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Prison Kresty

59° 57′ 13″ nord, 30° 21′ 52″ est
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(Redirigé depuisKresty)

Prison Kresty
(ru)Кресты
Image de l'établissement
La prison « Kresty » vue des rives de la Néva.
Localisation
PaysDrapeau de la RussieRussie
LocalitéSaint-Pétersbourg
Coordonnées59° 57′ 13″ nord, 30° 21′ 52″ est
Géolocalisation sur la carte :Saint-Pétersbourg
(Voir situation sur carte : Saint-Pétersbourg)
Prison Kresty
Prison Kresty
Architecture et patrimoine
Construction
Démolition
Installations
TypeSite touristique,centre de détention, lieu d'intérêt(en) et ensemble partie de l'héritage culturel(d)
Capacité1 150 places
Fonctionnement
Date d'ouverture1730
modifier -modifier le code -voir Wikidata 
Prison de Kresty, toujours depuis la Neva. Janvier 2018.

L'ancienneprison Kresty (russe :Кресты, littéralementCroix), officiellementCentre d’isolement judiciaireno 1 du Service Fédéral pour l’Exécution des Peines de la Ville de Saint-Pétersbourg (Следственный изолятор № 1 УФСИН по г. Санкт-Петербургу) était uncentre de détention deSaint-Pétersbourg, enRussie. L'édifice comprend deuxcorps de logis en plan en croix (d'où son nom) ainsi qu'une chapelle, lacathédrale Alexandre-Nevski. La prison, qui comportait 960 cellules, était prévue à l'origine pour 1 150 détenus[1].

La halle aux vins

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L’histoire de la prison commence dans les années 1730 : sous le règne de latsarine Anne,Vinny Gorodok (la halle aux vins) était un vaste entrepôt destiné à stocker tout le vin de la ville deSaint-Pétersbourg. Au terme de l’Abolition du servage de 1861, la demande en prisons se fit pressante, car jusque-là, les serfs étaient incarcérés par leurs seigneurs. C'est ainsi qu'en 1867 on transforma la halle aux vins en un établissement pénitentiaire de 700 lits, avec un pavillon séparé pour les femmes. Le président du Comité carcéral de Saint-Pétersbourg,Vladislav Lvov, se chargea de la reconversion des locaux[2].

Construction de la nouvelle prison

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La chapelle Alexandre Nevsky de la prison Kresty

En l'espace de moins de vingt ans, la prison s'avéra trop petite pour la ville. Aussi un architecte d'Autriche-Hongrie,Anton Tomichko, membre de l’Académie russe des beaux-arts, travailla-t-il au projet d'une prison-type : laPrison Modèle d’Ouïezd. Les plans, d'abord mis en pratique àStaraïa Roussa, furent déclinés ensuite àVessiegonsk,Viazma,Tsaritsyne etc. Tomichko, qui avait étudié l'architecture carcéraleallemande, restait impressionné par laprison de Moabit, dont les trois ailes irradient d'une tour centrale selon le principepanoptique, tout comme le système du plan en étoile appliqué àPhiladelphie[2].

Tomichko conçut ainsi une prison comprenant deux immeubles de cinq étages àplan en croix. Ce schéma permettait de surveiller à chaque étage tous les couloirs depuis un axe central ; mais il revêtait également une signification religieuse, en incitant les détenus à lapénitence. Les deux immeubles étaient reliés à une chapelle massive en briques destyle néo-classique, dotée de cinqclochers à bulbe, surmontant un étage réservé à l'administration. La prison possédait également son propre hôpital, avec une cellule dequarantaine pour les maladies infectieuses, unemorgue, unechambre froide et uneserrurerie[2].

Le chantier, lancé en 1884, se poursuivit jusqu'en 1890. On y affecta les condamnés détenus à Kresty : ils démolirent une partie de l'ancienne prison, puis construisirent les nouveaux bâtiments en dormant dans ce qui restait des anciens, etc. Cette prison fut l'un des premiers sites équipés de l'éclairage électrique, duchauffage central et d'une ventilation efficace. Au centre de l'un des deux immeubles, Tomichko fit dresser une statue du philanthrope et réformateur anglaisJohn Howard[2]. Au moment de sa construction, Kresty passait pour un centre de détention ultra-moderne ; elle demeure à ce jour la plus grande prison d’Europe[3].

