies aériennes à haute résolution. L'authentification archéologiques de ces ruines est toujours en cours vu la rareté d'artéfacts décelés sur le site[21].
Le lieu historique est administré parParcs Canada, une agence duministère de l'Environnement du Canada. Pour l'année financière2011-2012, l'agence dispose d'un budget de 696 millions dedollars pour gérer 42 parcs nationaux, 956 lieux historiques nationaux — dont 167 gérés directement par l'agence — et quatre aires marines nationales de conservation[22].
↑Mentionné également parLawrence Millman dansCoins perdus : un parcours dans l'Atlantique nord (titre original :Last Places), Terres d'aventure, 1995(ISBN2-7427-0475-2).