La nouvelle prison impériale

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Pour la Russie impériale, c'était la « prison de Saint-Pétersbourg pour l'Isolement » : on y enfermait aussi bien les criminels de droit commun que les opposants politiques. C'est ainsi que parmi les détenus, il y eut : le futur Premier Ministre duGouvernement provisoire russeAlexander Kerensky, le fondateur duParti constitutionnel démocratiquePavel Milioukov, les illustresbolcheviksLéon Trotsky etVladimir Antonov-Ovseïenko, et le futur premierCommissaire du Peuple à l'Instruction publiqueAnatoli Lounatcharski.

En 1906, les 200 députés de la premièreDouma d'État de l'Empire russe qui avaient signé le Manifeste deVyborg furent incarcérés pendant trois mois dans la Prison Kresty[2].

Au cours de laRévolution de Février, le soir du27 février 1917 (dans le calendrier grégorien), des soldats rebelles et des ouvriers réunis en comité à laGare de Finlande entreprirent, à l'instigation deMikhaïl Kalinine, de faire sauter leKresty. Ils libérèrent les détenus et incendièrent ce qu'ils purent[2]. Les Bolcheviks voulaient effacer toute trace decasier judiciaire pour les prisonniers politiques et imiter délibérément laPrise de la Bastille. Les Bolcheviks, en effet, s'inspiraient volontiers des révolutionnaires français et de leur régime de Terreur ; c'est dans cet esprit qu'eux aussi qualifièrent de Russes Blancs les anti-Bolcheviks, tout comme le symbole de la monarchie des Bourbons, renversée par laRévolution Française, était le blanc.

Naturellement, cet assaut contre la prison avait aussi remis en liberté plusieurs authentiques assassins et autres criminels endurcis.

Des bolcheviks au stalinisme

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Après la Révolution de février, Kresty avait servi à interner les ex-ministres et les autorités policières du gouvernement tsariste ; après laRévolution d’Octobre, ils furent rejoints par les membres duGouvernement provisoire de Russie, les partisans non-bolcheviks et des membres de l’intelligentsia : le Premier MinistreBoris Stürmer, qui mourut à Kresty en, le Ministre de la JusticeIvan Tcheglovitov, leministre de l'IntérieurAlexis Khvostov, leMinistre de la GuerreMikhaïl Beliaïev et son prédécesseurVladimir Soukhomlinov, le Chef de la PoliceEugène Klimovitch, le célèbre poèteNikolaï Goumilev et bien d'autres[2].

En 1920, on rebaptisa la prison en « Second camp spécial de travaux forcés », et elle fut confiée au comité exécutif provisoire (Ispolkom) de Petrograd. En 1923 elle prit le nom de « Centre d'isolement du District de Petrograd » (Петроградская Окружная Изоляционная Тюрьма), composante du système de laTchéka de Petrograd[2].

Au cours desGrandes Purges, la prison regorgeait de détenus inculpés de crimes d’État. Les cellules, d'abord conçues pour l'isolement des prisonniers, enfermaient désormais parfois plus de vingt prisonniers. Parmi les internés de cette période, il y a lieu de citer entre autres le célèbre peintreKasimir Malevitch, le poèteNikolaï Zabolotski, l’historienLev Goumilev, l’acteurGeorges Djionov, le futurmaréchalKonstantin Rokossovsky et bien d'autres[2]. Cette prison constitue le sujet d'un poème d’Anna Akhmatova,Requiem.

La prison a abrité uncharachka, le centre de recherches OKB-172, où des prisonniers étaient employés comme chercheurs et ingénieurs de l'armement[3]. C'est là que furent conçus lestorpilleurs fréquemment utilisés par laMarine soviétique au cours de laSeconde Guerre mondiale[2].

Au cours duSiège de Leningrad, la plupart des détenus étaient soit affectés à desUnités disciplinaires de l'Armée rouge, soit transférés dans lesgoulags d'Extrême-Orient. On n'enfermait plus, dans la prison Kresty, que les fraudeurs aux coupons derationnement ou les trafiquants dumarché noir, puis enfin lesprisonniers de guerre allemands. Gardes et détenus souffraient également de la disette[2].

La guerre froide

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À partir de 1964, la prison servit essentiellement pour la détention préventive des criminels en attente de leur jugement[3]. Elle était surpeuplée : au milieu des années 1990, elle concentrait 12 500 détenus, soit plus de dix fois sa capacité théorique (1 150 places). Les cellules, prévues à l'origine pour l'isolement des condamnés et qui, selon les autorités soviétiques, ne devaient pas enfermer plus de 6 prisonniers, enfermaient parfois plus de 20 prisonniers, obligés de dormir à tour de rôle sur l'empilement de trois couchettes ou à même le sol. Ces conditions de détention, maintenues des mois et même des années, ont été sciemment exploitées par les enquêteurs pour faire « craquer » les suspects. Depuis 1983, on n'y enferme plus de femmes ni demineurs[2].

Le musée et le transfert

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Les réformes judiciaires des années 1990 ont conditionné la préventive de longue durée par une décision de justice préalable, de sorte que le nombre maximum de co-détenus est descendu à six par cellule[2]. En 1993, les autorités judiciaires ont autorisé l'ouverture du musée de la prison : il se consacre à l'histoire de l'architecture carcérale, aux détenus illustres de l'endroit ainsi qu'aux objets les plus inattendus saisis sur les prisonniers[3].

Le, le monumentAux victimes des répressions politiques deMikhaïl Chemiakine a été dressé sur les berges de laNeva face à la prison. Il représente deuxsphinx en bronze avec de beaux visages féminins tournés vers les maisons résidentielles de la rive, et des crânes tournés vers la prison. Il y a entre ces deux sphinx un bas-relief représentant de façon stylisée les barreaux d'une prison. Sur la cimaise en granite, on peut lire des citations deNikolaï Goumilev, d’Ossip Mandelstam, d’Anna Akhmatova, deNikolaï Zabolotsky, deDaniel Andreïev, deDmitri Likhatchov, deJoseph Brodsky, deIouri Galanskov, d’Alexandre Soljenitsyne, deVladimir Vysotsky et deVladimir Boukovski[2].

Le,Galina Dodonova, répondant au vœu que la poétesseAnna Akhmatova avait émis dans son poèmeRequiem[4], lui a érigé un monument de l'autre côté de la Neva, face à la prison[5].

Le, une réplique de ce monument a été posée dans un couloir de la prison[2].

Durant l'été 2006,Vladimir Poutine a annoncé que la prison allait être transférée dans leDistrict de Kolpino, dans la banlieue de Saint-Pétersbourg ; lorsque le transfert des détenus sera effectif, la prison sera vendue aux enchères et deviendra sans doute un complexe hôtelier et de loisirs. Les possibilités seront toutefois limitées car la prison est classée monument historique et les modifications architecturales fortement contraintes[2].

La prison Kresty II, qui doit être inaugurée en 2016 à Kolpino, une banlieue située à 35 km de Saint-Pétersbourg, a coûté 378 000 000 dollars[6].

Il a été annoncé début 2025 que l'édifice avait été acquis par le promoteur immobilier russe KVS qui va le transformer en hôtel avec des restaurants et galeries d'art[7].

Notes

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  1. D’après(ru) « Kresty », surEncyclopédie de Saint-Pétersbourg(consulté le)
  2. abcdefghijklmno etpD’après(ru) « Следственный изолятор №1 - "КРЕСТЫ" », surpetersburg-history
  3. abc etdD’après(ru) « Musée de la prison Kresty », surkresty.ru
  4. А если когда-нибудь в этой стране//Воздвигнуть задумают памятник мне, //Согласье на это даю торжество, //Но только с условьем: не ставить его//Ни около моря, где я родилась//(Последняя с морем разорвана связь), //Ни в царском саду у заветного пня, //Где тень безутешная ищет меня, //А здесь, где стояла я триста часов//И где для меня не открыли засов.Anna AkhmatovaRequiem, 1937
  5. Памятник Ахматовой встал напротив "Крестов"
  6. D’aprèsCarrie Crockett, « Reflections on the world’s largest prison », surCarceral Archipelago (université de Leicester,(consulté le)
  7. BFM, « Une prison russe vendue aux enchères pour devenir un hôtel »,

Voir également

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